Annexe
Préface de la première édition des Lettres (1683) et ses auteurs

Avis au lecteur [a]

« Il faudrait avoir eu peu de commerce avec la république des lettres pour ne savoir pas le rang qu’y tenait Monsieur Guy Patin, professeur royal en médecine à Paris ; [1] mais ceux qui ne l’auront pas connu pourront du moins apprendre par ces Lettres plusieurs particularités de sa vie, de ses habitudes avec les savants et du caractère de son esprit ; ce qui nous doit dispenser d’en entretenir au long le lecteur. Ceux qui veulent juger du cœur par les traits du visage, pourront aussi étudier le portrait que nous donnons au frontispice de ce livre. [2] À quoi, pour leur donner un peu de lumières, nous ajouterons quelques nouveaux traits de pinceau. Il avait la taille haute et droite, la démarche assurée, la constitution robuste, la voix forte, l’air hardi, le visage médiocrement plein, les yeux vifs, le nez grand et aquilin, et les cheveux courts et frisés. Feu M. Huguetan, [3] avocat de Lyon, qui le connaissait particulièrement, trouvait qu’il donnait de l’air à Cicéron [4] dont on voit la statue à Rome ; mais on peut dire surtout qu’il avait beaucoup de l’esprit de cet illustre Romain, car il avait une éloquence naturelle, une conversation savante et enjouée, une mémoire merveilleuse et un grand discernement des bonnes choses. Aussi eût-il été fort propre au barreau s’il eût aimé la chicane. Son érudition et sa présence d’esprit furent admirées en Parlement quand il y plaida pour la Faculté de médecine contre le Sieur Renaudot, [5][6] docteur de Montpellier qui prétendait pratiquer à Paris, comme s’il eût été agrégé à leur Corps. [7] M. Patin gagna hautement sa cause contre lui, mais il consola sa partie en sortant de l’audience, l’ayant abordé d’un grand sang-froid : Monsieur, lui dit-il, vous avez gagné en perdant. Comment donc ? lui répondit Renaudot. C’est, répliqua M. Patin, que vous étiez camus quand vous êtes entré au Palais, mais vous en sortez avec un pied de nez. Ce fut sur le même procès perdu qu’il fit ce plaisant quatrain en manière de ceux de Nostradamus : [8]

Quand le grand Pan quittera l’écarlate,
Pyre venu du côté d’Aquilon,
Cuidera vaincre en bataille Esculape,
Mais il sera navré par le talon.

Le grand Pan, c’était le cardinal de Richelieu [9] qui mourut en ce temps-là. Pyre est un abrégé de Zopyre [10] qui, s’étant fait couper le nez pour livrer Babylone à Darius, [11] signifiait Renaudot qui était mal partagé en nez. Esculape[12] comme l’on sait, était le dieu de la médecine. Navré par le talon, ce sont les conclusions de l’avocat du roi M. Talon. [1][13] Aussi faut-il avouer que Monsieur Patin était un des plus spirituels et des plus agréables railleurs qui fût en France, et non pas de ces railleurs qui rient les premiers de leurs bons mots. Il disait les choses avec un froid de stoïcien, mais il emportait la pièce, et sur ce chapitre il eût donné des leçons à Rabelais. [14] On disait qu’il avait commenté cet auteur et qu’il en savait tout le fin. C’est ce qui le fit accuser d’être un peu libertin[15] La vérité est qu’il ne pouvait souffrir la bigoterie, la superstition et la forfanterie ; mais il avait l’âme droite et le cœur bien placé : passionné pour ses amis, affable et officieux envers tout le monde, et particulièrement envers les étrangers et les savants, admirateur des Anciens, d’Hippocrate, [16] de Cicéron, de Pline [17] et de Galien, [18] et ennemi juré des auteurs arabes, [19] des empiriques, [20] des chimistes [21] et de tous ceux qui voulaient s’ériger en maîtres dans la médecine, ou qui la chargeaient d’un fatras importun de remèdes. Il appelait les chimistes, les singes de la médecine, les apothicaires, [22] des cuisiniers arabesques, parce que les Arabes ont merveilleusement augmenté la pharmacie, et les chirurgiens, [23] des gens habillés de noir avec des bas rouges, [2] c’était alors la manière dont ils étaient vêtus. Il en voulait surtout à ces apothicaires impitoyables qui accablent les malades de remèdes. C’est pourquoi il contribua beaucoup à ruiner leur métier par L’Apothicaire charitable, quoiqu’il n’en fût pas proprement l’auteur. [24] Il définissait quelquefois plaisamment un apothicaire, Animal bene faciens partes, et lucrans mirabiliter[3][25] ne pouvant souffrir les grosses parties qu’ils faisaient aux malades. Dès l’an trentième de son âge, étant déjà en grande réputation, un de ses amis mit ces deux vers sous son portrait gravé en taille-douce :

Galeni vindex, peregrini dogmatis osor
Errorumque, ista cernitur effigie.
 [4][26]

C’était en ce temps-là que les disputes des médecins sur l’antimoine [27] commençaient à s’échauffer, et il fut un de ceux qui s’opposa à son établissement avec le plus de vigueur ; en quoi, s’il a témoigné trop de passion, il faut aussi avouer que ceux du parti contraire n’en témoignaient pas moins ; mais quand dans ces duels littéraires on presse trop son ennemi et qu’il échappe des paroles trop aigres, il le faut pardonner à la chaleur de la dispute. Il voyait que les chimistes faisaient leur idole de l’antimoine ; que sous le prétexte de savoir apprivoiser ce dragon et d’en savoir les vertus, chaque empirique se mêlait d’en donner à tort et à travers, et comme dit Pline, Experimenta per mortes agebant ; [5] que les médecins, même en crédit, en donnaient un peu trop hardiment et souvent avec mauvais succès ; de sorte que la médecine courait risque de devenir tout empirique et que les malades allaient désormais être obsédés par mille charlatans [28] impudents et ignorants qui avaient des secrets merveilleux pour envoyer les gens en poste à l’autre monde. [6] Le moyen de se taire en cette rencontre et de ne pas s’opposer au torrent des abus aussi dangereux que ceux-là ? Car au fond il ne condamnait pas absolument l’usage de l’émétique [29] puisqu’on lit dans une de ses lettres que c’était un remède qui devait être manié par un sage et prudent médecin, et non pas par un charlatan, ni par un étourdi. [7] Présentement que l’antimoine a triomphé partout, est-il quelqu’un de ses plus ardents partisans qui ne convienne de cela ? Il en est de l’antimoine, et des autres remèdes actifs, comme du fer et du feu : la lancette [30] guérit entre les mains d’un habile homme et estropie entre les mains d’un maladroit ; le feu purifie l’or et consume la paille. Quoi qu’il en soit, les funestes expériences de ce remède, encore peu connu, rendaient excusable la chaleur avec laquelle Monsieur Patin s’opposait à son établissement. Il avait dressé un registre fort gros de ceux que l’antimoine avait tués, et il l’appelait le Martyrologe de l’antimoine ; [31] mais on ne peut l’accuser d’avoir fait des faiblesses là-dessus, ni des actions contre la conscience. Ce que je dis ici pour réfuter l’impudence d’un certain Allemand nommé Axtius[32] qui a chargé Monsieur Patin d’avoir voulu empoisonner son propre fils avec l’antimoine qu’il croyait être un poison, mais qui contre son attente le guérit heureusement. [33] Voici le roman tel qu’il le débite dans une lettre sur l’antimoine jointe à un traité de Arboribus coniferis, à Jene en 1679. [8] Narrabo historiam de jam nominato Guido Patino, quam a viro fide dignissimo accepi. Ille habebat filium ægrotantem, quem ex medio tollere volebat (terrorem mihi incutit tale nefandum Patris in filium facinus, quod tamen ille non curavit) huic propinavit Antimonium, et optavit ut illud filium interficeret. Sed suum venenum hominem egregie purgavit, et omnem saburram extra corpus eliminavit, ita ut præter spem ægrotans pristinam sanitatem recuperaverit. Hoc tamen nullo modo effecit ut Patinus ad saniorem mentem redierit. Je veux lui faire l’honneur de traduire son conte : Je raconterai, dit-il, une histoire de Monsieur Guy Patin que j’ai reçue d’un homme très digne de foi. Il avait un fils malade, dont il avait fort envie de se défaire. Ce crime horrible d’un père envers son fils me fait peur, mais le bonhomme traitait cela de bagatelle. Il lui fit donc prendre de l’antimoine dans l’espérance que cela le tuerait ; mais son prétendu poison le purgea à merveille et chassa du corps toute l’impureté qui causait sa maladie, de manière que, contre l’espérance du père, le malade recouvrit heureusement sa première santé ; mais, pour tout cela, Patin n’en devint pas plus sage. Il ne faut que proposer ce beau récit pour en faire voir l’impertinence ; et pour parler avec modération, son auteur mériterait plutôt des bastonnades qu’une réfutation en forme ; du moins cet homme digne de foi qui le lui a raconté ; car pour notre auteur, sa crédulité, pour ne pas dire pis, nous doit faire pitié. Il avait dit un peu auparavant : < Non > curo Iacobum Grevinium, [34] Lucam Stengelium, [35] Bernardum Dessenium, [36] Ioannem Cratonem [37] Thomam Erastum, [38] Ioannem Baptistam Gemmam, [39] et alios qui contra stibium scripserunt, neque etiam Gasparum Hofmannum, [40] qui plura non sine præjudicio carpsit, multo minus Guidonem Patinum Medicum Parisiensem, et Carolum Sponium Medicum Lugdunensem, [41] omnium minime sententiam Collegii Medicorum Parisiensium ante annos centum et decem de Antimonio latam. Hi enim omnes aut usum et vires Antimonii nescierunt, aut ex nimia perversitate hoc fecerunt[9] C’est-à-dire que cet habile homme qui prononce en oracle l’éloge de l’antimoine ne se soucie point de ce qu’en ont écrit plusieurs auteurs célèbres Crato, Éraste et Hofmann, et encore moins, ajoute-t-il, de ce qu’en ont dit Guy Patin médecin de Paris, et Charles Spon médecin de Lyon. Mais pour le dernier, je voudrais bien savoir ce qu’il a écrit contre l’antimoine puisqu’au contraire, dans ses additions à la pratique de Pereda, imprimées il y a plus de 20 ans, [42] et dans la Pharmacopée de Lyon, [43] où il a travaillé, il a mis plusieurs préparations de l’antimoine qu’il a approuvées. [10][44] Cela peut faire voir la bonne foi de cet auteur qui se divertit ainsi à déchirer la réputation des vivants et des morts pour vanter l’antimoine, qui pourtant n’a plus besoin de patron puisqu’il n’a presque plus d’ennemis. Tous les savants n’avaient pas si peu de considération pour Monsieur Patin. Il a été familier à Paris de Messieurs Bouvard, [45] Cousin < sic pour Cousinot > [46] et Vautier, [47] premiers médecins du roi, de M. Seguin, [48] premier médecin de la reine, et de Messieurs Piètre, [49] Riolan, [50] Moreau, [51] du Père Mersenne [11][52], du Père Petau, [53] les premiers hommes de leur siècle ; et dans les pays étrangers, de Messieurs de Saumaise, [54] Hofmann, de Farvacques, [55] médecin du gouverneur de Flandres, Fausius, professeur de Bâle ; [12][56] et en France, il entretenait correspondance avec MM. Garnier, [57] doyen du Collège de médecine de Lyon, Falconet, [58] médecin de M. l’Archevêque, [59][60] Spon, agrégé au même Collège, [61] qui lui a dédié les Pronostics d’Hippocrate en vers héroïques, [13][62] Gontier, [63] médecin de Roanne, Le Févre, [64] professeur de Saumur, [65] et une infinité d’autres en Allemagne, en France et en Italie. [14] Ainsi il était informé des ouvrages et des occupations de tous les plus grands hommes de l’Europe, et même des plus menues particularités de leur vie, comme il en a touché plusieurs dans ces lettres. Quelques grands lui offraient un louis d’or sous son assiette toutes les fois qu’il voudrait aller manger chez eux, tant ils prenaient de plaisir à son entretien ; mais il méprisait la fortune et n’aimait pas le faste de la cour. Les gens de robe et de savoir gagnaient plus facilement son amitié. M. le premier président de Lamoignon [66] se délassait agréablement avec lui de l’embarras des affaires. Il se faisait toutes les semaines chez lui une espèce d’académie où Monsieur Patin ne faisait pas déshonneur. Il avait des manières de parler en latin si singulières que, quand il présidait à des thèses [67] ou qu’il devait parler en public, tout le savant monde s’y trouvait pour l’écouter. Il disait même les choses les plus communes avec beaucoup de grâce. Monsieur Gontier son ami s’en retournant en son pays, dans la ville de Roanne, il lui dit : Angustia loci magnitudinem ingenii non capiet [15] et, lui ayant fait présent de l’Anthropographie de Riolan, [68] il écrivit dessus : Petro Gontier Roann. Doctor. Med. eximio et in arte sua vere Roscio, intemeratæ fidei amico offert etc. [16][69] Se peut-il rien dire de plus beau ? Sa thèse, Estne totus homo a natura morbus ? [17][70] lui confirma sa réputation : Monsieur le Prince de Condé, [71] Monsieur le cardinal Mazarin [72] et tous les savants de Paris la lurent, l’admirèrent et l’en félicitèrent. Il avait une grande connaissance des bons livres et une des plus nombreuses bibliothèques [73] de France ; mais quoiqu’il eût tant de livres, il n’en citait rien qu’il ne pût d’abord trouver, se souvenant même du numéro de la page. Il fut élu doyen de la Faculté de médecine en l’année 1652 [74] et professeur royal dans la chaire de M. Riolan trois années après. [18][75] Il avait dessein de laisser sa charge à son fils aîné, Robert Patin, [76] qui mourut avant lui. La disgrâce et l’éloignement du second, Charles Patin [77] qu’il aimait tendrement, le touchèrent au vif, mais il eut la consolation de le voir devenir célèbre dans la connaissance de l’antiquité et de la médecine. Il mourut enfin septuagénaire en 1672, regretté de tous ceux qui avaient l’avantage de le connaître. Et voilà ce que je voulais dire de lui. Il est temps de le laisser parler. »

À la recherche de la plume qui a rédigé l’Avis au lecteur

L’Avis n’est signé dans aucune des éditions où il figure, qu’il s’agisse des Lettres choisies parues entre 1683 et 1718, ou de L’Esprit de Guy Patin ou Faux Patiniana II (v. sa note [5]). Deux hypothèses me semblent à considérer quant à l’identité possible de son ou ses auteurs.

Charles Patin et Jacob Spon ont écrit l’Avis au lecteur de la première édition des Lettres de feu M. Guy Patin : je ne vois pas de faille à cette solution de l’énigme, et remercie Yves Moreau et Gianluca Mori[28] car ce sont leurs travaux qui m’ont mis la puce à l’oreille, et permis d’en venir à bout, en novembre 2020, après de longues années de perplexité.

Appendice : liste chronologique des éditions des Lettres de Guy Patin

Suivant la classification établie par Achille Chéreau (1876) et reprise par Laure Jestaz (2006), que j’ai mise à jour en 2021


1.

V. notes [64], lettre 101, pour le quatrain à la manière de Nostradamus, et [3], lettre 90, pour le procès de 1642 qui se termina par le « pied de nez » de Guy Patin à Théophraste Renaudot.

2.

Guy Patin n’a nulle part employé cette raillerie contre les chirurgiens dans ses lettres ou dans ses autres écrits ; ce qui laisse penser que l’auteur de l’Avant-propos avait directement conversé avec lui ou avec l’un de ses très proches amis.

L’Avis au lecteur ne rangeait ici que Cicéron (v. note [1], lettre 14), Pline l’Ancien (v. note [5], lettre 64) et Rabelais (v. note [9], lettre 17) dans le panthéon littéraire de Guy Patin ; mais il y omettait, parmi bien d’autres, Juvénal (v. note [3], lettre 63), Martial (v. note [17], lettre 75), Érasme (v. note [3], lettre 44), Joseph Scaliger (v. note [5], lettre 34), Isaac Casaubon (v. note [7], lettre 36), Juste Lipse (v. note [8], lettre 36), Montaigne (v. note [24], lettre 99), Jean Bodin (v. note [25], lettre 97) ou Pierre Charron (v. note [7], lettre 73).

3.

« Créature qui fait bien les parties [ordonnances], et qui gagne merveilleusement de l’argent. »

Guy Patin a bien utilisé cette expression (qu’il a attribuée à Jean Haultin), mais l’Avis au lecteur l’a fort atténuée en y remplaçant animal fourbissimum [créature parfaitement fourbe] par animal (v. note [3], lettre 1008).

V. note [17], lettre 15, pour l’Apothicaire charitable de Philibert Guybert, qui est un appendice à son bien plus fameux Médecin charitable.

4.

« Ce portrait dépeint le défenseur de Galien, le pourfendeur du dogme étranger et des erreurs. »

V. note [2], lettre latine 231, pour ce distique de Jean de Nully et pour le portrait de Guy Patin qu’il ornait, dessiné en 1631 (v. supra note [a]).

5.

« Ils expérimentaient en tuant » (v. note [48] de L’ultime procès de Théophraste Renaudot…).

6.

« On dit qu’un mauvais médecin envoie les gens en poste en l’autre monde pour dire qu’il les fait bientôt mourir » (Furetière).

7.

Cette assertion pourrait interpréter ce que Guy Patin a écrit à André Falconet dans sa lettre du 4 novembre 1650 (fin du premier paragraphe) :

« Je sais trop bien que s’il appartient à quelqu’un de se servir d’antimoine, que c’est affaire aux docteurs dogmatiques {a} qui en sauront bien prendre leur temps et le donner bien à propos lorsqu’il est bien préparé ; que, quoique feu M. Nicolas Piètre, qui était un homme incomparable, m’ait dit plusieurs fois indomita illa stibii malignitas nulla arte potest castigari, {b} un homme sage ne s’y doit point fier. Jamais un médecin prudent n’en usera, je n’en dirai point davantage pour ce coup. » {c}


  1. La pensée médicale à laquelle Patin se flattait d’adhérer.

  2. « cette malignité (toxicité) indomptable de l’antimoine ne peut être réprimée par aucune science. »

  3. La contradiction entre le début et la fin de ce propos le rend ambigu, et mène à se demander s’il n’a pas été maladroitement retouché par un des éditeurs de la lettre imprimée (qui ne figure pas dans l’édition de 1683).

8.

Livre « sur les Arbres conifères » (Iéna [Jene], 1679) de Johann Conrad Axt et son Epistola de antimonio [Lettre sur l’antimoine] : v. note [55] de l’Autobiographie de Charles Patin pour une explication détaillée de cette sombre affaire.

9.

« Je ne me soucie guère de Grevinius, Stengelius, Dessenius, Crato, Erastus, Iohannes Baptista Gemma, et autres, qui ont écrit contre l’antimoine ; non plus même que de Caspar Hofmann, qui a recueilli plusieurs faits non dénués de préjugés, et encore moins de Guy Patin, médecin de Paris, et de Charles Spon, médecin de Lyon ; et pas le moins du monde, de la sentence du Collège des médecins de Paris prononcée il y a 110 ans. {d} Tous ceux-là n’ont en effet pas connu l’emploi et les vertus de l’antimoine, ou n’en ont eu que des notions profondément erronées. »

L’Autobiographie de Charles Patin a commenté ce passage, qui est plus amplement cité dans sa note [55], avec des précisions sur les auteurs qui y sont mentionnés.

10.

Petri Pauli Peredæ, Setabensis Doctoris Medici, et apud Valentinos publici Medicinæ Professoris, in Michaelis Ioan. Paschalii, Methodum curandi, Scholia. Cum addita in extremo Operis disputatione Medica, An Cannabis, et aqua, in qua mollitur, possint aërem inficere. Opus recens recognitum, et Indicibus suis insignitum. Editio novissima : Accessit Chymica Appen dix, Authore Car. Sponio, D.M. [Scolie de Pedro Pablo Pereda, docteur en médecine de Xàtiva et professeur public de médecine à Valence, sur la Méthode thérapeutique de Miguel Juan Pascual (médecin de Valence au xvi e s.). Avec une Disputation médicale ajoutée à la fin de l’ouvrage : Le chanvre et l’eau dans laquelle on l’amollit pourraient-ils corrompre l’air ? Ouvrage récemment reconnu et pourvu de ses index. Édition toute nouvelle à laquelle on a ajouté un Appendice chimique, par Charles Spon, docteur en médecine] (Lyon, Laurent Anisson, 1664, in‑8o).

Le Chymica Appendix, ad singula duum Librorum Practicæ Ibero-Valentinæ Capita [Appendice chimique, pour chacun des chapitres des deux livres de la Pratique valentino-ibérique] occupe les pages 585‑635 du livre ; il fournit pour chaque chapitre des recommandations pratiques de traitement.

Son principal intérêt est de montrer que Spon était bien plus ouvert que son ami Guy Patin à l’emploi de la double pharmacopée, botanique et chimique. Il y recommande, entre autres remèdes minéraux, la prescription d’antimoine sous diverses formes dans l’angine, page 605, l’empyème (pleurésie purulente) avec phtisie (tuberculose), page 609, la colique stercorale, page 618, la suppression des règles (aménorrhée), page 620, ou surtout les fièvres, pages 633‑635.

V. note [15], lettre 15, pour la Pharmacopée de Brice Bauderon, dite de Lyon, que Guillaume Sauvageon (v. note [2], lettre 36) a rééditée à de multiples reprises, et que, comme agrégé au Collège des médecins de Lyon, Spon avait sûrement approuvée et sans doute amendée.

11.

V. note [5], lettre latine 477, pour Marin Mersenne.

Le P. Mersenne n’avait pas de lien de parenté avec le médecin janséniste Pierre de Mersenne (ou Demercenne, v. note [21], lettre 336).

Dans son énumération des médecins du roi, l’Avis au lecteur a donné à Jacques ii Cousinot le nom de Cousin. François Vautier (v. note [26], lettre 117) était un « familier » de Guy Patin, dans la mesure où il le connaissait fort bien, mais sans être son ami, car il n’a jamais écrit que du mal de lui.

12.

Johann Caspar Fausius, professeur de médecine à Heidelberg (et non à Bâle), a correspondu avec Guy Patin. En revanche, il ne nous en est rien resté des échanges qu’il a eus avec Robert de Farvacques, médecin de Bruxelles gradué à Padoue (v. note [13], lettre 485), dont il a fait état dans quelques-unes de ses lettres.

13.

André Falconet était médecin de deux archevêques : celui de Narbonne, Claude de Rebé (v. note [9], lettre 423), et celui de Lyon, Camille de Neufville (v. note [5] de la lettre du 24 décembre 1655 à Charles Spon).

La Sybilla medica [Sybille médicale] de Spon (Lyon, 1661), traduction en vers latins des Pronostics d’Hippocrate, est décrite dans la note [6] de sa lettre du 15 janvier 1658.

14.

Notre édition ne contient qu’une lettre de Guy Patin à Pierre Garnier, et peut-être une autre, adressée à G.D.M. (qui pourrait aussi être Henri Gras) ; on n’y en trouve aucune qu’il ait échangée avec son ami Pierre Gontier, médecin de Roanne à qui il avait confié la première instruction de son fils Charles (v. note [2], lettre 143), ou avec Tanneguy Le Fèvre, régent à Saumur (v. note [3], lettre 530).

L’auteur de l’Avis au lecteur ne connaissait sans doute les lettres latines de Patin que par ouï-dire, et ignorait que les Hollandais (qu’il oubliait) et les Allemands y dominaient à part à peu près égale, loin devant les Italiens. Quant à l’« infinité » de ses correspondants, elle est toute relative, se limitant aux 116 que recense notre édition. Cette énumération rappelle néanmoins cruellement tout ce qui est aujourd’hui perdu de l’immense correspondance de Patin.

15.

« La petitesse de l’endroit ne contiendra pas l’immensité du talent » (citation sans source connue).

16.

« À Pierre Gontier de Roanne, fameux docteur en médecine et véritable Roscius en son métier [v. note [132], lettre du 20 mars 1649], offert par un ami d’une confiance sans tache, etc. »

V. note [25], lettre 146, pour les trois premières éditions de l’Anthropographia [Description de l’homme] (Paris, 1618, 1626 et 1649) de Jean ii Riolan.

L’Avis au lecteur est le seul texte à avoir relaté cette manifestation de l’amitié qui liait Guy Patin à Gontier. Il fallait les connaître très intimement pour en témoigner de manière si précise et détaillée.

17.

« Par nature, l’homme n’est-il pas tout entier maladie ? » (1643) : thèse intégralement transcrite, traduite et commentée dans notre édition.

18.

Pour être tout à fait précis, Guy Patin fut doyen élu de la Faculté de médecine de Paris de novembre 1650 à novembre 1652 ; il fut ensuite nommé professeur d’anatomie, botanique et pharmacie au Collège de France : d’abord en survivance de Jean ii Riolan, en 1654, puis titulaire de la chaire, de 1657 à sa mort, en 1672.

19.

Le littérateur Noël Argonne, dit Monsieur de Moncade ou de Vigneul‑Marville, a été avocat puis moine chartreux, sous le nom de dom Bonaventure d’Argonne. Né à Paris en 1634 ou 1640, il est mort en 1704 à la chartreuse de Bourbon-lès-Gaillon (dite aussi d’Aubevoye), en Normandie. Auteur de plusieurs ouvrages de morale et de piété, il aurait contribué aux anonymes Sentiments critiques sur les Caractères de Monsieur de La Bruyère (Paris, Michel Brunet, 1701, in‑12).

Les Mélanges d’histoire et de littérature (cinq parutions entre 1699 et 1740) sont le seul ouvrage qu’il ait publié sous le nom de M. de Vigneul-Marville. J’y ai puisé des citations pour enrichir quelques notes de notre édition. Outre le portrait littéraire que je leur ai emprunté, transcrit ci-après, ces Mélanges contiennent quelques anecdotes sur Guy Patin, mais rien ne permet de croire que les deux hommes se soient intimement connus.

20.

Après ces quelques banalités que tout le monde aurait pu débiter en ayant lu les Lettres de Guy Patin et leur préface, le portrait de Vigneul-Marville va brosser des traits tout différents de ceux qui figurent dans l’Avis au lecteur.

21.

V. note [11], lettre 35, pour les Elogia de Jean-Papire Masson (Paris, 1636 et 1656), tirés du cabinet de Jean Ballesdens (v. note [11], lettre 52), et pour la participation de Guy Patin, comme auteur de l’éloge de Simon i Piètre (v. note [5], lettre 15).

22.

V. notule {b}, note [20], lettre 407, pour Cavete canem, « Prenez garde au chien », qui est une banalité latine.

La lettre de Guy Patin à André Falconet, datée du 28 juillet 1665, figure dans la première édition des Lettres choisies (1683, lettre cxxxiii, page 381) ; on y lit à la fois :

  • que Joseph Scaliger a traité le cardinal Duperron de « charlatan de la cour de France, etc. ». (premier paragraphe, v. sa note [2]) ;

  • et que Patin a « autrefois ramassé bien des mémoires pour faire des éloges latins des Français illustres en science, à l’imitation de M. Scévole de Sainte-Marthe, à quoi je pourrai travailler l’hiver prochain pendant les soirées ; mais le nombre des malades me fait peur, c’est ce qui fait que je n’ose le promettre absolument » (second paragraphe, v. sa note [4]).

23.

V. notes :

  • [7], lettre 51, pour Jean ii Riolan, le mentor de Guy Patin, à qui il vendit sa chaire du Collège de France ;

  • [11], lettre 57, 2e notule {a}, [9], lettre 96, et [26], lettre 106, pour le passé de Guy Patin dans la correction des épreuves d’imprimerie, dont Théophraste Renaudot s’est souvenu, et que Pierre Bayle a dit « savoir de bonne part » dans son Dictionnaire historique et critique (dès l’édition de Rotterdam, 1697, tome second, seconde partie, page 742).

24.

« Iohannes Andrea, {a} évêque d’Aleria, n’a pas dédaigné d’être correcteur dans la librairie de Konrad Sweynheim et Arnold Pannartz. » {b}


  1. La vie et l’œuvre de Giovanni Andrea dei Bussi (Jean André, 1417-1475), premier bibliothécaire du Vatican, est détaillée dans l’article que lui a consacré le Dictionnaire historique… de Prosper Marchand (La Haye, Pierre de Hondt, 1758, in‑4o, tome premier, pages 20‑23).

  2. Libraires-imprimeurs de Rome.

25.

Dans ce bizarre jeu de mots, que je n’ai pas lu ailleurs, teints est sans doute à prendre pour « tenus ».

26.

VJacob Spon et Charles Patin, premiers éditeurs des Lettres choisies de feu M. Guy Patin.

27.

V. les Déboires de Carolus.

28.

V. note [2] de Jacob Spon et Charles Patin, premiers éditeurs des Lettres choisies de feu M. Guy Patin.

a.

Lettres choisies de Feu Monsieur Guy Patin… (Francfort [Genève], 1683, v. note [152] des Déboires de Carolus), pages ¶ ij ro‑[ix vo].

Le frontispice, ici reproduit, a emprunté la tête de Guy Patin à son portrait exécuté en 1631 (v. note [2], lettre latine 231). Le reste du dessin est signé M. Ogier Sculp. Lugd. [Mathieu Ogier, graveur à Lyon], et place Patin dans le décor de son étude, entouré de ses livres et assis devant son écritoire.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Préface de la première édition des Lettres (1683) et ses auteurs.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8036
(Consulté le 16.10.2021)

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