L. 337.  >
À Charles Spon, le 30 janvier 1654

Monsieur, [a][1]

Depuis ma dernière, grande de huit pages, datée du jour des Rois, 6e de janvier 1654, je vous dirai que l’on ne parle ici que de l’accord des Anglais et des Hollandais, de quo nondum constat[1][2] et du procès du prince de Condé, [3] pour lequel on dit que le roi [4] même ira au Parlement bientôt. Enfin, de plusieurs conseillers exilés, il y en a trois à qui on a permis de revenir, savoir MM. Martineau, [5] Pontcarré [6] et Genoux. [2][7] On a mis pareillement en liberté M. de Croissy-Fouquet, [8] qui est un conseiller de la Cour, à la charge qu’il vendra son office de conseiller et qu’il s’en ira à Venise. Celui-là était dans une particulière intrigue du prince de Condé, encore jeune, fort riche et de beaucoup d’esprit. [3]

On tient fait l’accord des Hollandais avec les Anglais et que le prince de Condé demande du secours à Cromwell, [9] qui est aujourd’hui le grand maître de la République d’Angleterre ; mais l’événement en est incertain, d’autant qu’on ne peut encore savoir de quel côté les Anglais jetteront leur fureur. Il y a ici un homme qui traite secrètement avec les ministres d’État pour le comte d’Harcourt, [10] lequel se voyant frustré de Philippsbourg, [11] tâche peut-être de refaire sa paix avec Brisach. [12]

On dit qu’un médecin suédois nommé Olaüs Rudbeckus [13] a fait imprimer de delà un nouveau traité anatomique de seroso hepatis novo ductu et vasis serosis glandularum[4][14][15][16][17] mais ce livre n’est point encore vu de deçà ; ce que j’en sais, je le tiens d’une lettre, laquelle vient d’Allemagne. Je vous envoie des vers que quelque badin de jésuite déguisé a faits contre Jansenius [18] en faveur de la bulle [19] du pape. Vous diriez que ces gens triomphent de la vertu de ce pauvre et saint évêque qui valait cent fois mieux que toute cette Société stygienne. [5][20] Il y en a encore deux pères de deçà, nommés les P. Deschamps [21] et Cellot, [22] qui font imprimer chacun un volume in‑fo sur le même sujet ; [6] sans parler d’un autre père de Bordeaux qui en fait encore un autre volume.

Le 13e de novembre de l’an passé, je délivrai à M. Huguetan un petit paquet pour vous. Je ne sais si l’avez reçu, mais je vous prie, quand il sera venu en vos mains, de prendre garde et de me mander combien vous aurez là-dedans trouvé d’exemplaires du livre de M. Riolan [23] in‑8o contre Bartholin ; [7][24] d’autant que j’ai peur de m’être mécompté sur mon papier, vu que je me souviens de vous en avoir envoyé quelques exemplaires par M. Gonsebac [25] qui eut cette bonté de s’en charger très volontiers à cause de vous ; à propos de quoi je vous supplie très humblement de lui en faire mes très humbles recommandations, comme aussi à M. Paquet. [26]

Le roi a été au Parlement le 19e de janvier pour le procès du prince de Condé. [8][27] On le continuera et achèvera, mais cela ne va que lentement, un conseiller m’a dit qu’il faut encore plus de deux mois pour en voir la fin. On craint ici que si Cromwell est si absolu maître dans l’Angleterre après la paix faite avec les Hollandais (laquelle n’est pas encore ratifiée ni exécutée et est encore sujette à être rompue), n’ayant plus besoin de tant de troupes alentour de soi, que, pour décharger son pays, il n’en donne quelque partie considérable aux Espagnols et au prince de Condé pour tourmenter la France, et pour la faire attaquer par divers endroits. On dit qu’il y a bien de la peste en Languedoc [28] et devers Bordeaux, [29] et que le comte d’Aubijoux, [30] gouverneur de la citadelle de Montpellier, est ici fort en peine pour s’être battu en duel ; [9][31] il est blessé, mais il n’est pas pris.

Ce 21e de janvier. Je viens de recevoir par le libraire Lamy [32] votre belle boîte de brignoles, [33] pour laquelle je vous remercie de tout mon cœur, et Mlle Spon pareillement, à la charge que je m’en acquitterai quand je pourrai. Je tâcherai de faire que vous ayez en moi gratum nec immemorem debitorem ; [10] au moins je m’en souviendrai, si je ne fais mieux.

Les nouvelles d’Angleterre d’hier, qui sont les plus fraîches, portaient que la paix était faite entre les Anglais et les Hollandais ; aujourd’hui plusieurs disent qu’il n’y a rien d’assuré et qu’il y a quelques lettres qui portent que cette paix qui avait été faite est déjà rompue, de sorte qu’il n’y a rien de certain sur ce fait. [11] Un des fils de M. Cramoisy, [34] libraire fameux et des plus honnêtes hommes de Paris, a aujourd’hui répondu d’un acte en Sorbonne, [35] où je me suis rendu pour une petite demi-heure. J’y ai rencontré quantité d’honnêtes gens de ma connaissance, lesquels tous déplorent fort le malheur du siècle et disent que nous aurons encore bien du mal si Dieu n’y met la main. Beaucoup de particularités, et très bonnes, ont été là dites que je n’ose vous écrire : nequeunt enim ista, nec debent literis consignari ; [12] ce sera pour quelque jour, si Dieu veut que nous puissions jamais nous rencontrer. [36]

Ce 22e de janvier. J’ai aujourd’hui dîné avec M. Gassendi [37] chez M. de Montmor, [38] maître des requêtes, qui m’en envoya hier prier par son maître d’hôtel. [13] Il m’a fait voir ses livres, qui sont beaux et en grand nombre. [39] Il m’a fait promettre que je l’irai voir une fois la semaine, mais je n’ai pas promis que ce serait à dîner : on perd trop de temps en telles cérémonies, je dîne céans à mon aise en un bon quart d’heure. Il dit qu’il veut venir voir mes livres. [40][41] Je pense qu’il prétend aussi que je serai son médecin, mais je ne sais si nous nous accorderons bien car il aime la chimie. [42] Il n’est pas encore détrompé tout à fait de l’antimoine [43] qui est ici fort déchu et décrié. Sa femme même, [44] qui est d’un esprit curieux, versatur in ea hæresi ; [14] elle est aussi pour la poudre des jésuites, [15][45][46] de laquelle je n’ai vu dans Paris aucun bon effet. Il avait autrefois pour médecin M. Moreau, [47] qu’il m’a dit n’avoir quitté que pour être trop vieux, sourd et presque aveugle. [48] Depuis, il avait pris un pauvre cancre, race de juif[49] nommé D’Aquin, [50] qui est un grand charlatan et qui avait autrefois suivi la reine mère. [16][51] Il l’a pareillement quitté avec grande raison : c’est un médecin de la cour qui est véritablement court de science, mais riche de fourberies chimiques et pharmaceutiques ; les apothicaires l’extollaient autrefois comme un petit saint ou un dieu sur une pelle, tanquam Deum patellarium[17] mais tout cela est passé comme un vent, [18] les fourberies des chimistes et les impostures des médecins ne durent qu’un certain temps ; sola virtus manet in æternum[19] Ce sont des médecins de la secte de Guénault, [52] des Fougerais, [53] Vautier [54] et autres tels sophistes, [20][55] lesquels disent qu’il ne faut point tant étudier pour être médecin ; que puisque le peuple veut être trompé, qu’il le faut tromper, lui couper la bourse, et puis après que le diable l’emporte s’il veut, etc. Nos hac a scabie tenemus ungues[21][56] Avant que de nous mettre à table chez M. de Montmor, nous nous sommes entretenus une grosse demi-heure, M. Gassendi et moi, de ses ouvrages. Il est bien fâché que son imprimeur [57] va si lentement sur la vie de Tycho Brahe [58] et de Copernicus, [22][59] lesquelles sont pourtant achevées, mais non pas les opuscules qu’il veut ajouter à la fin. Nous avons même parlé de vous. Je lui ai recommandé M. Huguetan le libraire (j’en suis bien avoué) [23] et lui ai protesté que, s’il veut lui donner quelque copie, dès demain il commencera à imprimer ; ce qu’il n’a pas refusé, mais plutôt m’a promis de s’en souvenir, et crois qu’il le fera.

Ce 23e de janvier. Il y a ici force malcontents touchant les rentes [60] de l’Hôtel de Ville, à cause d’un demi-quartier d’icelles que l’on veut supprimer. [24] Le roi même l’a dit, à cause des affaires qu’il a sur les bras. Le Parlement s’en est assemblé aujourd’hui, qui n’a rien pu en arrêter et qui a remis la délibération à mardi prochain, pendant lequel temps M. le premier président [61] a promis qu’il tâchera d’amender l’affaire. La somme est fort notable et quantité de pauvres gens y ont intérêt, qui n’ont autre bien que celui-là ; il y a même plusieurs riches familles dont les rentes font le plus beau bien.

Que dit M. Rigaud [62] de notre manuscrit de M. Hofmann ? [25][63] Je suis content de n’en jamais parler ni ne vous en plus rompre la tête, pourvu qu’il n’ait rien de notre copie et qu’il vous remette le tout entre vos mains. Nous chercherons par après quelque autre expédient pour le faire imprimer par quelque autre, mais il faut surtout avoir toute la copie vers vous et qu’il n’en ait < plus > rien du tout.

L’on imprime ici deux livres qui viennent du cabinet de feu M. Dupuy, [64] garde de la Bibliothèque du roi. [65] L’un est touchant les templiers [66] et leur condamnation, l’histoire du schisme, les papes tenant le siège en Avignon, [67] avec l’histoire de quelques procès criminels faits à des princes du sang et autres grands seigneurs. L’autre contient plusieurs mémoires pour le concile de Trente. [68] Tous deux seront in‑4o[26] On dit que ce second fera du bruit et qu’il réveillera le richérisme [69] en Sorbonne, [27] et la question de la puissance du roi sur le fait de l’Église, et de celle du pape en France, et que le Parlement et la Sorbonne y seront engagés.

Ce 25e de janvier. Dum sederem quietus in Musæo, paulo ante prandium[28] voilà deux honnêtes hommes qui m’apportent un paquet de votre part. Ce sont la thèse et le livret de Zurich [70][71] pour les jansénistes, [72] desquels je vous remercie de tout mon cœur, comme aussi de tant d’obligations que je vous ai. Ils se sont chargés de me l’apporter à cause qu’ils me connaissaient, l’ayant reçu d’un Allemand qui était en peine de me le faire rendre, qui est peut-être celui à qui vous l’avez délivré. Dieu soit loué qu’il m’ait été rendu en main propre. Ces deux hommes sont deux frères, dont l’un est maître d’hôtel de M. le duc de Beaufort ; [73] lequel je traitai ici il y a trois ans d’une fâcheuse double-tierce [74] cum periculo hydropis[29][75] Le pauvre homme, qui en pensa mourir, a été ravi de me venir visiter et de voir mon étude, et m’a témoigné grand ressentiment de joie de sa convalescence. Je ne l’avais point vu depuis ce temps-là, pour avoir été obligé de suivre son maître.

Il y a ici grande affliction dans quelques familles pour plusieurs pauvres gens qui furent noyés à Charenton [76] en revenant du prêche, [77] il y a quelques jours. [30] Il y avait un jeune libraire nommé Périer, [78] que je regrette fort et qui était un gentil garçon ; [31] il y en avait aussi de plus grandes qualités et l’on dit que tout cela n’est arrivé que parce que le bateau était trop chargé. La vie de l’homme est merveilleusement sujette à d’horribles rencontres. Le bonhomme Cardan [79] a eu raison de dire que In humanis omnia sunt incerta[32] Il n’est pas raisonnable de tomber ainsi dans l’eau sans encourir le danger d’être noyé, nec miror ; [33] mais une chose me scandalise, pourquoi les méchants font si aisément fortune. Sane videtur mihi contra Deos testimonium perhibere Mamurra, quod tam diu tam lætus vivat in tanta fortuna[34][80] Notre pauvre ville de Beauvais [81] souffre merveilleusement pour quatre régiments qui y sont et qui y prennent leurs quartiers d’hiver, tandis que la tyrannie est à l’ombre et les tyrans bien à leur aise.

Ce jourd’hui 26e de janvier, j’ai dîné avec quatre cousins germains, dont l’un est M. de Ferrières, [82] fils propre et unique de feu M. André Du Laurens [83] qui a fait l’Anatomie, lequel mourut l’an 1609. [35] Celui-ci est gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, un gros garçon si accoutumé à faire bonne chère qu’il en crève presque. Je l’ai depuis peu traité d’une grande maladie qui l’a un peu désempli et décharné, il avait besoin de cette évacuation. Il a voulu payer sa bienvenue, ou plutôt son retour en convalescence, et nous a fait grande chère. Un des convives, qui est capitaine, a parlé d’une fièvre qui l’arrêta à Lyon et a nommé pour médecin, M. de Rhodes. [84] Cela a été cause que nous avons parlé de vous et de M. Gras, [85] que ce capitaine connaît fort bien.

Je viens de recevoir de Hollande un livre in‑fo intitulé Pauli Zacchiæ Quæstiones medico-legales[36][86] il me revient à 17 livres en blanc, et cetera.

M. de La Terrerie, [87] qui mourut ici l’an passé et qui était médecin de Mme la duchesse d’Orléans, [88] avait une assez belle bibliothèque [89] que les libraires voulaient acheter. [37] Enfin, un maître des requêtes nommé M. de Montmor, duquel je vous ai parlé ci-dessus, l’a achetée. Outre les livres qui étaient ici, il y en avait encore bon nombre à Blois [90] qu’ils ont fait venir. Il y avait là-dedans de fort bons livres, tout ce que j’en ai vu est bien choisi ; je pense que M. de Montmor a envie de m’en donner quelques-uns.

On dit que la paix d’Angleterre a été faite avec les Hollandais et tôt après, qu’elle a été rompue ; néanmoins, que les députés sont retournés à Londres et qu’elle y sera conclue, tel étant le désir et le plaisir de M. Olivier Cromwell qui a tout le crédit en ses mains ; à quoi il exhorte fort puissamment les ambassadeurs hollandais afin qu’ayant conclu cette affaire qu’il a fort à cœur, il puisse entreprendre autre chose qu’il a dans l’esprit. On dit d’ailleurs que notre ambassadeur qui est en Hollande, [91] leur offre de grands avantages de notre part s’ils veulent ne point faire cette paix et se lier avec nous, tant contre les Anglais que les Espagnols mêmes, qui sont leurs grands amis. [38]

On travaille au grand Châtelet [92] à plusieurs grands procès criminels contre des voleurs, massacreurs et assassins de grands chemins, et autres ; et entre autres, le lieutenant criminel [93] travaille fort à découvrir ceux qui ont tué le 3e jour d’octobre dernier un nommé M. Le Noble, [94] conseiller d’Église en la Grand’Chambre du parlement de Rouen, [95] à qui on coupa la gorge, comme il s’en retournait à Rouen, sur le grand chemin entre Pontoise [96] et Magny. [39][97] Plusieurs en ont été mis en prison, et entre autres deux sœurs, demoiselles de bonne famille, contre lesquelles il y avait quelques présomptions et conjectures criminelles ; mais enfin, elles en sortiront à leur honneur, la vérité ayant été découverte d’ailleurs. [40]

On parle ici de nouveaux impôts sur le sel et sur le vin, [98][99][100] sur les chapeaux, et les passements d’or et d’argent dont les femmes font de grands trophées en leurs braveries[41][101] Si Messieurs du Parlement veulent passer ces nouveaux impôts, on leur promet de ne pas supprimer ce demi-quartier des rentes dont il est question. O mores ! o tempora ! [42] tout deviendra insupportablement si cher à Paris qu’il n’y aura plus de moyen d’y demeurer, j’ai pitié de tant de pauvres et de bonnes gens qui souffrent ici cruellement parmi tous ces désordres.

Un honnête homme m’a dit ce matin qu’il faut tenir pour faite la paix des Anglais avec les Hollandais, d’autant qu’infailliblement elle se fera si elle n’est faite. Pour le comte d’Harcourt, il a perdu Philippsbourg et n’est pas trop bien dans Brisach, d’autant que Charleroy y est bien fort pour le roi. [43] Ce comte ne demande qu’à revenir à Paris et renoncer à tous les avantages prétendus de prince de l’Empire que nos ennemis lui faisaient espérer ; mais il n’en sera point quitte pour cela, d’autant qu’il ne trouve point d’assurance pour sa personne à son retour après un acte de défection si lâche et si infâme ; et néanmoins, il demande de l’argent de retour pour se remettre en son devoir.

Entre plusieurs matières et fondements d’impôts que l’on cherche, on parle de 2 sols pour livre, [102] et de mettre tant sur chaque baptême et chaque mariage : ne voilà pas de belles inventions pour autoriser le bordel ? Pauvre France, que tu es malheureuse !

Le prince de Conti [103] était venu jusqu’à Auxerre, [104] pensant venir à Paris et y être considéré comme un homme qui pourrait épouser une des nièces éminentissimes, [44][105][106][107] mais il en est arrivé autrement : mutata velificatione et reflante vento[45] on lui a fait commandement de se retirer à Lyon. [46] Le duc d’Orléans [108] ne veut point venir à la cour, quod facile credo ; [47] et même, je crois que s’il y voulait venir, qu’on l’en empêcherait. Sed tandem manum de tabula[48] je me recommande à vos bonnes grâces et à Mlle Spon, et suis autant que vous savez et que vous le croyez bien, votre très humble et obéissant serviteur.

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 30e de janvier 1654.


1.

« où rien n’est encore établi ».

2.

V. notes : [9], lettre 301, pour Nicolas Camus, seigneur de Pontcarré, et [40][41], lettre 294, pour Jean-Pierre Martineau et Philippe Genoux.

3.

Les mésaventures du condéen Antoine Fouquet de Croissy ont été évoquées dans les lettres d’avril à juillet 1653. Son exil italien dura quatre ans.

4.

Olaüs (Olof) Rudbeck (1630-1702) Fils de l’évêque d’Arosia {a} et avait eu pour parrain le roi Gustave-Adolphe qui se trouvait dans cette ville au moment de sa naissance. Sous la protection de la reine Christine de Suède, fille de Gustave-Adolphe, Rudbeck avait pu fréquenter les principales universités du Nord (1652-1654). Il revendiquait la découverte des vaisseaux lymphatiques et chylifères abdominaux. {b}{e} Revenu à Uppsala, il y fonda un jardin des plantes en 1657 et occupa une chaire de l’Université jusqu’à sa mort.

Rudbeck est à tort considéré comme un pionnier dans la découverte des voies du chyle : il donnait aux vaisseaux lymphatiques le nom de conduits aqueux hépatiques, supposant (faussement) qu’ils naissaient du foie d’où, selon lui, ils tiraient la liqueur qui les emplit pour la porter en partie dans le pancréas et en partie dans le canal thoracique. De ces faits (erronés) il conclut (justement, mais un peu tard) que le foie n’est pas le véritable organe de la sanguification. Épaulé par son élève Martin Bogdan, {c} Thomas Bartholin contesta à Rudbeck la primeur de cette déduction.

En parlant du livre de Rudbeck « sur le nouveau conduit séreux du foie et les vaisseaux séreux des glandes », Guy Patin déformait le titre du troisième ouvrage imprimé sur l’âpre dispute de priorité qui s’était allumée entre lui et Bartholin :

  1. Nova Exercitatio anatomica, exhibens Ductus hepaticos aquosos, et Vasa glandularum serosa, nunc primum inventa, æneisque figuris delineata, ab Olao Rudbeck Sueco. Cui accessere aliæ ejusdem observationes anatomicæ. Anno m dc liii,

    [Nouvel essai anatomique montrant les Canaux aqueux hépatiques et les vaisseaux séreux des glandes {d} que le Suédois Olaüs Rudbeck a tout récemment découverts, représentés par des gravures. Il y a ajouté ses autres observations anatomiques effectuées en l’an 1653] ; {e}

  2. Insidiæ structæ Cl. V. Thomæ Bartholini Vasis lymphaticis ab Olao Rudbekio Sueco in suis Ductibus hepaticis, et Vasis glandularum serosis Arosiæ editis, detectæ a Martino Bogdano Drisna Marchido,

    [Martin Bogdan, marquis de Drisna, dévoile le Piège que, dans ses Canaux aqueux hépatiques et vaisseaux séreux des glandes, publiés à Arosia, le Suédois Olaüs Rudbeck a tendu aux Vaisseaux lymphatiques du très distingué M. Thomas Bartholin] ; {f}

  3. Insidiæ Structæ Olai Rudbeckii Sueci Ductibus hepaticis aquosis et Vasis glandularum serosis. Arosiæ editis a Th. Bartholino Medico Regio Professore et Anatomico in Academia Hafniensi.

    [Piège que Thomas Bartholin, professeur de médecine et d’anatomie en l’Université de Copenhague, a tendu aux Conduits aqueux hépatiques et aux Vaisseaux séreux des glandes que le Suédois Olaüs Rudbeck à publiés à Arosia]. {g}


    1. Arosia est le nom latin de Västerås capitale du Västmanland, en Suède.

    2. V. note [26], lettre 152, pour la lymphe, le chyle, leurs conduits et les approximations du vocabulaire que les anatomistes utilisaient pour les décrire.

    3. V. notule {c}, note [28], lettre 477.

    4. Noms que Rudbeck donnait respectivement aux vaisseaux chylifères et lymphatiques (dans la nomenclature moderne) ; les « glandes » étaient les nœuds lymphatiques (lymphonœuds ou ganglions).

    5. Arosia, Eucharius Lauringerus, 1653, in‑4o non paginé de six feuilles (48 pages).

      Les « autres observations » de Rudbeck, au nombre de 17, concernent l’anatomie du chien et du chat et sont de maigre importance.

    6. Francfort, Petrus Hauboldus, sans date [1653 ou 1654], in‑4o de 44 pages non numérotées.

    7. Leyde, Adrianus Wingaerden, 1654, in‑8o de 164 pages. C’est l’amère et virulente réponse de Rudbeck, ligne à ligne, au précédent ouvrage.

Fort intéressé par les débats sur le chyle, j’ai lu avec attention quelques pages de sa Nova Exercitatio anatomica.

  • Chapitre i, De Occasione inveniendi nova hæc vasa [Circonstance de la découverte de ces nouveaux vaisseaux] :

    Dum anno millesimo sexcentesimo quinquagesimo primo, in venarum lactearum originem ac insertionem inquirendam versabar, injectaque semper supra venam portæ cum ductibus cholidocis ligatura, non semel apparuere ductus manifesto ab hepate ad ligaturam intumescentes : infra evanescentes, quos venas esse lacteas, minime sum arbitratus. Etenim quando humor aqueus illis contentus, soluto ligamine, cum impetu pancreas adpetebat, disparuere : ligamine autem coarctato, ab infarcto humore, cis ligamen sese elevarunt. Quod ubi multoties factum et expertum, animum subiit, nunc succum corpori alendo quasi inutilem, in pancreas amandari, ductoque virsungiano expurgari. Hoc ita pro vero habito, cum aliquando præsentibus, Magna Europæ virgine Cristina serenissima atque clementissima nostra Regina, illustrissimis atque generosissimis Dom<in>is, amplissimo senatu Academico, studiosorumque corona, lacteas thoracicas publice ostenderem, hos quoque ductus in medium adduxi. Verum aliquanto post tempore, favonio fortunæ, cum venas lacteas mesenterii inter pancreas glandulosum et vesiculam chyli sitas filo constringerem, ut diebus aliquot succus lacteus illis contentus appareret, cum ut horum ductuum origo, tum insertio, quæ antea mihi dubia, manifesta evaserunt. De quibus pro instituti ratione, uberius in dicendis.

    [Quand, en 1650 et 1651, {a} je m’occupais à rechercher l’origine et l’inserion des veines lactées, j’appliquais constamment ma ligature sur la terminaison de la veine porte et sur les canaux biliaires, {b} pour constater presque toujours que ces conduits enflaient manifestement entre le foie et le lien, tandis qu’au-dessous de lui, ceux que je jugeais être les veines lactées s’affaissaient un peu. Et de fait, il disparaissaient quand je desserrais la ligature car le liquide aqueux qu’ils contenaient se ruait vers le pancréas ; et quand je la resserrais, ils enflaient en amont d’elle, sous l’effet de l’humeur qui s’y accumulait. Après avoir fait et constaté cela à de multiples reprises, il me vint à l’esprit que ce suc était quasiment inutile à la nutirtion du corps, puis qu’il s’échappe dans le pancréas pour être éliminé en passant dans le canal de Wirsung. {c} Ayant tenu cela pour avéré, tout comme ceux qui avaient parfois assisté à mon expérience, je démontrai publiquement les vaisseaux lactés du thorax en présence de notre sérénissime et très clémente reine Christine, grande demoiselle de l’Europe, de ses très illustres et généreux seigneurs, de son très éminent Sénat et d’un cercle de savants, et mis ces canaux sous leurs yeux. {d} Cependant, peu de temps après, par un zéphyr de bonne fortune, tous mes doutes quant à l’origine et à l’insertion veines lactées du mésentère s’évanouirent pour devenir indiscutables, quand, quelques jours plus tard, je serrais un fil entre la glande pancréatique et la vésicule du chyle, {e} pour voir apparaître le suc laiteux qu’ils contiennent ; faits sur lesquels je vais disserter plus richement, selon la règle établie].


    1. Rudbeck étudiait alors la médecine à Uppsala. Docteur de cette université en 1652, il se partit ensuite se perfectionner à Leyde.

    2. Ligature de l’ensemble des vaisseaux composant le hile du foie.

    3. Canal excréteur du pancréas : même traduits avec le plus grand soin, ces propos sont incompréhensibles ou aberrants, car ses vaisseaux ne conduisent en aucun cas le chyle ni au foie ou au pancréas, comme voudrait le faire croire la fumeuse expérience de ligature menée par Rudbeck.

    4. Cette savante démonstration a eu lieu à Uppsala en avril 1652, comme il est dit dans l’extrait suivant.

    5. La citerne de Pequet, point chaud du débat dont il est question dans l’extrait suivant.

  • À la page C2 ro‑vo de son livre, Rudbeck parle, avec louable honnêteté mais comme à contrecœur, de ceux qui ont publié avant lui sur le résevoir du chyle :

    Hanc postmodum vesiculam chylosam, Anno millesimo sexcentesimo quinquagesimo secundo, mense Aprili, jussu non modo sed et in præsentia Majestatis, discursum movente experientissimo medicorum Stenio publico Professore medicinæ, sectione illustravi. Hic mihi Regii retulerunt medici, non ita pridem Stockholmiam advenisse Picquetum, eadem materia suam experientiam typo adornatem, quam ut in Junio conspexi, mox Hornii novum chyliferi ductum majo mense editum, Jansonii officina adtulit. tandem vero sub nundinis Holmianis, mense Septembri, eadem de vesicula in homine visa, tractatus novus Thomæ Bartholini suppeditabatur. Nihil amplius de his, ut tot scriptoribus divulgatis, quorum experientia et rationibus satis superque liquet, hepar non esse primarium sanguinificationis organum.

    [Ma dissection a démontré cette vésicule du chyle au mois de mai 1652, non seulement sur l’ordre de Sa Majesté, mais en sa présence, tandis que Stenius, le plus expérimenté des praticiens, professeur public de médecine, s’agitait en tous sens. Ce fut alors que des médecins royaux m’avisèrent qu’était tout récemment parvenu à Stockholm le livre de Pecquet relatant ses expériences sur la même matière, et que je n’ai vu qu’au moins de juin ; {b} peu après, le libraire Jansson a apporté le nouveau canal du chyle de van Horne, paru au mois de mai ; {c} enfin en septembre, à la foire de Stockholm, se vendait à l’envi un nouveau traité de Thomas Bartholin sur l’observation de cette même vésicule chez l’homme. {d} De tous ces auteurs, il n’y a rien de plus à dire que leur exprériences et leurs raisonnements montrent fort clairement que le foie n’est pas l’organe premier de la sanguification].


    1. Olaus Stenius (1597-1660), maître de Rudbeck, enseignait la médecine et l’anatomie à l’Université d’Uppsala, dont il fut recteur.

    2. Traduction complaisante du latin de Rudbeck, sans doute ému de faire cette confidence, comme en atteste aussi sa faute sur le nom de Jean Pecquet (Picquetum pour Pecquetum) : il s’agissait de ses Experimenta nova anatomica [Expériences anatomiques nouvelles] (Paris, 1651, dont l’épître est datée du 1er janvier 1651, v. note [15], lettre 280).

    3. Ouvrage (Leyde, 1652, v. note [5], lettre 390) où Jan van Horne revendiquait la découverte des voies du chyle. V. note [15], lettre 150, pour Jan Jansson, libraire d’Amsterdam qui avait une officine à Stockholm.

    4. De lacteis thoracicis in homine… [Des lactifères du thorax chez l’homme…] (Copenhague, 5 mai 1652, v. note [16], lettre 308).

      Une phrase de Bartholin (page 50) y aide à comprendre l’étrange intérêt de la souveraine suédoise pour le chyle :

      […] Pecqueto favens D. Petrus Bourdelotius Vir Eruditissimus, qui semel forte operantibus nobis adfuit, in Sueciam ad Serenissimam christinam Reginam incomparabilem, et sexus seculique miraculum, iturus, et chyli vas et chylum esse pernegabat.

      [(…) le très savant M. Pierre Bourdelot, qui est favorable à Pecquet, a assisté une ou deux fois à mes dissections, quand il se rendait en Suède, {i} auprès de la sérénissime et incomparable reine christine ; merveille de son sexe et de notre siècle, elle niait obstinément l’existence du chyle et de son réservoir]. {ii}

      1. Notre édition contient une lettre que Pierre Bourdelot a écrite du Danemark le 17 décembre 1651. Sans doute avit-il dans ses bagages quelques exemplaires du livre de Pecquet.

      2. Il est chronologiquement concevable que, dès son arrivée à Stockholm au tout début de 1652, Bourdelot ait réveillé la curiosité de l’érudite reine pour le chyle et qu’elle ait sur-le-champ demandé aux anatomistes d’Uppsala (Stenius et son élève Rudbeck) de lui présenter ce qu’ils savaient sur la question : cela jetterait de l’ombre sur la parfaite bonne foi de Rudbeck quant au livre de Pecquet.

  • Les vaisseaux chylifères du chien sont dessinés dans la figure 1 (avec les viscères abdominaux en place) et la figure 2 (sans les viscères) de Rudbeck, sans rien ajouter de remarquable à celles que Pecquet avait publiées le premier en 1651.

Outre les deux ouvrages cités ci-dessus et les quelques amers échanges qui les ont encore suivis, Rudbeck a laissé de nombreux traités d’anatomie et de botanique, mais aussi d’astronomie et de poésie (J. in Panckoucke). Poussé par son érudition imaginative et patriotique, il a publié un curieux ouvrage intitulé :

Atlantica sive Manheim Vera Japheti posterorum sedes ac patria, ex qua non tantum Monarchæ et Reges ad totum fere orbem reliquum regendum ac domandum, Stirpesque suas in eo condendas, sed etiam Scythæ, Barbari, Asæ, Gigantes, Gothi, Phryges, Trojani, Amazones, Thraces, Libyes, Mauri, Tusci, Galli, Cimbri, Cimmerii, Saxones, Germani, Suevi, Longobardi, Vandali, Heruli, Gepidæ, Teutones, Angli, Pictones, Dani, Sicambri, aliique virtute clari et celebres populi olim exierunt. Editio secunda multis in locis emendata et aucta.

[L’Atlantide ou Manheim, {a} véritable siège et patrie des descendants de Japhet, {b} d’où sont issus non seulement les monarques et les rois, pour gouverner et dominer presque tout le reste du monde, ainsi que les dynasties qu’ils y ont fondées, mais aussi les Scythes, les Barbaresques, les Ases, {c} les Géants, les Goths, les Phrygiens, les Troyens, les Amzones, {d} les Thraces, les Libyens, les Maures, les Étrusques, les Gaulois, les Cimbres, les Cimmériens, les Saxons, les Germains, les Souabes, les Lombards, les Vandales, les Hérules, les Gépides, {e} les Teutons, les Anglais, les Pictes, {f} les Danois, les Sicambres {g} et les autres peuples qui ont brillé par leur vertu. Seconde édition augmenté et corrigée en maints endroits]. {h}


  1. v. note [49] du Borboniana 1 manuscrit pour l’Atlantide de Platon. Rudbeck donnait à sa Suède natale le nom de Manheim, pour signifier qu’elle était le foyer de l’humanité.

  2. Fils de Noé, v. notue {e}, note [13] du Traité de la Conservation de santé, chapitre iii.

  3. Divinités nordiques.

  4. Guerrières mythiques de Scythie.

  5. Les Hérules peuplaient les pays baltes, et les Gépides, les Carpates.

  6. Écossais.

  7. Néerlandais et riverains du Rhin allemand ; v. note [3], lettre latine 475, pour l’avis de Rudbeck sur les Hyperboréens, qu’il a omis dans sa liste.

  8. Uppsala, Henricus Curius, 1679, in‑4o de 891 pages, suédois et latin juxtalinéaires.

    Une gravure de ce temps représente Rudbeck montrant aux célébrités de L’Antiquité, à la manière d’un anatomiste, sa rêverie géographique qui élevait la Suède au rang de mère et centre de l’Europe et de ses confins.


5.

V. notes [28], lettre 334, pour « stygienne » au sens de mortifère, et [16], lettre 321, pour la bulle Cum occasione contre les jansénistes (31 mai 1653).

6.

Guy Patin citait deux livres en cours d’impression :

  • Stephani Dechamps Biturici e Societate Iesu de Hæresi Ianseniana ab Apostolica Sede merito proscripta Libri tres. Opus ante annos novem sub Antonii Ricardi nomine inchoatum,

    [Trois livres de Stephanus Dechamps, {a} prêtre de la Compagnie de Jésus, natif de Bourges, sur l’Hérésie janséniste, justement proscrite par le Saint-Siège. Ouvrage commencé il y a neuf ans sous le nom d’Antonius Ricardus] ; {b}

  • Historia Gotteschalci prædestinatiani, et accurata controversiæ per eum revocatæ Disputatio in libros quinque distincta. Quibus accedit Appendix miscellanea ex Opusculis nondum editis, aliisque tractatibus Historiæ lucem allaturis collecta. Auctore R.P. Ludovico Cellotio Parisino, Societatis Iesu Theologo.

    [Histoire du prédestinatien Gotteschalcus {c} et soigneuse discussion de la controverse qu’il a reniée, divisée en cinq livres. On y a ajouté en appendice un recueil mêlé d’opuscules encore indédits et d’autres traités procurant la lumière de l’histoire. Par le R.P. Ludovicus Cellotus, {d} théologien de la Compagnie de Jésus natif de Paris]. {e}


    1. Étienne Agard Deschamps, jésuite (1613-1711).

    2. Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1654, in‑fo de 765 pages.

    3. Lointain précurseur des jansénistes, Gotteschalcus (Gottschalk d’Orbais) est un moine allemand du ixe s. qui fut excommunié et emprisonné pour l’idée de prédestination qu’il avait tirée de ses études sur saint Augustin.

    4. Louis Cellot, v. note [2], lettre 54.

    5. Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1655, in‑fo de 588 pages.

7.

V. note [20], lettre 324.

8.

V. note [10], lettre 332.

9.

V. note [70], lettre 336, pour le duel entre Aubijoux et le baron de Brissac, le 6 janvier à Paris.

10.

« un débiteur reconnaissant et qui n’a pas la mémoire courte ».

11.

Le traité de Westminster qui mit fin à la première guerre anglo-hollandaise ne fut signé que trois mois plus tard (15 avril 1654, v. note [41], lettre 345).

12.

« ces choses en effet ne peuvent ni ne doivent être consignées par écrit ».

13.

Henri-Louis Habert, seigneur de Montmor (1603-1679) ne doit pas être confondu avec Pierre de Montmaur (v. note [5], lettre 96). Nommé conseiller au Parlement de Paris en 1625 puis maître des requêtes en 1632, Montmor résigna sa charge en 1668. L’un des 40 membres de l’Académie française à sa création en 1635, il en mourut doyen (Popoff, no 1396).

En mai 1653, Gassendi s’était installé au second étage de l’hôtel de Montmor (rue Sainte-Avoye, aujourd’hui 19 rue du Temple, dans le ive arrondissement de Paris). Il s’était rapidement développé autour du savant un cercle scientifique, notamment fréquenté, outre Guy Patin, par Blaise Pascal, Abraham Du Prat, Samuel Sorbière ou Balthazar de Monconys. Après la mort de Gassendi (octobre 1655), le groupe continua de se développer pour aboutir en 1657 à la fondation de l’Académie montmorienne. Elle se réunissait chaque samedi pour recevoir et entendre tout ce que la France et l’Europe comptaient de savants. Ce fut à partir d’elle que l’Académie des sciences fut fondée en 1666.

14.

« trempe dans cette hérésie. » En 1637, Montmor avait épousé Henriette-Marie de Buade de Frontenac ; 15 enfants sont nés de cette union entre 1638 et 1657.

15.

Le quinquina.

16.

V. note [7], lettre 297, pour Louis-Henri D’Aquin, fils du rabbin Philippe D’Aquin et médecin de Marie de Médicis.

17.

« comme un dieu patellaire », c’est-à-dire à qui on fait des offrandes dans une patelle (dieu lare). « On dit en burlesque d’un homme qui fait le suffisant, que c’est un petit saint de bois sur une pelle, ou qu’il fait le doux dieu dessus une pelle, par corruption, pour dire dessous un poèle, comme dit Pasquier » (Furetière). Le poèle est le dais sous lequel on porte le Saint-Sacrement dans les processions.

18.

Sans allusion carminative : « Les plus grands plaisirs passent comme du vent » (Furetière).

19.

« la vertu seule demeure pour l’éternité. »

20.

Sophiste (Furetière) :

« celui qui fait des surprises {a} dans l’argumentation, qui a dessein de tromper ceux qu’il veut persuader. Ce mot, qui est maintenant odieux, était autrefois honorable et signifiait simplement, comme dit saint Augustin, un professeur d’éloquence, comme Lucien, Athénée, Libanius. Selon Suidas, {b} on le donnait indifféremment à tous ceux qui étaient excellents en quelque art ou science que ce fût. »


  1. « Surprise se dit aussi d’une tromperie, d’une chose qu’on fait contre l’ordre, ou sur la confiance d’autrui » (ibid.).

  2. V. note [47] du Grotiana 2.

21.

« Pour nous, préservons nos ongles de cette gale » (Martial, Épigrammes, livre v, lx, vers 11).

22.

V. note [29], lettre 211.

23.

Persuadé (qu’il est digne de recommandation).

24.

Le quartier d’une rente est « ce qui est échu pendant trois mois, ou le quart de l’année » (Furetière).

Louis xiv avait décidé de retrancher un demi-quartier des rentes de l’Hôtel de Ville, ce qui provoqua un violent mécontentement chez les bénéficiaires. Ils se rendirent en députation au Louvre, avec à leur tête le prévôt des marchands qui demanda au roi le rétablissement du demi-quartier. Le roi refusa de satisfaire leur demande en arguant du mauvais état des finances.

Le lundi 19 janvier, alors que le roi se trouvait au Parlement pour l’ajournement du prince de Condé, les rentiers bloquèrent l’ouverture des bureaux pour empêcher l’application de l’arrêt rendu deux jours auparavant. Soutenus par le garde des sceaux et premier président Mathieu i Molé, ils se virent contraints par lettre de cachet du roi d’envoyer au Louvre une députation. Le Parlement fut interdit de s’assembler pour délibérer sur ce sujet, « de peur que ces assemblées ne renouvelassent les anciennes confusions » (comme celle de septembre 1649 qui avait contribué à allumer la première Fronde). Le premier président, présent devant le roi avec les députés des rentiers, « assura Sa Majesté que les séances ne tendraient à aucune sédition ». Le ms Bnf fr. 5844 (fos 205 vo et 207 vo‑209 ro) relate en outre longuement la grogne des rentiers (Jestaz).

25.

Toujours les mésaventures de l’édition des Chrestomathies de Caspar Hofmann, confiée au libraire Pierre Rigaud de Lyon : v. note v. note [1], lettre 274.

26.

Pierre Dupuy : {a}

  • Traités concernant l’histoire de France : savoir la condamnation des templiers, avec quelques actes ; {b} l’histoire du schisme, les papes tenant le siège en Avignon ; {b} et quelques procès criminels… ; {d}

  • Instructions et Lettres des rois très-chrétiens, et de leurs ambassadeurs, et autres actes concernant le concile de Trente, {e} pris sur les originaux. Quatrième édition revue et augmentée d’un grand nombre d’actes et de lettres, tirés des Mémoires de M. D. {f}


    1. Mort en 1651, (v. note [5], lettre 181).

    2. templiers (Furetière) : « Ordre religieux et militaire, établi d’abord en Jérusalem en l’an 1118. en faveur des pèlerins de la Terre sainte. Ils avaient reçuu la règle de saint Bernard, et furent exterminés et brûlés du temps de Philippe le Bel ; et dans le concile de Vienne [1311-1312] l’Ordre en fut entièrement éteint par le pape Clément v. Voyez leur histoire par M. Dupuy. »

    3. V. note [44] du Faux Patiniana II‑7.

    4. Paris, veuve de Mathurin du Puis et Edme Martin, 1654, in‑4o de 510 pages.

      Les procès sont ceux du duc Jean ii d’Alençon, de Charles de Bourbon, duc et connétable de France, et du maréchal Oudard du Biez.

    5. V. note [4], lettre 430.

    6. Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1654, in‑4o de 609 pages.

27.

Le richérisme est la doctrine d’Edmond (ou Émond Richer) Richer, théologien français (Emundus Richerius, Chaource 1560-Paris 1631), qui enseigna la littérature, la rhétorique, la philosophie au Collège du Cardinal Lemoine, prit le grade de docteur en théologie et devint syndic de l’Université de Paris (v. note [27] des Décrets et assemblées de 1650-1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris). Vers 1587, il professait dans ses thèses l’opinion qui dominait alors en Sorbonne, « qu’on pouvait ôter le gouvernement aux princes indignes ».

En 1611, il publia d’abord anonymement son :

De Ecclesiastica et Politica Potestate, Liber unus. Ecclesia est Politia Monarchica, ad finem supernaturalem instituta : regimine aristocratico, quod omnium optimum et naturæ convenientissimum est, temperata a summo animarum pastore Domino nostro Iesu Christo.

[Un livre sur la Puissance ecclésiastique et politique. L’Église est un gouvernement monarchique institué à des fins surnaturelles ; le grand pasteur des âmes, Notre Seigneur Jésus-Christ, l’a organisé en régime aristocratique, qui est le meilleur de tous et celui qui s’accorde le mieux avec la nature humaine]. {a}


  1. Paris, sans nom, in‑8o de 30 pages.

Cet ouvrage contenait la doctrine, connue sous le nom de gallicanisme, prônée par l’ancienne École de Paris touchant les libertés de l’Église gallicane, c’est-à-dire du royaume de France : postulant que c’est à l’Église, mais non pas à Pierre que le Christ a conféré le « pouvoir des clés », Richer affirmait que celui de gouverner et d’instruire les fidèles réside non pas dans la personne du pape, mais dans la communauté des chrétiens ; celle-ci, pour l’exercer, dispose d’un organisme, l’Ecclesia sacerdotalis, c’est-à-dire le Clergé institué par Jésus dont la hiérarchie repose sur la transmission du sacerdoce à certains hommes, les évêques successeurs des apôtres, les prêtres successeurs des 72 disciples réunis au concile de Jérusalem ; la puissance sacerdotale est la même chez les uns et chez les autres ; tous font partie du « Sénat » de l’Église ; ils constituent une aristocratie, « le régime le meilleur et le plus conforme à l’humaine nature » ; ils exercent un pouvoir de législation, par le concile général, à l’échelle de la chrétienté, et par le synode, au niveau du diocèse. Richer affirmait aussi que le principe de la liberté chrétienne doit inspirer une résistance aux ordres que l’on estime injustes, même lorsqu’ils émanent du pape, et que l’appel comme d’abus, en particulier, constitue un recours tout à fait légitime. Ce livre eut un succès considérable, mais fut pour son auteur la cause de persécutions sans nombre. Forcé de se démettre du syndicat (1612), il put à peine obtenir une place de chanoine, fut enlevé par ordre du duc d’Épernon, partisan des jésuites, et se vit enfermer dans les prisons de l’abbaye Saint-Victor d’où l’intervention du Parlement le fit sortir (G.D.U. xixe s. et R. et S. Pillorget).

V. notes [40] et [41] du Patiniana I‑2, et [39] du Grotiana 1 pour des compléments sur cette affaire.

28.

« Tandis que je me tiens au calme dans mon étude, peu avant le dîner ». V. note [63], lettre 332, pour la thèse et le livre de Johann Heinrich Otte en faveur des jansénistes.

29.

« avec menace d’hydropisie. »

30.

Bnf, ms fr. 5844 (fo 207), cité par Laure Jestaz :

« Dimanche dernier, {a} un bateau venant de Charenton trop chargé […] périt malheureusement, où il y eut 45 personnes noyées de tous sexes et âges, entre lesquels étaient deux jeunes marquis de Pardaillan qui faisaient leurs exercices en cette ville »


  1. 18 janvier 1654.

31.

Nicolas Périer était le fils du libraire Louis Périer (mort avant 1645). Reçu à son tour en 1645, Nicolas avait succédé à son père, avec sa mère jusqu’en 1649 puis seul (Renouard). Les Périer exerçaient aussi à Charenton, fief protestant proche de Paris (v. note [18], lettre 146).

32.

« Dans les affaires humaines tout est incertain. »

33.

« et je n’en suis pas surpris ».

34.

« Je crois que Mamurra [v. note [5], lettre 223] en a vraiment fourni un témoignage contre les dieux, pour vivre si longtemps si heureux dans une si grande fortune » (sans source latine identifiée).

35.

V. note [3], lettre 13, pour André i Du Laurens (mort en 1609), premier médecin de Henri iv, qui avait été anobli sous le titre de sieur de Ferrières. Il avait épousé Anne Sanguin de Livry (morte en 1644). En 1628, Guy Patin avait dédié à leur fils unique, André ii Du Laurens, sieur de Ferrières, son édition des Opera omnia de son père, contenant son Anatomie (v. note [6] de l’annexe consacrée à cet ouvrage). Les Archives nationales conservent une insinuation du Châtelet de Paris datée du 7 novembre 1644 (Y//184‑Y//187, fol. 20), intitulée :

« Anne Sanguin, veuve d’André i Du Laurens, seigneur châtelain de Ferrières-en-Brie, conseiller et premier médecin du roi demeurant à Ferrières, se trouvant actuellement au château de Frétay, près Tournan : donation à André ii du Laurens, seigneur châtelain dudit Ferrières, conseiller du roi, gentilhomme et maître ordinaire de l’Hôtel de Sa Majesté, son fils aîné {a} de la part et portion qui pourrait revenir à son dit fils, après son décès, comme aîné en ladite terre et seigneurie de Ferrières. »


  1. En 1628 comme ici, en 1654, Patin a dit ce fils « unique » : il l’était donc nécessairement aussi en 1644 ; mais il devait avoir une fratrie utérine issue d’un remariage de sa mère, ce qui explique l’expression « fils propre et unique » dans la lettre de Patin, et « fils aîné » dans la minute du Châtelet.

André ii Du Laurens mourut sans descendance. Les trois autres cousins étaient les enfants de Richard Du Laurens, un des frères d’André i, savoir son fils Robert, conseiller au Parlement, sa fille Louise, et son époux, Jean Baltazar, maître des requêtes.

36.

« “ Questions médico-légales ” de Paolo Zacchias », traité que Guy Patin avait précédemment annoncé à 16 livres en blanc (v. note [11], lettre 282).

37.

Paul de Boisgautier sieur de La Terrerie (Blois 1600-Paris 1653) avait étudié à Paris, puis avait reçu le bonnet de docteur en médecine de l’Université de Montpellier. Marguerite de Lorraine, duchesse d’Orléans, l’avait choisi pour premier médecin en 1642. J. Bernier a conté la vie de La Terrerie dans son Histoire de Blois contenant les antiquités et singularités du comté de Blois, les éloges de ses comtes et les vies des hommes illustres qui sont nés au pays blésois. Avec les noms et les armoiries des familles nobles du même pays (Paris, François Muguet, 1682, in‑4o, pages 551-561).

38.

L’ambassadeur de France aux Pays-Bas était alors Pierre Chanut (v. note [5], lettre 321).

Dans les mois précédant la fin de la guerre anglo-hollandaise (traité de Westminster le 15 avril, v. note [41], lettre 345), de fébriles tractations diplomatiques se tramaient autour de Cromwell : l’Espagne cherchait son alliance contre la France pour en finir victorieusement avec une guerre de bientôt vingt ans ; malgré ses démêlés politiques et religieux avec la république britannique régicide et puritaine, la France manœuvrait de son côté pour empêcher cette ligue funeste et pour retarder la paix anglo-hollandaise. Le baron Jean-Charles de Baas, émissaire spécial de Mazarin pour réconcilier la France et l’Angleterre, était arrivé à Londres au début de janvier. Les députés hollandais chargés de négocier la paix en étaient partis le 13 sans encore l’avoir conclue. Jérôme Beverning, ambassadeur des Provinces-Unies y revint en personne le 4 février, rejoint le 10 mars par deux émissaires hollandais pour reprendre les négociations ; à peu près en même temps que l’ambassadeur d’Espagne en Angleterre, Alonso de Cardenas, obtint de Cromwell la signature d’une alliance secrète contre la France, et que Mazarin riposta en donnant ordre à l’ambassadeur de France, Antoine de Bordeaux (v. note [2], lettre 314), d’annoncer la reconnaissance du Protectorat par Louis xiv (Plant) (v. note [14], lettre 340).

39.

Magny-en-Vexin (Val-d’Oise) se trouve à 28 kilomètres au nord-ouest de Pontoise sur la route de Paris à Rouen.

40.

La suite de l’affaire est narrée dans la lettre à Charles Spon du 6 mars 1654, v. note [28], lettre 342. Ce conseiller clerc au parlement de Rouen se nommait François Le Noble. Son assassinat donna lieu à la publication de deux pièces :

  • Factum pour damoiselles Marthe et Louise Toucques, filles majeures… défenderesses et accusées, contre Me Louis Le Noble, auditeur en la Chambre des comptes de Normandie, Guillaume et François Le Noble, (frère et) neveux de défunt M. Me François Le Noble, vivant conseiller du roi au parlement de Rouen, demandeurs et accusateurs (sans lieu ni nom, 1653 ?, in‑fo) ;

  • Factum du procès criminel pour Me Louis Le Noble, conseiller du roi et auditeur en sa chambre des comptes de Normandie, et consorts, frère et neveux de feu messire François Le Noble, vivant conseiller du roi en ses conseils d’État et privé, et au parlement de Rouen,… contre Marie et Anne Vauvray, sœurs, Marthe et Louise Toucques, aussi sœurs, Philippe Moreau, Françoise Moreau, sa fille, et Jean Chapus, tous prisonniers… (sans lieu ni nom, 1654, in‑fo).

41.

« On dit figurément, mais toujours en mauvaise part, faire trophée pour dire faire vanité, faire gloire » (Académie). V. note [4], lettre 44, pour les passements.

42.

« Ô mœurs ! ô temps ! » (Cicéron ; v. note [52], lettre 292).

Ces édits d’imposition étaient liés au mécontentement des rentiers de l’Hôtel de Ville (v. supra note [24]). Pour l’apaiser, le roi décida en effet de payer le demi-quartier qu’il voulait leur supprimer en échange de nouveaux impôts. Un édit portait « imposition de deux écus sur chaque muid de vin, et l’autre deux écus sur chaque minot de sel » (Bnf, ms fr. 5844, fos 211v‑212). Le Parlement s’assembla aussitôt pour leur vérification (Jestaz).

43.

Je ne suis pas parvenu à identifier la ville que Guy Patin appelait Charleroy. La ville de Wallonnie sur la Sambre qui porte ce nom s’appelait alors Charnoy et ne devint Charleroi qu’en 1666 (Trévoux).

44.

Anne-Marie Martinozzi, v. note [4], lettre 326.

45.

« par changement de voilure et vent contraire ».

46.

Parti de Pézenas, le prince de Conti avait gagné Montpellier puis Vienne en Dauphiné et Lyon. Parvenu à Auxerre, il attendit les ordres du roi, mais on ne lui demanda pas de retourner à Lyon : le 16 février, « ayant dîné à Essonne, < il > arriva sur le soir en cette ville dans le carrosse de Son Éminence, qui l’avait été rencontrer à Villejuive et l’amena au Louvre où il fut reçu de Leurs Majestés avec des transports de joie » (Gazette, ordinaire no 23, de Paris 21 février 1654, page 176). Guy Patin allait en reparler lui-même au début de la lettre suivante.

47.

« ce que je crois sans peine ».

48.

« Mais enfin, je lève la main du tableau », v. note [10], lettre 93.

a.

Ms BnF no 9357, fos 142 et 143 ; Reveillé-Parise, no ccliv (tome ii, pages 106‑110) ; Jestaz no 107 (tome ii, pages 1174‑1182).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 30 janvier 1654.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0337
(Consulté le 27.11.2022)

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