L. 372.  >
À Charles Spon, le 9 octobre 1654

Monsieur, [a][1]

Ce 17e de septembre. Depuis ma dernière datée du 15e de septembre, laquelle était de deux pages et demie, je vous dirai que notre compagnon M. Brayer [2] est toujours bien malade et qu’aujourd’hui au matin, il a été derechef saigné [3] pour la 18e fois : vous voyez par là que nous ne nous épargnons pas les uns les autres. Le cardinal Mazarin [4][5] a été malade quelques jours : laboravit podagra et gonagra, sed non laborat chiragra car il prend toujours bien ; [1][6][7][8] il a été saigné deux fois. M. de Joyeuse [9] est toujours fort malade. [2] On ne sait pas au vrai où est aujourd’hui le cardinal de Retz, [10] en Espagne ou en Italie. On dit que notre armée s’en va assiéger Rocroi. [11] Il y a eu ici arrêt de la Cour, dans la Chambre des vacations, [3][12] à la requête du procureur général, portant que l’on informera contre le cardinal de Retz, prétendu criminel pour s’être sauvé des prisons du roi ; on a saisi tout son revenu et même son patrimoine, afin qu’il n’en touche aucun denier[4]

Le roi, [13] la reine, [14] le Mazarin et toute la cour sont partis d’ici le 23e de septembre pour aller à La Fère [15] et à Châlons. [16]

Je vous supplie de m’apprendre si M. Borde [17] a imprimé depuis trois ans le deuxième tome des Commentaires de Redanus [18] sur les Macchabées, il vous le dira, afin que je l’achète s’il est imprimé. C’est un jésuite irlandais espagnolisé qui a enseigné à Madrid et qui a quelque chose de bon. Ces livres servent quelquefois de lieux communs assez heureusement, mais il y a horriblement des fautes, principalement aux noms propres. [5]

Le même M. Borde a imprimé un commentaire d’un certain Salinas, [19] jésuite espagnol, in Ionam[6][20] lequel a cité en divers endroits, et particulièrement page 96, un certain Ioannes Solorzanus, de iure Indiarum[7][21][22] Je vous prie de vous enquérir de ce livre et si vous le trouvez à vendre, de me l’acheter ; il y a de l’apparence que c’est quelque Espagnol.

Ce matin 27e de septembre, enfin est ici mort M. de Joyeuse. Ce même jour, M. Pecquet [23] m’est venu voir, qui m’a apporté en présent son livre de la nouvelle édition, où il y a quelque chose de bien rude contre M. Riolan. [24] Il m’a dit que dans environ trois semaines il s’en retournera en Languedoc avec son maître M. l’évêque d’Agde, [25][26] qui est frère de M. Fouquet, [27] procureur général et surintendant des finances, qui s’en retourne pour assister aux états du Languedoc, [28] en espérance de revenir de deçà dans six ou sept mois. M. Pecquet a dessein de vous saluer à Lyon dans leur retour en Languedoc et de vous présenter son livre. M. Sorbière [29] sera avec lui, car il est domestique de cet évêque, avec 400 livres de gage par an et bouche à cour. [8]

M. de Joyeuse ne laisse qu’un fils bien petit [30] et deux belles charges, savoir celle de grand chambellan [31] et celle de colonel de la cavalerie légère ; [9] on dit que ces deux charges sont de grande bienséance au Mazarin et à son neveu, [32] le petit Mancini. [10][33]

Le maréchal d’Estrées, [34] âgé de 80 ans passés, a été taillé [35] de la pierre le 25e de ce mois ; on lui en a tiré une grosse de la vessie, du poids de trois onces et demie. [11]

Pour votre lettre que je viens de recevoir, je vous dirai que l’on nous a dit ici qu’il y a ordre du roi à M. le maréchal de La Meilleraye [36] de remettre notre collègue Vacherot [37] en liberté. Toute l’astrologie [38] judiciaire n’est qu’une fourberie, Vacherot y avait étudié et n’y avait pu prévoir son malheur. Il avait eu aussi la chimie [39] dans la tête, puis après, la dévotion, l’histoire ecclésiastique, la controverse, etc. Enfin, étant devenu veuf, il s’était mis avec le cardinal de Retz, espérant obtenir de lui quelque jour un canonicat de Notre-Dame, [40] mais l’en voilà bien éloigné.

Celui à qui M. de Fontenettes [41] en veut est un vieux médecin de Poitiers [42] nommé de Lugné, [43] grand chimiste ; ils ont fait des libelles depuis trois ans l’un contre l’autre, lesquels ont été imprimés à Poitiers. [12]

J’ai connu en cette ville M. Bernier. [44] C’est un fort bon garçon, mais peu savant en médecine. J’apprends que, n’ayant pu s’arrêter à Montpellier pour la cause que vous me mandez, il a envie d’aller s’habituer à Marseille ; [13] lui-même me le dit céans l’an passé. M. d’Épernon [45] est donc bien fourni de ce sexe qu’il aime tant et qui est cause de tous les mouvements de Bordeaux. [14][46] Vous me mandez que M. Ravaud [47] s’est offert de me faire tenir cette dernière vôtre, je pense pourtant que vous me l’avez envoyée car je l’ai reçue par la voie ordinaire sans aucune des siennes. Je vous baise les mains et à lui aussi, et vous recommande à tous deux le paquet de livres que M. Musnier [48] m’envoie de Gênes ; [49] je ne sais auquel de vous deux il aura été adressé.

On commence ici à imprimer quelque chose des œuvres de feu M. Roland Desmarets, [50] in‑8o, en quoi l’on gardera l’ordre qu’il a prescrit par son testament. Je pense que c’est un recueil d’épîtres philologiques dont il nous a donné autrefois un échantillon in‑12o que je pense vous avoir envoyé. [15]

Je vous avertis que M. de Joyeuse, trois jours auparavant que de mourir, témoigna ressentir quelque amendement. Aussitôt, les médecins qui le traitaient prirent résolution de lui donner de l’antimoine [51] afin de tâcher d’attribuer son soulagement à ce remède qui ne peut être que très dangereux ; ce qu’ils firent à son grand dommage, car il s’en trouva si mal qu’il en mourut le lendemain. On avait déjà même dépêché un billet pour faire mettre dans la Gazette [52] que ce prince avait pris de l’antimoine et qu’il en avait été soulagé, qu’il avait vidé un abcès, que ce remède était excellent, etc. [53] Voyez-vous comme le fait de ces gens-là n’est que fourberie ?

J’avais oublié à vous dire qui sont les médecins qui ont vu M. de Joyeuse et qui avaient dessein de faire triompher l’antimoine dans la Gazette : [16] ces Messieurs sont celui qui est aujourd’hui Comes Archiatrωn [17][54] et qui n’en est jamais venu jusque-là pour rien, il en a tiré de sa bourse et de celle de ses amis plus de 69 000 livres ; ensuite, c’étaient le grand patriarche de l’antimoine, Guénault, [55] des Fougerais, [56] D’Aquin, [57] qui est médecin par quartier, du pays de David et par ci-devant garçon apothicaire de la reine mère, [18][58] et un nommé Du Fresne, [19][59] qui est valet de chambre de Mme de Guise [60] la mère. N’ayant encore fait autre métier que de valet de chambre à l’âge de 30 ans, étant en Italie avec très peu de latin, il prit ses degrés à Padoue [61] lorsque M. de Guise [62] y était. [20] Il est depuis revenu ici avec sa maîtresse, où il a tâché de passer pour médecin de Montpellier, [63] disant qu’il avait de beaux secrets ; mais son office de valet de chambre et son ignorance ont tout gâté. On dit qu’il est fils d’apothicaire de Nancy : [64] c’est assez pour commencer à faire un charlatan, [65] et jamais un bon et sage médecin ; l’air de la boutique gâte tout. C’est celui que je ne vis jamais ; hoc tamen possum affirmare [21] que j’ai vu des malades où il avait tout gâté ; venæ sectionis dignitatem non intelligit[22] aussi tâche-t-il de ne s’en point servir ; il purge [66] dès le commencement et dans les maladies aiguës, et même avec du diaphénic, [67] et tôt après il leur donne du vin émétique, [68] ne non iugulet[23] Ne voilà pas un brave champion pour un médecin de Montpellier, de genere eorum qui [24] savent tant de secrets que les médecins de Paris ne savent pas ? Sic luditur populus, sic decipiuntur Principes et Magnates qui volunt decipi a paucis, dum tam multos alios decipiunt phaleratis suis pollicitationibus[25] Et néanmoins, il est toujours valet de chambre de Mme de Guise.

Ce 30e de septembre. On dit ici que le roi est à La Fère et que le Mazarin y est au lit de la goutte ; [69] que Cromwell [70] fait tout ce qu’il peut pour établir son crédit, sa domination et sa tyrannie en Angleterre.

Le roi d’Angleterre [71] est parti d’ici il y a environ trois mois. Il a passé par l’Allemagne et est de présent à Vienne [72] chez l’empereur. [73]

Il faut que je vous annonce une bonne nouvelle de laquelle vous ne serez pas marri, si peut-être ce n’est que vous ayez pitié de moi comme on a quelquefois de ceux que l’on aime, voyant que ce que je m’en vais vous dire me fera bien de la peine : [26] c’est que M. Riolan, le bonhomme se sentant fort vieux et presque accablé d’un fardeau que l’on dit être ipso Ætna gravius[27][74] m’a considéré par-dessus et plus près que tous les autres ; il m’a choisi inter alios multos [28] pour me faire avoir sa charge de professeur royal, [75] ce qui est heureusement accompli. M. Auvry, [76] évêque de Coutances et grand vicaire de M. le cardinal Antoine [77] qui est grand aumônier de France, a reçu et agréé la nomination que M. Riolan lui a faite de moi et nous a donné son approbation sur nos lettres en beaux termes. [29] Delà, nous avons été à M. de La Vrillière, [78] secrétaire d’État, qui nous les a signées de grand cœur et de bonne sorte. Aujourd’hui, elles sont entre les mains d’un secrétaire du roi pour les faire sceller, ce qui se fera au premier jour que M. le garde des sceaux [79] scellera. Et puis après, je ferai le serment de fidélité entre les mains dudit évêque de Coutances ; mais ce qui reste à faire ne sont que cérémonies, qui même pourront être faites avant que vous receviez la présente. [30] Totum meum negotium erit in re Botanica, Pharmaceutica et Anatomica[31] J’en choisirai divers traités, tantôt de l’un tantôt de l’autre, et apporterai de soin tout ce qui me sera possible pour tâcher de faire de bons écoliers qui soient éloignés de la forfanterie des Arabes [80] et des impostures des chimistes, qui sont les venins ordinaires dont les jeunes gens sont aujourd’hui empestés et empoisonnés. J’ai dessein [81] de donner un traité de medicamentis purgantibus simplicibus et compositis [32][82] où je ferai une belle rafle de tant de sottes et ineptes, [33] et même inutiles compositions qui se trouvent dans ceux qui ont fait de grands antidotaires, [83] et dont le nombre n’est encore que trop grand dans les boutiques. Puis après, j’ai envie de donner de simplicibus alterantibus[34][84] desquels je choisirai les principaux pour en dire quelque chose de bon, de gentil et de plus particulier. Après cela, je pourrai venir à un traité fort copieux de Venenis[35] où je n’oublierai pas l’antimoine et le traiterai comme il mérite, et même ceux qui en donnent, tanquam veneficos et impostores[36]

Enfin, M. Brayer en est réchappé après 18 saignées et plusieurs médecines, il n’a plus qu’à se fortifier en se purgeant tout doucement. Il a été horriblement malade, c’est un petit corps atrabilaire [85] que cette fièvre maligne [86] avait fort maltraité. Maintenant il n’a plus besoin que de repos, de repas et de réjouissance. On dit ici que le pape [87] est mort le troisième jour d’une apoplexie ; [88] et on le tient certain sur ce que l’on dit qu’il en est arrivé un courrier exprès et que le nonce du pape [89] en débite la nouvelle publiquement. [37]

M. Musnier de Gênes m’a mandé qu’il m’envoie par Marseille un petit ballot de livres que je vous recommande s’il s’adresse à vous. Vous m’obligerez d’en payer le port depuis Marseille à Lyon, que je vous ferai rendre tout à l’heure ; sinon je vous prie de le recommander à MM. Huguetan [90] et Ravaud qui, l’ayant reçu, me l’enverront enfermé dans une de leurs balles à quelque libraire en cas qu’ils en fassent alors, ou bien par la voie du coche, selon que vous le jugerez plus à propos, s’il vous plaît, d’en accorder avec eux ; comme aussi de l’édition de deux manuscrits de M. Liceti, [91] savoir Hydrologia peripatetica et de Lacu asphaltite[38] Je n’ai pas mauvaise opinion du premier. Pour le second, il est très beau, je l’ai céans depuis un an et suis tout prêt de l’envoyer à Lyon si ces Messieurs le veulent imprimer. Je vous supplie de leur en vouloir parler un mot et de savoir leur volonté afin que, s’ils sont en disposition d’imprimer ces deux livres in‑4o, que j’en avertisse ledit M. Musnier et que l’on trouve moyen de leur faire tenir sûrement ces deux manuscrits. Je pense que leurs deux plus grands labeurs sont le Theatrum vitæ humanæ [92] et le Sennertus [93] en deux volumes. [39] Y a-t-il apparence que ces deux labeurs soient bientôt achevés ? Je vous supplie de leur faire mes très humbles recommandations et de les assurer que je suis leur très humble serviteur, et à notre bon ami M. Huguetan l’avocat [94] pareillement. Je vous prie aussi, dans l’occasion, de faire souvenir M. Rigaud [95] de sa promesse touchant notre manuscrit de feu M. Hofmann, [96] afin qu’il le commence bientôt ou que nous rompions enfin avec lui sans plus nous y attendre. [40]

Le comte de Duras, [41][97] qui commande pour le prince de Condé [98] dans Rocroi, a pris un gros prisonnier à la chasse, qui est le comte de Grandpré, [99] grand seigneur de la Champagne qui a autrefois été du parti dudit prince. [42] On dit que l’on va assiéger le Catelet, [100] mais on ne parle point d’autre siège d’importance. Le roi est à La Fère, on dit qu’il ira à Sedan [101] avant que de revenir de deçà.

On tient ici pour certain que le pape est mort d’une apoplexie le 25e de septembre. Quelques-uns disent que le cardinal de Retz est à Rome, mais la plupart croient qu’il est encore dans Belle-Île. [43][102]

Enfin il y eut hier séance à la grande chancellerie, mes lettres de provision furent présentées à M. le garde des sceaux, lequel dit qu’il n’avait point ouï parler de cette affaire, que cela était nouveau, qu’il voulait retenir lesdites lettres pour les lire et voir ce qu’elles contenaient : voilà ce que me vient d’apprendre M. Riolan, qui m’a dit qu’il le faut aller voir.

Ce 9e d’octobre, à dix heures du matin. Aujourd’hui, à deux heures de relevée, [44] nous avons été saluer M. le garde des sceaux. M. Riolan lui a allégué ses raisons. M. le garde des sceaux nous a dit qu’il n’avait hier refusé nos lettres que parce qu’il n’avait vu personne de nous deux, qu’il voulait savoir qui était celui à qui M. Riolan donnait sa survivance, qu’il connaissait fort bien M. Riolan et son mérite, et que, pour moi, il me connaissait bien maintenant ; que lundi prochain il y aurait sceau, qu’on lui présentât nos lettres et que nous y fussions, qu’il nous expédierait, et de bon cœur. Là-dessus, M. Riolan l’a prié de nous excuser et que si nous ne l’avions été saluer auparavant que de lui présenter nos lettres, que ce n’avait point été par mépris, mais de peur de l’importuner ; qui statim regressit : [45] Gens de bien comme vous n’importunent jamais, ce sont les méchants qui importunent ; allez, venez lundi, votre affaire est faite. Sic me servavit Apollo[46][103] M. Riolan avait quelque soupçon que le parti antimonial n’eût voulu empêcher cette survivance pour nous faire dépit à tous deux, mais il n’y a guère d’apparence après une telle ingénuité d’accueil, [47] et des paroles si douces et si agréables. Quoi qu’il en soit, nous verrons lundi et je pense que tout ira bien, je n’y puis dorénavant soupçonner aucune embûche. Utut sit, sortes nostræ in manibus Domini [48] qui fera réussir l’affaire s’il veut ; sinon, je demeurerai ce que je suis et serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 9e d’octobre 1654.

Il y a encore six feuilles à imprimer du livre de M. Perreau, [49][104] on < n’ >en peut ici rien achever faute d’ouvriers, qui font ici fort les mauvais. On dit que ceux de Lyon en font de même. Si cela est, ne pressez point, s’il vous plaît, M. Rigaud, personne n’a de pouvoir sur la nécessité. Je baise très humblement les mains à MM. Guillemin, Falconet, Gras et Garnier, et ne leur dites encore rien de notre affaire de lecteur du roi que je ne vous en aie mandé le reste.

Je me recommande à vos bonnes grâces et à Mlle Spon.


1.

« il a souffert de podagre et de la gonagre, mais pas de la chiragre », c’est-à-dire de la goutte aux pieds et aux genoux, mais pas aux mains (v. note [30], lettre 99), avec sarcasme sur la capacité préservée du cardinal à se saisir de tous les bénéfices qui passaient à sa portée pour s’enrichir (prendre bien) sans relâche.

2.

V. note [24], lettre 371.

3.

La Chambre des vacations expédiait les affaires criminelles et urgentes pendant une partie (du 9 septembre au 27 octobre) des vacances du Parlement de Paris (du 7 septembre au 12 novembre). Des magistrats de la Grand’Chambre et des Enquêtes y siégeaient à tour de rôle.

4.

Retz était encore en Espagne, qu’il allait quitter pour l’Italie le 16 octobre (v. note [10], lettre 367). Son statut de cardinal archevêque de Paris ouvrait l’épineuse question de qui pouvait le juger : tribunal civil ou ecclésiastique, français ou romain ? Dans sa fureur contre l’évasion de Nantes, Mazarin commit une lourde erreur en faisant signer au roi la commission du 21 septembre 1654 qui chargeait le Parlement de Paris d’instruire le procès du fugitif. « Les magistrats parisiens n’eurent garde de laisser passer une pareille aubaine : le roi leur confiait le procès d’un archevêque ! Ils s’empressèrent, le 22 septembre, d’enregistrer l’édit de la commission » (Bertière b, pages 392‑393).

En 1657, cette irrégularité de procédure a servi de motif à l’Arrêt du Conseil d’État portant que les immunités et exemptions acquises aux cardinaux, archevêques et évêques seront inviolablement gardées, et qu’en cas qu’ils soient accusés de crime de lèse-majesté, leur procès sera instruit et jugé par des juges ecclésiastiques (Commentaire de M. Dupuy sur le Traité des libertés de l’Église gallicane de M. Pierre Pithou, avocat en la Cour de Parlement… Nouvelle édition, tome ii, Paris, Jean Musier, 1715, in‑4o, pages 467‑468) :

« […] Néanmoins, au préjudice de ces droits, il a été expédié au grand sceau une commission du 21e septembre 1654, laquelle a été adressée à la Chambre des vacations du Parlement de Paris, qui a donné l’enregistrement, afin que par les conseillers de la Cour qu’elle commettrait, il fût informé sur certains chefs contre le sieur cardinal de Retz, archevêque de Paris, et que les informations seraient rapportées au Parlement lorsqu’il tiendrait <séance> pour être procédé à l’instruction du procès criminel, pour raison du crime de lèse-majesté ; ajoutant que ce cas notoirement privilégié fait cesser toute exemption et privilèges. Cette commission pour instruire et informer le procès, et la cause qui n’a jamais été mise dans aucun édit ni arrêt contre les évêques, savoir que le crime de lèse-majesté fait cesser toute exemption, assujettissent ouvertement la personne d’un cardinal et d’un archevêque à la juridiction du Parlement, au préjudice des immunités qui les exemptent en tous crimes de juridiction séculière. À ces causes requéraient lesdits députés de l’Assemblée qu’il plût au roi, comme protecteur et défenseur desdits droits, révoquer ladite commission comme contraire auxdites immunités, maintenir les cardinaux, archevêques et évêques de son royaume en la possession et jouissance paisible desdites exemptions et privilèges canoniques, et faire défense à ses Cours de parlement et à tous autres juges séculiers de prendre aucune juridiction ni connaissance contre leurs personnes pour raison du crime de lèse-majesté dont ils pourraient être accusés, sauf d’en faire la poursuite pour la punition des coupables par devant les juges ecclésiastiques, auxquels il appartient d’en connaître suivant les saints décrets et constitutions canoniques. Le roi étant en son Conseil […] a déclaré et déclare que ladite commission du 21 septembre 1654 demeurera nulle et comme non avenue […].
Fait au Conseil d’État du roi, Sa Majesté y étant. Tenu à Paris le 26e jour d’avril 1657. Signé, de Guénégaud. »

5.

Petrus Redanus (Peter O’Redan, 1607-1651), s.j., est auteur des Commentaria in libros Machabeorum canonicos, historica, ætiologica, analogica, quibus sacer contextus et accurate exponitur, et peculiari methodo ad mores expenditur… Nunc primum prodit [Commentaires historiques, étiologiques, analogiques sur les livres des Macchabées, dont le contexte sacré est exactement exposé et moralement jugé à l’aide d’une méthode particulière… Première édition] (Lyon, Philippe Borde, Laurent Arnaud et Claude Rigaud] 1651, in‑fo ; seul le premier des deux tomes prévus a été publié). Servir « de lieux communs » veut dire être une source de citations.

6.

R.P. Francisci Salinas de La Viñuela Navarensis, Societatis Iesu theologi, Commentarii litterales et morales in Ionam Prophetam, quatuor indicibus illustrati, quorum i. Quæstiones litterales et suasorias indicat ; ii. est ad Conciones sacras conficiendas ; iii. Locorum Scriptura sanctæ ; iv. et ultimus Rerum et Verborum [Commentaires littéraux et moraux du R.P. Francisco Salinas de La Viñuela (1601-1689), Navarais, théologien de la Société de Jésus, sur le prophète Jonas, enrichis de quatre index, dont : le ier relève les questions littérales et suasoires ; le iie est pour élaborer les prêches sacrés ; le iiie traite des passages de l’Écrture sainte ; le ive et dernier, des choses et des mots] (Lyon, Philippe Borde, Laurent Arnaud et Claude Rigaut, 1652-1655, 2 volumes in‑fo).

Le nom du prophète Jonas est attaché à un livre de l’Ancien Testament. Il contient (premier des 4 chapitres) le célèbre récit de son voyage en bateau pour se rendre à Ninive (Mésopotamie) : dans une tempête, les marins jettent Jonas à l’eau pour apaiser la colère divine ; un « gros poisson » (une baleine) l’avale, puis le vomit vivant sur le rivage au bout de trois jours et trois nuits.

7.

D. Philipp. iv, Hisp. et Ind. Regi Opt. Max. Ioannes de Solorzano Pereira, I.V.D. ex primariis olim Academiæ Salmanticensis antecessoribus, postea Limensis prætorii in Peruano regno Novi Orbis senator, nunc vero in supremo Indiarum consilio regii Fisci patronus, Disputationem de Indiarum iure, sive de iusta Indiarum Occidentalium inquisitione, acquisitione, et retentione, tribus libris comprehensam D.E.C. [Juan Solorzano Pereira (1575-1655), docteur en l’un et l’autre droit [Iuris Vtriusque Doctor], jadis l’un des premiers maîtres de l’Université de Salamanque, ensuite sénateur du gouverneur de Lima dans le royaume du Nouveau Monde au Pérou, et maintenant président du fisc royal au Conseil suprême des Indes, a dédié à Philippe iv, très bon et très grand roi des Espagnes et des Indes, la Discussion sur le droit des Indiens, ou sur la juste manière de soumettre les Indiens d’Amérique à l’enquête, à la capture et à la détention, rassemblée en trois livres] (Madrid, Francisco Martinez, 1629, in‑8o).

Les Commentaires sur Jonas de Francisco Salinas citent en effet cet ouvrage, pages 95‑96, dans ce paragraphe de la Quæstio xxvi, De navi quam invenit Ionas [26e Question, Du navire que Jonas trouva] :

Sed illa difficultatem maxima in hac navigationis arte : an scilicet apud antiquos Acu Magnetica navigationes conficerentur. Cum enim Magnetis, et Acyculæ inventum tribuatur Flavio a Gidia Melfensi Flandro anno a nativitate Domini 1303. sicuti habes apud P. Theophylum Reynaudum in suo Brevario Christianæ Chronologiæ parte secunda. Et Ioannem Solorzanum de iure Indiarum lib. i. cap. 12. a n. 77. et cap. 12. num. 42. cum Iusto Lypsio lib. i. Phisiologiæ diser. 19. et aliis. Qui fieri potuerit ut tot maria, et insulæ, navigationibus perviæ fuerint ? cum modo vix, ne vix quidem sine acus auxilio ulla aliqua licet brevissima navigatio tuto perfici possit ! Et navis, quæ ibat in Tharsis, vel in Indiam, vel in Hispaniam, vel in Africam cursum dirigebat ; et consequenter aliquorum aliquando mensium spatio iter conficiebat.

[Mais voici la plus grande des difficultés qui soit en cet art de naviguer : pouvait-on dans l’Antiquité s’y aider d’une aiguille magnétique ? Car en effet on attribue la découverte de l’aimant et de la boussole à l’Amalfitain Flavio Gojia, l’an 1303, en Flandre, comme vous verrez dans : la seconde partie du Brevarium Christianæ Chronologiæ du P. Théophile Raynaud ; {a} le livre i, chapitre xii (nos 42 et 77), De iure Indiarum de Juan Solorzano ; {b} le livre ii, Dissertatio xix, de la Physiologia de Juste Lipse ; {c} et dans d’autres auteurs. Comment aura-t-il pu se faire qu’on ait parcouru tant de mers et d’îles, quand il est à peine croyable, voire inimaginable, que quelque navigation que ce fût, même la plus courte, ait pu s’accomplir en toute sécurité sans le secours de la boussole ? Pourtant, un navire qui allait à Tarsis, ou en Inde, {d} ou en Espagne, ou en Afrique suivait une route et finissait parfois, au bout de quelques mois, par parvenir à bon port].


  1. Breviarum Christianæ Chronologiæ R.P. Theophili Raynaud Societatis Jesu Theologie. Pars posterior [Abrégé de la Chronologie chrétienne du R.P. Théophile Raynaud (v. note [8], lettre 71), théologien de la Société de Jésus. Seconde partie] (Innsbruck, Michaël Wagnerus, 1661, in‑12o, pour la première édition que j’ai pu consulter), avec cette mention (page 317) : Insigne inventum acus nauticæ, per Flavium a Gloria Melfensem, 1303 [Remarquable invention de la boussole par Flavius a Gloria, natif d’Amalfi]. Le nom aujourd’hui retenu pour cet inventeur (contesté, sinon fictif) est Flavio Gioja.

  2. En tête des chapitres de son ouvrage, Solorzano a placé un sommaire qui annonce leur contenu. Dans le chapitre xii du livre i, les intitulés des articles cités sont (pages 145‑148) :

    • no 42, Magnetica acus usum veteribus omnino ignoratum probatur [Il est prouvé que les anciens ignoraient complètement l’emploi de la boussole] ;

    • no 43, Magnetica pyxidi Novi Orbis detectio debetur [On doit la découverte du Nouveau Monde à la boussole] ;

    • no 44, Taprobanenses qua industria in navigando uterentur [Techniques de navigation employées par les habitants de Taprobane (Ceylan)] ;

    • no 45, Magnetica acus nullum extat nomen apud antiquos [Ceux de l’Antiquité n’avaient pas de mot pour désigner la boussole] ;

    • nos 76‑77, Seneca quo sensu et modo Novos Orbes detegendos esse prædixerit ? [De quelle manière et par quel savoir Sénèque a-t-il prédit qu’on découvrirait de nouveaux mondes ?].

  3. Iusti Lipsii Physiologiæ Stoicorum Libri tres : L. Annæo Senecæ, aliisque scriptoribus illustrandis [Trois livres de Juste Lipse (v. note [9], lettre 36) sur la Physiologie des stoïciens, pour mettre en lumière Sénèque et d’autres auteurs] (Anvers, Ioannes Moretus, 1604, in‑4o), Dissertatio [Dialogue] xix, livre i, Stabilis ea, an moveatur ? itemque de Novo orbe, sive America, an veteres gnari fuerint ? [(La Terre) est-elle immobile ou bouge-t-elle ? Et aussi, les anciens auraient-ils eu connaissance du Nouveau Monde, ou Amérique ?], avec ces deux questions posées à la fin (page 126) :

    At quam vasta ea navigatio est ? et quis olim tentarit aut perfecerit, usu magnetis nondum reperto ?

    [Mais cette navigation n’est-elle pas immense ? Et qui donc aurait pu s’y aventurer et la réussir jadis, quand la boussole n’avait pas encore été inventée ?]

  4. Tarsis était, dans l’Ancien Testament, le port où Jonas devait se rendre en partant de Jaffa. Sa localisation est incertaine, peut-être Tarse en Cilicie (à l’extrême est de la côte méditerranéenne de Turquie).
    Dans l’idée de Salinas, l’Inde correspondait aux Indes Occidentales (Amérique).

8.

« On dit avoir bouche à cour, pour dire être nourri aux tables et aux dépens des princes et des grands seigneurs » (Furetière).

V. note [4], lettre 360, pour la réédition des Experimenta nova anatomica… de Jean Pecquet, l’une des bêtes noires de Jean ii Riolan, qui était attaché à la personne de l’évêque d’Agde, François Fouquet (v. note [52], lettre 280), frère de Nicolas, procureur général et surintendant des finances.

9.

V. note [23], lettre 371, pour Louis-Joseph, le fils du duc de Joyeuse, alors âgé de quatre ans, futur duc de Guise.

Le grand chambellan était le premier officier de la Chambre du roi. « Le jour du sacre, il tire la botte et déchausse le roi ; et il est assis à ses pieds lorsqu’il tient les États ou son lit de justice » (Furetière). Henri ii de Lorraine, duc de Guise, succéda au duc de Joyeuse dans cette charge honorifique, après son ralliement à la cour, une fois revenu des prisons espagnoles.

10.

Philippe-Julien Mancini (Rome 1641-1707), cinquième des dix enfants de Geronima Mazzarina et de Michele Lorenzo Mancini, était arrivé en France en mars 1653 avec sa mère, ses deux sœurs, Hortense et Marie, sa cousine et sa tante Martinozzi, Laure et sa mère. Des frasques de jeunesse et un libertinage trop avancé en matière de religion lui valurent l’antipathie de son oncle Mazarin, qui lui acheta quand même le duché de Nevers tombé en quenouille. Philippe Julien obtint en 1676 des lettres de Louis xiv lui confirmant la duché-pairie de Nivernais, auquel le Donziais avait été incorporé. Il épousa Diane-Gabrielle de Damas-Thianges, nièce de Mme de Montespan (G.D.U. xixe s.).

11.

Soit le poids, en effet respectable, de 17,5 grammes. Le maréchal François-Annibal d’Estrées (v. note [7], lettre 26) s’en remit pourtant : il mourut en 1670, âgé de 98 ans.

12.

Louis de Fontenettes (Blanc en Berry 1612-Poitiers 1661) avait été reçu docteur en médecine de l’Université de Montpellier en 1630. En 1636, il s’était rendu à Poitiers et y était devenu professeur de la Faculté. Il s’adonnait avec une égale passion à la médecine et à la poésie.

Il avait publié anonymement un Discours des maladies populaires [épidémies] de l’année 1652 (non référencé dans les catalogues consultés) qui suscita de vives réactions : Réponse au libelle intitulé Discours sur les maladies populaires de l’année 1652 (Poitiers, A. Mesnier, 1652, in‑8o), sans doute écrite par le Lugné dont parlait ici Guy Patin, mais dont je n’ai pas trouvé d’autre trace. Fontenettes avait répondu l’année suivante par deux petits traités : Anatomie des fautes et fausseté contenues en la réponse au Discours des maladies populaires de l’année 1652 (Poitiers, A. Mesnier, 1653, in‑8o), puis Censure des réflexions et invectives imprimées à Paris contre l’auteur du Discours des maladies populaires (Poitiers, P.‑A. Massard, 1653, in‑4o) (Éloy).

13.

V. note [69], lettre 332, pour François Bernier, dit le Mogol, docteur de Montpellier qui allait entreprendre son grand voyage en Orient.

14.

Phrase exactement fidèle au manuscrit, dont le sens est obscur (mais qui répondait sans doute à un propos de Charles Spon) ; la princesse de Condé et sa belle-sœur, la duchesse de Longueville, avaient été les deux grandes héroïnes de la Fronde bordelaise (alors éteinte depuis un an).

15.

Roland Desmarets de Saint-Sorlin : Epistolarum philologicarum libri duo, cum aliquot amicorum ad eum epistolis [Deux livres de lettres philologiques, avec des lettres que quelques-uns de ses amis lui ont écrites] (Paris, Edme Martin, 1655, in‑8o ; v. note [18], lettre 240, pour la parution du premier livre en 1650, in‑12o).

Ce recueil contient trois lettres (non datées) de Desmarets à Guy Patin, qui sont sous-titrées :

  1. Publicas bibliothecas parum prodesse studiosis, quibus libri non commodentur [Les bibliothèques publiques sont peu utiles à ceux qui étudient, car on ne leur en prête pas les livres] (livre i, lettre x, pages 29‑31) ;

  2. De privatis bibliothecis, et de habendo librorum delectu [Les bibliothèques privées et la manière d’en choisir les livres] (livre i, lettre xxxiv, pages 123‑128) ;

  3. De puerorum in literis institutione, nam methodum continet, qua adultiores in studiis utentur [L’instruction littéraire des enfants, car elle contient la méthode dont les adultes se serviront dans leurs études] (livre ii, lettre xliv, pages 395‑405).

16.

Guy Patin a écrit ce paragraphe après les deux qui le suivent et indiqué à l’aide de croix qu’il fallait le lire à la suite du précédent.

17.

« le premier médecin du roi [le comte des archiatres (v. note [18], lettre 164), Antoine Vallot] » ; l’oméga est là pour rappeler l’origine grecque du mot archiatre.

18.

Louis-Henri D’Aquin (v. note [7], lettre 297) avait été attaché à Marie de Médicis ; Guy Patin a ajouté cette précision dans la marge.

19.

Claude Du Fresne, conseiller et médecin ordinaire du roi attaché à la Maison de Guise, allait épouser le 10 août 1660 Marie-Marguerite D’Aquin, fille de Louis-Henri. Il n’était pas docteur régent de Paris et ne figure pas dans sa liste des docteurs en médecine de Montpellier établie par Dulieu. V. note [38] des Décrets et assemblées de la Faculté de médecine en 1651‑1652 pour une accusation de pratique illicite qu’elle porta, semble-t-il, contre Du Fresne.

20.

En 1611, Henriette-Catherine de Joyeuse (1585-1656), veuve d’Henri de Montpensier, avait épousé en secondes noces Charles de Lorraine, duc de Guise (1571-1640). Fils aîné d’Henri ier, le Balafré (v. note [1], lettre 463), Charles fut enfermé à Tours après le meurtre de son père ; il parvint à s’échapper en 1591 et vint à Paris augmenter les divisions du parti de la Ligue, en disputant l’influence à son oncle, le duc de Mayenne. Il fut un moment question, dans les états de Paris, de l’élire comme roi en le mariant à l’infante d’Espagne. Plus tard, il se rallia à Henri iv qui lui donna le gouvernement de Provence et qui lui dut la réduction de Marseille et la soumission du duc d’Épernon. Sous Louis xiii, le duc Charles soutint le parti de Marie de Médicis et fut obligé de s’exiler en Italie en 1631 où il mourut (G.D.U. xixe s.).

Tallemant des Réaux lui a consacré une historiette (tome i, pages 145‑151). Il eut trois enfants de son mariage avec Henriette-Catherine : Henri ii, duc de Guise ; Marie, demoiselle de Guise, et Louis, duc de Joyeuse, qui venait alors de mourir.

21.

« je puis cependant affirmer ».

22.

« il n’entend pas le mérite de la saignée ».

23.

« pour ne pas manquer d’assassiner. 

24.

« du genre de ceux qui ».

25.

« Ainsi se joue-t-on du peuple, ainsi trompe-t-on les princes et les grands, qui veulent être trompés par peu de chose, tout comme eux-mêmes en trompent tant d’autres avec leurs promesses dorées. »

26.

Me donnera beaucoup de travail.

27.

« plus pesant même que l’Etna » ; paroles de Scipion à Caton dans Cicéron (La Vieillesse, chapitre ii) :

numquam tibi senectutem gravem esse senserim, quæ plerisque senibus sic odiosa est, ut onus se Ætna gravius dicant sustinere.

[c’est que jamais on n’a le sentiment que la vieillesse te soit à charge, alors que la plupart des vieillards la considèrent comme un fardeau haïssable ; à les entendre on les croirait accablés sous un poids plus lourd que celui de l’Etna].

28.

« parmi beaucoup d’autres ».

29.

Le Collège royal était placé sous la direction du grand aumônier de France, charge que détenait alors le cardinal Antoine Barberini, dont le grand vicaire était Claude Auvry (v. note [2], lettre 363), évêque de Coutances.

Les Archives nationales (an mc liasse et/xxiv/439) conservent les trois actes datés du 23 juillet 1654 par lesquels Jean ii Riolan avait cédé à Guy Patin, son élève bien-aimé, la survivance de sa charge de professeur au Collège royal.

  • La première minute est un consentement :

    « Par devant les notaires garde-notes du roi en son Châtelet de Paris soussignés, fut présent en sa personne Mre Jean Riolan, conseiller premier médecin de la feu reine mère, aïeule de Sa Majesté, lecteur et professeur ordinaire du roi en anatomie, herbier et simples, et doyen desdits professeurs au Collège royal de France, fondé en l’Université de Paris, y demeurant rue du Chantre, paroisse de Saint-Germain-d’Auxerrois ; lequel, à cause de sa vieillesse et qu’il se sent indisposé par ses grandes études, veilles et travaux soufferts en sadite charge par sa composition de plusieurs livres qu’il a mis en lumière depuis trente ans et qu’il parachève encore de faire imprimer, a dit et déclaré que, pour le bien du public et des étudiants en ladite science d’anatomie, herbier et simples, il a consenti et accordé, consent et accorde que noble homme Mre Guy Patin, docteur régent en la Faculté de médecine en ladite Université, obtienne du roi, sous le bon plaisir de Sa Majesté, la survivance de ladite charge et état de lecteur et professeur ordinaire de Sadite Majesté en l’anatomie, herbier et simples, dont il {a} s’est acquis très grande connaissance et expérience pour l’avoir exercée ; et à cet effet, s’en est démis et démet en son nom, à condition de ladite survivance pour par ledit Sr Guy Patin jouir de ladite charge aux honneurs, autorités, droits et gages ordinaires, ainsi que ledit sieur Riolan et son devancier en ont joui selon les états du roi et de Messieurs les trésorier de France et généraux des finances à Paris, et <qu’il> ensuit selon les rôles et certificats de nosseigneurs les grands aumôniers de France, conformes auxdits états ; à la charge et condition que ledit Mre Guy Patin étant pourvu en survivance de ladite charge sera tenu <de> faire et continuer les leçons ordinaires et accoutumées à la décharge dudit Sr Riolan, et sans que pour cela il puisse prétendre avoir et prendre ni recevoir aucune chose pour portion auxdits gages et augmentations qu’après le décès dudit Sr Riolan, ou après sa démission simple et volontaire de ladite charge ; en telle sorte néanmoins qu’arrivant le décès dudit Sr Riolan ou dudit Sr Patin, ladite charge soit redonnée au survivant des deux sans qu’il soit besoin de prendre par le survivant aucunes nouvelles lettres et que ladite charge puisse être dite vacante ou impétrable ; ce qui a été consenti et accepté par ledit Sr Patin […]. Fait et passé en l’étude de Dupuis, l’un des notaires soussignés, l’an mil six cent cinquante-quatre, le vingt-troisième jour de juillet après-midi, et ont signé : <Jean> Riolan, Guy Patin, <Martin> Delacroix, <Charles> Dupuis. »


    1. Riolan.

  • La deuxième minute est une promesse :

    « Furent présents en leurs personnes Mre Jean Riolan […], d’une part, et noble homme Guy Patin, […] d’autre part. Lesquels ont volontairement reconnu être demeurés d’accord de ce qui ensuit. C’est à savoir que ledit Sr Riolan vient présentement de passer une démission de sa charge de lecteur et professeur du roi en anatomie, herbier et simples au nom et profit dudit Sr Patin, à condition néanmoins de survivance ; pour sur ladite démission obtenir lettres du roi conformes à icelle démission que ledit Sr Riolan lui fera expédier avec tous autres actes nécessaires tant de Sadite Majesté que de monseigneur le grand aumônier ou de Monsieur son vicaire général ; et le tout ayant été mis aux mains dudit Sr Patin, il prendra possession de ladite charge toutes fois et quantes qu’il voudra, sans qu’il puisse rien prétendre aux gages et émoluments de ladite charge qu’incontinent et après le décès dudit Sr Riolan. […] ledit Sr Patin a promis et s’est obligé de payer audit Sr Riolan, ou à ceux qui auront droit de lui, la somme de quatre mille livres six mois après son décès et qu’il sera en jouissance paisible de ladite charge […]. »

  • La troisième minute est une donation :

    « Fut présent en sa personne Mre Jean Riolan, […] lequel, en considération des services que lui a rendus damoiselle Marie de Procé, sa petite-fille, {a} et de la grande affection qu’il lui porte, lui voulant prouver icelle avant son décès et lui donner moyen de se pourvoir quand l’occasion s’en présentera, volontairement a colloqué avoir donné, cédé, quitté, transporté et délaissé par cette présente, par donation irrévocable, pure et simple, faite entre vifs, en la meilleure forme que faire se peut, à ladite daMlle Marie de Procé, […] acceptant pour elle ses hoiries et ayant cause, la somme de quatre mille livres, en quoi noble homme Guy Patin […] s’est obligé envers ledit Sr donateur […]. Cette donation, cession et transport faits pour les causes susdites et parce que telle est la volonté dudit Sr donateur d’ainsi le faire ; et en cas que ladite daMlle Marie de Procé vînt à décéder avant que ladite somme lui eût été payée ou que, lui ayant été payée, elle vînt à décéder sans héritier provenant d’elle, veut et prétend ledit Sr donateur qu’elle soit retournée de plein droit à ses héritiers et qu’ils en poursuivent le paiement et remboursement […]. »


    1. V. note [2] des Leçons au Collège de France.

V. note [47], lettre 487, pour l’acquittement de ces engagements, le 16 juillet 1657.

30.

V. le paragraphe intitulé « Pour ma charge de professeur du roi » dans les Leçons au Collège de France, pour d’autres détails que Guy Patin a fournis sur l’obtention de sa chaire royale.

31.

« Mon domaine entier couvrira la botanique [herbier], la pharmaceutique [simples] et l’anatomie. »

32.

« sur les médicaments purgatifs simples et composés ».

33.

« Faire rafle, enlever tout sans rien laisser » (Littré DLF). L’expression vient du jeu de dés, où rafle se dit « d’un doublet ou ressemblance des points de deux dés qu’on jette ; et rafle absolument, se dit quand tous les trois dés ont les mêmes points » (Furetière).

34.

« sur les simples altérants [ou altératifs, v. note [23], lettre 156] ».

35.

« des Poisons ».

36.

« comme autant d’imposteurs et d’empoisonneurs. » L’exaltation de Guy Patin était manifeste, mais aucun des projets qu’il annonçait ici n’a abouti. Tout ce paragraphe (et ce qui s’y réfère plus loin dans la lettre), un peu altéré, fait la lettre fabriquée, datée du 9 octobre 1654, adressée à Charles Spon dans Bulderen (xcii, tome i, pages 245‑247), et à André Falconet dans Reveillé-Parise (ccccxxix, tome iii, pages 40‑41).

37.

Le nonce du pape en France était alors Nicolo Guido di Bagno (v. note [29], lettre 113). Cette nouvelle du décès du pape, déjà colportée dans la lettre du 1er mai 1654, était toujours fausse : la santé d’Innocent x déclinait fort, mais il ne mourut que le 7 janvier 1655.

38.

Deux traités de Fortunio Liceti (v. note [4], lettre 63) réunis dans ses Hydrologiæ peripateticæ disputationes de maris tranquillitate, arte per oleum, et anchoram comparanda ; deque fluminum ortu e montibus, in meteorologia proposito ; nec non de Lacus Asphaltitis in Syria stupendis proprietatibus vtcunque ad fabulas relatis… [Discussions d’hydrologie péripatéticienne à propos de la tranquillité de la mer, qu’on obtient par l’huile et l’ancre ; et de l’origine des fleuves issus des montagnes, proposée en météorologie ; ainsi que des propriétés étonnantes du lac asphaltite (bitumineux) en Syrie (la mer Morte, parce que du bitume se détache de son fond et remonte à sa surface), avec les fables qu’on y rapporte…] (Udine, Nicolo Schiratti, 1655, in‑4o, Archive.org).

39.

Les deux libraires associés de Lyon Jean-Antoine ii Huguetan et son beau-frère, Marc-Antoine Ravaud éditaient alors le « [Le grand] Théâtre de la vie humaine » de Laurens Beyerlinck (v. note [36], lettre 155) et les Opera omnia de Daniel Sennert (1656, v. note [33], lettre 285).

40.

Interminable édition des Chrestomathies de Caspar Hofmann (v. note [17], lettre 192), toujours en panne chez le libraire de Lyon, Pierre Rigaud.

41.

Jacques-Henri de Durfort, comte de Duras (1625-1704), était le fils aîné de Guy-Aldonce de Durfort, marquis de Duras, et d’Élisabeth de La Tour d’Auvergne, sœur de Turenne. Attaché au prince de Condé depuis 1651, il lui resta fidèle jusqu’en 1657, puis se mit au service du roi. Maréchal de France en 1675, il devint duc et pair en 1689. Saint-Simon, qui avait épousé l’une de ses nièces, a laissé un long et beau portrait de Duras (Mémoires, tome ii, pages 524‑530), mais sans mention de son passé condéen.

42.

Montglat (Mémoires, page 302) :

« Le roi, après avoir demeuré quelques jours à Paris, en repartit le 22e {a} et arriva le 25e à La Fère. Le cardinal Mazarin fut à Guise le 6e d’octobre, où il s’aboucha avec le maréchal de Turenne pour résoudre ce qu’il fallait faire pour achever la campagne. Ils conclurent qu’il demeurerait dans le pays ennemi pour vivre jusqu’à la Toussaint et que le maréchal de La Ferté irait mettre le siège devant Clermon-en-Argonne. Les ordres furent envoyés pour cela et dans ce même temps, le comte de Grandpré {b} étant à la chasse, rencontra un parti du prince de Condé conduit par Duras, qu’il prit pour Castelnau qui allait investir Clermont. Il alla droit à lui sans défiance, mais il fut enlevé, et même prisonnier à Luxembourg. »


  1. De septembre 1654.

  2. V. note [26], lettre 216.

43.

Parti de Belle-Île le 9 septembre (v. note [10], lettre 367), Retz était à Saint-Sébastien en Espagne, sur le chemin de Rome où il allait arriver le 28 novembre. Innocent x, dont la santé était loin d’être aussi chancelante que disait Guy Patin, l’accueillit avec affection et lui remit le chapeau de cardinal, en grande cérémonie, le 2 décembre.

44.

Il y a contradiction entre cet horaire (deux heures de l’après-midi) et celui que Guy Patin a donné en marge (dix heures du matin) : sans doute faudrait-il, au début de la phrase, remplacer aujourd’hui (vendredi 9 octobre) par hier (jeudi).

45.

« il repartit aussitôt ».

46.

« Ainsi m’a protégé Apollon » (v. note [54], lettre 183).

On admire ici le scrupule que mettait le garde des sceaux, Mathieu i Molé, à remplir les plus infimes de ses tâches ; Guy Patin, que tout ce cérémonial impressionnait fort, en donnait la raison plausible dans la phrase suivante.

47.

Ingénuité : sincérité, franchise (Furetière).

48.

« Quoi qu’il en soit, notre sort est entre les mains du Seigneur » ; v. note [1], lettre 371.

49.

V. note [3], lettre 380, pour le Rabat-joie de l’Antimoine triomphant de Jacques Perreau.

a.

Ms BnF Baluze no 148, fos 86‑87, « À Monsieur/ Monsieur Spon,/ Docteur en médecine,/ À Lyon » ; Jestaz no 131 (tome ii, pages 1277‑1284). Note de Charles Spon au revers de l’enveloppe : « 1654./ Paris, 9 octob./ Lyon 14 dud./ Risp. adi 16 ditt. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 9 octobre 1654.
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(Consulté le 14.10.2019)

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