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À Charles Spon, le 30 novembre 1655

Monsieur, [a][1]

Depuis le mardi 16e de novembre que je vous envoyai ma dernière de quatre grandes pages avec une autre pour M. Devenet, nous apprenons ici que les Hollandais ont fait alliance avec l’électeur de Brandebourg, [2] le duc de Brunswick [3] et quelques autres princes, [1] contre le roi de Suède [4] en faveur du roi de Pologne ; [5] mais néanmoins, quoi qu’il en soit, il y a ici des lettres de Vienne [6] et de Breslau, [7] lesquelles portent que Cracovie [8] s’est rendue au roi de Suède, faute de poudre, et qu’aujourd’hui l’on ne dit plus le roi de Pologne, mais seulement le prince Casimir, ou le roi jésuite. [2][9][10] La paix d’Angleterre a été ici ratifiée au Conseil du roi et la ratification envoyée à Londres. On parle aussi du roi de Danemark [11] qui veut entrer en guerre contre le roi de Suède. [3] Il y a ici grosse et puissante division en Sorbonne [12] entre les jansénistes [13] et les molinistes. Ces derniers sont ceux qui sont pour les jésuites, [14] les autres sont contre ces bons pères et les autres moines, [15] quorum gens est ingens, et numerus innumerus ; [4] si bien que voilà les scribes et les pharisiens acharnés les uns contre les autres, [16] mais quoi qu’ils fassent, le Messie ne viendra point sitôt pour les accorder. Dieu a le dos tourné aux affaires et aux conseils des hommes, Nec bene pro meritis capitur, nec tangitur ira : [5] les péchés des hommes ont mérité d’être traités de lui comme Lucrèce [17] a dit du dieu des épicuriens.

La querelle de M. d’Hocquincourt [18] continue, il est enfermé dans sa place de Péronne [19] et ne veut point se rendre ; mais je ne vois personne qui puisse dire ce que deviendra cette affaire, hormis que je le tiens en danger d’y être arrêté prisonnier ou d’y être poignardé, comme un rebelle au commandement du roi.

Ce 19e de novembre. Le roi [20] est toujours à Compiègne, [21] mais le Mazarin [22] est aujourd’hui arrivé à Paris. L’on dit qu’il y vient pour régler des différends qui sont entre Messieurs du Clergé touchant le curé de Saint-Séverin, [23][24] qui a la commission de grand vicaire du cardinal de Retz, [6][25] et les trois évêques suffragants de l’archevêché de Paris qui ne veulent point assister aux assemblées du Clergé [26] s’ils n’ont ordre de leur archevêque. Même, ils ont fait opposition, en vertu de laquelle les receveurs du Clergé ne pourront rien recevoir ni prendre sur tout le clergé de l’archevêché de Paris, ce qui diminuerait fort la somme que l’on prétend de lever à ce coup sur tout le Clergé de France. Il y a pareillement querelle entre les maîtres des requêtes et les conseillers du Parlement : ces premiers s’opposent à ce que personne n’ait aucune commission d’être intendant dans les provinces qui ne soit de leur corps ; ce qui est arrivé à cause de l’intendance d’Orléans [27] que l’on a ôtée à M. Bénard de Rezay, [7][28] maître des requêtes, et que le premier président, M. de Bellièvre, [29] a fait donner à M. Servin, [30] conseiller de la Cour, fils de feu M. Servin, avocat général. [8][31]

Il y a environ 15 jours que fut ici taillé [32] de la pierre un ancien conseiller de la Cour nommé M. Grasseteau, [33] conseiller et doyen des Requêtes du Palais ; il en est heureusement guéri, âgé de 72 ans. Adeo feliciter hic apud nos procedit negotium της κυστοτομιας, [9] un de mes voisins en a guéri depuis peu aussi heureusement, âgé de 69 ans, combien que ce fût pour la troisième fois qu’il fut taillé. L’adresse de nos tailleurs est si grande que les malades n’ont plus tantôt la grande horreur qu’ils avaient autrefois de cette opération, laquelle a autrefois été fort cruelle, non duntaxat propter imperitiam artificum, sed etiam propter organorum quibus utebantur ruditatem et inefficaciam[10]

Ce 20e de novembre. Le Mazarin est ici arrivé ce matin et a laissé le roi à Compiègne, l’on dit qu’il est venu pour voir la reine [34] et lui rendre compte de l’état des affaires présentes, et pour interroger lui-même Mme de Chatillon [35] que l’on a ici tout exprès amenée en cachette et logée dans une maison des galeries du Louvre. [36] Incertum illud posterum[11]

M. de Sorbière [37] vient de sortir de céans, qui m’a récité un excellent sonnet en l’honneur de feu M. Gassendi [38] et m’a dit aussi qu’il s’en allait travailler à faire la vie de ce digne personnage. [12] Un quart d’heure après qu’il en est sorti, M. Du Prat [39] est venu qui vous baise les mains. On imprime en Hollande chez Blaeu [40] l’histoire de feu M. Grotius, [41] de Bello Belgico[13] qui sera un grand et beau livre.

Le roi est ici arrivé le 23e de novembre pour voir la reine et s’en est retourné voir le cardinal à Compiègne le 25e ; on dit qu’ils reviendront bientôt tous deux à Paris pour y passer le reste de l’hiver. [14]

J’ai ici depuis peu traité un jeune homme lyonnais nommé M. de Can, lequel a le bien de vous connaître. Il m’a promis qu’il vous ira visiter à Lyon et qu’il vous demandera de mes nouvelles, je lui ai dit que je vous en écrivais quelquefois de bonnes. Il < y > demeurait l’an passé et était associé avec M. Hubet [42] qui vous rendit quelque argent que vous aviez donné pour moi.

Ce 25e de novembre. Je viens de consulter avec M. Riolan [43][44] qui se plaint du grand froid qui est ici très grand depuis cinq jours. Il dit que le roi a ordonné que Mme de Châtillon, prisonnière, sera menée à l’abbaye de Fontevraud [45] où elle sera gardée exactement.

On dit ici que le prince de Condé [46] fait sa paix avec le roi, et même on en dit autant de M. d’Hocquincourt, moyennant la somme de 700 000 livres que l’on lui donne ; mais tout cela est fort incertain, ce ne sont que des bruits de ville, de gens curieux qui veulent faire les politiques, c’est l’invention de la Gazette qui est cause de tant de mensonges. [15][47]

Ce 27e de novembre. Je viens de recevoir par la voie du coche de Metz [48] le Matthiæ Martinii Lexicum etymologicum [49] de la dernière édition, lequel est fort gros, et crois qu’il n’y a guère moins qu’une rame de papier ; si bien qu’on ne le peut relier qu’en deux tomes, voire même, comme ceux de Francfort [50] semblent avoir eu dessein, en trois. J’avoue que c’est un livre plein de belle et bonne doctrine, mais il y a aussi un grand défaut car il est très plein de plusieurs fautes operarum typographicarum[16][51] qui est fort incommode. Je m’étonne de la négligence de ces bonnes gens-là, je pensais que ce péché n’appartînt qu’aux libraires de Paris qui, cæca lucri cupidine ducti[17] négligent tout leur fait pour épargner ; mais il n’y a point de remède, habeas ut nactus[18][52] N’en dites rien s’il vous plaît à M. Ravaud [53] car c’est mon dessein de me défaire de celui-ci et de garder pour moi celui qu’il a envie de me donner à la place de celui que je lui fournis, pensant qu’il l’imprimerait, il y a cinq ans passés, voire même près de six. [54]

On dit ici que M. d’Hocquincourt a fait son accord et que le roi doit aujourd’hui coucher dans Péronne ; que les troupes du duc de Lorraine [55] ont pris notre parti et que l’on s’en va les faire passer au travers de la France (c’est pour y faire leur quartier d’hiver), sous ombre de les envoyer en Italie y fortifier le reste de notre armée, avec dessein d’y faire une rude guerre l’été prochain. On dit que le pape [56] est fort en colère contre nous de ce que nous avons fait la paix avec Cromwell ; [57] et non sans raison, car cette paix nouvelle semble fort répugner au dessein qu’il a de procurer une paix générale entre les deux couronnes[19]

Ce dimanche 28e de novembre. Monsieur, mon cher ami, je viens de recevoir votre dernière datée du 23e de ce présent mois, je vous en rends grâces. Je suis bien aise d’apprendre de vos nouvelles, mais je trouve, par l’énumération que vous me faites des miennes, qu’il y en a une que vous n’avez pas reçue : ne serait-ce pas celle que j’ai adressée à M. Guillemin pour vous être rendue ? Par quelque voie que ce soit, je vous avertis qu’elle est du 19e d’octobre, utinam ad te perveniat[20]

Je vous remercie de vos beaux vers sur la mort de M. Gassendi, [21] comme aussi des vers sur le saint Charles Borromée. [58] J’attends des nouvelles du paquet de M. Devenet, [59] j’en ferai demain des enquêtes ; je ne connais point ce marchand qu’il m’a indiqué. J’apprends que la cinquième partie de l’Histoire ecclésiastique de Hottingerus [60] est achevée, mais j’espère qu’elle viendra avec le temps à notre connaissance. On m’a dit que M. Sauvageon [61] fait réimprimer à Lyon la Pharmacopée de Bauderon. [62] Je pense que l’on y réimprime aussi de nouveau celle de Schröderus [63] sur l’édition d’Allemagne. [22] Je ne pense pas que l’on imprime si tôt les œuvres de M. Gassendi, [64] j’apprends que cela n’est pas prêt ; on dit ici dix volumes, mais qu’il y faut travailler. M. Sauvageon est trop vieux pour y travailler tout de bon ; il est si cassé, comme vous dites, qu’il m’a dit lui-même qu’il ne veut plus rien entreprendre de sérieux, mais seulement pour s’entretenir. Il n’est plus capable de travailler exactement à quelque chose que ce soit : le dernier livre qu’il a ici corrigé pour M. Bouvard, [65] est si plein de fautes que ce même M. Bouvard m’a dit depuis trois jours qu’il lui prend envie de le faire tout réimprimer avant que d’en donner à ses amis ; et de fait, il y en a très bien. [23] M. Sauvageon n’y voit plus rien, mais devinez ce qu’il fera à Lyon : il s’y lairra mourir de faim, de froid et de maladie, car il est homme à tout cela.

Vous obligerez le public si vous empêchez l’impression de ces livres de notre métier qui ne peuvent servir qu’à faire des charlatans, [66] dont le nombre n’est déjà que trop grand, par la faute des petites universités et des livres de chimie. [67]

Je ne sais qui est ce M. Chomel, [68] médecin d’Annonay, auteur de ce nouveau livre ; mais étant tel que vous me le mandez, c’est chose certaine que vous obligerez fort le public si vous ôtez à l’imprimeur [69] l’envie et le dessein de l’imprimer. [24] La plupart de ces livres nouveaux vix habent aliquid boni præter gratiam novitatis[25] c’est le leurre qui attrape premièrement les libraires, et puis après les jeunes gens qui prétendent de trouver là-dedans la pie au nid et quelque chose de meilleur que la pierre philosophale, [70] plutôt que dans les livres des anciens où, faute d’y mettre le nez, ils demeurent ignorants toute leur vie ; nec tam scribere videntur novitii illi authores in gratiam ægrorum, quam in lucrum pharmacopolorum[26] Et à tout cela, je ne puis dire autre chose que de m’écrier avec Martial [71] en disant : O mores, o tempora ! in quibus nullus occurrit qui curet rem publicam[27]

Pour votre médecin de Lyon nommé Picoté, [72] nil quidem de illo audivi[28] Ces charges de médecin par quartier de chez M. le duc d’Anjou [73] sont des appeaux pour attraper de jeunes gens avec un titre spécieux de belles qualités : on leur promet qu’ils pourront faire la médecine à Paris, qu’ils auront de bons gages ou s’ils demeurent aux champs, qu’ils ne paieront point de tailles ; [74] et tout cela très faux car quelque chose qu’ils fassent, nous ne les reconnaîtrons jamais, et ne feront ici que se morfondre. On en avait voulu faire chez le duc d’Orléans [75] qui n’ont point réussi, elles sont demeurées à vendre faute de marchand qui les voulût lever. Pour les gages, on ne les paie point là, ni même chez le roi : depuis dix ans, les médecins par quartier n’ont rien touché, ou très peu. Encore faut-il pour cela du crédit extraordinaire : le premier médecin [76] même est mal payé de ses appointements, licet ipse deos propius contingat ; [29][77] et je sais de bonne part qu’il voudrait n’y être jamais entré, d’autant qu’il a beaucoup trop financé pour le bien de sa famille afin d’être élevé jusqu’au faîte, et c’est grand hasard si jamais il y réussit, comme tout est fortuit à la cour où, pour un qui fait fortune, il y en a dix mille qui se morfondent et tandem longum pænitent[30] Des huit médecins par quartier de chez le roi, il n’y en a pas un qui ne voulût avoir vendu sa charge et retenir l’argent qu’il y a mis ; sed quis tam fatuus [31] d’acheter bien chèrement une charge sans revenu et dont on ne touche point de gages ? Si le roi est à Narbonne [78] ou en Flandres, [79] il faut aller faire là son quartier, coucher sur de la paille et peut-être mourir dans une grange, comme fit M. Akakia [80][81] l’an 1630 en Savoie, [82] âgé de 42 ans, qui laissa dix enfants vivants, combien qu’il fût beau-frère du vieux Seguin [83] qui était premier médecin de la reine, et qu’il fût médecin du surintendant et du garde des sceaux de ce temps-là. Dicam verbo[32] la cour est une belle putain qui a bien donné dans les yeux à bien du monde ; mais après, pour toute récompense, elle ne leur a donné que la vérole [84] qui leur a été une maladie incurable. Voilà une longue digression pour laquelle je vous demande pardon, je ne veux que conclure tout ce fâcheux discours par un beau distique qui est, ce me semble, dans les Emblèmes d’Alciat [85] et que j’ai appris de feu mon père [86] il y a près de 40 ans :

Vana palatinos quos educat aula clientes,
Dicitur auratis nectere compedibus
[33]

La cour est le pays des anthropophages, aussi bien que la Scythie Septentrionale des anciens [34][87] et l’Amérique [88] des modernes. S’en garde qui pourra ; pour moi, je suis fort guéri de toute la vanité et de l’ambition de ce pays-là.

Votre Picoté ne fera donc rien qui vaille de ce côté-là, mais puisqu’il est tel que vous me le dépeignez, je le veux bien accoupler avec votre Meyssonnier [89] qui est un autre étourdi qui viendra ici dépenser de l’argent fort mal à propos. Notre Saint-Germain [90] fera le troisième fou et pour bien atteler le carrosse, notre Faculté vous fournira maître Claude Tardy [91] qui est peut-être lui tout seul aussi fou que les trois autres ensemble. [35]

Et à propos de MM. Huguetan [92] et Ravaud qui savaient bien la mort de M. Jost, [93] vous ne me mandez rien de leurs livres : le Sennertus [94] et le Theatrum vitæ humanæ [95] sont-ils achevés, à quel prix sont-ils ? Que font-ils maintenant, travaillent-ils sur la continuation du Baronius faite par Rinaldus, [96] père de l’Oratoire ? [36][97]

Vous m’épouvantez par le narré que vous me faites du pauvre M. Duhan, [98] je le trouve bien malade, mais je suis bien aise qu’il soit entre vos mains. Le plus souverain et premier remède de ces fluxions sur la poitrine, avec la toux, est la saignée [99] réitérée et l’abstinence du vin, mais plutôt très bien de la tisane. [100] Je souhaite fort qu’il ait l’honneur et le bien d’en guérir par vos mains et d’en sortir heureusement car autrement, je crains que le poumon ne se gâte et ne contrahat aliquam diaphthoram in propria substantia : his enim gradibus citissime itur in requiem sempiternam[37]

M. Allain [101] diminue toutes les semaines, et en avons encore un autre des nôtres fort malade qui est M. Cousin, [102] âgé d’environ 40 ans. Je vous remercie du bon accueil que vous avez fait à ces deux jeunes Allemands, MM. Horn et Neuman. [103][104] Dieu les veuille bien conduire, je les ai trouvés fort honnêtes et fort sages. [38]

Ce 29e de novembre. Il y avait ici une grosse querelle (laquelle pourtant n’est pas cessée) entre les docteurs de Sorbonne qui tiennent le parti de M. Arnauld [105] (vulgo dicti iansenistæ[39] et les autres docteurs qui tiennent le parti de Rome, des loyolites et des moines. C’est que M. Arnauld, docteur de Sorbonne, a fait un livre in‑4o sur une question qui s’est présentée. [40] Tous ces molinistes, [106] enragés contre ce livre auquel ils ne peuvent répondre, ont fait nommer en Sorbonne six docteurs pour examiner ce livre, qui tous sont ses ennemis. Il s’y est opposé et en a fait ses plaintes avec 65 docteurs qui sont de son avis, il a demandé qu’on lui donnât d’autres examinateurs, etc. M. Talon, [107] qui est le jeune avocat général, a fait merveille en ses conclusions sur les plaintes de M. Arnauld : tout Paris et tout l’auditoire étaient de l’avis des conclusions ; mais Messieurs de la Grand’Chambre ont été d’un avis tout contraire et ont confirmé ces six docteurs que M. Arnauld récusait. J’en suis tout en colère. On verra maintenant ce que feront ou diront ces six censeurs contre ce beau livre. Les juges ont eu tant de peine à s’accorder qu’ils ont été une heure et demie entière à dire leur avis et à faire leur arrêt, duquel tous les gens de bien sont fort malcontents. Il y avait encore un autre incident touchant les moines qui viennent aux assemblées de la Faculté en trop grand nombre, vu que par les anciens règlements il ne devait y en avoir que deux de chaque maison, cordeliers[108] jacobins[109] augustins et carmes[41][110][111] Cela préjudicie aux droits du roi et donne courage au pape d’entreprendre en France car ces frères mouches et frères frapparts sont ses esclaves, qu’il tient tous par le ventre et qui ont tous fait vœu d’obéir aveuglément à leur général. Néanmoins, Messieurs les juges n’ont rien prononcé là-dessus, ils ont seulement ordonné que dans un mois les moines viendront répondre aux conclusions du procureur général ; [112] qui est une moquerie de les faire revenir pour une affaire qui a déjà été jugée plusieurs fois.

Le roi est encore à Compiègne, on dit qu’il va aujourd’hui coucher dans Péronne et que l’accord est fait avec M. d’Hocquincourt. La reine est ici avec M. le duc d’Anjou. Messieurs du Clergé y sont aussi, mais ils ne font rien, ils attendent des règlements de la cour, et le Mazarin en attend de Rome.

On me vient de dire à l’oreille que tout ce qu’a fait M. d’Hocquincourt pour Péronne n’était qu’une feinte et une ruse du cardinal Mazarin avec laquelle ils espéraient d’attraper le prince de Condé ; [113] cela pourrait bien être, ce sont les plus fins qui gouvernent le monde. Tollitur e medio sapientia, vi geritur res[42][114] Si non e vero, e ben trovato [43] par les partisans du prince. Faites-moi la faveur de me conserver en vos bonnes grâces et de m’aimer toujours comme celui qui sera toute sa vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 30e de novembre 1655.

On dit que les Espagnols ont assiégé Condé, [115] et néanmoins j’en doute. [44]


1.

V. note [10], lettre 150, pour Frédéric Guillaume, marquis de Brandebourg, dit le Grand Électeur.

Auguste dit le Jeune (Dannenberg 1579-Wolfenbüttel 17 septembre 1666), duc de Brunswick-Wolfenbüttel, s’était appliqué dès sa jeunesse à la culture des sciences et des lettres, avait visité les principaux pays d’Europe, acquis en France l’amitié de Henri iv, hérité en 1634 du duché de Brunswick. Il n’en avait pris possession qu’en 1644 après une longue querelle de succession car il n’était pas le fils du précédent duc, Friedrich-Ulrich. Il a fait fleurir dans ses états l’industrie et les lettres, et a publié divers écrits sous le nom de Gustave Selenus, dont un Traité du jeu d’échecs, avec figures (1616), et un Traité sur la culture des vergers (1636) (G.D.U. xixe s.).

Le duc Auguste était le protecteur de l’Université d’Helmstedt (Academia Julia, v. note [19], lettre 340). Guy Patin a surtout parlé de lui dans sa correspondance avec Heinrich Meibomius et Hermann Conring, deux des professeurs qui y enseignaient la médecine.

2.

Le roi de Pologne, Jean ii Casimir (v. note [12], lettre 263), avait en effet été jésuite à Rome en 1643, puis cardinal en 1647. En 1649, il avait succédé sur le trône à son frère, Ladislas (Vladislav) vii, en épousant sa veuve. V. note [45], lettre 420, pour la manière dont les Suédois l’avaient chassé du trône en occupant ses États en septembre 1655.

3.

Frédéric iii, roi de Danemark et de Norvège, n’allait ouvrir les hostilités contre la Suède qu’en juin 1657.

V. note [5], lettre 424, pour la paix de Westminster conclue entre la France et l’Angleterre.

4.

« dont la race est immense, et le nombre incalculable » ; v. note [10], lettre 263, pour les molinistes, autre nom des jésuites.

5.

« Il est insensible aux faveurs, indifférent à la colère » (Lucrèce, La Nature, livre i, vers 49, et livre ii, vers 651).

6.

V. note [38], lettre 413, pour Alexandre de Hodencq, curé de Saint-Séverin.

7.

Cyprien Bénard, seigneur de Rezay et de la Boische, avait été reçu en 1637 conseiller du Parlement de Paris en la deuxième des Requêtes, puis maître des requêtes en 1648, charge qu’il résigna en 1671. Il fut intendant à Caen, commissaire de la Chambre de justice. Conseiller d’État semestre en 1669 puis ordinaire en 1683. Il mourut sous-doyen du Conseil en 1702, âgé de 87 ans (Popoff, no 567).

8.

Louis-René Servin, comte de La Grève, baron de Saint-Denis, fils unique de Louis, avocat général (v. note [20], lettre 79), avait été reçu en 1643 conseiller au Parlement de Paris en la deuxième des Enquêtes, puis grand bailli de Chartres. Il mourut en 1668 (Popoff, no 2288).

9.

« La pratique de la cystotomie [incision de la vessie pour extraire la pierre] progresse d’ailleurs ici chez nous fort heureusement ».

Hugues Grasseteau, né en 1583, avocat au Parlement de Paris en 1608, avait été reçu conseiller deux ans plus tard, en la deuxième des Requêtes du Palais, puis en la Grand’Chambre. Il était doyen des Requêtes depuis 1644. Popoff (no 1351) le dit mort le 6 février 1655 (sans doute pour 1656).

10.

« en raison non seulement de la maladresse des praticiens, mais aussi de la rusticité et de l’incommodité des instruments qu’ils employaient. »

11.

« L’avenir de cette affaire est incertain. »

« On dit que Mme de Châtillon est chez l’abbé Fouquet, et cela paraît fort plaisant à tout le monde » (Mme de Sévigné, lettre du 25 novembre 1655 à Bussy-Rabutin, tome i page 36).

La duchesse de Châtillon, maîtresse épisodique de M. le Prince, traînait alors deux cœurs après elle : celui de l’abbé Basile Fouquet, chef de la police secrète de Mazarin, et celui du maréchal d’Hocquincourt qui menaçait de trahir le roi en livrant aux Hispano-condéens les trois importantes places fortes qu’il gouvernait en Picardie (Péronne, Ham et Montdidier). En rusé maître chanteur, Mazarin avait donné à l’abbé Fouquet l’ordre d’arrêter la duchesse, ce qu’il avait exécuté sans peine le 8 novembre. L’abbé ne la mit pas dans la Bastille, mais chez un homme à lui, logeur dans le Marais. Comme on a vu (v. note [34], lettre 426), on fit écrire la duchesse au maréchal pour lui offrir 600 000 livres et la liberté de sa bien-aimée contre la reddition des trois places picardes au roi. Hocquincourt obtempéra, mais demeura dans le camp condéen.

12.

Peut-être s’agissait-il de cet anonyme Sonnet sur la mort de Monsieur Gassendi (transcrit par Sylvie Taussig et Anthony John Turner, in Mémoires de Gassendi : vies et célébrations écrites avant 1700, Turnhout, Brepols, 2008, page 231) :

« Déesse criminelle, ô Parque impitoyable
Dextre main de la mort, qui d’un dard outrageux
Renverses à tes pieds, comme un vent orageux,
Le plus juste mortel, comme le plus coupable.

Penses-tu par ce coup effacer désormais
Son nom qui parmi nous ne périra jamais ?
Le Ciel veut qu’il s’épande et vive sur la Terre

Hélas ! que t’avait fait cet homme incomparable
dont la vertu rendit son pays si fameux
Pour arrêter le cours de ses jours bienheureux
Et rendre en le prenant la France inconsolable ?

Et touché des excès de ta sévérité,
Il veut pour t’en punir te livrer une guerre
Qui ne finira point qu’avec l’Éternité. »

13.

« sur la guerre de Flandres » : v. note [4], lettre 276, pour les Annales et historiæ de rebus Belgicis [Annales et histoires flamandes] de Hugo Grotius, imprimées chez Blaeu à Amsterdam (1657 et 1658).

Jan ou Joan (parfois Jan Jansson) Blaeu (Johannes Blavius ; Alkmaar 1596-Amsterdam 1673), fils de Willem Jannszoon Blaeu (1571-1638), s’illustrait comme lui dans l’édition et l’impression de cartes géographiques. Son talent a culminé avec la publication de l’Atlas Maior (Amsterdam, 1662, 11 volumes in‑fo, v. note [3], lettre latine 96). On trouve aussi son nom, parfois associé à celui de son frère Cornelis, dans de nombreux ouvrages cités par Guy Patin.

Adrien Baillet (v. note [35], lettre 345), Jugements des savants sur les principaux ouvrages des auteurs (Paris, 1722, tome 1, page 394) :

« Jean Jansson de Blaew n’était guère moins habile que son père et s’il lui cédait en quelque chose pour les mathématiques, il avait l’avantage sur lui dans la jurisprudence et s’était fait passer jurisconsulte ou avocat. C’est à lui qu’on est redevable de la plus grande partie de l’Atlas, et Vossius, {a} qui le veut faire passer pour un grand astronome et un habile géographe en même temps, dit qu’il a surpris et réjoui le public par l’industrie admirable avec laquelle il a fait le Théâtre des villes et des fortifications. {b} Borremans dit qu’il a rendu des services si importants à la république des lettres par le travail et la confiance avec laquelle il a imprimé les livres que son nom vivra dans la gloire tant que les savants vivront et que les livres dureront, et que c’est son mérite qui l’a rendu digne du choix que Gustave-Adolphe, roi de Suède, fit de lui pour être son imprimeur. »


  1. Gerardus Johannes Vossius.

  2. 1649.

14.

Après un court voyage à Ham et Péronne pour installer le fils du maréchal d’Hocquicourt dans les gouvernements de son père qui en était dépossédé, Louis xiv revint à Paris le 3 décembre et y demeura jusqu’au 27 mai 1655, avec quelques déplacements dans les environs immédiats (Levantal).

15.

Jugement général de Guy Patin sur la Gazette, qui n’a rien dit de précis sur ces transactions.

16.

« de typographie ». V. note [9], lettre 238, pour le « Dictionnaire étymologique de Matthias Martini ».

17.

« conduits par l’aveugle passion du profit ».

18.

« garde ce que tu as [un tiens vaut mieux que deux tu l’auras] » (proverbe tiré de Plaute, L’Homme aux trois deniers, acte i, scène 2, vers 63).

19.

Ironie de Guy Patin sur la signature du traité de Westminster (3 novembre, v. note [5], lettre 424) entre l’Angleterre hérétique et la France catholique, qui autorisait cette dernière à concentrer toutes ses forces contre l’Espagne, au grand dam du pape.

20.

« Dieu fasse qu’elle vous parvienne. » v. lettre 420, pour la lettre du 19 octobre que Charles Spon semblait ne pas avoir reçue.

21.

V. note [31] du Patiniana I‑2 pour ces quatre vers de Charles Spon sur la mort de Gassendi.

22.

V. notes : [3], lettre 413, pour l’Histoire de l’Église de Johann Heinrich i Hottinger ; [25], lettre 426, pour la Pharmacopée de Brice Bauderon rééditée par Guillaume Sauvageon ; et [36], lettre 395, pour la Pharmacopœia de Schroderus (Johann Schröder).

23.

V. note [23], lettre 417, pour le discours de la Historicæ hodiernæ medicinæ rationalis veritatis [Vérité historique de la médecine d’aujourd’hui] de Charles i Bouvard.

24.

François Chomel : Francisci Chomelli Consilarii et unius e Medicis Ordinariis Christianissimi et invictissimi Galliarum et Navarræ Regis Ludovici xiv. Tractatus Therapeuticus de Tussi.

[Traité thérapeutique sur la toux, par François Chomel, {a} conseiller et l’un des médecins ordinaires de l’invincible et très-chrétien roi de France et de Navarre, Louis xive]. {b}


  1. François Chomel « d’Annonay en Vivarais » est aussi auteur de La Dignité et abus de la Médecine de ce temps, et de l’usage de cet Art parmi les Nations de la terre (ibid. et id. 1669, in‑4o de 36 pages).

  2. Lyon, Antonius Galien, 1656, in‑8o de 32 pages.

25.

« n’ont presque rien de bon hors l’attrait de la nouveauté ».

26.

« et ces nouveaux auteurs n’écrivent pas tant, semble-t-il, pour le bénéfice des malades que pour le profit des pharmaciens. »

27.

« “ Quels temps ! quelles mœurs ! ” où nul ne se soucie de la chose publique », Martial (livre ix, lxxi, vers 1) :

Dixerat “ O mores ! O tempora ! ” Tullius olim.

[« Quels temps ! quelles mœurs ! » s’écriait jadis Cicéron]. {a}


  1. V. note [52], lettre 292.

28.

« je n’ai rien entendu que ce soit à son sujet. » Guy Patin a rayé ne γρυ (« pas même un mot », v. note [6], lettre 504) pour le remplacer par nil (rien).

François Picoté de Belaître, médecin agrégé au Collège de Lyon, était originaire d’Orléans (Mollière). Il était le frère de Charles Picoté (v. note [34], lettre 485), vicaire de Saint-Sulpice dont l’opposition à Port-Royal déclencha en 1655 la censure en Sorbonne d’Antoine ii Arnauld (v. infra note [40]) et la publication des Provinciales (v. note [34], lettre 485).

La charge de médecin par quartier de Philippe d’Anjou, prince du sang royal en tant que frère cadet de Louis xiv, permettait à Picoté d’exercer dans la capitale, bien qu’il fût médecin « étranger » (non gradué par l’Université de Paris).

29.

« bien qu’il soit dans l’intimité des dieux », Horace, Satires, livre ii, vi, vers 50‑52 :

Frigidus a rostris manat per compita rumor ;
quicumque obvius est, me consulit : “ O bone, nam te
scire, deos quoniam propius contingis oportet. ”

[Une rumeur glaçante venue du forum se répand par les carrefours ; tous ceux qui me croisent demandent : « Ô mon bon, tu dois bien savoir qu’en penser, puisque tu es dans l’intimité des dieux. »]

30.

« et enfin s’en repentent longtemps. »

31.

« mais qui est si sot que ».

32.

« En un mot ».

Jean Akakia (vers 1588-1630) frère de Martin iii (v. note [12], lettre 128) fut reçu docteur de la Faculté de Paris en 1612 et élu doyen de 1618 à 1620. Peu après, il devint médecin ordinaire de Louis xiii. Ayant suivi le roi, en 1630, en Savoie, il périt durant le voyage. Sa sœur Anne avait épousé Pierre i Seguin. Plusieurs de ses enfants devinrent adhérents de Port-Royal.

33.

« Les courtisans qu’entretient vaine cour,
En chaînes d’or les tient liés de court »
(emblème d’André Alciat, v. note [53], lettre 395).

34.

Les confins orientaux de l’Europe, v. note [3], lettre 193.

35.

Guy Patin a raillé, une fois de plus, dans ces paragraphes le sort fort hasardeux des médecins de la cour : pour la plupart originaires des facultés dites étrangères, ils montaient à grands frais dans la capitale, séduits par de reluisants bénéfices qu’on ne leur versait que rarement et par le droit d’y exercer : ce à quoi s’opposait très vivement le Corps des médecins de la Faculté de Paris, obstinément accroché à son monopole ; v. note [8], lettre 426, pour Charles de Saint-Germain et le combat qu’il avait entamé pour mettre fin à cet ostracisme. La disgrâce de Théophraste Renaudot en a fourni le plus navrant exemple, une fois que la mort de Richelieu l’eût privé de la protection que lui assurait le cardinal. Des médecins de Paris faisaient aussi partie de la troupe aulique, tels François Guénault ou Claude Tardy, mais Patin ne voulait (ou ne pouvait ?) manger de ce pain-là.

36.

V. notes :

  • [33], lettre 285, pour les Opera de Daniel Sennert (Lyon, 1654 et 1656) ;

  • [36], lettre 155, pour le « [Grand] Amphithéâtre de la vie humaine… » de Laurens Beyerlinck (ibid. 1665-1666) ;

  • [21], lettre 408, pour Odorico Rinaldi, continuateur des « Annales ecclésiastiques » de Baronius (Rome, 1646-1677, sans édition lyonnaise qui ait abouti).
37.

« et qu’il ne contracte quelque putréfaction en sa substance propre ; ainsi marche-t-on à grands pas vers le repos éternel. »

38.

Ces deux étudiants en médecine allemands, de passage à Paris puis à Lyon, pour se rendre à Padoue, étaient Michael Heinrich Horn et son camarade Gottfried Neuman, natif de Breslau (vlettre latine 281).

39.

« communément appelés jansénistes ».

40.

La grande querelle avait commencé au début de l’année. Roger du Plessis, marquis de Liancourt, duc de La Rocheguyon et pair de France (v. note [34], lettre 485), grand ami de Port-Royal, se confessait habituellement à un vicaire de Saint-Sulpice, Charles Picoté (v. supra note [28]). Le curé de cette paroisse, Jean-Jacques Olier (v. note [6], lettre 318), étant violemment hostile au jansénisme, le vicaire avait demandé au duc, le 1er février 1655, de rompre ses relations avec les gens de Port-Royal. Le duc avait fait la sourde oreille et s’était vu refuser l’absolution.

  • Antoine ii Arnauld {a} avait réagi en publiant la Lettre d’un docteur de Sorbonne à une personne de condition : sur ce qui est arrivé depuis peu dans une Paroisse de Paris, à un Seigneur de la cour, {b} signée de son nom et datée du 24 février 1655, où il défendait les jansénistes contre l’accusation d’hérésie.

  • Le P. François Annat, jésuite et confesseur du roi, y avait répliqué par un violent réquisitoire : Réponse à quelques demandes…. {c}

  • Intitulée Seconde lettre de Monsieur Arnauld, docteur de Sorbonne, à un duc et pair de France. Pour servir de réponse à plusieurs Écrits qui ont été publiés contre la première Lettre ; sur ce qui est arrivé à un Seigneur de la cour, dans une Paroisse de Paris. Seconde édition, {d} la réponse d’Arnauld était datée du 10 juillet 1655 et adressée à Louis-Charles d’Albert, duc de Luynes, {e} autre grand ami de Port-Royal. Le meneur janséniste condamnait la conduite du vicaire de Saint-Sulpice, réfutait l’accusation d’hérésie portée contre Port-Royal et prenait la défense des idées augustiniennes car, par-delà Jansenius, les adversaires du jansénisme visaient saint Augustin et sa théologie de la grâce. Sur son parti et sa première lettre, il écrivait (page 2) :

    « Ils n’ignoraient pas que cette Lettre a désabusé plusieurs personnes, qui avaient été jusques alors peu favorables à l’innocence de ceux qui défendent la doctrine si ancienne et si apostolique de saint Augustin touchant la grâce ; et qu’ils ont été tellement étonnés de voir les diffamations, dont on les avait prévenus, si visiblement ruinées, et tout ce qu’on leur avait dit des desseins de schisme et de révolte contre le Saint-Siège si manifestement faux et si absolument détruit, qu’ils ont loué Dieu d’avoir dissipé les illusions et fait évanouir les vains fantômes, par lesquels on leur voulait faire prendre leurs frères pour leurs ennemis, et des enfants si humbles du très saint et très vénérable Père de tous les fidèles et de leur commune et sainte Mère, pour des hérétiques pernicieux et des auteurs détestables d’une faction et d’un schisme contre le pape et contré l’Église. »

  • Les détracteurs d’Arnauld ne furent pas désarmés par la vigueur de la Seconde lettre : ils entreprirent de la faire condamner par la Faculté de théologie de Paris, la Sorbonne. Le 4 novembre 1655, la procédure s’engageait avec la désignation d’une commission chargée d’examiner le livre d’Arnauld. {f}


    1. V. note [46], lettre 101.

    2. Paris, sans nom, 1655, in‑8o de 29 pages.

    3. Sans lieu, 1655, v. note [8], lettre 415.

    4. Paris, sans nom, 1655, in‑4o de 254 pages.

    5. Fils du défunt favori de Louis xiii et connétable de France, Charles de Luynes (v. note [4], lettre 896).

    6. Michel Le Guern a fort bien résumé cette affaire dans la préface des Provinciales (Paris, Gallimard, 1987).

Dans sa Cabale des dévots (pages 180‑182), Raoul Allier a produit des arguments convaincants pour discerner l’influence occulte de la Compagnie du Saint-Sacrement (v. note [7], lettre 640) dans cette affaire : avec l’intention finale de supprimer le jansénisme, elle entendait exclure de ses rangs tous les amis de Port-Royal, dont le marquis de Liancourt était l’un des plus influents ; les dévots auraient donc pesé sur son confesseur, l’abbé Picoté, pour le convaincre d’accuser son pénitent d’hérésie et de lui refuser l’absolution.

« “ Ce M. Picoté, a dit Sainte-Beuve, était nécessaire comme point de départ ; sans lui, sans cette affaire de sacristie, point de Provinciales. ” À défaut de cette “ affaire de sacristie ”, il y en aurait eu une autre. Le conflit était inévitable ; il ne lui fallait qu’une occasion, et ces occasions se trouvent toujours ; les Picoté font les gestes qu’on désire. Celui de Saint-Sulpice a fait les siens parce qu’il y avait, depuis près de trente ans, une société secrète, et que, dans cette société, une fraction intriguait contre l’autre. Sans la Compagnie du Saint-Sacrement, point de Provinciales. »

41.

Divers arrêts avaient limité à deux par ordre mendiant le nombre des religieux qui pouvaient avoir voix délibérative à chaque scrutin de la Sorbonne ; mais en pratique, cette règle n’était pas habituellement respectée. Dans sa Première Lettre, Pascal (v. note [1], lettre 433) parle de quelque 40 religieux mendiants qui ont condamné Arnauld en Sorbonne, au lieu des huit que permettait le droit, insinuant donc, comme Guy Patin, que la procédure avait été irrégulière (Le Guern).

42.

« On écarte la sagesse du bien commun, on mène les affaires par la force » (Ennius, v. note [12], lettre 198).

43.

« Si ça n’est pas vrai, c’est du moins bien trouvé » (proverbe italien). Guy Patin a ajouté cette phrase dans la marge.

44.

La Gazette, ordinaire no 167, du 11 décembre 1655 (page 1402) :

« De Condé, le 6 décembre 1655. Les ennemis se sont enfin retirés dans leurs quartiers d’hiver, étant lassés de se morfondre inutilement à la campagne, à chercher les moyens de retirer de nos mains quelques-unes des places que nous leur avons prises ; lesquelles se trouvent si bien munies de toutes choses qu’elles n’ont aucun sujet de rien appréhender. »

a.

Ms BnF no 9357, fos 198‑199 ; Reveillé-Parise, no cclxxxiii (tome ii, pages 224‑230) ; Prévot & Jestaz no 20 (Pléiade, pages 461‑469).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 30 novembre 1655.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0428
(Consulté le 02.12.2022)

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