L. 442.  >
À Charles Spon, le 1er août 1656

Monsieur, [a][1]

Je vous envoyai ma dernière de trois pages le mardi 4e de juillet, que M. Moreau [2] mon hôte me promit de vous faire rendre par ses correspondants à Lyon. Depuis ce temps-là, nous apprenons ici que Valenciennes [3] est fort pressée, [1] tandis que les Espagnols cherchent les moyens d’attaquer nos gens dans leurs lignes ou d’empêcher nos convois. Quelques luthériens [4] assemblés en grand nombre ont fait un prêche à leur mode dans le faubourg Saint-Marceau [5] avec un ministre de la même secte. Les curés de Paris se sont assemblés et ont délibéré là-dessus de faire des remontrances à MM. le chancelier [6] et le procureur général, [7] et même à Messieurs du Clergé dont l’assemblée dure encore ; [8] et même dit-on qu’elle durera jusqu’à la fin de l’année. Ceux de Valenciennes ont fait une grande sortie où ils ont rudement traité les nôtres, et y avons perdu plusieurs capitaines. Les bourgeois s’y défendent merveilleusement bien et l’issue du siège en est ici tenue fort incertaine car notre armée est aujourd’hui enfermée entre la ville assiégée et l’armée des Espagnols qui ont délibéré de nous attaquer dès que nous voudrons donner l’assaut à la ville.

L’édition du Varanda [9] avance-t-elle, quand sera-ce fait ? Notre M. Rigaud [10] ne pense-t-il plus à l’édition des trois traités de feu M. Hofmann ? [2][11] M. Elsevier [12] de Leyde [13] m’en parla ici il y a quelque temps et depuis, m’en a fait écrire par M. Vander Linden. [14] Cet accord se pourra bien faire entre nous, il pense à imprimer toutes les œuvres de ce grand auteur ensemble. Tout ce qui est imprimé fera bien deux volumes in‑fo, et ce que j’ai céans de manuscrits en fera bien deux autres ; en y ajoutant vos trois traités que je ferai mettre après les Χρηστομαθ. physiologiques, ut sit opus physiologicum integrum et angustum[3] C’est pourquoi je vous supplie de les bien garder et ne les communiquer à personne afin que vous me les puissiez renvoyer quand j’en aurai besoin, en cas que ce marché se fasse et que j’en accorde avec eux.

Mais à propos de livres, qu’est devenu à votre M. Barra [15] le dessein qu’il avait pris de faire réimprimer le Rondelet[16] in‑fo ? [4] Je serais ravi que cela pût réussir, M. Riolan [17] m’a dit mainte fois qu’il a été le plus savant médecin de Montpellier, [18] de ceux qui ont écrit. N’imprimera-t-on jamais rien d’un autre médecin de la même ville nommé Pradilles [19] qui a eu la réputation d’un habile homme et fort éloquent ? [5]

On dit ici que le comte de Broglio [20] a été tué d’un coup de mousquet dans la tête devant Valence [21] que nous avions assiégée. [6] Il était grand capitaine et fort entendu. Cela retardera nos conquêtes en Italie pour cette année. On parle aussi d’une horrible peste [22] qui est à Naples, [23] et laquelle s’épand vers Rome.

Le 16e de juillet. On tient tantôt ici pour tout certain que nous aurons bientôt Valenciennes, que notre grand convoi a passé, malgré les Espagnols qui n’ont osé nous attaquer. On dit aussi que la bonne fortune du cardinal Mazarin [24] sera si grande que nous prendrons aussi Valence dans le Milanais ce présent mois ; mais on dit ici à l’oreille que M. de Lionne [25] est allé en Espagne avec un jésuite espagnol qui était ici, pour y traiter de la paix sans que le pape [26] s’en mêle, le Mazarin ne lui voulant pas faire cet honneur.

Le fils [27] de M. d’Hervart, [28] intendant des finances, avait traité d’une charge de conseiller de la Cour vacante par la mort de M. de Cumont. [7][29] Quand il a prétendu y être reçu, la plupart des conseillers du Parlement se sont opposés à sa réception, disant qu’il était fils d’un partisan et d’un maltôtier, et aura de la peine d’en venir à bout.

Les armes sont journalières. [8] Les Espagnols nous ont fait ce que nous leur fîmes devant Arras il y a deux ans : [30] ils ont forcé nos lignes, nous ont fait lever le siège et ont emmené dans Valenciennes, prisonnier et fort blessé, M. le maréchal de La Ferté-Senneterre ; [31] on parle ici d’un grand nombre de tués et de blessés de notre côté, et de tout notre canon perdu. On dit que M. le maréchal de Turenne [32] a beaucoup sauvé de troupes. Le roi, [33] la reine [34] et le Mazarin, avec sa bonne Fortune, sont dans La Fère. [9][35]

Ce 20e de juillet. J’ai reçu ce matin une lettre des mains d’un honnête homme, que m’a adressée M. Gras, [36] notre bon et fidèle ami, avec un petit libelle qui était enfermé dedans. Je vous prie de lui présenter mes très humbles recommandations et que j’aurai soin de l’affaire de celui pour qui il m’a écrit.

M. Riolan vient de sortir de céans, lequel j’y avais fait appeler pour un provincial malade d’une prochaine phtisie. [37][38] Après cela, nous avons un peu causé ensemble, il m’a dit, entre autres nouvelles, que la reine de Suède [39] revenait d’Italie, qu’elle passait par la France, que M. de Guise [40] irait au-devant d’elle et qu’elle ne fera que passer ici pour s’en retourner en Suède où, lorsqu’elle sera arrivée, peut-être qu’elle changera derechef sa religion et se refera telle qu’elle était, luthérienne, [41][42] si tant est que les princes aient quelque reste de religion. [10] Il m’a dit aussi qu’il croit que notre paix ne durera plus guère avec Cromwell, [43] d’autant qu’il est fort allié avec le roi de Suède [44] et que nous sommes pour les Hollandais qui veulent aider au roi de Pologne ; [45][46] que Cromwell nous avait promis d’assiéger cette année Dunkerque, [47] que cela aurait fait une diversion des forces de l’Espagne et qu’en ce cas-là, nous aurions infailliblement pris Valenciennes ; qu’il est fort haï en Angleterre et qu’il est en danger d’y être tué bientôt ; que nous serons obligés de nous remettre bientôt dans les bonnes grâces du pape et par après, que l’on traitera de la paix générale, etc.

J’écrirais volontiers à M. Falconet, mais j’attends de savoir quelques nouvelles de lui par M. le comte de Rebé, [48] vu que je n’en ai rien appris depuis qu’il est parti d’ici. Les Institutions de Rivière [49] se vendent-elles, comme quoi sont-elles grosses ? Le Varandæus avance-t-il ? Le Rinaldus[50] continuateur de Baronius, s’avance-t-il chez M. Huguetan ? [11] Monsieur son frère l’avocat est-il à Lyon, ut valet, ut meminit nostri ? [12] Je vous supplie de lui faire mes très humbles recommandations.

Ce 17e de juillet[13] Aujourd’hui a été pendu dans la Grève [51][52] un vendeur de cendres de la rue Montorgueil [53] pour fausse monnaie, [14][54] dont le père le fut pareillement il y a 20 ans pour même crime ; et demain un voleur des grands chemins y sera rompu, [55] qui est natif de la rue Saint-Denis. [56]

J’ai vu ici un livre nouveau in‑4o imprimé à Lyon fait par un nommé Chapuzeau, [57] qui est une description de votre belle ville. J’y ai même vu votre nom, qui m’a réjoui. [15] Je vous prie de me mander qui est ce Chapuzeau, car j’ai autrefois ouï parler d’un homme de ce nom qui demeurait à Lyon et qui avait traduit les Colloques d’Érasme [58] (qui serait un fort bon livre à imprimer), qui était réformé, fils d’un secrétaire du roi que je me souviens avoir vu ici l’an 1621 et qui a fait un livre environ de ce titre, Des devoirs de l’homme in‑8o[16][59]

On parle ici mal de nos affaires en Italie : l’on dit que le duc de Modène [60] venant au camp de Valence où il était attendu, fut rencontré et presque pris par les Espagnols ; mais que ses troupes furent défaites et que si le siège n’est levé, que nous serons obligés de le lever. [17] Le maréchal de La Ferté-Senneterre et quelques autres bons prisonniers ont été tirés de Valenciennes par les Espagnols et emmenés à Anvers. [61]

On avait envoyé M. de Lionne en Espagne avec un jésuite espagnol pour y traiter de la paix générale sans que le pape s’en entremît. Quand il a été à Bayonne, [62] il a envoyé à Madrid demander un passeport pour lui et les siens. On lui a répondu qu’il n’en aurait point, que le roi [63] avait donné plein pouvoir de faire la paix au pape et que c’était à lui qu’il fallait s’adresser si on en voulait traiter. M. de Lionne est ici de retour.

On dit que devant Valenciennes il n’y en a pas tant de tués comme l’on disait, que la bataille n’a duré qu’une heure, qu’il y a beaucoup de prisonniers, 37 pièces de canon, quatre mortiers et tout le bagage ; [18] et que les deux armées de M. de Turenne et du prince de Condé [64] sont à une lieue près l’une de l’autre.

Enfin, M. Henry [65] a fait et conclu le traité avec M. de Montmor, [66] maître des requêtes, pour l’impression des œuvres de feu M. Gassendi, [67] pour MM. Anisson [68] et Devenet ; [69] on dit qu’il y aura quatre volumes in‑fo[19] On a bien de la peine de faire venir à concession ce bon M. de Montmor qui est un vieux Euclio Plautinus[20][70][71] et qui eût volontiers obligé de perdre Valenciennes ceux à qui il aurait délivré la copie. Enfin, un Lyonnais nommé M. Henry en est venu à bout, eius petinaciam vixit ; [21] mais je ne sais si ce sera au profit ou à la perte de ses libraires car j’apprends que multa desunt in toto [22] et que la copie est imparfaite en plusieurs endroits.

On parle ici de la peste d’Italie, comme elle est bien grande et comme elle s’épand cruellement par diverses provinces. Utinam ad nos non perveniat[23] on dit qu’elle n’est pas seulement à Rome, mais à Gênes aussi. [72]

Ce 28e de juillet. On a fait ici une capture de voleurs de grands chemins que l’on rompt avec beaucoup de cérémonies dans la Grève. Ce sont tous jeunes gens de différents lieux ; même, il y en a un de Paris nommé Javel, [73] fils d’un tireur d’or de la rue Saint-Denis, [24][74] qui a sollicité sa grâce par plusieurs moyens sans la pouvoir obtenir.

Il m’est ici venu voir un jeune médecin de Lyon, nondum aggregatus vestro Collegio[25] nommé Hedoin. [75] Il m’a parlé du dessein de M. Barra votre collègue sur Rondelet, disant qu’il a envie de le faire réimprimer avec des commentaires ; mais dites-moi, s’il vous plaît, qui est l’auteur de ces commentaires, est-ce lui, qui est encore jeune ? Non enim omnibus datum est adire Corinthum ; [26][76] nihilominus tamen opto ut tandem contingat, nova nempe editio operam Rondeletii, in‑fo[27]

Ce 29e de juillet. M. Guillemeau [77] vient de sortir de céans, qui m’a dit que nous avons levé le siège de Valenciennes parce que nos gens ne voulurent point combattre voyant les ennemis qui venaient les attaquer, malcontents de ce qu’ils manquaient de pain et d’argent. C’est qu’ils ont mieux aimé se rendre à l’ennemi que de combattre et se mettre en danger de se faire tuer pour le Mazarin qui veut avoir tout l’honneur de la guerre, et le profit pareillement, tant aux dépens des officiers que des pauvres soldats.

Un bruit court ici que M. le duc d’Orléans [78] veut aller voir le roi à La Fère et qu’il a écrit à la reine et au Mazarin ; que celui qui y fut de sa part, capitaine de ses gardes, fut fort bien reçu et que cette paix s’en va être refaite ; que le Mazarin en a tant témoigné de joie que rien plus. [28] L’on dit aussi que courrier est arrivé tout exprès d’Italie, qui apporte la nouvelle que Valence s’est rendue à nous [Cela est faux] : [29] voilà de quoi nous consoler de la perte que nous avons faite à Valenciennes.

Un maître des requêtes nommé M. de Hère, [79] intendant de justice en Touraine, y est mort d’un choléra morbus [80] en trois heures, d’y avoir trop mangé de melons ; [81] et tant que ce fruit dure ici, nous y voyons souvent telle maladie qui est atrocissimum et ferocissimum genus[30] et où beaucoup de friands sont attrapés.

Et Dieu merci, voilà votre chère lettre du 25e de juillet que je reçois avec grande joie par les bonnes nouvelles qu’elle m’apprend de votre santé. Je suis bien aise que M. Falconet soit en bonne disposition, je vous prie de lui faire mes recommandations. J’attends que j’aurai de ses nouvelles quand il nous enverra les Institutions de Rivière. [31] Seront-elles achevées bientôt ? Je ne présenterai point vos recommandations à M. Érasme Bartholin [82] car il partit hier pour Danemark. M. Blondel [83] me dit encore hier que lorsqu’il aura achevé son traité de Pleuritide qu’il dicte dans les Écoles, [32][84] qu’il le fera imprimer et qu’il en prendra l’approbation de ses collègues, etc. Il est fort résolu et fort savant, mais il est obscur in genere scribendi ; [33] néanmoins, je loue son courage et sa profonde érudition. Il hait fort Guénault [85] et des Fougerais, [86] et tout le parti antimonial, nec carebit eius scriptum acerrimis aculeis[34] Laissez là le livre de M. Chicot [87] quousque melior atque completior prodeat[35] Le libraire m’a encore parlé cette semaine d’une seconde édition ; si elle arrive, je vous enverrai des premiers ; je dis si elle arrive, sunt enim isti homines putidissimi lucriones et nebulones mendacissimi[36][88] Votre Stobée [89] grec latin est un fort bon livre et le Gesner, [90] un fort bon homme, savant et laborieux ; mais il n’était point médecin, comme j’ai compris par la lecture de ses épîtres que j’ai toutes lues autrefois (j’en ai fait autrefois un extrait fort curieux que j’ai céans). Scribebat et docebat, et tam multis per diem incumbebat [37] qu’il n’eut jamais le loisir d’apprendre le premier, seul, grand et unique secret de notre métier, quod est methodus medendi[38] qu’il n’a jamais entendu. Merus enim fuit empiricus, indigens Delo natatore tota vita[39][91][92]

Je connais bien votre M. Belay de Blois, [40][93][94] c’est un honnête homme, mais je ne connais point son neveu. Pour Montpellier, il est vrai qu’il y a aujourd’hui plusieurs chaires vacantes. M. Chastelain, [41][95][96] gendre de M. Courtaud, [97] est ici à ce que j’apprends. [98] Son beau-père lui avait par ci-devant cédé sa chaire de professeur, mais M. de Bosquet, évêque de Montpellier, [99][100] m’a plusieurs fois dit qu’il avait fait casser tout cela au Conseil et que personne n’aurait de chaires qu’à la dispute. Il m’a témoigné beaucoup de haine contre M. Courtaud pour un méchant livre qu’il dit avoir vu, plein d’injures contre M. Riolan, que M. de Bosquet honore et chérit ; c’est cette Seconde apologie in‑4o[42] Il dit qu’il ne permettra point que personne devienne professeur à Montpellier que par la dispute. Je ne sais ce qu’est ici venu faire M. Chastelain car, pour cette affaire au Conseil, il n’y gagnera rien contre l’évêque de Montpellier qui est ici puissant. Peut-être qu’il y vient à cause du bonhomme Courtaud, [101] frère de son beau-père, qui est si vieux qu’il n’en peut plus et qui n’a point d’enfants, mais en récompense qui a des bâtards et peu de bien. J’apprends que M. Soliniac [102] est encore ici, qui s’emploie avec l’évêque de Montpellier à empêcher ces résignations de chaires de professeur ; et sans cela, il s’en retournerait à Montpellier car la pratique ne l’y retient point, sibi famæque suæ decoxit : [43] Mme la duchesse de Lesdiguières [103] est morte ; [44] il a vu M. de Schomberg [104] et a assisté à l’ouverture de son corps, [105] où il a vu la pierre quem perfracte negaverat ; [45] M. de Montpellier dit que quand ses malades sont morts, il croit être absous de tout homicide quand il dit qu’il y avait un abcès là-dedans. [106] Il y a ici des Guénault, des des Fougerais, des Des Gorris [107] et autres charlatans qui ont aussi bon appétit que lui et qui tâchent aussi bien que lui de faire valoir leurs fourberies. Rainssant, [108] Bodineau, [109] < Le > Vignon, [110] Mauvillain, [111] Hureau, [112] Marès, [113] Petit, [114] Garbe, [115][116] Tardy, [117] Maurin, [118] Dieuxivoye, [119][120] les deux Renaudot, [121][122] de Bourges [123] Lopès, [124] et autres affamés courent après pour faire la seconde classe de ceux qui en veulent avoir per fas et nefas[46] et qui en savent autant que d’autres. Je ne connais point votre Mme Hervé ou ne m’en souviens point. La châsse de sainte Geneviève [125] ne fait point plus de miracles [126] qu’autrefois. Talia sibi miracula fingit imperitum vulgus, propter ignorantiam causarum[47][127] et de tout temps le peuple, qui est un sot, a été trompé par telles inventions ; sunt artes imperatoriæ, quibus decipitur populus[48] Jusqu’ici la moisson et la vendange [128] se sont montrées belles, mais il y a fort peu de malades, dont je loue Dieu. Cela me donne du loisir de me reposer et d’étudier un peu plus tranquillement, le monde est assez tourmenté d’autres fléaux, de guerre, d’impôts [129] et de moines, etc. [130]

Notre M. Allain, [131] paralytique depuis un an, a été à Bourbon [132] et en est revenu aussi malade qu’il y était allé. Je trouve tous les jours des exemples qui me confirment dans l’opinion de feu M. Nicolas Piètre [133] que aquæ illæ medicatæ plus habent celebritatis quam salubratis[49] Je n’en fais point d’état, Fallope [134] a eu raison de dire que curatio per fontes metallicos est curatio fortuita et remedium empiricum[50][135][136]

Ce 30e de juillet. Depuis ce que dessus écrit, j’ai entretenu M. l’évêque de Montpellier (avec lequel j’ai dîné chez M. l’archevêque de Narbonne), [137] qui m’a dit que Chastelain lui a fait des remontrances sur le brevet qu’il avait obtenu ; que l’opposition qu’il y a faite lui ruine sa fortune ; qu’il n’a épousé la fille de Courtaud qu’à ce dessein ; qu’il lui en a encore coûté 50 pistoles, sans les voyages qu’il en a faits ; et à tout cela, point d’autre réponse, sinon qu’il veut que les chaires soient disputées et que ce sera pour le mois d’octobre prochain. [41] Je me recommande à vos bonnes grâces, et à mademoiselle votre femme et à M. Huguetan l’avocat, et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 1er du mois d’août 1656.


1.

Guy Patin écrivait ces lignes avant la victoire de Condé sur La Ferté-Senneterre devant Valenciennes, le 16 juillet (v. note [13], lettre 440, et la suite de la présente lettre), mettant fin au siège de la ville par les troupes françaises.

2.

V. notes [10], lettre 485, pour la réédition lyonnaise en préparation des Opera omnia [Œuvres complètes] de Jean Varanda, et [17], lettre 192, pour les Chrestomathies de Caspar Hofmann, en panne chez le libraire de Lyon, Pierre Rigaud, fils de Claude i, et que Guy Patin avait ici dessein de proposer à Jean Elsevier de Leyde.

3.

« pour que ce soit une œuvre physiologique entière et compacte. »

4.

Pierre Barra (Barrá), natif de Lyon, apparemment mort après 1696 (parution de son dernier livre), était docteur en médecine de l’Université de Montpellier, agrégé au Collège de Lyon. Son projet de rééditer les œuvres de Guillaume Rondelet n’a pas abouti. Ses ouvrages montrent sa fidélité rigide et excessive aux doctrines hippocratiques :

  • L’Abus de l’antimoine et de la saignée ; démontré par la doctrine d’Hippocrate. Par Me Pierre Barra docteur médecin ; {a}

  • De veris Terminis partus humani Libri tres ex Hippocrate. Authore Petro Barra Lugdunensi Medico. Accessit historia mulieris Romanæ iam ab annis quatuor gravidæ, cum responsione Vaticina, eiusdem Authoris, et explicatione responsionis,

    [Trois livres sur les véritables termes de l’accouchement humain tirés d’Hippocrate. Par Pierre Barra, médecin de Lyon. Ledit auteur y a ajouté l’observation d’une femme romaine enceinte depuis déjà quatre ans, avec la réponse en vers {b} et l’explication de cette réponse]. {c}

  • Les Abus de la thériaque, et de la confection d’hyacinthe, {d} observés par Maître Pierre Barra, docteur médecin agrégé au Collège de Lyon. Ensemble une description de la confection d’hyacinthe, sans les fragments des pierres précieuses, les perles, l’or, l’argent, le musc, et l’ambre ; de l’invention de l’auteur. {e}

  • Hippocrate, de la Circulation du sang et des humeurs. Par Me Pierre barra, docteur médecin, agrégé au Collège de Lyon. {f}

  • L’Usage de la glace, de la neige et du froid. Par M. P. Barra D. médecin, agrégé au Collège de Lyon. {g}


    1. Lyon, Christophe Fourmy, 1664, in‑12.

    2. Historia muliereis Romanæ iam a viginti quatuor mensibus gravidæ, quæ ad celeberrimum Collegium Lugdunenses missa est die 20. Novembris, anno 1664. cum Responsione vaticina Petri Barra Lugdunensis Medici [Observation d’une femme romaine enceinte depuis déjà 24 mois, qui a été envoyée au très célèbre Collège de Lyon le 20e de novembre 1664, avec une réponse en vers de Pierre Barra, médecin de Lyon] (pages 92‑95) : curiosité littéraire et médicale.

    3. Lyon, Christophe Fourmy, 1666, in‑8o.

    4. V. note [9], lettre 5, pour ces deux mélanges pharmaceutiques de très haute complexité.

    5. Ibid. Antoine Valençol, 1667, in‑16.

    6. Lyon, Claude Bourgeat, 1672, in‑12.

      L’idée maîtresse est qu’Hippocrate « a découvert le mouvement du cœur, et la circulation du sang et des humeurs, si exactement comme ils sont que, depuis deux mille ans et plus, les autres médecins n’ont rien ajouté à la science qui soit essentiel pour expliquer cette matière » (page 15).

    7. Lyon, Jean Viret, 1696, in‑12o.

5.

Jacques d’Estienne de Pradilles, né à Montpellier durant la seconde moitié du xvie s dans une famille protestante, fut nommé docteur en médecine de l’Université de Montpellier en 1590. Cette même année, la mort de Nicolas Dortoman (v. note [10], chapitre iii du Traité de la Conservation de santé) provoqua un concours. Pradilles fut classé premier mais selon la coutume, une liste de deux noms fut présentée au roi Henri iv qui choisit le second, Jean Varanda. Pradilles s’inclina de bonne grâce et obtint peu après du roi l’expectative de la première chaire qui viendrait à être libre.

L’occasion sembla se présenter en 1593 lorsque fut créée la chaire d’anatomie et de botanique destinée à Pierre Richer de Belleval. Pradilles voulut user de son droit d’expectative, mais toutes ses manœuvres furent réduites à néant. La leçon dut porter ses fruits car il ne revendiqua pas la chaire de chirurgie et de pharmacie créée peu après, en 1597, pour Pierre Dortoman. À partir de 1596, Pradilles suppléa le Chancelier André i Du Laurens dans ses leçons, avec l’assentiment de tous. En 1598, il donna aussi ses soins aux pauvres de l’Hôtel-Dieu Saint-Éloi, et à nouveau de 1600 à 1603. Le Chancelier Jean Hucher étant mort en 1603, Pradilles obtint enfin la chaire qu’il attendait depuis 13 ans. Il mourut dans la religion protestante en 1619. Sa chaire revint à Siméon Courtaud. Ses publications se résument aux nombreuses thèses qu’il inspira (Dulieu).

6.

V. note [14], lettre 440, pour le siège de Valence (Valenza dans le Milanais) et la mort du comte François-Marie de Broglio.

7.

V. notes [4], lettre 605, pour Anne Hervart, fils de Barthélemy, et [10], lettre 392, pour Abimélech de Cumont, mort le 5 avril 1656.

8.

« On dit proverbialement que les armes sont journalières, pour dire que tantôt on bat et tantôt on est battu » (Furetière).

9.

Mme de Motteville (Mémoires, pages 447‑448) :

« En arrivant à Compiègne, {a} il me parut que cette princesse {b} voulait paraître fort consolée de la perte de Valenciennes et de Condé que les Espagnols avaient pris. {c} Les ennemis avaient eu ces avantages sur nous et il semblait que les partisans de M. le Prince s’imaginaient déjà qu’on le rechercherait et que, pour le tirer des pays étrangers, on lui offrirait de grandes choses ; mais la reine n’était pas aisée à étonner et le cardinal Mazarin était trop habile pour laisser longtemps à ce prince quelque sujet d’espérer ce qu’il n’aurait pas été raisonnable de faire. La reine me fit l’honneur de me dire, en riant, sur le chapitre de Valenciennes qu’il y avait de la présomption à croire qu’il n’y eût des victoires que pour nous ; que les prières des Espagnols devaient quelquefois obtenir des grâces du ciel, telles qu’il lui plaisait de les distribuer, tantôt aux uns et tantôt aux autres, et qu’il ne fallait pas s’étonner de ces événements. »


  1. Le 26 août.

  2. La reine Anne d’Autriche.

  3. V. note [15], lettre 441, pour la prise de Condé-sur-Escaut.

10.

V. note [18], lettre 440, pour l’arrivée en France de la reine Christine.

11.

V. notes [5], lettre 429, pour les Institutiones medicæ… de Lazare Rivière (Lyon, 1656), et [21], lettre 408, pour Odorico Rinaldi, continuateur des « Annales ecclésiastiques » de Baronius (Rome, 1646-1677, sans édition lyonnaise qui ait abouti).

12.

« se porte-t-il bien, se souvient-il de nous ? »

13.

Cette date ne s’inscrivant pas dans la continuité de la lettre, il faut croire à une étourderie de Guy Patin qui aurait écrit 17e au lieu de 27e.

14.

Les cendres que vendait ce faux-monnayeur s’appelaient cendres de gravelée (v. notule {a}, note [3], lettre 258) dont on se servait pour faire la lessive. Le feu de réverbère (v. note [39] de L’ultime procès de Théophraste Renaudot…) qu’on utilisait pour accomplir cette opération permettait aussi de fondre les métaux.

15.

Lyon dans son lustre. Discours divisé en deux parties. {a} La première embrasse les éloges de la ville et des habitants. La deuxième, par une recherche curieuse, met au jour l’état présent du Corps Ecclésiastique, du Politique, et du Militaire ; suivi des noms et qualités de tous ceux qui les gouvernent, et de plusieurs singularités. {b}


  1. Samuel Chapuzeau (ou Chappuzeau, Paris 1625-Celle, Basse-Saxe 1701), auteur de ce livre a signé sa dédicace aux édiles de la ville de Lyon.

    Outre ce livre, ses Colloques d’Érasme (Leyde, 1653, v. note [33], lettre 396) et son Cercle des femmes, entretien comique tiré des Dialogues d’Érasme suivi de l’Histoire d’Hymenée (Lyon, Michel Duhan, 1656, in‑12, ouvrage qui a inspiré à Molière ses Précieuses ridicules), Chapuzeau a surtout produit quantité de drames et de comédies en vers (G.D.U. xixe s.).

  2. Lyon, Scipion Jasserme, aux dépens de l’auteur, 1656, in‑4o de 112 pages.

Charles Spon est surtout présent dans ce livre par sa dédicace :

In Politissimam Lugdunæidem Eruditissimi Viri, D. Chapuzæi.

Lugduni miranda stylo tam diuite pangis,
Tantæ ut materiæ par videatur opus.
Vix minor ergo tuis debetur gloria chartis,
Quam qualem augustum hoc possidet Emporium.

Car. Sponius, Doct. Med. Collegio
Lugdun. aggregatus
.

[Sur la très brillante Lugdunéide {a} du très savant M. Chapuzeau.

De Lyon vous chantez les merveilles dans un style si opulent que votre ouvrage semble à la hauteur d’un si grand sujet. Votre livre mérite une gloire à peine inférieure à celle que possède cette auguste cité marchande.

Charles Spon, docteur en médecine, agrégé au Collège de Lyon].


  1. « Histoire de Lyon » : mot flatteusement forgé sur le modèle de L’Énéide (Histoire d’Énée).

Le passage sur le Corps des médecins (pages 40‑41) reflète le contenu emphatique de l’ouvrage :

« Messieurs les médecins composent de leur côté un très noble Corps et se trouvent en nombre autant que les géographes comptent de climats ; nombre qui n’est point assurément sans mystère et qui semble me signifier que ces divins hommes ont la connaissance de tout ce que la terre produit sous chaque climat, des vertus de minéraux et de chaque plante, ou que dans ce Corps honorable se trouve renfermée la science de tous les médecins de l’Univers. Je les appelle divins, vu que si c’est le propre d’un Dieu de donner la vie, c’est quelque chose d’approchant de la savoir conserver et de la retenir, lorsqu’elle est sur le point de prendre la fuite. »

16.

Le Devoir général de l’homme en toutes conditions, envers Dieu, le roi, le public, son prochain et soi-même : de sa vie, de sa mort, corporelle, spirituelle, temporelle, éternelle. Divisé en six livres. par Charles Chappuzeau, {a} avocat au Conseil privé du roi. {b}


  1. Charles Chappuzeau (1564-1641), père de Samuel, est aussi auteur d’un Traité des diverses Jurisdictions de France : des Évocations ; Règlement de juges ; procès de partage ; Privilèges de juridiction ; Requêtes civiles ; Propositions d’erreur ; Récusations ; Contrariété, et cassation d’arrêts ; Péremption d’instances ; Et fins de non-recevoir… (Paris, Gesselein et Thiboult, 1618, petit in‑fo de 126 pages, pour la première de plusieurs éditions.

  2. Paris, sans nom, « Se vend au bout de la rue de Bétizy, à la fleur de lys », 1617, in‑8o de 371 pages, dédié au roi.

17.

Nouvelle allusion au siège de Valence (Valenza dans le Milanais) qui, contrairement au mauvais pronostic de Guy Patin, s’acheva favorablement pour le duc de Modène et les Français qui prirent la place aux Espagnols en septembre (v. note [14], lettre 440).

18.

Mortier : « pièce de fonte faite en forme de gros canon fort court avec un calibre fort large, propre à jeter des bombes, des carcasses, des pierres et des cailloux. Il est monté sur un affût porté sur des roues fort basses » (Furetière).

19.

Annonce des :

Petri Gassendi, Diniensis Ecclesiæ præpositi, et in Academia Parisiensi Matheseos Regii Professoris, Opera omnia in sex tomos divisa, quorum seriem pagina præfationes proxime sequens continet. Hactenus edita Auctor ante obitum recensuit, auxit, illustravit. Posthuma vero totius Naturæ explicationem complectentia, in lucem nunc primum prodeunt, ex bibliotheca illustris Viri Henrici Ludovici Haberti Mon-Morii, libellorum supplicum magistri…

[Œuvres complètes de Pierre Gassendi, prévôt de l’église de Digne, et professeur royal en mathématiques de l’Université de Paris, divisées en six tomes, dont la page qui suit immédiatement les préfaces présente le sommaire. Avant de mourir, l’auteur a revu, augmenté et enrichi ce qui avait déjà été publié. Les parties posthumes, qui embrassent l’explication de la Nature tout entière, sont pour la première fois mises en lumières, tirées de la bibliothèque de l’illustre M. Henri Louis Habert de Montmor, {a} maître des requêtes…] {a}


  1. V. note [13], lettre 337.

  2. Lyon, Laurent Anisson et Jean-Baptiste Devenet, 1658, en 6 volumes in‑fo :

    1. Syntagma philosophicum [Traité philosophique], contenant la Logica [Logique] et la Physica [Physique (Histoire naturelle)] ;

    2. suite du Traité philosophique, avec la fin de la Physica et l’Ethica [Éthique (Morale)] ;

    3. Opuscula philosophica [Opuscules philosophiques] ;

    4. Astronomica [Astronomie] ;

    5. Miscellanea [Œuvres mêlées] ;

    6. Epistolæ [Correspondance].

    Le premier tome contient plusieur picèes liminaires intéressantes.

    • Le portrait de Gassendi est accompagné de ces vers :

      petrus gassendus diniensis.
      Hic est Ille, dedit cui se Natura videndam,
      Et Sophia æternas cui reservavit opes :
      Inuida non totum rapuistis Sidera ! Vultum
      Nantolius, Mentem pagina docta refert
      .

      pierre gassendi natif de digne Voici celui à qui la Nature s’est donnée à découvrir, et à qui la Sagesse a réservé d’éternelles richesses : astres jaloux, vous ne l’avez pas tout entier emporté ! Par son savant dessin, Nanteuil {i} montre son visage et son intelligence.

    • La préface de Samuel Sorbière, qui traite de vita et moribus [de la vie et des mœurs] de Gassendi. {ii}

    • L’épitaphe de Gassendi : {iii}

      Petrvs Gassendvs,
      diniensis civis, presbyter eivs-
      dem ecclesiæ præpositvs, s.
      theologiæ doctor, in acade-
      mia parisiensi regivs
      mathematices professor.
      heic reqviescit in pace :

      qvi natvs est anno christi
      cd. d. xcii. die ix. kal. febr.
      obiit cd. d. clv. die ix. kal. nov.
      depositvs est vii. kal.

      henricvs lvdovicvs habertvs
      de montmor, libell. svppl.
      magister ; viro pio, sapienti,
      docto, amico svo et hospiti
      posvit
      .

      [Ci-gît en paix Pierre Gassendi, citoyen de Digne, prêtre et chanoine de son église, docteur en théologie sacrée, professeur royal de mathématiques en l’Université de Paris :

      né le 24 janvier 1592, il est mort le 24 octobre 1655, et inhumé le 26.

      Henri-Louis Habert de Montmor, maître de requêtes, a posé cette plaque en mémoire d’un homme pieux, sage et savant, qui fut son ami et son hôte].

      1. Le graveur Robert Nanteuil, v. note [14], lettre 490.

      2. Les noms de Charles Spon et de Guy Patin y apparaissent, parmi bien d’autres.

      3. Epitaphium Solido Mamore Albo et Nigro positum Lutetiæ in Ecclesia S. Nicolai Campensis, atque in ipso Scallo Illustr. Familiæ Monmorianæ, quod S. Iosepho Sacrum.

        [Épitaphe en marbre massif, noir et blanc, placée dans l’église Saint-Nicolas-de-Champs à Paris (v. note [28], lettre 380), en la chapelle de l’illuste famille de Montmor, dédiée à saint Joseph].

        Ce monument a été détruit en 1793.


20.

Euclion est un type de vieillard avare qu’on trouve dans l’Aulularia de Plaute, qui commence par ce vers : Senex avarus vix sibi credens Euclio [Euclion, vieillard avare, faisant à peine confiance à lui-même…].

On y trouve un autre vers fameux, Aurum mihi intus harpagatum est [On m’a grippé mon or là-dedans], qui marque bien que l’Auluraria (l’aululaire est un petit pot de terre où était enfermé de l’argent, une cassette) a servi de modèle à Molière pour son Avare (1668) et son Harpagon.

21.

« il a vaincu son opiniâtreté ».

22.

« beaucoup de choses manquent à l’ensemble ».

23.

« Dieu fasse qu’elle n’arrive pas jusqu’à nous ».

24.

« Les tireurs d’or sont ceux qui réduisent l’or en filets, qui le font passer par la filière » (Furetière).

25.

« qui n’est pas encore agrégé à votre Collège » : ce jeune Hedoin n’était docteur ni de Paris, ni de Montpellier ; il n’a jamais été agrégé au Collège des médecins de Lyon. Charles Spon a parlé de sa médiocrité dans sa lettre du 21 novembre 1656 (v. sa note [16]).

26.

Horace (Épîtres, livre i, lettre 17, vers 35‑36) :

Principibus placuisse viris non ultima laus est
Non cuivis homini contingit adire Corinthum
.

[Plaire aux premiers d’entre les hommes n’est pas une médiocre gloire, il n’est en effet pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe].

27.

« je n’en espère cependant pas moins qu’une nouvelle édition in‑fo de l’œuvre de Rondelet nous arrive enfin. » Il n’y eut pas de nouvelle édition après les :

Gulielmi Rondeletii doct. medici, et in alma Monspeliensi Academia Professoris Regii et Cancellarii, Opera omnia medica. Nunc ab infinitis quibus antehac scatebant mendis, studio et opera I. Croqueri Poloni Medicinæ Doctoris, repurgata, et in gratiam medicinæ studiosorum nitori suo restituta. Editio postrema, aliquot opusculis huius Authoris nondum antehac editis aucta, quorum seriem sequens pagina indicat.

[Œuvres médicales complètes de Guillaume Rondelet, {a} docteur en médecine et professeur royal, et chancelier en la bienfaisante Université de Montpellier, épurées de l’infinité de fautes qui les souillait auparavant, par les soins et le travail de J. Croquerus, docteur en médecine polonais, {b} et restaurées en leur plein éclat pour l’agrément des études de médecine. Dernière édition, augmentée de quelques opuscules de cet auteur, qui étaient jusqu’ici inédits et dont la page suivante donne la liste]. {c}


  1. Mort en 1566, v. note [13], lettre 14.

  2. Tout ce que les catalogues m’on appris de plus sur ce Coquerus est son prénom : Johannes.

  3. Genève, Pierre et Jacques Chouët, 1628, in‑8o de 1 359 pages.

28.

Montglat (Mémoires, page 316) :

« Nous avons vu comme M. le duc d’Orléans avait reçu le neveu du cardinal Mazarin à Blois, {a} et que Son Altesse Royale se disposait à venir trouver le roi, Sa Majesté étant à La Fère : c’est pourquoi Monsieur ne voulut point passer dans Paris, pour faire voir qu’il ne sortait de sa maison que dans le dessein de rendre ses respects à Leurs Majestés ; et pour cela, il passa par Saint-Cloud, où toutes les personnes de qualité qui étaient dans Paris le vinrent saluer. Il fut delà à Compiègne, d’où il fut trouver le roi à La Fère ; {b} lequel sachant sa venue, le vint rencontrer à une demi-lieue hors de la ville, où il lui fit toutes les démonstrations d’amitié qu’il put à une personne qui lui était si proche. Delà, il le fit monter dans son carrosse et le mena au château, où il salua la reine, qui le reçut avec grand témoignage d’affection et d’oubli de toutes les choses passées. Le cardinal Mazarin le traita le soir avec apparence d’une entière réconciliation ; et après avoir demeuré huit {c} jours à la cour, il revint à Paris où il n’avait point été depuis la guerre civile. Il y reçut les marques du respect et du zèle que tous les bons Français avaient pour un si bon prince, qui n’aurait jamais eu que de bons sentiments pour la France s’il en avait bien su distinguer les intérêts. Il s’en retourna bientôt après à Blois, où il demeura le reste de ses jours, venant tous les ans une fois rendre ses devoirs à Leurs Majestés. »


  1. v. note [35], lettre 433.

  2. Le 5 août 1656.

  3. Sic pour trois.

29.

Correctif ajouté par Guy Patin dans la marge.

30.

« qui est de l’espèce la plus atroce et la plus féroce ».

Le lien entre la consommation de melons et la survenue d’une dysenterie aiguë menaçant la vie est évoqué à plusieurs reprises dans les lettres de Guy Patin, mais obscur aujourd’hui, à moins de penser qu’on altérait les fruits en y injectant de l’eau pour en augmenter le poids et le jus, ce qui aurait permis aux bactéries qu’elle contenait d’y pulluler.

Denis de Hère (ou Heère), seigneur de Vaudois, avait été reçu conseiller au Parlement de Paris en 1627, en la deuxième des Enquêtes. Maître des requêtes en 1636, il avait assuré plusieurs intendances avant celle de Touraine (Popoff, no 1425).

31.

V. note [4], lettre 431.

32.

Le cours « sur la Pleurésie » de François Blondel est resté inédit, mais la BIU Santé conserve sur ce sujet un manuscrit (ms no 5025-5032) intitulé Francisci Blondeli, doctoris medici Parisiensis, prælectiones Parisinæ de lateris dolore eiusque natura, differentiis, signis et curatione, in scholis solido biennio recitatæ et enarratæ… [Leçons parisiennes de François Blondel, docteur en médecine de Paris, sur la douleur du côté, sur sa nature, ses différents signes et son traitement ; récitées dans les Écoles pendant deux années entières…], qui vient de la bibliothèque de Charles Louis François Andry.

Ce texte était pour partie une réponse antistibiale à la querelle qui avait agité la Faculté de médecine de Paris en 1656 après la dispute d’une thèse sur la purgation dans la pleurésie (v. notes [8] et suivantes, lettre 430).

33.

« dans sa façon d’écrire. »

34.

« et ce qu’il écrit ne manquera pas de pointes très acérées. »

35.

« jusqu’à ce qu’on le sorte meilleur et plus complet » ; v. note [31], lettre 436, pour les Epistolæ et dissertationes medicæ… de Jean Chicot (Paris, 1656 et 1666).

36.

« ces hommes [les libraires] sont en effet de fort puants rapaces et de fort menteurs vauriens. »

37.

« il écrivait et enseignait, et s’appliquait chaque jour à tant de choses ». Guy Patin a ajouté dans la marge la parenthèse qui précède.

Jean de Stobée (Joannes Stobæus ou Stobensis), compilateur byzantin originaire de Stobi en Péonie (aujourd’hui Gradsko en Macédoine), vivait au ve s. de notre ère. Il a laissé un recueil divisé en deux parties qui sont communément intitulées Eclogæ physicæ et ethicæ [Églogues (morceaux choisis) physiques et éthiques] pour la première et Anthologicon [Anthologie] ou Florilegium [Florilège] pour la seconde. Il s’agit d’une sorte d’encyclopédie où l’auteur a rassemblé et classé méthodiquement une infinité de fragments des plus célèbres auteurs grecs, poètes, orateurs, philosophes, historiens, dont la plupart des ouvrages sont perdus ou ne nous sont parvenus que fort mutilés. Cet inestimable recueil a été édité un grand nombre de fois (G.D.U. xixe s.).

Conrad Gesner (mort en 1565, v. note [7], lettre 9) était bel et bien médecin, il avait étudié à Montpellier et pris le bonnet doctoral à Bâle. Patin mentionnait deux de ses ouvrages :

  • Ioannis Stobæi Sententiæ, ex thesauris Græcorum collectæ, quarum authores circiter ducentos et quinquaginta citat, et in sermones sive locos communes digestæ, per Conradum Gesnerum, medicum Tigurinum, Latinitatis donatæ. Adiecta sunt et alia quædam, ut sequente pagella indicatur. Indices très, nempe authorum qui in his collectaneis allegantur, sermonum seu locorum communium, rerum et verborum,

    [Maximes de Jean Stobée, recueillies dans les trésors des Grecs, citant environ 250 auteurs, réparties en discours ou citations et traduites en latin par Conrad Gesner, médecin de Zurich. Avec addition de quantité d’autres textes dont la liste figure sur la page suivante, et trois index : auteurs cités dans ce recueil, discours ou citations, matières et mots] ; {a}

  • Epistolarum medicinalium Conradi Gesneri, philosophi et medici Tigurini, libri iii. His accesserunt eiusdem Aconiti primi Dioscoridis, Asseveratio, et de Oxymelitis Elleborati utriusque descriptione et usu, Libellus. Omnia nunc primum per Casparum VVolphium Medicum Tigurinum, in lucem data,

    [Trois livres d’Épîtres médicales de Conrad Gesner, philosophe et médecin de Zurich. Y ont été ajoutés son identification du premier aconit {b} de Dioscoride et son opuscule sur la description et l’emploi de l’oxymel elléborisé. {c} Le tout édité pour la première fois par Caspar Wolf, médecin de Zurich]. {d}


    1. Paris, Gulielmus Cavellat, 1552, in‑8o de 1 041 pages.

    2. V. notule {b}, note [14], lettre 181, pour l’aconit.

    3. V. notes [24] du Traité de la Conservation de santé, chapitre iii, et [30], lettre 156, pour l’ellébore.

    4. Zurich, Christoph. Frosch., 1577, in‑4o.

38.

« qui est la méthode pour remédier ».

39.

« Il ne fut en effet qu’un pur empirique qui toute sa vie, a eu besoin du nageur de Délos [pour l’empêcher de se noyer] » ; v. note [9], lettre 535, pour Delius natator, adage antique qu’Érasme a commenté.

40.

Jacques Belay (né à Blois, mort en 1690) avait été reçu docteur en médecine de l’Université de Montpellier en 1629. Après avoir longtemps exercé dans sa ville natale, il était venu à la cour pour s’attacher à la Maison d’Orléans et devenir médecin de la Grande Mademoiselle. Étant protestant, Belay fut à plusieurs reprises chargé, comme commissaire royal, de recevoir les plaintes de ses coreligionnaires de la généralité d’Orléans (Dulieu et Delaunay).

41.

Matthieu Chastelain (Agde 1630-1659) professeur de médecine à Montpellier, était fils de Jean i, maître chirurgien, et frère de Jean ii (1625-1715) qui fut aussi professeur à Montpellier. Matthieu, reçu docteur en médecine en 1652, avait épousé l’année suivante Typhène Courtaud, fille de Siméon ; malgré cette parenté, il dut attendre 1658 pour devenir son survivancier (Dulieu).

42.

V. note [54], lettre 348, pour la Seconde Apologie… attribuée à Isaac Cattier mais au bénéfice de Siméon Courtaud ; François de Bosquet, évêque de Montpellier, a correspondu avec Guy Patin.

Courtaud avait écrit à Charles Spon le 20 juin 1654 (ms BIU Santé no 2190, pages 198‑199) :

« C’est ici M. Chastelain, mon gendre, qui vous rend la présente. Il s’en va à Paris pour quelque affaire. J’ai désiré qu’il eût l’honneur de vous saluer et vous offrir son service ; en passant, il donnera quelque peu de temps pour voir votre ville et les médecins qui sont de nos amis. Vous aurez, s’il vous plaît, agréable si quelquefois il vient vous rendre ses devoirs comme à un de mes meilleurs amis et le plus ancien de votre Compagnie. Ma Seconde Apologie pour notre Université est imprimée à Paris depuis quelques mois et déjà distribuée tant dedans que dehors le royaume. Je ne sais si vous en avez à Lyon. Je suis le dernier à la voir et en attends de jour à autre des exemplaires de Paris. Si j’en eusse eu, M. Chastelain vous en eût présenté. Je priserai beaucoup le jugement que vous en ferez et le recevrai comme d’une personne que j’honore grandement. »

43.

« il s’est cuit lui-même, et sa réputation ».

44.

Anne de la Magdeleine, comtesse de Sault, puis épouse en 1632 de François de Bonne de Créqui, duc de Lesdiguières et gouverneur du Dauphiné, était par sa mère, Hippolyte de Gondi, cousine germaine du cardinal de Retz.

Tallemant des Réaux (Historiettes, tome ii, page 305), parlant du carinal de Retz :

« Il est enclin à l’amour, il a la galanterie en tête et veut faire du bruit ; mais sa passion dominante, c’est l’ambition ; son humeur est étrangement inquiète et la bile le tourmente presque toujours. Dans sa petite jeunesse, il voyait fort sa parenté, et principalement Mme de Lesdiguières. Je crois qu’il en a été amoureux. »

45.

« dont il avait catégoriquement nié l’existence ».

46.

« par tous les moyens, bons comme mauvais [de façon licite comme illicite] ».

Les 18 collègues que Guy Patin nommait avaient tous signé l’antimoine en 1652 (v. note [3], lettre 333). Quatre apparaissent ici pour la première fois dans ses lettres.

  • Guillaume i Petit (Chartres vers 1617-1702), avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1643 ; Patin a parlé de lui pour la dernière fois dans sa lettre à André Falconet du 7 septembre 1671, en disant qu’il était âgé de 54 ans et briguait la charge de premier médecin du dauphin, qu’il obtint ; son fils, Guillaume ii, le jeune, docteur régent en 1668, devint aussi premier médecin du dauphin.

    En 1702, Saint-Simon a consigné dans ses Mémoires (tome ii, page 246) la mort de Guillaume i Petit, devenu médecin du Grand Dauphin :

    « Une autre mort serait ridicule à mettre ici sans des raisons qui y engagent ; c’est celle de Petit, qui était fort vieux et depuis grand nombre d’années, médecin de Monseigneur. Il avait de l’esprit, du savoir, de la pratique et de la probité ; et cependant, il est mort sans avoir jamais voulu admettre la circulation du sang. Cela m’a paru assez singulier pour ne le pas omettre. »

    V. note [a] de la lettre de Giulio Torrini (19 juillet 1662) pour l’avis de décès de Guillaume i Petit.

  • Michel Marès, de Paris, avait été reçu en 1639.

  • Bertin Dieuxivoye, du Mans, reçu en 1649, fut doyen de la Faculté de médecine de Paris de 1682 à 1684. Il était partisan de l’antimoine et s’illustra aussi dans la bruyante querelle sur le quinquina qui secoua la Faculté en 1658-1659 (v. note [1], lettre 547).

  • Jean Garbe, de Laon, reçu en 1645, fut doyen de 1668 à 1670.

Guy Patin avait déjà cité François Lopès, natif de Bordeaux, parmi les cinq licentiandes de 1652 (v. note [36], lettre 292) ; reçu docteur régent en décembre de la même année, il mourut en 1663 (Baron). En 1632, son père, de même prénom, avait été de ceux qui soignèrent heureusement l’obstruction de vessie qui affligea le cardinal de Richelieu à Bordeaux (v. notule {e}, note [17], lettre 13).

47.

« Par ignorance des véritables causes, la masse ignorante se fabrique de tels miracles ».

Lucrèce, l’épicurien athée (v. note [131], lettre 166), La Nature des choses (livre vi, vers 53‑54) :

Ignorantia causarum conferre deorum
Cogit ad imperium res et concedere regnum
.

[L’ignorance des causes contraint à imputer toutes choses à l’autorité des dieux et à leur concéder la toute-puissance].

48.

« ce sont les artifices des gouvernants, pour tromper le peuple. »

49.

« ces eaux médicinales ont plus de renom que de salubrité. »

50.

« la guérison par les sources minérales est une guérison fortuite et un remède empirique » ; premier tome des Opera omnia de Gabriel Fallope, {a} Tractatus de thermalibus aquis, atque metallis [Traité des eaux thermales, et des métaux], {b} chapitre x (pages 227), Aquæ thermales quot modis fuerint olim, sintque nunc in usu ; et a quonam primum ; quaque ratione fuerint in usum positæ [De quelles manières on a jadis usé et on use à présent des eaux minérales ; qui les a utilisées en premier ; et pour quelles raisons on en a instauré l’emploi] :

At experientia duce inventum fuisse usum omnium thermalium aquarum, vel majoris saltem ipsarum partis : et hinc colligo aquas has esse potius medicamentum empiricum quam rationale ; quoniam aquæ thermales patiantur illud idem, quod multiplicia, et magna vocata medicamenta ; qualis est theriaca, mithridaticum, et his similia. empirica namque hæc sunt medicamenta : quoniam sine ratione sunt composita, et coacervata ; quod autem hoc verum sit, theriacæ compositio palam facit : quia in ipsa multa superflua, multaque contraria ingrediuntur. et ad multos etiam, et inter se contrarios affectus facit, et confert. Sed ratio non patitur superflua in aliquo medicamento poni, tanto minus quæ sunt inter contraria, et quod unum, ac idem medicamentum varios, et illos inter se pugnantos morbos sanet : tamen experientia compertum est. et in usum iam receptum theriacam propulsare, ac fugare varios, contrariosque morbos, quamvis causa sit composita, et superflua in ipsa fuerint posita. Idipsum dico de thermalibus aquis : quia et ipsæ empiricum sunt medicamentum, et ideo censeo, quod ipsarum usus fuerit sola experientia inventus.

[C’est, croyez-le bien, l’expérience qui a fondé l’usage de toutes les eaux thermales, ou du moins de la plupart d’entre elles ; et j’en déduis que ces eaux sont un remède empirique plutôt que rationnel. {c} On admet donc l’emploi des eaux minérales de la même façon que ccelui d’une quantité de remèdes qu’on appelle grands, comme la thériaque, le mithridate et leurs semblables : {d} ce sont bel et bien des médicaments empiriques car nul raisonnement ne préside à leur composition et à leur assemblage ; j’en veux pour preuve flagrante la confection de la thériaque, où entre un grand nombre d’ingrédients superflus et doués de facultés contraires, tout en convenant et étant utile à de mutiples affections dont les natures sont opposées les unes aux autres. Dans toute médication pourtant, la raison ne tolère pas les substances superflues, et encore moins celles dont les effets se contrarient ; elle n’admet pas non plus qu’un seul et même remède puisse guérir un grand nombre de maladies différentes et de natures contraires, même si leur cause n’est pas univoque, et si elles recèlent une part de superflu. Je dis exactement la même chose des eaux thermales : elles sont un remède d’essence empirique, car leur emploi n’est à mon avis fondé que sur l’expérience].


  1. Francfort, 1600, v. note [16], lettre 427.

  2. Les métaux du titre sont ceux que contiennent les eaux minérales. Ce traité est un cours que Falloppe a daté de Padoue le 9 juillet 1556.

  3. V. note [6], lettre 28.

  4. V. note [9], lettre 5.

Guy Patin dénigre les cures thermales en s’appuyant sur une référence imprécise. En me fondant sur l’extrait que j’ai cité, il me semble être de mauvaise foi et dévoyer la pensée de Falloppe, lequel se bornait ici à dire que, comme la thériaque (qu’il ne proscrivait pas), les eaux minérales sont des remèdes empiriques, car leur emploi ne se fonde pas sur le raisonnement (la logique dogmatique), mais sur l’expérience. Si Falloppe les avait jugées dénuées d’intérêt médical, il ne leur aurait sans doute pas consacré un traité de 32 chapitres (76 pages). Je n’y ai pas lu qu’il tenait pour fortuites les guérisons qu’elles procurent. Sur des bases qu’il tenait pour rationnelles, il était au contraire convaincu que leur efficacité est liée aux minéraux qu’elles contiennent.

a.

Ms BnF no 9357, fos 212‑213 ; Reveillé-Parise, no cclxxxvii (tome ii, pages 244‑249).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 1er août 1656.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0442
(Consulté le 29.11.2022)

Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.