L. 60.  >
À Claude II Belin,
le 4 septembre 1641

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Monsieur et cher ami, [a][1]

Depuis que la lettre de ci-dessus a été écrite, [1] nous avons appris que le cardinal-infant [2] était tombé en son armée, malade, d’où on l’a retiré, et a été mené à Bruxelles : [3] on dit que c’est d’une fièvre double-tierce. [4] Nous tenons encore Aire, [5] mais on dit que le pain y diminue bien fort. C’est pourquoi il est à craindre que nous ne la gardions pas longtemps si Dieu ne nous aide. [2] Le cardinal Bagni, [6] qui était de nos amis, et fort affectionné aux Français, est mort à Rome. La Brosse, [3][7] qui avait ici le Jardin du roi [8] au faubourg de Saint-Victor, [4][9] est mort le samedi dernier jour d’août. Il avait un flux de ventre [10] d’avoir trop mangé de melons [11] et trop bu de vin (pour ce dernier ce n’était point tant sa faute que sa coutume). Il se plaignait d’une grande puanteur interne, avait la fièvre, et son flux de ventre était dysentérique [12] en ce qu’il faisait du sang. Vide peritiam hominis[5] et voyez combien il était grand personnage au métier dont il se mêlait : il se fit frotter tout le corps d’huile de carabé [13] quatre jours durant, [6] le matin, et avalait à jeun un grand demi-setier d’eau-de-vie, [7][14] avec un peu de quelque huile astringente ; [15] quand il vit que cela ne lui servait de rien, il se fit préparer un émétique,  qu’il prit le vendredi au soir, dans l’opération duquel il mourut le lendemain matin. Sic impuram vomuit animam impurus ille nebulo, in necandis hominibus exercitatissimus[8] Comme on lui parla ce même vendredi d’être saigné, il répondit que c’était le remède des pédants sanguinaires (il nous faisait l’honneur de nous appeler ainsi), [16] et qu’il aimait mieux mourir que d’être saigné. Aussi a-t-il fait. Le diable le saignera en l’autre monde, comme mérite un fourbe, un athée, [17] un imposteur, un homicide et bourreau public, tel qu’il était ; qui même en mourant n’a eu non plus de sentiment de Dieu qu’un pourceau, duquel il imitait la vie, et s’en donnait le nom. Comme un jour il montrait sa maison à des dames, quand il vint à la chapelle du logis, il leur dit Voilà le saloir où on mettra le pourceau quand il sera mort, en se montrant ; et se nommait assez souvent pourceau d’Épicure, combien qu’Épicure [18] valût bien mieux que lui, quem scribunt Galenus et Seneca fuisse vitæ sanctissimæ et continentissimæ. Epicurus non coluit Christum, quia non novit : Brosseus non coluit, quem noverat, etc. Sed satis hæc, imo plus quam satis de illo nebulone[9][19][20] Nous ne savons pas encore qui aura sa place. Il y a ici un livre nouveau fort curieux, intitulé Nicolai Fabricii Peirescii Vita, auctore Petro Gassendi, Præposito Ecclesiæ Diniensis[10] Feu M. de Peiresc, [21] conseiller au parlement d’Aix-en-Provence, [11][22][23] était un grand personnage.  L’auteur l’est pareillement : M. Gassendi [24][25] est un des honnêtes et des plus savants hommes qui soient aujourd’hui en France. [12] Donnez-en avis à M. Camusat [26] et lui faites, s’il vous plaît, mes recommandations. Le livre est in‑4o, du prix d’un écu. Le petit duc de Mantoue est mort, voilà la race des Nevers de Gonzague éteinte. [13][27][28][29] Le roi [30] et Son Éminence [31] sont à Amiens. [32] M. de Longueville, [33] qui est malade, partit d’ici samedi dernier pour s’en aller à Bourbon. [14][34] On fait ici le procès à M. de Guise. [35] Mais je ne me souviens pas que je vous suis importun par ma trop longue lettre. Je vous baise les mains, à Mme Belin et à Messieurs vos frères, avec intention d’être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 4e de septembre 1641.


Rédaction : guido.patin@gmail.com — Édition : info-hist@biusante.parisdescartes.fr
Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.
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L. 61.  >
À Claude II Belin,
le 12 octobre 1641

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Monsieur, [a][1]

Je vous dois réponse il y a longtemps, mais les fréquentes visites [2] qu’il m’a fallu faire à la campagne, à cause que la plupart de nos bourgeois sont aux champs pour leurs vendanges, [3] m’a < sic > empêché de m’acquitter de mon devoir. Premièrement donc, je vous remercie et vous prie aussi de remercier vasculum medone plenum, id est hydromelite[1][4] M. Camusat, [5] de la peine qu’il a prise de m’écrire les mémoires que m’avez envoyés ; je lui fais réponse par un petit mot que je vous prie de lui faire tenir. Je suis malheureux que je n’aie pas été céans quand monsieur votre fils [6] y est venu. Si je savais où il est logé, je l’aurais visité ; il faut nécessairement que j’attende son retour. Vos deux vers de Matthæus Paris [7] sont bien gentils ; [2] je suis bien aise de les savoir, je vous en remercie. Pour les deux vers de Pie v[8] il y a longtemps que je les sais bien ; mais en voici une réponse faite par M. Cachet, [9] médecin de Lorraine, centuria 3, epigr. 59 :

Papa Pius quintus moritur, res mira ! tot inter
Re sanctos, tantum nomine quinque pios
[3]

Le successeur de La Brosse [10] n’est pas encore arrêté. On dit néanmoins que M. Bouvard [11] en aura la meilleure part pour son fils, qui est premier valet de chambre du roi. [12][13] On dit aussi que M. de Noyers, [14] en qualité de surintendant des bâtiments du roi, y veut avoir sa part et en disposer en faveur de quelqu’un de ses amis. [4] Pour votre M. Le Fèvre, [15] on l’appelle ici l’égorgeur de rate[5][16][17] mais je pense que M. de Souvray [18] ne fera rien là pour lui. [6] J’ai lu tout entière la vie de M. de Peiresc, [7][19] c’est un agréable livre. J’ai seulement regret qu’il y ait trois ou quatre sortes de choses là-dedans où je n’entends rien : du prix des monnaies, du prix de l’or contre l’argent, de la marine, de l’astrologie, [8][20][21] de motu solis vel terræ secundum Copernicum[9][22] Les Espagnols sont toujours devant Aire, [23] avec apparence qu’ils la reprendront. Le sieur de Saint-Preuil [24] est prisonnier dans la citadelle d’Amiens ; [25] un habile homme m’a dit aujourd’hui qu’il y a de l’apparence qu’on ne lui coupera pas la tête. [10] La cour est encore à Amiens. On dit que le roi [26] sera ici dans huit jours, et Son Éminence [27] huit jours après. L’archevêque de Bordeaux [28] et son frère, le marquis de Sourdis, [29] sont disgraciés. [11] La reine mère [30] est dorénavant à Cologne. [12][31] Comme elle repassait par la Hollande en venant d’Angleterre, son confesseur y est mort dans le vaisseau, qui était le P. Suffren, [32] de genere loyoliticio[13] S’il était le dernier de sa cabale, ce serait un beau déblai. [14][33] Le pape [34] fait tout de bon la guerre au duc de Parme. [15][35] On parle ici d’une ligue du roi d’Angleterre [36] et du roi de Danemark [37] contre l’empereur, [16][38] pour l’obliger à restituer le Palatinat [39] aux petits Palatins. [17][40] Cela nous aiderait bien à entretenir la guerre en Allemagne et à faire tête au roi de Hongrie. Il me semble que voilà tout ce qu’il y a ici de nouveau. Je vous baise les mains, et à madame votre femme, pour être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 12e d’octobre 1641.


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L. 62.  >
À Claude II Belin,
le 25 octobre 1641

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Monsieur, [a][1]

J’ai enfin vu monsieur votre fils, [2] qui est un beau garçon, bien fait. Pour le traité d’Arnaldus Villanovanus[1][3] je lui ai rendu parce qu’il est de lettre gothique, [2][4] laquelle je ne puis lire. Je vous en remercie néanmoins, comme aussi du manuscrit de M. < Le > Tartier. [5] Je vous prie de me mander à votre loisir qui était ce personnage : an medicus fuerit Trecensis ? [3] quand il est mort, s’il a laissé des enfants, si vous l’avez connu, etc. ; bref, quelques mémoires de sa vie, comme si je lui voulais donner un éloge. J’ai délivré à monsieur votre fils réponse pour vous et pour M. Camusat, [6] pour vous les faire tenir dans son paquet. Je l’ai prié de me venir voir souvent quand il en aura le loisir et lui ai donné pour lire un beau livre français ; quand il l’aura lu, je lui en baillerai un autre et l’entretiendrai ainsi jusqu’au bout. Si je suis si heureux de trouver quelque occasion où je le puisse servir, je ferai qu’il connaîtra combien j’honore le père qui l’a fait naître, et je vous prie de n’en pas douter. Nous avons ici pour livres qui viennent de Hollande, Hugonis Grotii Annotationes in Evangelia [7] en un volume in‑fo que l’on veut vendre six écus en blanc, et un Io. Gerardus Vossius de Idolatria [8] en deux volumes in‑4o que l’on fait cinq écus. [4] J’ai offert 24 livres du Grotius et du Vossius, et néanmoins je ne les ai pas encore. [5] M. de Saumaise [9] est en Bourgogne. Il nous viendra bientôt de lui, ex Hollandia, liber de primatu Petri[6] et d’autres du même auteur ensuite. Nous avons ici de Lyon Observationum chirurgicarum centurias quinque [10] en un gros volume in‑4o de belle édition ; le livre est fort bon, je l’ai il y a longtemps d’impression d’Allemagne. [7] Nous avons aussi de Hollande un in‑fo, avec quelques cartes et figures en taille-douce, qui est l’Histoire de la principauté d’Orange et de ses princes [11][12] jusqu’à présent, qui est un livre d’une pistole en blanc. [8] Un cordelier [13] a aussi traduit les Relations du cardinal de Bentivoglio d’italien en français [14] et en a fait un in‑4o qu’il a dédié à M. de Noyers. [9][15] M. Riolan, [16] l’anatomiste, fut hier taillé de la pierre ; [17] on lui en tira deux, il n’y a qu’un an qu’on lui en tira encore une. [10] Le roi [18] est à Compiègne. [19] On dit que sa présence serait bien nécessaire en Lorraine [20] où le duc Charles [21] prend la qualité de lieutenant général de l’empereur [22] deçà le Rhin. [11] M. de Saint-Preuil [23] est toujours dans la citadelle d’Amiens. [12][24] Il y a ici de nouveaux députés de Catalogne [25] qui viennent prier le roi d’aller en personne prendre possession de leur pays, je pense qu’il n’en fera rien. [13] Le pape, [26] delirus et capularis senex[14] continue la guerre au duc de Parme, [27] qui est protégé par le duc de Florence [28] son beau-frère. Quis tandem finis belli, quæ meta malorum[15] tout cela est incertain ; unum habeto certissimum[16] que je suis et serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 25e d’octobre 1641.


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L. 63.  >
À Claude II Belin,
le 5 décembre 1641

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Monsieur, [a][1]

Je vous remercie de votre belle lettre et de ce qu’elle contient touchant M. Le Tartier. [2] M. de Bourbon [3] m’a ici dit qu’il quitta Troyes [4] et s’en alla à Sedan, [5] où il est mort huguenot. [1][6] Je voudrais bien avoir le distique entier qui était au tableau des deux frères, [7] je vous prie de tâcher de vous en souvenir ; je ne refuse pas aussi les mémoires que vous m’offrez du dit médecin. Je n’ai jamais vu ses Promenades printanières, je vous prie de me mander où elles ont été imprimées. Pour sa Médicologie, c’est dommage qu’elle n’est parfaite[2] Si Dieu nous donnait la paix et que les imprimeurs [8] en voulussent imprimer quelque chose, on en pourrait extraire quelques-uns des meilleurs chapitres et en faire un bon petit livre ; mais il faudrait un peu en réformer le langage pour le rendre plus propre en ce siècle où plusieurs se mêlent de réformer le langage, et pas un ses mœurs : de moribus ultima fiet quæstio[3][9][10] Pour ce que vous me mandez de Licetus, [11] je l’ai vu ; M. Naudé, [12] mon bon ami, me l’a envoyé de Rome, et plusieurs autres livres. Des œuvres de Licetus il y en a plusieurs tomes in‑4o, impression d’Italie, et quatre in‑fo ; on n’a rien imprimé de lui à Paris qu’un petit in‑8o qui n’est pas grand’chose. [4] Monsieur votre fils [13] m’est tout recommandé, in cuius facie et moribus candidis facile video charissimum parentem[5] de l’amitié duquel je me tiens bien heureux ; et pour parler avec M. Mentel [14] lorsqu’il parle de moi, de cuius in me amore non vulgari glorior et pene superbio[6] Si M. Sorel [15] a fait imprimer ses thèses, [16] je souhaite fort d’en avoir. [7] Je crois qu’aurez donné ma lettre à M. Camusat, [17] quem ni grave tibi sit, meo nomine salutabis[8] Je lui ai écrit quid esset medo ; [9][18] mais depuis ce temps-là, j’ai trouvé que Sennertus [19] même en a parlé en ses Institutions, ubi de Vinis medicatis, melicrato, etc[10] Voici ce qu’il en dit : Inter mulsæ genera, quæ ætatem ferre possunt, hodie notissimus est potus ille, quem Medonem vulgo nominant ; ac præstantissimus quidem in Lituania paratur. Sumunt partem unam mellis, et partes octo aquæ, vel etiam plures, etc. Ad fermentationem promovendam, et fervorem conciliandum, alii in sacculo in vas suspendunt semen sinapi, alii feces cervisiæ addunt, et ut diutius duret, flores lupuli salictarii adiiciunt, etc[11][20][21] Je vous prie de lui communiquer encore ces lignes, avec mes recommandations.

Le colonel Gassion [22] est ici, de retour de Flandres, [23] on l’a fait revenir pour l’envoyer en la comté de Roussillon. [12] M. le Prince [24] qui y est, revient en cour. Le maréchal de Brézé [25] s’en va en Catalogne. [26] M. le maréchal de Guiche, [27] qui est encore en Flandres, sera bientôt ici ; c’est signe qu’Aire [28] ne tiendra plus guère et qu’elle sera bientôt rendue aux Espagnols. [13] Le prince de Monaco [29][30] a vendu et livré sa ville au roi, où il a fait entrer nos troupes, qui ont coupé la gorge à 600 Espagnols qui y étaient en garnison. [14] Cette ville est entre Nice [31] et Antibes, [15][32] elle nous donne grand pouvoir sur la mer contre les Espagnols, et principalement sur ceux de Gênes. [16][33] On donne à ce prince, en récompense de sa ville, un cordon bleu, [17][34] on le fait duc et pair de France, on lui donne en Provence [35] autant de revenu que sa ville lui valait, avec quelque argent comptant. [18] Toute la cour est à Saint-Germain [36] et à Rueil. [37] Son Éminence [38] valet pancratice ; Rex vero non ita firmiter[19][39] L’archevêché de Reims est donné à l’évêque de Chartres [40][41][42][43] et son évêché est donné à M. Lescot, [44] docteur en Sorbonne [45] et professeur du roi, qui était déjà abbé de deux bonnes abbayes, chanoine de Notre-Dame ; [46] et quod omnium longe optimum[20] il était confesseur de Son Éminence. Je vous baise les mains, et à madame votre femme, et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 5e de décembre 1641.


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L. 64.  >
À Claude II Belin,
le 24 mai 1642

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Monsieur, [a][1]

Je suis si peu curieux que je n’ai vu le buveur d’eau [2][3] tant qu’il a été ici. Plusieurs l’ont vu qui l’ont admiré, mais il ne fait pas tout ce qu’il dit. Il y a bien quelque chose d’étrange et d’extraordinaire en son estomac ; mais M. Guillemeau, [4] qui a eu la curiosité de le voir, m’a dit que c’était un imposteur qui promettait tout autrement qu’il ne faisait. Je ne vous en saurais dire autre particularité. [1] Sénèque le Philosophe [5][6] en ses Épîtres raconte qu’il ne pouvait regarder des fous : Ipse enim, inquit, aversissimus sum ab istis prodigiis : si quando fatuo delectari volo, non est mihi longe quærendus, video me et rideo ; [2] je suis naturellement de l’humeur de ce grand homme. Excusez-moi si je ne vous dis davantage de ce Maltais. Le roi [7] est en personne au camp devant Perpignan ; [8] M. le cardinal [9] est encore à Narbonne [10] au lit, malade de son bras, où est Juif [11] depuis trois semaines. [3] L’air de Narbonne est fort corrompu ; dès qu’il aura assez de force, il en sortira, ut transeat ad locum salubriorem, et aerem puriorem[4] Pline [12][13] même a décrié l’air de Narbonne, lib. 26, Hist. naturalis, cap. i[5] quand il a appelé carbunculum peculiare Narbonensis provinciæ malum[6][14] Beaucoup de gens, qui ont plus d’intérêt à sa conservation que le commun, disent toujours qu’il va en amendant ; sed non ego credulus illis[7] je sais bien que le mal est fort grand et que le personnage est fort affaibli. Utinam pristinæ restituatur valetudini[8] s’il est nécessaire au bien de l’État ; mais je pense qu’il fait bien chaud en ce pays-là, ea ipsa hora qua scribo[9] Je vous baise très humblement les mains, à mademoiselle votre femme, à Messieurs vos frères, à M. Camusat et à M. Allen, et suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 24e de mai 1642.


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À Claude II Belin,
le 18 juillet 1642

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Monsieur, [a][1]

Comme je pensais à vous faire réponse, monsieur votre frère [2] est ici tombé malade. Il a eu quelques accès d’une tierce [3] qui n’est pas encore bien réglée, laquelle néanmoins le sera si la nuit prochaine elle revient, stata periodo ; [1] comme, quoi qu’elle fasse, j’espère que nous en aurons raison, soit qu’elle vienne ou non. Il a été saigné quatre fois [4] et a pris quelques lavements [5] qui l’ont fort soulagé. J’ai pressé les saignées au commencement, metu suffocationis quæ a nimia plethora videbatur periculum minari[2] Quand il sera tout à fait guéri, nous solliciterons votre procès. [3] Je ne crois ni ne croirai ni en possessions, ni en sorciers, [6] ni en miracles [7] que je ne les voie et les discerne. [8] Je crois tout ce qui est dans le Nouveau Testament comme article de foi, mais je ne donnerai pas telle autorité à toute la légende des moines, fabulosis et commentitiis narrationibus Loyolitarum[4][9] qui, dans leurs romans qu’ils nous envoient des Indes, [5][10] disent des choses aussi impertinentes et aussi peu vraies que les fables d’Ésope. [6][11] Vous diriez que ces gens-là ne travaillent qu’à infatuer le monde. Il est vrai que si nous étions tous bien sages, ces maîtres pharisiens du christianisme seraient en danger de bientôt mourir de faim. [12] Credo in Deum Christum crucifixum, etc., de minimis non curat prætor[7] Le mensonge est une chose horrible et indigne tout à fait d’un honnête homme, mais c’est encore pis que tout cela, quand il est employé et mêlé dans les affaires de la religion. Christus ipse, qui veritas est, non indiget mendacio[8][13] Je ne saurais goûter les puantes faussetés que les moines [14] débitent par le monde pour autoriser leur cabale, et m’étonne fort, imo serio irascor[9] de ce qu’ils ont tant de crédit. Nocturnos lemures, portentaque Thessala suaviter rideo, sed tacitus[10][15] Vide Franciscanum Georgii Buchanani sub finem : videbis opus mirabile, ut sunt omnia admiranda illius hominis[11][16] MM. de Cinq-Mars, [17][18] de Thou [19] et Chavagnac [20] sont encore de delà, et ne sais s’ils seront si heureux d’être ici amenés. [12] Son Éminence [21] est encore à Tarascon, [22] nondum confirmata valetudine[13] Le roi [23] vient, ce dit-on, bientôt à Fontainebleau ; [24] mais néanmoins, on ne dit pas encore qu’il soit parti de Lyon. La reine mère [25] est morte à Cologne, [26] le 3e de ce mois. [14] Pour Monsieur, [27] frère du roi, sunt turbatæ res suæ[15] son traité n’est pas encore achevé. Je vous baise très humblement les mains, à Mme Belin et à monsieur votre frère, et serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 18e de juillet 1642.


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L. 66.  >
À Claude II Belin,
le 28 juillet 1642

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Monsieur, [a][1]

En continuant mes devoirs à votre endroit, je vous assurerai par la présente que monsieur votre frère [2] va toujours de mieux en mieux. L’accès de samedi après-midi fut plus tolérable au prix des autres, et bien plus court. Lui-même l’avoue franchement et se contente fort de notre procédé. Hier, qui fut dimanche, il fut repurgé, levi et benigno medicamento, a quo mire deiecit[1] et surtout un grand plein bassin de bile jaune, [2][3] crasse, épaisse et visqueuse, au grand contentement du malade et du médecin. Sa fièvre étant devenue dorénavant simple tierce, [4] son accès sera aujourd’hui après-midi ; mais j’espère qu’il sera bien léger et que nous irons toujours en amendant jusqu’à la fin. Dès qu’il y aura quelque autre changement, qui sera à ce que j’espère dans deux ou trois jours, je vous en donnerai avis. Votre M. Le Fèvre, [5] qui a appris son empirique [6] à Rome, nous a laissé ici de la pratique avant que de partir : il a conseillé à une femme phtisique, [3][7] qui avait un flux de ventre, [8] de prendre de la thériaque [9] pour lui apaiser ce flux ; elle en a pris quatre fois, elle a achevé de brûler son luminaire avec grandes douleurs. [4][10] M. Moreau [11] en a consulté ce matin avec moi, [12][13] elle n’a pas oublié de maudire son docteur thériacal. Voilà comment les charlatans [14] nous donnent bien de la pratique malgré eux. On dit qu’il a bien emporté de l’argent de deçà, je le veux bien, per me sint omnia protinus alba ; [5][15] j’aimerais mieux moins gagner et savoir mieux faire mon métier, n’être point charlatan, etc., mais qu’y ferions-nous ? Necesse est hæreses esse, ut veritas manifestetur. De rebus aulicis nihil novi[6][16] La cour est à Fontainebleau, [17] comme aussi M. le chancelier [18] qui delà s’en va à Lyon faire le procès aux prisonniers qu’on y doit amener. [7][19][20][21] On dit que le prince d’Orange [22] a envoyé au roi [23] pour obtenir quelque chose en faveur de M. de Bouillon. [8][24] Ce sont affaires de princes, de quibus Deus ipse viderit[9][25] Je vous baise les mains, à madame votre femme et à monsieur votre frère, pour être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce lundi 28e de juillet 1642.


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À Claude II Belin,
le 30 juillet 1642

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Monsieur, [a][1]

C’est en continuant, pour vous donner toujours assurance que je fais ce que je puis à la maladie de monsieur votre frère. [2] Il est fort mal le jour de son accès qui, combien qu’il diminue, et en longueur et en grandeur des symptômes, ne laisse pas de l’incommoder et de l’embarrasser bien fort à cause de la faiblesse dans laquelle l’ont réduit les accès très violents qu’il a eus par ci-devant. Son dernier accès fut lundi, 28e de ce mois, il dura huit heures. Le mardi 29e, qui fut hier, il fut purgé d’un petit médicament qui fit merveilles pro natura sua ; [1][3] hier au soir il était en bon état. Ce matin il a pris un lavement [4] pour tant plus déboucher son ventre qui est extrêmement désempli [2] depuis douze jours. Il a vidé une si grande quantité de glaires [5] bilieuses, jaunes, [6] verdâtres et noirâtres, [3] que je m’étonne, combien qu’il ait été fort mal, qu’il n’en ait encore été pis ; voire même qu’il n’en est crevé. Il est vrai qu’il a eu sept ou huit accès extrêmement rudes ; il a été saigné huit fois, et ne lui a été tiré que du sang très corrompu. [7][8] J’espère qu’à ce soir il aura un accès plus doux qu’il n’a point encore eu et que dorénavant, tout ira de mieux en mieux ; je vous en donnerai avis, Dieu aidant[4] Toute la cour est à Fontainebleau. [9] M. le chancelier [10] y était allé saluer le roi [11] pour aller delà à Lyon y faire le procès aux prisonniers d’État, in quibus potissimum lugeo Franc. Thuanum, clarissimi viri filium ; [5] mais on dit que son voyage est différé. Utinam ad salutem Thuani, cuius parenti et indefesso in scribenda historia labori plurimum debent omnes quotquot Musas amant, atque bonarum literarum suavitati incumbunt[6][12] Votre procès est sur le bureau, je le recommandai hier à M. Du Laurens. [13] Je vous baise les mains, à Mme Belin et à monsieur votre frère, comme aussi à MM. Camusat et Allen ; avec dessein d’être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce mercredi matin, 30e de juillet.


Rédaction : guido.patin@gmail.com — Édition : info-hist@biusante.parisdescartes.fr
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L. 68.  >
À Claude II Belin,
le 31 juillet 1642

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Monsieur, [a][1]

Je vous dirai en continuant que monsieur votre frère [2] eut hier son accès, [3] qui dura huit bonnes heures, avec frisson et vomissement dans le commencement, et sueur à la fin. Je le vis hors de son accès, in perfecta απυρεξια. [1][4] Il m’a avoué que cet accès lui a été beaucoup plus supportable que tous ceux de par ci-devant. Je lui ai promis, et j’espère qu’il sera vrai, que dorénavant tous ses accès diminueront à vue d’œil. Il doit avoir son accès demain à huit heures au matin. Afin de diminuer la matière qui le fomente, je l’ai purgé [5] aujourd’hui avec casse [6] séné [7] et sirop de roses pâles, [8] quali medicamento incredibile est quot et quanta deiecit antehac[2] Selon l’état auquel il sera, j’espère que je ne perdrai aucune occasion de vous en donner avis. Les jésuites [9] sont brouillés à Rome, on dit que le pape [10] leur a ôté tous leurs privilèges et qu’il veut les réduire à petit pied ; fiat, fiat[3] On dit que M. le chancelier [11] ne bougera d’ici et qu’on amènera les prisonniers au Parlement afin de leur faire faire ici leur procès. [4][12][13][14] Le général Lamboy [15] est ici prisonnier dans le Bois de Vincennes. [5][16] On imprime à Lyon l’Hippocrate de Foesius, [17][18] sur la copie d’Allemagne, [6] ce qui est fort à propos car on n’en trouve plus ici pour de l’argent. C’est le même libraire [19] qui a imprimé in‑4o les Cinq centuries d’observations chirurgicales de Guilielmus Fabricius Hildanus. [20] C’est le même qui imprime les œuvres de Zacutus Lusitanus [21] en deux volumes in‑fo, lesquelles sont en onze tomes in‑8o d’impression d’Amsterdam, [22][23] que j’ai céans tous onze. [7] Ce Zacutus est mort le 21e de janvier dernier. Croyez que je n’épargnerai ni omettrai chose quelconque pour la guérison de monsieur votre frère. Je vous baise les mains, totique familiæ[8] et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 31e de juillet 1642.


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L. 69.  >
À Claude II Belin,
le 4 août 1642

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Monsieur, [a][1]

J’ai reçu la vôtre, dont je vous remercie. Je vous assure que monsieur votre frère [2] est réduit pour le présent à une fièvre tierce [3] purement intermittente, de laquelle l’accès ne dura pas hier plus de trois heures. Il est vrai que son ventre et son estomac pâtissent fort parce que, outre son flux [4] qui continue, il vomit presque toute la journée. [1] Aujourd’hui matin, qui est son jour d’intermission, il a pris un breuvage fait de rhubarbe [5] et de séné, [6] ad maiorem biliosi humoris intus coerciti excretionem promovendam, ne amplius in posterum serviat, et nova symptomata producat[2] J’espère bien mieux dorénavant de sa santé que je n’ai encore fait par ci-devant ; il n’y a que ces vomissements qui me laissent du doute. Il doit avoir son accès demain à trois heures du matin ; j’espère qu’il sera bien supportable, principalement si le remède d’aujourd’hui fait ce qu’il doit. Il est tout converti et est bien délibéré d’avoir grand soin de sa santé à l’avenir. [3] Sa médecine, qu’il a prise aujourd’hui, opère fort bien : il a vidé par en bas (il ne vomit guère que le jour de la fièvre) quantité de bile jaune [7] et verdâtre assez épaisse ; je pense que toute cette impureté descend de son mésentère, [8] qui est la partie dans laquelle est contenue et se croupit toute la cause conjointe des accès de la fièvre tierce, ex sententia nostri Fernelii, quam puto esse verissimam[4][9][10] Le roi [11] est encore à Fontainebleau. [12] On dit que M. le Prince [13] s’en va en Bourgogne et delà, en Languedoc. On imprime à Lyon en deux volumes in‑fo toutes les œuvres de Zacutus Lusitanus. [5][14] Je vous baise les mains et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce lundi à midi, 4e d’août 1642.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 4 septembre 1641

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(Consulté le 18.08.2022)