L. 81.  >
À Charles Spon, le 9 mai 1643

Monsieur, [a][1]

J’ai peur de me rendre enfin ridicule en votre endroit, et importun tout ensemble, par mes mauvaises lettres, desquelles néanmoins vous me faites trop de fête par votre dernière, ce qui me fait prendre courage de continuer [2] et de vous dire pour réponse à la vôtre < que > je vous trouverai, Dieu aidant, le traité de < Le > Paulmier [3] de pomaceo[1] qui est le nom d’une liqueur avec laquelle ce Normand a gagné 50 000 écus à Paris, d’où il sortit et s’en alla mourir à Caen l’an 1588, ayant pensé être pris dans son étude le jour des barricades, [4] jour qui fit de grandes émotions à Paris. [2] Pour vos médecins qui savent leurrer le peuple, vous n’avez qu’à dire ce que j’ai ouï dire autrefois à un de nos anciens in pari casu : [3] c’était un chevalier de Malte [5] qui avait la petite vérole ; [4][6][7] il désirait surtout ne pas perdre ce peu qu’il avait de barbe par ce vilain mal ; un des nôtres, qui est le jeune Cornuti, [5][8][9][10][11][12] pour le consoler, lui promit d’un opiat [13] qui lui conserverait sa barbe ou en cas de nécessité, qui lui en ferait venir d’autre ; M. Riolan [14] l’anatomiste voyant cet opiat, me dit hic et alibi venditur piper[6][15] Ce Cornuti se mêle de leurrer aussi bien que beaucoup d’autres. Son père [16][17] était de Lyon et a encore un frère jésuite. [18] Il y a ici un minime[19] frère Fredon, [20] qui promet de guérir toute sorte de maladies, et surtout aime à traiter des femmes ; mais il ne réussit ni à l’un, ni à l’autre car il est assez vieux et fort ignorant.

Regis morbus est febris marasmodes, ex abscessu prægrandi in mesenterium cum diarrhœa serosa, biliosa, saniosa et puris excretione assidua ; quibus accedunt vomitus et alimenti et puris interdum. Lumbricos etiam non exiguos per os eiecit : subsultus febriles et rigores inordinati sæpe recurrunt ; adeo ut nihil non metuendum putem infortunatissimo principi. Ideoque tibi sint suspectæ quæso, quæcumque veri nescia fama, de eius salute και περι του χραισμηιου, ad aures vestras deferet. Ea ipsa hora, qua scribo, pessime habet ipsa morbi magnitudine et multorum symptomatum synocho, pene cæcus et ατονος factus facile mihi in animum induco viscera eius nutritia, præsertim ventriculum et hepar immedicabili ατονια detineri, et quæ vix ac ne vix quidem ullo artis nostræ præsidio potest procurari[7][21][22] Il y a près de Sa Majesté six de nos médecins, savoir : M. Bouvard, [23] premier médecin ; M. Seguin, [24] qui est à la reine ; M. Cousinot, [25] qui est à M. le Dauphin ; [26] M. Barralis, [27] médecin par quartier ; MM. de La Vigne [28] et Moreau, [29] notre bon ami ; qui y sont tous bien empêchés, outre deux autres médecins de cour. [8] Je souhaiterais fort que Dieu leur inspirât de si bons remèdes qu’ils pussent le remettre en parfaite santé, tant à cause de lui et le bien de son royaume que pour l’honneur même de notre profession ; quod tamen pene αδυνατον esse censeo, vel humanæ virtutis[9] Si Dieu faisait quelquefois miracle pour les princes, je voudrais qu’il en fît un pour le roi qui nous est tant nécessaire ; mais c’est folie de souhaiter, Il sait bien ce qu’il nous faut, combien que le plus souvent, Il ne nous l’envoie point. C’est pourquoi, pratiquant ce précepte de Virgile, je dirai avec la Sibylle : [30][31] Desine fata deum flecti sperare precando[10]

Pour les deux traités de Prævotius, [32] j’en ai seulement ouï parler et ne puis vous dire autre chose d’eux sinon que l’auteur s’est acquis de la réputation dum viveret[11] Je pense que ces deux pièces ne seront pas mal ensemble. Je voudrais bien que vous tinssiez déjà les Institutions de C. Hofmannus. [33] J’ai fort bonne opinion de ce livre et encore meilleure opinion de l’auteur même quem colo tanquam magnum sidus Germaniæ, imo forte unicum phœnicem, vel saltem principem omnium eruditorum quoquot sunt in Europa. Omnia legi et perlegi quæ scripsit, præclara sane et laude digna : in Galeni, de Usu partium ; de Ossibus ; de Thorace ; de Generatione hominis ; de Formarum origine ; de Ichoribus ; de Usu cerebri et lienis ; Varias lectiones ; adversus Erastum et comitem Montanum de Morbis ; de Locis affectis, etc. Sola est Pathologia quam non vidi. Est quidem vir magnus, sed nimio laborat contradicendi studio, Galeno præsertim, viro incomparabili, et supra omnem laudem posito ; nimia quoque cacoethia et maligno quodam livore, nimium invehitur in nostrum Fernelium, cuius umbram non assequitur, quamvis omnes pene recentories, supercilio quodam pædagico valde despiciat. Fernelium ipsum magni facio, ut par est, non quod fuerit popularis meus aut medicus Parisiensis, sed eum veneror iisdem de causis, propter quas etiam ab ipso Hofmanno coleretur, nisi ægro animo esset ipse Hofmannus in Fernelium : quem ideo monitore puto indigere ut in posterum sapiat, quem ante hæc sæpius delirasse constat, nullo meo unquam indigebit patrocinio immortalis futura Fernelii gloria adversus similes obtrectatores. Si qui tamen sint in posterum, imo si Hofmannus ipse monitus perseveret, nec a convicio abstineat in Fernelianos manes, non deerunt ex schola nostra eximii et egregii patroni Ferneliæ doctrinæ, non solum rivales, sed etiam vindices acerrimi, qui, omnium bonorum plausu, Hofmanno suam lepram et pervicacem scabiem pulchre defricabunt. Si quid peccavit Fernelius, homo fuit ; ubi tamen peccavit, ibi quoque amplissima venia dignissimum sese exhibuit ; hoc ultro fatentibus omnibus etiam optimis et elegantissimis medicis, quibus matellam præstare nunquam dignus erit iste Hofmannus ; quem tamen amo ex animo, semperque colam, quamdiu intra pellem suam manebit, et a Galeno, Fernelio, aliisque eruditis scriptoribus, quorum laboribus feliciter fruimur, acutos ungues abstinebit. [12][34][35][36][37]

J’ai céans, il y a plus de six mois, le nouveau livre de Nierembergius [38] que vous m’indiquez, ut et alia omnia quæ scripsit[13] C’est un Espagnol qui a fait mal à propos renchérir le papier aussi bien que beaucoup d’autres. Tantôt il écrit superficiellement, comme quand il parle (unum sit exemplum pro multis), in Historia sua Naturæ[14] page 389, de la poule et des œufs ; tantôt fort obscurément, comme il a fait partout. Eiusmodi laboribus facile semper carebit republica litteraria[15] Il faut dire de lui ce qu’un ancien Père de l’Église a dit autrefois de Perse, [39] tenebricoso scriptore : Si non vis intelligi, debes neglegi[16][40] Il semble avoir affecté cette obscurité particulièrement en trois volumes in‑8o que j’ai de lui, savoir : 1o de Adoratione in spiritu et veritate ; 2o de Arte ; et 3o en son Theopoliticus[17] J’ai pareillement céans le Bibliotheca pontificia ; [18][41] il est de grand travail, mais il y a là-dedans horriblement de fautes que je n’ai remarquées qu’en passant, comme quand il dit que le cardinal d’Ossat [42] a été maître des requêtes, quand il confond Philippe Mornay [43] avec Philippe de Sainte-Aldegonde, [19][44] et plusieurs autres, magnus erit quos numerare labor[20][45] Je vous baise les mains et suis, Monsieur, votre très humble, etc.

Patin.

De Paris, ce 9e de mai 1643.


1.

« du cidre », v. note [17], lettre 79.

2.

Bien que les barricades aient joué un grand rôle dans toutes nos révolutions, l’histoire a néanmoins spécialement consacré le nom de Journées des barricades aux émeutes qui eurent lieu à Paris le 12 mai 1588, et les 26 et 27 août 1648.

  • En 1588 l’insurrection fut un épisode de la huitième guerre de Religion. Le duc Henri de Guise, maître de la Ligue, était venu à Paris le 9 mai malgré l’interdiction d’Henri iii. Le roi fit entrer les troupes dans la capitale le 11. Le 12, le peuple parisien, encadré par les ligueurs, se souleva et bloqua les troupes royales entre des centaines de barricades. Pour obtenir son repli, Henri iii dut faire appel au duc de Guise et s’enfuit le 13 à Chartres, abandonnant Paris à la Ligue (G.D.E.L.).

  • V. note [7], lettre 160, pour les barricades d’août 1648 qui inaugurèrent la Fronde.

3.

« en pareil cas ».

4.

La petite vérole (opposée à la grosse vérole ou vérole tout court, qui était naguère la syphilis, v. note [9], lettre 122), aujourd’hui nommée variole, était une infection contagieuse due au virus (poxvirus) de la variole. Survenant principalement chez les enfants, elle se manifestait par une fièvre élevée suivie d’une éruption pustuleuse caractéristique ; elle était fréquemment mortelle, en raison notamment de surinfections bactériennes. Le fléau n’épargnait presque personne. Trois fois sur quatre, les survivants conservaient les cicatrices des pustules, particulièrement visibles sur la face (visage grêlé).

V. notes [35], lettre 1019, pour l’étymologie du mot variole, et  [6], lettre 349, pour la description par Michel de Marolles, abbé de Villeloin, de celle à laquelle il réchappa en 1635.

Aucun traitement efficace contre le virus n’a été développé, mais la variole a été la première maladie infectieuse qu’on ait été capable de prévenir spécifiquement, à partir du xviiie s. : d’abord par l’inoculation volontaire au sujet sain de croûtes prélevées sur des sujets convalescents ; puis par celle, moins hasardeuse, de la vaccine, variole de la vache (cowpox), qui déclenche une infection bénigne chez les humains et induit une immunité croisée, protégeant contre la variole. Systématisée par l’Anglais Edward Jenner en 1798, cette technique a établi le principe de la vaccination et a permis l’éradication mondiale totale de la variole, officiellement déclarée en 1979. On redoute encore pourtant la variole car son virus est l’un de ceux qui pourraient devenir une arme de guerre microbienne.

5.

Le croisement des renseignements fournis par Lehoux, Baron, Warolin et les Comm. F.M.P. permet d’établir la généalogie des Cornuti (Cornuty ou Cornut).

Georges i, natif de Lyon, mort en 1616 à Paris, reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1584, en avait été doyen de 1610 à 1612.

Les bibliographies religieuses citent un ouvrage intitulé Le prélat accompli, par le Docteur Séraphique S. Bonaventure, au traité des six ailes du Séraphin. Mis en français par le R.P. Jean Cornuty, s.j. (Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1650, in‑8o).

Notre édition mentionne trois enfants de Georges i, tous natifs de Paris :

  1. Anne avait épousé, le 19 avril 1611, un dénommé Jacques Germain, conseiller du roi et élu en l’élection de Melun ; les Comm. F.M.P. (v. note [15] des Décrets et assemblées de 1651‑1652) parlent d’une Marie Germain, apparentée aux Cornuti, qui devait être fille d’Anne et de Jacques ;

  2. Georges ii, dit l’aîné, reçu docteur régent en 1612, mort en 1645 ;

  3. Jacques ou Jacques-Philippe (1606-Paris, 23 août 1651), dit le jeune Cornuty, avait été reçu docteur régent en 1626. Il entretint longtemps des relations amicales avec Guy Patin, son compagnon de licence ; mais ils se brouillèrent au sujet de l’antimoine. En 1651, à la suite d’un accident mortel supposé dû à une trop forte dose de ce médicament, administrée par Antoine Vallot avec l’assentiment de Cornuti ; appelé à s’en expliquer devant la Faculté (dont Patin était alors doyen), il mourut avant de comparaître (v. notes [40] et [41] des Décrets et assemblées de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris).

    On a de lui : Canadensium plantarum, aliarumque nondum editarum Historia. Cui adiectum est ad calcem enchiridion botanicum Parisiense. Continens indicem plantarum, quae in pagis, siluis, pratis, et montosis iuxta Parisios locis nascuntur [Histoire (Description) des plantes canadiennes, et d’autres qui n’ont jamais été décrites jusqu’ici. Auquel est ajouté à la fin un manuel botanique parisien, qui contient la liste des plantes qui poussent dans les villages, forêts, prés et collines autour de Paris] (Paris, Simon Le Moyne, 1635, in‑4o). Cornuti y décrit les plantes canadiennes qu’il avait observées à Paris, dans le jardin des botanistes Vespasien et Jean Robin près du Louvre, ainsi que la flore des environs de Paris (O in Panckoucke et Triaire).

    Charles Plumier (minime, naturaliste et voyageur, natif de Marseille, 1646-1704) a consacré le nom de Cornuti à un genre de plantes (Cornutia) de la famille des pyrénacées.

    Armand-Jean de Mauvillain, docteur régent (v. note [16], lettre 336), avait épousé en 1650 Gemme Cornuti, fille de Jacques-Philippe et d’Anne Bergeret (morte après 1671).

  4. Par l’une de ses sœurs, Jacques-Philippe Cornuty était oncle d’un autre docteur régent, Germain Hureau (v. note [24], lettre 237).

6.

« Ici comme ailleurs on vend du poivre [on trompe le monde] » (Horace, v. note [3], lettre 22).

Opiat (masculin) ou opiate (féminin) est un « nom qu’on donne souvent aux confections, antidotes et électuaires, quoi qu’on ne le dût donner qu’aux compositions molles dans lesquelles entre l’opium qui leur a donné son nom. C’est en général un remède interne diversement composé de poudres, de pulpes, de liqueurs, de sucre ou de miel, réduits en consistance molle et propre à être enfermée dans des pots » (Furetière).

7.

« La maladie du roi est une fièvre hectique [avec marasme, consomption], par un énorme abcès dans le mésentère [v. note [4], lettre 69], avec diarrhée séreuse, bilieuse, et évacuation ininterrompue de pus ; s’y ajoutent des vomissements, tantôt d’aliments, tantôt de pus. Il rejette même par la bouche des vers d’assez grande taille ; des saccades fébriles et des frissons désordonnés reviennent souvent ; à tel point, je pense, que le pire soit à craindre pour ce très infortuné prince. C’est pourquoi je vous demande de tenir pour suspect tout ce qu’une rumeur ignorante apportera ce printemps à vos oreilles sur le salut et la sauvegarde du roi. À l’heure même où j’écris, son état empire par la force même de la maladie et par la persistance des symptômes ; il est presque aveugle et sans force ; je suppute aisément que ses intestins [v. note [6], lettre 558], surtout l’estomac et le foie, soient affectés d’un affaiblissement irrémédiable, et qu’il ne puisse pas ou guère être soigné par le secours de notre art. »

La description évoque une colique de miséréré (v. note [5], lettre de Charles Spon, le 6 avril 1657), c’est-à-dire une occlusion intestinale aiguë avec vomissements de matière fécale, presque constamment mortelle à l’époque.

8.

François Vautier et François Guénault : v. note [21], lettre 80.

9.

« ce que j’estime pourtant être presque impossible, même avec l’aide de toute la vertu humaine. »

10.

« Cesse d’espérer fléchir les destins des dieux en priant » (Virgile, Énéide, chant vi, vers 376) ; la Sibylle (v. note [2], lettre 164) était ici celle de Cumes.

11.

« toute sa vie durant. »

Johann Prevost (Prævotius, Disperg près de Bâle 1585-1631) avait été envoyé à Padoue pour étudier la théologie, mais il opta finalement pour la médecine. Reçu docteur en 1607, il passa toute sa carrière à Padoue où il devint Interprète public d’Avicenne en 1613, puis titulaire de la chaire de botanique en 1617. Guy Patin mentionnait ici son Medicina pauperum, cum censu venenorum et alexipharmacorum ; quibus accessit de medicamentorum materia tractatus… [Médecine des pauvres, avec un recensement des poisons et des alexipharmaques ; à quoi s’ajoute un traité sur la matière des médicaments…] (Lyon, Pierre Ravaud, 1643, in‑8o, avec dédicace de Ravaud à Patin [v. note [10], lettre 97] ; première édition à Francfort en 1641). Le titre complet de la première partie annonce un propos similaire à celui du Médecin charitable de Philibert Guybert (v. note [25], lettre 6), si cher à Patin : De Medicina pauperum, sive de medicamentis facile parabilibus [La Médecine des pauvres, ou les médicaments faciles à préparer].

12.

« que j’honore comme la grande étoile de l’Allemagne et mieux peut-être, comme le phénix unique ou à tout le moins, comme le prince de tous les érudits qu’il puisse y avoir en Europe. J’ai lu et relu tout ce qu’il a écrit : au sujet de Galien, L’Utilité des parties ; Les Os ; Le Thorax ; La Reproduction de l’homme ; L’Origine des formes ; Les Ichors [v. notule {b}, note [26], lettre 99] ; L’Utilité du cerveau et de la rate ; Les Lectures diverses ; Contre Erastus et le comte da Monte, au sujet des maladies ; Les Lieux affectés, etc. Sa Pathologie est la seule de ses œuvres que je n’aie pas vue. C’est véritablement un grand homme, mais il met trop de zèle à contredire, en particulier Galien, homme incomparable et que je place au-dessus de toute louange. Avec aussi beaucoup de méchanceté et une certaine jalousie perfide, il attaque notre Fernel dont il n’égale pas l’ombre ; tout comme il méprise tant qu’il peut, avec fort pédante arrogance, presque tous les auteurs contemporains. Je fais grand cas de Fernel lui-même, comme de juste, non tant parce qu’il a été mon compatriote ou un médecin de Paris, mais je le révère pour des raisons identiques à celles qui l’auraient tout de même fait honorer par Hofmann, si Hofmann lui-même n’avait exprimé de l’aigreur à son encontre : ainsi, je crois qu’il lui manque un souffleur pour juger de l’avenir, exercice où on l’a souvent pris sur le fait d’extravaguer. La gloire future de l’immortel Fernel n’a jamais et nullement eu besoin de ma défense contre de semblables détracteurs. Si pourtant il y en avait de tels dans l’avenir ou plutôt, si Hofmann persévérait après avoir été dûment averti et ne s’abstenait d’invectives contre les mânes fernéliens, ils ne proviendraient pas de notre École. Ses maîtres éminents et admirables non seulement rivalisent en faveur de la doctrine fernélienne, mais en sont les plus ardents défenseurs. Sous les applaudissements de tous les hommes de bien, ils frictionneront Hofmann de belle façon pour le débarrasser de sa lèpre et de sa gale opiniâtre. Si Fernel a eu quelque tort, c’est d’avoir été un homme ; pourtant, où il a fauté, là il s’est aussi montré tout à fait digne de la plus grande clémence ; et qui plus est, tous conviennent de cela, et même les meilleurs médecins et les plus distingués, à qui cet Hofmann ne sera jamais digne de présenter le pot de chambre. Pourtant, je l’aime sincèrement, et je l’honorerai toujours aussi longtemps qu’il restera dans son camp et qu’il tiendra ses griffes acérées loin de Galien, de Fernel et des autres auteurs savants dont les travaux nous procurent d’heureuses jouissances. »

Dans cette apologie de Jean Fernel, Guy Patin porte un jugement pour le moins réservé sur Caspar Hofmann ; v. la fin de sa lettre à Patin (printemps 1646), où il l’a défié de lui prouver qu’il avait tort.

Outre les nombreux commentaires d’Hofmann sur l’œuvre de Galien, Patin a mentionné ici :

  • ses Variarum lectionum lib. vi. In quibus loca multa Dioscoridis, Athenæi, Plinii, Hippocratis, Aristotelis, Galeni, aliorum, qua illustrantur, qua explicantur… [Six livres de leçons diverses. Où sont commentés et expliqués beaucoup de passages de Dioscoride, d’Athénée, de Pline, d’Hippocrate, d’Aristote, de Galien et d’autres…] (Leipzig, Laurentius Kober, 1619, in‑8o) ;

  • et ses Animadversiones in Comitis Montani libros quinque de morbis, et Thomæ Erasti anatomen eorumdem, necnon Ant-Erastica eiusdem Montani, cum auctario de causa continente [Observations sur les cinq livres du comte da Monte (v. note [4], lettre 359) à propos des maladies et sur la dissection qu’en a faite Thomas Éraste, mais non pas sur la réponse que da Monte a faite à Erastus, avec un développement sur la cause attenante] (Amsterdam, Jan Jansson, 1641, in‑12o).

Les Institutionum medicarum libri vi [Six livres d’Institutions médicales] d’Hofmann allaient être publiés à Lyon en 1645 (v. note [12], lettre 92).

13.

« ainsi que tous les autres qu’il a écrits. »

Juan Eusebio Nieremberg (Madrid 1595-ibid. 1658), aussitôt son noviciat terminé chez les jésuites, était parti prêcher les montagnards de l’Alcarria. Ensuite, il avait professé l’histoire naturelle et l’Écriture Sainte à Madrid. Une paralysie le contraignit à renoncer à l’enseignement. Écrivain prolifique, il avait publié en 1642 :

  • De Adoratione in spiritu et veritate libri quatuor… [Quatre livres sur l’Adoration dans l’esprit et dans la règle…] (Anvers, Balthazar Moret, in‑8o, 2e édition) ;

  • De Arte voluntatis libris sex… [Six livres sur le Pouvoir de la volonté…] (Paris, Noël Charles, in‑8o, 3e édition) ;

  • L’aimable Jésus-Christ et la façon de l’aimer, traduit de l’espagnol du P. Jean Eusèbe Nieremberg de la Compagnie de Jésus, par le P. Claude Allard de la même Compagnie (Lyon, Claude Prost, in‑12o) ;

  • Stromata S. Scripturæ… His accessere eiusdem auctoris Gnomoglyphica, item Sigalion, sive Sapientia Mythica [Recueils de la Sainte Écriture… Avec la Gnomoglyphique (connaissance de la gravure) et le Sigalion (dieu égyptien du silence), ou Sagesse fabuleuse, du même auteur] (Lyon, successeurs de Gabriel Boissat et Laurent Anisson, in‑12o).

14.

« (ce n’en est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres), dans son Histoire de la Nature ».

Ioannis Eusebii Nierembergii Madritensis ex Societate Iesu, in Academia Regia Madritensi Physiologiæ Professoris, Historia Naturæ, maxime peregrinæ, libris xvi distincta : in quibus rarissima Naturæ arcana, etiam astronomica, et ignota Indiarum animalia, quadrupedes, aves, pisces, reptilia, insecta, zoophyta, plantæ, metalla, lapides et alia mineralia, fluviorumpue et elementorum conditiones, etiam cum proprietatibus medicinalibus, describuntur ; novæ et curiosissimæ quæstiones disputantur, ac plura Sacræ Scripturæ loca erudite enodantur. Accedunt de miris et miraculosis Naturis in Europa libri duo : item de iisdem in Terra Hebræis promissa liber unus [Histoire de la Nature, surtout des pays étrangers, distribuée en 16 livres, par Juan Eusebio Nieremberg de Madrid, de la Compagnie de Jésus, professeur de physiologie en l’Académie royale de Madrid : y sont décrits les plus rares secrets de la Nature, ainsi que l’astronomie et les animaux inconnus des Indes, quadrupèdes, oiseaux, poissons, reptiles, insectes, zoophytes (animaux plantes, comme les éponges), les plantes, les métaux, les pierres et les autres minéraux, l’état des fleuves et des éléments, avec aussi les propriétés médicinales ; des questions nouvelles et les plus curieuses sont discutées, et plusieurs passages de la Sainte Écriture sont savamment expliqués. S’y ajoutent deux livres sur les miracles et merveilles de la Nature en Europe, ainsi qu’un livre sur le même sujet dans la Terre promise aux Hébreux] (Anvers, 1635, ex Officina Plantiniana, Balthazar Moret, in‑fo).

Les 16 livres de l’Historiæ Naturæ occupent les 386 premières pages de l’ouvrage ; le De Miris et miraculosis… va de la page 387 à la page 502. Le tout est suivi de deux index. L’ouvrage est dédié à Don Gaspar de Guzmán, comte-duc d’Olivares (v. note [1], lettre 127).

Le passage dont se moquait Guy Patin est dans le livre i, du de Miris et miraculosis…, chapitre v (page 389), intitulé De Gallina S. Ignatii [La Poule de saint Ignace] :

Narratio istarum avium suggerit quod Manresæ accidit meritis S. Ignatij nostri Patris, qui in eo oppido rigidissime se exercuit, et in admirabilem provexit sanctimoniam. Ibi gallinam aquis submersam puer cum alijs puerilis lacrymatus, absente enim matre suffocata avis fuerta, et timebat puer flagella. Cumque memoria S. Ignatij magna ibi sanctitatis commendatione in omnium ore frequentetur, cœperunt pueri expostulare Santum, ut restitueretur ales. Ecce subito gallina mortua, et pedibus iam combusta, exurgit viva et integra, vocata deinde Gallina miraculosa aut S. Ignatij. Cujus ova maxime quærebantur. Pignus aut argumentum aliquod miraculi avis hæc præ se deinceps tulit, ut nunquam cum alijs gallinis coniungeretur, sed solitaria incederet.

[L’histoire de ces oiseaux {a} m’amène à ce qui arriva à Manresa {b} par les bons offices de notre Père saint Ignace, qui travailla sans relâche dans cette cité et s’y éleva en une admirable sainteté. Un garçonnet et d’autres petits pleuraient là pour une poule qui s’était noyée ; l’accident s’était produit en l’absence de leur mère et l’enfant redoutait le fouet. Et comme, aux dires de tous, la grande mémoire de saint Ignace était assidûment honorée pour sa réputation de dévotion, les gamins entreprirent de l’implorer pour que le volatile fût rendu à la vie. Voilà tout à coup que la poule morte, dès qu’on lui eut un peu brûlé les pattes, se releva saine et sauve ; et on l’a depuis appelée la poule miraculeuse ou de saint Ignace. On recherchait ses œufs avec grande avidité. Après quoi, cet oiseau a paradé au grand jour comme un gage ou témoin de miracle, de sorte qu’il ne s’est jamais accouplé à d’autres et qu’il est resté sans descendance].


  1. Chapitre iv du même livre, De Avibus Ravennæ [Les Oiseaux de Ravenne], au sujet des corbeaux qui se rassemblent chaque année dans cette ville d’Émilie-Romagne et à qui on donnait un cheval mort à dévorer.

  2. Manrèse en Catalogne, une soixantaine de kilomètres au nord de Barcelone.

15.

« La république des lettres se passera toujours sans peine de travaux de ce genre. »

16.

« auteur obscur : “ Si tu ne veux pas être compris, tu ne dois pas être lu. ” »

Perse, Aulius Persius Flaccus, poète latin du ier s. apr. J.‑C., nous a principalement laissé six livres de Satires. La citation de saint Jérôme à son sujet est devenue proverbiale.

Moine, docteur, saint et Père de l’Église catholique, Jérôme (Eusebius Sophronius Hieronymus ; Stridon en Dalmatie vers 347-Bethléem 420) a composé une œuvre théologique importante, dont la pièce maîtresse est sa traduction de la Bible en latin, connue sous le nom de Vulgate.

17.

Ces trois titres de Nieremberg sont : De Adoratione… et De Arte voluntatis… déjà cités (v. supra note [13]), et Theopoliticus, sive brevis illucidatio et rationale divinorum operum, atque providentia humanorum, dissertantur praecipua quaesta circa divinam providentiam, et tres cardinales publicærei pie administrandæ digeruntur [Théopolitique, ou bref éclaircissement et raison des œuvres divines, et la providence des humains, où sont débattues les principales recherches sur la providence divine et classées les trois principales affaires publiques dont il faut s’occuper] (Anvers, Balthazar Moret, 1641, in‑8o).

18.

Louis Jacob de Saint-Charles (v. note [5], lettre 108) : Bibliotheca pontificia duobus libris distincta de omnibus Romanis pontificibus a S. Petro usque ad Urbanum viii… cui adiungitur catalogus hæreticorum qui adversus Romanos Pontifices aliquid addiderunt… [Bibliothèque pontificale distribuée en deux livres, au sujet de tous les pontifes romains, depuis saint Pierre jusqu’à Urbain viii… à quoi a été ajouté le catalogue des hérétiques qui se sont appliqués contre les pontifes romains…] (Lyon, G. Voissat et L. Anisson, 1643, in‑4o).

19.

V. note [9], lettre 37, pour le cardinal Arnaud d’Ossat.

Philippe de Mornay (Buhy, Val-d’Oise 1549-La Forêt-sur-Sèvre 1623), seigneur du Plessis, communément appelé Duplessis-Mornay, a été l’un des plus illustres représentants de la Réforme en France à l’époque d’Henri iv. Converti au calvinisme après la mort de son père, il se rallia en 1576 au parti d’Henri de Navarre, dont il devint un des principaux conseillers. Il remplit pour lui avec succès plusieurs missions diplomatiques en Angleterre et aux Pays-Bas, puis négocia l’accord conclu entre Henri iii et le futur Henri iv à Plessis-les-Tours en 1589. En récompense, il reçut le gouvernement de la ville de Saumur. Après la conversion et l’accession d’Henri iv au trône de France, Duplessis-Mornay, délaissé par celui qu’il avait tant aidé, perdit son influence à la cour, mais joua un rôle de premier plan au sein de l’Église réformée, ce qui lui valut le surnom de pape des huguenots. Il favorisa la fondation de l’académie de Saumur en 1599.

En 1598, il avait publié son traité De l’Institution, usage et doctrine du saint sacrement de l’Eucharistie en l’Église ancienne. Ensemble quand, comment et par quels degrés la messe s’est introduite en sa place (La Rochelle, Jérôme Haultin, in‑4o), vigoureuse attaque contre la messe catholique. Duplessis-Mornay eut à défendre son livre, mais sans succès, contre les violentes attaques du cardinal Du Perron (conférence de Fontainebleau, 4 mai 1600). Retiré à Saumur après cet échec, qui lui avait confirmé la chute de toute son influence auprès d’Henri iv, il s’employa à défendre la liberté des protestants contre la politique de Marie de Médicis et de Louis xiii, et favorisa les tendances œcuméniques au sein de la Réforme (G.D.E.L.).

Philippe de Marnix (Bruxelles 1548-Leyde 1598), baron de Sainte-Aldegonde, écrivain et diplomate flamand, fut ami de Calvin et l’un des auteurs de la révolution des Pays-Bas.

20.

« difficiles à compter, tant ils sont nombreux » ; Martial, Épigrammes (livre viii, lvi, vers 21‑22) :

Quid Varios Marsosque loquar ditataque vatum
nomina, magnus erit quos numerare labor ?

[Parlerai-je des Varus, des Marsus ? citerai-je les noms difficiles à compter, tant ils sont nombreux, des poètes que la faveur a enrichis ?].

a.

Triaire no lxxxiii (pages 283‑287), d’après l’édition d’Amsterdam, 1718 ; Reveillé-Parise no clxv (tome i, pages 284‑288).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 9 mai 1643.
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(Consulté le 17.11.2019)

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