L. 539.  >
À Charles Spon,
le 24 septembre 1658

< Monsieur, > [a][1]

Le 7e de ce mois, on a chanté le Te Deum [2] à Notre-Dame [3] pour la prise de Gravelines [4] et de Mortare, [1][5] où les quatre compagnies ordinaires ont assisté, savoir Messieurs du Parlement, de la Chambre des comptes, de la Cour des aides [6] et de l’Hôtel de Ville ; et outre tout cela, grand nombre d’évêques qui font leur résidence à Paris pour plusieurs commodités qu’ils trouvent ici et qui leur pourraient manquer en leurs villes. Le prince de Conti [7] est arrivé à Paris le même jour que sa femme [8] y est accouchée d’un fils. [2][9] M. de La Haye, [3][10] notre ambassadeur à Constantinople, [11] y a été maltraité par le grand vizir [12][13] pour quelque intelligence qu’il avait avec les Vénitiens, ce qui a été découvert par un pendard de renégat français nommé de Vertamont. [4][14] Le cardinal Mazarin [15] a couché la nuit du 6e de ce mois au Bois de Vincennes, [16] où plusieurs sont allés pour le saluer qui n’ont pu le voir : les grands du siècle ressemblent aux esprits bienheureux, [5] ils sont invisibles quand ils veulent ! Il s’en va à Fontainebleau [17] où est le duc d’Orléans, [18] et l’on fait ce que l’on peut de gentillesses et de comédies pour réjouir le roi [19] qui sera encore tout autrement réjoui quand il verra le cardinal Mazarin tout triomphant à son retour.

Je vous supplie de me permettre que je vous sois importun. Je voudrais bien avoir un petit livre imprimé à Grenoble l’an 1656, intitulé Septem miracula Delphinatus, dont l’auteur est un certain savant, fort honnête homme, nommé M. de Boissieu, [20] premier président de la Chambre des comptes de Dauphiné, [21] que j’ai autrefois vu en cette ville. [6] Voilà le fils de M. Saumaise [22] qui vient de me dire adieu jusqu’à Noël. Le jeune augustin natif de Tours [23][24] à qui l’on avait coupé le bras pour ses blessures est mort et enterré. Il y en a encore un troisième qui, pour même malheur, penetrabit in regionem mortuorum[7] Si tous les moines étaient morts, Dieu voudrait-il permettre que le pape en fît d’autres ? Il est vrai qu’il a besoin d’eux, ils lui servent d’espions par tout le monde, aussi bien que les jésuites de janissaires[25][26] On ne sait si le roi ira à Compiègne [27] ou s’il viendra à Vincennes ; < que > les minimes [28] qui y ont un couvent disent qu’il faut nommer Vie saine. Des médecins m’ont donné les vers suivants sur la maladie du roi et sur son vin émétique : [29]

Ad regem ab epoto stibio servatum.

Monstra rebellantum rabiemque leonis Iberi,
Atque ignes tuleras, queis furit atra lues.
Cum stibium quanta quanta feritate timendum
Irruit, invicto pectore fers stibium.
Alcides dici poteras, rex magne, sed illum,
Iam facit, ut superes, ultimus iste labor :
Interit Alcides sola contage veneni ;
Intus ab exceptum visceribusque domas
[8][30]

Le roi était ici attendu dans huit jours pour être parrain du petit-neveu du cardinal Mazarin et fils du prince de Conti, [2] mais ce voyage est rompu car le petit enfant est mort à midi le 14e de ce mois. Voilà le nombre des princes du sang diminué et réduit au nombre ancien, c’est peut-être que Dieu ne veut point qu’il reste dans la Maison royale de ce sang italien, etc.

Le 15e de ce mois de septembre, il est venu un commandement de la part du roi à M. le président de Mesmes [31] et à son fils, [32] le maître des requêtes, qu’ils aient à se retirer en Champagne, à une terre qui lui appartient, nommée Avaux, [33] qui est devers Reims. [9][34] Ce sont les augustins qui ont eu ce crédit, se plaignant fort de lui, et qui ont fait connaître au cardinal Mazarin que c’est lui qui est cause de tout le désordre qui est arrivé en leur maison. Il est vrai qu’il est dans la querelle et que plusieurs l’ont blâmé ; mais néanmoins, le traiter ainsi, c’est presque autoriser la rébellion des moines. Aussi est-ce ce qui fait croire que le pape [35] se mêle de cette affaire envers le Mazarin et que ce qui s’est fait est par ordre de Rome.

Notre armée a pris de nouveau en Flandres [36] les villes d’Oudenarde [37] et Menin ; [10][38] elle est à présent devant Ypres. [39] Nous avons trouvé dans Oudenarde trois régiments qui ont passé de notre côté. Le 17e de ce mois, sur les trois heures après midi, trois compagnies du régiment des gardes ont été jusqu’à la porte de la Conciergerie, [40] avec ordre d’enfoncer la porte si d’aventure on leur refusait ce qu’ils avaient charge de demander. Le geôlier n’a rien refusé. Ainsi, ils ont tiré des prisons les douze moines augustins que l’on a mis en trois carrosses et qui ont été comme en triomphe ramenés à leur couvent, [41] où ils ont aussitôt dit le Te Deum de réjouissance. [42] Ils ont aussi tiré de là le faussaire nommé Palliot, [11][43] par ci-devant président à Chaumont-en-Bassigny, [44] que l’on a ramené au For l’Évêque [45] où son procès lui sera fait par les maîtres des requêtes, et d’où le Parlement l’avait fait enlever.

La mort de Cromwell [46] est arrivée le 13e de ce mois et jusqu’à ce jour, cela avait été bien caché. [12] Il est mort d’une difficulté d’uriner pour une carnosité [47] qui était, à ce qu’ils disent, dans le col de la vessie, car il en avait tous les signes il y a plus de deux ans ; joint que toutes ces carnosités des chirurgiens [48] sunt pura mendacia[13] Ces docteurs de la petite spatule [49] s’en font merveilleusement accroire quand les médecins n’y sont point. La pierre [50] est bien commune, mais il n’y a rien de si rare que ces prétendues carnosités.

Le président de Mesmes a obtenu permission de la cour de ne point aller jusqu’à Avaux, mais qu’il demeurera à Fismes, [51] petite ville près de Reims. [14] Les moines augustins délivrés de prison sont partis ce matin pour aller à Fontainebleau y remercier le roi de leur délivrance. Le prince de Condé [52] est à Tournai, bien empêché de sa personne : il n’a ni hommes, ni argent, on dit que sa femme [53] est bien malade à Malines. [54] Don Juan d’Autriche [55] est dans Anvers [56] où il demande de l’argent aux bourgeois, qui se moquent de lui, ne le craignant point et le méprisant. Les villes de Gand, [57] d’Anvers et quatre autres des meilleures du pays sont après pour traiter d’un accord avec les Hollandais, voyant que le roi d’Espagne [58] ne les peut défendre contre ses ennemis.

La dernière Gazette[59] c’est de samedi dernier, fait ici merveilleusement parler du monde pour ce qui s’y lit contre le Saint-Père le pape (je ne la garde ni le la lis) : [15] il y a de l’apparence que l’on se moque de lui, ou tout au moins que l’on ne s’en soucie guère ; il y avait sans doute quelque dessein, que la mort de Cromwell survenue étouffera ou fera évanouir. La reine d’Angleterre, [60] qui est ici, a été si fort réjouie de la mort de Cromwell qu’elle l’a envoyé dire à tout le monde ; mais j’apprends que sa joie ne pourra être longue car Cromwell a un successeur arrêté, agréé et approuvé de la ville de Londres, du Parlement [61] et de l’armée, savoir le colonel Lambert, [62] qui a été tiré de prison pour être mis sur le trône. [16] Je ne veux pas dire de lui ce que l’on disait de Tibère [63] à Rome en pareil cas, Et sic Roma perit ! regnavit sanguine multo, ad regnum quisquis venit ab exilio[17][64] car on dit que ce milord Lambert est un habile homme et qu’il vaut encore mieux que Cromwell, qui est bien heureux d’être mort dans son lit. Vous savez que : [65]

Ad generum Ceresis sine cæde et vulnere pauci
Descendunt reges et sicca morte tyranni
[18][66]

Le faussaire Palliot a été enlevé du For l’Évêque et a été mis à la Bastille. [67] Le Parlement ne pourra pas l’enlever de là, où les maîtres des requêtes iront à leur aise lui faire son procès.

Un seigneur anglais m’a dit que Cromwell était un illustre scélérat et qu’il avait été bienheureux de n’avoir pas été rompu tout vif comme il le méritait. [68] Il n’est mort que le vendredi 13e de septembre. Sa mort n’a été ni celée, ni cachée, il venait de mourir quand notre ambassadeur l’écrivit à la cour. Quelques-uns disent qu’il est mort des gouttes [69] supprimées et remontées dans la poitrine. Il a recommandé son fils [70] par son testament, mais on ne sait pas encore si la République l’acceptera. Il a aussi recommandé à son fils qu’il ne manquât jamais de prendre conseil, en toutes ses affaires, du cardinal Mazarin.

Omnes idiotæ, ut et illi qui sunt minus versati in operibus artis[19] ne parlent que de crises [71] et ne savent ce que c’est. Rara avis in terris[20][72] un bon médecin la doit faire bonne plutôt que de l’attendre, nulle ou mauvaise. La vraie et pure doctrine des crises et des jours critiques est sanctuarium, vel potius sanctum sanctorum, ad quod paucissimi patent aditus ; penetralia ista profani non subeunt, nec ad talia sacra introdunctur imperiti vel extranei[21]

M. Charpentier [73] se porte mieux de sa goutte, néanmoins il garde encore la chambre. Le roi de Danemark [74] se défend contre les Suédois, [22] mais nous n’avons encore aucune nouvelle certaine de ce qu’il en faut croire ; je tiens pour douteux et incertain tout ce qui s’en est dit par ci-devant. J’oubliais à vous dire que M. Charpentier, en toutes ses prélections qu’il a dictées dans nos Écoles, [23] a toujours été un grand plagiaire. Je l’ai toujours vu et ouï accusé de cela ; même, il y a fait autrefois des harangues funèbres qu’il avait pillées de Muret. [75] Une autre fois il harangua devant le feu prince de Condé [76] et M. Bouvard, [77] premier médecin du roi y présidant, l’an 1634, où il se plaignait fort du délabrement et chétif bâtiment de nos Écoles, des fenêtres cassées, etc. Il avait pris tout cela d’une harangue faite par feu M. Grangier, [78] professeur du roi, au cardinal de La Rochefoucauld, [79] grand aumônier, pro instaurandis Scholis nostris regiis[24][80] à quoi l’on travaille présentement.

Bon Dieu ! qui est-ce qui a élu pour professeur à Valence [81] votre M. Robert ? [82] Ce pauvre homme est-il capable de parler en public sans se rendre ridicule ? La bêtise et l’ignorance acquièrent tous les jours du crédit dans le monde, et faut avouer que nous sommes en un siècle bien ridicule et bien extravagant. Votre Basset [83] est un autre fou, glorieux et impudent, qui putat sibi multa deberi[25] À ce que m’écrivez de lui, il n’a que ce qu’il mérite, et peut-être méritera, car ces gens-là, superbi generis[26] ne s’amendent jamais guère. Quoi qu’il fasse, il ne m’importe que pour l’honneur de la profession ; ideoque habeat sibi res suas, et abeat in malam rem. Turbones isti et ignei nebulones non placent[27] Bourdelot [84] n’est guère mieux, à ce que m’en ont appris deux des nôtres qui l’ont quitté pour ses inepties. Il est tout atrabilaire [85] de corps et d’esprit, sec et fondu, qui dit que tout le monde est ignorant, qu’il n’y a jamais eu de philosophe au monde pareil à M. Descartes, [86] que notre médecine commune ne vaut rien, qu’il faut des remèdes nouveaux et des règles nouvelles, que tous les médecins d’aujourd’hui ne sont que des pédants avec leur grec et leur latin, et qu’ils n’ont pas l’esprit de s’adonner à la recherche de quelques remèdes non vulgaires, quorum novitate capiantur et alliciantur ægri, qui volunt decipi : [28] ne voilà pas un homme de bien pour un abbé ? Il dit qu’il se guérira bien lui-même puisque les médecins ne le peuvent guérir. Néanmoins, il doit craindre l’hiver prochain puisqu’il est si décharné, ψυχ<ρ>ος δε λεπτω χρωτι πολεμιωτατον, inquit Euripides [87] dans Cicéron. [29][88] Au moins fera-t-il beaucoup s’il peut guérir son esprit, qui est bien extravagant.

M. Cramoisy [89] est toujours le directeur de l’Imprimerie royale, il a sagement et doucement assoupi le bruit de sa banqueroute ; [90] ou plutôt celle de son frère Gabriel, [91] qui a été pour quelque temps absent et qui depuis est revenu. La boutique n’a point été fermée, et a traité et accordé avec ses créanciers avec quelque perte. De futuro solus Deus novit[30] car tous les marchands sont ici en branle et se méfient, et maltraitent, et médisent les uns des autres. Figulus figulo invidet, cantor cantori, etc. Deliria morientis sæculi[31][92]

Je trouve beaucoup de difficultés à la proposition que vous me faites pour M. Falconet, [93] de laquelle il m’a lui-même écrit. Voilà un mot de réponse que je lui fais là-dessus, sur quoi il pourra prendre ses mesures ; [32] et ne vous en mande rien afin que n’en ayez la tête rompue. Les augustins sortis de prison, et qui triomphalement sont rentrés dans leur couvent, maltraitent les autres qui y étaient demeurés et qui n’étaient de leur parti. C’est ce qui a obligé ces derniers de s’aller jeter à genoux devant M. le chancelier [94] et lui demander sa protection contre les autres.

Ce 23e de septembre. Hier au soir, la nouvelle arriva que M. le comte de Charost, [95] le fils (qui a épousé depuis peu la fille du premier lit de M. Fouquet, [96][97][98][99] procureur général et surintendant des finances), qui est devant Ypres, a reçu un coup de mousquet au milieu du corps. [33] On dit que le roi s’en va à Compiègne et delà à Amiens, [100] mais que le cardinal avancera jusque dans la Flandre. Ypres n’est pas encore prise, mais elle le sera bientôt. On dit aussi que les augustins ont tort et que le Conseil d’en haut [101] a été trop vite contre M. le président de Mesmes ; en vertu de quoi l’on dit que bientôt il sera rappelé. Le prieur des augustins, qui avait été tiré de la Conciergerie [102] et était rentré triomphant en son monastère, a été de nouveau, par ordre de M. le chancelier, arrêté et mis en prison dans son couvent, et un autre prieur établi pour la maison, nommé le P. Rousseau. [103] Le milord Richard, fils de Cromwell, a été proclamé protecteur en la place de son père mort, du consentement des principaux officiers de l’armée et de la ville de Londres. On croit pourtant que cela ne durera guère et que c’est en attendant l’assemblée du Parlement. [34] Le maréchal de Grancey, [104] qui est gouverneur de Thionville, [105] redemande son gouvernement de Gravelines, [106] prétend qu’il lui doit être rendu et en fait imprimer un manifeste. Le nommé Chastelain, [35][107] qui a acheté 1 120 000 livres la charge de secrétaire du Conseil, a été reçu, mais il y est inquiété : le cardinal demande quelque chose pour soi, que l’autre ne veut pas donner ; il dit que, tout au pis aller, il y a bourse commune, que son rang de servir ne vient que dans neuf mois, et qu’entre ci et neuf mois il pourra arriver quelque chose, c’est-à-dire que le singe parlera ou que le pape mourra, ou quelque autre. Le maréchal de Grancey dit que quand on lui aura remis Gravelines, qu’il se défera de Thionville dont le gouvernement lui appartient fort légitimement puisqu’il l’a bien acheté et bien payé. Je viens de voir passer le train du roi qui arrive de Fontainebleau. L’on dit qu’il ne sera ici que deux ou trois jours puis après, s’en ira à Compiègne et à Amiens, et que le cardinal Mazarin ira jusqu’à Dunkerque [108] où il doit traiter avec le gouverneur anglais nommé milord Lockhart [109] pour la sûreté de la place, etc. On en allègue encore plusieurs autres causes. On dit que M. le maréchal de Gramont, [110] qui est ici de retour de Francfort, s’en va être ambassadeur extraordinaire à Londres vers la nouvelle République. Enfin, me voilà au bout de mes nouvelles et de mes six pages. Si Dieu me fait la grâce d’un peu de loisir et de matière propre, je vous les continuerai par ci-après ; et en attendant, je vous prie de croire que je serai toute ma vie, Monsieur, tuus ære et libra, [36] G.P.

De Paris, ce mardi 24e de septembre 1658.


a.

Ms BnF no 9357, fo 317 (fin de la lettre, dont le début manque) ; Reveillé-Parise, no cccxxxvii (tome ii, pages 430‑437).

1.

V. notes [5], lettre 536, pour la prise de Mortara (Milanais), le 15 août, et [11], lettre 536, pour celle de Gravelines (Flandres), le 27 suivant.

2.

V. note [19], lettre 536, pour Louis, fils d’Armand de Bourbon, prince de Conti, et d’Anne-Marie Martinozzi, nièce de Mazarin.

3.

Jean de La Haye, seigneur de Ventelet (ou Ventelay), avait été reçu conseiller au Grand Conseil, puis, en 1633, au Parlement de Paris en la deuxième des Enquêtes (Popoff, no 1422). Depuis 1639, il était ambassadeur à Constantinople, charge dans laquelle il avait succédé au comte de Cézy, Philippe Harlay de Champvallon (v. note [7], lettre 535). La Haye dut abandonner ce poste en 1661 ; son fils Denis (v. note [35], lettre 547) lui succéda en 1665.

4.

Le grand vizir du sultan Mehmed iv (v. note [12], lettre 184) était Köprülü Mehmed Pashha (1583-29 octobre 1661) que Lamartine a surnommé le Richelieu des Ottomans. D’origine albanaise, il avait accédé à cette dignité en 1656 sous condition que le sultan ne s’opposât pas à ses décrets. Il mit un terme à des années d’anarchie et remit l’Empire ottoman sur la voie des conquêtes. En 1660, il allait prendre aux Vénitiens les îles de Mitylène (Lesbos) et de Lemnos, et prendre aux Impériaux Varadin (Croatie). L’année suivante il remporta deux victoires sur les Impériaux. À la mort de Köprülü son fils Fazil Ahmed Pashha lui succéda pour marcher sur ses traces (v. note [11], lettre latine 183).

On lit les détails de cette grave crise diplomatique entre la Porte et la France dans le Journal de Chardin (pages 14‑18). Quand Köprülü était devenu grand vizir, l’ambassadeur de France, Jean de La Haye, commit l’erreur de croire qu’il ne resterait pas longtemps en place et tarda à lui rendre les honneurs qui lui étaient dus. Köprülü se servit de ce prétexte pour faire éclater sa rancœur à l’encontre de la France et trouva le moyen de laver l’affront (page 15) :

« C’était le temps de la guerre de Candie ; {a} la France avait assisté secrètement les Vénitiens dès le commencement de la guerre, et l’on tient que Monsieur de La Haye eut ordre d’avoir un commerce secret avec les Vénitiens et de leur faire savoir les desseins des Turcs. Il arriva, l’an 1658, qu’un Français, qui se faisait appeler Vertament {b} et qui avait un emploi assez honorable en Candie dans les troupes vénitiennes, alla demander au capitaine général d’aller voir Constantinople. Le capitaine général lui fit expédier un passeport et le chargea d’un gros paquet de lettres pour l’ambassadeur de France. Le Français qui n’avait point d’autre dessein que de se faire turc, se présenta au caïmacan {c} de Constantinople, lui dit qu’il avait quitté le camp des chrétiens parce qu’il voulait abjurer leur religion pour embrasser le mahométisme ; au reste, qu’il avait un paquet de lettres de grande importance à mettre entre les mains du grand vizir. Le caïmacan le fit aussitôt conduire à Andrinople, {d} où était la cour en ce temps-là. Ce perfide déserteur ne se contenta pas de renier la foi, il découvrit au grand vizir le commerce de l’ambassadeur de France avec les Vénitiens et lui dit que le paquet de lettres qu’il lui remettait le lui ferait connaître fort clairement.

Le grand vizir avait eu des soupçons de ce commerce caché et il en devenait comme assuré par les choses qu’il entendait dire à ce renégat. On peut juger à quel point il s’emporta contre l’ambassadeur de France, irrité comme il était, et de plus naturellement inhumain et sanguinaire. »


  1. Candie : autre nom de la Crète.

  2. Vertamont dans la transcription de Reveillé-Parise.

  3. Lieutenant du grand vizir.

  4. Aujourd’hui Édirne en Turquie européenne.

Guy Patin est revenu sur cette crise franco-turque dans la suite de sa correspondance (v. note [35], lettre 547).

5.

Les anges.

6.

Septem Miracula Delphinatus. Ad Christinam Alexandram, serenissimam Suecorum, Gothorum et Vandalorum Reginam, unicam Magni Gustavi Sobolem.

[Sept merveilles du Dauphiné. {a} Dédié à Christine Alexandra, sérénissime reine des Suédois, des Goths et des Vandales, {b} unique descendante de Gustave le Grand]. {c}


  1. La signature de Denys Salvaing de Boissieu figure sur la dernière page de l’ouvrage, qui est une réédition augmentée de celui qu’il avait publié à Grenoble en 1638 : v. note [30], lettre 349.

  2. V. notule {a}, note [29], lettre 401.

  3. Grenoble, Philippus Charvys, 1656, in‑4o de 157 pages.

On y trouve sept silves (v. note [40], lettre Borboniana 6 manuscrit), avec chacune sa préface, dont les quatre premières avaient été précédemment publiées :

  1. Pyrocrene sive Fons ardens in agro Gratianopolitane [Pyrocrène ou la Fontaine ardente dans la campagne grenobloise] ;

  2. Medea sive Turris expers veneni [Médée ou la Tour sans venin] ;

  3. Alpe sive Mons inaccessus [Alpe ou le Mont inaccessible] ;

  4. Melusina sive Tinæ Sassenagiæ [Mélusine ou les Cuves de Sassenage] ;

  5. Œnirhoe sive Fons vinosus in agro Vapicensi [Œnirhoe ou la Fontaine de vin dans la campagne de Gap] – source dont l’eau a un goût âpre de vin à cause de la terre métallique dont elle est issue ;

  6. Larix sive Manna Brigantiense [Larix ou la Manne de Briançon] – v. note [22] de la leçon de Guy Patin sur la manne ;

  7. Barberus fons in agro Delphinatum Allobrogum Viennensi [La fontaine Barbière dans la campagne de Vienne] – source d’une rivière dont le débit, plus ou moins fort, annonce aux habitants du lieu les temps de peine ou de bonheur.

7.

« s’en ira au pays des morts. »

8.

« Au roi qu’on a sauvé en lui faisant boire l’antimoine.

Tu avais enduré les monstruosités des princes rebelles et la rage du lion ibérique, tout comme les fièvres au plus fort de la peste noire. Le redoutable antimoine peut se ruer avec toute la férocité dont il est capable, ton cœur invincible l’endure. Tu pouvais, grand roi, être appelé Alcide, {a} mais ce dernier de ses Travaux fait maintenant que tu le surpasses : quand Alcide meurt au seul contact du poison, tu le prends et le réduis en le chassant de tes entrailles. »


  1. Hercule, v. note [3], lettre de Reiner von Neuhaus  datée du 21 octobre 1663.

    Ces vers antistibiaux attribuaient au roi une vigueur telle qu’il avait pu résister à l’antimoine dont ses médecins avaient prétendument voulu l’empoisonner à Mardyck (v. note [6], lettre 538). Après avoir accompli ses 12 célèbres Travaux, Hercule se maria avec Déjanire, fille d’Œnée. Comme le centaure Nessos voulait abuser de son épouse, Hercule lui décocha une flèche imprégnée du poison de l’hydre de Lerne (v. notule {a}, note [4] des triades du Borboniana manuscrit). En mourant, Nessos donna à Déjanire sa tunique imprégnée du sang qui coulait en abondance de sa plaie, en lui disant de la faire porter à Hercule pour le rendre immortel. L’ayant enfilée, Hercule sentit de vives démangeaisons. Il l’ôta aussitôt, mais trop tard : sa peau partait en lambeaux, le poison de l’hydre lui était entré dans le corps ; certain de mourir, Hercule fit allumer un bûcher et s’y précipita.


La guérison du roi par l’antimoine, dont Guy Patin a obstinément contesté l’authenticité dans ses lettres, créa un profond désarroi parmi les membres de la Faculté qui s’opposaient encore farouchement à ce médicament. Jacques Thévart a plus tard dénoncé leur inconséquence dans sa première Défense de la Faculté de médecine de Paris (1666, pages 13‑14 ; v. note [5], lettre 873) :

« Mais il est à remarquer que dans la contestation qui a été dans la Faculté touchant l’émétique, 61 docteurs l’ont approuvé par leurs signatures {a} et ont rendu témoignage à la vérité. Les autres, par des libelles diffamatoires, ont calomnié leurs confrères, et néanmoins ils s’en servaient eux-mêmes. Les derniers, pour quelques considérations, se servent dudit émétique et n’ont point signé : comme les sieurs Boujonnier, {b} Charpentier, {c} Morisset, {d} Brayer, {e} Puilon, {f} Matthieu, {g} Préaux, {h} Germain, {i} Le Vasseur. {j} Et les sieurs Merlet, {k} Moreau, auteur de la Défense de la Faculté, {l} Piètre, {m} Le Conte, {n} Cornuti {o} et autres décédés, s’en sont servis, qui ne sont et n’étaient tous ni hérétiques et semeurs de nouveautés, ni empoisonneurs privilégiés, ni ignorants et empiriques. Il est vrai qu’entre les 61 docteurs qui ont signé et approuvé l’émétique, il y en a un, lequel après avoir vu que le roi en avait été guéri, au lieu de rendre grâces à Dieu de ce qu’il avait béni un remède qu’il avait loué et confirmé avec ses confrères, fit paraître au jour une épigramme dont la pointe est digne de son esprit, et mérite bien qu’on y fasse quelque réflexion :

Nil mirum in Stygias si non demiserit umbras
Te Stibium (o ! Nostrum
Rex Lodoïce decus !) :
Servarunt vitam victricia fata Ministri,
Præsidibusque Deis, ipsa venena iuvant
. {p}

Quelqu’un des 60 docteurs qui restaient après que cet auteur eut quitté leur parti crut être obligé de lui faire cette repartie :

Doctorem stygias minitantem Regibus undas,
Quis
Maiestatis non putet esse reum ?
Is, medicos, inter stibium qui rite propinant,
Illi cum sociis nomen et ipse dedit
Nunc damnans per quod vita est servata
Monarchæ
desipit, aut per eum res bona facta mala est
. » {q}


  1. En 1652, v. note [3], lettre 333.

  2. François Boujonnier, v. note [3], lettre 12.

  3. Antoine ii Charpentier.

  4. Philibert Morisset, v. note [31], lettre 152.

  5. Nicolas Brayer, v. note [2], lettre 111.

  6. Gilbert Puilon, v. note [30], lettre 399.

  7. Nicolas Matthieu, v. note [29], lettre 273.

  8. Germain Préaux, v. note [5], lettre 664.

  9. Claude Germain, v. note [2], lettre 276.

  10. Claude Le Vasseur, v. note [3], lettre 935.

  11. Jean Merlet, v. note [39], lettre 101.

  12. Ouvrage de René Moreau paru en 1641, v. note [8], lettre 57.

  13. Jean Piètre, v. note [5], lettre 15.

  14. Pierre ii Le Conte, v. note [10], lettre 430.

  15. Jacques-Philippe Cornuti, v. note [5], lettre 81.

  16. « Il n’y a rien d’étonnant à ce que l’antimoine ne t’ait pas fait tomber dans les sombres ondes du Styx (Ô roi Louis, notre plus bel ornement !) : les oracles victorieux du ministre ont préservé ta vie, les poisons eux-mêmes viennent au secours des chefs et des dieux ».

  17. « Qui ne penserait pas coupable de lèse-majesté un docteur menaçant les rois des ondes du Styx ? Celui-là est parmi les médecins qui prescrivent l’antimoine selon les règles et a lui-même signé en sa faveur avec ses collègues ; il déraisonne maintenant en condamnant ce par quoi la vie du monarque a été préservée, ou alors il transforme un bienfait en méfait ».

À la fin de sa Deuxième Défense… (1668, page 31), Thévart cite son « royal distique » :

« Pocula qui Stibii falso dixere venena,
Nunc
Rege incolumi, Regia iure vocent ; {a}

lequel fut ainsi paraphrasé :

“ À quoi bon tant blâmer l’émétique breuvage,
De notre Dieu-Donné l’illustre guérison
Fait voir que ce métal ne fut jamais poison
Il a sauvé le roi, que veut-on davantage ? ” »


  1. « Que ceux qui ont parlé à tort de la potion empoisonnée d’antimoine, maintenant que le roi est sain et sauf, en appellent donc à la justice royale ».

9.

Avaux en Champagne (aujourd’hui dans le département des Ardennes), sur l’Aisne, se situe à une trentaine de kilomètres au nord de Reims. Jean-Jacques ii de Mesmes, fils du président, Jean-Antoine (v. note [28], lettre 524), était comte d’Avaux.

10.

Oudenarde (aujourd’hui Audenarde ou Oudenaarde) était alors une place forte située sur l’Escaut à 29 kilomètres de Gand, en Flandre orientale. Menin est située sur la Lys à 11 kilomètres de Courtrai, en Flandre occidentale.

11.

Ce Palliot était accusé d’avoir falsifié la signature du chancelier : v. note [17], lettre 536.

12.

V. note [12], lettre 538, pour la mort d’Oliver Cromwell et son annonce retardée par la Gazette. Elle est bien survenue le 13 septembre, et non le 3 comme le maintiennent certaines références qui ne prennent pas en compte le retard de dix jours qu’avait alors le calendrier anglais (julien) sur le français (grégorien, v. note [12], lettre 440).

13.

« sont purs mensonges. »

Carnosité : « petite excroissance de chair, bourgeon, ou tubercule, ou verrue qui se forme dans la verge et qui bouche les conduits de l’urine. Les nodus et les carnosités sont difficiles à guérir. On ne les connaît guère que par la sonde qui est introduite dans ce passage et qui trouve de la résistance. Elle vient ordinairement de quelque maladie vénérienne mal pansée [soignée] » (Furetière).

En attribuant toutes les obstructions urinaires basses (au niveau de la vessie et de l’urètre) à la pierre, Guy Patin se méprenait évidemment : les « carnosités » existent bel et bien et sont capables d’entraver l’écoulement de l’urine ; il s’agit principalement des tumeurs bénignes (adénomes) ou malignes (cancer) de la prostate, et plus rarement de certaines tumeurs du col de la vessie ; s’y ajoutent les rétrécissements de l’urètre qui sont les séquelles de la blennorragie (gonorrhée virulente ou chaude-pisse, infection vénérienne due au gonocoque, v. note [14], lettre 514).

Il faut croire que les chirurgiens du xviie s. se réfugiaient derrière cette excuse de carnosités quand, lors de l’opération de la taille (lithotomie, v. note [11], lettre 33), l’ouverture de la vessie ne trouvait pas de pierre, ou quand l’obstruction revenait sitôt après une opération apparemment réussie.

On a aussi accusé la malaria (ou paludisme) d’avoir causé la mort de Cromwell, mais la forme qui sévissait alors en Angleterre n’était que très rarement fatale ; un empoisonnement a même été invoqué. L’autopsie trouva une suppuration de la rate, qui pouvait être la conséquence d’une septicémie à point de départ urinaire, mais le diagnostic exact n’a jamais été définitivement établi par les historiens (Fraser, page 843).

Blaise Pascal a été de la même opinion que Patin (Pensées, section ii, série xxvi, Lafuma 750, Brunschvicg 176) :

« Cromwell allait ravager toute la chrétienté ; la famille royale {a} était perdue, et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretère. {b} Rome même allait trembler sous lui. Mais ce petit gravier s’ayant mis là, il est mort, sa famille abaissée, tout en paix, et le roi rétabli. »


  1. Britannique.

  2. Sic pour urètre (l’uretère étant le long conduit qui, de chaque côté, mène l’urine du rein à la vessie).

V. note [4], lettre de Charles Spon, le 11 septembre 1657, pour les chirurgiens surnommés docteurs de la petite spatule.

14.

Fismes en Champagne (Marne), sur les rives de la Vesle, se trouve à 23 kilomètres à l’ouest de Reims, et donc moins loin de Paris qu’Avaux (v. supra note [9]).

15.

V. note [11], lettre 538, pour cette dépêche de la Gazette datée du samedi 14 septembre 1658.

16.

L’héritier désigné par Cromwell était son fils Richard, et non pas John Lambert (v. note [18], lettre 485), comme allait le rectifier Guy Patin quelques lignes plus loin. Richard Cromwell allait être déclaré protecteur dès le 14 septembre 1658 ; mais en butte à l’opposition de l’armée, il fut forcé d’abdiquer le 4 juin suivant. Un conflit éclata aussitôt, opposant John Lambert à George Monck (v. note [2], lettre 585) ; Monck l’emporta, entra dans Londres le 24 janvier 1660 et rétablit le monarque Charles ii le 15 mai suivant (déclaration de Breda).

17.

« Et c’en est fait de Rome ! Quiconque passe de l’exil au rang suprême ne fonde son pouvoir que dans des flots de sang » (Suétone, v. note [3], lettre 281).

18.

« Le gendre de Cérès voit descendre chez lui peu de rois sans meurtre ni blessure, peu de tyrans dont la mort ne soit humide de sang » (Juvénal, Satire x, 112‑13).

Dans la mythologie gréco-romaine, Cérès, déesse romaine des moissons (Déméter des Grecs), était la mère de Proserpine (Perséphone), épouse de Pluton (Hadès), maître des enfers (v. notule {a}, note [3] du Faux Patiniana II‑6). Les céréales lui doivent leur nom.

19.

« Tous les ignorants, tout comme ceux qui s’y entendent médiocrement dans les opérations de notre art ».

Ici commence le fo 317 du Ms BnF no 9357 : tout le début de la lettre manuscrite a été perdu.

20.

Juvénal (Satire vi, vers 165), à propos d’une femme parfaite en tous points :

Rara avis in terris nigroque similo cycno.

[Oiseau rare en ce monde et fort semblable à un cygne noir].

21.

« est le sanctuaire, ou plutôt le saint des saints, auquel très peu ont accès ; les profanes n’approchent pas ces secrets, et ni les ignorants ni les amateurs ne sont initiés à ces mystères sacrés » ; v. note [3], lettre 228, pour la crise médicale.

22.

Peu satisfait de sa première victoire sur le Danemark (paix de Roskilde, 9 mars 1658, v. note [7], lettre 519), le roi de Suède, Charles x Gustave, avait rompu le traité quelques mois après dans l’espoir de conquérir pour de bon tout le pays ennemi. Pour la seconde fois, le 11 août 1658, il était venu mettre le siège devant Copenhague, mais il y trouva une résistance inattendue. Le roi Frédéric iii, par son activité, par son énergie, par son courage, qu’il sut communiquer aux habitants de sa capitale, rendit inutiles tous les efforts des Suédois qui allaient être repoussés avec de grandes pertes dans un assaut livré la nuit du 10 au 11 février 1659. Battu sur mer par une flotte hollandaise accourue au secours de Frédéric iii (bataille navale du Sund, 8 novembre 1658) et sur terre par les Danois, en Fionie, Charles x retourna en Suède où il mourut de chagrin.

23.

Je n’ai trouvé prelection que dans l’Oxford English Dictionary, pour dire : leçon ou discours public, leçon donnée par un professeur à des étudiants dans un collège ou une université ; du latin prælectio, explication préalable d’un maître à ses élèves (Gaffiot).

24.

« pour bâtir nos Écoles royales » ; v. notes [12], lettre 34, pour Jean Grangier, professeur d’éloquence latine au Collège de France, et [4], lettre 120, pour le cardinal François de La Rochefoucauld.

Fondé par François ier en 1530, le Collège royal de France dut attendre fort longtemps la construction de ses bâtiments, pourtant décidée dès 1539. Henri ii attribua à l’institution les collèges de Tréguier et de Cambrai, en attendant mieux. La première pierre du futur édifice avait été posée par le jeune Louis xiii en 1612. En 1658, on en était seulement à entreprendre la construction d’une première aile du bâtiment, et l’ensemble actuel, à l’angle de la rue des Écoles et de la rue Saint-Jacques, ne fut achevé qu’au milieu du xixe s.

25.

« qui pense qu’on lui doit beaucoup. »

26.

« du genre insolent ».

Les Comment. F.M.P. (tome xiv, fos 380‑381) conservent une lettre adressée sur ce sujet par le Collège des médecins de Lyon à « Messieurs les doyen, docteurs et professeurs en médecine de la Faculté de Paris » :

« Messieurs, Nous vous sommes si fort obligés que nous ne pouvons pas différer davantage à vous témoigner nos ressentiments de la bonté que vous avez fait paraître pour nous à M. Robert, notre collègue. Nous n’en attendions pas moins de votre générosité, vu particulièrement que nous ne plaidons pas tant pour notre intérêt particulier que pour l’honneur de toute la médecine, qu’un jeune présomptueux {a} s’efforce d’atteindre en voulant détruire un des plus anciens collèges de médecine de France et noircir la réputation des docteurs qui le composent par des calomnies insupportables ; et ce qui ne nous est pas moins sensible, veut attirer sur nous par des faussetés inouïes la haine d’une Faculté pour laquelle nous n’avons jamais eu que du respect et de la vénération, et de qui nous tâcherons toujours de rechercher avec soin, et nous conserver, la protection et la bienveillance. C’est une vérité, Messieurs, de laquelle nous vous supplions d’être pleinement persuadés, comme aussi que vous ne sauriez étendre vos faveurs et vos bienfaits sur des personnes qui seront plus que nous, Messieurs, vos très humbles et très obéissants serviteurs. Les doyens, députés et procureur du Collège des médecins de Lyon. De Rhodes, doyen, Guillemin, Garnier, Falconet, Marcellin, prévôt procureur du Collège. » {b}


  1. Bonaventure Basset, v. note [27], lettre 477.

  2. Bien que le doyen Merlet ait omis d’en transcrire la date excate, cette lettre a dû être reçue au début de septembre 1658.


27.

« et qu’il s’occupe donc de ses affaires, et s’en aille au diable. Ces Turbons et vauriens enflammés sont déplaisants. »

Turbon est le nom d’un homme dont parle Horace (Sermons, livre ii, 311) en demandant : qui ridiculus minus illo ? [qui est moins ridicule que lui ?].

28.

« dont la nouveauté n’attire et n’attrape que les malades qui veulent être trompés. »

29.

« “ le froid est grand ennemi des peaux délicates ”, dit Euripide » (Cicéron, v. note [16], lettre 290).

30.

« Pour l’avenir, Dieu seul le connaît ».

31.

« “ Le potier jalouse le potier, et le chanteur jalouse le chanteur, etc. ” [Hésiode, v. note [4], lettre 239]. Ce sont les extravagances d’un siècle moribond. »

32.

Sollicitation d’André Falconet, soutenue par Charles Spon, pour que Guy Patin accepte d’accueillir chez lui son fils Noël afin qu’il poursuive ses études à Paris : vlettre précédente à Falconet.

33.

Nicolas Fouquet avait épousé en premières noces, à Nantes en janvier 1640, Louise Fourché (1620-1641), dame de Quéhillac, orpheline et unique héritière de Mathieu Fourché, conseiller au parlement de Bretagne et riche propriétaire terrien. Louise était morte en août 1641, laissant à son époux la charge de Marie (1640-1716), âgée de six mois. Pourvue d’une dot de 600 000 livres, Marie s’était mariée en 1657 à Armand de Béthune (1641-1717), fils de Louis (v. note [20], lettre 216), comte de Charost. Armand survécut à sa blessure ; capitaine des gardes du corps, puis gouverneur de Calais, il devint duc de Charost puis duc de Béthune en 1695 (Dessert b et Petitfils c).

34.

Il n’y avait alors plus de Parlement à Londres : Oliver Cromwell avait dissous le second Parlement du Protectorat le 14 février 1658 ; Richard Cromwell, son fils et successeur (vsupra note [16]), n’allait appeler à l’élection du troisième, et dernier, qu’en décembre suivant, et le réunir pour la première fois le 6 février 1659.

35.

Par ses relations familiales, Claude Chastelain (mort en 1686) avait noué des liens avec une bonne partie du milieu financier français. Cousin de Marion Delorme, il s’honorait de l’influente amitié de la duchesse d’Aiguillon, de la maréchale d’Effiat et de la chancelière Séguier. D’abord maître d’hôtel du roi, il était devenu secrétaire du roi en 1648, avant d’être nommé secrétaire du Conseil des finances en 1658. Entré dans de nombreux partis, il était un des principaux participants de la ferme des gabelles. Après la chute de Nicolas Fouquet, la Chambre de justice de 1661 le condamna lourdement et l’évinça définitivement du monde de la finance (Dessert a, no 112).

36.

« vôtre en toute franchise [v. note [27], lettre 172] »


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 septembre 1658

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(Consulté le 25/02/2024)

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