L. latine 88.  >
À Johannes Antonides Vander Linden, le 31 août 1657

[Ms BIU Santé 2007, fo 59 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johannes Antonides Vander Linden, à Leyde.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Pour répondre à vos deux lettres, je vous dirai d’abord que j’ai été transporté d’une immense joie en apprenant la très heureuse annonce de notre paix conclue avec les Hollandais : Dieu fasse qu’elle arrive à son terme et ne recèle aucun piège. Je me réjouis aussi que l’ambassade de M. de Thou ait débuté sous de si bons auspices ; c’est un homme très éminent que je vénère et admire. [1][2] Notre Mentel a été frappé de stupeur et comme plongé dans le regret quand je lui ai appris qu’un Celse paraîtrait dans un ou deux mois, enrichi par votre critique et savante main, et arriverait chez nous. [3][4][5] [Ms BIU Santé 2007, fo 60 ro | LAT | IMG] Il a toujours dit avoir bien des éclairages à apporter sur cet écrivain, mais n’en présente pourtant rien ; il ressemble fort à ce Sertorius dont Martial a dit :

Rem peragit nullam Sertorius inchoat omnem, hunc quoq. etc. [2]

À l’exception de Mentel et de Rhode, tous les amateurs de Celse loueront votre empressement et votre diligence. [3][6][7]

Quant à Lazare Rivière, professeur de Montpellier, ce ne fut rien d’autre qu’un pur et admirable vaurien. [8] Voilà dix ans, il a vécu ici pendant quelques mois pour servir son École en raison d’un procès en suspens devant le Conseil privé du roi, concernant les gages des professeurs. [9][10] Tandis que les arcanes de ce procès étaient en débat (ce qui, par toute la France, est toujours une affaire qui procède lentement), il a aussi eu soin de faire imprimer ses Observationes (ouvrage vraiment léger comme brin de paille), dont j’ai conjecturé à quel point cet auteur, ou plutôt ce copiste, est un homme qui ne vaudrait pas quatre sous. Comme elles m’ont appris qu’il vivait à Paris, [4] et que je pouvais voir à son insu un homme qui promettait impudemment à nos concitoyens la guérison de toutes les maladies, même incurables, et mettre au jour sa mauvaise foi, je l’ai rencontré en me déclarant être jurisconsulte et quartanaire[5] [11][12] Je lui ai demandé si je pourrais lui acheter au prix fort les secrets qu’il détenait contre cette fièvre que, depuis deux ans et plus, les médecins de Paris n’avaient jusqu’alors pu repousser et juguler, ni par leur méthode ni par leurs divers remèdes. À ces mots, l’ignorant cyclope [6] s’exclama : « Votre ville de Paris abonde en tout ce qu’il y a de meilleur, mais je m’étonne fort qu’elle manque d’excellents médecins ; ils usent librement, disait-il, de la saignée en presque toutes les maladies, ils ont recours à peu de remèdes, ils font retentir Hippocrate et Galien, mais ne détiennent pas les secrets dont je suis parfaitement instruit contre tout genre de maladies. » [13][14][15] Alors, continuant ma feinte, je lui ai demandé si son art ne pouvait pas me libérer de la quarte dans le mois ; pourvu que je veuille lui donner dix pistoles espagnoles (qui font cent livres tournois), il me promit aussitôt qu’il dissiperait cette quarte en 15 jours à l’aide d’un remède spécifique (entendez-vous ce propos de charlatan ?) ; [16] à savoir de pilules préparées avec le cœur d’un jeune loup tué une nuit de pleine lune de printemps, de l’ambre gris, de la soie, de l’or et quelque poudre chimique. [7][17][18][19][20][21][22] Si je n’avais craint de dévoiler ma tromperie, j’aurais frémi à ces paroles, ou du moins je ne me serais pas empêché de rire. Ayant donc promis le tiers de la somme demandée et dit que je ne reviendrais pas avant quelques jours, j’ai salué ce charlatan et m’en suis allé. Trois jours plus tard, je lui ai envoyé une lettre ou je l’avisais d’être plus sage à l’avenir et, comme il convient à un honnête homme, de s’abstenir de tant de sornettes qu’il avait proposées contre la quarte, qui étaient de pures fraudes et impostures, tout à fait indignes d’un professeur royal de médecine de Montpellier. J’ai voulu aussi l’aviser que je n’étais ni jurisconsulte ni quartanaire, et qu’il attendrait donc en vain mes pièces d’or ; que j’étais Guy Patin, médecin de Paris, qui n’étais allé le voir sans nulle autre intention que de voir et connaître un homme bayant par tous les moyens, bons comme mauvais, après la cassette des malades et exclusivement avide de ramasser l’or par les pires artifices, dont l’allure et le discours m’en avaient appris bien plus encore que je n’avais entendu jusqu’alors. Quand il reçut ma lettre, le malhonnête charlatan comprit la comédie que je lui avais jouée et l’âne a montré ses oreilles au grand jour ; et pour ne pas les perdre, il a aussitôt songé à regagner sa patrie, savoir Montpellier, sans même avoir mené ses affaires à bien, c’est-à-dire sans que le procès fût encore terminé. Comme un voleur la nuit, il est parti en cachette ; non sans d’abord avoir pourtant reçu d’avance l’argent de certains malades trop crédules à qui il avait promis poudre, pilules et opiats pour la guérison de l’hydropisie, de la fièvre quarte et d’autres maladies chroniques. [23][24][25]

[Ms BIU Santé 2007, fo 60 vo | LAT | IMG]

Mais vous, que pensez-vous de cet homme ? Il semble plus approcher du voleur et de l’imposteur que du docteur en médecine, qui doit être homme honnête, sage et de bonnes mœurs. Il a passé le reste de sa vie à Montpellier, où il a enfin misérablement rendu l’âme le 8e d’avril 1655, atteint d’un ulcère malin et lépreux de la gorge qui évoluait depuis quelques années, étant lui-même lépreux, comme toute sa famille et par hérédité. [26] Il a eu très mauvaise réputation dans tout le Languedoc, tenu pour un empirique assoiffé d’argent ; [27] et aujourd’hui encore, on le méprise comme un très misérable écrivain. Il n’a plu qu’aux débutants, pour sa nouveauté qui n’a grand charme que pour les ignorants, mais s’est évaporée ensuite. Voilà ce que j’ai connu du personnage. Venons-en à ses écrits, qui ne méritent guère plus d’estime. Avant cela, il avait écrit de morbis internis et de febribus[8] qui n’est rien d’autre qu’une suite d’emprunts à l’ouvrage immense et méticuleux de Daniel Sennert : c’est le très misérable résumé d’un excellent livre ; pour sa brièveté, les jeunes médecins y ont eu recours comme à une ancre sacrée, sed pro thesauro carbones[9][28][29] Ensuite, il a donné ses Observationes, ouvrage misérable, pour ne pas dire merdeux, [10] et tout à fait indigne d’être lu par un honnête homme. Pour prolonger les chapitres de ces deux livres, il a ajouté certains emprunts à Zacutus, et je ne m’en étonne pas : [11][30] l’un et l’autre furent en effet empiriques, chimistes et avides sectateurs de secrets ; et même imposteurs et, comme j’ai entendu dire d’eux, de confession juive, ce que je supporte mal. [31] En effet, ces vauriens, qui sont étrangers à la foi chrétienne et qui ont le Christ en horreur, ne devraient pas être tolérés dans les Écoles des princes chrétiens, eux qui comptent pour palmarium facinus[12] et s’en attribuent même gloire et avantage, d’avoir trompé des chrétiens par leurs fraudes et leurs impostures. Mais bien que je sois catégorique là-dessus à leur sujet, sachez pourtant que je ne compare en aucune manière Zacutus à Rivière, médicastre de quatre sous qui toute sa vie n’a rien fait d’autre ou n’a du moins ambitionné qu’amasser des richesses et dépouiller les malades de leur or ; au moins ce Zacutus a-t-il mérité la louange pour son immense travail, même s’il contient çà et là bien des tromperies, bien des fictions et des fables, et des conclusions aussi fausses que dangereuses, qu’on ne peut approuver dans les opérations du métier. Ajoutez à cela que c’est un auteur dont la lecture est périlleuse autant que pernicieuse pour les débutants en médecine, encore jeunes et insuffisamment avancés dans l’étude de l’art. Mais plus une autre fois sur cet excellent Zacutus, si cela ne vous a pas satisfait. Pour conclure, je dirai de Rivière que je n’ai aucunement sollicité le jugement et la critique de M. Hermann Conring à son sujet, telle qu’on la lit dans son Introductio ad universam Medecinam, page 147 ; tout en pensant que Conring a voulu ménager Rivière, car il aurait pu le juger bien plus durement et sévèrement. [13][32] On a récemment imprimé ses Institutiones à Lyon sur la Saône ; je les ai ici, un ami me les a envoyées. Si vous m’en priez, voici ce que j’en pense : je n’y ai vu aucune raison de changer le jugement que je viens de porter ; elles sont du même aloi que les Observationes, et valent moins que rien ; dans leur préface, l’imprimeur promet une novam centuriam observationum encore inédite ; puissent-elles être meilleures que les autres, et plus propres à instruire les philiatres[14] Vous avez mon jugement sur les écrits de Rivière ; s’il vous a plu, je m’en réjouirai ; sinon, qu’il s’impute à lui-même le fait que je vous paraisse trop vif et trop injuste à son égard ; scapham enim scapham nuncupo[15] nec ulli cuiquam palpum obtrudo[16][33] Vous concéderez cela à la liberté philosophique et à la passion que j’ai pour vous, mais contre Rivière qui a voulu si impudemment jeter de la poudre aux yeux d’un siècle savant. J’en dirai peu sur les deux médicaments qu’il a mentionnés si souvent et si mal à propos. Le calomel de Turquet, qui a été un grand imposteur et très cupide écumeur de bourses (mais Rivière le loue comme illustre médecin, ut sit dignum patella operculum, habeantque similes labra lactucas) ; [17][34][35] c’est du mercure dulcifié, que Turquet a transmis à un gentilhomme français nommé de Bellebrune, à l’égal d’un grand secret qu’il ne faut jamais révéler, comme vous diriez pulchrum et subnigrum[18][36][37] L’antimoine dépouillé de sa force énétique est aussi un remède fébrifuge, qui ne purge ni par en haut ni par en bas, mais seulement par les urines ou la sueur, comme dans la poudre de Cornacchini. [19][38][39] Les infâmes chimistes entreprennent de gagner de l’argent avec leurs secrets pour duper les gens crédules en extravaguant ; les hommes honnêtes et savants ont recours aux médicaments éprouvés et en petit nombre, à l’aide desquels ils s’acquittent de leur charge selon une méthode conforme aux règles. [Ms BIU Santé 2007, fo 61 ro | LAT | IMG] Enfin, en avril 1655, à Montpellier, Rivière s’en est allé dans l’au-delà, étouffé par un ulcère malin de la gorge, virulent et lépreux, dont, avant de finir, je vous raconterai la circonstance risible : dans son testament, il avait ordonné qu’on l’inhumât dans l’église des dominicains (ce sont des moines de chez nous, vêtus de noir et de blanc) [40] et qu’on l’y portât alors en grande pompe, le visage découvert et nettoyé, les yeux ouverts, portant l’épée au côté et des éperons dorés, comme on le devait à un très noble guerrier qui jadis Illustres multorum animas demisit ad Orcum ; [20][41][42] la puanteur du cadavre fut si forte qu’elle coupa presque le souffle des porteurs ; tant et si bien qu’il tomba dans l’égout le plus proche, d’où on n’a pu le retirer que fort difficilement et à grand-peine, tout boueux et fort souillé d’excréments. De cette infortune ou fâcheux accident, ses collègues ont dit non sans à-propos : Eum qui tota vita famelicus et mimicus fuerat medicaster, post obitum factum fuisse lutulentum ; [21] mais en voilà assez et plus qu’assez d’un si insigne vaurien.

On a remarqué qu’avril 1655 a chez nous été fatal à beaucoup, et ce même mois-là a expédié dans l’au-delà six hommes qui ont bien mérité d’être fort connus, mais à des titres divers. Il y eut d’abord ce Rivière à Montpellier, Turquet de Mayerne à Londres, et un certain Le Fèvre à Troyes.  C’est celui qui, en 1642, fit boire un poison narcotique au cardinal de Richelieu, sous ombre de le faire dormir ; dont ce tyran le plus cruel, ce Jupiter massacreur français, cet autre Attila et ce fléau du monde chrétien s’en alla aux enfers le 4e de décembre (Dieu eût-il pu faire qu’un poison mortel l’eût englouti 20 ans plus tôt). [22][43][44][45][46] Ne vous semble-t-il pas merveilleux qu’en un seul et même mois ces trois charlatans aient péri en divers lieux : Rivière, d’un ulcère lépreux ; Le Fèvre, d’avoir pris de l’antimoine ; [47] Turquet, de vieillesse et tout couvert d’ulcères ? Dans le même mois de la même année trois autres hommes sont encore morts, mais tous très savants et très illustres pour leurs immenses connaissances sur quantité de choses : Daniel Heinsius, dans votre ville ; [48] David Blondel, à Amsterdam, théologien et historien très éminent ; [49] et ici à Paris, mon très grand ami François Guyet, [24][50] qui avait jadis été le très méritant précepteur du cardinal de La Valette, [51] et celui M. Nicolas Bourbon, que je vénère profondément, natif de Bar-sur-Aube [52][53] (à la différence de l’autre Nicolas Bourbon, natif de Vendeuvre, son arrière-grand-oncle, qui a vécu il y a cent ans), qui mourut ici en 1644, âgé de 83 ans ; Achate le plus fidèle et le plus lettré de tous les savants, il était du petit nombre des poètes grecs et latins les plus estimés. [24][54] Que pensez-vous de ces trois derniers ? Le moindre de ces trois-là a surpassé en érudition et en vertu trois millions d’empiriques, de charlatans, de stibiaux et de bavards de cette sorte.

Ad quorum exitium non debuit una parari
Simia, nec serpens unus, nec culeus unus
[25][55]

Mais tant d’impertinents vauriens me font honte : puisqu’ils n’ont absolument aucun mérite, ils sont à tenir pour totalement indignes d’accaparer nos moments de loisir. Les laissant donc de côté et ne me souciant plus d’eux, j’en reviens aux livres.

N’avez-vous jamais vu l’Itinerarium de Benjamin de Tudèle, de récente édition in‑4o, avec les notes de quelque savant de chez vous ? [26][56][57] Rivet in Exodum ? le même in Decalogum ? [27][58] Anton Günther Billich in Examine Deliriorum chymicorum Petri Laurembergii ? du même, Exercitium Chymicorum ultimum et supremum ? l’Adsertionum chymicarum Sylloge, etc., in‑4o ? [28][59][60] Si tous ceux-là se vendent chez vous, achetez-les-moi, je vous prie, et je vous en rembourserai le prix. Mais en attendant, voici une liste de trois livres récemment imprimés, que j’ai ici, pour les placer dans votre Nomenclator : [61] Gabrielis Fontani, Iacobi filii, artium et medicinæ Doctoris, Medicorum Massiliensium Collegio aggregati, de Veritate Hippocraticæ medicinæ firmissimis rationum et experimentorum momentis stabilita et demonstrata, seu Medicina antihermetica ; in qua Dogmata Medica, Physiologica, etc., Lyon, 1657, in‑4o ; [29][62][63] [Ms BIU Santé 2007, fo 61 vo | LAT | IMG] les Institutiones medicæ de Lazare Rivière, réparties en cinq livres, in‑4o, Lyon, 1656 ; les quatre livres de Consilia et responsa medicinalia de Benédetto Silvatico, in‑fo, Padoue, 1656. [30][64]

Ce mois prochain, nous attendons le Varanda qu’on achèvera ces jours-ci à Lyon. [31][65] Gardez-vous, s’il vous plaît, de l’acheter car je vous en destine un exemplaire à vous envoyer en cadeau, avec d’autres que j’ai ici mis de côté pour vous.

On dit qu’on imprime à La Haye-le-Comte un nouvel ouvrage de M. Gerardus Johannes Vossius de Philosophia et philosophorum sectis ; [32][66][67] Dieu fasse que soient enfin publiées les lettres de ce très grand homme (dont je vénère la mémoire et admire le savoir encyclopédique) à ses amis français et allemands, en particulier à Hugo Grotius, ainsi que les lettres que Grotius lui a écrites. [33][68] Vos affaires avec notre panurge de Mazarin [69][70] semblent n’être pas encore bien conclues, ni suffisamment affermies. Je m’étonne que, par je ne sais par quelle fatalité pour nous, ce politique empourpré ne succombe pas enfin à l’écroulement de notre patrie et ne soit pas enseveli sous la masse de nos affaires publiques. La santé du Jupiter capitolin semble changer et diminuer de jour en jour : il ne lui reste plus aucune dent ; pour prévenir une ischurie mortelle, on lui a percé la vessie au niveau du périnée ; [34][71][72][73][74][75] à tel point que c’est la raison pour laquelle, à Rome, beaucoup d’empourprés pensent sérieusement à la papauté à venir, pour eux-mêmes ou pour leurs alliés, contre le gré et en dépit du Saint-Esprit, qui s’éloigne d’eux tant qu’il peut. Portez-vous bien, très éminent Monsieur, et aimez celui qui est votre très affectionné et très dévoué

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 31e d’août, qui fut jadis mon jour de naissance, en l’an de grâce 1601.


1.

V. note [3], lettre 486.

2.

Martial (Épigrammes, livre iii, vers 79‑80) :

Rem peragit nullam Sertorius, inchoat omnes :
Hunc ego, cum futuit, non puto perficere
.

[Sertorius entreprend tout, mais ne conclut rien. Quand il besogne une fille, je doute qu’il aille jusqu’au bout]. {a}


  1. Guy Patin a remplacé omnes par omnem et plus inexplicablement, ego par quoque.

V. note [20], lettre de Charles Spon, datée du 28 août 1657, pour le Celse de Johannes Antonides Vander Linden paru à Leyde en automne 1657. Sans doute découragé, Jacques Mentel abandonna le sien ou, du moins, ne le fit jamais paraître.

3. V. note [2], lettre latine 127, pour le Celse de Johan Rhode qui est demeuré inachevé, en dépit des efforts de Thomas Bartholin pour le sauver de l’oubli.

4.

V. note [6], lettre 132, pour les « Observations » de Lazare Rivière (Paris, 1646 ; rééditions la même année à Londres, 1651, 1656 et 1659).

Sa dédicace Generoso, Illustrique Viro Domino D. Francisco Vautier, olim Mariæ Mediceæ Reginæ Christianissimæ Archiatro, nunc archiatrorum Galliæ Comiti [Au généreux et illustre M. François Vautier, jadis archiatre (premier médecin) de la reine très-chrétienne, Marie de Médicis, maintenant comte des archiatres de France (premier médecin du roi)] est datée de Paris, le 7 avril 1646.

V. note [1], lettre 133, pour le motif de la venue de Lazare Rivière à Paris en 1646.

5.

Pour respecter les nuances de l’époque, j’ai traduit le mot Jurisconsultus du manuscrit (abrégé en ICtus) par jurisconsulte (« savant en droit, qui en a écrit ou que l’on consulte sur l’interprétation des lois et des coutumes, sur les difficultés d’un procès », Furetière) plutôt que par juriste (« docteur du droit », ibid.) : « jurisconsulte est celui qui fait profession du droit et de donner conseil ; juriste, auteur qui a écrit sur les matières de droit » (Dictionnaire critique de la langue française de l’abbé Jean-François Féraud, s.j., 1761).

6.

V. note [10], lettre latine 43, pour cyclope dans le sens de médecin chimique (ouvrier de Vulcain).

7.

V. note [24], lettre 386, pour l’ambre gris.

Faute d’avoir trouvé la moindre application médicale de la soie (autre que pour les fils chirurgicaux), j’ai traduit sericum par son autre sens latin de jujube (poma serica), petit fruit auquel Avicenne accordait des vertus dans le traitement des maladies des poumons et des reins, contrairement à Galien qui n’y voyait qu’un aliment peu digeste.

La prescription était à la fois magique (cœur de loup), astrologique (pleine lune), chimique (poudre probable d’antimoine), arabe (jujube) et lucrative pour le pharmacien (or, ambre) ; soit tout ce qui horripilait Guy Patin.

8.

« sur les maladies internes et les fièvres » : Lazari Riverii Consiliarii Regii et in Monspeliensi Universitate Medicinæ Professoris, Methodus curandarum febrium [Méthode de Lazare Rivière, conseiller du roi et professeur de médecine en l’Université de Montpellier, pour guérir les fièvres] (Paris, Olivier de Varennes, 1645, in‑8o ; rééditions en 1649 et 1651) ; Rivière n’a pas publié d’autre traité portant spécifiquement sur les maladies internes.

9.

« mais ce sont des charbons pour un trésor » (v. note [12], lettre 54).

L’ancre sacrée ou maîtresse, autrement nommée ancre de miséricorde ou de salut, était la plus grande et la plus solide du navire, celle qu’on réservait pour les périls imminents de naufrage ; elle figurait alors le dernier recours. Plutarque en a fait une métaphore (Vie de Coriolan, chapitre xxxi) : « Les ambassadeurs ayant rapporté cette réponse, le Sénat, menacé d’une tempête violente qui pouvait submerger le vaisseau de l’État, jeta, comme on dit, l’ancre sacrée. » Sacram anchoram solvere [Jeter l’ancre sacrée] est l’adage no 24 d’Érasme.

V. note [16], lettre 239, pour les quatre livres de Febribus [des Fièvres] de Daniel Sennert (Wittemberg, 1628, pour la première édition).

10.

Ce mot grossier ne se lit certes pas sous la plume française de Guy Patin, mais je n’ai pas trouvé meilleure façon de traduire et sa pensée, et l’adjectif stercoreus (trouvant « excrémentiel » bien vieilli et trop guindé).

11.

Lazare Rivière a beaucoup cité Zacutus Lusitanus (v. note [7], lettre 68) dans ses ouvrages, mais je n’y ai pas trouvé d’observations complètes qu’il lui ait empruntées.

12.

« action qui mérite la palme » (fait de gloire) : palmarium facinus est un adage antique qu’Érasme a commenté (no 3855) : « Dans L’Eunuque, Térence a dit d’une action qu’elle “ mérite la palme ” pour signifier sa valeur exceptionnelle, digne d’un triomphe, etc. »

13.

V. note [26], lettre 484, pour l’Introductio in universam Artem medicam… [Introduction à l’Art médical complet…] d’Hermann Conring, que Sebastian Scheffer a extraite de ses leçons publiques (Helmstedt, 1654), et dont la page 147 contient ce propos sur Lazare Rivière :

Priusquam vero à Gallis discedamus, duo adhuc commemorandi veniunt. Alter est Hieronymus Montuus […]. Alter est Lazarus Riverius, qui hodieque in Gallia Provinciali vivit, quum antea aliquandiu Monspessuli docuisset. Cujus Practici libri cum Observationibus utut luculente ostendant, propria experientia non multa adeo illum observasse, sed ex aliis plæraque transcripsisse, cumprimis ex Sennerto, licet id ipse dissimulet ; habet tamen etiam quædam propria non contemnenda. Quanquam multum commodi exinde nemo haurire possit. In veterum certe lectione plane est hospes.

[Mais avant d’en finir avec les auteurs français, deux me viennent encore en mémoire. L’un est Jérôme de Monteux {a} (…). L’autre est Lazare Rivière qui a enseigné quelque temps à Montpellier et qui vit maintenant en Provence. Ses livres de pratique avec observations montreraient pourtant avec éclat qu’il n’a pas observé grand-chose de sa propre expérience, mais qu’il a beaucoup recopié d’autres auteurs, Sennert en tout premier, et il s’est permis de le dissimuler ; il s’y trouve pourtant aussi du sien propre qui n’est pas à mépriser. Pourtant, nul ne peut y puiser grand profit. Il est certainement tout à fait étranger à la lecture des anciens].


  1. Docteur de l’Université de Montpellier, médecin et chirurgien à Lyon au xvie s.

14.

V. note [5], lettre 429, pour les Institutiones Medicæ [Institutions médicales] de Lazare Rivière (Lyon, 1656). Guy Patin faisait allusion à cette phrase de la courte préface de l’imprimeur (Antoine Cellier) Bibliopola Lectori Humanissimo [au très aimable lecteur] qui annonce une « nouvelle centurie d’observations » :

Extat autem etiam penes me, præter prius evulgatas tanti Viri Observationes Medicas, Nova ipsius Observationum Centuria, quam propediem quoque in apricam lucem producere, publicæ utilitatis ergo, minime gravabor, dummodo primum huncce missum tibi non displicuisse intellexero.

[Outre les Observations médicales d’un si grand homme qui ont été précédemment publiées, j’ai même aussi entre les mains une nouvelle Centurie de ses observations ; sous peu, je ne répugnerai pas à les produire aussi à la lumière du grand jour pour l’utilité du public, dans la mesure où je me serai rendu compte que cette première livraison ne t’aura pas déplu].

15.

« j’appelle en effet une barque une barque [un chat un chat] », v. note [1], lettre 101.

16.

« et je ne fais jamais rien avaler à personne par une caresse » (Érasme, adage no 2527) :

Obtrudere palpum apud Plautum est arte fucoque decipere. Ego, inquit, istuc aliis dare condidici, mihi obtrudere non potes palpum. Unde et palpari pro adulari, et palpones adulatores vocamus a simili metaphora. Metaphora tracta est ab equisonibus, qui ferocientibus equis plausu manus adblandiuntur.

[Faire avaler par une caresse, c’est chez Plaute tromper par l’artifice et le déguisement : « Moi, dit-il, je sais en donner aux autres, mais tu ne peux rien me faire avaler par une caresse. » {a} De là vient que, par une métaphore semblable, nous disons caresser pour flatter, et caresses pour flatteries. On a tiré la métaphore des écuyers qui flattent les chevaux fougueux par une tape de la main].


  1. Pseudolus [L’Imposteur], acte iv, scène 1, paroles de Simia à Pseudolus tramant une duperie.

17.

« pour que le couvercle convienne à la marmite et que les lèvres aient des laitues qui leur ressemblent », v. note [46], lettre 279, et [8], lettre 297, pour ces deux adages érasmiens.

18.

« beau et noir », kalos et melas en grec, étymologie du mot calomel (ou calomélas) donnée par Littré parce qu’il passe du beau noir au blanc quand on le prépare (v. note [11], lettre 435).

Une autre origine fait allusion à l’esclave noir que Théodore Turquet de Mayerne (v. note [22], lettre 79) aimait beaucoup et qui l’assistait dans la préparation de ce médicament mélanagogue (qui purge la bile noire, ou atrabile) ; en son souvenir, il avait inventé le nom du calomel, médicament qu’il avait introduit en 1618 dans la Pharmacopœia Londonensis [Pharmacopée de Londres].

Guy Patin avançait ici une troisième explication du mot, mais elle semble un calembour : après la « belle poudre noire » et « le beau Noir », la « belle brune », avec allusion originale à Antoine de Blondel de Joigny, marquis de Bellebrune (v. note [4], lettre 519), ou quelque autre personne de sa famille.

Calomelas Turqueti est mercurius dulcis sexies, aut septies sublimatus [Le calomel de Turquet est du mercure doux qu’on a sublimé six ou sept fois] (Lazare Rivière, Observatio lxxxiii, centurie iv) ; le calomel ou chlorure mercureux a longtemps été utilisé comme diurétique, sudorifique, sialagogue, antisyphilitique, vermifuge, etc.

19.

Marco Cornacchini, professeur de médecine à Pise, mort en 1621, a laissé son nom à une poudre purgative, autrement connue sous la dénomination de pulvus catholicus illustrissimi Comitis de Warvich [poudre universelle de l’illustrissime comte de Warwick, son véritable inventeur]. Cette poudre cornachine est composée de scammonée d’Alep, d’acidule tartreux et d’oxyde d’antimoine blanchi par le nitrate de potasse ; elle est purgative, apéritive, hydragogue dans les obstructions et l’hydropisie.

20.

« a envoyé chez Orcus les illustres âmes de quantité de gens » ; Multasque illustres animas demisit ad Orcum est la traduction latine qu’a donnée Hugo Grotius d’un vers de Lucien de Samosate (Épigrammes, 38, vers 5) : πολλας δ’ ιφθιμους ψυχας Αιδι προιαψεν.

V. note [16], lettre 514, pour Orcus (ou Pluton), dieu des Enfers.

21.

« Voilà devenu après sa mort un médecin fangeux et tout couvert d’ordure celui qui toute sa vie avait été un famélique et burlesque médicastre » (sans source identifiée).

22.

Seule mention d’Attila, roi des Huns au ve s., surnommé le fléau de Dieu, dans toute la correspondance de Guy Patin.

V. note [14], lettre 75, pour le laudanum que Le Fèvre, empirique de Troyes, administra à Richelieu sur son lit de mort.

23.

Curieuse méprise de Guy Patin sur son ami François Guyet (v. note [3], lettre 997) qu’il prénommait ici Henri (erreur que j’ai corrigée).

24.

Achate est le fidèle compagnon d’Énée dans l’Énéide.

Nicolas dit le Jeune (v. note [2], lettre 29) était arrière-petit-neveu de Nicolas Bourbon dit l’Ancien (Vendeuvre-sur-Barse vers 1503-1550, v. note [31], lettre 390), poète néolatin français, ami de Rabelais, qui avait été précepteur de Jeanne d’Albret (reine de Navarre et mère d’Henri iv).

25.

« Ceux-là ont mérité qu’on préparât pour leur élimination plus d’un singe, plus d’un serpent et plus d’un sac de cuir » (Juvénal, v. note [50], lettre 286).

26.

V. note [5], lettre latine 77, pour l’« Itinéraire » de Benjamin de Tudèle édité par Constantinus L’Empereur (Leyde, 1633, sans édition in‑4o plus tardive que j’aie su trouver).

27.

Le Décalogue (ou Dix Commandements) forme le chapitre 20 de l’Exode (fuite des Hébreux hors d’Égypte sous la conduite de Moïse), qui est le 2e livre de l’Ancien Testament. Le Poitevin André Rivet, docteur et professeur de théologie à Leyde (v. note [25], lettre 79), y a consacré deux ouvrages :

  • Commentarii in librum secundum Mosis, qui Exodus apud Græcos inscribitur : in quibus, præter Scholia, Analysin, Explicationem et observationes doctrinarum in usum Concionatorum, variæ quæstiones Theoreticæ et practicæ discutiuntur et solvuntur. Ex publicis ejus prælectionibus in celeberrima Batavorum Academia. Cum indicibus necessariis [Commentaires sur le second livre de Moïse qui s’intitule Exode en grec ; où en plus des annotations, de l’analyse, de l’explication et des observations des doctrines pour l’usage des orateurs, diverses questions théoriques et pratiques sont discutées et résolues. Tirés de ses leçons en la très célèbre Université de Leyde. Avec les index nécessaires] (Leyde, Franciscus Hegerus, 1634, in‑4o) ;

  • Prælectiones in cap. xx. Exodi. In quibus ita explicatur Decalogus, ut Casus Conscientiæ, quos vocant, ex eo suborientes, ac pleræque controversiæ magni momenti, quæ circa legem moralem solent agitari, fusè et accurate discutiantur. Opus, ut varietate jucundum, sic, non solum sacra, sed etiam politica tractantibus, profuturum. Cum indicibus necessariis. Editio secunda, justa accessione aucta, recognita, et ad formam reliqui commentarij in Exodum accommodata [Leçons sur le chapitre 20 de l’Exode. Où le Décalogue est expliqué de sorte qu’y sont abondamment et soigneusement discutés ce qu’on appelle les cas de conscience qui en découlent, et de nombreuses controverses de grande importance qu’on a coutume d’agiter autour de la loi morale. Ouvrage aussi plaisant par sa diversité qu’utile à ceux qui traitent des affaires tant sacrées que politiques. Avec les index nécessaires. Seconde édition augmentée d’une annexe commode, revue et adaptée à la forme de l’autre commentaire sur l’Exode] (Leyde, Franciscus Hergerus, 1637, in‑4o ; adaptation de la première édition, id. et ibid., 1632).

28.

D’Anton Günther Billich (1598-1640), médecin chimiste allemand :

  • Petri Guliel. Fil. Larvenbregii (sic) Deliria chymica. In officina Filiæ Temporis et Magistræ Stultorum, excudebat Anton. Gunther. Billich [Les Délires chimiques de Peter Lauremberg (v. note [26], lettre 1023), fils de Gulielmus. Anton Günther Billich l’a imprimé dans l’officine de la fille du temps et de la maîtresse des fous] (sans lieu, 1625, in‑8o) ;

  • sans correspondre exactement à celui que donnait Guy Patin, « l’Exercice ultime et suprême des chimistes », le 2e titre pourrait être Antoni Guntheri Billichi Frisi Archiatri Oldenburgensis Observationum ac Paradoxorum chymiatricorum libri duo : quorum Unus medicamentorum chymicorum praeparationem : Alter eorundem usum succincte perspicueque explicat [Deux livres d’observations et de paradoxes chimiatriques d’Anton Günther Billich, natif d’Oldenbourg, premier médecin de Frise : le premier explique brièvement et clairement la préparation des médicaments chimiques et le second, leur emploi] (Leyde, Jean Maire, 1631, in‑4o) ;

  • Adsertionum chymicarum Sylloge : opposita Clangoso latratui, et venenatis morsibus Petri Laurembergii, canis scholastici rabiosi et scabiosi [Recueil des affirmations chimiques : opposé à l’aboiement criard et aux morsures venimeuses de Peter Lauremberg, chien scolastique enragé et galeux] (Oldenbourg, 1624, in‑4o).

29.

V. note [9], lettre 467, pour la « Vérité de la médecine hippocratique, affermie et démontrée par les plus solides forces des raisonnements et expériences de Gabriel Fontaine, fils de Jacques (v. note [46], lettre 97), docteur ès arts et médecine, agrégé au Collège des médecins de Marseille ; ou la Médecine antihermétique, où les dogmes médicaux physiologiques, etc. ».

Ce que Guy Patin appelait le « Nomenclateur » [esclave qui dans l’ancienne Rome était « chargé de nommer les citoyens à son maître à mesure des rencontres et surtout en période électorale » (Gaffiot)] de Johannes Antonides Vander Linden était ses deux livres de Scriptis medicis [des Écrits médicaux] ; dans la 3e édition (Amsterdam, 1662), il a ajouté le livre de Gabriel Fontaine (page 189), ainsi que les deux suivants (Benédetto Silvatico, page 95, et Lazare Rivière, page 438).

30.

V. supra note [13], pour les « Institutions médicales » de Lazare Rivière et note [7], lettre 406, pour les quatre centuries de « Consultations et réponses médicales » de Benédetto Silvatico.

31.

V. note [10], lettre 485, pour les Opera omnia [Œuvres complètes] de Jean Varanda (Lyon, 1658).

32.

V. note [29], lettre 490, pour les deux livres de Gerardus Johannes Vossius « sur la Philosophie et les sectes des philosophes » (La Haye, 1657).

33.

V. note [13], lettre 212, pour un recueil contenant des lettres échangées par Gerardus Johannes Vossius et Hugo Grotius, mais qui parut au siècle suivant (Amsterdam, 1715).

34.

Ce malade apparemment proche de l’agonie était le pape Alexandre vii (Fabio Chigi), élu en 1655 ; mais il ne mourut qu’en 1667.

Dans l’ischurie (ou suppression d’urine, v. note [9], lettre 782), une incision périnéale de la vessie (au niveau du périnée, juste au-dessous du pubis) permettait l’écoulement de l’urine malgré une occlusion de l’urètre ; cette intervention de dérivation vésicale salvatrice était l’équivalent de la ponction sus-pubienne de la vessie qui se pratique aujourd’hui couramment quand il est impossible de monter une sonde dans l’urètre jusque dans la vessie (v. note [10], lettre 209).

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johannes Antonides Vander Linden, Ms BIU Santé 2007, fos 59 vo‑60 vo.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 59 vo.

Clarissimo viro D.D. Io. Ant. Vander Linden. Leidam.

Duobus tuis responsurus, Vir Cl. primò dicam, me summo gaudio
affectum fuisse, audito gratissimo nuntio de pace nostra cum Batavis
confecta : quæ utinam pervenet, ac nihil habeat insidiarum : gaudeo
quoque tam auspicata fuisse primordia legationis viri amplissimi
D. Thuani, quem ex animo colo atque suspicio. Obstupuit, et quasi in
pœnitentiam adductus est Mentellus noster, quum à me rescivit
Corn. Celsum critica et erudita tua manu locupletatum, brevi cis unum
aut alterum mensem, in lucem proditurum, et ad nos venturum.

t.

ms BIU Santé 2007, fo 60 ro.

Semper dixit se plurima habere ad illius Scriptoris illustrationem, nec tamen
quidquam præstat : illi Sertorio simillimus de quo Martialis.

Rem peragit nullam Sertorius inchoat oem, hunc quoq. etc.

Festinationis et diligentiæ laudem obtinebis præ Mentello et Rhodio,
à singulis studiosos qui Celso favent.

Quod spectat ad Laz. Riverium, Profess. Monspeliensem, nil
aliud fuit quàm merus atque mirus nebulo. Hîc vixit aliquot menses
ante annos decem, pro sua Schola, propter litem in privato Regis Consilio
pendetem, super stupendijs Professorum. Dum ejusmodi litis ambiguitas
disceptaretur, (quod in universa Gallia semper est lentum negotium) prælo quoq.
subjici curavit suas Observationes (opus verè stramineum) ex quib. statim facilè
conjeci quantus vir non esset triobolaris ille scriptor, vel potius exscriptor :
cùm v. per eas mihi innotuisset eum Parisijs vivere, ut s absq. ulla ejus suspicione
possem hominem videre qui omnium morborum curationem etiam incurabilium civibus
nostris impudenter pollicebatur, fraudem excogitari : 2 me Illustrum pro-
fessus sum, et 1 hominem conveni, sed quartana laborantem : rogavi illum si
quæ haberet secreta adversus illam febrem, multo ære redempturum :
illam Medicorum Paris. arte vel methodo, nec varijs remedijs hactenus
potuisse depelli nec debellari, à biennio et suprà : quib. auditis 2 statim
1 ignarus Cyclops exclamavit : Civitas vestra Paris. bonis omnibus abundat,
sed admodum miror cur camreat eximijs Medicis : illi, inquiebat, in omnib. penè
morbis venæ sectione abutuntur : paucis remedijs utuntur : Hipp. crepant
et Galenum, nec habent secreta, quib. ego instructissimus sum adversus
morborum omne genus
. Tunc in fuco perseverans, petij numquid ante mensem
ejus ope quartana possem liberari : quod statim pollicitus est, modò illi
tradere vellem decem pistolas Hispanicas (quæ faciunt centum libellas
Turonenses :) se intra xv. dies effecturum ut illa quartana planè evanes-
ceret, per specificum quoddam remedium (audis vocem agyrticam ?) pilulas
nempe ex corde junioris lupi in plenilunio verno mactati, ambaro, serico,
auro et Chymico quodam pulvere confectas : ad quæ verba certè cohorruis-
sem, aut saltem risum non continuissem, nisi timuissem fucum prodere :
promissa ergo tertia summæ petitæ particula, neq. cis paucos dies rever-
surum, agyrtam deserui, et recessi : post triduum, misi ad illum Epistolam,
per quam eum monui, ut in posterum saperet, et ut bonum virum decebat,
abstineret à tot nugis quas adversus quartanam proposuerat, quæ meræ sunt
fraudes ac imposturæ, regio Medicinæ professore Monspeliensi planè indignas : eum
quoque monitum volui me nec esse Iurisconsultum, nec quartanarium, ideóq. frustra
nummos meos aureos expectaturum : me esse Med. Paris. G.P. qui nulla
alia de causa eum adieram, quàm ut viderem et nossem hominem, per fas et nefas
ægrorum loculis inhiantem, et auri 2 colligendi 1 pessimis artibus cupidissimum :
ex cujus conspectu et colloquio, longè adhuc plura deprehenderam quàm antehac audîssem.
Per acceptam meam Epistolam fucum à me sibi merum factum agnovit improbus agyrta, et
asinum suas aures prodidisse, quas ne perderet, de repetenda patria sua nempe
Monspelio statim cogitavit, et re infecta, id est lite nondum terminata,
tanquam fur nocturnus, clanculum discessit : priùs tamen in antecessum accepta pecunia
à quibusdam ægris nimirùm credulis, quibus pulveres, pilulas et opiatas
promiserat, ad hydropis, quartanæ febris et aliorum acutorum chronicorum curationem.

u.

ms BIU Santé 2007, fo 60 vo.

Tu v. quid censes de illo homine ? certè propiùs ad furem et agyrtam impostorem
accedere videtur, quàm ad Medicinæ Doctorem, qui debet esse vir
bonus, cordatus et bene moratus. Quod vitæ superfuit, Monspelij
transegit, ubi tandem infelicem animam efflavit 8. Aprilis, 1655. ex
ingenti ulcere maligno et elephantico in faucibus ab aliquot annis annis oborto ;
elephanticus ipse in tota familia, et jure gentilitio. In tota provincia
Narbonensi, pessimè audijt tanquam Empiricus rei faciendæ avidissimus, et ad-
huc hodie tanquam miserrimus scriptor negligitur : solis tyronibus placuit, ratione
novitatis, quæ apud solos imperitos multas habet illecebras, postea v. evanuit.
Habes de homine quid noverim : veniamus ad ejus scripta, quæ majorem æstimationem
non merentur. Antehac scripsit de morbis internis et de febribus : quæ nihil
aliud sunt quàm excerpta ex ingenti et laborioso Dan. Sennerti Opere : hoc est
optimi libri miserrimum compendium : ad quod brevitatis causa tanquam ad sacram
anchoram juniores Medici confugerunt : sed pro thesauro carbones : Observationes
postea dedit, miserum, ne dicam stercoreum opus, et boni viri lectione planè indignum.
Utriq. operi ut capita produceret, quædam superaddidit de Zacuto desumpta :
nec miror : fuit enim uterque Empiricus, Chymista, et secretorum avidus
sectator : imò, fuit uterque impostor, et ut de utroque audio, ipsa fide Iudææ,
quod graviter fero : neq. enim in Scholis Principum Christianorum ferendi essent
isti nebulones à Christiana fide alieni, et à Christo abhorrentes, qui sibi
gloriosum et utile 2 reputant, imò palmarium facinus 1 ducunt, si suis fraudib.
ac imposturis Christianos deceperint. Sed quamvis de utroq. hoc affirmem, 2 hoc
tamen 1 tibi notum esse velim, me nullo modo Zacutum conferre cum Riverio,
triobolari medicastro, qui tota vita nil aliud egit, aut saltem habuit in
votis, quàm ut opes corraderet, et ægros auro emungeret : saltem ingentis laboris
nomine Zacutus ille laudem promeruit, quamvis multa habeat huc illuc inserta
mendacia, fabulosa fictáq. multa, falsas quoq. et periculosas conclusiones,
quæ in operibus artis non possunt probari : adde quod Author est periculosæ atq. necnon
perniciosæ lectionis tyronibus Medicis, adhuc juniorib. et in artis studio nondum
provectis. Sed aliás de Zacuto plura : si Tibi 2 satis ista viro 1 optimo non fuerint.
De Riverio dicam pro coronide, me nulla sui parte implorare Cl. viri D. Her.
Conringij judicium et censuram, quæ leguntur in ejus Introductio ad universam
Medicinam, pag. 147.
nisi forsan Riverio favere voluisse Conringium quis putet,
utpote longè acrius et acerbiùs de illo sententiam ferre potuerit. Lugduni
ad Ararim nuper excusæ sunt ejus Institutiones, quas hîc habeo ab amico
transmissas : de quib. si roges quid sentiam ; in illis nihil video propter quod
suprà latam mutem sententiam : ejusdem enim sunt commatis cum Observationibus,
nec titivillitio meliores : in quarum Præfatione pollicetur Typographus
novam Centuriam Observationum hactenus ineditarum : utinam cæteris sint melio-
res, et instruendis Philiatris accommodatiores. Habes judicium de scriptis Riverij
meum : ex quo si placui, gaudebo : sinminus, quod Tibi, acrior et iniquior illi videar,
imputet ille sibi, scapham enim scapham nuncupo ; nec ulli cuiquam palpum obtrudo ;
dabis hoc philosophicæ libertati, et amori in Te meo, contra Riverium, qui erudito
sæculo summa animi impudentia fucum facere voluit. De duplici ejus medicamento, cujus
tam sæpe et ac importunè meminit, dicam paucis. Calomelanos Turqueti, qui
magnus fuit impostor et loculorum emunctor avidissimus, (eum a. laudat Riverius
tanquam illustrem Medicum, ut sit dignum patella operculum, habeantq. similes
labra lactucas) est mercurius dulcificatus, magni secreti 2 instar à Turqueto, 1 et
numquam revelandi traditus nobili cuidam Gallo dicto Bellebrune, quasi
diceres pulchrum et subnigrum : febrifugum a. remedium est stibium spoliatum
vi enetica, quod nec purgat per superiora, nec per inferiora, sed dumtaxat per
urinas aut sudores, ut in pulvere Cornacini. Impuri Chymistæ rem facere
conantur per secreta, ut credulos decipiant, dum desipiunt : viri boni ac eruditi
paucis et probatis utuntur medicamentis, cum quib. et legitima methodo munere suo defunguntur.

v.

ms BIU Santé 2007, fo 61 ro.

Tandem Aprili mense Monspelij transijt regionem multorum Riverius,
anno 1655. ex faucium ulcere maligno virulento et elephantico suffocatus : de quo
priusquam finiam, rem ridiculam tibi narrabo. Edixebat ille testamento se
inhumari velle in æde Dominicanorum : (sunt apud nos Monachi quidam nigri
et albi) in quorum ædem dum magna pompa efferetur, nuda detersaque
facie, cum oculis, calcarib. auratis et ense accincto, ut generosissimum bellatorem
decebat, qui olim Illustres multorum animas demisit ad Orcum : tantus fuit
ipsius cadaveris fætor, ut ipsos vectores prope exanimaverit, adeo ut cloacam
proximam incidebit, unde nonnisi ægrè admodum multóq. cum labore potuerit
inde retrahi, planè lutosus et multa fæce conspurcatus : unde dictum ex quo infortunio sive
tristi casu, 2 dixerunt 1 nec absurdè ejus Collegæ, Eum qui tota vita famelicus et
mimicus fuerat medicaster, post obitum factum fuisse lutulentemum et inqui-
natissimum Medicum
. Sed de tanto nebulone satis et plusquam satis.

Aprilis ille mensis anni 1655. observatus fuit apud nos multis fuisse fatalis :
sex enim viri 2 notissimi, 1 summo suo merito illo mense penetrarunt ad plures, nimirum
Riverius ipse, Monspelij : Mayernius Turquetus, Londoni : et quidam Faber,
Trecensis, qui Richelio Cardinali anno 1642. venenum propinavit narcoticum
somni procurandi/ prætextu, ex quo tyrannus ipse crudellissimus, Iupiter mactator Gallicus, alter Attila,
et Christiani Orbis flagellum, 4. Dec. ad Styga transivit (quod utinam
lethale venenum ante 20. annos devorasset) Nónne mirum Tibi videtur quod
uno et eodem mense tres illi agyrtæ varijs in locis peribint : Riverius ex ulcere
elephantico : Faber ex assumpto stibio : Turquetus ex senio, et totus ulcerosus :
sed eodem mense ejusdem anni tres alij eruditissimi, et amplissima multarum
rerum cognitione illustrissimi viri fatis cesserunt. Apud vos vir Incomparabilis
Daniel Heinsius : Amstelodami David Blondellus, Theologus et Historicus præstan-
tissimus : hîc v. Lutetiæ Parisiorum, amicus meus summus Andreas Guyetus,
qui olim fuerat Cardinalis Valetæi præceptor meritissimus, et præceptoris olim
mei colendissimi D. Nic. Borbonij, Baralbani, (ad differentiam alterius Nic. Borbonij,
Vandoperani, ejus pro-patrui, qui ante centum annos vivebat) 2 qui hîc obijt ann. 1644.
1 Græci Latinique Poetæ inter paucos probatissimi, Achates fidissimus et amicus
integerrimus, et ipse inter doctissimos literratissimus, qui hîc obijt ann. ætatis 83.
Quid censes de tribus illis postremis ? certè minimus eorum trium pretio eruditione et virtute
superavit tres milliones Empiricorum, agyrtarum, stibialium et talium blateronum.

Ad quorum exitium non debuit una parari
Simia, nec serpens unus, nec culeus unus.

Sed pudet me tot ineptorum nebulorum, qui cùm sint immeritissimi, sunt etiam
indignissimi censendi qui otium nostrum occupent : ijs itaque derelictis et neglectis,
ad libros revertor.

Vidistine unquam Itinerarium Benjamini Tudelensis, in 4 recentis editionis cum
Notis alicujus eruditi viri vestratis ? Rivetum in Exodum ? eumdem in Decalogum ?
Ant. Guntherum Billichium in Examine Deliriorum Chymicorum Petri Laurembergij ?
Ejusdem Exercitium Chymicorum ultimum et supremum ? Assertionum Chymicarum
Syllogem, etc. in 4.
Si singuli isti vænales apud vos prostent, eos mihi quæso redime,
et singulorum pretium refundam. Interea v. habeto Indicem trium librorum nuper
typis mandatorum, quos hîc habeo, ut eos in Nomenclatore tuo reponas. Gabrielis
Fontani, Iacobi Filij, artium et Medicinæ Doctoris, Medicorum Massiliensium Collegio
Aggregati, de veritate Hippocraticæ Medicinæ firmissimis rationum et experimentorum momentis
stabilita et demonstrata, seu Medicina Anti-Hermetica
 : in qua Dogmata Medica,
Physiologica, etc. 4. Lugduni, 1657.

w.

ms BIU Santé 2007, fo 61 vo.

Lazarij Riverij Institutiones Medicæ, in quinque libros distinctæ. 4o
Lugduni, 1656. Benedicti Sylvatici Responsorum et Consiliorum
Medicinalium libri 4 in fol. Patavij, 1656
.

Hîc mense proximo expectamus Varandeum, cis paucos dies
absolvendum Lugduni : noli illum emere si placet : unum ejus exemplar
Tibi destinavi dono mittendum, cum alijs, quæ hîc seposui.

Dicitur Hagæ Comitis sub prælo currere novum Opus D. Ger. Io. Vossij,
de Philosophia et Philosophorum sectis
 : utinam tanti Viri (cujus memoriam
veneror ac encyclopædiam veneror suspicio,) tandem edantur Epistolæ ad amicos
Gallos et Germanos, præsertim ad Hug. Grotium et Grotij ad illum
Epistolæ. Res vestra cum nostro Panurgo Mazarino nondum bene
compositæ nec satis firmatæ videntur : vereor ne tandem politicus
iste pupuratus ruinâ domûs nostræ concidat, et publicorum negotio-
rum mole, nescio quo fato nostro, obruatur. Capitolini Væjovis
valetudo in dies mutare ac imminui videtur : nulli illi supersunt
dentes : vesica fuit illi ad perinæum pertusa, ad præcavendam ischu-
riam lethalem : adeo ut Romæ quare multi purpurati seriò cogitent
de Papatu pro se vel pro suis assequendo, etiam invito ac repugnante
Spiritu sancto, qui procul ab ijs peregrinatur. Vale, vir præstan-
tissime, ac me ama, tui amantissimum tibiq. addictissimum

Guidonem Patinum.

Parisijs, die Veneris, 31. Augusti, natali olim meo, ab anno Christi, 1601.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johannes Antonides Vander Linden à Guy Patin, le 31 août 1657.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1121
(Consulté le 15.10.2019)

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