L. 79.  >
À Charles Spon, le 28 mars 1643

Monsieur, [a][1]

Pour réponse à votre dernière datée du 20e de mars, je vous remercie premièrement du nouveau paquet qu’avez fait pour moi, que j’attendrai avec toute sorte de patience. Vous m’avez bien obligé pour les trois livres que vous m’envoyez par icelui. Me voilà dorénavant bien avant in ære tuo[1][2] il faut chercher les moyens d’en sortir. Pour nos thèses, [3] voilà la première année de notre cours achevée, et ne se fera aucune thèse en nos Écoles qu’au mois de novembre, qui est à dire dans huit mois d’ici. [2] Mandez-moi par quelle voie vous voulez que je vous envoie le paquet que j’ai céans tout prêt, dans lequel vous trouverez aussi le dernier catalogue de nos docteurs [4] et quelque autre chose, Dieu aidant, qui est encore de présent sur la presse ; comme aussi les trois thèses auxquelles j’ai autrefois répondu. [3][5][6][7] Je ne pensais point avoir ce bonheur que vous m’eussiez vu présider, [8] et ai grand regret que depuis ce temps-là nous n’avons eu un mutuel commerce de lettres et de livres ensemble. [4] Vous ne trouverez pas grand goût aux thèses de cet hiver dernier ; mais l’hiver prochain elles récompenseront, elles seront toutes de pratique et de pathologie. Néanmoins, je vous dirai, tandis que nous sommes sur les thèses, que, si vous êtes curieux de cette marchandise, je pourrais bien vous en donner plusieurs, vu que je les ai toujours conservées tant qu’il m’a été possible et que j’en ai céans plus de 700 en bon ordre, et outre ce, un grand nombre de doubles ; et pour ce faire, vous n’auriez qu’à me mander qui sont celles que vous avez par un catalogue dans lequel vous n’auriez qu’à me marquer le nom du bachelier [9] sous un tel président, et aussitôt accingam me ad opus, ut amico meo satisfaciam[5] J’en ai une fois donné un cent de toutes différentes à un mien ami qui m’en fit démonstration de grand contentement. Je serai encore bien plus aise de pouvoir vous en donner davantage, pensez-y donc et m’employez. Nous attendons ici le Paralipomena Sennerti[6][10][11] je n’en ai pas encore vu. J’ai bien de l’obligation à M. Huguetan [12] de m’en vouloir donner un, vu que je n’ai eu le bonheur de le voir jamais qu’une fois ici et que je ne lui ai rendu aucun service, mais aussi crois-je totum illud debere me tuæ commendationi[7] Je souhaite, et vehementer atque ardenter cupio [8] que vous receviez bientôt les Institutions de Hofmannus. [13] J’ai vu ici depuis quatre jours M. Gassendi [14] et avons tous deux bien parlé de vous. Poemata Grotii [15] est un excellent livre que je vous souhaite ; si vous ne l’avez trouvé à Lyon, laissez-moi la charge d’en trouver un ici ou de le faire venir de Hollande tout exprès. [9] Pour les huit vers sur la mort du pauvre feu M. de Thou, [16] les voici :

Historiam quisquis vult scribere, scribere veram
Hunc vetat exitium, magne Thuane tuum :
Richeliæ stirpis proceres lœsisse paterni
Crimen erat calami, quo tibi vita perit ;

Sanguine delentur Nati monumenta Parentis,
Quæ nomen dederant, scripta dedere necem :
Ingeniis tanto est sancita cruore tyrannis ;
Vera loqui si vis, discito sæva pati
[10]

Pour les Épîtres d’Érasme, [17] les vendre à ce prix-là, ce n’est pas marchandise, c’est pure tyrannie ; sed eiusmodi lucrionibus bibliopolis nostris quis ponet modum ? [11] J’avoue bien, et le dis en conscience, que les Épîtres d’Érasme sont le meilleur livre de mon étude ; mais néanmoins, c’est trop cher. On ne dit rien ici du portrait de feu M. de Thou ; si on en fait, je donnerai ordre que vous n’en manquerez pas. Il est vrai que les loyolites [18] sont après à se faire incorporer en l’Université de Paris et combien qu’il y ait beaucoup d’opposition, ils espèrent néanmoins d’en venir à bout par le moyen de M. de Noyers ; [19] mais quand ils seront garnis de bons arrêts, il y aura encore de grandes difficultés en l’exécution. On dit pourtant ici qu’il n’y a encore rien d’assuré pour eux. Il court ici un livret plein de graves et bonnes raisons, par lesquelles il est montré que cela ne leur doit pas être permis et qu’il est fort important à l’État, etc. Ils n’y ont pas répondu, aussi ne le peuvent-ils faire. Si vous n’en avez vu à Lyon, je m’offre de vous en mettre un dans le paquet des thèses. Il est intitulé Apologie pour l’Université de Paris, contre le discours d’un jésuite, par une personne affectionnée au bien public, 1643[12][20] Pour l’autre, intitulé Alf. de Vargas, de stratagematis, etc.[21] je l’ai céans et l’ai vu de deux éditions différentes, savoir de Hollande et de Genève. [13] On m’a dit que le vrai auteur de ce livre est Gaspard Scioppius, [22] nosti hominem[14] Le Catéchisme des jésuites [23] est un fort bon livre ; je l’ai céans, il est dorénavant rare. Jos. Scaliger [24] le prisait fort et désirait souvent qu’un homme savant en droit prît la peine de le bien traduire. [15] Pour les Observations de Fernel, [25] c’est une pièce pour laquelle je me suis autrefois bien mis en peine, neque tamen in illius investigatione quidquam profeci[16] Fernel en mourant laissa tous ses papiers et ses livres à Julien < Le > Paulmier, [26] qui avait été son valet douze ans, et lequel, deux ans avant sa mort, il avait fait recevoir de notre Compagnie. [17] Ce < Le > Paulmier mourut à Caen en Normandie l’année 1588 et laissa tous ses papiers à un sien neveu nommé Pierre < Le > Paulmier, [27] qui fut aussi des nôtres et qui mourut l’an 1610, chassé de notre École pour avoir fait le livre intitulé Lapis philosophicus dogmaticorum, etc. [18] et pour s’être vanté de savoir une préparation chimique de l’or, avec laquelle on pourrait guérir des ladres, et que même il en avait guéri une ladresse. [19][28] Dans les Plaidoyers de Servin, [20][29] il en est parlé en un chapitre exprès : il voulait secouer notre joug et la juridiction de notre École touchant sa doctrine, disant que nous étions ses parties et par conséquent, que nous ne pouvions pas être ses juges ; c’est pour cela que M. Servin plaida pour nous et < Le > Paulmier fut condamné d’obéir au décret de notre École ; [21] de laquelle étant chassé, il continua en sa chimie, [30] laquelle l’étouffa, ayant été surpris d’une apoplexie [31] près d’un fourneau, l’an 1610. M. de Mayerne Turquet [32] demeurant lors à Paris, qui est aujourd’hui en Angleterre, acheta ses livres et ses papiers ; [22] et c’est à ce Turquet que nous avons l’obligation d’un livre intitulé Encheiridion chirurgico-practicum qui fut imprimé pour la première fois il y a plus de 20 ans à Genève ; [23] et ce manuscrit venait de chez < Le > Paulmier, et ne doute point que ce livre ne soit un commencement du dessein que Fernel avait de nous faire une Méthode particulière. Pour les Observations, je n’en ai pu rien découvrir et crois qu’il n’y a guère d’autres moyens d’en savoir que par M. de Mayerne. Et voilà ce que j’en sais. Pardonnez cette digression à un homme qui vous honore et qui a voulu vous déclarer tout ce qu’il en savait. L’Encheiridion practicum est infailliblement de Fernel. Pour le Chirurgicum, il est d’un chirurgien savoyard nommé Chalumeau [33] qui a autrefois été imprimé à part et qui n’approche en rien de la dignité du premier. [24] Nous avons ici un livre tout nouveau venu de Hollande, de M. Rivet, [34] Adversus votum Hugonis Grotii[25] Ce Grotius est malade d’une plaisante maladie : il prétend avoir des moyens d’accorder les deux religions contraires qui sont en France ; mais cela est impossible, Ante gryphæi iungentur equis, etc. [26][35] Jamais le pape ne se [dépouillera] [27] de sa puissance, [ni] les moines ne quitteront jamais l’article du purgatoire [36] qui leur a tant apporté de commodités. [28] C’est pourquoi cet accord prétendu doit être réputé chimérique. J’ai autre chose à vous annoncer : M. des Roches, [37] âgé d’environ 70 ans, qui était un des grands intendants du défunt cardinal de Richelieu, qui est chantre de Notre-Dame [38] et abbé de plusieurs bonnes abbayes, se servait autrefois du Gazetier [39] pour médecin, lequel en fut ignominieusement chassé pour lui avoir donné un purgatif [40] trop violent, in mediis doloribus arthriticis[29] qui en augmentèrent fort ; au lieu du Gazetier, il prit un de nos médecins dont il s’est toujours servi depuis ; enfin, en ayant été heureusement assisté, avec le conseil de quelques-uns de nos anciens, il s’est résolu avant que de mourir de faire un coup d’un habile homme et qui fera parler de lui, qui est de donner à la Faculté de médecine la somme de 10 000 écus comptants pour la faire rétablir, sans nous demander ni nous obliger à chose aucune. Nous avons accepté la donation, elle est passée et ratifiée. Je pense qu’à ce mois de mai prochain nous y ferons travailler. Le Gazetier, à qui cette proie est échappée, a le cœur trop bon pour en crever ; [30] mais pourtant, je ne doute pas qu’il n’en soit très marri. Le roi [41] se porte de mieux en mieux ; [31] il a permis à M. de Vendôme, [42] qui est en Angleterre, [32] de revenir à Paris ; et crois qu’il est en chemin pour ce faire. On parle ici d’une trêve générale qui doit être conclue à Cologne [43] où tous les princes envoient leurs députés[44] On tient que le roi y enverra d’ici MM. de Chavigny [45] et d’Avaux ; [33][46][47][48] quelques-uns disent que ce premier n’y veut pas aller de peur de perdre sa place au Cabinet et de laisser tout le gouvernement à M. de Noyers. [49] Plura non habeo scribenda[34] Je vous prie de me conserver toujours en vos bonnes grâces et de croire que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 28e de mars 1643.


1.

« partie de votre avoir (en dette envers vous) ». In ære meo est est un adage cicéronien qu’Érasme a commenté (no 651) :

« Quand nous voulons dire de quelqu’un qu’il se trouve désormais tout entier, et sans contestation possible, à nous, nous disons qu’il fait partie de notre avoir ; {a} car aux premiers temps de l’Antiquité, quand l’usage de l’or n’avait pas encore été découvert pour la frappe des monnaies, toutes les pièces étaient en bronze. {b} J’ai en tête un passage de Cicéron, au livre xiii des Lettres familières : “ Et, par Hercule ! j’ai toujours eu dans l’idée que tu faisais partie de mon avoir {c} à cause de nos liens avec Lamia et de la singulière amitié qui nous lie à lui. ” De même, au livre xv : “ Je ne me plains nullement que tu aies introduit Marcus Fabius dans le cercle de mes amis, car cela fait bien des années qu’il fait partie de mon avoir {d} et que je l’apprécie. ” »


  1. in ære nostro est.

  2. ærea.

  3. te in ære meo esse.

  4. ille in ære meo est.

2.

En mars d’une année impaire, tous les bacheliers du printemps précédent avaient soutenu leurs premières thèses quodlibétaires. Le tour des secondes quodlibétaires allait commencer à la Saint-Martin (11 novembre), et celui des cardinales le jour des Cendres suivants (v. note [1], lettre 1).

3.

V. note [4], lettre 3.

4.

Cette phrase (supprimée dans les éditions antérieures à celle de Triaire) révèle que, tout jeune étudiant, Charles Spon (né en 1609) fut auditeur de la thèse que Guy Patin (de huit ans son aîné) avait présidée le 16 décembre 1627 (v. note [10], lettre 3). Dans les quelques lettres qu’on a de lui, Spon a parfois appelé Patin « Monsieur, mon cher patron ».

5.

« je me mettrai à l’ouvrage pour satisfaire mon ami. »

6.

V. note [10], lettre 78.

7.

« devoir tout cela à votre recommandation. »

8.

« et désire avec ardeur et véhémence ».

9.

V. notes [12], lettre 92, pour les Institutions de Caspar Hofmann (Lyon, 1645) et [7], lettre 77, pour les Poèmes de Grotius.

10.

« Quiconque veut écrire l’histoire, l’écrire vraie, doit se garder de ce qui fut ta perte, grand Thou. La plume de ton père avait commis le crime d’offenser les éminents personnages de la famille Richelieu [v. note [2], lettre 961], ce qui t’a coûté la vie. Les monuments du père sont détruits par le sang du fils et en révélant un nom, ces écrits ont engendré un meurtre. La tyrannie s’impose aux esprits par tout le sang qu’elle fait couler. Si tu veux dire la vérité, apprends à souffrir la cruauté. » C’est « l’Épitaphe de M. [François] de Thou, [anonyme] qui courut de main en main bientôt après sa mort. On la trouve imprimée à la fin des Pièces ajoutées au Journal du cardinal de Richelieu [édition de Paris en 1665, in‑12o]. » Suit sa transcription en latin avec un 7e vers un peu différent (Tanti morte viri sic est sancita tyrannis [La mort d’un si grand homme sanctionne la tyrannie]) avec traduction plus libre en vers français :

« En transmettant l’histoire à nos derniers neveux,
Si l’on est dans les faits et sincère et fidèle,
Qu’on craigne d’éprouver l’infortune cruelle
Qu’on fit subir au fils d’un écrivain fameux.
C’est de François de Thou la triste destinée :
Au milieu de ses jours sa course fut bornée ;
Un ministre vengea son aïeul insulté
Dans un tableau tracé d’un pinceau véridique :
Oser sous un tyran dire la vérité,
C’est braver les horreurs du sort le plus tragique,
Le père est immortel par un ouvrage exquis,
Qui procura la mort à son illustre fils. »

(Gayot de Pitaval, Causes célèbres et intéressantes avec les jugements qui les ont décidées, Amsterdam, J.F Bassompierre, 1775, in‑8o, tome 8, pages 115‑116).

11.

« mais qui mettra une limite à la cupidité de nos libraires ? » V. note [14], lettre 71, pour les Épîtres d’Érasme.

12.

Titre exact de la première Apologie (sans lien ni nom [Paris, Sonnius], 1643, in‑8o) de l’abbé Godefroi Hermant (Beauvais 1617-Paris 1690) : alors chanoine de Beauvais, il devint recteur de l’Université de Paris (v. note [3], lettre 595) en 1646 et fut reçu docteur de Sorbonne en 1650. Intimement lié aux solitaires de Port-Royal, il fut exclu en 1656 des rangs de la Faculté pour y avoir pris la défense d’Antoine Arnauld. Rappelé à Beauvais par son évêque, Nicolas Choart de Buzenval, il fut enveloppé dans la querelle qui s’éleva entre cet évêque et son chapitre, et privé de son bénéfice, qui lui fut rendu en 1688.

Guy Patin a surtout évoqué, comme ici, ses ouvrages de polémique contre les jésuites. Son Apologie de 1643 est un virulent pamphlet contre « les persécutions par lesquelles les jésuites exercent la patience de l’Université de Paris, depuis qu’ils ont conjuré sa perte » ; elle se conclut sur cette phrase : « Enfin, quand nous ne serions pas assez adroits pour convaincre l’opiniatreté de nos adversaires, nous pourrons être assez heureux pour gagner l’approbation de ceux qui se trouveront vides de passion, et nos travaux seront toujours assez fructueux s’ils confirment les prudents, défabulent les simples et ouvrent les yeux à tout le monde. » Le P. Jacques de La Haye, s.j. y riposta : Réponse au livre intitulé Apologie pour l’Université de Paris… (v. note [28], lettre 97). Hermant devait devenir l’ami de Patin, s’il ne l’était déjà (G.D.U. xixe s. et Triaire).

Jourdain (livre ii, chapitre 1er, pages 279‑281) a fourni un résumé de la querelle opposant les jésuites à la Sorbonne :

« Sur la fin de 1642, quatre écoliers sortis du Collège de Clermont s’étaient présentés aux examens de la Faculté des arts. Le recteur, Louis de Saint-Amour, ayant reconnu qu’ils avaient fait leurs classes chez les jésuites, refusa de les admettre. Les candidats évincés se pourvurent devant le Conseil privé et firent sommation à la Compagnie de Jésus d’intervenir dans la cause, comme étant plus intéressée qu’eux-mêmes au gain du procès. La Compagnie, qui n’attendait peut-être que cette occasion, se hâta d’en profiter, et présenta une requête où elle rappelait que déjà en 1618, lors du rétablissement du Collège de Clermont, la Faculté de théologie et la Faculté des arts avaient voulu fermer à ses élèves l’accès des grades académiques, mais que cette prétention avait été repoussée par le Conseil d’État. Les jésuites demandaient en conséquence “ que le Collège de Clermont fût déclaré être du Corps de l’Université ; le principal et les professeurs d’icelui fondés en pareils droits, privilèges et prérogatives que les professeurs des autres collèges ; les écoliers recevables aux degrés et fondés aux mêmes droits que les autres, sans distinction […] ”. Le Conseil privé admit l’intervention de la Compagnie de Jésus et parut disposé à prononcer en sa faveur. L’Université de Paris regardait elle-même par avance sa propre défaite comme tellement probable que quatre fois elle refusa de répondre aux assignations qui lui furent données et préféra se laisser condamner par défaut. Mais à l’exemple de tous les partis qui se disent opprimés, elle en appela des conseils du prince à l’opinion publique. Son avocat devant ce nouveau tribunal, toujours facile émouvoir, fut un régent de philosophie, chanoine de la cathédrale de Beauvais, qui se nommait Godefroi Hermant. Dans les premiers mois de 1643, il fit paraître une Apologie pour l’Université qui eut en peu de temps plusieurs éditions, et dont le principal objet était de détruire une allégation reproduite sous mille formes par la Société de Jésus. “ Les jésuites, disait Hermant, font publier partout que l’Université refuse sa gloire en rebutant cette illustre Compagnie ; que si les deux Corps sont considérables étant séparés, leur union sera leur agrandissement ; qu’on ne peut, sans un aveuglement stupide, refuser ces nouvelles étoiles qui veulent conjoindre leur clarté aux anciens astres de la doctrine et de la vertu ; que c’est une rivière fertile, qui ne se décharge en un grand fleuve que pour le grossir ; et que ces nouveaux conquérants n’ont autre dessein que de donner du renfort aux soldats du Dieu des batailles. C’est ainsi qu’ils semblent n’être pas contents de faire le mal, s’ils ne lui donnent le nom et l’apparence du bien ; ils savent blesser et flatter d’une même main, et demander des actions de grâce pour la plus haute et la plus dangereuse de toutes les violences. Elle est trop visible pour être sans repartie ; il est important de désabuser les plus crédules, et de faire voir à tout le monde que cette entreprise engage autant qu’il y a de bons Français dans l’État et de chrétiens dans l’Église. ” Développant cette idée, Hermant s’efforçait d’établir : 1o que la ruine de l’Université offrirait de graves dangers pour la religion qui se trouverait par là privée de ses plus fidèles défenseurs ; 2o qu’elle ne serait pas moins préjudiciable à l’État en le laissant exposé aux entreprises d’une Compagnie redoutable, dont le chef n’était pas Français, et que son ambition et ses sourdes menées avaient déjà fait expulser de plusieurs pays ; 3o qu’on ne pouvait accorder aux jésuites les privilèges de l’Université sans la ruiner entièrement. »

13.

Alphonsi de Vargas Toletani Relatio ad reges et principes christianos, de stratagematis et sophismatis politicis Societatis Iesu ad monarchiam orbis terrarum sibi conficiendam. In qua Iesuitarum erga reges ac populos optime de ipsis meritos infidelitas, ergaque ipsum pontificem perfidia… illustribus documentis comprobatur [Témoignage d’Alphonse de Vargas de Tolède à l’intention des rois et des princes chrétiens sur les stratagèmes et les sophismes politiques de la Société de Jésus contre l’hégémonie qu’elle s’est acquise par toute la Terre. Où sont prouvées à l’aide d’insignes documents la déloyauté des jésuites à l’égard des rois et des peuples qui ont fort bien mérité d’eux, leur perfidie à l’encontre du pape lui-même…] (sans lieu ni nom, 1641 et 1642, in‑12o ; précédente édition, sans lieu ni nom, 1636, in‑4o).

L’auteur (factice selon Guy Patin) de ce libelle antijésuitique à grand succès est Alphonse Vargas (Tolède au commencement du xive s.-1359 ou 1366), théologien espagnol de l’Ordre de Saint-Augustin, docteur de Sorbonne, qui enseigna la théologie et la philosophie à Paris et fut ensuite successivement évêque d’Osma et de Badajoz, puis archevêque de Séville (G.D.U. xixe s.).

14.

« vous connaissez cet homme. »

Scioppius (Caspar Schoppe, Neumarkt, Palatinat 1576-Padoue 1649), élevé dans la religion protestante, avait abjuré pour mendier les faveurs du pape Clément viii en écrivant divers traités en faveur de la suprématie pontificale, des indulgences, des jubilés, etc. Ami de Joseph Scaliger, il s’était pris à le déchirer dans des libelles (v. note [10], lettre 104) où il confondait tous les protestants dans sa haine et où il insultait Henri iv pour avoir promulgué l’édit de Nantes. Il se déchaîna aussi contre les jésuites qui lui avaient fait refuser une pension. En dépit de ces aveugles emportements, Scioppius est considéré comme le premier grammairien de son temps. Il a laissé un nombre impressionnant d’ouvrages (G.D.U. xixe s.).

15.

Le Catéchisme des jésuites, ou examen de leur doctrine (Villefranche, G. Grenier, 1602, in‑8o, pour la première édition) d’Étienne Pasquier (v. note [16], lettre 151), est paru sous le couvert de l’anonymat. C’est un volumineux livre (358 pages distribuées en trois livres) qui contient tout le mal qu’on pouvait dire des jésuites à l’aube du xviie s.

Secunda Scaligerana (page 493) :

« Pasquier. Son Catéchisme contre les jésuites, disait Joseph Scaliger, est un bon livre pour l’État ; [Louis] Richeome n’a rien répondu qui vaille. {a} Si j’étais jeune homme, je m’exercerais à tourner en latin le Catéchisme des jésuites. Il n’y a rien de si beau contre eux. Il faut mettre la réponse que Richeome y a faite avec Amphitheatrum honoris. {b} Le beau livre que c’est que Catechismus Iesuitarum ! Ille intima Iesuitarum tangit, alii superficiem tantum. Iuvenis aliquis deberet vertere, sed opportet bene versatum esse in Iure, et vocabula Latina iuridica callere. » {c}


  1. Louis Richeome (Digne 1544-Bordeaux 1625), écrivain jésuite.

  2. Clarus Bonarscii Amphitheatrum honoris in quo Calvinistarum in Societatem Iesu criminationes jugulatæ [L’Amphithéâtre de l’honneur de Clarus Bonarscius (Carolus Scribanus) où sont confondus les calomnies des calvinistes contre la Société de Jésus] (Anvers, A. Verheyden, 1605, in‑4o).

  3. « Il y touche l’intimité des jésuites, quand d’autres n’ont touché que leur superficialité. Quelque jeune homme devrait le traduire, mais il lui faut être bon connaisseur du droit, et expert en vocabulaire latin juridique. »

16.

« et pourtant mes recherches ont toutes échoué. »

Les Observations de Jean Fernel n’ont jamais été publiées. Tout ce qu’on a de lui dans ce genre est le Io. Fernelii Ambiani, doctoris medici Parisiensis, archiatri regii, Consiliorum medicinalium liber. Ex eius adversariis quadringentarum consultationum selectus [Livre des Consultations médicales de Jean Fernel, natif d’Amiens, docteur en médecine de Paris, premier médecin du roi. Sélectionné à partir de ses brouillons de 400 consultations] (Paris, Gilles Beys, 1582, in‑8o, Gallica ; première de plusieurs rééditions, établie par Guillaume Capelle, v. note [18], lettre latine 75) ; on le trouve aussi à la fin de son Universa medicina qui allait être publiée à Leyde en 1644-1645 (v. note [6], lettre 115).

17.

Julien Le Paulmier (Palmarius ; Coutances 1521-Caen 1588) fit ses études de médecine à Caen puis à Paris, où il fut reçu docteur régent en 1556 après avoir suivi les leçons de Jean Fernel durant 10 ans. Étant calviniste, il se retira pendant les guerres civiles aux environs de Rouen où il rédigea les observations médicales qu’il avait recueillies jusqu’alors. Il parvint à délivrer Charles ix des insomnies continuelles qui le tourmentaient. Le Paulmier suivit ensuite son protecteur, le duc d’Anjou, aux Pays-Bas. Après l’expulsion des Français, il revint en Normandie ; l’usage du cidre l’y guérit des palpitations de cœur (v. note [5] de l’observation viii) et de l’hypocondrie dont le souvenir de la Saint-Barthélemy l’avait laissé affecté. En effet, après ce massacre, la Faculté de médecine de Paris, sur l’initiative du doyen Nicolas Jacquart, l’avait rayé de son catalogue. Le Paulmier y fut réintégré sur l’ordre formel de Charles ix (O. in Panckoucke et Triaire). Il a publié :

  • le Traité de la nature et curation des plaies de pistolet, arquebuse et autres bâtons à feu ; ensemble les remèdes des combustions et brûlures externes et superficielles (Paris, G. de Nyverd, 1569, in‑8o) ;

  • De Morbis contagiosis libri vii [Sept livres des Maladies contagieuses] (Paris, Denis Du Val, 1578, in‑4o) ;

  • De Vino et pomaceo libri ii [Deux livres du Vin et du cidre] (Paris, Guillaume Auvray, 1588, in‑8o), traduit en français par Jacques Cahaignes (v. note [5], lettre 75), Traité du vin et du cidre (Caen, Pierre Le Chandelier, 1589, in‑8o).

18.

Lapis philosophicus dogmaticorum. Quo paracelsista Libavius restituitur, Scholæ Medicæ Parisiensis iudicium de Chymicis declaratur, Censura in adulteria et fraudes Parachymicorum deffenditur, asserto veræ Alchemiæ honore. Per P. Palmarium Doctorem Parisiensem Galeno-chymicum. Ad illustrissimum Cardinalem Perronium. Adiecta est Historia Læprosæ Mulieris Persanatæ [Pierre philosophale des dogmatiques. Où le paracelsiste (André) Libavius (v. note [2], lettre latine 279) est rétabli, le jugement de la Faculté de médecine sur les chimistes dénoncé, et la censure contre les fraudes et falsifications des parachimistes réfutée, pour défendre l’honneur de la véritable alchimie. Par P. Le Paulmier, docteur galéno-chimiste [v. note [10] de la lettre de Julien Bineteau datée du er octobre 1651] de Paris. Dédié à l’illustrissime cardinal Duperron. Y est ajoutée l’histoire d’une femme lépreuse qui a été parfaitement guérie] (Paris, David Doulceur, 1609, in‑8o, Medic@).

Pierre Le Paulmier (Coutances vers 1558-Paris 1610), neveu de Julien, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1596. Il a été (42 ans avant Jean Chartier, v. note [13], lettre 271) le premier régent à subir les foudres de la Faculté, sa mère, en proclamant haut et fort, contre l’interdit solennel qu’elle avait décrété en 1566 (v. note [42], lettre 293), les vertus de l’antimoine et des autres remèdes chimiques, et dans sa pratique, et dans son Lapis philosophicus… La Faculté prit contre lui le décret qui suit ; on le trouve plié et collé au début de l’exemplaire de Lapis philosophicus… conservé par la BIU Santé :

Censura in librum M. Petri Palmarii, De Lapide philosophico dogmaticorum, exscripta ex commentariis Facultatis medicinæ.

Audita renunciatione censorum, quibus demandata est provincia examinandi libellum a magistro Petro Palmario editum, cui titulus est, Lapis philosophicus dogmaticorum : Auditis etiam responsionibus eiusdem Palmarii in eum finem articulo speciali citati : Collegium Medicorum in Academia Parisiensi legitime congregatum unanimi consensu libellum istum erroribus, fraudibus, imposturis, et mendaciis plenum damnat, et indignum luce iudicat : Statuit ut Palmarius, intra sex menses, eiusmodi errores, fraudes, imposturas, et mendacia scripto publico agnoscat, et abiuret : profiteatur se in Hippocratis, Galenique doctrina et scholæ Parisiensis disciplina constanter permansurum. Interea priuetur omnibus scholæ emolumentis, erogandis, Nosocomii pauperibus. Huic decreto si intra semestre non rite satisfaciat, e doctorum regentium catalogo expungatur, et omnibus scholæ emolumentis, et ornamentis, Academiæque privilegiis spolietur. Hortatur omnes Academias, ut eodem sint animo adversus talia opinionum portenta. Hoc decretum in commentarios facultatis referatur, et typis excudatur, ut omnes atque adeo posteri intelligant, Medicorum Parisiensium scholam nihil antiquius habere, quam ut antiqua et vera medendi ratio retineatur, Hippocratis, Galenique doctrina, et vetus disciplina conseruetur illibata. Datum Lutetiæ in scholis superioribus, sub minore sigillo facultatis, die xxviij Ianuarii, Anno reparatæ Salutis humanæ, 1609.

Subsignavit, Cornuti, Decanus.

[Censure contre le livre de Me Pierre Le Paulmier, La Pierre philosophale des dogmatiques, extraite des commentaires de la Faculté de médecine.

Après avoir entendu le rapport des censeurs à qui elle avait confié la mission d’examiner l’opuscule que Maître Pierre Le Paulmier a publié sous le titre de La pierre philosophale des dogmatiques ; après avoir aussi entendu les réponses de ce même Le Paulmier, convoqué à cette fin par article spécial : le Collège des médecins de l’Université de Paris s’est régulièrement réuni pour condamner d’un consentement unanime ce livre plein d’erreurs, de tromperies, d’impostures et de mensonges, et pour le juger indigne d’être publié ; il a arrêté que, dans les six mois, par écrit public, Le Paulmier reconnaîtra les erreurs, tromperies, impostures et mensonges de cette sorte, et les reniera ; il s’engagera à demeurer constamment dans la fidélité à la doctrine d’Hippocrate et de Galien et à la discipline de l’École de Paris. En attendant quoi, il sera privé de tous ses émoluments de l’École qui seront distribués aux pauvres de l’Hôtel-Dieu. S’il ne satisfait pas selon les règles à ce décret dans le délai d’un semestre, il sera rayé du catalogue des docteurs régents, et dépouillé de tous les honneurs et émoluments de l’École, et des privilèges de l’Université. Il exhortera toutes les universités à rejeter pareillement de telles monstruosités d’opinion. Ce décret sera consigné dans les commentaires de la Faculté et imprimé, de sorte que tous ceux qui viendront après nous comprennent que l’École des médecins de Paris n’a rien qui remonte plus loin dans le passé que de préserver l’ancienne et véritable manière de remédier, par la doctrine d’Hippocrate et de Galien, et de conserver les vieux enseignements intacts. Fait à Paris dans les les hautes salles des Écoles, sous le petit sceau de la Faculté, le 28 janvier de l’an de grâce 1609.
Signé Cornuti, doyen].

Eodem momento Decanus decretum supra scriptum coram omnibus doctoribus assidentibus, qui illud tulerunt, pronuntiavit magistro Petro Palmario, qui respondit se facultatis decreto satisfacturum. Actum in scholis superioribus, die et anno supra scriptis.
Subsignavit Cornuti, Decanus.

[Au même moment, devant tous les docteurs présents, qui avaient adopté le décret ci-dessus, le doyen en a donné lecture à Me Pierre Le Paulmier ; il a répondu qu’il satisferait au décret de la Faculté. Accompli dans les hautes salles des Écoles, aux jour et an susdits.
Signé Cornuti, doyen].

Le Paulmier en appela devant le Parlement le 16 mars suivant, mais la Cour donna gain de cause à la Faculté le 9 juillet 1609 (O. in Panckoucke et Triaire). Guy Patin a cité ce litige en exemple dans sa plaidoirie contre Jean Chartier (v. note [6], lettre 273).

19.

Maladie extrêmement redoutée à cause de sa contagion et des horribles mutilations qu’elle peut provoquer, la lèpre déclinait déjà en France au temps de Guy Patin. Aussi appelée ladrerie et aujourd’hui maladie de Hansen (bactériologiste norvégien qui a découvert le bacille responsable en 1873), la lèpre sévit encore de nos jours dans les pays les plus défavorisés. C’est une infection lente et chronique due à Mycobacterium lepræ, bactérie appartenant à la même famille que le bacille tuberculeux (M. tuberculosis). L’infection attaque notamment la peau, les muqueuses et les nerfs. Elle se manifeste sous deux formes principales, avec divers intermédiaires : la lèpre lépromateuse, ou éléphantiasis (v. note [28], lettre 402), la plus maligne et la plus contagieuse, est la forme disséminée qui mutile les membres et le visage ; la lèpre tuberculoïde, plus bénigne, est circonscrite au territoire d’un nerf. La lèpre est aujourd’hui curable grâce aux antibiotiques. Dans la langue commune, ladre a servi à désigner les gens avares, vilains, malpropres ou insensibles (comme les taches dépigmentées et anesthésiques de la peau qui sont caractéristiques de la lèpre).

L’Historia Persanatæ Mulieris Leprosæ occupe le chapitre xxxviii et dernier (9 pages non numérotées) du Lapis philosophicus dogmaticorum… de Le Paulmier. C’est l’observation d’une femme âgée de 45 ans, atteinte de lèpre éléphantiasique évoluant depuis dix ans, dont il dresse ce tableau saisissant (pages L iij r‑vo) :

Cacoethia atrabilarij humoris extra et intra vasa redundantis, pilorum radices rodendo, depilavit supercilia cilia alpebras, canos fecit crines iam a multis annis eosque tenues molles raros ; unde vulpina species sive primus gradus. Tum cutis extima soluta in squammas subiecta caro liquefacta exumium serpentis referebat. Frons palpebræ in rugas contractæ. Tota facies tuberibus crassis numerosis integris et ulceratis deformis, labra crassefacta, nasus subtumidus ulceribus exaratus, pinnæ foris intus dilaceratæ incrassatæ, oculi in rotundum acti, igneum micantes, in supercilijs laxis tumoribus onusti, malæ crassis tuberibus pugni crassitie præditæ mentum fissuris putrilagine manantibus dehiscens, et ex tuberculo ovi magnitudine pendulum Leoninum vultum et aspectum eximie referebant. Aures autem recurvæ marginibus contractæ velutique convulsæ tuberibus quoque asperæ, consumpti totius corporis musculi ; maxime hypothenar et scapularij, thoracici, descriptæ faciei adiecti alatos Satyros describebant unde Satyriasis. Pectus et corpus universum grandine elatiore conspersum, cutis tota quanta est grandinosa aspera livida plumbea crassefacta, brachia crura tibiæ varis grandibus inæqualia, pedes manus eorumque digiti profundis admodum ulceribus sanie putri fœtida illuvie fluentibus dilacerati Elephantiam veram et confirmatam pronunciabant. Adde linguam flammeam rimis fissurisque dehiscentem grandine susque deque infectam, haliitum fœtidum ex ore patulo expirantem, vocem raucam fereque nullam, deglutiendi summam difficultatem qua per biennium integrum ne tantillum carnis aut panis etiam in iusculo renuissime infriati devorare licuerit.

[La malignité de l’humeur atrabilaire qui surabonde à l’intérieur et à l’extérieur des vaisseaux, en rongeant la racine des poils, a fait tomber cils et sourcils, a blanchi les cheveux depuis déjà de nombreuses années, et les a rendus rares, fins et duveteux ; ce qui lui donne l’aspect d’un renard ou d’un nouveau-né. La peau des extrémités, détachée en écailles, rappelait la mue d’un serpent, la chair sous-jacente étant comme liquéfiée. Au visage, les paupières resserrées en plis rugueux, la face tout entière défigurée par quantité d’excroissances épaisses, tant intactes qu’ulcérées, les lèvres épaissies, le nez un peu bouffi et labouré de plaies, avec l’intérieur des narines épaissi et dilacéré, les yeux globuleux, brillants de feu, écrasés par les larges tumeurs des sourcils, les joues couvertes de gros tubercules ayant l’épaisseur d’un poing, le menton entrouvert par des fissures dégoulinantes de pus et d’où pendait une tumeur de la taille d’un œuf, rappelaient parfaitement la physionomie et la mine d’un lion. Les oreilles aussi étaient recourbées, avec des bords ourlés et comme arrachées par des tubercules rugueux. Les muscles de tout le corps étaient émaciés, surtout ceux des hypothénars, {a} des épaules et du thorax ; s’ajoutant au faciès déjà décrit, ils lui donnaient l’apparence des satyres ailés, d’où le nom de satyriasis. La poitrine et le corps tout entier étaient comme aspergés d’une grêle plus dispersée ; partout la peau était tachetée, rugueuse, livide, plombée, épaissie ; bras, cuisses, jambes étaient tordus par de grandes déformations ; les pieds, les mains et leurs doigts étaient déchirés de plaies très profondes d’où s’écoulait une sanie {b} corrompue d’une pourriture fétide. Tout cela traduisait un éléphantiasis authentique et confirmé. Ajoutez à cela une langue enflammée que fendaient crevasses et fissures, entièrement couverte de grêle, une haleine fétide qui s’exhalait d’une bouche béante, une voix rauque et presque éteinte, une très grande difficulté à avaler qui, depuis deux années entières, ne lui avait pas permis d’absorber le moindre petit morceau de viande ou de pain, même très finement dilué dans un bouillon].

Un remède métallique, prétend Le Paulmier, permit une guérison rapide et complète :

Dedimus imprimis aurum potabile exuberatum, supra sphæram exaltatum nec reductile, quo roborata natura virus totum in cutem expulit.

« Nous avons surtout administré de l’or potable {c} en abondance, exalté au-dessus du fourneau, {d} et non réduit, grâce auquel la nature fortifiée a fait venir tout le poison à la peau].


  1. Aux paumes des mains, du côté des auriculaires.

  2. V. note [11], lettre de François Rassyne, datée du 27 décembre 1656.

  3. V. note [6], lettre 155.

  4. Ici appelé sphæra, la « sphère [philosophale] » ou « fourneau des Sages [Initiés] ».

20.

Louis Servin (Vendômois vers 1555-Paris 1626) s’adonna à la poésie latine et française, étudia le droit et acquit en même temps une érudition qui lui valut d’entrer en relation avec plusieurs lettrés de l’époque, notamment Joseph Scaliger. En 1589, Henri iv ayant transporté le Parlement de Paris à Tours, désigna Servin pour remplacer Jacques Faye comme avocat général. Dans ces fonctions, il se signala autant par son amour de la justice que par son éloquence, défendit les droits de l’État contre les prétentions ultramontaines et s’attira à ce sujet une censure de la Sorbonne en 1604. Servin resta parfaitement fidèle aux intérêts de la France jusqu’à sa mort qui survint dans des circonstances remarquables : le Parlement avait refusé à Louis xiii divers édits financiers qui pouvaient compromettre la fortune publique ; le roi convoqua un lit de justice pour forcer leur enregistrement ; Servin, fort de sa conscience, prit la parole contre cette mesure violente, « Croyez-le, Sire, dit-il, vous acquerrez une gloire plus solide en gagnant le cœur de vos sujets qu’en domptant vos ennemis » ; comme il prononçait ces derniers mots, sa voix s’éteignit ; il se renversa en arrière, frappé d’une attaque d’apoplexie et rendit l’âme peu après (G.D.U. xixe s.).

Guy Patin citait ici les Actions notables et plaidoyers de Messire Louis Servin, conseiller du roi en ses Conseils et son avocat général en son Parlement, à la fin desquels sont les arrêts intervenus sur iceux. Dernière édition, revue, corrigée et augmentée de plusieurs plaidoyers dudit auteur et d’une table alphabétique des matières (Paris, Étienne Richer, 1640, in‑fo).

21.

Il s’agit du chapitre cxi (pages 894‑899) du livre iii (traitant des matières particulières), Plaidoyer et arrêt de la Cour de parlement, donné en l’audience de la Grand’Chambre le lundi 6e jour de juillet 1609, en la cause d’entre Messire Pierre Paulmier, docteur en médecine, appelant de deux ordonnances de la Faculté de médecine des 28 janvier et 17 février 1609, d’une part, et les doyen [et] docteurs régents de ladite Faculté, et Messire Georges Cornuti doyen d’icelle Faculté pris à partie, d’autre :

« […] l’appelant fait une objection telle que Cicéron en quelques endroits appelait Divinationem de genere iudicii, de iudice vel accusatore constituendo, {a} qui est une espèce d’exception […] ou, comme disent les jurisconsultes, une prescription quand un accusé objecte que ceux qui se sont dits ou faits ses juges ont été et sont ses parties. Pour juger ce point, il faut examiner avant toutes choses l’inscription {b} du livre condamné. […] Or toutes choses saintes (comme dit ce bon maître) {c} sont enseignées par la divinité aux hommes saints ; et n’y a personne profane qui y puisse toucher s’il n’est premièrement initié aux sacrés mystères de la science. Belle et excellente doctrine conforme à celle de Platon en son Calliclès {d} et d’Aristote en ses répréhensions contre les sophistes. Car ce qui est en vérité est semblable à la Nature, voire est la Nature même. Mais ce qui n’est que par opinion est et n’est pas, tout ensemble, comme a très bien dit Herenius sur les Métaphysiques d’Aristote. Il est en apparence et n’est pas vraiment. Mais pour la discrétion {e} de la Nature, qui est la vérité, d’avec l’opinion ou apparence il faut avoir recours aux maîtres de chaque art, qui sont les vrais juges et légitimes censeurs des bons ou des mauvais ouvrages. Donc, pour juger le livre de Paulmier, on ne peut désirer de meilleurs juges que les médecins, puisque c’est un livre de la médecine. […] <La Cour> adhère aux doyen et docteurs de ladite Faculté de médecine intimés {f} à ce que leurs censures soient confirmées ; et requiert que l’appelant soit admonesté de respecter iceux intimés et obéir à leurs préceptes, et que défenses soient faites aux docteurs particuliers de bailler aucunes certifications sous leurs signatures contraires aux conclusions qui auront été arrêtées par la Faculté aux assemblées légitimement faites. »


  1. « Débat sur le genre de justice à appliquer, sur la manière dont on doit déterminer le juge ou accusateur ».

  2. Le titre.

  3. Hippocrate.

  4. Sophiste intervenant dans le dialogue de Platon intitulé Gorgias.

  5. Le discernement.

  6. Assignés.

22.

Théodore Turquet de Mayerne (Genève 1573-Chelsea 15 mars 1655), baron d’Aubonne, fils de Louis (v. note [6], lettre 128), était filleul de Théodore de Bèze (v. note [28], lettre 176). Il avait étudié la médecine à Heidelberg puis à Montpellier, où il avait reçu le bonnet de docteur en 1597. Venu à Paris, il avait été nommé médecin de l’ambassade, menée par le duc de Rohan, que Henri iv envoya à la diète de Spire (1600). De retour dans la capitale, Mayerne se mit à faire des cours publics pour les jeunes chirurgiens et pharmaciens. La Faculté vit avec ombrage cet empiètement sur ses droits. Pour sévir, elle profita des éloges qu’il prodiguait aux remèdes chimiques qu’elle proscrivait comme étant des innovations dangereuses. En décembre 1603, elle porta donc un décret, rendu dans les termes les plus injurieux, qui interdisait à Mayerne de consulter (v. note [11], lettre 128). Cet éclat scandaleux ne lui fit pas de tort : il n’en vit pas moins croître sa réputation, et dut seulement renoncer à faire des leçons de chimie et de pharmacie. La réputation de Mayerne ayant gagné la Grande-Bretagne par la guérison d’un seigneur anglais qu’il avait suivi à Londres, il avait été nommé en 1611 premier médecin du roi Jacques ier qui le combla d’honneurs et de dignités. Il remplit la même charge sous le règne de Charles ier et se retira à Chelsea après l’exécution du roi en 1649 (O in Panckoucke).

D’autres détails sur la vie de Théodore Mayerne-Turquet se trouvent dans la lettre du 16 novembre 1645 à Charles Spon.

Chimie (ou chymie) est un mot d’origine incertaine, probablement grecque (khumia, khêmeia, mélange), repris en arabe (cham, kimia). Son invention remonte au tout début de l’Antiquité (âge du bronze ancien, ve millénaire av. J‑C), avec l’apparition de la métallurgie, qui prit un grand essor en Crète à l’époque minoenne (iiie millénaire). L’emploi des substances métalliques en médecine est très douteux dans Hippocrate (ve s. av. J‑C), avec le mystérieux tetragonum (v. note [7], lettre 54), mais avéré dans Galien (iie s. de notre ère), qui a notamment décrit l’emploi externe (emplâtres, onguents, collyres) de l’antimoine (v. note [11], lettre latine 38) et du chalcanthum (ancêtre du vitriol, v. note [3] de l’observation x). Au Moyen Âge, les Arabes et les Persans (v. note [4], lettre 5) ont développé ces préceptes, enrichi considérablement la science et la terminologie chimiques, puis infiltré leur savoir en Europe. La chimiatrie (médecine chimique), d’abord confondue avec l’alchimie, y a pris son essor à la Renaissance ; cette authentique révolution est jalonnée par les noms de deux grands novateurs médicaux, le Suisse Théophraste Paracelse (v. note [7], lettre 7), suivi par le Flamand Jan Baptist Van Helmont (v. note [11], lettre 121). Ils secoulèrent violemment le vieux dogmatisme humoral et principalement botaniste, hérité d’Aristote, d’Hippocrate et de Galien, pour y substituer une conception métallique et cosmique des maladies et de leur traitement, qui préconisait l’administration orale (et non plus seulement externe, topique) de remèdes chimiques.

L’école médicale dogmatique parisienne, à laquelle Guy Patin adhérait sans réserve, rejetait avec horreur, mépris et férocité la chimiatrie et ses partisans (paracelsistes et helmontistes). L’emploi de l’antimoine (v. note [8], lettre 54) a cristallisé l’opposition farouche entre les deux camps et suscité, pendant un siècle (1566-1666), les incessantes querelles qui émaillent la correspondance de Patin. Les divagations et les duperies des alchimistes (transformation du plomb en or, pierre philosophale, fabrication de fausse monnaie, invention de panacées secrètes, etc.) lui servaient d’arguments, aussi faciles que spécieux, pour accabler aveuglément les chimistes.

23.

Enchiridion practicum medico-chirurgicum. Sive de internorum externorumque morborum curatione, breves, sed accurati Tractatus duo. i. Incerti at magni authoris opus posthumum, ut luculenter in epistola ad lectorem declaratur. ii. Anthonii Chalmetei olim apud Anicienses chirurgi celeberrimi, Manuale chirurgicum summariis theoricis singulis capitibus præfixis. Opus omnibus tam medicinam quam chirurgiam facientibus summe necessarium. Accessit huic novæ editioni, præter locorum quamplurimum emendationem, novus capitum et morborum, priore enchiridio contentorum pernecessarius index [Manuel pratique médico-chirurgical. Ou deux traités courts mais précis sur la guérison des maladies internes (médicales) et externes (chirurgicales). i. Œuvre posthume d’un auteur incertain mais éminent, comme le déclare fort bien l’épître au lecteur ; ii. Manuel chirurgical d’Antoine Chaumette, chirurgien jadis très célèbre au Puy, avec un sommaire des idées placé en tête de chaque chapitre. Ouvrage extrêmement nécessaire à tous ceux qui pratiquent la médecine comme la chirurgie. On a ajouté à cette nouvelle édition, outre la correction d’un très grand nombre de passages, un nouvel index des chapitres et des maladies contenus dans le premier des deux manuels] (Genève, Matthieu Berjon, 1627, 2 parties en un volume in‑fo ; deux éditions antérieures de 1621 sont d’Orléans et de Cologne ; réédition à Genève, Pierre et Jacques Chouët, 1644, in‑8o). L’épître au lecteur attribue la première partie à Jean Fernel et à son disciple Pierre Le Paulmier, ainsi qu’à son neveu Julien.

24.

Celui que Guy Patin appelait Chalumeau (ici et ailleurs dans les lettres, v. note [3], lettre 409) est Antoine Chaumette (Chalmetus en latin, d’où probablement la francisation fautive de Patin), auteur d’un manuel chirurgical, édité pour la première fois en 1560 (Paris, in‑8o) et réédité à de multiples reprises, en latin et traduit en de nombreuses langues, sous le titre latin de Enchiridion practicum medico-chirurgicum… (v. supra note [23]) ou français d’Enchiridion ou Livret portatif pour les chirurgiens, contenant en bref les remèdes tant universels que particuliers des maladies externes. Auxquels est ajoutée de nouveau une méthode très approuvée pour guérir la vérole. Le tout composé par M. Antoine Chalmettes, chirurgien très expert, et de nouveau fidèlement traduit de latin en français (Lyon, Louis Cloquemin, 1572, in‑4o, Gallica).

Né à Vergesac dans le Velay (et non pas en Savoie comme disait Patin), Chaumette étudia la médecine d’abord à Montpellier sous Guillaume Rondelet et Antoine Saporta, puis à Paris sous Sylvius ; il opta cependant pour la chirurgie qu’il alla exercer au Puy. Son Manuel est une compilation, écrite avec beaucoup d’ordre et de clarté, de ce qu’il avait trouvé de meilleur dans les livres imprimés avant lui sur l’art chirurgical (Z. in Panckoucke).

25.

Andreæ Riveti Apologeticus pro suo de veræ et sinceræ pacis ecclesiæ proposito, contra Hugonis Grotii votum… [Apologie d’André Rivet en faveur de sa proposition d’une paix véritable et sincère de l’Église, contre le vœu d’Hugo Grotius…] (Leyde, Elsevier, 1643, in‑8o).

André Rivet (Saint-Maixent 1572-Breda 1651) s’était appliqué à la théologie calviniste avant d’être consacré en 1595 pour devenir chapelain du duc de La Trémoille à Thouars, Église qu’il avait desservie jusqu’en 1620. Les Églises du Poitou l’avaient député en 1610, après l’assassinat d’Henri iv, pour assurer la reine mère de leur fidélité. En 1617, il avait présidé le synode national de Vitré. Trois ans après, il avait accepté une chaire de théologie à Leyde. En 1626, le synode de Castres l’avait rappelé en France, mais Rivet ne put se décider à quitter la Hollande. Il avait quitté Leyde en 1632 pour aller s’établir à Breda comme curateur de l’École illustre et du Collège d’Orange. Rivet était beau-frère de Pierre i Du Moulin. Calviniste convaincu, il s’opposa vigoureusement et constamment à la réunion des religions (G.D.U. xixe s. et Triaire).

26.

« Auparavant les griffons s’accoupleront aux chevaux, etc. » ; réminiscence de Virgile (v. note [31], lettre 477).

27.

Une déchirure du papier a emporté le mot, il a été rétabli d’après les éditions de 1718 (Triaire).

28.

Lieu de supplice, intermédiaire entre le paradis et l’enfer, où les âmes des justes incomplètement purifiées achèvent de purger leurs fautes, le purgatoire était un des points de la religion catholique dont Guy Patin se gaussait volontiers. Le dogme du purgatoire, longtemps débattu entre les Pères de l’Église, avait été établi par le concile de Trente (1545-1563), ratifiant celui de Florence (1439). Les âmes peuvent être soulagées dans le purgatoire, et même délivrées, par des messes dites exprès pour elles, par les prières et les bonnes œuvres que les fidèles vivants font à leur intention. Le purgatoire est donc une source de revenus pour les prêtres et les moines, et plus généralement pour l’Église tout entière. Les abus de cette sorte avaient déclenché la fureur de Luther et animaient l’acrimonie de Patin. C’est sans doute le trait qui l’a le plus rapproché des protestants.

29.

« tandis qu’il était en proie aux douleurs de goutte ».

V. note [3], lettre 83, pour le don que Michel Le Masle, abbé des Roches, faisait à la Faculté. Le Gazetier d’alors était Théophraste Renaudot.

30.

« Quand un homme charitable voit la misère des pauvres, le cœur lui crève de tendresse, de pitié » (Furetière).

31.

L’embellie ne dura guère (Olivier Le Fèvre d’Ormesson, Journal, tome i, pages 22‑23). :

« Le lundi 6 avril, je vis M. Pichotel qui me dit que la fièvre avait repris le roi le jeudi et ne l’avait point encore quitté ; ce qui mettait toute la cour en peine. […] Le roi était dans un tel chagrin que samedi, voyant les médecins, il leur avait dit que, s’il ne craignait Dieu, il les ferait tous étrangler devant lui ; qu’ils étaient des bourreaux qui l’avaient réduit en cet état. Le jeudi saint, {a} ne pouvant faire la cérémonie, {b} il la fit faire par M. le Dauphin qui ouvrit le sermon avec la reine, à l’issue duquel la reine s’étant retirée, il était demeuré sans aucun étonnement au milieu de toute la cour et des gardes, et avait fait la cérémonie aussi bien comme on le pouvait souhaiter.
La maladie du roi divisait toute la cour : la reine avait pour elle la noblesse, MM. de Vendôme et Beaufort, {c} de Longueville, d’Harcourt, les maréchaux de La Force, de Châtillon, etc. ; Monsieur, frère du roi, avait de sa part quelques personnes qui s’étaient déclarées pour lui contre la reine, savoir le premier président, les présidents de Maisons et de Nesmond, et le procureur général. M. le Prince, de son côté, faisait sa brigue. {d} Il {e} me dit encore que le jour du vendredi saint, {f} le cardinal Mazarin s’étant levé pour aller à l’adoration de la Croix après la reine, le duc de Beaufort se leva aussi ; mais il fut arrêté par la reine, qui le retint et fit que le Mazarin y allât, et M. de Beaufort n’y fut point.
La maladie du roi arrêtait toutes choses en ce que les ministres ne voulaient rien résoudre sans lui, et ainsi l’on ne pouvait donner tous les ordres nécessaires pour faire avancer les troupes ; les ennemis faisaient leurs assemblées au Quesnoy.
Le roi est réduit au lait de vache, qu’il a bien digéré pour la première fois ; il a un flux hépatique et par l’avis de M. Juif qui assista hier à une grande consultation, il est malaisé qu’il en réchappe. »


  1. 2 avril 1643.

  2. Laver les pieds des pauvres.

  3. Son fils.

  4. Menait sa cabale.

  5. Pichotel.

  6. 3 avril.

32.

V. note [17], lettre 54.

33.

Claude de Mesmes, comte d’Avaux (1595-19 novembre 1650), frère puîné d’Henri (v. note [12], lettre 49), avait d’abord été reçu en 1617 conseiller au Grand Conseil (1617), puis était devenu maître des requêtes et conseiller d’État en 1623. À partir de 1627, il avait rempli avec succès des ambassades à Venise, un moment à Rome (1632), dans divers postes en Italie (1633-1634), puis au Danemark, en Suède, en Pologne, enfin auprès des princes allemands, en résidence à Hambourg (1637). Il avait négocié et signé le 25 décembre 1641 à Hambourg, avec le baron de Lutzau, plénipotentiaire de l’empereur, et avec Salvius, envoyé de la Suède, le traité préliminaire qui arrêtait que deux congrès en vue de la conclusion de la paix se réuniraient simultanément à Münster (pour les catholiques) et à Osnabrück (pour les protestants).

Rentré en France en 1642, d’Avaux allait être nommé une première fois, le 10 juin 1643, surintendant des finances, en même temps que Nicolas-Léon de Bailleul ; mais il ne tarda pas à repartir pour La Haye et Münster, chargé des longues négociations qui précédèrent les traités de Westphalie, et réussit à concilier les intérêts des Suédois et des électeurs de l’Empire. On lui a reproché d’avoir alors servi la cause des catholiques pour gagner la sympathie de Rome, entrer dans les ordres et être immédiatement nommé cardinal. Celui qu’à Venise on avait surnommé « le vrai ambassadeur des rois et le vrai roi des ambassadeurs » fut tout à coup révoqué et disgracié, après vingt ans de service, par les intrigues de son collègue Servien qui l’accusa de discours peu respectueux envers Mazarin. Le cardinal le rappela néanmoins en mars 1648 et lui rendit les fonctions de surintendant des finances en compagnie de Particelli d’Émery (mars 1649). D’Avaux mourut sans alliance (G.D.U. xixe s., Popoff, no 1745, et R. et S. Pillorget).

34.

« Je n’ai rien de plus à vous écrire. »

a.

Ms BnF no 9357, fos 4‑5 ; Triaire no lxxxi (pages 271‑277) ; Reveillé-Parise no clxiii (tome i, pages 278‑281). Au revers, de la main de Charles Spon : « 1643, Paris, 28 mars. Lyon, 6 avril. Risposta, 7 dudit, avec un testamentum Christian. du P. L’AB. [P. L’Abbé ou Labbé] le tout envoyé par M. Pons, de la rue Saint‑Jean. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 28 mars 1643.
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(Consulté le 22.10.2019)

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