L. 288.  >
À Charles Spon, les 5 et 7 juin 1652

Monsieur, [a][1]

Depuis ma dernière qui fut du mardi 28e de mai, contenant cinq grandes pages sine nomine[1] je vous dirai que l’on parle toujours de la paix sans la voir : les gens de bien l’espèrent et la souhaitent, mais les méchants ne la donnent point. Dieu nous l’enverra quand il plaira à sa sainte bonté. Ceux de Calais [2] et d’Ardres [3] ont ici envoyé leurs députés demander au roi [4] du secours pour conserver leurs villes contre les Espagnols qui s’épandent là alentour, les menaçant d’un siège, depuis qu’ils ont pris Gravelines. [2][5] Il y a en Hollande un livre nouveau d’un anonyme contre Milton [6] pour le roi d’Angleterre, [7] mais je n’en ai point encore vu de deçà. M. de Saumaise [8] a aussi pour le même effet une réponse toute prête, mais il attend quelque chose pour la faire imprimer. [3] J’apprends que l’on imprime en Hollande un beau livre et bien curieux, savoir l’histoire de feu M. Grotius, de bello Belgico[4][9] C’est un in‑fo dont le marchand nommé Vlacq, [10] que M. Ravaud [11] connaît bien, a acheté la copie manuscrite 200 pistoles. M. < Le > Bignon, [12] avocat général au Parlement, qui est le plus savant homme du monde, m’a plusieurs fois loué ce manuscrit qu’il a lu tout entier, que Mme Grotius [13] lui a prêté depuis la mort de son mari qui était son intime ami ; [5] il dit qu’il n’a point vu de livre qui approchât si près de Tacite. [14]

Ce jeudi 30e de mai 1652. Enfin, par la grâce de Dieu, j’ai reçu ce matin votre lettre du 24e de mai more mihi solito[6] c’est-à-dire en grande joie. Dieu soit loué de ce qu’êtes en bonne santé. Je ne sais quand viendra la paix, mais au moins, je vous assure que Paris en a besoin, particulièrement pour le nombre des pauvres qui sont ici et qui s’y rendent de toutes parts ; [15] mais hors de cela et la cherté des denrées, je pense que nous n’avons rien à craindre davantage. On dit dorénavant que le duc de Lorraine [16] ne viendra point ni n’enverra nulles troupes pour personne. Je vous remercie de l’honneur que vous me faites de m’offrir votre maison pour retraite. Je pense que nous ne bougerons d’ici et que nous ne serons obligés d’incommoder personne. Je n’ai point vu M. du Rietz [17] en passant par ici, peut-être que je le verrai quelque jour s’il vient à la cour. M. Naudé [18] n’a point grande envie d’aller en Suède. J’ai céans de quoi vous faire un paquet, lequel je vous enverrai dès qu’il y aura liberté des passages, qui est ce que nous souhaitons très ardemment tous les jours et qui ne sera guère éloigné de la paix. J’ai reçu votre lettre, mais non pas celle de M. Rigaud ; je souhaite néanmoins bien fort qu’il commence notre édition. [7][19] J’ai vu et eu entre mes mains le manuscrit de M. Lyonnet sur les Aphorismes d’Hippocrate, [20][21] mais il n’y avait point lieu de l’imprimer de deçà, nos libraires ne sont point assez hardis pour de telles besognes ; ne faites point semblant que je vous en aie rien dit. [8] Je suis bien aise que le Sennertus se réimprime, c’est signe qu’il a été de bon débit. Dans quel temps pensez-vous bien que cette édition pourra être achevée ? Je prendrai plus de plaisir de l’avoir en deux volumes qu’en trois. [9][22] Pour la circulation du sang, [23][24] j’ai toujours été du même avis que vous me proposez en votre lettre : puto quidem sanguinem moveri, tum in venis, tum in arteriis, sursum et deorsum, et circulariter ; sed modus ille quo movetur, an per septum Cordis, an per pulmones, an in vena cava tantum, an etiam in [porta], quia nondum liquet, amplius deliberandum censeo. Multa videntur in Natura fieri, quia vel postquam facta sunt ; quorum tamen verus modus ignoratur. J’en aurais un grand exemple in mysterio Eucharistiæ, et in famosa illa controversia de Transsubstantiatione, toties agitata et vexata a Monachis : verum me videor extra oleas vagari, hærebo in medicamentis nostris purgantibus, quorum effectus cum sit manifestus, eorum tamen agendi modo nihil est incertius aut obscurius in tota Medicina[10][25][26]

Ce samedi, 1erjour de juin. Je viens d’apprendre de bonne part (c’est M. Miron [27] le maître des comptes, mon bon voisin et ami, à qui M. de Beaufort [28] l’a fait savoir par un billet qu’il lui a envoyé exprès) qu’en une quatrième sortie que ceux d’Étampes [29] ont faite sur les mazarins assiégeants, ils ont enlevé un quartier tout entier de l’armée du maréchal de Turenne, [30] et que le roi même, qui n’était pas loin de là avec le Mazarin, [31] s’en est retourné bien vite à Corbeil [32] y retrouver la reine [33] qui les attendait ; où l’on ne croit pas qu’ils demeurent guère plus longtemps à cause des troupes du duc de Lorraine qui approchent fort. On croit qu’ils s’en iront à Melun [34] et delà, encore plus loin. On parle de faire ici devers Charenton [35] un pont de bateaux afin d’y faire passer la Seine à ces troupes qui viennent de Lorraine contre le Mazarin. [11]

Ce lundi 3e de juin. Hier à huit heures du soir, le duc de Lorraine arriva à Paris. M. le duc d’Orléans, [36] le prince de Condé, [37] le duc de Beaufort et autres seigneurs, accompagnés de 1 200 cavaliers fort lestes et fort braves, lui furent au-devant à deux grandes lieues d’ici, et passèrent ensemble dans la rue Saint-Denis [38] sur les neuf heures du soir. [12] Ce duc de Lorraine amène 10 000 hommes aux princes contre le Mazarin. Reste à voir dorénavant ce que fera la reine avec ce rouge marmouset, [39] avec ce malencontreux et traîne-malheur de favori : savoir s’ils ne bougeront point de Corbeil où infailliblement on les assiégera, ou s’ils iront plus loin ; et en ce cas-là, c’est fuir. Le roi pensait hier aller coucher à Melun, mais il n’a bougé de Corbeil sur ce que ceux de Melun lui ont mandé qu’ils ne pouvaient pas y recevoir le Mazarin qui, n’y allant qu’avec des troupes, infailliblement causera la ruine de leur ville et de leur pays ; lequel néanmoins n’y peut aller autrement, de peur d’y être assommé par les bateliers. Les princes ont envoyé faire défense à ceux de Sens [40] qu’ils aient à ne point recevoir le Mazarin ; que s’ils font autrement, ils peuvent s’assurer qu’aussitôt ils auront 10 000 hommes alentour de leur ville. Je ne doute point qu’ils ne donnent pareil ordre à d’autres villes, et même les plus fins ne savent point de quel côté tournera la reine.

J’ai écrit à MM. Garnier [41] et Falconet [42] depuis cinq jours, et voilà que je viens de recevoir une lettre dudit M. Falconet, mais il y a 14 jours qu’elle est écrite. Je vous supplie de lui faire mes très humbles recommandations et de lui faire part des nouvelles que je vous mande en la présente, d’autant qu’il ne me reste aucun temps pour lui pouvoir écrire. Nous savons bien ici la prise du Pont-Saint-Esprit. [13][43] Tout le fait des grands n’est plus aujourd’hui que trahison et n’a peut-être jamais été autrement, vu que les cours des princes ont toujours été très corrompues. On nous apprend ici que l’archevêché de Toulouse [44] a été conféré, et prece et pretio[14] à M. de Marca, [45][46] évêque de Conserans, [15][47][48] moyennant 50 000 écus qu’il a donnés au Mazarin. Voilà une grande fortune pour cet homme ambitieux : il était de bas lieu ; après avoir étudié, il devint ministre apud reformatos[16] du parti desquels il était ; s’étant changé, il devint jésuite, puis se maria, devint conseiller au parlement de Pau, par après président ; [49][50] puis est venu à Paris par la faveur de M. le chancelier Séguier ; [51] il fut fait conseiller d’État des ordinaires, ensuite intendant de justice en Catalogne, [52] puis évêque de Conserans, après avoir longtemps attendu ses bulles, [53] qu’il ne pouvait avoir de Rome pour la querelle qu’il avait eue avec les jésuites depuis qu’il les avait quittés, et qu’enfin il n’a pu avoir qu’en se raccommodant avec eux ; et enfin, le voilà archevêque de Toulouse. Quand il aura payé ses dettes, si un bonnet rouge se présentait à vendre, c’est chose certaine qu’il l’achèterait aussi. Et voilà des fortunes qu’on fait en notre Église romaine, Romanos, rerum dominos gentemque togatam[17][54] Vous autres, Messieurs les réformés, vous n’avez point ce crédit parmi vous, non plus que de purgatoire, [55] qui est un feu qui ne s’éteint jamais et un fonds pour les moines qui ne se tarit jamais. Je ne saurais mieux comparer M. de Marca qu’à défunt M. Le Jay qui, de très peu de chose, était devenu premier président du Parlement de Paris ; [56] ou à celui qui est aujourd’hui premier médecin du roi, après avoir autrefois été valet de Béguin le chimiste, lui avoir fait bouillir son pot et soufflé ses charbons, qui n’a ni femme, ni enfants et qui est le plus avaricieux homme qui soit sur terre. [18][57][58]

Ce 4e de juin. Les mazarins disent ici une nouvelle avec joie, qui ne se trouvera peut-être pas vraie, savoir que ceux d’Étampes sont tellement pressés qu’il faut qu’ils se rendent bientôt, et que les troupes du duc de Lorraine n’auront pas assez tôt passé les deux rivières pour y arriver et leur apporter du secours. [19]

Le Mazarin pourtant, se sentant pressé, a envoyé en Angleterre demander du secours à Cromwell, [59] lui offrant toutes les reconnaissances qu’il peut recevoir de la France ; mais ce bourreau anglais se trouve doublement embarrassé : 1. à cause qu’en Angleterre même on lui veut ôter une partie de son crédit, 2. d’autant que les Hollandais sont en guerre avec les Anglais. [20][60]

Le roi est à Melun où il est allé de Corbeil par bateau, n’y ayant point de chevaux à la cour en tant qu’on les a tous menés vers Étampes pour y traîner du canon, tant la reine a de passion que cette ville soit prise. Ils sont sortis de Corbeil pour les ordures, la puanteur et autres incommodités qui y étaient ; avant qu’ils aient passé 15 jours à Melun, ils y éprouveront pareille souffrance.

On a fait à la reine de grandes remontrances sur les désordres publics qu’elle causait par son obstination de retenir le Mazarin. Elle a répondu que la faute ne vient point d’elle, mais des princes et des peuples qui ne veulent point obéir ; que, quelque malheur que cause la guerre, brûlements, volements, du sang épandu et de celui qui s’épandra, que c’est la désobéissance des sujets et le mépris de l’autorité royale ; que si les princes, les parlements et les peuples étaient contre elle, qu’en récompense elle avait les évêques, qui l’avaient assurée qu’il n’y avait en tout son fait pas un seul péché véniel. Il est vrai qu’il y a plusieurs évêques en la cour qui, in perturbato rerum nostrarum statu[21] cherchent à faire rougir leur bonnet comme les pêcheurs cherchent à emplir leur [filet en eau] trouble ; et entre autres, il y a un petit fripon de cordelier[61] nommé P. Fau[re], [62] qui attrapa un évêché il y a deux ans, histrionicis concionibus [suis], aussi bien que cet autre dont a parlé Scaliger [63] en ses Épîtres[22] Ce bélître [de moine] encorné et mitré fait le poupin près de la reine, et est le plus brave de la cour. Il y a change d’habits tous les huit jours, et fait les doux yeux à la reine et aux dames de la cour. On l’y appelle le moine poupin, il y dit publiquement que la reine ne doit point se relâcher et que c’est aux sujets à obéir […]. [23]

Le duc de Lorraine fait ici sa cour et force visites : il a été voir M. de Chevreuse, [64] M. de Châteauneuf, [65] M. le cardinal de Retz [66] et autres. [À l’]heure que je vous écris, ses troupes passent la Marne à Lagny, [67] et demain passeront la Seine pour delà s’en aller à Étampes où nos gens sont pressés ; mais on dit que le secours n’y peut être que samedi prochain. [24] Ceux qui sont dedans s’y défendent fort bien ; ils manquaient de poudre, mais ils en ont reçu par un endroit qui n’est point assiégé. L’armée des mazarins a diminué de près de 2 000 hommes depuis le commencement du siège. Les députés du Parlement n’ont point encore eu l’audience qu’on leur a tant de fois promise ; ils sont pourtant à Melun, mais on les remet de jour à autre en attendant quelque chose de nouveau du siège d’Étampes pour prendre leurs conclusions selon l’événement et in arena[25]

Je traite un conseiller de la Cour qui est fort antimazarin. Il est en état de convalescence, il m’a dit aujourd’hui que M. de Bouillon-Sedan, [68] frère du maréchal de Turenne, et le premier président, aujourd’hui garde des sceaux[69] sont cause de tous nos malheurs ; que ce sont eux qui portent, avec le vieux Senneterre, [70] père du maréchal de La Ferté, [71] la reine à toutes les extrémités qui se font aujourd’hui ; et que si elle peut, elle lairra plutôt tout perdre que de renvoyer son cher marmouset à tête rouge. Nos gens sont pressés dans Étampes, c’est pourquoi le duc de Lorraine s’en va partir d’ici demain matin, qui sera le 5e de juin, pour se mettre à la tête de ses troupes et les faire avancer au secours de cette ville. Le coadjuteur est fort contre le Mazarin et un des chefs du Conseil du duc d’Orléans, [26] < ce > dont le prince de Condé a bien du dépit ; même, il en ferait bande à part s’il pouvait, mais il est trop engagé dans le parti. Quelques-uns néanmoins croient qu’il a quelque secrète intelligence avec le Mazarin ; ce qui est véritablement très difficile, mais je ne le tiens pas impossible quand je considère l’improbité de tous ces princes, le meilleur desquels ne vaut guère d’argent ; mais qu’il soit vrai ou non, il faut se résoudre à tout ce qui arrivera car le secret de l’affaire et du cabinet est arcanum Principis, quod frustra rimabere[27] On dit aussi que l’Archiduc Léopold est devers Soissons [72][73] avec 4 000 chevaux, qui s’en va encore entrer en France afin d’augmenter nos malheurs. [28] Et à tout cela, quel remède ? il n’y en a qu’un, savoir de chasser le favori sicilien, mais la reine n’en veut rien faire, elle dit qu’elle en a besoin, in proprios usus et propria commoda ; [29] et d’ailleurs, je ne sais si nous serons assez forts pour la contraindre et l’y obliger. En attendant tout cela, on fait ici force prières, force processions publiques pour les deux jours du Saint-Sacrement ; [74][75] et de plus, on s’en va descendre la châsse de sainte Geneviève, patronne de Paris, pour être portée en procession publique, à laquelle assisteront toutes les paroisses et toutes les grandes compagnies ; [30][76] si bien que nous voilà en pleine papimanie, aussi bien que tous les malheurs imaginables nous tiennent et nous menacent, tels que sont la guerre, la famine (il y a ici un nombre de pauvres effroyable), et peut-être la peste [77] l’automne prochain. On achève ici l’édition d’un Journal contenant tout ce qui s’est fait et passé depuis un an aux assemblées du Parlement, [31] mais le plus fin n‘y est pas, on n’y met que ce que l’on veut bien que tout le monde sache. On imprime à Venise le livre De la fréquente Communion de M. Arnauld, docteur de Sorbonne : [32][78][79] voilà pour faire rire du bout des dents les carabins du père Ignace le boiteux. [33][80] M. le comte d’Aubijoux, [81] lieutenant de roi en Languedoc, a arrêté prisonnier M. Foullé, [82] maître des requêtes, intendant de justice dans cette province, et a envoyé à M. le duc d’Orléans lui demander ce qu’il voulait qu’il en fît ; on lui a fait pour réponse qu’il remît son prisonnier entre les mains du parlement de Toulouse. [34][83]

M. le président de Nesmond, [84] qui est le chef de la députation du Parlement et qui est pour le présent à Melun, a mandé à M. le président de Bailleul, [85] qui est ici l’ancien président, [35] qu’il attendait audience et réponse du roi de jour à autre, mais quelque mine qu’on leur fît, qu’il en espérait bonne issue. Ceux d’Étampes se défendent toujours très vaillamment.

Ce 5e de juin. Au reste, M. Ravaud m’a fait l’honneur de m’écrire et de me mander leur dessein sur la nouvelle impression du Sennertus[36] dont il m’a envoyé une feuille ; je trouve leur dessein fort beau et raisonnable. Voilà que je leur fais réponse, que je vous prie de leur faire tenir. Ils me prient de trouver bon qu’ils continuent de me dédier encore cette nouvelle édition. C’est un grand honneur qu’ils me veulent faire, dont je leur suis très obligé, et à vous aussi. C’est une grâce que je ne refuserai point et quand ils en seront plus près de la fin de l’édition, nous accorderons de quelque chose de l’épître, et surtout de changer quelque chose au titre. Je suis […], Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

Ce soir, mercredi 5e de juin, nos députés sont arrivés de Melun sans aucun fruit de leur commission. On ne leur a donné que du galimatias pour réponse : c’est qu’ils ne savent que dire à la cour ; si Étampes eût été pris, la reine et le garde des sceaux auraient bien parlé plus haut. Les officiers du roi et de la reine parlent […] bien fort et bien hautement contre le Mazarin, mais il ne se trouve personne qui […]. Ceux de Dijon [86] […] Mazarin, en suite de celui de Rouen, [87] afin que le roi n’aille point avec des troupes […].

Monsieur,

Depuis ma grande lettre écrite, datée du 5e de juin, je vous dirai que ceux d’Étampes continuent de se bien battre et de se bien défendre. Tous les mazarins qui sont devant y sont fort empêchés, on leur en tue rudement. Et de plus, ils y meurent de soif : ils buvaient de la rivière d’Étampes qui coule de la ville ; [37][88] ceux du dedans leur ont ôté l’usage de cette eau, l’ayant gâtée et corrompue par les corps morts des hommes et des chevaux qu’ils ont jetés dedans ; si bien que l’eau est plus chère et plus rare dans l’armée des assiégeants que le vin ; de sorte que, s’ils ne prennent la ville dans peu de jours, il faudra qu’ils lèvent le siège, faute d’eau pour abreuver leurs chevaux et pour boire eux-mêmes.

Ce 6e de juin. Les troupes du duc de Lorraine ont passé la Marne à Lagny ; elles passent la Seine aujourd’hui et demain sur le pont de bateaux qui est fait sur la rivière entre Charenton et Villeneuve-Saint-Georges, [89] au lieu nommé le Port-à-l’Anglais. [38][90] Ceux d’Étampes ont besoin d’être secourus et les mazarins ont besoin de prendre la ville ou de lever le siège ; si bien que dans trois ou quatre jours la crise  du mal viendra par là. [39][91] En attendant, les princes délibèrent et inter illas moras, metuendum ne Saguntus capiatur[40][92] La reine aussi demande que Messieurs du Parlement députent d’entre eux pour faire une conférence, mais ce n’est que pour tirer temps et gagner du délai tandis qu’elle fera venir d’autres troupes d’ailleurs ; et elle a raison de s’adresser à ces Messieurs du Palais puisqu’elle veut tirer de long car c’est bien leur métier d’en faire autant. Néanmoins, voilà un de mes amis qui vient de sortir de céans, qui me console fort : il dit que c’est chose certaine que les mazarins ne prendront point Étampes, que le siège n’y est qu’à demi, que ceux qui sont dedans sont trop vaillants et que le duc de Lorraine est parti d’ici ce matin pour y mener le secours qui leur fera lever le siège, ou il y aura autrement une grande bataille. Puisse bien y être assommé le dernier des mazarins.

Voici le temps de nos licences, [93] auxquelles unoquoque biennio[41] on fait des jetons pour donner à nos docteurs. La coutume était d’y mettre les armes du doyen d’un côté, et de l’autre, celles de la Faculté. [42][94][95] J’ai retenu les dernières, mais au lieu d’y mettre celles de mon grand-père [96] qui sont un gantelet avec deux étoiles, [43] j’y ai fait mettre les miennes, savoir ma tête, avec laquelle je me défends. [97] Le graveur n’y a pas fort bien rencontré pour la ressemblance, principalement à l’œil, mais il n’y a remède. [44] Je vous en envoie un échantillon que je vous prie de garder à cause de moi, [45][98] c’est un des six que l’on m’a aujourd’hui apportés, que l’on n’a encore faits que pour l’essai. J’en ferai tirer nombre par ci-après, mais le marché n’en est pas encore fait. Vous m’obligerez de ne le montrer à personne qu’à mademoiselle votre femme qui m’aime si fort, à ce que dit M. Du Prat, [99][100] que j’en suis tout glorieux. Quand vous verrez MM. Gras, Falconet et Garnier, je vous prie de leur faire mes très humbles recommandations. Je pourrai leur en envoyer quelque jour quand la paix sera faite.

Puisque vous avez le manuscrit de feu M. Hofmann, notre bon ami, permettez que je vous demande une faveur : n’y a-t-il pas moyen que dans l’édition que M. Rigaud s’en va faire, les noms des auteurs et des lieux cités d’iceux soient marqués et distingués d’italique, comme cela est observé dans le Sennertus de M. Ravaud ? [36] Il me semble que cela serait bien plus beau et plus commode pour le lecteur. Ne pourrait-on pas trouver quelqu’un qui pût commodément marquer cela à la copie ?

M. Foullé a été arrêté prisonnier en Languedoc comme intendant des finances qui avait été envoyé là pour faire arrêter les revenus du duc d’Orléans, qui tous lui ont autrefois été assignés sur cette province grande et riche, alors qu’on l’a pourvu du gouvernement. Ce M. Foullé est un grand brigand, ingénieux et méchant homme. [34]

Ce 7e de juin à midi. Enfin, les troupes du duc de Lorraine ont passé la Seine sur un pont de bateaux, les voilà en bon chemin. Cette armée est de 9 000 combattants ; le prince de Condé mène l’avant-garde, le duc de Lorraine, la bataille. [46] Ceux d’Étampes sont si résolus, et si bien remparés [47] et barricadés qu’ils ne craignent rien, ni Turenne, ni Mazarin. Il leur est venu depuis quatre jours 160 bœufs du côté d’Orléans, [101] de la poudre et du vin. On ne dit plus dorénavant qu’ils se rendent ni qu’ils soient en état d’être pris. Tous les braves de Paris sont allés voir passer cette armée avec M. le duc d’Orléans, Mademoiselle sa fille [102] et autres.

Le Parlement a aujourd’hui ordonné que demain, samedi 8e de juin, [48] les députés qui sont de retour seraient ouïs en leurs réponses, les princes invités d’y venir. Entre autres conditions, la reine qui les a reçus à ce coup fort doucement et amiablement, leur a dit qu’elle désirait une conférence, que les princes et les parlements y nommassent des députés qui eussent charge de traiter : voilà l’article sur lequel il y a le plus à délibérer, vu qu’après avoir tant de fois trompé à la cour, ils ne méritent point que l’on se fie à eux davantage si premièrement, le Mazarin n’est hors du royaume.

Je vous donne le bonsoir et vous prie de croire que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 7e de juin, à huit heures du soir, 1652.

L’armée du duc de Lorraine se campe entre Corbeil et Étampes pour empêcher les convois qui vont de Corbeil à l’armée des mazarins. Dès que les convois leur manqueront, il faut que l’armée se dissipe ou qu’ils lèvent le siège ; joint qu’ils ne prendront point Étampes et que leur armée est fort diminuée, tant de nécessité que du nombre des malades qui y sont. [49] Le roi n’est plus en assurance à Melun, on ne sait quel chemin il prendra. Le grand doute est sur la Bourgogne, mais M. d’Épernon [103] n’est point le plus fort à Dijon.


1.

« sans signature ».

2.

Gravelines (v. notes [41], lettre 285, et [27], lettre 286) s’était rendue le 18 mai aux Espagnols qui se portèrent ensuite vers Dunkerque, laissant leur cavalerie faire des courses aux alentours pour ravager Boulogne, Ardres et Calais.

3.

Une réponse de John Milton (v. note [19], lettre 264) avait suivi l’apologie de Claude Saumaise pour le roi Charles ier d’Angleterre, exécuté le 9 février 1649. La réplique royaliste anonyme qu’on imprimait alors était la Pro rege et populo Anglicano Apologia contra Ioannis Polypragmatici (alias Miltoni Angli) defensionem destructivam regis et populi Anglicani [Apologie pour le roi et le peuple anglais, contre la défense destructive du roi et du peuple anglais par Jean le Polypragmatique (Tracassier) (alias l’Anglais Milton)] (Anvers, Verdussen [Amsterdam, L. Elsevier], 1652).

De son côté, Claude i Saumaise préparait sa Dissertatio de parricido apud Anglos in persona regis Caroli i, sacrilegorum hominum nefaria conspiratione admisso, præmissa Defensioni regiæ [Dissertation sur le parricide commis en Angleterre sur la personne du roi Charles ier, permis par la conspiration criminelle d’hommes sacrilèges ; placée devant la Défense royale], suivie par une Eiusdem de eodem facto Dissertatio. Excerpta ex Defensione regia [Dissertation du même auteur sur le même fait. Extraite de la Défense royale] ; elles allaient toutes deux paraître dans un recueil intitulé Metamorphosis Anglorum sive Mutationes variæ regum, regni rerumque Angliæ. Opus historicum et politicum, ex variis fide dignissimis monumentis ac auctoribus contextum, ad hæc usque tempora deductum, memoriæque posteritatis æternæ consecratum [Métamorphose des Anglais ou Transformations diverses des rois, du royaume et des affaires d’Angleterre. Ouvrage historique et politique, composé à partir de souvenirs et d’auteurs tout à fait dignes de foi, mené jusqu’au temps présent, et consacré à l’éternelle mémoire de la postérité] (sans lieu ni nom, 1653, in‑12o ; pages 305‑319 et 320‑340).

Une réponse posthume de Saumaise à Milton parut en 1660 : v. note [1], lettre 642.

4.

V. note [4], lettre 276, pour les Annales et historiæ de rebus Belgicis… [Annales et histoires des affaires belges…] d’Hugo Grotius (Amsterdam, 1657 et 1658).

5.

Hugo Grotius avait épousé en 1608 Maria van Reigersbergen (1589-1653). Elle lui donna huit enfants et l’assista héroïquement dans les périodes les plus difficiles de son existence (v. note [2], lettre 53).

6.

« comme j’en ai coutume ».

7.

Guy Patin surveillait son projet, jusqu’alors malheureux, de faire imprimer par le libraire Pierre Rigaud de Lyon les Chrestomathies de Caspar Hofmann avec trois traités inédits (v. note [1], lettre 274).

8.

Il semble que l’avis défavorable de Guy Patin ait été écouté : ce manuscrit de Robert Lyonnet (auteur en 1647 d’une Brève dissertation sur les maladies héréditaires, v. note [1], lettre 141) est resté inédit. Le ms BIU Santé 2190 conserve plusieurs lettres de Lyonnet à Charles Spon à son sujet.

  • La première (pages 386‑387) est datée du Puy le 27 avril 1652 :

    « Monsieur, Après beaucoup de peines et longues veilles, j’ai enfin baillé la conclusion à mon entreprise sur les Aphorismes ; bien ou mal, ce sera à vous, Monsieur, et autres personnes d’esprit de savoir d’en juger. Vous en avez déjà vu la plus grande partie et pouviez y bailler votre censure, et en mon traité des maladies héréditaires, vous pouviez remarquer le sentiment de la Faculté de Paris inséré au commencement de la pièce. Je crois que la suite ne sera de pire aloi. Je vous l’enverrai soudain {a} que je l’aurai mise au net. Attendant, je vous prie Monsieur savoir si aucun de vos libraires en voudra entreprendre la publication, que j’ose croire ne lui sera infructueuse, étant traitée avec beaucoup de curiosité. J’attendrai par la voie de notre ordinaire leur volonté, de laquelle je vous prie me donner avis et me croire toujours, etc. »


    1. Dès.

  • Suit une autre du même au même, le 26 mai 1652 (pages 388‑389) :

    « Je vous envoie mes écrits sur les Aphorismes. Suivant le mandement porté par la lettre de laquelle vous a plu m’honorer, je vous prie Monsieur, après les avoir fait voir à ceux que vous jugeriez à propos d’être communiqués, les retirer à vous, car je désire faire voir à M. Bouvard les trois derniers livres qui n’étaient encore sortis de mon cabinet, desquels si j’eusse eu temps, j’aurais tracé un indice {a} pour être joint à celui qui est inséré aux précédents. Je remets tout à fait la conduite de cette affaire à votre prudence, de laquelle et de votre honnêteté, j’attendrai la résolution et me conformerai à l’ordre qu’il vous plaira me prescrire, etc. »


    1. Index.

  • Enfin, Lyonnet n’a pas caché son dépit dans sa lettre à Spon du 16 septembre 1652 (pages 392‑396) :

    « Monsieur, votre très obligeante lettre me fut rendue environ une heure après que je vous eus écrit celle que je crois que vous aurez reçue avant que ce papier vienne à vous. Et par la peine qu’il vous a plu prendre pour moi, je reconnais que si mon humeur avait été portée plutôt à fortune qu’à recherche de la vérité et connaissance des effets de Nature en ce principalement qui concerne la médecine et voie plus assurée de soulager les maux, j’aurais pu profiter à dresser des romans et autres impertinences, ou faire courre {a} quelques bigoteries pour être distribuées aux esprits faibles. Ceux qui se flattent occupent le sort ou le temps, mais moi en cela je reconnais mon faible et crois avoir reçu (par respect humain) trop de complaisance de ceux à qui j’ai communiqué mes pensées où me suis porté à légère créance que la chose méritait, et principalement me fondant sur votre approbation et de M. Gras, et autorisation de l’Université de Paris. Je ne suis aucunement résolu de me mettre en frais pour la production après longue peine. Il y a longtemps que l’impression eût été faite à Paris si la chose eût été complète ; et de fait, on avait commencé d’une partie avec le traité des maladies héréditaires et tiré déjà un compte de ce cahier, mais une nouveauté, comme vous savez, en rompit le dessein ; on retira ce commencement qui fut réduit en autres caractères, quelques périodes retranchées. Si vos libraires veulent ne se contenter du profit qu’ils tireront de la débite, {b} si Dieu nous fait la grâce de voir l’État à calme, non seulement de Paris mais encore d’autres lieux, je suis assuré que plusieurs l’entreprendront ; mais par considération, j’eusse souhaité que ce fût à Lyon pour avoir plus de commodité de savoir de fréquentes nouvelles du progrès ou mêmement, d’y faire voyage et y donner quelques mois pour voir la disposition. Pour les avis qu’il vous plaît me donner, j’ose croire que quelque faute se peut par mégarde être écoulée au texte grec ; toutefois, je ne crois point qu’il y en ait beaucoup et qu’elles ne soient aisées à corriger. Pour la version [traduction], je ne me suis pas seulement attaché à Leonicenus {c} ni à l’addition peu importante que Rabelais y a faite, {d} mais ai consulté tous les doctes personnages mentionnés en votre lettre, etc. »


    1. Courir.

    2. Du débit.

    3. Niccolo Leoniceno (v. note [28], lettre latine 75), dont l’édition grecque et latine des Aphorismes a été publiée en 1526.

    4. Hippocratis ac Galeni libri aliquot, ex recognitione Francisci Rabelæsii, medici omnibus numeris absolutissimi… [Quelques livres d’Hippocrate et de Galien, sur l’examen de François Rabelais, médecin très parfait à tous égards…] (Gryphe, Lyon, 1532, in‑16o), contenant les traductions en latin des Aphorismes, du Pronostic, de la Nature de l’homme et du Régime dans les maladies aiguës d’Hippocrate, et du Petit art médical de Galien.

9.

V. note [33], lettre 285, pour les Opera de Daniel Sennert (édition de Lyon, 1656).

10.

« je crois certes que le sang se déplace, tantôt dans les veines, tantôt dans les artères, de bas en haut et de haut en bas, et de manière circulaire ; mais j’estime qu’il y a lieu de réfléchir plus amplement, parce que la manière dont il le fait n’est pas encore claire : si c’est au travers du septum du cœur, ou au travers des poumons, ou seulement dans la veine cave, ou même dans la veine porte [v. notule {b}, note [18] de Thomas Diafoirus et sa thèse]. On voit beaucoup de choses se faire dans la Nature parce que ou après qu’elles se sont faites ; cependant, nous en ignorons le véritable mécanisme. J’en aurais un grand exemple dans le mystère de l’eucharistie et dans cette fameuse controverse sur la transsubstantiation que les moines ont tant de fois agitée et remuée [v. note [5], lettre 952] ; mais en vérité, plutôt que m’égarer hors des sentiers battus, je m’en tiendrai solidement à nos médicaments purgatifs : bien que leur effet soit manifeste, rien dans toute la médecine n’est plus obscur et incertain que leur mode d’action. »

Ce passage semble éclairer la manière dont Guy Patin jugeait les progrès de la connaissance médicale : il n’était que pragmatique, les querelles théoriques visant à expliquer les phénomènes de la Nature lui importaient peu tant qu’elles ne se traduisaient pas par des progrès dans sa pratique. Il faisait donc mine de ne manifester aucune passion dans l’âpre dispute qui s’agitait encore autour de la circulation du sang. Ce point de vue est somme toute assez raisonnable, même si on peut après coup le trouver peu clairvoyant pour un éminent docteur de la Faculté, bientôt professeur du Collège royal. Il pourrait même inviter le lecteur moderne à une certaine indulgence ; mais Patin était-il tout à fait sincère ? Sa lamentable thèse de décembre 1670 contre la sublime découverte de William Harvey incite fort à n’en rien croire (vThomas Diafoirus et sa thèse).

Néanmoins, Patin n’a jamais exprimé une opinion plus raisonnable sur le sujet que dans sa lettre du 10 février 1666 à Philipp Jakob Sachs von Lewenhaimb.

11.

Le pont de Charenton, sur la Marne, avait été détruit en février 1649 (v. note [77], lettre 166).

12.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 88 vo, 4 juin 1652) :

« Ce duc {a} s’étant approché, le 2 de ce mois, à Claye, proche de Lagny, {b} S.A.R. {c} lui alla au-devant jusqu’au delà du Bourget, deux lieues d’ici, avec M. le Prince, M. de Beaufort et plus de 800 gentilshommes. L’abord de Leurs Altesses ne fut que caresses extraordinaires, après lesquelles S.A.R. ayant fait entrer M. de Lorraine dans son carrosse, le mena à Paris où il entra à 10 heures du soir comme en triomphe, parmi des continuelles acclamations du peuple, dont la foule était extraordinaire, quoiqu’il fût si tard. L’on mit des chandelles allumées aux fenêtres dans toutes les rues où il passa jusqu’au palais d’Orléans, où il témoigna sa joie et y fut reçu dans l’appartement du maréchal d’Étampes qui a pris celui qu’avait autrefois l’abbé de La Rivière. Madame et Mademoiselle l’y accueillirent fort bien, et l’on remarqua sa galanterie en ce que Mademoiselle s’en retournant chez elle une heure après, il ne se contenta pas de la mener dans son carrosse, mais la voulut même suivre à pied devant la portière jusqu’au milieu de la rue Tournon, sans qu’elle le pût empêcher ni se défendre de ses civilités. Il était vêtu en simple cavalier avec un collet de buffle tout simple. {d} On lui fit pendant la nuit un habit de tabis noir fort modeste, {e} qu’il portait hier. Il fut visiter hier la reine d’Angleterre et Mademoiselle, avec laquelle il alla au Cours. {f} Il visita aussi Mme de Chevreuse ; et le soir, Mme de Montbazon étant venue au palais d’Orléans, il ne se contenta pas de la conduire dans son carrosse lorsqu’elle s’en retourna, mais il y entra avec elle sans aucune suite et la ramena dans sa maison. Il doit visiter aujourd’hui Mme de Guise. Son armée passe aujourd’hui la Marne sur le pont de Lagny, et demain la Seine sur le pont de bateaux qu’on fit au Port-L’Anglais. »


  1. Le duc de Lorraine, Charles iv.

  2. Lagny-sur-Marne.

  3. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  4. Un collet de buffle « est une peau de buffle préparée qui fait une espèce de justaucorps sans manches. C’est un vêtement pour les cavaliers qui leur sert d’ornement et de défense [cuirasse] » (Furetière).

  5. Le tabis est une « étoffe de soie unie et ondée, passée à la calandre sous un cylindre qui imprime sur l’étoffe les inégalités onduleuses gravées sur le cylindre même » (Littré DLF).

  6. Au Cours la Reine, promenade qui allait des Tuileries à une demi-lune (qui est aujourd’hui la place de la Reine-Astrid, au début de l’avenue Montaigne).

13.

Le Pont-Saint-Esprit (Gard) est situé sur la rive droite du Rhône et relié à la rive gauche par un pont de pierre de 22 arches construit au xiiie s. Une citadelle, construite sous Henri iv et Louis xiii, défendait le pont du côté de la ville (G.D.U. xixe s.).

Journal de la Fronde (volume ii, fo 82 vo, mai 1652) :

« Il y a avis que le Pont-Saint-Esprit sur le Rhône fut surpris, la nuit du 15 au 16 de ce mois, par un nommé Champrond, qui en était lieutenant devant que S.A.R. {a} l’eut ; lequel par l’intelligence qu’il y avait avec un officier de la garnison, nommé La Brene, y fit entrer 300 hommes dans le château, avec lesquels il s’en rendit maître et en chassa ceux de Son Altesse Royale. »


  1. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

14.

« et par prière et par argent » ; Ovide (Les Fastes, vers 805-806) :

Instat amans hostis precibus pretioque minisque :
nec prece nec pretio nec movet ille minis
.

[L’amant ennemi l’accable de prières, d’argent et de menaces ; mais ne l’émeut ni par ses prières, ni par son argent, ni par ses menaces].

15.

Le Couserans ou Conserans est un ancien pays du Languedoc, compris entre le pays de Comminges au nord et à l’ouest, l’Espagne au sud et le comté de Foix à l’est ; sa principale ville était Saint-Lizier (Ariège). Pierre de Marca fut archevêque de Toulouse puis de Paris.

16.

« chez les réformés ».

17.

« Les Romains, maîtres des affaires et caste portant la toge. » (Virgile, v. note [11], lettre 113).

18.

V. note [11], lettre 17, pour Nicolas Le Jay, premier président du Parlement de Paris de 1630 à 1640.

Jean Béguin (Beguinus, 1550-1620), apothicaire, médecin et chimiste, natif de Lorraine, a fleuri sous le règne d’Henri iv ; il fut gratifié du titre honorifique d’aumônier du roi Louis xiii. Le désir de bien connaître les mines et leur exploitation lui fit parcourir l’Italie, l’Allemagne et la Hongrie. Un des premiers, il mit en ordre les préceptes épars de la chimie. On lui doit de l’avoir sortie des pratiques hermétiques, chères aux alchimistes, en lui donnant la dimension d’une véritable science. Il a, entre autres, donné la première description d’une méthode exacte et bonne pour préparer le mercure doux. Son manuel de chime est considéré comme le précurseur des traités raisonnés de chimie : Tyrocinium chymicum, e naturæ fonte et manuali experientia depromptum [Apprentissage de la chimie, tiré des sources de la nature et de l’expérience manuelle (manipulations)], a connu de très nombreuses éditions entre 1608 à 1669 (O. in Panckoucke). Il a été traduit en français sous le titre des Éléments de chimie de Maître Jean Béguin (dont quatre éditions sont disponibles sur Medic@.

Le premier médecin du roi était alors François Vautier ; on apprend ici qu’il aurait été valet de Béguin.

Bayle a fulminé contre tout ce qu’avançait ici Guy Patin sur le nouvel archevêque de Toulouse :

« La famille de Marca doit son origine à Garsias de Marca, qui commandait la cavalerie de Gaston, prince de Béarn, au siège de Saragosse, l’an 1118. Ses descendants s’attachèrent à la profession des armes, mais on trouve, environ l’an 1440, un Pierre de Marca, bon jurisconsulte qui, après avoir été le procureur général du prince son maître dans tous ses États, fut fait président de ses conseils. J’ai lu dans un livre qui fut imprimé du temps de la Ligue, qu’un de Marca, second président au parlement de Pau, ne put jamais être reçu ou remis en son état […] qu’il n’eût fait la protestation ordinaire contre la messe, et ce avec la profession de la foi calvinienne ordonnée par la feu reine de Navarre, mère d’Henri le Grand. {a} Ceci réfute Guy Patin, qui assure que notre M. de Marca était de bas lieu. Rapportons ce passage : il contient bien des mensonges ; car, pour ne rien dire du reste, il est faux que ce prélat ait jamais été ni ministre, ni jésuite. Nous aurons ici un exemple des faux bruits qui courent contre les grands ; on ne saurait trop ramasser de ces exemples, afin d’accoutumer un peu le monde à l’esprit d’incrédulité à cet égard. »


  1. Henri iv.

Il est curieux de voir Patin s’attaquer avec autant de virulence à un zélote du gallicanisme antiromain. Il demeure vrai que devenu veuf, Pierre de Marca quitta la magistrature pour devenir évêque de Conserans en 1642.

Avec quelques altérations, ce passage, depuis « On nous apprend ici… » jusqu’à la fin du paragraphe, forme le début d’une lettre, datée du 28 juin 1652, adressée à Charles Spon dans Bulderen (lxix, tome i, 197‑199), mais à André Falconet dans Reveillé-Parise (ccccvi, tome iii, 3‑5).

19.

Arrivant de Champagne, les troupes du duc de Lorraine devaient traverser la Marne puis la Seine (v. plus loin dans la lettre) avant de parvenir à Étampes.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 90 ro, Paris, 7 juin 1652) :

« Quant à l’état du siège d’Étampes, le maréchal de Turenne voyant {a} qu’il ne pouvait rien gagner à l’attaque du côté de cette demi-lune, se retira à 200 pas, dans l’état que les assiégés {b} étaient sur le point de faire une sortie de 800 cavaliers à pied avec leurs pistolets à la ceinture et des faux à la main, et fit faire un pont sur la rivière ; {c} où ayant fait passer la meilleure partie de son armée avec presque toute son artillerie, il fit une autre attaque le 5, du côté du faubourg Saint-Martin, dans lequel il se logea ; et son canon ayant tiré toute la journée, fit une grande brèche dans laquelle pourraient entrer 30 personnes de front ; mais les assiégés firent en même temps un fossé devant cette brèche, et une palissade et une redoute, et envoyèrent hier dire à ce maréchal que s’il voulait donner l’assaut, ils feraient la brèche plus grande ; à quoi le sieur de Montelon, maréchal des logis des gendarmes de S.A.R. {d}, qui lui a apporté cette nouvelle ce matin, ajoute que les assiégés n’ont pas besoin de secours encore de 13 jours, pendant lequel temps ils auront assez d’avoine pour leurs chevaux, et qu’ils ont de vivres pour 3 semaines et sont à présent aussi forts en nombre d’hommes que ceux qui les assiègent. »


  1. Le 4 juin.

  2. Dans la la crainte que les frondeurs du parti des princes.

  3. La Juine, affluent de l’Essonne.

  4. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

20.

La première guerre anglo-hollandaise (v. note [34], lettre 282) avait débuté avec la bataille navale de Goodwin Sands, devant Douvres (29 mai 1652) : l’amiral hollandais Maarten Tromp ayant refusé de baisser pavillon devant l’escadre commandée par Robert Blake, le combat s’était engagé et les Anglais l’avaient emporté. Mazarin cherchait assidûment une entente avec le Commonwealth pour construire une alliance contre les Espagnols, et pour contrer un soutien des Anglais à la Fronde bordelaise et au parti des princes. Dès décembre 1651, il avait envoyé à Londres un gentilhomme protestant, M. de Gentillot, mais on lui avait refusé l’entrée en Angleterre, jugeant qu’il n’était pas muni d’une accréditation valable. Gentillot avait été mieux reçu le 24 mai, mais revint à Paris en juillet sans avoir rien obtenu de Cromwell.

21.

« en l’état tourmenté de nos affaires ».

V. note [57], lettre 176, pour le siège de Paris en 1649 que le P. François Faure, évêque de Glandèves depuis mars 1651 (v. note [7], lettre 259), n’avait pas même considéré comme un péché véniel de la pieuse reine à l’encontre des Français.

22.

Guy Patin empruntait sa locution latine à Joseph Scaliger qui l’a utilisée, dans la longue lettre de 1594 à Janus Douza où il a écrit l’histoire de sa famille et la vie de son père (Ép. lat., livre i, i, v. note [10], lettre 104), pour évoquer la mauvaise fortune d’un franciscain lors de la guerre qui opposa François ier, roi de France, au duc Charles ii de Savoie en 1536 :

Itaque ingenti præda potitus, impedimenta omnia, et magnum captivorum numerum abduxit, in quibus erat Anna Ducis Sabaudi concubina, mulier egregia forma, et Thomas ille Franciscanus, decantatissimus Agyrta, quatuor millibus coronatorum instructus, quæ ipse histrionicis concionibus suis et aliis vernilibus technis in Gallia per aliquot annos quæsiverat. Annam in arce Vici novi pudice a matronis nobilibus habitam Dux paulo post precio redemit. Thomæ non alia redemptione opus fuit, quam illis, quæ secum gestabat, quatuor millibus aureorum, quibus Galerum Cardinalitium redimere constituerat. Sed cum amissos nummos nulla spes recuperandi aut reparandi esset, moerore vitam paulo post finivit.

[Alors, riche d’un immense butin, le roi emporta tous les bagages des armées et un grand nombre de captifs, parmi lesquels étaient Anna, maîtresse du duc de Savoie, qui était une fort jolie femme, et ce franciscain Thomas, charlatan très célèbre, riche de quatre milliers de couronnes qu’il s’était acquises en France en quelques années par ses harangues de comédien et d’autres moyens serviles. Peu après, le duc racheta Anna que de nobles dames avaient vertueusement tenue dans la citadelle de Vicus Novus. {a} Pour le rachat de Thomas, il n’y eut besoin de rien d’autre que de ces quatre milliers de pièces d’or qu’il portait avec lui, avec lesquelles il avait prévu de se mettre un bonnet de cardinal sur la tête ; mais, sans aucun espoir de récupérer ou de refaire l’argent perdu, il mourut de chagrin peu après].


  1. Vinovo en Piémont.

23.

Un court mot devenu illisible termine la phrase.

24.

Le 8 juin. En écrivant nos gens, Guy Patin marquait le parti qu’il tenait alors en faveur des frondeurs condéens, ennemis acharnés du cardinal Mazarin (mais aussi de la Couronne de France).

25.

« et dans l’arène » (v. note [13], lettre 287).

26.

Encore mal habitué au titre de cardinal de Retz que Jean-François-Paul de Gondi avait acquis en février 1652, Guy Patin lui donnait encore ici celui de coadjuteur.

27.

« est le secret du Prince, qu’on chercherait en vain à connaître. »

28.

Journal de la Fronde (volume ii, fo 98 vo, juin 1652) :

« Les troupes du duc de Wurtemberg que l’archiduc envoie à M. le Prince, sous la conduite du baron de Lanan, étaient encore à Vervins {a} le 18. Celles qui lui viennent de Liège ne sont pas encore entrées. » {b}


  1. 70 kilomètres au nord-est de Soissons.

  2. En France.

29.

« pour ses propres usage et commodités. »

30.

Femme franque catholique, vouée à Dieu, sainte Geneviève (Nanterre 423-Paris 502 ou 512), a été consacrée patronne de Paris après en avoir détourné Attila puis Childéric ier lors des sièges de 451 et 465, puis avoir fait construire une première église sur le tombeau de saint Denis, premier évêque de la ville, et convaincu Clovis d’en faire bâtir une autre sur le mons Lucotitius, aujourd’hui montagne Sainte-Geneviève.

31.

Le Journal ou l’Histoire du temps présent, contenant toutes les déclarations du roi vérifiées en Parlement et tous les arrêts rendus… depuis le mois d’avril 1651 jusques en juin 1652 (Paris, 1652, in‑4o) ; Alliot et Langlois ont édité l’un des volumes sous le titre générique de Journal du Parlement (Paris, 1648-1652).

32.

Cette édition vénitienne n’a pas été identifiée.

33.

Ignace de Loyola était boiteux à la suite d’une blessure reçue en défendant, pour le compte de Charles Quint, la ville de Pampelune assiégée par les Français en 1521.

34.

François-Jacques d’Amboise, comte d’Aubijoux, baron de Castelnau, de Lévis et de Graulhet, avait été intime compagnon de Gaston d’Orléans. Après avoir dû s’exiler en Angleterre à l’issue de la conjuration de Cinq-Mars (1642), il avait été nommé maréchal de camp en 1646, puis lieutenant de roi en Languedoc, gouverneur de la citadelle de Montpellier en 1650. Avec sa mort, à Graulhet le 19 novembre 1656, allait s’éteindre la famille d’Amboise d’Aubijoux. Il fut l’un des protecteurs de Molière. V. notes [27], lettre 219, et [50], lettre 222, pour Étienne Foullé.

Charles d’Aigrefeuille, Histoire de la ville de Montpellier… (Montpellier, Jean Martel, 1737, page 424) :

« Il {a} préparait cependant lui-même un plus grand sujet de trouble à Montpellier et à la province en se déclarant, comme il fit, pour M. le Prince qui venait de prendre les armes. On dit que la considération de M. le duc d’Orléans, dont il était la créature, l’y engagea ; ce qui lui fit entretenir des correspondances secrètes avec le comte de Marchin, qui commandait en Catalogne et qui en débaucha les troupes en faveur de M. le Prince. Mais lorsqu’on eut appris que le cardinal Mazarin, revenu en France dans le mois de février 1652, avait repris sa place dans le Conseil, alors le vicomte d’Aubijoux ne garda plus de ménagements et travailla ouvertement à assurer au prince la ville et la citadelle de Montpellier. Il fit faire des dehors à la citadelle, accompagnés de quelques demi-lunes ; et pour être maître de la ville, il en fit sortir plusieurs gentilshommes qui lui étaient opposés, parmi lesquels on marque le marquis de la Roquette, frère aîné de Brissac […], et Destros, major de la ville, qui lui dit avec fermeté qu’il n’embrasserait jamais d’autre parti que celui du roi. L’impunité où l’on vivait alors lui fit porter les choses bien plus loin car le roi ayant chargé le sieur de Foullé de venir à Montpellier pour lui porter ses ordres et pour commander aux receveurs de se retirer à Frontignan, afin d’y tenir plus en sûreté les deniers royaux, M. d’Aubijoux, instruit de sa marche, le fit enlever en chemin et conduire à la citadelle ; d’où six jours après, il fut changé à Aigues-Mortes, qui s’était déclaré de son parti, de même que Sommières et que le château de Corcone. Cette aventure arriva sur la fin de juin. »


  1. Aubijoux.

V. note [70], lettre 336, pour le duel qui opposa Aubijoux à Brissac le 6 janvier 1654 à Paris.

35.

Nicolas de (ou Le) Bailleul (v. note [5], lettre 55), alors âgé de 66 ans, était le doyen des présidents au mortier du Parlement de Paris. Il allait mourir le 20 août 1652.

36.

Le pluriel, leur, s’adresse à Jean-Antoine ii Huguetan et Marc-Antoine Ravaud, les deux libraires lyonnais associés qui travaillaient alors à la réédition des Opera omnia de Daniel Sennert (v. supra note [9]).

37.

Étampes est au confluent de la Chalouette, venue de l’ouest, et de la Juine, venue du sud, dont le lit se prolonge au nord-est pour rejoindre l’Essonne.

38.

Le Port-à-l’Anglais est aujourd’hui un quartier de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), où on a bâti au début du xixe s. le pont suspendu de même nom qui enjambe la Seine pour aller à Alfortville. Le nom de ce lieu serait venu d’un certain Langlois qui y faisait traverser la Seine en bateau au xiiie s. La toponymie de cette banlieue ayant peu changé depuis le xviie s., on s’interroge sur la bonne connaissance qu’en avait Guy Patin, quand il faisait franchir la Seine au pont de bateaux du Port-à-l’Anglais établi entre Charenton (sur la rive droite de la Marne) et Villeneuve-Saint-Georges (sur la rive droite de la Seine et nettement plus au sud). Quoi qu’il en soit, on comprend que venant du nord-est, les troupes du duc de Lorraine avaient traversé la Marne à Lagny, puis avaient longé sa rive gauche vers Paris jusqu’à Alfortville pour franchir la Seine et se diriger vers Étampes, à quelque 50 kilomètres au sud de Paris, sur la route d’Orléans.

39.

Allégorie tirée de la maladie hippocratique qui se déroulait en trois temps : crudité, coction et crise (v. note [3], lettre 228).

40.

« et parmi tous ces atermoiements, il faut craindre que Sagonte ne soit prise » : Deliberat Roma, perit Saguntum [Rome délibère et Sagonte a été prise] est un proverbe latin.

Sagonte (Saguntum ou Saguntus, aujourd’hui Sagunto ou Sagunt) se situe à 25 kilomètres au nord de Valence en Espagne. Les armées d’Annibal l’avaient assiégée pendant huit mois en 219‑218 av. J.‑C. ; l’ayant finalement prise, ils la mirent entièrement à sac et ce fut l’origine de la deuxième guerre Punique. Le terrible siège de Sagonte a été la source d’un autre dicton antique, Saguntina fames [Une faim sagontine] (Érasme, Adage no 867) :

« L’histoire en a été rapportée par Tite Live, Valère Maxime et Cicéron, dans les Philippiques. Sagonte est une place forte espagnole située près de l’Èbre, qu’un pacte d’alliance attachait aux Romains. Comme les Cathaginois l’assiégeaient et l’affamaient depuis longtemps, les citoyens en furent réduits à élever un bûcher sur la place publique pour y jeter tout ce qu’ils avaient de précieux, puis s’y précipiter eux-mêmes avec leurs enfants, pour que rien ne tombe entre les mains de l’ennemi. »

41.

« une fois tous les deux ans ».

42.

Dans toutes les réunions de la Faculté de médecine, comme actes, messes ou funérailles, on distribuait des jetons aux docteurs régents présents (v. note [25] des Comptes de la Faculté rendus le 6 février 1653 pour leur utilité et leur fabrication). À partir de 1638, il avait été décidé de frapper ces jetons sur un type uniforme. Le plus souvent gravés sur bronze ou sur cuivre, ces jetons présentaient à l’avers les armes de la Faculté, soit trois cigognes portant dans leur bec le rameau d’origan et au chef le soleil dardant ses rayons, avec la devise urbi et orbi salus [le salut pour la ville et le monde], facul.medic.paris.16.., et au revers les armes du doyen, avec parfois sa devise.

Guy Patin fut le premier à y faire graver son portrait, imité en cela par nombre de ses successeurs (Ch. Florange, Les Jetons des doyens de l’ancienne Faculté de médecine de Paris, 1636-1793, Paris, Jules Florange, 1933). Certains sont en bronze, d’autres en argent :

Musée d’histoire de la médecine, Université Paris-Descartes

De tels jetons portent aussi le nom de méreaux, le méreau étant la « marque faite ordinairement de plomb qu’on distribue aux ecclésiastiques ou chanoines pour témoigner leur assistance à l’office, afin de compter au bout d’un certain temps les menues distributions qui leur sont dues » (Furetière).

Dans le chapitre xiv, Des Gettons, de son Introduction à l’Histoire par la connaissance des médailles… (1665, v. note [6], lettre 814), Charles Patin a expliqué le mot :

« Les disciplines et les arts furent cultivés plus que jamais sous le règne de François ier. C’est dans ce siècle-là qu’on a multiplié aussi les gettons qui joignent l’ornement de leur matière et de leur figure à la commodité qu’ils fournissent pour les supputations. {a} Ils tirent leurs noms de leur usage : nos anciens appelaient getter ce que nous disons aujourd’hui nombrer, supputer et calculer, ce qui se rapporte au mot latin. » {b}


  1. Pour les calculs.

  2. jactare.

Plus bas, Charles a reproduit le jeton décanal de son père, avec ce commentaire :

« La Faculté de médecine de l’Université de Paris a ce privilège, en vertu duquel elle fait fabriquer tous les deux ans des jetons qu’on distribue aux docteurs, comme une régale que leur font les récipiendaires. Ils sont d’ordinaire marqués des armoiries de la Faculté qui sont trois cigognes tenant à leur bec une branche de laurier <sic>, et au-dessus un soleil. L’autre côté représente les armoiries du doyen de la Compagnie, qui en est le chef durant les deux années de son décanat. Cependant il y a eu quelques particuliers dans cette Compagnie, comme dans les autres, qui ont mis leur portrait à la place des armoiries de leur famille ».

43.

V. note [11], lettre 106, pour le grand-père paternel de Guy Patin, lui aussi prénommé Guy.

44.

Rencontrer : réussir.

Sur son jeton décanal, Guy Patin est représenté de profil droit. Il a une abondante chevelure bouclée et une fine moustache. La ressemblance avec les autres portraits qu’on a de lui est médiocre, l’œil paraît trop grand et le front un peu bas. Sous l’auguste effigie du doyen, sa devise : Felix qui potuit [Heureux qui a pu (Virgile, v. note [6], lettre 438)].

45.

Ce passage, depuis « Voici le temps de nos licences… » est le fragment d’une lettre à considérer comme forgée, datée du 28 juin 1652, adressée à Charles Spon dans Bulderen (lxix, tome i, 197‑199), mais à André Falconet dans Reveillé-Parise (ccccvi, tome iii, 3‑5) (v. supra note [18]).

Il s’y trouve des variantes, dont la plus notable est la description des armes de Patin : « de gueules au chevron d’or, accompagné de deux étoiles d’argent en chef et d’une main de même en pointe » (v. note [4], lettre latine 234). Confondant orgueil avec vanité, et frondeur avec sans-culotte, Reveillé-Parise y a ajouté ce commentaire :

« Ô vanité des vanités ! qui se serait douté que Guy Patin, le fier, ce bourgeois de Paris, le rude ennemi de Mazarin, ce comédien à rouge bonnet, ce filou teint en écarlate, avait des armes dans sa famille, qu’il en ferait la description, et que probablement il tenait beaucoup à cette distinction héraldique ? Cependant, par excès de modestie, il consent à faire mettre son portrait sur les jetons de la Faculté ! ».

46.

« Corps de bataille, ou bataille absolument, est la seconde ligne ou rangée d’escadrons ou de bataillons qui soutiennent l’avant-garde ou la première ligne » (Furetière).

47.

Remparer : « verbe actif qui ne se dit qu’avec le pronom personnel. Se terrasser, se fortifier par un rempart ou autre défense. Les ennemis se sont bien remparés, leur camp est bien fortifié » (Furetière).

48.

V. note [3], lettre 290, pour la réunion du Parlement le 8 juin.

49.

Tant en raison de la situation militaire qui lui devenait de moins en moins favorable qu’en raison des tractations en cours pour la paix, Turenne leva le siège d’Étampes le 7 juin, retirant ses troupes en bon ordre, de deux heures de l’après-midi à minuit, pour gagner La Ferté-Alais en direction des rives de l’Yonne.

a.

Ms BnF Baluze no 148, fos 35‑37, « À Monsieur/ Monsieur Spon,/ Docteur en médecine,/ À Lyon » ; Jestaz nos 71‑72 (tome ii, pages 903‑916), avec un remarquable travail de déchiffrement et de restauration des parties altérées par l’humidité qui a fait baver l’encre dans la fibres du papier sur la moitié inférieure des deux premières feuilles.

On a réuni les deux lettres du 5 et du 7 juin, car Guy Patin les a mises dans la même enveloppe et en a parlé, au début de sa suivante à Charles Spon, comme de sa lettre « du vendredi 7e de juin, contenant quatre grandes pages de galimatias à mon ordinaire » ; note de Charles Spon sur l’enveloppe : « 1652/ Paris, adi. 5 et 7/ juin. Lyon/ 12 dud./ Risp. adi./ 25 dud. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, les 5 et 7 juin 1652.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0288
(Consulté le 15.07.2020)

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