L. 155.  >
À Charles Spon, le 8 mai 1648

Monsieur, [a][1]

Je vous envoyai le 24e de mars un paquet de lettres dans lequel deux des miennes étaient contenues avec l’épître de M. Hofmann [2] pour M. Gras, [3] ut præfigatur tractatui de Anima[1] Depuis ce temps-là, je vous dirai qu’il est mort ici un habile homme d’avocat, et considérable en sa sorte, éloquent et savant, magni nominis et cælebs[2] nommé M. Hilaire. [4] Ce fut lui qui plaida contre M. le Prince [5] pour Mme de Combalet, [6] et qui défendit le testament du Cardinal de Richelieu. [3][7] Il a été un des accomplis personnages qui aient jamais été dans le Palais. Il n’y avait pas 15 jours que sa mère était morte chez lui. Il avait quelque peu moins que 60 ans. Il court ici un libelle diffamatoire du gazetier de Cologne, [8] ou au moins sous son nom, contre le Gazetier [9] de Paris. [4] M. Hilaire était un homme purement atrabilaire [10] qui tamen, morum suavitate[5] était aimé de tout le monde. Le premier médecin du roi [11] l’a vu en sa maladie et lui a donné de l’or potable, [12] nonobstant lequel sui desiderium statim reliquit[6] Enfin, les voleurs ont été exécutés vendredi 27e de mars au bas de la rue de Tournon. [7] La femme de Champy a premièrement été pendue. Les deux massacreurs, savoir Champy [13] et Du Fresne, [14] ont été rompus [15] tout vifs. [8] Du Fresne devait être le dernier exécuté, qui néanmoins le fut le premier et fut pris pour cela, d’autant qu’il se mourait dans la charrette ; il cria fort aux premiers coups du bourreau et se tut au huitième, de sorte qu’il mourut avant que d’avoir tous les coups. Champy cria rudement à tous les onze et ne fut point étranglé ; aussi ne mourut-il qu’une heure après, désespéré et presque enragé. Du Fresne dit le jour de leur supplice, au matin, qu’il n’eût voulu échapper de là que pour tuer la pute qui l’avait perdu par son babil (c’était la femme de Champy, qua tamquam pellice utebatur[9] en dût-il être rompu tout vif et damné au bout. J’ai envoyé le paquet de livres à M. Huguetan [16] par le messager de Lyon, qui loge en la place Maubert [17] au Chef Saint-Jean ; il sera à Lyon le 12e de ce mois. J’y ai mis un Encheiridium de M. Riolan [18] et deux des thèses de M. Guillemeau, [19][20] dont en donnerez une à M. Gras avec mes très humbles recommandations. Les deux autres pièces seront pour vous, s’il vous plaît, en attendant que receviez le grand paquet dans lequel vous trouverez autre chose. [10] Je prendrai la hardiesse de vous faire part de ma joie et de la réjouissance qui est en notre famille de ce que mon fils aîné, [21] âgé de 19 ans un petit moins, a été aujourd’hui reçu bachelier [22] en médecine avec six autres compagnons, parmi lesquels il a été des meilleurs. Cette licence [23] prochaine de sept sera composée de quatre fils de maîtres [24] et de trois autres particuliers. Voilà des thèses qui nous viennent à faire. [11] Le fils de M. Moreau [25][26][27] répondit merveilleusement bien sous M. Guillemeau de Methodo Hippocratea[12] au grand contentement de notre École et de grande quantité d’honnêtes gens qui étaient venus pour l’entendre. C’est un jeune homme de très belle et de très grande espérance. Il a prodigieusement de l’esprit et de la mémoire ; et même, la veille de Pâques fleuries, il remercia, comme fils de maître, notre Faculté au nom de tous ses compagnons, par une belle harangue, laquelle dura longtemps ; et néanmoins il la prononça si bien qu’il en fut loué de tous, et Monsieur son père aussi. Ils sont admis à l’examen particulier pour après Pâques, ut moris est[13][28] et puis on les fera licenciés vers la Pentecôte. [29] Celui-ci aura infailliblement le premier lieu de sa licence [30] et sera quelque jour un grand personnage. Il y avait dans la Conciergerie [31] une chambre pleine de femmes prisonnières pour divers crimes. Une d’elles s’avisa d’un stratagème pour se sauver, qui était d’avoir une scie et de scier une poutre qui les séparait d’un des coins de la grande salle du Palais. Elles l’ont entrepris et en sont venues à bout ; de sorte qu’en une belle nuit, quatorze se sont sauvées par le trou qu’elles avaient trouvé moyen de faire. Une 15e malheureuse femme y est restée, laquelle n’a pu passer par le trou d’autant qu’elle était grosse. Enfin, mon paquet de livres qui vous est destiné est emballé et parti pour Lyon dans une balle que M. Le Petit, [14][32] gendre de Mme Camusat, [33][34] envoie à MM. Rigaud, [15][35] libraires de Lyon. Je souhaite que tout aille heureusement et vous soit bientôt rendu franc de port.

Tout s’apprête ici pour la guerre : M. le maréchal de La Meilleraye, [36] grand maître de l’Artillerie, est parti pour Arras [37] il y a huit jours ; M. le Prince [38] sera à Amiens [39] le lendemain de la fête de Pâques et tôt après, l’armée marchera, laquelle sera obligée de donner bataille à l’Archiduc Léopold [40] s’il se présente, pour l’empêcher en son chemin. [16] Nous avons ici un des plus honnêtes hommes et des plus illustres de notre Compagnie bien malade, qui est M. de La Vigne : [41] marasmode febre detinetur, ab antiqua intemperie præfervida hepatis et aliorum viscerum, stipata fluxu hepatico et lethali[17] Nous en pourrions perdre trente autres qui ne vaudraient pas celui-là. Je vous supplie très humblement de témoigner à M. Ravaud [42] que j’ai reçu par la voie de M. Cramoisy [43] le beau présent qu’il m’a envoyé, savoir son Polyanthea, dont je le remercie très affectueusement. [18][44] Je m’étonne de cette libéralité de vos libraires, laquelle ne se rencontra jamais à nos gens de deçà ; mais outre l’obligation que j’en ai à M. Ravaud, je m’en tiens aussi très obligé à votre bonté et affection envers moi. Mais je vous en dois tant d’autres que je doute si j’aurai jamais le moyen pour m’acquitter dignement de tant de bienfaits. Enfin, ce beau livre tant attendu de M. de Saumaise [45] de annis climactericis est arrivé. [46] Un de nos libraires en avait reçu 20, qui quatre jours après n’en avait pas un de reste ; j’en ai un qui n’est pas encore relié. Le livre est d’environ 64 feuilles, il y a une petite table à la fin ; mais la préface est fort longue, elle contient plus de 120 pages. [19] Il est dédié à M. de La Thuilerie, [47] qui est notre ambassadeur en Hollande. [20] Ce livre est tout plein d’astrologie [48] et de termes, aussi bien que de choses où je ne connais rien. Je tâcherai néanmoins d’en tirer quelque profit pour l’argent que j’en ai donné. Il parle quelquefois de quelques maladies. Nous attendons ici de Hollande Epistolarum Hug. Grotii Centuriam ad Gallos[49] dans laquelle il y a quelques lettres à ce même M. de Saumaise. [21] On achève ici un in‑fo, qui sera curieux, d’un jésuite flamand nommé Menochius, [50] de Republica Hebræorum ; [22] le livre ne sera pas gros. Je me souviens d’en avoir lu un petit in‑24 de même matière fait par Cunæus, [51] professeur à Leyde, [52] qui a été un très savant homme, aussi bien que son petit livret est gentil et excellent en cette matière. [23] On achève ici Grotius de Fato, et le P. Senault [53] fait achever son Homme chrétien ; ce sont deux in‑4o[24] L’impression de l’Anatomie de M. Riolan [54] continue lentement : il n’y a qu’un compositeur qui en fait tous les jours une feuille et on ne peut y en mettre d’autres à cause que M. Riolan n’a pas assez de copie préparée pour en employer deux ; joint qu’il ne fait que revoir et relire, changer et ajouter, et même à ses épreuves ; d’où vient que le livre ne sera pas si correct qu’il devrait être ; mais quoi ! on ne saurait faire autrement avec M. Riolan, aliter non fit, amice, liber[25][55] vu que M. Riolan a l’esprit trop remuant et que sa mémoire, qui est un champ incomparablement fécond, lui produit à toute heure des pensées pour lesquelles il a de la peine à lâcher de la copie, laquelle il retiendrait s’il pouvait. M. Dupleix [56] fait aussi imprimer ici le deuxième tome de Louis xiii : il a commencé à 1634, où il avait fini son premier tome ; il en est à 1638 et finira à la mort du roi, dans trois semaines. Ce sera un petit in‑fo que le libraire vendra bien cher, vu qu’il a acheté bien chèrement la copie du dit Dupleix. [26]

Du 17e d’avril 1648. Tous les généraux et officiers sont partis pour l’armée de Flandres. [57] M. le Prince même a passé à Amiens, fort leste et en belle compagnie ; mais des deux maréchaux de France qui sont allés devant lui, savoir MM. les maréchaux de Gramont [58] et de La Meilleraye, ce dernier est demeuré malade à Arras d’une suppression de goutte, [59] à laquelle il est fort sujet. Le bruit de sa mort a couru, mais je ne le crois point. On assure ici que l’Archiduc Léopold n’est si pas fort qu’il pensait : il espérait du secours d’Angleterre, que les parlementaires sont obligés de se réserver à cause des Hibernais catholiques et des Écossais malcontents, dont il y en a trois partis en Écosse. [60] On ne parle ici que de vols domestiques, de valets et servantes qui volent leurs maîtres et maîtresses, et qui delà se font pendre. J’ai pitié de tant de pauvres malheureux qui se laissent duper. Le diable est bien déchaîné. On m’en a raconté trois différents ce matin, qui sont horriblement vilains et déplorables.

Je vous veux annoncer une réjouissance pour la papimanie, laquelle fait ici parler bien du monde, le personnage étant fort connu : des quatre prétendus réformés qui nous restaient en notre Faculté, le nombre en est réduit à trois, [61] ayant plu à Dieu de toucher le cœur (je n’oserais dire l’âme, car je doute s’il en a une) à notre maître Élie Béda, [62] dit par la ville et soi-disant des Fougerais, comme du nom de quelque seigneurie. [27][63] Il va dorénavant à la messe, porte le chapelet, fait le bigot comme les autres, et tout cela par l’intervention du P. de Lingendes, [64] jésuite, et de quelques dames. Ne vous étonnez donc plus de votre M. Meyssonnier : [65] en voici un autre qui a fait comme lui ; mais celui-ci est bien plus fin, plus rusé, plus madré que le vôtre. Ceux qui l’ont vu à la messe ne doutent pas de sa conversion ; mais nous autres, qui le connaissons pour ce qu’il est, c’est-à-dire pour un dangereux cancre et grand imposteur, doutons bien fort si, par ci-devant ayant été grand et insigne charlatan, l’eau bénite qu’il prendra le pourra changer et le faire meilleur, plus sage, plus retenu et moins charlatan [66] qu’il n’était.

Je vous prie de me permettre que je vous importune d’une petite requête, après d’autres dont je vous suis obligé : quand vous passerez en votre ville du côté où demeure M. Anisson, [67] libraire, faites-moi la faveur que je sache de lui par votre moyen, s’il ne nous donnera pas bientôt le deuxième tome in‑fo du jésuite de Gênes, [68] Sopranis in historiam Davidicam, dont il a donné le premier l’an 1643. Il promet le second en sa préface, dans lequel il fait espérer un traité entier De Idolatria Hebræorum, lequel j’ai bien envie de voir. [28][69] M. Moreau m’a dit qu’il vous a recouvré un Artémidore grec et latin [70] qu’il a envie de vous envoyer, in‑4o[29] avec quelques autres livres, et m’a demandé si je vous ferais bientôt un paquet ; je lui ai répondu qu’oui et que j’en recommençais un autre, dans lequel j’ai mis le livret de M. Lussauld, [71] médecin de Poitou, [30] qui est celui même que vous m’avez dépeint par votre dernière, de la réception de laquelle je vous suis très obligé, et m’en vais vous y répondre. Premièrement M. Lussauld est celui-là même que vous me dites : homme qui fait l’entendu et qui méprise presque tout ; il dit qu’en son livre il a négligé l’élégance du latin et les autorités, et qu’il ne s’est amusé qu’au raisonnement ; il dit qu’il s’en va faire un plus grand œuvre pour le faire imprimer ; si sa campagne lui donne du loisir, il le peut faire, il ne manque pas d’esprit. Le roi d’Angleterre [72] est encore vivant, mais je ne puis croire ceux qui se promettent de lui qu’il reviendra à bout de ses affaires ; il faut être bien crédule pour s’imaginer de telles fables. [31] J’entreprendrais très volontiers un voyage [73] d’Allemagne jusqu’à Nuremberg [74] et Altdorf, [32][75] pour y saluer et y entretenir M. Hofmann, mais cela ne se peut faire durant la guerre ; et < je > ne doute point que lui-même n’en voie bien la difficulté de l’entreprise, voire même l’impossibilité. Après ce que vous me dites touchant le livre de M. Sorbière, [76] il n’y a nulle difficulté que M. Riolan n’ait deviné le vrai auteur de ce livret ; [33] mais je ne sais pas pourtant s’il en écrira exprès, vu que son Anthropographie l’occupe et l’emploie tout entier. Il emploie tout son loisir à revoir sa copie et ne la baille que feuille à feuille aux imprimeurs, [77] à cause de quoi son ouvrage n’avance guère ; il n’y en a encore que 72 feuilles de faites. Je suis bien aise qu’ayez reçu la thèse de M. Guillemeau, mais je vous prie de m’en mander votre avis. Vous trouverez dans le premier paquet que je vous enverrai une épreuve, laquelle contiendra tout ce qui a été ôté de cette thèse. [10] Je vous remercie du soin qu’avez eu de délivrer à M. Gras la sienne ; je lui baise les mains et suis son très affectionné serviteur. Il y aura quelque autre chose pour lui dans le grand paquet que recevrez bientôt. Je vous prie de me conserver en ses bonnes grâces, c’est un digne homme et duquel je fais grand cas. Je n’ai jamais vu l’arrêt des médecins de Tours [78] contre les apothicaires, [79] imprimé ; combien que celui qui en sollicita ici le procès me promît en partant qu’il le ferait et qu’il m’en enverrait une douzaine, ce qu’il n’a pas fait. Je demanderai à M. Perreau, [80] notre doyen, s’il n’en a point vu, sinon < je > vous promets que j’en écrirai à Tours tout exprès. [34] J’ai reçu le Polyanthea de M. Ravaud par la voie de M. Cramoisy, franc de port. Il m’a mandé qu’il serait ici bientôt, je l’en remercierai en personne ; que s’il est encore à Lyon, je vous prie de l’en remercier pour moi. Ce livre est véritablement bon, combien que je ne m’en sois jamais guère servi ; j’en ai céans une autre édition de M. Ravaud il y a 20 ans. [35] Le Theatrum vitæ humanæ est de vrai un fort bon livre ; mais je doute du dessein de votre libraire car s’il le prend sur la dernière édition de Cologne, [81] elle est toute châtrée de ce qu’il y avait deçà et delà contre les prêtres et les moines ; [82] s’il la prend de l’ancienne, il est à craindre qu’on ne lui fasse la même chose que vos jésuites ont faite à M. Huguetan [83] sur son Alstedius ; [36][84] du portrait duquel je ne puis rien découvrir, il faudra nécessairement avoir recours à quelque curieux d’Allemagne. Pour M. Lussauld, il est parti pour s’en retourner en sa ville de Chef-Boutonne [85] en Poitou, où il prétend faire la médecine et y être exempt de taille [86] en vertu des lettres que lui a données M. Vautier ; je pense néanmoins qu’il n’en pourra venir à bout. Il est celui-là même que m’avez dépeint par la vôtre. Vous le connaissez aussi bien que moi, combien que je l’aie vu depuis vous ; ipsus est quem indigetasti[37] Je pense que M. Riolan ne lui fera ni bien, ni mal et qu’il ne parlera point de lui du tout. Ces petits libelles ressemblent aux potirons : ils n’ont de bon que la nouveauté ; cuius gratiam ubi amiserunt[38] c’est fait d’eux, on n’en parle plus. Pour notre bon ami M. Naudé, [87] je vous puis jurer que ce n’est pas tant l’avarice qui le fait plaindre que le peu de reconnaissance qu’il a de son patron, après lui avoir rendu tant de services, et avoir fait en pays étrangers tant de voyages pour lui et par son commandement ; [88][89] mais quoi ! c’est que le bon seigneur ne fait rien à personne. Au moins, je ne vois personne qui se loue de sa libéralité, il prend beaucoup et ne donne rien, et étouffe les espérances de profiter de tous ceux qui s’étaient mis près de lui ut ditescerent[39] Je ne vous dis rien de Naples [90] ni de M. de Guise [91] qui y a été arrêté prisonnier, ce sont affaires de princes qui jouent au plus fin les uns sur les autres ; cela a toujours été et sera toujours. On dit qu’on l’a mené en Espagne où il ne peut être gardé que prisonnier, et qu’on se gardera bien de le faire mourir, vu qu’ils ne gagneraient rien à sa mort, et qu’en le gardant il peut être utile à quelque chose de bon, quand ce ne serait qu’à une bonne rançon ou à être échangé avec quelque illustre prisonnier. [40][92] On dit ici qu’il y a eu du bruit à Bordeaux, [93] et qu’on y a pendu quelques gabeleurs, [41][94] et qu’à Marseille [95] ont été tués quelques gardes du comte d’Alais, [96][97] gouverneur de la province. [42][98] Toutes les compagnies souveraines [99] de Paris grondent ici pour la paulette [100] et pour le retranchement qu’on veut leur faire de leurs gages[43] Bref, il y a bruit et désordre partout ; les plus petits et les plus chétifs sont ruinés, les plus gros et les plus forts sont ébranlés, de sorte que je puis fort raisonnablement dire avec le poète : [101][102]

Ad summum ventum est, senserunt ima ruinas,
Funditus occidimus, nec habet Fortuna regressum
[44]

L’évêque du Mans [103][104] est mort et son évêché a été donné à M. l’abbé Servien, [105][106] frère de celui [107] qui est notre plénipotentiaire à Münster. [45][108] Il y a ici du bruit touchant un capitaine des gardes nommé de Saujon [109] qui a été arrêté prisonnier sur ce qu’il se mêlait de traiter du mariage de Mademoiselle, [110] fille de M. le duc d’Orléans, [111] avec l’Archiduc Léopold. On dit même que ladite Mademoiselle est retenue en sa chambre et qu’elle a des gardes par ordre de la reine ; [112] mais elle n’a pu être convaincue d’aucune intelligence secrète, d’autant qu’elle n’en a jamais rien écrit ; et même, se disant et protestant fort innocente de toute cette accusation, elle n’en a jamais voulu demander pardon à la reine, etiam urgente parente, domino Gastone[46] On a mandé à M. d’Avaux [113] qu’il eût à partir de Münster et à s’en revenir. On dit qu’il est en état de disgrâce, que M. de Longueville [114] s’est plaint de lui, que le cardinal Mazarin dit qu’il a fort désobligé la France ; mais l’histoire secrète dit encore qu’on lui met sus un plaisant crime d’État, savoir est qu’il a voulu briguer à Rome un chapeau de cardinal pour soi-même par l’entremise de quelques amis qu’il a près de soi à Münster, qui ont crédit vers le Padre santissimo[47][115] et que cela a été découvert par le cardinal Spada, [116] qui en a écrit de deçà et qui a fait connaître ce dessein de M. d’Avaux au cardinal Mazarin. Fabulosa tamen plerique putant hæc omnia [48] et qu’on veut faire accroire qu’il a mangé le lard [49] afin de le retirer de Münster avec quelque couleur de disgrâce, n’étant permis à aucun particulier de briguer le cardinalat sans permission et sans le bon plaisir du roi. [50] J’attends de jour en jour des nouvelles de M. Hofmann et m’ennuie de ne rien apprendre de sa santé. J’ai peur de tout, [51] utinam sim vanis aruspex[52][117] Un illustre conseiller d’État, du nombre des ordinaires, mourut hier ici, savoir, M. Talon, [118] frère aîné de celui qui est avocat général du Parlement aujourd’hui. [119] Il a fait cette charge lui-même autrefois avec éclat et réputation, laquelle depuis il a ternie par les intendances qu’il a eues en Dauphiné [120] et en Provence. [53][121] Il était homme adroit et rusé, fort entendu et qui en voulait avoir. Il savait le bien et le mal, et en était tant plus à craindre. Même le défunt cardinal [122] se servait de son conseil dans ses violences. Mais enfin, il faut que je cesse de vous fournir une si importune lecture, avec protestation que je serai toute ma vie et de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 8e de mai 1648.


1.

« afin qu’il figure en tête du traité sur l’âme » ; v. notes [59] et [60], lettre 150, pour cette épître dédicatoire de Caspar Hofmann à Henri Gras.

2.

« célibataire et de grande renommée ».

3.

V. note [63], lettre 101.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 178, année 1644) :

« Le vendredi 6 mai, M. de Novion le fils vint me voir, qui me dit comme Hilaire avait le matin plaidé contre M. le Prince, qui s’était retiré dans la lanterne ; {a} qu’il avait plaidé très hardiment, avait soutenu que M. le Prince avait demandé {b} avec de très grandes instances non seulement Mlle de Brézé pour M. le duc d’Enghien, {c} mais aussi M. de Brézé pour Mlle de Bourbon ; {d} qu’il en avait les lettres, et sur ce que le cardinal de Richelieu ne le voulait point, il s’était mis à genoux devant lui, et que M. le Chancelier en était témoin ; et qu’il défendit sa cause avec beaucoup de résolution ; que Gautier {e} se préparait à la repartie pour déchirer la mémoire du cardinal. »


  1. Petite tribune de la Grand’Chambre d’où on pouvait voir sans être vu.

  2. En mariage.

  3. Son fils.

  4. Sa fille, Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, future duchesse de Longueville.

  5. Avocat de M. le Prince.

Tallemant des Réaux a ajouté d’autres détails (Historiettes, tome i, page 308) :

« Dans le procès qu’elle {a} eut contre feu M. le Prince pour la succession du cardinal, on la traita de gourgandine. {b} Gautier dit délicatement, parlant du crédit qu’elle avait auprès de son oncle : “ Ce Samson n’avait plus de force quand il était entre les bras de cette Dalila. ” Elle, en revanche, lui fit reprocher par Hilaire, son avocat, qu’il s’était mis à genoux devant le cardinal de Richelieu pour avoir Mlle de Brézé pour M. d’Enghien. Il se leva et dit que cela était faux, mais il n’y a rien de plus vrai. Il offrit au cardinal Mlle de Bourbon pour son neveu de Brézé ; et le cardinal dit en cette occasion une des plus raisonnables choses qu’il ait dites de sa vie : “ Une demoiselle peut bien épouser un prince, mais une princesse ne doit point épouser un gentilhomme. ” »


  1. Mme de Combalet, duchesse d’Aiguillon, nièce bien aimée du feu cardinal de Richelieu.

  2. « Putain, coureuse, femme de mauvaise vie qui court dans les mauvais lieux » (Furetière).

4.

L’Avis du gazetier de Cologne à celui de Paris. Traduit d’allemand en français (sans lieu, ni nom, 1647, in‑4o) contestait anonymement l’exactitude d’informations données par Théophraste Renaudot sur les affaires d’Allemagne et d’Italie. Le Gazetier de Paris répliqua : Réponse de Théophraste Renaudot… à l’auteur des libelles intitulés « Avis du gazetier de Cologne à celui de Paris », « Réponse des peuples de Flandre au donneur d’avis français », et « Réfutation du correctif des ingrédients, etc. » (Paris, Bureau d’adresse, 1648, in‑4o).

Gazette, ordinaire no 127, du 22 août 1648 (page 1107) :

« De Paris, le 22 août 1648. Quelqu’un, qui a emprunté le nom de gazetier de Cologne, m’ayant provoqué à soutenir l’honneur de la France et de ses ministres par un libelle débité si secrètement que je n’en ai été averti que l’année suivante et ayant cependant pris, par un second imprimé, mon silence à son avantage, pour user de meilleure foi que lui, j’ai envoyé à Cologne le premier exemplaire de la réponse que je viens de faire à ces deux ouvrages et à un troisième encore sur même sujet. De quoi ne pouvant donner autrement avis à cet auteur à moi inconnu, je l’avertis qu’il aura céans adresse du libraire qui lui fournira cette réponse ; le sommant d’y faire sa réplique, à laquelle je m’oblige, moyennant l’aide de Dieu, de répondre dans la huitaine après qu’il m’aura fait tenir la sienne, à ce qu’il n’en puisse ignorer, ni chanter désormais le triomphe avant la victoire. »

5.

« qui cependant, pour la suavité de ses mœurs ».

6.

« il nous a sans tarder laissé le regret de sa personne », manière classique de dire « il est mort rapidement ».

L’or potable était principalement une « composition que font quelques charlatans, qui est jaune, et qu’ils font accroire être de l’or dissous pour la mieux vendre, quoiqu’il soit certain que l’or n’a aucune qualité propre pour la nourriture ni pour la guérison » (Furetière). De plus, en médecine hermétique, « les chimistes appellent or potable une médecine faite du corps même de l’or et réduite sans aucun corrosif en une gomme ou substance semblable au miel et de couleur de sang. Cette gomme détrempée avec de l’esprit du vin acquiert une couleur de rubis et s’appelle teinture d’or. Une once de cette teinture mêlée avec 16 onces d’autre liqueur s’appelle proprement or potable à cause qu’elle a une couleur d’or vif et brillant, et l’on dit que c’est un remède souverain contre plusieurs maladies » (ibid.). Les sels d’or sont utilisés depuis les années 1930 dans le traitement de certains rhumatismes inflammatoires chroniques.

7.

La rue de Tournon existe toujours dans le vie arrondissement de Paris : prolongeant la rue de Seine, elle débouche dans la rue de Vaugirard devant la porte du palais du Luxembourg (Sénat).

8.

« ont été » remplace « devaient être », rayé. Guy Patin avait précédemment orthographié Campi le nom de ce Champy, complice de Du Fresne dans l’assassinat d’un valet, commis chez le duc d’Orléans (v. note [26], lettre 153).

Le récit du crime et de l’exécution des coupables fut publié : La Nuit sainte indignement profanée, ou l’histoire du vol fait au palais d’Orléans, la nuit de Noël, et supplice de ceux qui ont été trouvés coupables, exécutés au faubourg Saint-Germain, le 27 mars 1648 (Paris, G. Sassier, 1648, in‑4o).

9.

« qu’il avait pourtant eu comme maîtresse ».

Putain : « femme publique et prostituée, qui a fait banqueroute à l’honneur. La haine qu’on a contre ce nom l’a décrédité chez les honnêtes gens et il n’est plus en usage que chez le peuple, quand il veut dire une injure atroce. Ce mot vient de puta italien, qui veut dire petite fille ; aussi disait-on autrefois pute, comme on voit dans ce quatrain fameux de Jean de Mehun (Le Roman de la rose) : “ Toutes êtes, serez, ou fûtes/ De fait, ou de volonté putes :/ Et qui très bien vous chercherait,/ Putes toutes vous trouverait ” ; et il a été un temps qu’il n’était point odieux, non plus que celui de garce. On a dit aussi putus, pour dire un petit garçon, et en italien puto et puta, pour dire un petit garçon ou petite fille, comme témoigne Scaliger » (Furetière).

Gazette, ordinaire, no 51 du 4 avril 1648 (page 448) :

« De Paris, le 4 avril 1648. […] Je n’aurais pas sali ce papier de l’atrocité d’un meurtre et vol commis dans le palais d’Orléans la veille de Noël dernier par deux scélérats et la femme de l’un d’eux, dont les noms sont indignes de la mémoire des hommes, n’était qu’ayant été rompus vifs et la femme pendue dans la rue de Tournon le 27 du passé, cette punition doit être exemplaire par tout le monde. »

10.

V. notes [25], lettre 150, pour l’Encheiridium de Jean ii Riolan, et [2], lettre 158, pour la thèse de Charles Guillemeau sur la Méthode d’Hippocrate.

11.

Sept bacheliers reçus annonçaient 21 thèses (14 quodlibétaires et sept cardinales) à disputer dans les deux années suivantes. Les sept bacheliers reçus le samedi 4 avril 1648 étaient par ordre de mérite (Comment. F.M.P., tome xiii, fo ccclvii / 363 vo) :

  1. Pierre Perreau, natif de Paris, fils de Jacques Perreau (docteur régent en 1614, doyen en 1646) ;

  2. Michel ii de La Vigne, natif de Paris, fils de Michel i de La Vigne (docteur régent en 1615, doyen en 1642) ;

  3. Jean ii de Bourges, natif de Paris, fils de Jean i (docteur régent en 1621, doyen en 1654) ;

  4. Robert Patin, natif de Paris, fils de Guy (docteur régent en 1627, doyen en 1650) ;

  5. Germain Hureau, natif de Paris ;

  6. Jean-Antoine Bourgaud, natif de Montebourg (v. note [24], lettre 237) ;

  7. Michel Langlois, natif de Paris.

Les trois derniers n’étaient pas fils de maître. On remarque que les quatre fils de docteurs régents étaient classés devant les autres, et entre eux, selon le rang d’ancienneté de leur père.

La licence de la même année donna pourtant à la Faculté une occasion de montrer à peu de frais son impartialité ; Chéreau (Le Médecin de Molière, pages 4‑5) :

« Armand-Jean de Mauvillain {a} parvint à la licence le 30 juin 1648, mais il y parvint sans honneur, ayant été placé le dernier parmi ses six concurrents, et il dut céder le pas à Jean-Baptiste Moreau, Étienne Bachot, Jean de Montigny, Bertin Dieuxivoye et Jacques Gamarre. {b} Ce fut encore pour la Faculté l’occasion d’exprimer d’une manière formelle la résolution qu’elle avait prise de ne se laisser influencer dans les grades qu’elle avait à octroyer ni par l’intrigue, ni par la protection ; et ce fut en vain que l’abbé des Roches {c} écrivit cette lettre au doyen Jacques Perreau :

“ Monsieur, Le témoignage très avantageux que plusieurs de votre Compagnie m’ont rendu du mérite de M. de Mauvillain, l’un de vos bacheliers, et l’affection particulière que j’ai conservée depuis longtemps pour son père, qui a servi M. le cardinal de Richelieu, de qui je tiens après Dieu tout ce que je possède dans le monde, m’ayant porté à lui accorder l’effet de la prière qu’il m’a faite de m’employer envers votre Compagnie pour tâcher de lui obtenir le second lieu de la licence, {d} qu’il demande, j’ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais que je m’adressasse à vous par ce mot de lettre, mon indisposition ne me permettant pas de le faire autrement, pour vous prier, comme je fais très humblement, de témoigner à Messieurs de votre Faculté que je prendrai très grande part à la grâce qu’ils feront en cette occasion audit sieur de Mauvillain, qui peut d’ailleurs, à ce qu’on m’a témoigné, aspirer par son mérite au lieu qu’il espère de leur courtoisie. Je crois, Monsieur, que vous aurez tant de bonté que de m’accorder cette faveur, et que vous l’augmenterez même d’une seconde en l’honorant de votre protection et du crédit que vous avez dans votre Compagnie ; ce qui m’obligera de rechercher les occasions de vous témoigner que je suis vraiment, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur, le Sr des Roches. ” » {e}


  1. V. note [16], lettre 336.

  2. Comment. F.M.P., tome xiii, fo 365 ro.

  3. Depuis la mort de Richelieu (décembre 1642), son parrain, Mauvillain avait été protégé par l’ancien secrétaire du cardinal, l’abbé Des Roches, qui avait promis, en 1643, de donner 30 000 livres tournois à la Faculté (v. note [3], lettre 83).

  4. V. note [8], lettre 3.

  5. Ibid. fos 371 vo-372 ro, sans date.

    Cette lettre et d’autres témoignages prouvent que, contrairement à ce que stipulaient les statuts (v. notule {d}, note [8], lettre 3), le mérite des licentiandes parisiens n’était pas le seul critère de leur classement à l’examen : comptaient aussi le népotisme, et la puissance et générosité des appuis.


12.

Jean-Baptiste Moreau (mort en 1693), fils aîné de René Moreau (v. note [28], lettre 6), allait donc obtenir le premier lieu de la licence (v. note [8], lettre 3) de 1648, ce qui lui avait valu, par anticipation, d’inaugurer les épreuves en prononçant la harangue des licentiandes, le 4 avril, veille du dimanche des Rameaux (Pâques fleuries). Reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en décembre 1648, il devint professeur au Collège royal en survivance (1654), puis en succession (1656) de son père, et doyen de la Faculté pour deux ans en novembre 1672. Malgré des débuts fort prometteurs, Jean-Baptiste fut loin d’égaler la science et la réputation de son père ; sans grand discernement, il méconnut la valeur de la bibliothèque qu’il lui laissa et la vendit à vil prix.

V. note [13], lettre 151, pour sa retentissante thèse disputée sous la présidence de Charles Guillemeau « sur la méthode d’Hippocrate », contre les abus des Arabes, des chimistes et des apothicaires.

13.

« selon la coutume ».

L’examen particulier était l’épreuve qui ouvrait aux bacheliers de médecine, devenus licentiandes, la voie de la licence (Statuta F.M.P., article xxii, page 27) :

Ad Examen particulare admissi singulorum Doctorum domos reverenter adeant, et ab eis de Praxi examinentur.

[Que ceux qui ont été admis à subir l’examen particulier se rendent respectueusement au domicile de chacun des docteurs régents {a} et soient examinés par eux sur la pratique].


  1. La prescription est aujourd’hui effarante : la Faculté de médecine de Paris comptait quelque 120 docteurs régents. V. note [36] des Décrets et assemblées de la Faculté de médecine en 1651‑1652, pour une estimation de ce que cela pouvait coûter à chaque licentiande.

L’examen particulier déterminait le lieu (classement) de licence attribué à chaque licentiande (v. note [8], lettre 3).

En 1648, les Pâques avaient été célébrées le 12 avril. La veille des Rameaux (Pâques fleuries) avait correspondu au 4 avril.

14.

Pierre Le Petit (1617-1687) avait été reçu libraire-imprimeur à Paris en 1642, puis nommé en 1643 imprimeur de l’Académie française, avant de recevoir en 1647 le titre d’imprimeur ordinaire du roi en succession de Gilles Morel. En 1662, il devint marguillier (v. note [59], lettre 229) de la paroisse Saint-Benoît. Le Petit avait pour marque La Croix d’or, à la devise In hoc signo vinces [Par ce signe tu vaincras]. Il fut un des libraires de Port-Royal, ce qui lui valut quelques ennuis en 1656-1657. Il avait épousé Denise Camusat, fille de Denise de Courbe et de Jean Camusat (libraire parisien, rue Saint-Jacques, À la Toison d’or, mort en 1639). Le gendre et la belle-mère s’étaient associés en 1643 (Renouard).

15.

Les frères Pierre et Claude ii Rigaud, libraires à Lyon, fils de Claude i, étaient en exercice au temps de la Fronde. Ils s’associèrent à Claude Prost et Jérôme Delagarde pour former la Societas bibliopolarum [Société des libraires] de Lyon (Jestaz). Guy Patin a signalé la mort d’un des deux Rigaud (Pierre ?) dans sa lettre à Spon du 16 décembre 1661.

16.

Léopold-Guillaume de Habsbourg, archiduc d’Autriche (Leopold Wilhelm von Österreich ; Wiener Neustadt 1614-Vienne 20 novembre 1662), deuxième fils de l’empereur Ferdinand ii et de Marie-Anne de Bavière, frère cadet de l’empereur Ferdinand iii, avait succédé en 1641 au grand maître de l’Ordre teutonique, Jean-Gaspard de Stadion. Il était en même temps évêque de Passaw, de Strasbourg, d’Halberstat, d’Olmutz et de Breslaw, et fut gouverneur des Pays-Bas espagnols de 1647 à 1658. Retz dit de l’archiduc Léopold qu’il avait toujours son chapelet à la main (Mémoires, page 519).

L’archiduc Léopold a été grand amateur d’art, assemblant notamment une magnifique collection de peinture flamande (décrite dans un célèbre tableau de David Teniers le Jeune vers 1651).

Le prince de Condé, commandant en chef de l’armée des Flandres, ayant sous ses ordres les maréchaux de Gramont et de Rantzau, devait tenir tête à l’archiduc Léopold qui menaçait d’envahir le Nord de la France. Condé vint mettre le siège devant Ypres le 12 mai. Cette campagne de 1648 allait culminer le 20 août avec sa victoire de Lens, tandis que les premières émeutes de la Fronde éclataient à Paris (v. note [7], lettre 160).

17.

« il est affligé d’une fièvre marastique, venant d’une intempérie ancienne du foie et d’autres viscères, qui s’accompagne d’une fluxion hépatique et mortelle. »

18.

V. note [32], lettre 152, pour ce Polyanthea que le libraire Pierre Ravaud offrait à Guy Patin.

19.

Le traité de Claude i Saumaise Des Années climatériques (v. note [27], lettre 146, avec la première lettre de la préface) est un in‑8o, dont chaque feuille donnait 8 feuillets imprimés recto verso soit 16 pages. Guy Patin était un peu au-dessous du compte avec ses 64 feuilles (824 pages), puisque le livre compte 844 pages sans compter l’index.

20.

Datée de Leyde, le 13 novembre 1647, l’épître dédicatoire de Saumaise est adressée à Ilustrissimo viro Gaspari Gogneto, Domino de la Thuilerie, Baroni de Coursons, Consiliario Regio et apud illustres fœderati Belgii Ordines legato [conseiller du roi et ambassadeur auprès des illustres ordres des Provinces-Unies] ; cet échantillon en donne le style et le ton :

Meminisse siquidem te arbitror, cum ante annum et amplius Hagæ apud te essem, ac sermo incidisset de sexagesimo tertio vitæ anno quem plerique hodie ab antiquo Climactericum vocitant, et exitialem multis senibus judicant, me quid de eo sentirem ita exponere, ut etiam desideratis scripto consignatam meam super ea re videre sententiam. Domum exinde reversus nihil prius habui quam ut votis tuis meisque satisfacerem promissis. Sic non longa interposita mora, brevi dissertatione quæcunque antiqui Græci et Ægyptii de Climacteribus tradiderunt, congestum ad te misi. Cæterum cum paulo post significasses, qualemcunque illam scriptiunculam te velle cum populo habere, quod ita iudicares non indignam esse quæ a pluribus legeretur et de privato in publicum transiret, morem non invitus tuæ voluntati gessi, et qui primæ non obstiteram, non potui huic secundæ petitioni refragari.

[Quand j’étais chez vous à La Haye, il y a un peu plus d’un an, vous vous rappelez, je pense, que notre conversation en vint à la 63e année de la vie que beaucoup, à la manière des anciens, appellent aujourd’hui la climatérique et croient être funeste aux vieillards. Je vous ai exposé mon sentiment là-dessus et vous êtes même allé jusqu’à désirer que je le consigne par écrit. De retour à la maison, je n’ai rien eu de plus pressé que de satisfaire votre souhait et ma promesse. Peu après, je vous ai envoyé une courte dissertation résumant tout ce que les Grecs et les Égyptiens de l’Antiquité nous ont transmis sur les climatériques. Comme peu après, vous m’avez signifié vouloir partager ce petit texte avec le peuple, jugeant qu’il n’était pas indigne d’être lu par beaucoup d’autres et de passer du privé au public, j’ai déféré de bon cœur à votre volonté, et moi qui ne m’étais pas opposé à votre première requête, je n’ai pu faire obstacle à cette seconde].

Gaspard Coignet, seigneur de La Thuilerie (1594-1653), baron de Courson, avait successivement été conseiller au Parlement de Paris (1618), maître des requêtes (1624-1632), conseiller d’État, intendant du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge, ambassadeur près de la République de Venise, puis avait reçu en 1644 la mission d’entamer des négociations pour mettre un terme à la guerre acharnée que se faisaient la Suède et le Danemark. Grâce à son habileté, il avait obtenu un plein succès en faisant signer aux deux puissances belligérantes le traité de paix de Brosboo (25 septembre 1645), qui fut également bien accueilli de Christian iv et de la reine Christine. Coignet était ambassadeur auprès des Provinces-Unies depuis 1645 (G.D.U. xixe s. et Popoff, no 988).

21.

« une Centurie de lettres de Hugo Grotius aux Français », v. note [73], lettre 150. Ce recueil contient 17 lettres de Grotius à Claude i Saumaise, écrites entre le 23 février 1628 et le 7 août 1638.

22.

Giovanni Stefano Menochio (Pavie 1576-Rome 1655), jésuite, était italien, et non flamand comme l’écrivait ici Guy Patin. Après avoir été recteur des collèges de Modène et de Rome, il occupa successivement les postes de provincial à Milan et à Venise, puis d’assistant du supérieur général. Parmi ses nombreux ouvrages d’exégèse biblique, il s’agissait ici des De Republica Hebræorum libri octo… [Huit livres sur la République des Hébreux…] (Paris, A. Bertier, 1648, in‑fo).

23.

Petrus Cunæus (Peeter Van der Kun ; Flessingue 1586-Leyde 1638), professeur de latin, de politique puis de droit à Leyde, un des meilleurs orientalistes de son temps, est entre bien d’autres l’auteur des De Republica Hebræorum libri iii [Trois livres sur la République des Hébreux…] (Leyde, Elsevier, 1617, in‑12 de 538 pages ; 1632, in‑16 de 503 pages pour la seconde édition).

24.

  • Philosophorum sententiæ de Fato, et de eo quod in nostra est potestate. Collectæ partim, et de Græco versæ. Per Hugonem Grotium.

    [Sentences des philosophes {a} sur le destin, et sur ce qui y est en notre pouvoir. Hugo Grotius les a recueillies et en partie traduites du grec] ; {b}

  • L’Homme chrétien ou la Réparation de la nature par la grâce. Par le R.P. Jean François Senault, {c} prêtre de l’oratoire de Jésus. {d}


    1. Grecs et latins.

    2. Paris, veuve de Jean Camusat et Pierre Le Petit, 1648, in‑4o de 348 pages, dédié au cardinal Mazarin par Maria van Reigesbergen, veuve de Grotius (v. note [5], lettre 288).

    3. V. note [16], lettre 525.

    4. Ibid. et id. 1648, 1648, in‑4o de 856 pages, dédié à Gaston d’Orléans.

25.

« un livre, cher ami, ne se fait pas autrement » (Martial, v. note [2], lettre 95, avec amice pour Avite).

Ce que Guy Patin appelait ici l’Anatomie de Jean ii Riolan étaient ses Opera anatomica vetera…, à paraître en 1649 (v. note [25], lettre 146).

26.

Continuation de l’histoire du règne de Louis le Juste, xiiie du nom, par messire Scipion Dupleix, {a} conseiller du roi en ses Conseils, et historiographe de France. {b}


  1. V. note [9], lettre 12.

  2. Paris, Claude Sonnius, 1648, in‑fo de 421 pages.

27.

Élie Béda, sieur des Fougerais (Paris vers 1600-ibid. 21 août 1667), fils aîné d’un avocat protestant (v. note [9], lettre 240), avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1624. Sa première présidence de thèse, le 19 décembre de la même année, fut pour la première quodlibétaire de Guy Patin (v. note [4], lettre 3). Par la suite, l’adhésion de Béda au parti antimonial fut la cause d’une brouille tenace entre le maître et son intransigeant élève. Béda venait en outre de se convertir au catholicisme, ce qui allait sans doute contribuer aux progrès de sa carrière. Pourvu de la charge de médecin ordinaire de Madame puis de médecin ordinaire du roi, il se constitua une immense et opulente clientèle à la cour et dans la haute noblesse, n’hésitant pas, semble-t-il, à recourir aux ressources les moins nobles de son art : on accusa ce « vénérable charlatan » d’être avorteur (v. note [8], lettre 849) ; cela lui valut les foudres de la Faculté de médecine qui lui infligea une réprimande sévère et s’en fit l’un de ses ennemis les plus farouches. Le 23 décembre 1651, Patin, doyen, fit voter sa Compagnie contre le titre de noblesse dont Béda se prévalait (v. note [3] des Décrets et assemblées dans les Commentaires de 1651-1652).

Sans parler de son apostasie de 1648, La France protestante (Paris, Sandoz et Fischbascher, 1879, in‑8o, 2e édition, tome deuxième, page 194) a glorifié le zèle calviniste de Béda et détaillé sa progéniture :

« Élie Bedé, sieur des Fougerais ou des Fougerets, préféra la carrière de son grand-père maternel {a} à celle de son père ; il fut un médecin distingué et docteur régent, c’est-à-dire professeur, à la Faculté de Paris. Avec un petit nombre de ses confrères, protestants comme lui, il soutenait la liberté religieuse dans le sein du corps médical officiel. Entre autres débats auxquels il prit partt, les registres de la Faculté mentionnent une délibération prise à la date du 23 janv. 1645, contre les docteurs Georges Arbault, Jean Des Gorris, François Mandat, Élie Bedé et Pierre Guénault qui se rebellaient contre l’ordre récemment donné aux étudiants de commencer leurs thèses par l’invocation : “ Deo optimo maximo et Virgini Deiparæ… ” {b} Les médecins hérétiques firent appel au Parlement contre cette mesure, bien vainement d’ailleurs. Élie Bedé avait épousé, < en > avril 1627, Marie Androuet, fille de l’architecte Jacques Androuet du Cerceau, dont il eut : Élie, 1627 ; David, 1629 ; Anne, 1630 ; Charles, 1633 ; Louis, 1634 ; David, 1636 ; Jean, 1639 ; Henri, 1642, lequel eut l’honneur d’être tenu sur les fonts baptismaux par Henri de La Tour, vicomte de Turenne et Anne de Coligny ; {c} enfin, Roc, baptisé le 7 septembre 1647. »


  1. La mère d’Élie était née Marie d’Ailleboust, fille de Jean, premier médecin du roi Henri iv (v. note [7], lettre 159).

  2. « Dieu tout-puissant et à la Vierge mère de Dieu… » : requête de la Faculté présentée Au roi et à nos seigneurs de son Conseil et Extrait des registres du Conseil privé dans les Comm. F.M.P., tome xiii fo 260 ro‑261 vo (en français), le 27 janvier 1644, sous le décanat de Michel i de La Vigne.

  3. V. notes [9], lettre 135, pour Henri de La Tour d’Auvergne, futur maréchal de Turenne, et [58], lettre 104, pour Anne de Coligny, arrière-petite-fille de l’amiral, Gaspard ii de Coligny, martyr du calvinisme en 1572 (v. note [156], lettre 166).

Molière a caricaturé Élie Béda en Desfonandrès dans son Amour médecin (1665, v. note [1], lettre 835). Guy Patin n’a jamais ménagé dans ses lettres celui qu’il qualifiait (entre bien d’autres aménités) de « malheureux chimiste, boiteux des deux côtés comme Vulcain, qui tue plus de monde avec son antimoine que trois hommes de bien n’en sauvent avec les remèdes ordinaires » (lettre à Charles Spon du 22 septembre 1651).

28.

Jean-Jérôme Sopranis, jésuite : In Davidem Commentarius, complectens ex primo et secundo Libro Regum fortunatam Davidici Regni partem ; una cum disgressionibus de re vestiaria Hebræorum, de funeribus, et de publico, et privato eorumdem luctu [Commentaire sur David, contenant la partie heureuse de son règne, à partir du premier et du second Livre des Rois ; avec des digressions sur l’habillement des Hébreux, leurs rites funéraires, et leur deuil public et privé] (Lyon, Laurent Anisson et successeurs de Gabriel Boissat, 1643, in‑fo).

Laurent Anisson (1600-1672), imprimeur-libraire de Lyon, s’associa à Gabriel Boissat jusqu’en 1641, puis à Jean-Baptiste Devenet de 1656 à 1659. Jamais ne parut le deuxième tome de Sopranis « sur l’idolâtrie des Hébreux ».

29.

Artémidore d’Éphèse (médecin, philosophe et astrologue grec du iie s) : Oneirocritica… [L’interprétation des rêves…] (grec et latin, avec des notes de Nicolas Rigault (v. note [13], lettre 86) ; Paris, M. Orry, 1603, in‑4o).

30.

V. notes [48] et [52], lettre 152, pour Charles Lussauld et pour son traité De Functionibus fœtus officialibus…

31.

Détenu depuis novembre 1647 au château de Carisbrooke, sur l’île de Wight, Charles ier était alors en perdition au milieu de la seconde guerre civile (1647-1649) qui déchirait la Grande-Bretagne ; il avait encore beaucoup de partisans qui laissaient espérer une autre issue que son exécution en janvier 1649.

32.

Altdorf (Altdorf-bei-Nürnberg) est une ville de Bavière (alors Franconie), située à 25 kilomètres à l’est de Nuremberg (v. note [33], lettre 150), puissante cité qui y avait installé son Université. Dans sa lettre du 22 mars 1648 à Charles Spon, Guy Patin a détaillé son projet de voyage à Altdorf pour aller visiter Caspar Hofmann qui y vivait et enseignait alors.

33.

V. note [26], lettre 152, pour le Discours sceptique… de Samuel Sorbière, que Jean ii Riolan attribuait à Gassendi.

34.

Guy Patin a évoqué cette querelle entre les apothicaires et les médecins de Tours au début de sa lettre du 4 novembre 1647 à Claude ii Belin.

35.

Guy Patin répétait ici sur le Polyanthea (v. supra note [18]) ce qu’il avait dit plus haut dans la même lettre, comme il venait de le faire pour l’édition laborieuse de l’Anthropographie de Riolan.

Le « radotage » est flagrant et les éditions antérieures à celle de Triaire avaient gommé ces redites, jugées inutiles par les transcripteurs. Elles indiquent pourtant que Patin rédigeait ses longues lettres par élans successifs, séparés de plusieurs jours, sans toujours prendre le soin de relire ce qu’il avait déjà couché sur le papier. Il révélait ainsi à son correspondant, en les renarrant, les événements qui lui occupaient le plus l’esprit. La répétition n’était pas tout à fait inutile puisqu’elle permet ici d’être bien assuré que le Polyanthea était celui de Domenico Nani Mirabelli, édité à Lyon en 1625.

36. Magnum theatrum vitæ humanæ, hoc est rerum divinarum humanarumque Syntagma catholicum, philosophicum, historicum, dogmaticum.
Nunc primum ad normam Polyantheæ cuiusdam universalis, per locos communes iuxta Alphabeti seriem, sublata Classium et Historiarum iteratarum varietate, in Tomos vii. per libros xx. dispositum : Novis titulis et Catholicæ fidei Dogmatibus, Rerum quarumvis Definitionibus, Apophthegmatibus, et Hieroglyphicis, Nominum Etymologiis, Historiarum et Exemplorum cuiusvis argumenti pluribus Centuriis locupletatum.
Insuper ab hæresi, variisque erroribus repurgatum, ac copiosissimo Indice Rerum, Verborum et Exemplorum, cum generali ; tum singulorum Tomorum speciali, illustratum : et quatenus nunc innovatum, * Asterisco notatum. Auctore Laurentio Beyerlinck Theologo, Protonotario, Canonico et Archipresbytero Anverpiensi.
Tomus Secundus, continens Litteram C.D. sive Librum iii. et iv
.

[Le grand amphithéâtre de la vie humaine, qui est le Recueil catholique, philosophique, historique, dogmatique des choses divines et humaines.
Désormais présentée sous la forme d’une Anthologie universelle, par citations suivant l’ordre alphabétique, remplie d’une variété de catégories et d’histoires itératives, en 7 tomes contenant 20 livres. Il est enrichi de nouveaux intitulés, ainsi que des dogmes de la foi catholique, des définition de toutes choses, d’apophtegmes, {a} de hiéroglyphes, {b} de l’étymologie des mots, et de plusieurs centuries d’observations et d’exemples portant sur tous les sujets qu’on voudra.
Il a en outre été purgé des fausses opinions et de diverses erreurs, et éclairé d’une très copieuse indexation des matières, des mots et des exemples, tant générale que particulière à chacun des tomes, avec un astérisque * pour marquer ce qui y est nouveau. Par Laurentius Beyerlinck, {c} théologien, protonotaire, chanoine et archiprêtre d’Anvers.
Deuxième tome contenant les lettres C et D, soit les 3e et 4e livres]. {d}


  1. Paroles célèbres.

  2. Écrits mystérieux.

  3. Laurens Beyerlinck (1578-1627).

  4. Cologne, Antonius et Arnaldus Hieratus, 1631, in‑fo en 2 livres de 648 et 432 pages ; les 7 autres tomes de ce dictionnaire monumental sont à l’avenant.

    V. note [34], lettre 297, pour les éditions antérieures et ultérieures de cet ouvrage de Conrad Lycosthenes (v. note [3], lettre 555) que Theodor Zwinger, son gendre, avait augmenté et publié pour la première fois en 1565 ; jusqu’à celle de Lyon (1665-1666), par Jean-Antoine ii Huguetan et Marc-Antoine Ravaud, en 8 volumes in‑fo.


V. note [11], lettre 203, pour l’Encyclopædia universa de Johann Heinrich Alsted (Alstedius).

37.

« il est bien tel que vous m’avez décrit. »

38.

« quand ils ont perdu leur première faveur ».

39.

« pour s’enrichir. » Nouvelle allusion au peu de gratitude de Mazarin envers son bibliothécaire, Gabriel Naudé.

40.

La captivité du duc de Guise, Henri ii de Lorraine, se prolongea jusqu’au 3 juillet 1652. L’Espagne ne le remit en liberté que sur les instances du prince de Condé. Un armurier de Naples, Gennaro Annese (1604-1648), avait succédé à Masaniello (v. note [24], lettre 150) à la tête de la sédition napolitaine contre l’Espagne (juillet 1647-mai 1648).

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, pages 479‑482, année 1648) :

« Le samedi 25 avril, […]. J’appris […] que la révolte de Naples était dissipée ; que Gennaro, {a} ayant reçu le pardon de M. de Guise, avait fait son traité avec les Espagnols, les avait introduits dans la ville, dont ils étaient les maîtres ; que M. de Guise s’était enfui, mais avait été pris près de Capoue. Les uns le disaient prisonnier ; les autres, qu’il avait eu le cou coupé sur-le-champ ; que les nouvelles venaient de Turin et de Gênes, mais que celles de Rome n’en disaient rien, quoiqu’étant du 9 avril. Les premières sont du 5 avril, que cette action est arrivée. […]

Le mercredi 29 avril se publia l’affaire de Naples ; même la reine alla visiter Mme de Guise. Le 5 avril, dimanche des Rameaux, Gennaro Annese, ayant fait son traité avec les Espagnols, reçut don Jouan {b} et le comte d’Ognate {c} dans son quartier, leur livra le tourion {d} des Carmes. Don Jouan et le comte entrèrent {e} dans la ville à la tête des troupes criant la paix et pardon général. M. de Guise fut conseillé de s’enfuir, ce qu’il fit avec vingt chevaux ; mais il trouva la garnison de Capoue qui le prit au passage d’une rivière, et ils le menèrent à Gaëte. Le peuple, {f} surpris de cette trahison, {g} n’avait pas eu le loisir de se mettre en défense. L’on blâme M. de Guise de sa mauvaise conduite : d’abord de s’être mal mis avec Annese, qui avait grand crédit parmi le peuple ; ensuite, se l’étant rendu ennemi, de ne lui avoir pas fait couper la tête, l’ayant pu. » {h}


  1. Gennaro Annese.

  2. Don Juan d’Autriche, vice-roi de Naples.

  3. Iñigo Vélez de Guevara, émissaire du roi d’Espagne pour aider à rétablir l’ordre.

  4. La grosse tour.

  5. Le 6 avril.

  6. Napolitain.

  7. De Gennaro.

  8. Malgré leur promesse de vie sauve, les Espagnols accusèrent Annese d’avoir maintenu le contact avec les Français, le condamnèrent à mort et le décapitèrent le 20 juin.

41.

Gabeleurs : « menus officiers qui sont commis pour empêcher qu’on ne fraude les impôts du sel. Le peuple en a fait un mot odieux pour nommer tous ceux qui lèvent des impôts » (Furetière).

Guy Patin faisait allusion aux premiers mouvements frondeurs bordelais qui aboutirent plus tard à l’Ormée (v. note [1], lettre 244).

42.

Louis-Emmanuel de Valois, comte d’Alais (Clermont, en Auvergne 1596-Paris 13 novembre 1653), était le deuxième fils de Charles de Valois (v. note [51], lettre 101), duc d’Angoulême, et donc petit-fils du roi Charles ix et de Marie Touchet, sa maîtresse. Sa mère, Charlotte de Montmorency, était demi-sœur de la mère du Grand Condé. D’abord ecclésiastique, évêque même, il s’était fait relever de ses engagements pour prendre le titre de comte d’Alais en 1622, se marier en 1629 avec Marie-Henriette de La Guiche et embrasser la carrière militaire. Maréchal de camp des armées du roi en 1635, puis colonel général de la Cavalerie légère de France, il avait été nommé gouverneur et lieutenant général en Provence en 1637. Il y accumula les maladresses, se laissant guider par son manque de sens politique et ses antipathies, en particulier à l’encontre d’Antoine de Valbelle, lieutenant de l’amirauté de Marseille. En conflit avec le parlement d’Aix en janvier 1649, il fut cerné dans son palais par la foule des clients de Valbelle et gardé en captivité pendant deux mois. Libéré, il ravagea les campagnes voisines, étant incapable de prendre la ville. Ayant attaqué Marseille sans nécessité, étant donné que la cité était parfaitement loyale, et aussi sans succès, il fut rappelé en 1653, remplacé par le duc de Mercœur.

Après la mort de son père (24 septembre 1650) le comte d’Alais porta le titre de duc d’Angoulême, et devint aussi duc de La Guiche et pair de France quatre mois avant sa mort (Jestaz et R. et S. Pillorget).

43.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, pages 482‑487) :

« Cette journée, {a} la Cour des aides, sur le bruit que, par la déclaration du droit annuel, {b} les trois compagnies {c}étaient traitées séparément du Parlement, {d} le roi leur prenant quatre années de leurs gages, s’assembla et députa à la Chambre des comptes et au Grand Conseil pour demander l’union des compagnies et de députer ; ce qui fut accepté par la Chambre des comptes.
Le jeudi 30 avril, la déclaration du droit annuel parut, qui alarma les trois compagnies, qui s’assemblèrent, se députèrent entre elles et continuèrent leurs assemblées à samedi.
[…] Le mercredi 6 mai, les députés des Enquêtes furent à la Grand’Chambre pour demander des députés pour entendre les députés des autres compagnies. Là, M. d’Herbelay, dans sa place, remontra que les maîtres des requêtes étaient exceptés par la déclaration, quoiqu’ils fussent du corps de Parlement. Sur ce, les trois chambres étant assemblées, il fut arrêté de donner des députés pour aller à la Chambre de Saint-Louis {e} recevoir la proposition des autres compagnies, dont elles furent averties par le greffier de la Cour. […]
Le jeudi 7, les députés se trouvèrent dans la Chambre Saint-Louis, y ayant quatorze conseillers députés du Parlement et quatre conseillers et maîtres de chaque autre Compagnie. M. de Bouqueval commença et demanda pour sa Compagnie la jonction de Messieurs du Parlement pour aviser ensemble ce qui était à faire sur la déclaration du droit annuel. Les autres députés en firent autant. »


  1. Du mercredi 29 avril.

  2. La paulette.

  3. Cour des aides, Chambre des comptes et Grand Conseil.

  4. Exonéré de paulette cette année-là.

  5. V. note [7], lettre 156.

44.

« On en est au plus fort de l’ouragan, tout jusqu’au plus bas a connu la ruine. Nous sommes complètement anéantis, et la Fortune n’a pas de retour. » Le premier vers est de source inconnue ; le second est de Virgile (Énéide, chant xi, vers 414).

45.

Émeric Marc de La Ferté, nommé évêque du Mans en novembre 1637, était bien mort le 30 avril 1648, mais ce fut Philibert-Emmanuel Beaumanoir de Lavardin (1617-1671) qui fut nommé pour le remplacer le 13 novembre 1648.

Pour sa part, François Servien (mort le 2 février 1659), abbé de Saint-Maure et de Saint-Jouin de Marnes, frère aîné d’Abel (alors plénipotentiaire à Münster, v. note [19], lettre 93), devint brièvement évêque de Carcassonne en 1653, avant d’être muté à Bayeux en 1654 (Gallia Christiana).

46.

« même sous la pression de son père, Monsieur Gaston [d’Orléans]. »

Mme de Motteville (Mémoires, pages 154‑155) a raconté la brouille qui se fit à la cour en avril 1648 au sujet de César-Louis de Saujon, capitaine des gardes de Monsieur, « gentilhomme qui était à Mademoiselle [Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, fille aînée de Monsieur] » :

« Le fond de cette affaire était que Saujon, peut-être du consentement de Mademoiselle, l’avait voulu marier à l’archiduc. {a} Son crime était d’avoir eu intelligence avec un bourgeois de Furnes, et ce bourgeois en avait eu avec une personne de qualité qui était à la cour de ce prince. Cette personne, au lieu de travailler à faire réussir cette affaire, soit que ce fût du consentement de son maître, soit comme espion payé de la France, pour le trahir, avertit le cardinal {b} de la négociation ; et le ministre n’étant pas content de Mademoiselle, l’avait noircie à la reine {c} et lui avait parlé de cette intelligence comme étant quasi criminelle et digne de sa colère. La reine en effet trouva que Mademoiselle était coupable et en parla à Monsieur {d} avec tant de ressentiment que Monsieur, malgré sa qualité de père, ne l’osa jamais excuser. Cette jeune princesse, qui avait senti cet orage, avait cru qu’il fallait cacher son inquiétude et paraître ne rien craindre ; de sorte que le jour précédent (le dernier d’avril), entrant dans le Luxembourg {e} et dans la chambre de Madame, sa belle-mère, elle dit tout haut en riant qu’on disait que Saujon était prisonnier pour elle et pour l’avoir voulu marier avec l’archiduc ; qu’elle trouvait cela plaisant, mais qu’au moins elle n’en savait rien et qu’ainsi, elle n’y prenait nulle part que celle de la compassion. Cependant, la voilà appelée au Conseil et fort troublée de l’avis que lui donna l’abbé de La Rivière. Elle trouva la reine irritée, qui l’accusa d’avoir des intelligences avec les ennemis de l’État, d’avoir voulu se marier sans sa permission ni celle de son père, d’avoir manqué de respect à elle et à lui ; et après l’avoir rigoureusement traitée, elle l’abandonna au duc d’Orléans qui confirma le ressentiment de la reine par le sien et n’oublia rien à dire de tout ce qui pouvait servir de châtiment à cette faute. »


  1. Léopold.

  2. Mazarin.

  3. Anne d’Autriche.

  4. Gaston.

  5. Le palais du Luxembourg.

47.

« très Saint-Père » (en italien), Innocent x ; v. notes [32], lettre 104, pour l’arrivée du comte d’Avaux à Münster, et [3], lettre 112, pour le cardinal Bernardino Spada.

48.

« Plusieurs cependant pensent que tout cela n’est que fable ».

49.

« On fait souvent accroire à des gens qu’ils ont mangé le lard quand on les accuse de quelque faute dont ils sont innocents » (Furetière).

50.

Tallemant des Réaux s’est fait l’écho du même bruit (Historiettes, tome ii, pages 198‑199) :

« Il {a} était surintendant des finances. M. d’Émery ne voulait point un tel collègue, et d’ailleurs on avait quelque soupçon qu’il {b} ne pensât au chapeau car il faisait furieusement le catholique : il avait dit que la religion catholique était ruinée en Allemagne si on faisait ce que les protestants demandaient. Il dit, plaignant le duc de Bavière, que c’était le prince le plus catholique de l’Europe. Il porta les intérêts des ennemis de la landgrave de Hesse, et allant en Hollande pour entreprendre la paix avec l’Espagne, il demanda la liberté de conscience. On a cru qu’il faisait cela pour porter les catholiques d’Allemagne à demander pour lui un chapeau de cardinal. L’année d’après, {c} il eut ordre de la cour de revenir à Paris dans sa maison, de ne point se mêler de sa charge de surintendant des finances et de ne voir ni le roi ni la reine. ».


  1. Claude de Mesme, comte d’Avaux.

  2. D’Avaux.

  3. 1648.

Le motif profond du rappel de d’Avaux fut l’impossibilité où il était de s’entendre avec Servien ; Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, pages 486‑487, mercredi 6 mai) :

« M. de Mesmes, opinant, {a} dit un mot qui fut très remarqué. Soutenant que l’intérêt des maîtres des requêtes était plus considérable au Parlement, étant du Corps, que celui des autres compagnies, il dit “ Je considère plus mon frère que mon ami, mon domestique que mon voisin ”, à cause de M. d’Avaux, lequel était très maltraité, étant sorti par ordre du roi de Münster et demeuré à trois lieues de là, attendant ses passeports. Les uns disaient qu’il allait à Montirandé, {b} les autres qu’il venait à Paris ; que M. le cardinal avait dit qu’il n’avait que deux ennemis : M. de Beaufort pour avoir attenté à sa vie, et M. d’Avaux pour avoir attenté à son honneur. L’on racontait que le sujet de cette disgrâce venait de ce qu’il avait dit que les Français voulaient la paix, les Espagnols, les Allemands et les Suédois aussi, mais que les Italiens ne la voulaient pas. »


  1. Le président Henri ii de Mesmes (v. note [12], lettre 49), frère aîné de Claude, s’exprimant à la Grand’Chambre.

  2. Abbaye du diocèse de Châlons-en-Champagne.

51.

« j’ai peur de tout » est à comprendre comme voulant dire « je crains le pire ».

52.

« Dieu fasse que je sois mauvais devin » : utinam patriæ sim vanus aruspex [Dieu fasse que je sois mauvais devin pour Rome] (Properce, Élégies, livre iii, xiii, vers 59).

Properce (Sextus Propertius), poète latin du ier s. av. J.‑C., est auteur de 4 livres d’Élégies.

Caspar Hofmann allait mourir 6 mois plus tard (3 novembre 1648).

53.

Jacques Talon venait de mourir. Avocat général au Parlement en 1621, nommé conseiller d’État et finances en 1631, il avait démissionné de sa charge d’avocat général en faveur de son frère cadet Omer ii (Popoff, no 2609).

a.

Ms BnF no 9357, fos 34‑35, fort dégradés ; Reveillé-Parise, no cxcvi (tome i, pages 389‑396) ; Triaire no clviii (pages 588‑600), avec transcription d’une note de Charles Spon au revers, « Paris, 8 mai 1648 ; Lyon, le 15 dudit ; Risposta, adi 19 », qui ne se voit plus dans le manuscrit.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 8 mai 1648.
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(Consulté le 08.12.2022)

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