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À Charles Spon, les 19 et 22 octobre 1649

Monsieur, [a][1]

Je vous ai écrit le vendredi 8e d’octobre la dernière fois, il y avait deux lettres ensemble. Depuis ce temps-là, j’apprends que M. l’évêque de Riez, [2] nommé Dony d’Attichy, [3][4][5] par ci-devant minime[6] s’en va faire imprimer l’Histoire des cardinaux en latin, en deux volumes in‑fo[1] Je pense que vous savez bien que depuis environ neuf ans un honnête homme d’ici, nommé M. Aubery, [7] a fait imprimer l’histoire des cardinaux depuis le commencement de leur création jusqu’à la fin du siècle dernier, en cinq volumes in‑4o[2] Maintenant il travaille au sixième, qui ira jusqu’au cardinal de Richelieu, et le septième, jusqu’au Mazarin. [8] L’évêque de Riez se sera infailliblement servi du travail de M. Aubery pour en grossir son livre ; et s’il ne fait mieux, sans doute qu’il aura tâché de faire autrement. Nous aurons ici bientôt les Commentaires de César traduits par M. d’Ablancourt [9] avec des cartes et de bonnes notes géographiques, in‑4o[3] Aussi aurons-nous en même temps les Œuvres latines de M. de Balzac [10] in‑4o, qui seront en vers et en prose ; il y aura entre autres quelques épîtres latines. [4] On imprime ici l’École de Salerne en vers burlesques[11] Le traducteur [12] m’en a fait voir aujourd’hui quelques feuilles et m’a dit qu’il me voulait dédier cette traduction. Ce sera un petit in‑4o[5] L’évêque de Riez a eu par ci-devant un frère jésuite, et m’a été dit à l’oreille qu’un autre jésuite a travaillé pour lui à cette histoire des cardinaux : sic solent Cardinales et Episcopi[6] Un savant homme angevin, nommé M. Ménage, [13] s’en va faire imprimer ici un livre fort curieux qui sera intitulé Des Origines de la langue française. Il voudrait bien savoir d’où vient le terme Antimonium[14] faites-moi la faveur de me l’apprendre si vous le savez. [7] Le P. Petau [15] n’a pas été assez hardi pour entreprendre le voyage de Rome : on a fait assembler trois médecins, savoir leur ordinaire, qui est M. Guérin, [8][16] avec MM. Guénault [17] et Barralis, [18 qui tous trois ont déposé que s’il entreprenait ce voyage, il mettait sa vie en très grand hasard ; et de là s’ensuit, de peur de le perdre, qu’il n’ira pas. On imprime son deuxième tome de Incarnatione et par après il fera imprimer de Sacramentis, si la corde ne rompt, [9] et ce n’est pas ce qui me met fort en peine. Mais à propos d’impression, dites-moi s’il vous plaît en quel point d’avance est votre Sennertus ; [10][19] quand pensez-vous qu’il sera achevé ? Dites-moi pareillement quelque chose de Encyclopædia Alstedii[20] n’est-elle pas encore achevée ? [11] J’ai fait ici fête de votre Sennertus à bien du monde et à de mes amis de la campagne qui s’y attendent ; je m’attends bien que Messieurs vos libraires en auront bon débit. Le mercredi 14e de ce mois, j’ai soupé en grand festin et bonne compagnie ici chez un riche marchand nommé Jean Faveroles, [21] rue de la Chanvererie (il a plusieurs autres frères qui sont ici marchands). [12] Je suis leur médecin, il est mon bon ami. J’étais aussi le médecin de la plupart de ceux qui s’y trouvèrent, mais il y en avait un de Lyon nommé M. Rainon, [22] grosse tête emperruquée, âgé d’environ 38 ans. Comme nous parlions de la médecine et des médecins de Paris, il dit qu’il y en avait un à Lyon qui était l’Incomparable. Je souhaitais que ce fût vous qu’il voulût nommer. Quand je vis qu’il ne nommait personne, je vous nommai en disant que je vous tenais tel ; il ne fit pas semblant de vous connaître ; puis je nommai M. Gras, [23] puis M. Garnier, [24] et M. Falconet ; je lui dis encore qu’il y en avait un nommé M. de Rhodes, [25] que je ne connais pourtant que de nom. [13] Enfin, il nomma comme par exclamation un nommé M. Guillemin, [26] duquel pour lui faire dépit, je dis que je n’en avais jamais ouï parler, d’autant qu’il n’avait voulu nommer aucun des miens ni en louer aucun. Il le loue comme un saint et je pense qu’il l’eût canonisé s’il eût été pape ; qu’il avait la meilleure pratique de Lyon, qu’il était homme noble et généreux, qu’il étudiait fort, qu’il se levait dès deux heures du matin, etc. Je lui répliquai à cela que cet homme-là se tuerait de tant étudier et que c’était un moqueur de vivre ainsi ; qu’en l’âge auquel il était parvenu, il devait être savant sans se lever à deux heures pour se tuer par ces veilles trop immodérées. Ainsi, j’éludai ses louanges qui étaient trop affectées, et puis nous parlâmes d’autre chose. Il se trouve partout des oiseaux de Psaphon [27] et des gens assez sots pour les écouter. [14][28] Je dirais presque que ces gens-là sont gagés pour parler de ce qu’ils n’entendent pas. Je vous prie de me mander qui est ce M. Guillemin et quantus sit ; [15] je me souviens d’en avoir autrefois ouï parler à feu M. Guénault, [29] à qui je pense qu’il écrivait quelquefois.

Ce 17e d’octobre. Pour la vôtre datée du 8e d’octobre, laquelle a été neuf jours en chemin, je vous dirai premièrement que je la viens de recevoir et que je vous en remercie de tout cœur, comme aussi du bon accueil qu’avez fait à M. Mauger, mon compatriote ; [30] Dieu le veuille bien ramener. À ce que je vois du nombre des livres qu’il s’est achetés à Lyon, enfin celui d’Alstedius est donc achevé. [11] Je vous prie de me mander combien il coûte en blanc dans Lyon, et environ quand pourra être achevé le Sennertus[10] Je me tiens obligé à la bonté de M. Ravaud [31] pour les lettres de change qu’il lui a données ; je vous prie de lui dire que je l’en remercie, comme je fais à vous aussi pour toutes les peines qu’il vous a données. Je ne sais si tous ces voyages lui serviront, peregrinatio est inquieta, imo sæpe inutilis, corporis et animi iactatio ; [16][32][33] joint que son père est extrêmement irrité contre lui pour ce voyage qu’il a fait en votre ville. J’ai peur qu’il ne change de gamme et qu’au lieu de le souffrir se faire médecin de Paris, qu’il ne s’aille faire chartreux quelque part. [34][35] Si jamais il revient jusqu’ici, je tâcherai de le retenir par le moyen d’un expédient que j’ai à lui proposer.

Ne pensez point m’avoir de l’obligation quand je dis du bien de vous à vos Lyonnais, j’en suis si content et si très fort réjoui qu’il ne faut pas que m’en sachiez d’autre gré. Je suis alors du nombre de ceux qui habuerunt mercedem in vita sua[17][36] car, puisque je suis en termes de Sainte Écriture, fortis illa et suavis de te cogitatio mihi et merces amplissima, et magna nimis[18][37] et vous prie de croire qu’il ne se passe jour que je ne pense à vous plus de trois fois avec douceur et très ample satisfaction.

Si M. Bailly [38] votre chirurgien vous a parlé de moi, aussi ai-je fait de vous avec M. Rainon ; mais il ne m’a pas secondé, tant il avait à la tête son Guillaume et son Guillemin. [19] Votre M. Bailly est tout à fait l’homme de M. Garnier à ce que j’ai reconnu, et même il se dit son parent ou son allié. J’ai peur que vous ne vous moquiez de moi quand vous me comparez à un grand luminaire ; hélas, je me tiendrais heureux si je pensais être ou avoir place entre les plus petites étoiles du firmament. La peste [39] de Provence m’étonne et ai grande pitié de tant de pauvres gens qui n’ont rien mérité de pareil. Quand je vois qu’elle est si rude, qu’elle n’épargne pas même les médecins, je me souviens de ce beau mot qui est lib. 7, divini operis Metamorphoseôn : [40]

… inque ipsos sæva medentes
Erumpit clades, obsuntque authoribus artes
[20]

Au moins je souhaite que votre M. Bontemps, [41] qui a de si bonnes qualités que vous me dites, en réchappe. Notre M. Maurin [42] a ici quelque emploi, mais bien peu de santé. Il est tout hâve et tout desséché, presque tout tabide, [43] vivit tamen, aut saltem miseram vitam trahit[21] Le grand froid et le grand chaud sont également contraires à ces gens-là ; c’est pourquoi, en l’état qu’il est, il doit craindre l’hiver et l’été. Je vous prie de faire ce que vous pourrez pour ajouter à votre Sennertus le traité de Origine animarum in brutis afin que l’œuvre soit tant plus parfait, joint que ce traité est fort curieux. [22] Le livre de M. Vossius, [44] de Historicis Græcis, est sur la presse ; j’en ai vu la première feuille, où on promet qu’il en aura 75. Je ne dis rien de l’autre, qui sera de Latinis[23] Pour le Perdulcis [45] de M. Carteron, [46] je n’en ai point ouï parler, je souhaite que M. Ravaud se puisse souvenir à qui il l’a baillé. [24] Je ne dois point être malvoulu de nos libraires, [25] mais ils sont si coyons et si lâches que je le tiens perdu si je ne leur demande. Ôtez deux ou trois honnêtes gens qui sont parmi eux. Deux heures après votre lettre reçue, j’ai fait vos recommandations à M. Moreau, [47] m’étant trouvé avec lui chez un chirurgien pour un officier de finances qui laborat cephalalgia et insomnia diuturna, ex antiqua syphilide ; [26][48] il m’a témoigné de la joie quand il a su que vous aviez reçu sa lettre. [49]

Pour l’écrivain italien qui a médit des médecins, celui-là n’aura pas les gants : Pline [50] l’oncle, Montaigne, [51] et quelques autres en ont bien fait autant ; et Agrippa [52] aussi. [27] Mais pour ce qui est des médecins et des avocats ensemble, je vous dirai que je me souviens que l’an 1617, au mois de février, que l’hiver fut extrêmement rude, feu mon père [53] et feu ma mère [54] m’envoyèrent quérir du collège et me tinrent chez nous tant que le froid fût passé, ou au moins sa grande rigueur, de peur que je ne fusse pas bien chauffé au collège ; je me souviens que ces petites vacances m’étaient très agréables et qu’étant auprès d’un grand feu, fort à mon aise et où le bois ne coûtait rien, je lus presque tout entier un in‑fo des livres de feu mon père. C’étaient les Commentaires de Montluc [55] (que je n’ai céans qu’in‑8o). [56] Il peste et déclame là-dedans fort rudement contre le grand nombre de médecins, d’avocats et de procureurs, qu’il appelle vermine de Palais ; et si je ne me trompe, il invective contre un certain procureur de Bordeaux, nommé Menart < sic >, qui eut, ce dit-il, l’impudence de faire bâtir une des plus hautes maisons de la ville et fit mettre sur la porte ces deux vers :

Faux Conseil et mauvaises têtes
M’ont fait élever ces fenêtres
[28]

Un gentilhomme nommé Rampalle [57] a fait ici des Discours académiques, dans l’un desquels il s’étend fort contre l’inutilité du trop grand nombre des gens de lettres dans un État, où il n’épargne ni les médecins, ni autres. [29] J’avoue véritablement qu’en France il est trop de prêtres et de moines, et trop de ministres de chicane, j’entends procureurs et sergents de toutes façons. Je ne doute pas même que, dans la campagne et dans les petites villes, il n’y ait trop de médecins, et iceux même fort ignorants : dans Amiens, [58] qui est une ville désolée de guerres et de passages d’armées, il y a aujourd’hui 20 médecins. Mais ce dont il y a trop infailliblement en France sont des moines [59] et des apothicaires, [60] qui coupent misérablement la bourse et la gorge à beaucoup de pauvres peuples. En récompense, il est fort peu de bons et sages médecins, qui aient été bien instruits et bien conduits. J’en vois même ici qui malunt errare quam doceri[30] combien qu’ils aient de beaux moyens de s’amender. Pour la campagne, elle fourmille de chétifs médecins qui de se nihil nisi magnifice sentiunt[31][61] parce qu’ils ont mis le nez dans le Perdulcis [24] dont ils n’entendent peut-être que la moitié des termes, ou qu’ils ont ouï parler de Diamargaritum[32][62] d’apozèmes, [63] de juleps cordiaux [64] et de vin émétique. [65] La principale cause de ce malheur est la trop grande facilité des petites universités à faire des docteurs : on baille trop aisément du parchemin pour de l’argent à Angers, [66][67][68] à Caen, [69] à Valence, [70] à Aix, [71] à Toulouse, [72] en Avignon ; [73] c’est un abus qui mériterait châtiment puisqu’il redonde au détriment du public ; [33] mais de malheur, nous ne sommes point en état d’amendement. [74][75] Incidimus in miserrima tempora ; ― quibus omnia fatis In peius ruere, et retro sublapsa referri : [76]

Funditus occidimus, nec habet Fortuna regressum ; [34]

et tout cela par la faiblesse de nos princes, per improbitatem et effrænatam libidinem dominantium[35] Mais peut-être que Dieu enfin aura pitié de nous et qu’il les changera. Amen. Interea v. tu, flos amicorum, bene age, atque vale[36] Je suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 19e d’octobre 1649.

Je vous envoie ma lettre qu’un malheur arrivé mardi dernier à deux lieues d’ici, qui m’obligea d’aller aux champs tout à l’heure, me fit oublier d’envoyer ce même jour-là au bureau. [37] Il n’est ici arrivé rien de nouveau depuis ce temps-là. Nous ne savons rien, ni de Bordeaux, [77] ni d’ailleurs. [38] J’attends impatiemment le manuscrit pathologique. [39][78] Je vous supplie de faire mes recommandations à MM. Gras, Garnier, Falconet, Huguetan et Ravaud. Quand est-ce que le Sennertus sera achevé ? [10] Plusieurs à qui j’en ai parlé par ci-devant m’en demandent tous les jours des nouvelles. Un médecin de Chartres [79] m’a envoyé de l’argent pour lui en acheter un. Pourra-t-il bien être fait avant Noël prochain ? M. Harvæus, [80][81] médecin de Londres, premier auteur et inventeur de la circulation du sang, a fait un petit livret imprimé à Londres qu’il a dédié et envoyé à M. Riolan ; [82] C’est touchant cette même controverse. M. Riolan s’en va lui répondre, c’est un in‑12, qui ne sera pas si gros que le premier. [40][83] Il m’a dit qu’il a dessein de le dédier à celui qui est aujourd’hui notre doyen, M. Piètre, [84] fils de feu M. Nicolas Piètre [85] qui a été un homme incomparable ; et vraiment celui-ci n’est pas indigne d’un tel père, vu qu’il est bien sage et bien savant. Il y a ici quantité de fièvres [86] erratiques, [41][87] tierces, quartes, [88] dysenteries, [89] et les malades y sont en si grand nombre que je n’ai aucun loisir de me retourner que fort peu après souper. Je vous baise les mains de toute mon affection et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce vendredi 22e d’octobre 1649.


1.

Flores historiæ sacri Collegii S.R.E. Cardinalium, in qua res ab ipsis septem sæculorum decursu, pie, aut sancte gestæ, ordine chronologico distinctæ, atque digestæ describuntur. Deducta illarum serie perpetua per Pontifices et Creationes, a temporibus S. Leonis Papæ ix. sive ab anno Christi m. xlix. quo fere cœpit Cardinalitia dignitas, eo splendoris et maiestatis Ecclesiasticæ statu, quo nunc est aucta, orbi clarius innotescere, usque ad postrema nostra tempora. Authore Illustrissimo ac Reverendissimo in Christo Patre ac Domino Ludovico Donio d’Attichy, Episcopo Æduensi.

[Fleurs de l’histoire du sacré Collège des cardinaux de la sainte Église romaine, où est décrit ce qu’ils ont pieusement ou saintement accompli au cours des sept derniers siècles, présenté par ordre chronologique. Leur série continue est présenté suivant les papes et les création, depuis le temps du saint pape Léon x, soit l’an de grâce 1049, où commença à peu près la dignité cardinalice, qui s’est si bien fait connaître par le statut de sa splendeur et majesté ecclésiastique, qu’elle est maintenant fort éclatante, jusqu’à nos jours. Par Ludovicus Dionius d’Attichy, {a} très illustre et vénérable père et seigneur dans le Christ, {b} évêque d’Autun].


  1. Louis Dony d’Attichy (Paris 1598-Dijon 1er juillet 1664) : neveu du maréchal de Marillac, il était entré dans l’Ordre des minimes, et en avait été nommé supérieur du couvent de Paris et provincial. En 1630, il avait été nommé évêque de Riez (à présent chef-lieu de canton des Alpes-de-Haute-Provence). Il fut promu au siège épiscopal d’Autun en 1652 et l’occupa jusqu’à sa mort (Gallia Christiana).

  2. Locution désignant les supérieurs dans l’Ordre des minimes.

  3. Paris, Sébastien Cramoisy, 1660, pour le premier de trois tomes in‑fo.

2.

Antoine Aubery (1618-1695), avocat au Parlement de Paris, a laissé divers ouvrages historiques et politiques traitant notamment de la prééminence et préséance des rois de France sur les rois d’Espagne (1650), et de leurs justes prétentions à l’Empire germanique (1667).

Guy Patin parlait ici de son Histoire générale des cardinaux, dédiée à Monseigneur l’Éminentissime cardinal de Richelieu (Paris, Jost et Soly, 1642-1649, 5 volumes in‑4o). Aubery compléta sa série par les histoires des cardinaux de Joyeuse (1654), de Richelieu (1660, v. note [6], lettre de Charles Spon, le 15 mars 1657) et Mazarin (1688).

3.

Les Commentaires de César (Paris, veuve de Jean Camusat et Pierre Le Petit, 1650, in‑4o de 623 pages) :

  • traduction de N. Perrot d’Ablancourt, auteur de l’épître dédicatoire au Grand Condé ;

  • accompagné des Remarques sur la carte de l’ancienne Gaule tirée des Commentaires de Césat. Par le Sr Sanson d’Abbeville, géographe du roi (1649, 96 pages ; seconde édition revue, corrigée et augmentée, Paris, 1652, in‑4o de 94 pages).

Nicolas Perrot, sieur d’Ablancourt (Châlons-en-Champagne 1606-Paris 17 novembre 1664), littérateur dont la production consista en de multiples traductions des auteurs classiques, grecs et latins, avait été reçu à l’Académie française en 1637. Plus tard, Colbert le proposa comme historiographe à Louis xiv, qui le refusa pour cause de protestantisme. Voltaire (Siècle de Louis xiv) a dit d’Ablancourt : « traducteur élégant et dont on appela chaque traduction “ la belle infidèle ”. » V. notes :

4.

Ioannis Ludovici Guezii Balzacii carminum libri tres, eiusdem epistolæ selectæ. Editore Ægidio Menagio.

[Trois livres de poèmes de Jean-Louis Guez de Balzac, {a} et lettres choisies du même auteur ; édités par Gilles Ménage]. {b}


  1. V. note [7], lettre 25.

  2. Paris, Augustin Courbé, 1650, in‑4o de 475 pages.

5.

L’École de Salerne en vers burlesques ; et poema macaronicum de bello huguenotico. {a}


  1. « et un poème macaronique (v. note [19], lettre 488) sur la guerre huguenote. »

    Paris, Jean Hénault, 1650, in‑4o de 74 pages, achevé d’imprimer le 30 octobre 1649.

    Comparée aux autres dont on dispose, cette édition numérique est précieuse car elle présente l’avantage d’inclure un curieux frontispice :

    sous un phylactère portant l’inscription ridendo monet [il exhorte à rire], coiffé d’un bonnet carré et vêtu de sa toge, un médecin assis, dont la caricature présente une certaine ressemblance avec le visage de Guy Patin, tient un médaillon qui donne le titre court du livre : « lescolle de salerne en vers burlesque. Par L.M.P. Docteur en Medecine. » Il est posé sur un livre fermé avec, écrit sur sa tranche : « gargantua pantagruel ».

    Ce livre a été réédité par le même libraire en 1652, mais aussi à Leyde en 1651 (v. note [1], lettre 255) et à de nombreuses reprises plus tard. V. note [4], lettre 12, pour l’édition latine « sérieuse » de la Schola Salernitana donnée par René Moreau en 1625.


Le traducteur, Louis Martin {a} est nommé dans le Privilège du roi :

« notre bien-aimé le sieur Martin, docteur en la Faculté de médecine de notre ville de Toulouse, {b} nous fait remontrer qu’il a composé en vers burlesques le livre intitulé L’École de Salerne […], qu’il désirerait faire imprimer s’il nous plaisait lui octroyer nos lettres à ce nécessaires. »


  1. Ce qui explique le « L.M.P. » du frontispice (détaillé supra) : « Louis Martin Parisien (?). »

  2. Sic.

L’épître dédicatoire du libraire est adressée « À Monsieur, Monsieur Patin, docteur en médecine de la très ancienne et très illustre Faculté de Paris » :

« Monsieur,
La santé des personnes de votre mérite est tellement importante au public que les particuliers doivent faire tout leur possible pour contribuer à sa conservation. C’est ce qui m’a fait prendre la hardiesse de vous dédier ce livre qui en traite. Ce n’est point pour vous suggérer des préceptes de santé qui vous sont parfaitement connus, comme on peut voir tous les jours par le nombre incroyable de malades que vous retirez de la mort, les remettant en une parfaite santé ; mais je m’estimerais heureux si je pouvais contribuer quelque chose à votre divertissement. C’est aussi ce qu’a prétendu l’auteur de ce livre, {a} qui a tâché de mêler l’agréable avec l’utile et de joindre le plaisir de l’esprit avec les préceptes salutaires au corps, sachant qu’il n’y a point de conseil plus utile pour la santé que celui qui ordonne de bien vivre et se réjouir. C’est ce que vous souhaite de tout son cœur celui qui est,
Monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur,
Jean Hénault. {b}
De Paris, ce 30 octobre 1649. »


  1. V. note [7], lettre latine 194, pour un témoignage disant qu’il s’agirait en fait de Patin lui-même, masqué sous le pseudonyme d’un médecin toulousain (ou parisien) imaginaire.

  2. V. note [54], lettre 332.

L’Avis sérieux et important au lecteur conte l’histoire des vers latins de l’École de Salerne :

« Je n’ai qu’un mot à te dire, touchant l’auteur de ce livre que quelques-uns nomment Ioannes de Mediolano, Jean de Milan, qui l’offrit au nom de tout le Collège de Salerne à Robert, roi d’Angleterre pour une telle occasion : Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et depuis roi d’Angleterre, laissa trois fils après sa mort, qui furent Guillaume le Roux, Robert et Henri ; Guillaume le Roux succéda au royaume d’Angleterre à son père ; Robert lui succéda au duché de Normandie et suivit Godefroy de Bouillon {b} en la conquête de la Terre sainte où l’auteur des Chroniques de Normandie remarque qu’il refusa le royaume de Jérusalem qui lui était offert, ayant appris la mort de son frère Guillaume le Roux qui le laissait héritier de la Couronne d’Angleterre ; {a} il passa donc à son retour de la Terre sainte par l’Apouille pour visiter les princes de l’Apouille et de Calabre qui étaient ses proches parents, et consulta les médecins du Collège de Salerne, {b} qui étaient pour lors en grande réputation, pour la guérison d’une plaie qu’il avait reçue dans le bras droit au siège de Jérusalem et qui s’était changée en fistule si maligne, pour avoir été faite avec une flèche envenimée, que les médecins conclurent qu’elle était incurable à moins qu’il se trouvât quelqu’un qui la voulût sucer avec la bouche pour en tirer le venin ; ce que ce prince ne voulant permettre, pour n’exposer personne à un danger si évident, sa femme, qui l’aimait tendrement, lui suça sa plaie pendant qu’il dormait et le guérit par ce moyen sans toutefois encourir aucun danger de sa personne. C’est ce qui donna sujet aux médecins de Salerne d’insérer un chapitre sur la guérison des fistules dans leur livre et de le dédier à ce prince, auquel ils donnent le titre de roi d’Angleterre parce qu’il était héritier présomptif de ce royaume, encore qu’il ne l’ait jamais possédé parce qu’Henri, {c} son frère puîné se trouvant en Angleterre au temps de la mort de son frère Guillaume le Roux, se servit de l’occasion, s’empara du royaume et se défit de son frère Robert qui retournait en Angleterre avec une puissante armée pour recouvrer son royaume ; de sorte que ce livre fut composé l’an 1100 par Jean de Milan, médecin de Salerne. »


  1. Guillaume le Roux (1056-1100) et Robert ii Courte-Cuisse (1060-1134) étaient les deux premiers fils de Guillaume ier le Conquérant (1027-1087). Robert suivit Godefroy de Bouillon (vers 1058-1100), le chef emblématique de la Première Croisade.

  2. Apouilles, du latin Apulia, est l’ancien nom des Pouilles, au sud-est de l’Italie. Salerne, au sud de Naples, est un port de Campanie, région située à l’ouest des Pouilles. Créée au xie s., son École médicale fut la porte par où la médecine grecque antique revint en Europe occidentale, après avoir été conservée et enrichie par les Arabes (v. note [4], lettre 5).

  3. Henri ier, dit Beauclerc (1068-1135), troisième fils de Guillaume le Conquérant.

Vient après une Approbation des docteurs en vers burlesques :

« Nous soussignés docteurs en vers burlesques
Certifions avoir lu cet écrit ;
N’avoir rien lu dedans que de grotesque
Divertissant, propre à guérir l’esprit
Avec le corps du plus mélancolique,
Morne, pensif, taciturne animal
Si qu’y lisant tous malades en ique {a}
Pourront trouver du remède à leur mal.
En foi de quoi, Nous, discrètes personnes,
Avons posé nos quatre noms au bas.
Ami lecteur, les lisant ne t’étonne
si par hasard tu ne nous connais pas.
Fait à Paris en pleine table,
Buvant vin frais et délectable,
L’an mil six cent quarante-neuf,
Et du mois de mai le dix-neuf.

Le Comte de Roncas.
Le Vicomte Boniface.
Le Marquis Detmola.
Le Baron de Chéri. » {b}


  1. Épileptique, arthritique, asthmatique, etc.

  2. Roncas est Pierre Scaron, Etmola est François i de La Mothe Le Vayer, mais Boniface et Chéri n’ont pas été reconnus.

Suit une dédicace non signée de 32 vers À Monsieur Scaron, prince des poètes burlesques :

« Enfin je t’ai vu dans ta chaise,
Où tu n’es pas fort à ton aise,
Du moins tant qu’un prédicateur
Écouté de maint auditeur ;
Mais ce que plus en toi j’admire,
C’est ton bel esprit qui se vire
Et se tourne si promptement ;
Je m’étonne, dis-je, comment
Dedans ton corps presque immobile
Veut loger esprit tant agile,
Qu’il s’élève en moins d’un moment
D’ici bas jusqu’au firmament. […] »

Pour finir les préliminaires :

L’École de Salerne proprement dite est composée d’une Épître dédicatoire au roi d’Angleterre (pages 1‑3) suivie de dix chants :

iAvis généraux pour la conservation de la santé (pages 3‑10) ;

iiDe l’Air et des aliments (pages 10‑14) ;

iiiDe la Qualité des aliments (pages 14‑17) ;

ivDes Quatre saisons de l’année (pages 17‑20) ;

vDu Souper et du dessert (pages 20‑24) ;

viDes Herbes et légumes (pages 24‑35) ;

viiDes Fleurs et des graines (pages 35‑38) ;

viiiDes Fruits (pages 39‑43) ;

ixDe la Chair des animaux (pages 43‑46) ;

xAjouté à l’École de Salerne, du choix des parties, âges et saisons des animaux (pages 46‑50).

C’est une succession de recommandations hygiéniques essentiellement présentées sous la forme de dictons ; par exemple :

  • page 3,

    « La douce liqueur de vendange
    Ne se doit boire sans mélange ;
    J’entends que pour vivre bien sain
    Faut mettre de l’eau dans son vin » ;

  • page 20,

    « Je dis pour vivre gaiement
    Qu’il faut souper légèrement » ;

  • page 40,

    « Mais parlons devant de la poire,
    Tu n’en mangeras point sans boire,
    Car poire mangée sans vin
    Est quasi pire que venin ».

Un avis de L’imprimeur au lecteur se trouve pages 51‑52 :

« […] Il représente naïvement les désordres que font les gens de guerre à la campagne, et néanmoins en un si triste sujet donnent matière de rire. Au reste, on en doit faire d’autant plus d’estime que c’est le seul poème de cette nature que nous avons en notre langue ; car ceux d’Antoine de Arena {a} approchent plus du provençal que du français, et ceux de Merlin Coccaye {b} sont italiens. […] ».


  1. Antonius Arena, natif de Solliès (Var), juriste et poète du xvie s., adepte des vers macaroniques.

  2. V. note [19], lettre 488.

Le Poema macaronicum de bello huguenotico de Rémy Belleau (1528-1577), poète de la Pléiade française, occupe la fin du livre (pages 53‑74) ; en voici un échantillon (page 57, contre le pape et ses émissaires, les moines) :

Ah ! pereat, cito sed pereat miserabilis ille
Qui menat in Francam nigra de gente Diablos
Heu pistolliferos Reistros, traistrosque volores,
Qui pensant nostram in totum destrugere terram ;
Nunquam visa fuit canailla brigandior illa
.

[Ah ! que s’en aille, mais s’en aille vite, ce misérable qui amène en France ces diables de noire espèce, ces reîtres pistoliers et traîtres voleurs, qui pensent détruire entièrement notre terre ; jamais vit-on canaille plus brigande que celle-là].

Molière s’est bien servi de ce style macaronique, poésie burlesque faite de mots écorchés du latin et de la langue maternelle, pour ridiculiser les médecins dans son Malade imaginaire (v. note [11], lettre 126).

6.

« telle est l’habitude des cardinaux et des évêques. »

7.

Gilles Ménage, Origines de la langue française (pages 37‑38) :

« D’antimonium. Mathiole sur Dioscoride : Stibium recentioribus Medicis, Chymicis ac Seplasiariis, qui Mauritanorum doctrinam sequuntur, Antimonium dicitur, quod hoc nomine Seraphis et Avicenna Stibium appellaverint. {a} Il est difficile de dire d’où vient antimonium. Fallopius au livre qu’il a fait des métaux croit qu’il a été dit par corruption pour achomadium. Arabes vocant athmad, et achiman, vel archman : unde Chimistæ Seplasiarii deduxere achamadium ; et, ab hac voce postea antimonium. {b} Vossius dans son de Vitiis Sermonis, au mot stibium, parle de l’origine d’antimonium en ces termes : {c} Usus eius est mulieribus in fucanda facie : quod, quia dedecet homines religiosos, eo Italis antimonio videtur usurpari : ab anti, contra, et Italico Moine, Monachus. {d} Cette étymologie est ridicule. Et d’ailleurs, le mot de moine est français, et non pas italien. L’étymologie rapportée par Furetière dans les Essais de son Dictionnaire universel, n’est pas plus raisonnable. {e} Encore une fois, il est difficile de dire d’où vient ce mot. Les Arabes ont appelé ithmid l’antimoine, du grec stimmi ; mais l’analogie ne permet pas qu’on fasse antimonium d’ithmid. »


  1. « Le stibium est appelé antimoine par les médecins, chimistes et parfumeurs [v. note [6] de la lettre de Thomas Bartholin, datée du 17 juillet 1647] modernes, qui suivent la doctrine des Arabes parce que Seraphis et Avicenne l’ont ainsi nommé. »

  2. « Les Arabes l’appellent athmad et achiman ou archman : d’où les chimistes parfumeurs ont déduit acamadium, et de là ensuite antimonium. »

  3. Cette définition ne figure pas dans les :

    Gerardi Joannis Vossii de Vitiis sermonis et glossematis latino-barbaris libri quatuor, partim utiles ad pure loquendum, partim ad melius intelligendos posteriorum seculorum scriptores.

    [Quatre livres de Gerardus Johannes Vossius {i} sur les vices latino-barbares du discours et du langage : à la fois pour parler avec plus de pureté et pour mieux comprendre les écrivains des sicles passés]. {ii}

    Ménage l’a empruntée à la page 492 de l’Etymologicon Linguæ Latinæ [Étymologie de la langue latine] du même Vossius. {iii}

    1. V. note [3], lettre 53.

    2. Amsterdam, Ludovicus Elzevirius, 1645, in‑4o de 824 pages

    3. Ibid. 1662, in‑4o, v. note [20], lettre 352.

  4. « Les femmes l’utilisent pour se farder le visage : et parce que cela ne convient pas aux hommes de religion, on a vu les Italiens employer le mot antimonio, formé de anti, contre, et moine, moine. »

  5. C’est celle du moine qui empoisonna ses collègues, v. note [8], lettre 54.

Littré DLF a poursuivi dans la voie indiquée par Ménage :

« On l’a fait venir, d’après sa composition apparente, d’anti-moine, c’est-à-dire contraire aux moines ; mais cette étymologie ne se fonde absolument sur rien, aucune anecdote de quelque authenticité ne nous apprenant comment un pareil sobriquet aurait pu être donné à ce métal. Quelques-uns le font venir de anti et de monos, {a} en le justifiant par le fait que ce métal ne se trouve jamais seul ; certains, d’antimenein, indiquant qu’il fortifie les corps. Antimonium se trouve dans les écrits de Constantin l’Africain, {b} De Gradibus, médecin salernitain qui vivait à la fin du xie s. D’autres, avec raison, ce semble, tirent ce mot de l’arabe athmoud ou ithmid. Athmoud est devenu facilement, dans le latin barbare, antimonium. D’un autre côté, la forme propre de l’arabe est ithmid, et vient sans aucun doute du grec stimmi, qui est dans stibium ; de sorte que, par un jeu singulier de l’altération des langues, antimoine et stibium seraient un mot identique. »


  1. Monos signifie seul en grec.

  2. V. note [55], lettre latine 351.

8.

On apprend ici que Denis Guérin (v. note [11], lettre 3) était le médecin ordinaire (traitant) des jésuites à Paris. V. note [5], lettre 201, pour le dessein du P. Denis Petau d’aller à Rome en vue d’élire un nouveau général des jésuites.

9.

V. note [4], lettre 201, pour le livre du P. Denis Petau « de l’Incarnation », mais ce qu’il avait écrit « sur les sacrements » n’a pas été publié.

10.

V. note [20], lettre 150, pour les Opera de Daniel Sennert (édition de Lyon, 1650).

11.

Nouvelle édition des 35 livres de la :

Ioan. Henrici Alstedii Scientarum omnium Encyclopædiæ… Opus postrema auctoris manu ita limatum, ut sit instar bibliothecæ omnium instructissimæ

[Encyclopédie de toutes les sciences de Ioan. Henricus Alstedius {a}… Ouvrage si bien poli par la dernière main de l’auteur qu’elle est l’égale de la mieux fournie de toutes les bibliothèques]. {b}


  1. Johann Heinrich Alsted, v. note [6], lettre 153.

  2. Lyon, Ioannes Antonius Huguetan et Marcus Antonius Ravaud, 1649, 4 tomes in‑fo ; les précédentes éditions dataient de 1620 et 1630.

12.

Supprimée par le tracé de la rue Rambuteau au milieu du xixe s., la rue de la Chanvererie allait de la rue Saint-Denis à la rue Mondétour.

13.

Les de Rhodes (Rhodde ou Derhodes) étaient des marranes originaire de Navarre ou d’Aragon. La famille (dont le nom initial était Rheuda ou Rhoda) s’était installée au xve s. dans le Comtat-Venaissin et en Avignon (v. note [10], lettre 601).

Le médecin dont il est ici question se prénommait Henri (Avignon vers 1580-Lyon 9 juin 1669), fils de Paul-Antoine de Rhodes et d’Antoinette Sauveur (Histoire de la noblesse du Comté-Venaissin, d’Avignon et de la Principauté d’Orange, dressée sur les preuves, Paris, veuve de Lormel et fils, 1750, in‑4o, tome troisième, page 95). Après avoir pris le bonnet de docteur à la Faculté d’Avignon (très probablement), Henri fut agrégé au Collège des médecins de Lyon en 1614 ; nommé médecin de l’Hôtel-Dieu en 1627, il devint doyen du Collège en juillet 1657, en succession de Claude Pons (v. note [9], lettre 80), et avec Henri Gras pour vice-doyen (v. lettre de Charles Spon à Guy Patin, datée du 10 juillet 1657) . Marié en 1628 avec Claude Nesme, Henri eut deux fils : Jean qui devint médecin (v. note [6], lettre 559) et Mathieu, jésuite.

C’est à tort que Mollière (comme d’autres historiens) a donné à Henri le prénom de Jean (v. note [34], lettre 106). M. Benoît Faure-Jarrosson, président de la Société d’Histoire de Lyon, nous en a procuré la précieuse démonstration en s’appuyant sur un article du Dr M. Lannois, Henry et Jean de Rhodes, médecins de l’Hôtel-Dieu au xviie siècle (Communication à la Société littéraire historique et archéologique de Lyon, 5 mai 1940), Bulletin du Lyon médical, Lyon Médical…, 72e année, tome  clxiv, pages 327-334, Lyon, Association typographique, 1940, et sur deux actes notariés inédits (Archives départementales du Rhône, cotes 3 E 7277 et 7278). La méprise est venue du catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Lyon qu’Antoine-François Delandine a établi en 1812 ; erreur qui a été reproduite depuis, mais que n’avait pas commise l’Éloge historique de la ville de Lyon du P. Claude-François Ménestrier dans sa liste des médecins appartenant au Collège de Lyon, qui distingue « Henry de Rhodes, Doyen » et « Iean de Rhodes, fils » (v. note [1], lettre 975).

14.

Les oiseaux de Psaphon, Psaphonis aves, Ψαφωνος ορνιθες, est l’adage no 200 d’Érasme :

« Voilà l’expression utilisée quand on acquiert la renommée par une méthode nouvelle, comme quand quelqu’un soudoie des gens pour le louer et leur dicte, pour ainsi dire, l’éloge par lequel il veut devenir célèbre. Il y avait, dit-on, en Libye {a} un homme prénommé Psaphon, qui voulait être considéré comme un dieu. Il attrapa de nombreux oiseaux qui pouvaient apprendre le langage humain et leur apprit à dire ces mots, “ Le grand dieu Psaphon ”. Après leur avoir enseigné ces mots, il les laissa s’envoler vers les montagnes. Or les oiseaux chantaient ce qu’ils avaient appris et l’enseignaient aux autres oiseaux. Plus tard, les Libyens, ignorant que cela avait été inventé de toutes pièces, crurent à un événement divin, instituèrent le culte de Psaphon et le comptèrent parmi leurs dieux. J’ai trouvé ce proverbe dans la collection d’Apostolios. » {b}


  1. V. notule {a}, note [28] des Triades du Borboniana manuscrit.

  2. Le Dictionnaire de Trévoux dit que ce conte est tiré des Histoires diverses d’Élien.

15.

« et ce qu’il vaut ».

V. la liste des correspondants de Guy Patin pour Pierre Guillemin, médecin agrégé au Collège de Lyon.

16.

« la pérégrination [voyage à l’étranger] est une turbulente, et même souvent une inutile agitation du corps et de l’esprit. » Adaptation d’une pensée de Sénèque le Jeune (Lettres à Lucilius, épître ii, § 1) :

Non discurris nec locorum mutationibus inquietaris. Ægri animi ista iactatio est.

[Tu ne cours pas çà et là, et ne te jettes pas dans l’agitation des déplacements. Cette mobilité est d’un esprit malade].

17.

« qui ont eu leur récompense de leur vivant ». Les premiers versets du chapitre 6 de l’évangile de Matthieu parlent de la récompense des bienfaits ; celle immédiate que l’homme obtient de son vivant, en donnant l’aumône ou en priant avec ostentation, est bien moins considérable que celle qui l’attend au ciel s’il a agi dans le secret.

18.

« cette pensée que j’ai pour vous est forte et agréable ; c’est une très considérable et très grande récompense » ; paroles de Dieu à Abraham : « ne crains point, je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande [merces tua magna nimis] » (Genèse 15:1).

19.

Avec « son Guillaume » qui ne correspond à aucun de contemporains précis, Guy Patin se moquait de l’admiration béate qu’avait Rainon pour Pierre Guillemin : « C’est une allusion à M. Guillaume [Joceaulme], marchand de drap et personnage de la comédie intitulée l’Avocat Pathelin [xve s.] ; sur ce que Pathelin vante beaucoup une certaine couleur marron et veut flatter M. Guillaume en lui disant “ Je gage, Monsieur Guillaume, que c’est vous qui avez inventé cette couleur ”, celui-ci répond “ Oui… avec mon teinturier ” » (Littré DLF).

20.

« Livre vii des Métamorphoses, qui sont une œuvre divine : “ et le fléau furieux attaque ceux-là mêmes qui le soignent, et leur métier nuit à ceux qui l’exercent ” » (Ovide, Métamorphoses, livre vii, Pestilentia, à propos de la peste d’Égine, vers 561‑562).

21.

« il vit pourtant, ou du moins il traîne une misérable existence ». La description de Guy Patin évoque les stades avancés de la tuberculose : consomption, tabès, cachexie ou marasme.

22.

V. note [37], lettre 197, pour le traité de Daniel Sennert « sur l’Origine des esprits chez les bêtes ».

23.

Gerardus Johannes Vossius : « des Historiens grecs » puis « des latins » (v. note [6], lettre 162).

24.

V. note [49], lettre 166, pour la nouvelle édition lyonnaise, chez Jacques Carteron, de l’Universa medicina de Barthélemy Pardoux (Perdulcis). L’exemplaire destiné à Guy Patin s’était égaré dans les balles de libraires échangées entre Lyon et Paris.

25.

Malvoulu : « qui est haï, à qui on veut du mal » (Furetière).

26.

« qui souffre de maux de tête et d’une insomnie rebelle, en conséquence d’une vieille syphilis ».

27.

« On dit en proverbe, quand un homme apporte une nouvelle qu’on sait déjà, qu’il n’aura pas les gants, pour dire la paraguante, le présent qu’on donne aux messagers qui apportent quelque bonne nouvelle » (Furetière). La paraguante (hispanisme, dar para guante, « donner pour des gants ») était l’équivalent d’un pourboire qui servait en France à s’acheter un pot de vin, mais en Espagne, une paire de gants.

V. la fin de la lettre à Charles Spon, datée du 12 septembre 1645 (notes [11] et [15]) pour les médisances de Pline l’Ancien (l’oncle), Montaigne et Henri-Corneille Agrippa sur les médecins.

28.

Commentaires de Blaise de Montluc (livre vi, page 200 ro), Inscription mise sur le portail d’un avocat :

« Ô combien combien de braves capitaines sortiraient de ce royaume ! Je crois que les deux tiers s’amusent en ces palais et plaidoiries. Et cependant, encore qu’ils aient naturellement bon cœur, avec le temps s’apoltronisent ? {a} Ce royaume serait formidable aux étrangers. Combien serait-il riche et opulent ? car toute la ruine de la noblesse ne vient que des mauvais conseils que les avocats donnent aux parties. Il me souvient avoir lu en une fenêtre d’une maison à Toulouse qu’un avocat des plus aimés de la Cour, qui se nommait Mainery, {b} avait fait mettre un écriteau où il y avait tels mots gravés :

Faux conseils et mauvaises têtes
M’ont fait bâtir ces fenêtres
.

Et puisqu’eux-mêmes le mettent par écrit, je le puis bien dire. Nous sommes bien fols de nous détruire les uns les autres pour les enrichir. La ruine vient aussi bien à celui qui gagne qu’à celui qui perd, car ils tirent les procès en si grande longueur que quand celui qui a gagné, contre l’argent qu’il a dépendu, {c} il trouve avoir plus mis que gagné, outre le temps qu’il a perdu. »


  1. Deviennent poltrons.

  2. Trou de mémoire de Guy Patin qui a donné à cet homme le nom de Menart et en a fait un procureur de Bordeaux.

  3. Dépensé.

Blaise de Lasseran de Massencome, seigneur de Montluc (ou Monluc, 1500-1577), après avoir vaillamment combattu en Italie contre les troupes de Charles Quint, devint gouverneur de Guyenne où il dirigea la répression contre les protestants (1561-1562). Il fut promu maréchal de France en 1574. Durant les dernières années de sa vie, il rédigea les :

Commentaires de Messire Blaise de Montluc, maréchal de France. {a} Où sont décrits tous les combats, rencontres, escarmouches, batailles, sièges, assauts, escalades, prises ou surprises de villes places fortes, défenses des assaillies assiégées, avec plusieurs autres faits de guerre signalés et remarquables, auxquels ce grand et renommé guerrier s’est trouvé durant cinquante ou soixante ans qu’il a porté les armes : ensemble diverses instructions qui ne doivent être ignorées de ceux qui veulent parvenir par les armes à quelque honneur et sagement conduire tous exploits de guerre. {b}


  1. Couvrant les années 1526-1576, ils furent publiés après sa mort.

  2. Bordeaux, S. Millanges, 1593, deux tomes de 604 et 485 pages en un volume in‑8o.

V. note [27], lettre 229, pour Jean i de Montluc, évêque de Valence, frère cadet de Blaise.

29.

Daniel Rampalle (Sisteron 1603-vers 1660), littérateur français attaché à la Maison de Tournon : Discours académiques (Paris, Augustin Courbé, 1647, in‑8o) ; le septième et dernier a pour titre De l’Inutilité des gens de lettres, à Hidaspe ; c’est un veule charabia, dont les pédants assauts échouent pitoyablement sur ces deux paragraphes (pages 430‑432) :

« Mais n’est-ce point trop longtemps soutenir un mauvais parti, et ne me croirez-vous point indigne du commerce des habiles gens pour avoir essayé témérairement d’en amoindrir la réputation ? Il est vrai, cher Hidaspe, et n’y eût-il que vous, dont la profonde doctrine semble avoir été le fondement d’une éminente vertu, je renonce de bon cœur à la liberté d’un sentiment qui n’est pas le mien véritable. Tant de grands hommes que la philosophie a rendus meilleurs, ces savants politiques à qui les peuples doivent leur instruction et leur politesse, justifient assez l’utilité des bonnes lettres par celle qu’on retire de leurs ouvrages.

Je ne dis rien de cette célèbre Compagnie, de qui l’approbation donne aujourd’hui le prix aux plus belles productions de l’esprit, et dont les sentiments sont si judicieux sur toutes les bonnes choses qu’il est malaisé d’en avoir un contraire, et de ne point errer. Leur conférence ajoute tous les jours de nouveaux avantages à l’ornement et à la pureté des belles-lettres ; et loin de comprendre cette illustre assemblée dans le nombre des savants inutiles, la suffisance et le mérite de ceux qui la composent possèdent si absolument mon estime que, si je n’étais prêt de finir, au lieu d’achever un paradoxe, je commencerais un panégyrique. » {a}


  1. Malgré qu’il en eût, Rampalle ne fut pas membre de l’Académie française.

    « On ne lit guère plus Rampalle […] » (Nicolas Boileau-Despréaux, Art poétique, chapitre 4).

30.

« qui aiment mieux se tromper que s’instruire ».

31.

« qui ne sont rien de moins qu’imbus de leur propre magnificence ».

Dans Les Remèdes aux deux fortunes [De Remediis utriusque fortunæ] de Pétrarque (livre i, dialogue xii, De Sapientia [La Sagesse]), à Gaudium [la Joie] qui dit Sapiens sum [Je suis sage], Ratio [la Raison] répond :

Solent qui de se magnifice sentiunt præfidenter maiora viribus aggredi inque nisu medio prolapsi suo vel periculo vel pudore condiscere quam iusti rerum extimatores fuerint suarum.

[Ordinairement, ceux qui sont imbus de leur propre magnificence s’attaquent présomptueusement de toutes leurs forces à plus gros qu’eux, pour s’écrouler au milieu de l’effort et apprendre à leurs dépens ou à leur grande honte qu’ils devront être une autre fois meilleurs juges de leurs propres capacités].

32.

« Le diamargariton simple est un électuaire solide que l’on compose de perles [margariteis en grec, margaritæ en latin] fines broyées très subtilement [v. note [31], lettre 183] sur le porphyre. Il y entre aussi du sucre blanc dissous dans de l’eau rose [v. note [29], lettre 242] ou de buglose [v. note [2] de l’observation ix], et cuit en consistance de sucre rosat. Il remédie aux fièvres ardentes et surtout aux maladies qui sont accompagnées de flux de ventre » (Thomas Corneille).

33.

Redonder : être inutile et superflu (Furetière).

34.

« Nous sommes tombés en des temps fort malheureux ;  où c’est une loi du destin que tout périclite et aille à rebours. Nous sommes complètement anéantis, et la Fortune n’a pas de retour » ; soudure de deux citations de Virgile :

  • Sic ominia fatis/ In peius ruere ac retro sublapsa referri (Géorgiques, chant i, vers 199‑200) ;

  • Funditus occidimus neque habet Fortuna regressum (Énéide, chant xi, vers 411, v. note [44], lettre 155).

35.

« par la scélératesse et la cupidité effrénée des gouvernants. ».

36.

« Ainsi soit-il. En attendant, fleur des amis, puissiez-vous bien vivre [v. pour vive], agir et vous porter. »

37.

Ce post-scriptum est un billet, sans suscription, ajouté à la précédente lettre que Guy Patin avait oublié de mettre à la poste. Jestaz en a fait une lettre à part.

38.

Journal de la Fronde (volume i, fo 121 vo) :

« De Bordeaux le 21 octobre 1649. La capitulation ayant été faite, {a} comme vous avez su, par la reddition du château Trompette, M. de Sauvebœuf commanda le major de son régiment pour aller escorter le sieur de Haumont, qui en était gouverneur, avec sa garnison qui était de 150 hommes. Ils furent menés jusqu’à Rions {b} par dix bateaux, lesquels étant revenus hier au matin, le parlement en corps avec MM. de Sauvebœuf, Chambaret et de Lusignan, et les principaux officiers de l’armée allèrent en ordre sur les 11 < heures > du matin entendre la messe à l’église Saint-André où ils firent chanter le Te Deum par la musique de Saint-André et celle de Saint-Séverin, qui firent merveille ; ce qui fut suivi d’une décharge de toute l’artillerie de l’armée et des grandes acclamations de Vive le roi et le parlement ! L’on a trouvé dans le château 40 pièces de canon de fonte, 30 de fer, 800 mousquets, 500 quintaux de poudre, 6 000 boulets, 41 pipes {c} de farine, quelque peu de lard et six muids de vin. Il s’y est trouvé aussi trois belles tentures de tapisserie de haute lice, des belles garnitures de lit en broderie, de la vaisselle d’argent, quelque peu d’argent monnayé, le manteau ducal de M. d’Épernon et beaucoup d’autres meubles qu’on estime plus de 150 mille livres.

On travaille dès hier à démolir le château Trompette rez pied rez terre du côté de la ville, et l’on a résolu d’en faire autant au château du Hâ {d} et la maison de M. d’Épernon appelée Puy Paulin, située en cette ville ; après quoi, on ira essayer d’en faire autant à celle de Cadillac.

Hier on fit trancher la tête en effigie aux sieurs de Pontac, Langlade, Cairac, Trichet, Tausin, de Barsac et autres Bordelais qui sont officiers dans l’armée de M. d’Épernon, comme pilleurs, brûleurs et sacrilèges. M. d’Épernon a été jusqu’à Lormont, {e} dont il a pris le château d’autant plus facilement qu’il n’était défendu que par un homme ; mais il l’a aussitôt abandonné et s’est retiré. Notre port est rempli de plus de 300 vaisseaux qui sont venus pour charger des vins et autres marchandises. »


  1. Le 18 octobre.

  2. Sur la rive droite de la Gironde, une cinquantaine de kilomètres en amont de Bordeaux.

  3. Environ 60 muids.

  4. Forteresse médiévale dont les vestiges abritent aujourd’hui le Palais de justice de Bordeaux.

  5. Faubourg nord de Bordeaux, sur la rive droite.

39.

Manuscrit des Chrestomathies pathologiques de Caspar Hofmann, dont Guy Patin attendait toujours l’arrivée (v. note [17], lettre 192).

40.

La controverse de la circulation du sang faisait alors rage en Europe : William Harvey (Harvæus) venait de publier ses Exercitationes duæ anatomicæ… [Deus Essais anatomiques…] contre Jean ii Riolan (v. note [1], lettre latine 45), qui se préparait à lui répondre par sa deuxième série (v. note [25], lettre 146, pour la première) d’Opuscula anatomica (v. note [30], lettre 282). Guy Patin ne laissait transpirer ici aucune opinion personnelle sur le sujet. Il a prouvé bien ailleurs qu’il adhérait résolument au camp des anticirculationnistes, mais évitait, semble-t-il, de s’en ouvrir à Charles Spon dont les opinions étaient là-dessus contraires aux siennes.

41.

Une fièvre erratique est, comme la quarte, une fièvre intermittente, mais avec une période plus longue : elle laisse plus de deux jours libres entre deux accès ; elle est quintane pour trois jours, sextane pour quatre, septane pour cinq, etc.

a.

Ms BnF no 9357, fos 63‑64 et 90 (pour le post‑scriptum) ; Reveillé-Parise, no ccxv (tome i, pages 484‑491) ; Jestaz no 17 et 18 (tome i, pages 529‑536).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, les 19 et 22 octobre 1649.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0203
(Consulté le 05.12.2022)

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