L. 395.  >
À Charles Spon,
le 26 mars 1655

Monsieur, [a][1]

Je vous ai adressé ma dernière du mardi 16e de mars par M. Moreau le jeune qui vous l’aura sans doute rendue avec un petit paquet, dans lequel j’avais enfermé la pièce curieuse contre l’antimoine [2] et ceux qui en donnent, intitulée Alethophanis[1]

Voilà M. Du Prat qui vient de sortir de céans, qui se recommande à vos bonnes grâces. Guénault [3] s’est déclaré partie formellement contre l’auteur de l’Alethophanis, qu’il n’a encore pu jusqu’ici découvrir. Il fait promettre des récompenses partout et n’en peut venir à bout. Le procès de Chartier [4] lui a autrefois coûté 1 362 livres, celui-ci pourra bien encore lui manger son sac de 1 000 livres sans qu’il en profite, et ex tantis certaminibus sequetur Cadmea victoria[2][5] L’auteur se moque de lui et de ses menaces, et Guénault sera bien étonné quand il verra un homme en plein Parlement qui lui soutiendra pour très vrai tout ce qui est contenu là-dedans : sic impios a tergo persequitur Nemesis[3][6]

Un apothicaire [7][8] de Troyes [9] a donné du poison à un de ses voisins ; [10] pour lequel crime, dont il est convaincu, il a été condamné d’être pendu et étranglé. Il en a appelé à Paris ; je pense qu’il viendra ici se faire brancher à la Grève ; [4][11][12] ainsi les apothicaires feront parler d’eux en grande compagnie.

Ce 19e de mars. Cette nuit le feu a pris dans la maison d’un mercier dans la rue des Prêcheurs, [5][13] près de la Halle, [14] où huit personnes ont été brûlées ; maître et maîtresse, enfants, valets et servantes, personne ne s’en est sauvé. [15]

Ce 20e de mars. Le lendemain matin, le roi [16] a été au Palais [17] où il a fait vérifier quantité d’édits de divers offices, et autrement. On dit que M. Bignon [18] y a harangué devant le roi très pathétiquement et y a dit merveilles ; et nonobstant, tout a passé. Interea patitur iustus, nec est qui recogitet corde[6] On y a supprimé l’office de contrôleur général des finances et la Chambre de justice, [19] et l’on y en a fait d’autres : des huissiers à la chaîne, au nombre de huit, et 54 secrétaires du roi, des chauffe-cire nouveaux et autres offices de la chancellerie, [7] le semestre de Rouen [20] rétabli, etc. ; c’est pour venir aux autres parlements par ci-après. Le même jour à cinq heures du soir, a été pendu dans la Grève un malheureux Parisien nommé Tibert, [21] âgé de 45 ans, qui était un grand imposteur et un insigne fourbe, pour diverses faussetés qu’il avait commises ; et entre autres, pour avoir volé par surprise à des religieuses hospitalières la somme de 40 000 livres, d’une part, et plusieurs autres sommes à divers particuliers sous de faux noms et de faux seings. Sa femme même a été pendue en effigie en un grand tableau près de lui avec un autre affronteur qui était de la partie, mais qui fort heureusement pour lui, s’est sauvé. Ainsi le gibet n’est que pour les malheureux. Ille crucem pretium sceleris tulit[8][22]

Un de nos libraires, [23] l’an passé, fit un voyage en Italie où il acheta quantité de manuscrits de Cardan [24] qu’il a apportés à Paris. Il en a fait imprimer un catalogue en une demi-feuille in‑4o. Ne vous en ai-je point envoyé un exemplaire, il y a environ six mois ? sinon je suis prêt de vous l’envoyer. [9]

M. Guillemeau [25] m’est aujourd’hui venu voir. Je lui ai lu l’endroit de votre lettre où vous parlez de son livre deuxième contre M. Courtaud. [26] Il en a été fort aise, il vous en remercie, je lui ai promis de vous le mander ; et ne promet point poires molles à son ennemi, [10] il dit qu’il a un livre troisième tout prêt à imprimer contre lui, mais il attend de voir un autre livre contre lui intitulé Appendix ad Lenonem G., [11] dont il a reçu avis que l’on imprimait à Rouen ; et sans cet avis, ce troisième serait déjà sur la presse. Et tôt après, il fera imprimer le Cani miuro fustis en français sous ce titre : Le chien courtaud étrillé, etc[12] Ne voilà pas le sieur Courtaud bien étrillé pour ses médisances et calomnies, etc. ? [27]

Ce 23e de mars. M. Merlet fait imprimer ici quelque chose contre l’antimoine, que les médecins de Normandie lui ont envoyé après avoir lu son livre. Cela sera bon à mettre avec l’Alethophanes que je vous ai envoyé et que je crois qu’avez maintenant reçu. Il y a ici un savant homme nommé M. Ogier [28] le prieur qui dit que la dernière pièce, intitulée Pithœgia vindicata[13] est aussi bien faite que la Médée de Sénèque le Tragique ; [29] je vous prie de m’en mander votre avis. J’ai aujourd’hui vu M. Gassendi [30] qui est en bonne disposition, Dieu merci. Il travaillait à sa copie ; il dit qu’il n’a aucune nouvelle, ni de M. de Champigny, [31] ni de M. Barbier. [32] M. de Marolles, [33] abbé de Villeloin, qui a par ci-devant traduit Virgile, Lucrèce, Horace, Juvénal, Perse, Catulle, Tibulle, Properce, a enfin traduit le Martial, [34] en deux volumes in‑8o ; mais il s’est bien gardé de toucher à une trentaine d’épigrammes difficiles. [14] On le vend au Palais bien cher, cela n’est bon que pour ceux qui n’entendent point le latin, encore n’est-il guère bon pour ceux-là mêmes. Je m’étonne de la faiblesse de notre siècle où un abbé, savant et galant homme, s’amuse à faire de telles traductions. [35]

Ce même jour, à neuf heures du soir. Voilà que je viens de recevoir votre agréable lettre du 19e de mars avec celle pour M. Moreau, que je lui enverrai demain matin, et celle de M. Huguetan pour mon deuxième fils [36] qui est allé coucher aujourd’hui chez un de ses oncles qui l’aime fort, [15] et qu’il aura pareillement demain. Je vous remercie de tous vos soins. Je ne vous enverrai plus de lettres par la voie de M. Ferrus : [37] je ne songeais pas à lui, ce fut un jeune homme, son cousin, qui se trouva céans comme je faisais mon paquet, qui me la demanda avec instance ; et ne lui donnai qu’en intention que cela pourrait être cause de lui donner plus amplement votre connaissance. Sit laus Deo[16]

Le jeune Baudoin est à Montpellier d’où il m’a écrit deux fois, il est fils d’un savant et bien employé médecin d’Orléans [38][39] qui est un honnête homme. Pour votre M. Meyssonnier, [40] je le croyais plus vieux, il est bien fou pour son âge. Notre M. Tardy, [41] qui est en même parallèle que lui, a plus de 50 ans et néanmoins, il dit qu’il veut se marier, qu’il en veut découdre, sunt propria eius verba[17] et que M. Guénault lui a promis un bon parti : voyez de quoi ce dernier se mêle de marier de telles gens.

Ce Gabriel Fontanus, [42] médecin de Marseille, [43] est fils d’un ancien professeur d’Aix [44][45] qui a fait un gros in‑4o. Celui-ci est déjà vieux, il n’aura jamais grand honneur de réfuter cet imposteur Helmontius, [46] il n’en vaut point la peine. [18] Pour la nouvelle opinion de Pecquet, [47][48][49] je n’en fais point d’état encore, d’autant que je n’en vois ni preuve certaine, ni utilité plus grande, ni enseignement ad bene medendum[19] Celui qui nous a inventé le séné [50] la casse [51] et le sirop de roses pâles [52] nous a bien fait plus de plaisir ; et s’il n’a chanté injures à personne, comme ceux-ci ont fait à M. Riolan [53] et même à notre profession, contre laquelle l’épître de M. Sorbière [54] est pleine d’atroces injures, mais je ne m’en étonne point puisque je le vois jouer tant de personnages qui me font connaître le peu de stabilité qu’il a dans l’esprit. [20] Dès que cette opinion nous fera du profit et qu’elle aura quelque bon usage in operibus artis[21] je l’embrasserai très cordialement et en saurai grand gré à son inventeur. À moins que cela, je ne m’en soucie guère, joint que les diverses injures chantées très impudemment dans ce livre à M. Riolan, optimo et innocentissimo virorum[22] m’en dégoûtent si fort que je ne me puis adonner à ce livre.

Je vous prie de dire à M. Barbier que M. Gassendi se porte, Dieu merci, fort bien et qu’il travaille tous les jours à préparer de la copie. Dès que les jours seront plus beaux et plus chauds, il fait état de s’en aller à six lieues d’ici avec M. de Montmor, [55] son hôte, où il tâchera de s’arrêter pour y passer quelques mois de l’été, y prenant du lait d’ânesse [56] et s’y purgeant [57] quelquefois afin d’y fortifier son poumon contre l’hiver suivant. Je vous supplie aussi de lui faire mes recommandations et que je voudrais bien avoir quelque occasion de lui rendre quelque bon service, afin qu’il sache que je veux être son ami et que je désire bien fort avoir quelque part en ses grâces. Il n’appartiendra pas à moi qu’il n’ait la copie de M. Gassendi, ou au moins qu’il n’en ait sa part ; mais M. Gassendi ne peut pas s’imaginer qu’il ait le moyen ni le crédit d’entreprendre un tel ouvrage de huit volumes in‑fo.

Pour M. Sorbière, je ne m’étonne point s’il est allé à Rome : il y a lontemps que je sais bien S.P.Q.R., que feu mon père [58] m’a expliqué : Stultus populus quærit Romam[23] Il n’y va point tant afin d’y voir le pape nouveau que pour tâcher d’y faire ses affaires, ut faciat rem, etc. ; [24] que s’il ne trouve là son compte, j’ai peur qu’il ne s’en aille à Constantinople [59] et ne s’y fasse turc, si lucri spes affulgeat[25] C’est un apostat affamé et altéré, Dieu le console. Quand il sera bien employé à Rome, nous aurons cet avantage qu’il n’aura plus le loisir de chanter des injures à M. Riolan et à d’autres, ni même à notre art. Je tiens cet homme malade d’esprit et ne sais s’il trouvera jamais un assez bon médecin pour le guérir car il est fort interne ; [26] si ce n’est quelque prise redoublée d’antimoine [60] qui tient aujourd’hui, à ce que dit Eusèbe R. < Renaudot >, [61][62] lieu de l’ellébore noir [63] des anciens. [27] Si le pape de Rome le faisait chanoine, abbé ou évêque, en amenderait-il ? Problema esto[28]

Il n’y a point encore de pape fait. On dit Sacchetti, [64] qui mettra dans son sac s’il attrape cette place, [29] Chigi, [65][66] que l’on dit être fort savant, Rapaccioli, an a rapiendo, Regnum cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud ? [30][67][68] Il ne m’importe, Tros Rutulusve fuat, nullo discrimine habetur[31][69][70]

Le procès des compagnons imprimeurs [71] n’est point prêt d’être jugé s’il n’est encore qu’entre les mains du substitut de M. le procureur général. Je voudrais que les pauvres gens en eussent plein contentement.

Je vous prie de dire à M. Ravaud que je suis son serviteur et que j’attends en grande dévotion son Lexicum etymologicum Martinii[72] duquel j’ai mainte fois eu besoin depuis cinq ans, mais est-il bien assuré qu’il soit achevé ? Je vous prie aussi de lui dire que l’on travaille à l’Imprimerie du Louvre [73] à un tome des Relations du Vittorio Siri, [74] à ce que m’a dit M. Henri depuis trois jours. [32]

Je n’ai point vu ce livre nouveau de M. Lescalopier. [33][75] C’est un bon compagnon, il a autrefois été jésuite, il a prêché, il a été à Münster, [76] il a été prisonnier, maintenant il fait des livres de flatteries ; c’est un autre homme que M. Sorbière. [77]

Daucia, Laridæ Thymberque, simillima proles[34]

Le livre que vous me mandez, Idea Ionstoni[35][78] que l’on réimprime à Lyon, ne peut servir qu’à faire des empiriques, [79] dont le nombre n’est déjà que trop grand. Le Schröderus [80] ne sera guère plus propre à bien faire, vu qu’il n’est que trop de pharmacopées. La plus petite me semble la meilleure, qui est celle d’Amsterdam. [81] J’excepte celle de Renodæus, [82] laquelle est fort didactique. Cette édition de Schröderus sera-t-elle meilleure que l’autre, de quoi sera-t-elle augmentée, sera-t-elle in‑4o ? [36] Le recueil de toutes les œuvres d’Erastus [83] vaudrait bien mieux que tout cela, sed hoc nostrates typographi ad lucrum nimis attenti non intelligunt[37][84]

M. Guide [85] m’a plusieurs fois écrit, je ne l’ai jamais vu, il était savant et honnête homme. On m’a consulté [86][87] deux fois sur sa maladie, c’est une fièvre quarte [88] qui l’a grésillé. [38] Je le plains, tant pour sa famille, à laquelle il faisait honneur, que pour son pays, auquel il rendait de grands services. Il avait dessein de faire imprimer quelque chose. Consummatum est, Mors omnia solvit[39][89]

Le dernier bruit du roi d’Angleterre [90] et de cette conspiration contre Cromwell [91] est évanoui, on dit que ce n’a été qu’une fable. [40]

Je n’ai jamais ouï parler de telle affaire que votre Franc-Comtois et ne sais que vous en dire : ne serait-ce point quelque obstruction ad radicem nasi ? [41] Mais il mouche aisément, ce qu’il ne ferait point.

Arthritici doloris, etiam gravissimi, summum remedium est venæ sectio, etiam ter quaterve repetita per diem ; et est omnium anodynorum illa tutissimum ac nobilissimum, atque certissimum[42][92][93]

C’est une chose pitoyable de voir comment le peuple abuse des remèdes, tant internes qu’externes ; j’en ai souvent ici vu de fort mauvais exemples. Vulgus non sapit, nec habet rationem, nec methodum[43] Les propriétés spécifiques [94] du hareng contre la goutte [95][96] sont des brides à veaux et des illusions d’empiriques. In iuvantibus sunt rationes manifestæ, ut et in lædentibus[44] il faut laisser les qualités occultes [97] aux apothicaires, aux chimistes, [98] aux charlatans et autres ignorants.

J’ai rendu en main propre votre lettre à M. Moreau [99] qui vous en remerciera, laquelle j’ai lue selon que l’avez désiré. Autrement, je n’y eusse jamais mis le nez, je n’ai jamais lu ni décacheté aucune lettre de qui que ce soit. Feu mon père haïssait extrêmement cette sorte de gens curieux, et avait raison.

Il y a grande apparence que M. Moreau ne cédera sa place de professeur du roi à son fils [100] qu’en mourant, vu qu’étant comme il est un des anciens de ce Collège[101] il a bien de plus grands gages à cause de l’augmentation en faveur des plus vieux reçus que n’aurait son fils qui, étant le plus jeune, n’aura que 600 livres au lieu que le père passe 1 000 livres, et a près de 1 100 livres. Morin [102] le mathématicien, qui est de Villefranche en Beaujolais, [45][103] qui est immédiatement devant lui, ayant la somme entière, qui remplit tout à fait, savoir 400 écus, qui est la même somme qu’en a le doyen qui est M. Riolan, lequel venant à mourir, je prendrai sa place, n’ayant que la survivance, comme a le jeune Moreau ; et alors j’entrerai en jouissance des 600 livres et M. Moreau aussi bien que les autres auront leur part de l’augmentation ; [104] et puis après, je succéderai et me hausserai, dum et quamdiu vixero[46] à mesure que les autres mourront qui auront été reçus devant moi. M. Riolan est fort vieux, M. Moreau se porte mieux, mais néanmoins, il est bien cassé. Puissent-ils tous deux vivre encore fort longtemps. [47] Iuvenes mori possunt, senes diu vivere non possunt[48] Leur mort et notre vie sont entre les mains du Grand Maître qui en disposera comme il voudra. Non est volentis neque currentis, sed Dei miserantis[49][105]

Je n’ai point vu M. Le Gagneur [106] depuis qu’il est arrivé. Il n’est point venu aux Écoles, je ne le vois point par la ville, je ne sais s’il n’est point malade. Vous savez qu’il est assez délicat, forsan incumbit neoterismo et sibi vacat[50] comme a dit quelque part Martial. Je l’irais volontiers chercher, mais il s’imaginerait que j’aurais besoin de lui, joint qu’il est du mauvais parti, qu’il a signé pro stibio[51][107] et qu’il est un de ceux que Guénault gouverne à baguette, d’autant que c’est lui qui l’a mis près du prince de Conti ; [108] et de là vient que plusieurs autres sont de sa cabale, qui prétendent à de tels emplois, combien que par ci-devant Bréguet [109] y soit mort fort malcontent, tout jeune, et ait laissé neuf enfants, que Dupré [110] soit mort dans le camp d’Arras, très malcontent et sans argent, et que Le Breton, [111] qui était à la place de Bréguet à Valenciennes [112] près du duc d’Enghien, [52][113] a été appelé près du prince de Condé [114] à Bruxelles [115] où il est très malcontent et voudrait bien être ici, voire avoir donné grande chose et n’en avoir jamais bougé. La cour des princes est une belle putain, laquelle donne bien souvent à ses amoureux des caresses, de belles espérances et rien de plus. [116]

Aula palatinos quos educat aula clientes,
Dicitur auratis nectere compedibus
[53]

Je vous envoie une petite pièce nouvelle que l’on a ici imprimée contre l’antimoine. Il y en a d’autres sur le bureau, lesquelles viendront en leur temps. Guénault cherche encore qui peut avoir été l’auteur de l’Alithophanes et n’en peut rien découvrir. Il menace du Parlement pour après Pâques, ce sera donc bientôt. Je pense que cet auteur latet et latebit[54] et qu’on ne le découvrira point. Messieurs des Enquêtes ont demandé la révision des édits vérifiés depuis peu en Parlement præsente Rege[55] selon la coutume ; le premier président [117] a renvoyé cela après les fêtes. Je me recommande à vos bonnes grâces et suis de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi saint, 26e de mars 1655.


a.

Ms BnF no 9357, fos 163‑164 ; Reveillé-Parise, no cclxvii (tome ii, pages 158‑163).

1.

V. note [6], lettre 394. Cette lettre de Guy Patin à Charles Spon, portée par Moreau le jeune (et annoncée dans la lettre du 9 mars), n’a pas été conservée.

2.

« et une victoire cadméenne sera le résultat de si grandes luttes. »

Cadmea victoria est une locution latine venue du grec (καρδμειος νικη) ; Érasme l’a commentée (Adages, no 1734) :

Huius adagii varium adducunt et sensum, et originem. Sunt qui putent inutilem victoriam, Cadmeam vocatam, propterea, quod Eteocles, et Polynices Thebani, cum de regni vicibus disceptarent, singulari certamine congressi, utrique perierint. Cuiusmodi victoriæ meminit Herodotus libro primo de Phocensibus agens. Vel quod Cadmei devicerint quidem Argovis cum Adrasto militantes, sed suo malo. Posteris enim illorum pœnas abunde magnas dederunt. Vel quod Œdipus soluto Sphingis ænigmate, victoriam quidem a monstro magnificam reportavit, verum post imprudens suam ipsius matrem duxit uxorem. Idque simulatqu rescivit, oculos sibi eruit. Itaque illius quoque victoriæ parum felix exitus fuit. Sunt qui huc referant. Cum Cadmus literas a Phœnicibus acceptas, Græcis tradere vellet, Linum, quod is quoque literas suas proferret, interemit. Deinde cives Cadmum exegerunt, ut nec huic bono fuerit Linum superasse.

[Le sens comme l’origine de cet adage sont divers. Certains pensent qu’une victoire est dite cadméenne {a} quand elle est inutile parce que les Thébains Étéocle et Polynice, {b} comme ils se disputaient sur leur alternance à la tête du royaume, engagèrent un combat singulier où l’un et l’autre périrent. Hérodote mentionne cette sorte de victoire au livre premier de ses Histoires en parlant des habitants de Phocide : soit parce que les Cadméens vainquirent certes les Grecs menés par Adraste, {c} mais pour leur malheur, car ils durent leur verser tant et tant de fortes rançons ; soit parce qu’Œdipe, après avoir résolu l’énigme de la Sphing, {d} remporta certes une magnifique victoire sur le monstre, mais ensuite il eut à son insu l’imprudence d’épouser sa propre mère et quand il s’en rendit compte, il se creva les yeux ; et ainsi, sa victoire eut aussi une issue plutôt malheureuse. D’autres rapportent que quand Cadmos {e} voulut transmettre aux Grecs les lettres de l’alphabet qu’il avait reçues des Phéniciens, il tua Linos parce qu’il proposait lui aussi sa propre écriture ; alors les citoyens chassèrent Cadmos pour qu’il ne tirât aucun avantage d’avoir surpassé Linos].


  1. Thébaine : v. notule {b}, note [52] du Faux Patiniana II‑7 pour Thèbes en Béotie.

  2. Fils d’Œdipe, roi de Thèbes.

  3. Roi légendaire d’Argos.

  4. V. notes [28], lettre 226, et [33] des triades du Borboniana manuscrit.

  5. Fondateur légendaire de Thèbes.

V. note [10], lettre 328, pour le procès contre Jean Chartier, et son Plomb sacré des sages.

3.

« ainsi Némésis poursuit-elle les impies » (sans source latine identifiée).

« ainsi Némésis poursuit-elle les impies. »

Némésis est la déesse grecque de la vengeance et du châtiment céleste. C’est une allusion à l’avant-dernière strophe du Sonnet d’Orthodoxe à Aléthophane (qui fait partie des pièces ajoutées à l’Alethophanes, v. note [15], lettre 391), où (dans une syntaxe latine approximative) Guénault est menacé de subir les méfaits de son antimoine :

Sævit Autores, Nemesis sic vindice, virus.

[Le poison, comme par vengeance de Némésis, fait rage contre ses inventeurs].

4.

Brancher : « pendre un soldat ou un vagabond à la branche du premier arbre. Cela n’a d’usage qu’à la guerre et chez les prévôts » (Furetière).

5.

La rue des Prêcheurs, ainsi nommée, dit-on, en raison de la statue d’un apôtre prêchant qui s’y tenait, est une des perpendiculaires qui joignent la rue Saint-Denis à la rue Pierre-Lescot dans le ier arrondissement de Paris. Guy Patin allait dire plus tard que cet apothicaire criminel se nommait Clément.

6.

« Pendant ce temps, le juste souffre et nul ne s’en émeut » (v. note [44], lettre 176).

7.

Chauffe-cire : « officier du corps de la Chancellerie qui amollit et prépare la cire pour la rendre propre à sceller » (Furetière).

8.

« Un criminel a récolté le poteau, un autre le diadème » (Juvénal, v. note [13], lettre 198).

9.

Première allusion au projet que Charles Spon nourrissait d’éditer les œuvres complètes de Jérôme Cardan, qui parurent à Lyon en 1663 (10 volumes in‑fo, v. note [8], lettre 749). Le libraire parisien acquéreur des manuscrits était Louis Billaine (v. note [20], lettre 398).

10.

« On dit quand on menace quelqu’un, qu’on ne lui promet pas poires molles » (Furetière).

11.

« Supplément contre le maquereau G[uillemeau]., etc. » : je n’ai pas identifié cette riposte de Montpellier au Lenonis Guillemei… (Paris, 1654, v. note [2], lettre 380).

12.

V. note [4] lettre 386.

13.

V. note [6], lettre 394, pour la « Pithégie revendiquée ».

14.

Toutes les Épigrammes de Martial en latin et en français avec de petites notes, par Michel de Marolles (Paris, 1655, v. note [17], lettre 340). Les « épigrammes difficiles » étaient les érotiques.

15.

Charles Patin ne pouvait être allé rendre visite qu’à un frère (ou beau-frère) de sa mère. Peut-être s’agissait-il de l’oncle avocat qui l’avait poussé à étudier le droit (v. note [14] de son Autobiographie).

16.

« Louange à Dieu », début du dernier couplet de l’Ave maris stella [Salut, étoile de la mer].

17.

« ce sont ses propres mots ».

18.

L’in‑4o de Gabriel Fontaine que connaissait déjà Guy Patin était son Epitome tractatus de febribus… (v. note [16], lettre 352).

Charles Spon avait annoncé à son ami parisien la préparation à Lyon de la Medicina antihermetica (Lyon, 1657 ; v. note [9], lettre 467) où Fontaine s’attaquait vigoureusement à Paracelse et Van Helmont (Helmontius).

19.

« pour bien remédier. »

20.

Cette phrase bancale traduisait sans doute le malaise de Guy Patin face aux admirables travaux de Jean Pecquet qu’il estimait, mais sans oser le proclamer, à cause de tout le respect qu’il devait à son maître et bienfaiteur Jean ii Riolan. Alors, pour donner le change, Patin attaquait Samuel Sorbière (Sebastianus Alethophilus) pour sa lettre en faveur de Pecquet et contre les vieilles barbes de la Faculté de médecine de Paris (v. note [5], lettre 390). Il ne parlait pas des assauts bien plus rudes contre Riolan qui se trouvaient dans la seconde édition augmentée (1654) des Experimenta nova anatomica… [Expériences anatomiques nouvelles…] de Pecquet (v. note [4], lettre 360) : le traité d’Hyginus Thalassius Sangermanus (Pierre de Mersenne) et le poème Lanius ore insano [boucher à bouche folle] (anagramme de Ioannes Riolanus].

21.

« dans les pratiques de notre art ».

22.

« le meilleur et le plus innocent des hommes » ; v. note [17], lettre 391, pour la manière dont Guy Patin négligeait les découvertes anatomiques sous prétexte qu’elles ne modifiaient pas sa pratique médicale.

23.

« Le peuple insensé cherche Rome » : v. note [27], lettre 309.

24.

« pour faire fortune, etc. » ; v. note [20], lettre 181.

25.

« si un espoir de bénéfice s’y présente. »

26.

On dirait aujourd’hui introverti.

27.

Furetière :

« L’ellébore noir a été appelé melampodium à cause d’un pasteur nommé Melampe qui le premier, s’en servit pour purger et guérir les filles de Proetus qui couraient sur lui étant enragées. {a} Ses feuilles sont vertes et semblables à celles du platane […]. Il est dangereux même de l’arracher, et il faut manger des aulx et boire du vin pur auparavant pour se garder de ses vapeurs. Ceux d’Anticyre {b} où il croît en abondance appellent ellébore la grande sésamoïde qui a sa graine semblable à l’ellébore et au cartamum, {c} et ils la mêlent avec l’ellébore blanc {d} quand ils veulent purger une personne (Dioscoride). […] L’ellébore noir fait mourir les bœufs, les chevaux et les pourceaux. Le blanc ne leur fait point de mal. » {e}


  1. V. note [13], lettre latine 255.

  2. Île de la mer Égée.

  3. Carthame, v. notule {b}, note [10], lettre de Caspar Hofmann au printemps 1646.

  4. V. note [30], lettre 156.

  5. L’ellébore était réputé calmer les esprits troublés.

V. notule {am‑ii}, note [55], lettre 348, pour la comparaison, établie par Eusèbe Renaudot dans son Antimoine justifié…, entre l’ellébore et le tétragone (antimoine putatif) d’Hippocrate.

28.

« Voilà le problème » (espagnol).

29.

Guy Patin jouait ici sur le mot italien sacchétto, petit sac.

Giulio Cesare Sacchetti (Rome ou Florence 1586 ou 1587-Rome 28 juin 1663) avait été nommé cardinal en 1626. Le roi d’Espagne avait jeté son veto (ius exclusivæ) contre lui pour cette élection pontificale. Il était le favori de la France car, pendant sa nonciature extraordinaire à Milan en 1630, son secrétaire avait été Giulio Mazzarini (avec son éclatante intervention du 26 octobre à Casal, v. note [6], lettre 53) ; les deux cardinaux en avaient gardé d’excellentes relations.

30.

« cela ne vient-il pas de rapiendo ? {a} “ Le royaume des cieux souffre violence, et des violents le prennent de force ” ». {b}


  1. « pour rapiner » : Guy Patin continuait à jouer sur les noms italiens. Francesco Angelo Rapaccioli (Collescipoli 1608-Rome 15 mai 1657) avait été nommé cardinal en 1643.

  2. Matthieu 11:12.

31.

« Que ce soit un Troyen ou un Rutule, je ne ferai aucune différence » (Virgile, v. note [5], lettre 59). V. note [3], lettre 399, pour Fabio Chigi, à qui échut finalement la tiare.

32.

V. notes [9], lettre 238, pour le « Dictionnaire étymologique de [Matthias] Martini », et [38], lettre 286, pour le nouveau tome du Mercurio de Vittorio Siri.

33.
Douze tableaux du roi très-chrétien Louis xiv Auguste. De la reine Anne d’Autriche. De Monsieur frère unique du roi, Philippe duc d’Anjou. De l’éminentissime cardinal Jules Mazarin. Exposés sur des arcs de triomphe, après le sacre de Sa Majesté. La prise des villes, Stenay, Le Quesnoy, Clermont, Arras délivrée du siège de trente mille combattants, et les ennemis défaits dans plusieurs combats en la même campagne, pour l’heureux et triomphant retour du roi. Par Monsieur N. Lescalopier, {a} conseiller, aumônier et prédicateur ordinaire des rois Louis xiii et xiv. {b}


  1. Nicolas Lescalopier (L’Escalopier), docteur en théologie mort en 1666, était apparenté aux magistrats de même nom (v. note [28], lettre 237, Popoff, no 1549).

  2. Paris, Louis Chamhoudry, 1655, in‑4o illustré bilingue, latin et français, de 25 pages.

Entre autres ouvrages de ce brodeur d’éloges, on peut lire :

34.

« Laride et Thymber, fils de Daucus, enfants absolument semblables » (Virgile, Énéide, chant x, vers 391). Laride et Thymber, fils jumeaux du chef rutule Daucus, étaient deux capitaines latins. Pallas, fils d’Hercule et de Dyna, les rendit dissemblables en coupant la tête de l’un et la main droite de l’autre.

35.

Ioh. Ionstoni, Med. Doctoris, Idea universæ medicinæ practicæ, libris xii. absoluta. Editio novissima, prioribus auctior et emendatior.

[Idée de toute la médecine pratique en 12 livres, de Jan Jonston, {a} docteur en médecine. Toute nouvelle édition, plus complète et mieux corrigée que les précédentes]. {b}


  1. Jan Jonston (Sambter, Grande Pologne 1603-1675), issu d’une famille originaire d’Écosse, avait d’abord parcouru l’Allemagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, la France, l’Italie, étudiant dans toutes les universités la médecine, l’anatomie et la botanique. Docteur en médecine de Leyde vers 1635, il refusa tous les honneurs académiques qu’on lui proposa, pour se retirer en Basse-Silésie, près de Liegnitz (aujourd’hui Legnica en Pologne), où il continua d’étudier l’histoire naturelle et de pratiquer la médecine (Jourdan in Panckoucke).

  2. Lyon, Jérôme de La Garde, 1655, in‑8o, 4e édition ; 1re édition à Amsterdam, 1644.

    C’est un ambitieux ouvrage de 752 pages qui couvre l’ensemble de la médecine et de la thérapeutique, sans omettre les remèdes chimiques, ce qui lui valait le mépris de Guy Patin.


36.

Pharmacopœia Medico-Chymica, sive Thesaurus Pharmacologicus, quo composita quæque celebriora ; hinc Mineralia, Vegetabilia et Animalia Chymico-Medice decribuntur, atque insuper Prinicipia Physicæ Hermetico Hippocraticæ candide exhibentur. Opus non minus utile Physicis, quam Medicis : Editio Quarta, plurimis in locis auctum ac mendatum. Authore Johanne Schrödero, M.D. Reip. Mœno-Francof. Phys. Ordinario.

[Pharmacopée médico-chimique, ou le Trésor pharmacologique, où sont décrits médico-chimiquement tous les médicaments composés les plus connus, tant d’origine minérale, que végétale et animale, et sont en outre simplement exposés les principes de la physique hermético-hippocratique. Ouvrage qui n’est pas moins utile aux naturalistes qu’aux médecins. Quatrième édition corrigée et augmentée en maints endroits. Par Johannes Schröderus, {a} docteur en médecine, physicien ordinaire de république de Francfort-sur-le-Main]. {b}


  1. Johann Schröder (Schroeder, Schröderus, 1600-1664) avait étudié la médecine en Allemagne, au Danemark, en France et en Italie. Devenu docteur, il avait rempli quelque temps la place de médecin dans les armées suédoises avant de s’installer à Francfort où il exerça jusqu’à sa mort.

  2. Ulm, Johannes Gerlinus, 1655, in‑4o de 348 pages ; première édition ibid. 1651, nombreuses rééditions ultérieures ; traduction française sous le titre de Pharmacopée raisonnée de Schroder, commenté par Michel Ettmuller (Lyon, Thomas Amaulry, 1698, 2 tomes in‑8o.

Schröder avait aussi publié :

Quercetanus redivivus, hoc est, Ars medica Dogmatico-Hermetica, ex Scriptis Iosephi Quercetani, Chymiatri celeberrimi, Consilarii ac Medici olim Regii, Tomis tribus digesta : quarum i. Ars Medica Medicatrix. ii. Ars Medica Auxiliatrix. iii. Ars Medica Practica…

[Quercetanus ressuscité, qui est l’art médical dogmatico-hermétique, tiré des écrits de Josephus Quercetanus, très célèbre chimiatre, qui fut jadis conseiller-médecin du roi, {a} répartie en trois tomes : i. Art médical qui guérit. ii. Art médical qui aide. iii. Art médical pratique…] {b}


  1. Joseph Duchesne, sieur de La Violette, v. note [11], lettre 211)

  2. Francfort, Joannes Beyerus, 1648, in‑4o de 223 pages pour le premier des trois tomes.

V. notes [16], lettre 15 et [37], lettre 104, pour la Pharmacie de Jean de Renou (Renodæus).

37.

« mais les imprimeurs de chez nous, trop attentifs au gain, ne comprennent pas cela. » V. note [8], lettre 358, pour le projet sans suite d’éditer les œuvres complètes de Thomas Lieber, dit Éraste.

38.

Grésiller : « verbe neutre qui n’est guère en usage qu’au participe et se dit de ce qui se gâte, se racornit ou se roussit au feu : ce parchemin est tombé dans le feu, il est tout racorni, tout grésillé » (Furetière).

V. note [82], lettre 150, pour le médecin de Chalon-sur-Saône dénommé Guide.

39.

« Tout est achevé [dernières paroles du Christ sur la croix, Jean 19:30], la mort vient à bout de tout [proverbe latin]. »

40.

Oliver Cromwell, Lord Protector, devait alors faire front à des conjurations répétées et intriquées, tant parlementaires que royalistes visant à le chasser du pouvoir. La révolte menée par le colonel royaliste John Penruddock dans le sud-est de l’Angleterre était matée le 24 mars à South Molton dans le Devon.

41.

« à la racine du nez ». Guy Patin commentait trop brièvement ce cas clinique recueilli par Charles Spon pour qu’on puisse y aventurer un diagnostic.

42.

« Le remède souverain de la douleur arthritique (goutteuse), même la plus grave, est la saignée, à répéter trois ou même quatre fois par jour ; et elle est le plus complet, le plus noble et le plus assuré de tous les anodins (antalgiques). »

43.

« Le peuple n’est pas sage et il n’a ni raison, ni méthode. »

44.

« Les raisons manifestes sont dans ce qui secourt, tout comme dans ce qui blesse » ; v. note [61], lettre 223, pour brides à veaux (bêtises).

45.

Villefranche-en-Beaujolais (Villefranche-sur-Saône, Rhône), capitale du Beaujolais, se situe sur la rive droite de la Saône, à 35 kilomètres au nord de Lyon.

46.

« tant et aussi longtemps que je vivrai ».

47.

Phrase ajoutée par Guy Patin dans la marge, sans doute en se relisant, pour ne pas laisser croire à son correspondant que la cupidité lui faisait désirer la mort de ses deux anciens. Tant que Jean ii Riolan vivrait, Patin, son survivancier, ne toucherait aucun gage du Collège de France (v. note [29], lettre 372).

À la mort de Riolan, Patin allait devoir acquitter à ses héritiers le prix convenu pour la charge (4 000 livres) et commencer à en percevoir les 600 livres annuelles fixées pour les plus jeunes professeurs. La différence de 600 livres entre ces gages et ceux de Riolan (400 écus, soit 1 200 livres) serait alors répartie entre les plus vieux professeurs (comme René Moreau), mais sans dépasser le montant maximal de 1 200 livres, de manière à maintenir constante la masse des émoluments versés par le Collège.

48.

« Les jeunes peuvent certes mourir, mais les vieillards ne peuvent pas vivre longtemps » (v. note [9], lettre 145).

49.

Igitur non volentis neque currentis sed miserentis Dei [Il n’est donc pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde] (Épître de Paul aux Romains, 9:16), avec erreur de Guy Patin sur miserantis (de miserari, plaindre) au lieu de miserentis (de misereri, prendre pitié).

50.

« peut-être s’applique-t-il {a} à l’innovation {b} et s’ennuie-t-il ». {c}


  1. Étienne Le Gagneur, docteur régent de la Faculté de Paris reçu en 1642 (v. note [1], lettre 94), était alors médecin du prince de Conti, qui était revenu à Paris pour se mettre au service du roi et de Mazarin, après avoir assidûment frondé contre eux avec son frère, le prince de Condé.

  2. En y regardant de très près, neoterismo est le seul mot existant qui corresponde à ce qu’a écrit Guy Patin : neoterismus est un terme de grammaire latine moderne qualifiant un « néologisme » ; sans doute faut-il ici le prendre ici au sens plus large d’« innovation », pour blâmer les inversions d’alliance politique, ou l’adhésion aux nouvelles vogues médicales (comme l’antimoine, dont François Guénault menait le parti à la Faculté et à la cour), selon ce que Patin a développé dans la suite de son paragraphe.

  3. Aucun vers de Marial que j’aie su trouver ne ressemble à ce propos de Patin.

    Dans son édition, Reveillé-Parise (tome 2, page 163) n’a pas transcrit ce passage auquel, j’en conviens, il est malaisé de donner un sens cohérent ; et tout cela ne dit pas pourquoi Patin se serait avisé de désennuyer Le Gagneur, son collègue et ancien ami.


51.

« pour l’antimoine », Étienne Le Gagneur était le 38e des 61 signeurs de l’antimoine en 1652 (v. note [3], lettre 333).

52.

À la mort de Claude Bréguet (v. note [7], lettre 289) en 1652, Charles Le Breton (v. note [16], lettre 251) avait pris sa place de médecin du duc d’Enghien, Henri-Jules, le fils du Grand Condé. V. note [2], lettre 121, pour Charles Dupré, médecin du prince de Condé, mort à Arras en août 1654.

53.

Emblème d’André Alciat (v. note [19], lettre 229), pages 94 de l’édition latine (Lyon, 1551) et 109 de l’édition française (Lyon, 1549) :

In aulicos.
Vana 
{a} Palatinos quos educat aula clientes,
Dicitur auratis nectere nectere compedibus

« Contre les courtisans.
Les courtisans qu’entretient vaine cour,
En chaînes d’or les tient liés de court. » {b}

Commentaire :

« La suite de cour est très misérable et servile ; mais ceux qui y sont n’en peuvent départir, étant captivés par la merveille des riches et magnifiques choses qui là se voient, et jouissance et espérance d’icelles. »


  1. Étourderie de Guy Patin, qui a écrit Aula pour Vana ; mais il ne s’y est pas laissé prendre une seconde fois, v. note [33], lettre 248.

  2. Traduction fidèle et intelligible, à laquelle ne manque que dicitur, « dit-on ».

54.

« se cache et se cachera ». Guy Patin a de nouveau écorché le titre de l’Alethophanes de François Blondel contre Jacques Thévart (v. note [6], lettre 394).

55.

« en présence du roi » : lit de justice du 20 mars, précédemment mentionné dans la lettre.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 26 mars 1655

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0395

(Consulté le 29/02/2024)

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