L. 487.  >
À Charles Spon, le 17 juillet 1657

Monsieur mon cher ami, [a][1]

Depuis ma dernière de quatre grandes pages, que je vous envoyai le mardi 19e de juin, je puis vous dire que Montmédy [2] est toujours assiégée. Le prince de Condé [3] avait fait mine de vouloir le secourir et avait passé la Meuse, mais il l’a aussitôt repassée sans rien entreprendre. M. de Turenne [4] le suivait de près, tandis que M. le maréchal de La Ferté-Senneterre [5] fait le siège. J’apprends que M. de Soliniac [6] de Montpellier a été ici fort malade et qu’il n’est pas encore bien : c’étaient des érysipèles [7] qu’il avait par le corps, qui lui ont fait grande peur de la mort.

Vous direz s’il vous plaît à M. Fourmy [8] que j’ai parlé à M. Béchet, [9] le nouveau syndic des libraires, de son enregistrement pour le Varandæus, qui m’a promis de l’expédier tout à l’heure qu’il l’aura.

M. le cardinal Antoine [10] est allé à la cour pour y prendre congé du roi, [11] de la reine [12] et de Son Éminence. [13] On dit qu’après cela il s’en retournera à Rome, non pas tant pour la mort des cardinaux Bichi [14] et Rapaccioli [15] que pour ce que le pape [16] est fort usé, nec creditur diu superstes futurus : [1] c’est pour travailler à une brigue à laquelle on fera présider le Saint-Esprit ; et gai, gai ! il y a longtemps que l’on trompe les hommes sous prétexte de religion. Ceux qui sont ici pour le cardinal de Retz [17] se réjouissent aussi d’une nouvelle qui court, savoir que le pape a mandé à Rome ledit cardinal, le parti duquel il veut embrasser depuis la mort du cardinal Bichi qui faisait à Rome les affaires du Mazarin contre ledit cardinal de Retz et qui par ci-devant, l’avait mal mis dans l’esprit de ce pape, qui est d’un esprit fort inconstant et duquel on peut dire, Dieu merci et les jésuites, Et homo factus est[2] Enfin Mme de Lansac [18] est morte âgée de 75 ans, de sa chute dans une cour et de trois trous à la tête. [19] On dit ici que la paix des Hollandais est faite, au moins que les empêchements sont levés de part et d’autre, et qu’il s’en ensuivra un accord entier.

Ce 28e de juin. Voilà que l’on vient de pendre quatre jeunes hommes à la Croix du Trahoir, [20] qui étaient des voleurs d’ici alentour et que l’on a tirés du grand Châtelet. [21] Ils faisaient les soldats enrôlés et volaient ici autour cruellement. C’est la guerre qui fait tant de voleurs. Usquequo Domine, usquequo ? [3][22] Le quatrième n’avait que 16 ans et avait la vérole, et s’est trouvé être le plus méchant et le plus déterminé des quatre ; on avait pensé, à cause de son âge et pour avoir pitié de lui, de l’envoyer seulement aux galères, [23] mais ses parents mêmes, qui avaient peur de lui, ont prié qu’il fût pendu de peur qu’il ne lui arrivât pis à l’avenir.

L’édition des lettres latines de feu M. de Saumaise [24] est arrêtée par la mort de M. Clément, [25] qui est celui qui en avait pris le soin et qui nous a donné le premier tome. [4] Il faudra dorénavant que tout ce soin et les lettres passent en d’autres mains pour en faire divers volumes qui suivent. On a réimprimé celles de Casaubon [26] in‑4o dès l’an passé, à Magdebourg et Helmstedt, [27] avec 82 lettres qui n’étaient point à la première édition ; on a changé l’ordre de cette dernière édition, et ont été mises seulement selon l’ordre du temps qu’elles ont été écrites. On parle aussi de faire une nouvelle édition de celles de Io. Scaliger [28] en Hollande, où il y en aura beaucoup d’ajoutées qui viennent de chez M. Dupuy [29] et M. Labbé, [30] l’avocat, qui en avaient de bons originaux et qui sont morts depuis peu. [5]

On ne voit ici plus de gueux dans la rue ni autres mendiants que des moines, [31] dont le nombre est fort grand : on a fait un Hôpital général [32][33] où l’on a renfermé tout ce qu’on a pu attraper de ces pauvres gueusants, au bout des deux faubourgs de Saint-Marceau [34] et de Saint-Victor ; [35] Paris en est plus beau de la moitié ; les riches y donnent volontiers quelque chose. Depuis trois jours il est ici mort un partisan fort riche, qui ne fut malade que deux jours entre les mains d’un certain charlatan de Montpellier nommé l’abbé Aubry, [6][36][37][38] lequel l’a envoyé où vont les partisans, avec de la poudre blanche, au grand regret de sa famille. Ce partisan s’appelait des Alus, [39] Nuper in hanc urbem pedibus qui venerat albis[7][40] Il a légué par son testament 1 000 écus à cet Hôpital général, mais on lui sait fort mauvais gré d’avoir donné si petite somme. Je m’étonne comment ce partisan est tombé entre les mains de cet abbé Aubry, qui est un misérable charlatan qui est ici fort décrié et qui me fait plus de pitié que d’envie, combien que je ne l’aie jamais vu ; mais je le connais d’ailleurs, par ses propres faits, car j’ai souvent ici vu de sa besogne, est merus et ignarus nebulo, qui artem, quam profitetur neutiquam intelligit[8]

Ce 3e de juillet. J’ai aujourd’hui vu un malade chez M. Alleaume, [41] procureur de la Cour qui est un peu mon parent per aviam meam paternam[9] lequel m’a dit qu’il était chargé d’une cause pour le Collège des médecins de Lyon contre un particulier nommé Balcet[10][42][43] Je lui ai dit que je savais bien ce que c’était et que j’avais de fort bons amis dans votre Collège ; et que quand il serait temps, je voulais solliciter ce procès contre Balcet ; ce dont il ne manquera pas de m’avertir.

On commence ici à l’Imprimerie du Louvre [44] une nouvelle impression de l’Érotian, [45] in‑fo, grec-latin, cum notis Philippi Cattieri ; [11][46] mais cela ne peut être achevé que dans six mois. Ce livre sera très excellent pour entendre l’Hippocrate. [47] Faites-moi savant s’il vous plaît : M. Huguetan [48] imprima l’an 1643 Petri Franc. Phrygii Comment. in Epidemicas historias Hippocratis in‑4o[12][49] fut-ce sur un manuscrit ou bien sur quelque imprimé d’Italie ? n’avez-vous jamais ouï parler d’une seconde partie de ce travail ?

Ce 4e de juillet. On dit ici que le roi s’en va quitter La Fère [50] et viendra à Abbeville, [51] et que les Espagnols ont ramassé des garnisons et des paysans dont ils ont composé un corps d’armée qui est alentour d’Ardres, [52] ville de Picardie qui n’est qu’à trois lieues de Calais. [53] Si on les laisse prendre Ardres, ils se cantonneront alentour de Calais et de Boulogne, [54] et y feront une place d’armes, d’où l’on aura bien de la peine de les chasser.

Ce 5e de juillet. M. le chancelier [55] a dit ce matin en plein Conseil que les Espagnols s’étaient retirés à cause que le roi avait envoyé des troupes dedans Ardres, qui y étaient heureusement entrées. En suite de quoi, l’on dit que les Espagnols n’ont pas de quoi empêcher que nous ne prenions cette année Montmédy et qu’ils ne peuvent faire aucun siège contre nous qui soit d’importance. Le prétendu siège d’Ardres était une finesse espagnole : ils avaient dessein sur Calais qu’ils ont pensé surprendre, mais ils en ont été généreusement repoussés. Calais eût été en plus grand danger si les Espagnols eussent attaqué par mer en même temps que les autres attaquaient par terre, mais les vaisseaux arrivèrent trop tard de deux heures. On faisait autrefois la guerre en lion, maintenant on la fait en renard.

Ce 7e de juillet. Je vous supplie de dire à M. Gras [56] que je suis son très humble serviteur, que j’ai aujourd’hui reçu sa lettre du 4e de mai de la main de M. Charac, que j’aurai soin de son affaire qu’il m’a recommandée. J’ai céans la 18e lettre à lui envoyer et l’on nous promet la 19e dans huit jours. [13] Vous aurez tout cela en son temps, mais je ne sais ce que M. Gras entend par les péchés de M. Arnauld y mentionnés ; je vous prie de le savoir de lui, afin que je les lui achète s’ils se peuvent recouvrer. Le libraire nommé Desprez [57] et l’imprimeur nommé Langlois l’aîné, [58] qui imprimaient ces lettres pour le Port-Royal, [59][60][61] ont été découverts et sont prisonniers dans la Bastille. [14][62] Les loyolites, [63] hominum genus nequissimum[15] se vantent qu’ils les feront envoyer aux galères. [64] C’est un compagnon imprimeur [65] qui les a découverts pour quelque argent qu’il a eu de la Société. On dit que les Lettres du Provincial ont été imprimées in‑12 en Hollande et que l’on y a substitué le nom de Cologne, [66] mais que les dernières n’y sont pas. Ils en pourront faire une deuxième partie avec le temps, et quelque belle préface. J’apprends que ce livre in‑12 a été imprimé à Amsterdam [67] et que, pour déguiser de tant plus l’affaire, l’on y a mis le nom de Cologne, comme ils ont fait à quelques autres livres, par ci-devant. [16]

Il y a ici deux charlatans fort décriés, savoir un Gascon qui se fait nommer le chevalier de La Rivière. [68] Il a autrefois été clerc d’un conseiller au parlement de Bordeaux nommé M. Métivier. Il a voulu faire courir le bruit qu’il cassait la pierre [69] dans la vessie par une certaine eau, de laquelle il faisait injection ; que c’était un remède spécifique [70] qui lui coûtait beaucoup, que, pour en venir à bout, il était obligé de faire beaucoup d’opérations chimiques, [71] qu’il ne pouvait donner cette injection à moins de 500 écus, qu’un certain prieur lui en avait donné 2 000 livres, et autres belles cassades. M. le chancelier l’a voulu voir, et a dit qu’il ne vit jamais un homme si ignorant et si affirmé charlatan. Celui-là est sorti de Paris et s’est retiré devers Meaux, [72] longius forsan iturus, si lucrum defuerit[17] L’autre est le fils d’un procureur de Montpellier, nommé l’abbé Aubry, [6] qui n’a pourtant pas d’abbaye, mais qui est un infâme et très ignorant charlatan ; qui a déjà plusieurs fois été prisonnier ici et ailleurs, tant pour fausse monnaie [73] que pour avoir vendu des bénéfices qui ne furent jamais en nature, comme un grand fourbe et imposteur public. Il a jadis été compagnon chirurgien et puis moine, et enfin, s’étant défroqué, il est demeuré prêtre séculier fort débauché[74] M. le chancelier a dit depuis trois jours que ces deux hommes méritaient d’être pendus. On dit que la peste est cruelle à Gênes [75][76] et que chaque semaine il en meurt plus de 600, et même qu’elle recommence à Rome fort cruelle ; que l’on y a fait une incision au pape in perinæo, ut facile mingeret[18]

Ce 9e de juillet. On a ici parlé d’une fièvre continue [77] du prince de Condé, mais cela n’est guère certain. On ne nous apprend rien de Montmédy que l’espérance de la prendre, et que le roi est allé vers Sedan. [78] Je vous remercie d’avoir parlé à M. Fourmy pour ses Mémoires de Tavannes[19][79] lesquels il m’a envoyés et que j’ai reçus par le messager de Lyon bien conditionnés, avec son privilège du Varandæus que je lui ferai expédier chez M. Béchet, nouveau syndic des libraires ; et puis après, je lui renverrai quand il voudra ou par quelque commodité qui se pourra présenter. Je suis bien aise que le Varandæus soit achevé et souhaite qu’il ait bon débit ; j’en ai déjà parlé à mes écoliers par plusieurs fois. Nous avons perdu près de 4 000 hommes devant Montmédy ; on dit qu’il y a plusieurs officiers de tués, et que cela est capable de faire riche le Mazarin s’il ne l’était déjà d’ailleurs. Nous sommes ici en procès avec nos chirurgiens barbiers, [80][81] qui ont voulu faire une union avec les chirurgiens [82] de Saint-Côme, nos anciens ennemis. Cosmiani illi [20] étaient de misérables coquins, presque tous arracheurs de dents, et fort ignorants, qui ont attiré les chirurgiens barbiers à leur cordelle [21] en les faisant participants de leur maison et de leurs prétendus privilèges, et entre autres d’avoir dans leur salle, en leurs examens, une longue robe noire et un bonnet carré ; et en ce cas-là, ils nous demandent que nous assistions à leurs actes, j’entends notre doyen [83][84] qui y va accompagné de deux docteurs, quos tanquam fidos comites sibi deligit ad libitum[22] Ils parlent de degrés de bachelleries [85] et de licences, [86] et autres telles cérémonies et vanités, tout à fait indécentes à de tels laquais bottés[87] Je pense que la cause s’en plaidera pendant un mois, j’entends avant que le Parlement finisse, et que les desseins audacieux de cette superbe racaille seront bridés et réglés ; et en attendant, notre doyen n’assiste à aucun de leurs actes. Ces chirurgiens de Saint-Côme ne sont-ils pas plaisants ? Ils ont une vieille permission du roi, d’environ 300 ans, dans laquelle il leur est fait licence de s’assembler ; ils prétendent, ce disent-ils, de ce mot de licence, qu’il leur est permis de faire des licenciés en chirurgie, ce qu’ils n’ont pourtant jamais entrepris par ci-devant, quod si illis concederetur, statim convolarent ad doctoratum [23] et nous feraient des docteurs pas-latins qui ne sauraient ni lire, ni écrire. Nous ne prétendons pas empêcher qu’il n’y ait à Saint-Côme des chirurgiens, ni que les autres s’unissent avec eux, mais seulement voulons avoir une compagnie de chirurgiens barbiers comme nous avons eu jusqu’ici, laquelle relève de notre Facuté, qui prête tous les ans serment de fidélité dans nos Écoles entre les mains de notre doyen, in magnis Comitiis Facultatis[24] et nous paie tous les ans une certaine somme de redevance, sans les droits que nous avons sur leurs actes ; mais nous ne voulons ni robes, ni bonnets, ni licences, ni tels autres abus. Natio comœda est[25][88] ils sont déjà assez glorieux et assez sots, sans se fournir de tel apparat.

Quelles nouvelles avez-vous de votre nouvel ami Ioan. Daniel Horstius, [89] ne fait-il rien imprimer de nouveau à Lyon ? On m’a mandé de Bruxelles [90] (c’est M. de Farvacques, [91] médecin de don Juan d’Autriche) [26][92][93] que M. Plempius [94] continue toujours à Louvain [95] sur l’impression de l’Avicenne[27][96] Ce M. de Farvacques a été un des bons amis de feu MM. Naudé [97] et Moreau. Il a, depuis leur mort, voulu être le mien ; je lui en ai promis la fidélité tout entière après l’honneur d’invitation qu’il m’en a fait par lettre.

Ce 13e de juillet. Mais on ne dit plus rien de la duchesse de Savoie. [98] Est-elle guérie, M. Guillemin en est-il revenu ? Je vous supplie de faire mes très humbles recommandations à MM. Gras et Falconet, comme aussi à M. Sauvageon, notre ancien ami. Je viens d’apprendre que le seigneur D’Aquin [99] est revenu et qu’il passa hier sur le Pont-Neuf. [100] Je pense que M. Guillemin [101] n’aura pas manqué de reconnaître bientôt l’incapacité et l’insuffisance d’un homme qui par ci-devant n’était qu’un garçon apothicaire de la reine mère, [102] et que Vallot [103] fait aujourd’hui passer pour médecin dans l’esprit du roi [104] et de la reine, [105] combien que tous deux ensemble n’aient que réputation d’ignorants et de charlatans dans Paris, et revera aliud elogium non merentur[28]

Obligez-moi s’il vous plaît de savoir de M. Fourmy si les Mémoires que j’ai reçus de lui, de M. le maréchal de Tavannes, [19] ont été imprimés sur un pur manuscrit ou bien plutôt, sur un livre déjà imprimé, car j’ai ouï dire autrefois au P. Louis Jacob, [106] carme [107] bourguignon, qu’un certain M. de Tavannes avait fait imprimer dans un château en cachette un tome de tels Mémoires historiques in‑fo, qu’il n’avait osé publier, à cause de plusieurs choses étranges qu’il y avait dites contre les grands, et entre autres de Catherine de Médicis, [108] et qu’il n’en avait donné que quelques exemplaires à peu de ses amis. Cet auteur y parle quelquefois hardiment, mais néanmoins je n’y ai encore pu rien trouver de pareil. Vir fuit militaris ingenii, ferreus et alticinctus[29] qui ne fut jamais savant, mais qui a tâché de s’appuyer de quelques raisons d’État plus vraisemblables que bonnes, in gratiam sui Regis ; [30] mais qui me fait rire quand il en vient aux ruses et impostures des favoris, au secret du cabinet où les princes mêmes sont trompés ; et puis après, il a aimé à dire quelque chose des jésuites [109] et du purgatoire, [110] quæ sunt deliria morientis sæculi[31] et n’a pas connu les abus de ces deux derniers chapitres comme il a fait ceux de la cour. Le cardinal d’Ossat [111] aurait fait de meilleurs mémoires, d’autant qu’il était beaucoup plus savant ; mais ils sont éclipsés, perierunt, nec habentur[32] Je pense qu’on ne fera jamais deux impressions de celui-ci, sans parler de plusieurs fautes typographiques dans les noms propres, et de chronologie, et de géographie, lesquelles sont capables d’égarer le lecteur peu rusé bien loin de son vrai chemin.

Un homme d’honneur et de qualité m’a dit qu’il sait de bonne part qu’il y a dans Paris plus de 20 hommes qui ont écrit le plus dignement et le plus fidèlement qu’il leur a été possible l’histoire des deux derniers cardinaux qui ont régné avec les rois Louis xiii et Louis xiv, mais il faut avoir patience, neque enim est horam temporum isthæc editio ; interea ut possideamus in patientia animas nostras, donec transeat iniquitas[33][112] Surtout et entre autres, nous pouvons espérer que l’histoire entière du feu roi Louis xiii, écrite par Mathieu de Mourgues, [113] sieur de Saint-Germain (aumônier de la feu reine mère, Marie de Médicis, et l’ennemi jadis fort échauffé du cardinal de Richelieu), sera une des bonnes car il a été longtemps à la cour et a su de la reine mère, pendant leur commun exil, [34] tout ce qui se pouvait savoir de son temps. Mme la duchesse d’Aiguillon [114] fait ici imprimer l’histoire de son oncle, le cardinal de Richelieu, [115] écrite sur les mémoires qu’il a fournis, par M. Aubery [116] (qui a par ci-devant fait cinq tomes in‑4o de l’Histoire des cardinaux) ; mais elle est déjà méprisée, étant trop suspecte pour le lieu d’où elle vient et pour le mauvais style de son chétif écrivain qui, lucro addictus et adductus[35] n’aura pas manqué d’écrire mercenairement et de prostituer sa plume au gré de cette dame, laquelle honore la mémoire de son oncle comme d’un dieu, multis nominibus[36] et principalement pour la somme d’environ 60 millions qu’il a volés à la France et lui a laissés pour enrichir les trois neveux dont il lui a commis l’éducation et la tutelle ; dont l’aîné [117] a épousé une veuve [118] contre son gré, le second [119] a épousé la fille de Mme de Beauvais, [120][121] femme de chambre de la reine, et le troisième est l’abbé de Richelieu, [122] lequel possède plusieurs très bonnes et très riches abbayes. [37] Mais voilà votre lettre du 10e de juillet, à laquelle je m’en vais répondre. [38]

Depuis ma dernière, M. de Soliniac [123] partira d’ici au plus tôt à cause de la grande dépense qu’il y a faite, et qu’il n’y gagne rien. Il gagnerait davantage à Montpellier. Il ne m’a jamais fait peur ni envie, mais il s’est vanté qu’il ne voulait point faire de visite qu’on ne lui avançât une demi-pistole et voulait être payé avant le coup, comme les bourreaux. Il faisait des ordonnances de trois pages in gratiam pharmacopœorum, ut posset sibi perfidam istam gentem demereri ; [39] et tout cela ne lui a guère servi, il n’en a rien ramassé d’avantage. J’ai vu ici plusieurs de ses ordonnances de trois ou quatre pages, de la longueur desquelles on se moquait et qui n’ont été jamais portées chez l’apothicaire pour la mauvaise opinion qu’on en avait. Ces Messieurs les cuisiniers d’Arabie [124] n’ont plus le crédit de mettre les médecins dans les familles comme ils avaient avant le Médecin charitable[125] et c’est folie aux médecins qui cherchent de l’emploi de choisir telle voie pour s’avancer. Un de vos Lyonnais vend et débite des remèdes, et ordonne aussi fort mal à propos chez les apothicaires ; mais tout ce qu’il y a d’apothicaires dans le faubourg Saint-Germain [126] ne lui sauraient faire gagner 50 livres avant l’année, quoiqu’il fasse tous ses efforts pour ressembler à celui qui scribendi finem non faciebat et qui erubescebat quoties novam non faciebat syngrapham[40] comme a dit quelque part François Vallesius ; [127] ou bien comme celui de Juvénal, duquel ce poète a dit en si beaux termes [128] Scriptus et a tergo nondum finitus Orestes[41]

L’abbé Aubry, qui est un pendard que je ne vis jamais, a fait présent à un de mes malades de ses deux livres qui sont deux petits in‑4o, dont l’un est intitulé Le Triomphe de l’archée et le désespoir de la médisance, Paris, 1656, et est dédié à M. le chancelier ; [129] l’autre, La Merveille du monde, ou la Médecine véritable ressuscitée, dédiée au Mazarin. Dans ces deux misérables livrets il n’y a ni sel, ni sens, non est in tanto corpore mica salis[42][130] Je m’étonne comment il peut y avoir au monde des gens de telle impudence, je ne l’aurais jamais cru si je ne l’avais vu. Il invective et se déclare en quelques endroits contre les médecins de Montpellier, mais je pense que ce n’est que pour avoir eu quelque querelle ou procès avec eux ; mais au reste, il ne sait ce qu’il dit et le tout y est plus que barbare. [131] Vraiment, il faut avouer que le papier et l’impression se trouvent fort mal employés pour ce misérable brouillon qui est, à ce que j’apprends, un misérable charlatan ; [132] sed in hoc versatur deorum iniquitas [43] que l’on fait dorénavant plus de méchants livres que de bons. Et néanmoins, n’êtes-vous point d’avis que je me loue fort peu de lui puisqu’il dit du bien de moi ? Car ayant demandé à cet homme qui était son médecin, dès que j’ai été nommé, il a dit qu’il faisant grand état de moi, que j’étais un savant professeur en latin et en grec (je voudrais qu’il eût dit vrai [133] ), mais que je ne savais que mon Galien [134] (plût à Dieu que je le susse bien). Un galant médecin doit tout savoir, à ce qu’il dit, et surtout de beaux secrets de chimie pour les maladies des femmes et des princes. Ne croyez-vous pas que ma fortune soit grande puisque ce faux monnayeur [135] ne dit que cela contre moi, lui qui a nommé les médecins de Montpellier juifs et mahométans ?

Mme de Bouillon-Sedan [136] mourut hier ici. [44] Elle laisse dix enfants vivants. Aujourd’hui, sur les six heures du soir, un bateau plein de monde a enfoncé devant le gros pavillon du Louvre ; [137][138] il y en a 14 de noyés, tant hommes que femmes, et même deux moines [139] de l’Ordre de Saint-François : [140]

… Nec te tua plurima, Panthu,
labentem pietas nec Appolinis infula texit
[45]

Voilà comment les moines vont en enfer, tant par terre que par eau.

Cordula nodosa, pes nudus, lingua dolosa,
Hæc tria nudipedes ducunt ad Tarlara fratres
[46][141]

Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble, etc.

De Paris, ce 17e de juillet 1657. [47][142][143]


1.

« et on ne croit pas qu’il survivra encore longtemps. »

2.

« Et s’est fait homme » (verset du Credo de la liturgie catholique).

3.

« jusques à quand Seigneur, jusques à quand ? » (Isaïe, v. note [1], lettre 292).

4.

V. note [12], lettre 392, pour le Cl. Salmasii epistolarum liber primus… [Premier livre des lettres de Claude i Saumaise…].

Son éditeur, Antoine Clément (Antonius Clementius, Zierikzee, Zélande 1620-ibid. 1657) était fils d’un pasteur français de même prénom, émigré dans les Provinces-Unies, et de Catherine de Wale, sœur du médecin hollandais Jan de Wale (v. note [6], lettre 191). Après des études menées à l’Université de Leyde, il s’était consacré aux travaux littéraires. Il a aussi édité la Metaphysica du philosophe et théologien écossais Robert Baronius (1657) et, croit-on, préparé une édition de Plaute qui n’a pas vu le jour (Paquot, 1770, tome iii, page 115). La mort empêcha aussi Antoine Clément de publier le second livre des épîtres de Saumaise (v. note [3], lettre latine 66).

Dans la liste des Libri, quorum mihi usus fuit in hoc opere recognoscendo [Livres que j’ai utilisés pour établir cet ouvrage] de son Celse (Leyde, 1657, v. note [20], lettre de Charles Spon, datée du 28 août 1657), parmi les personnes que Johannes Antonides Vander Linden remercie pour l’aide qu’elles lui ont procurée, se lit le nom de :

D. Antonius Clementius, ο μακαριτης, Cl. D. Walæi ex sorore nepos, juvenis doctus, probus, pius, et, si fata sivissent, longiore vita dignus.

[Feu M. Antoine Clément, neveu par sa mère du très distingué M. de Wale, savant jeune homme, honnête et pieux, qui aurait été digne d’une plus longue vie si la volonté divine le lui avait permis].

5.

Cette réédition des Epistolæ de Joseph-Juste Scaliger (v. note [5], lettre 34) n’a pas vu le jour. Les lettres détenues par les frères Dupuy devaient représenter une bonne part de celles qui ont été publiées en 1879, sous le titre de Lettres françaises (v. Bibliographie). Guy Patin ayant fort vraisemblablement eu occasion de les voir, on trouve là un argument pour expliquer la parenté existant entre son style et celui de Scaliger. V. note [3], lettre de Claude ii Belin, le 4 mars 1657, pour la réédition (Magdebourg et Helmstedt, 1656) des Lettres d’Isaac Casaubon.

Charles Labbé de Monvéron (Carolus Labbæus, Paris 1582-ibid. 1657) avait été l’un des jeunes correspondants de Joseph Scaliger : « MM. Lingelsheim [v. notule {b}, note [30] du Grotiana 1] et Labbé, recevant mes lettres lorsqu’ils avaient la fièvre, en ont été guéris » (Secunda Scaligerana, page 555).

Labbé a partagé ses talents de jurisconsulte entre le Parlement de Paris, comme avocat, et l’édition des œuvres de plusieurs juristes anciens et modernes. V. note [31] du Naudæana 3 pour son intervention avortée dans la défense de Jean Gerson (v. note [5], lettre 304) comme auteur de l’Imitation de Jésus-Christ (v. note [35], lettre 242).

6.

Jean Aubry (Auberi dans la graphie de Guy Patin), médecin empirique et alchimiste natif de Montpellier, vivait à Paris vers le milieu du xviie s., et mourut vers 1667. C’était un moine défroqué, moitié visionnaire moitié charlatan. L’abbé Aubry a composé des ouvrages extravagants, dont il tira cependant une sorte de célébrité :

  • Le Firmament de la vérité, contenant le nombre de cent démonstrations… qui prouvent que tous les prêtres… abbés commendataires, prédicateurs et barnabites doivent être damnés éternellement, s’ils ne vont prêcher l’Évangile aux Turcs, Arabes, Mores, Perses, Musulmans et Mahométans (Grenoble, F. de La Fournaise, 1642, in‑8o) ;

  • La Merveille du monde ou la médecine véritable, nouvellement ressuscitée… (Paris, Jacques Le Gentil, 1654, in‑4o, dédicacé à Mazarin) ;

  • Le Triomphe de l’archée… (v. infra note [42]) ;

  • une traduction en français du Triomphe de l’amour et l’échelle de la gloire, ou la médecine universelle des âmes… de Raymond Lulle (Paris, chez l’auteur de la traduction, sans date, in‑4o).

Guy Patin a consacré à Aubry une bonne partie de sa lettre latine du 27 octobre 1660, à Sebastian Scheffer : il l’y déclare alors âgé de 50 ans et fils d’un avocat de Montpellier, et conclut (v. note [11] de cette lettre) sur cette sentence sans appel, nec aliter est Abbas, quàm ego Iupiter Capitolinus, aut rex Abyssinorum [et il n’est pas plus abbé que je suis moi Jupiter capitolin (pape), ou roi d’Abyssinie].

7.

Juvénal (Satire i, vers 109‑113) :

Expectent ergo tribuni,
Vincant divitiæ, sacro ne cedat honori
Nuper in hanc urbem pedibus qui venerat albis,
Quandoquidem inter nos sanctissima divitiarum
Maiestas ?

[Aux tribuns d’attendre, et victoire à la richesse ! Arrivé naguère en cette ville, les pieds blanchis, cet homme ne doit pas céder le pas à la magistrature sacrée : la majesté des richesses n’est-elle pas sainte entre toutes parmi nous ?]

Ce malheureux des Alus était probablement Cléophas Deshalus (Bayard).

8.

« c’est un pur vaurien ignorant, qui ne comprend absolument rien à l’art qu’il professe [v. note [18], lettre 290]. »

9.

« par ma grand-mère paternelle ».

Guy Patin a d’abord dit ce procureur de « roi », c’est-à-dire substitut du procureur général ; puis il a biffé ce mot pour le remplacer par « la Cour », ce qui est dénué de sens bien précis. Il faut néanmoins penser qu’il s’agit de la Cour de Parlement, puisque c’est ce magistrat qui instruisait alors le procès du Collège des médecins de Lyon contre Bonaventure Basset (v. note [27], lettre 477). Les généalogies numériques que j’ai consultées concordent sur Claude Alleaume (ou Aleaume), procureur au Parlement de Paris, décédé avant 1661 ; sa veuve, Marie Bouquin (Boucquin) et trois de leurs enfants lui ont survécu.

Je n’ai pas sur confirmer le lien de parenté entre Alleaume et Patin, dont le grand-père paternel se prénommait aussi Guy, et avait épousé une dénommée Catherine Dusaing.

10.

En utilisant ici l’italique, Guy Patin voulait sans doute reproduire la diction fautive de son interlocuteur, car il ne pouvait s’agir que de Bonaventure Basset : v. note [27], lettre 477.

11.

« avec des annotations de Philippe Cattier ».

Philippe Cattier, helléniste et latiniste du xviie s., était avocat au Parlement de Paris, mais il dut une certaine célébrité à quelques ouvrages dont le but était de faciliter l’étude des mots grecs et latins : Gazophylacium Græcorum (Paris, 1651) ; Gazophylacium latinum ou Jardin des racines latines (1667). On doit au même auteur un autre ouvrage intitulé Exercitationes quatuor [quatre Essais] et une oraison funèbre d’Anne d’Autriche en vers grecs, latins et français (G.D.U. xixe s.). On ne trouve pas trace d’une édition qu’il aurait donnée du Dictionarium medicum d’Erotianus (v. note [10], lettre 9).

12.

« le Commentaire de Petrus Franciscus Phrygius [Pietro Francisco Frigio] sur les Histoires épidémiques d’Hippocrate » (v. note [28], lettre 449).

13.

D’une 19eProvinciale de Pascal, adressée au P. Annat, il n’existe qu’un court fragment resté inédit jusqu’à l’édition des Œuvres de Pascal par l’abbé Bossut en 1779 ; on peut le dater de la fin du mois de mai, au moment où l’Assemblée du Clergé s’est séparée, avec l’obligation pour les prêtres et religieux de signer le Formulaire (v. note [10], lettre 463) marquant la soumission à la bulle d’Alexandre vii (Le Guern).

14.

V. note [3], lettre 485, pour les imprimeurs de Provinciales.

15.

« espèce d’hommes qui ne vaut absolument rien ».

16.

V. note [3], lettre de Charles Spon, le 15 mars 1657, pour les premières éditions déguisées des Provinciales.

17.

« il s’en ira peut-être encore plus loin, s’il manque d’argent. »

18.

« dans le périnée, pour qu’il pisse facilement. »

19.

V. note [5], lettre 467.

20.

« Ces gens de Saint-Côme », avec jeu de mot sur cosmianus qui signifie parfumeur en latin (relatif à Cosmus qui était un parfumeur de renom à Rome), adjectif employé par Juvénal et Martial.

V. note [14], lettre 411, pour le contrat d’union signé entre les chirurgiens de Saint-Côme et les chirurgiens barbiers. Guy Patin exposait ici avec partialité et véhémence les principaux arguments médicaux du long procès (1657-1660) qui débutait alors entre sa Faculté et les chirurgiens de Paris. La suite de ses lettres s’en est fait l’écho.

21.

Cordelle « ne se dit qu’en cette phrase : c’est un homme de sa cordelle, c’est-à-dire, de sa société. Il ne se prend qu’en mauvaise part, et d’une société vicieuse de gens de sac et de corde » (Furetière). « Attirer quelqu’un à sa cordelle, pour dire l’attirer dans son parti ; il est du style familier » (Académie).

22.

« et d’autant de fidèles compagnons qu’il choisit à son gré. »

23.

« parce que si on le leur concédait, ils brigueraient sur-le-champ le doctorat ».

24.

« lors des grandes assemblées de la Faculté ».

V. note [1], lettre 6, pour le serment de fidélité et de soumission que les chirurgiens barbiers prêtaient chaque année le 18 octobre (Saint-Luc, v. notes [46] des Décrets et assemblées de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris) devant la Faculté de médecine de Paris.

25.

« C’est un peuple de comédiens » (Juvénal, Satire iii, vers 100).

Étienne Pasquier (Les Recherches de la France, livre ix, chapitre xxx, Collège et Confrérie de chirurgiens en la ville, prévôté et vicomté de Paris, colonnes 958‑962 du tome i des Œuvres publiées en 1723, v. note [16], lettre 151) s’est penché sur l’origine, aux xiiie s. et xive s., de la querelle des médecins contre les chirurgiens de Paris.

26.

Don Juan d’Autriche (Juan José de Austria, Madrid 1629-1679), fils illégitime de Philippe iv, roi d’Espagne, et de l’actrice Maria Calderon, était vice-roi des Pays-Bas depuis 1656. Nommé grand prieur de Castille en 1643, il avait d’abord mené une carrière militaire et combattu à Naples, en Catalogne, aux Pays-Bas et au Portugal. Il avait repris Barcelone aux Français en 1652. Vice-roi des Pays-Bas, il allait perdre contre Turenne la bataille des Dunes en 1658. Ses ambitions politiques le discréditaient auprès de son père vieillissant, et surtout auprès de la reine Marie-Anne, la future régente, mère de l’infant don Carlos (futur Charles ii). Pourtant, lorsque celle-ci, au mépris du testament de Philippe iv, se mit à (mal) gouverner l’Espagne avec l’aide de son confesseur, le jésuite allemand Nithard, don Juan devint rapidement le chef de l’opposition nationale et l’ultime recours du parti aristocratique castillan. Avec l’aide des Aragonais et des Catalans, chez qui il se réfugia en 1668, il marcha une première fois sur Madrid et obtint le renvoi du P. Nithard (1669). Toutefois, il refusa le pouvoir et retourna en Aragon. En 1676 seulement, il organisa un véritable coup d’État pour chasser Valenzuela, le favori de la reine mère et de Charles ii. Malgré tous les soutiens qu’il obtint, il ne parvint pas à sauver l’Espagne du désordre financier et militaire. Il dut signer la paix de Nimègue, et seule la mort lui permit d’échapper à un total discrédit : accueilli comme un homme providentiel, il n’avait rien réformé et sa politique fut aussi désastreuse que celle de ses prédécesseurs immédiats. Avec don Juan disparut néanmoins un espoir du parti patriote castillan qui songeait à le placer sur le trône d’Espagne à la mort de Charles ii afin de préserver la monarchie de toute tutelle étrangère ou de tout partage (J. Bérenger in D.G.S. et G.D.U. xixe s.).

V. note [13], lettre 485, pour Robert de Farvacques.

27.

V. note [39], lettre 469, pour la traduction des deux premiers livres du Canon d’Avicenne par Vopiscus Fortunatus Plempius, en cours d’impression à Louvain.

28.

« et ne méritent réellement pas d’autre éloge. » Dans cette phrase, la reine mère était feu Marie de Médicis, la mère de Louis xiii. Guy Patin vidait ici de nouveau sa bile fort amère contre Antoine Vallot et Louis-Henri D’Aquin, qui étaient respectivement le présent premier médecin de Louis xiv et le père du prochain. Pierre Guillemin, médecin de Lyon, et D’Aquin venaient de se rencontrer au chevet de la duchesse de Savoie, Madame Royale à Turin (v. note [3], lettre 483).

29.

« Ce fut un talentueux homme de guerre, robuste et toujours sur la brèche ».

30.

« par complaisance pour son roi ».

31.

« qui sont les extravagances d’un siècle moribond ».

32.

« ils ont disparu, et on ne les aura pas. » Il n’y a en effet nulle trace de mémoires du cardinal Arnaud d’Ossat ; ses Lettres en tiennent amplement lieu (v. note [9], lettre 37).

33.

« et en effet, cette édition-là n’est pas pour notre temps ; en attendant, puissions-nous tenir nos âmes dans la persévérance [v. note [3], lettre 185] jusqu’à ce que l’injustice cesse de régner. » Miserere mei, Deus, miserere mei, quoniam in te confidit anima mea. Et in umbra alarum tuarum sperabo, donec transeat iniquitas [Pitié pour moi, mon Dieu, pitié pour moi ! parce que mon âme met sa confiance en toi. Et à l’ombre de tes ailes, j’attendrai jusqu’à ce que cesse l’injustice] (Psaumes 57:2).

34.

Mathieu de Mourgues, abbé de Saint-Germain, avait accompagné Marie de Médicis dans son exil à Bruxelles.

35.

« asservi et attiré par le gain ». V. note [6], lettre de Charles Spon, le 15 mars 1657, pour l’histoire de Richelieu commandée par Mme d’Aiguillon, sa nièce, à Antoine Aubery.

36.

« à de nombreux titres » : comme à chaque fois qu’il évoquait l’affection de Mme d’Aiguillon pour son oncle, Guy Patin laissait planer de médisants sous-entendus (v. note [14], lettre 205).

37.

Guy Patin ne se lassait pas d’évoquer ces deux mésalliances fort décriées :

  • en 1650, contre le gré de Mme d’Aiguillon, celle d’Armand-Jean de Vignerod du Plessis, duc de Richelieu, avec Anne Poussart de Pons de Miossans, veuve de François-Alexandre d’Albret, sieur de Pons et comte de Marennes (v. note [12], lettre 214) ;

  • en 1652, celle de Jean-Baptiste Amador de Vignerod, marquis de Richelieu, avec Anne-Jeanne Baptiste de Beauvais, fille de Mme de Beauvais (Catherine-Henriette Bellier), dite la Catau (v. note [15], lettre 363).

V. note [14], lettre 214, pour leur frère benjamin, Emmanuel-Joseph, abbé de Richelieu.

38.

Ici s’achève abruptement le manuscrit (Ms BnF no 9357, verso du fo 259). Dans sa lettre suivante à Charles Spon, Guy Patin a écrit que celle-ci était longue de six pages. Il y manque une feuille entière, recto et verso. La suite est la lettre cccxii de Reveillé-Parise.

39.

« par complaisance pour les pharmaciens, et pour pouvoir se gagner les bonnes grâces de cette engeance perfide ».

40.

« qui ne mettait pas de fin à ce qu’il écrivait et qui rougissait de honte chaque fois qu’il ne faisait pas un nouveau traité. »

41.

Juvénal (Satire i, vers 3‑6) :

Inpune ergo mihi recitauerit ille togatas,
hic elegos ? inpune diem consumpserit ingens
Telephus aut summi plena iam margine libri
scriptus et in tergo necdum finitus Orestes ?

[Est-ce donc impunément que l’un m’aura récité ses togatæ, {a} l’autre ses élégies ? Impunément qu’auront gâché ma journée l’énorme Telephus {b} ou un Oreste qui remplit jusqu’en haut les marges du volume, sans compter le verso, et qui n’est pas encore fini ?]


  1. « Comédies de technique grecque, mais de sujets latins. À l’époque de Juvénal, elles n’étaient plus destinées qu’aux lectures publiques » (note de Pierre de Labriolle et François Villeneuve dans leur édition de 1921). La togata fabula était une comédie à sujet romain, opposée à la palliata, dont le sujet était grec (Gaffiot).

  2. Les traductions que j’ai consultées ont omis Telephus ou en ont fait le titre d’une hypothétique tragédie ; mais il pourrait s’agir du grammairien et historien de Pergame, contemporain de l’empereur Hadrien et de Juvénal, dont parle la notule {e}, note [90] du Traité de la Conservation de santé, chapitre ii.

42.

Nulla in tam magno est corpore mica salis [dans tout ce grand corps il n’y a pas un grain de sel] (Catulle, Poèmes, lxxxvi, vers 4).

Le Triomphe de l’archée {a} et le désespoir de la médisance. Ou partie des consultations faites et envoyées en diverses langues au sieur abbé d’Aubry par les plus savants médecins, apothicaires et chirurgiens de l’Europe, seigneurs et autres, pour plusieurs malades de diverses provinces afin d’avoir de ses remèdes pour les guérir sans venir à Paris ; nonobstant la prétendue magie que l’on s’était persuadée. Par l’abbé d’Aubry de Montpellier, conseiller et médecin ordinaire du roi (Paris, chez l’auteur, à la porte cochère contre la barrière du Chasse-Midi au faubourg Saint-Germain, sans date, in‑4o) est une suite de consultations par lettres datées de 1652 à 1657. Toutes sont à la louange de l’auteur qui défend avec ardeur la médecine chimique, et tout particulièrement les lubies de l’illuminé saint Raymond Lulle [v. note [3], lettre 265], comme le dit Aubry à la fin de l’Au lecteur) :

« [Lulle] n’a établi ses préceptes à l’âge de 145 ans que pour détruire l’erreur qui est en toute sorte de science, en établissant la véritable ; ce qu’étant caché et fort mystérieux, a obligé les ignorants ou estimés savants, qui n’ont pu le comprendre, {b} à s’attacher à la bassesse d’une éloquence puérile et à ses redites ennuyeuses, méprisées par le même saint Raymond Lulle martyr, le maître de la sapience, le prince de l’intelligence, l’inventeur de la doctrine, le fondateur de la science, et le monarque de toute sorte de philosophes et de docteurs. »


  1. V. note [14], lettre latine 98, pour un essai d’explication sur les archées paracelsistes.

  2. Comprendre Paracelse.

Il n’y a pas de dédicace dans l’exemplaire que conserve la BIU Santé et je n’ai pas trouvé d’édition de 1656. La Merveille du monde… (1654, v. supra note [6]) y a plus tard été adjointe : Triomphe de l’Archée et la merveille du monde… (Paris, 1659 ou 1660, v. note [8], lettre latine 167) ; v. seconde notule {a} de la note [7], lettre latine 239, pour l’édition latine (sans lieu, 1660).

43.

« mais en ceci tient l’injustice des dieux » (v. note [179], lettre 166).

44.

V. note [69], lettre 166, pour Éléonore-Catherine-Fébronie de Bergh, duchesse de Bouillon, veuve du duc de Bouillon, prince de Sedan, frère du maréchal de Turenne.

45.

« et toi, Panthus [prêtre d’Apollon (v. note [8], lettre 997)], ni ton immense piété, ni le bandeau sacré d’Apollon ne te protègent dans ta chute » (Virgile, Énéide, chant ii, vers 429‑430).

46.

Ce sont les deux derniers vers d’une épigramme contre les capucins (franciscains cordeliers), dont l’auteur est inconnu (et n’est pas George Buchanan). Je ne les ai lus ailleurs que dans un recueil (ana) anglais de curiosités ecclésiastiques intitulé Lambeth and the Vatican : or Anecdotes of the Church of Rome, of the reformed Churches, and of sects and sectaries [Lambeth (résidence de l’archevêque de Cantorbéry) et le Vatican, ou les Anecdotes de l’Église de Rome, des Églises réformées, et des sectes et des sectaires] (Londres, John Knight et Henry Lacey, 1825, in‑8o, volume ii, page 152), avec cette explication :

The capuchins were founded in 1540 by Godefridus Veraglius, who, singular to relate, afterwards abjured popery and was burned alive at Turin in 1557. A writer of the seventeenth century complains that the title of mendicant friars, as applied to this body, was a sad misnomer, and states most charitably that their deserts in this life and their destiny after death are truly expressed in the following epigram :

En tunicam fluxam nodosa cannabe cingit,
Cum melius fauces stringeret illa suas.
Cordula nodosa, pes nudus, capa dolosa,
Hæc tria nudipedes ducunt ad Tartara fratres.

[Les capucins ont été fondés en 1540 par Godefridus Veraglius qui – fait suffisamment singulier pour être rapporté – renia plus tard la papauté et fut brûlé vif à Turin en 1557. {a} Un écrivain du xviie s. déplore que le titre de frères mendiants qu’on donne à cet ordre soit une triste usurpation ; et il ajoute fort charitablement que leurs déserts ici bas et leur sort après la mort sont véritablement dépeints dans cette épigramme :

« Voilà qu’il a ceint son froc débraillé d’une corde de chanvre,
quand il ferait mieux de s’en serrer la gorge.
Corde à nœuds, pieds nus, fourbe capuchon, {b}
ce sont les trois choses qui mènent les frères va-nu-pieds en enfer; »].


  1. Cette assertion est gratuite, car le Dictionnaire de Trévoux (confirmé par les autres sources que j’ai consultées) donne un tout autre historique de l’Ordre monastique des capucins :

    « C’est une réforme de l’Ordre des mineurs, dits communément cordeliers. Elle fut faite au xvie s. par Matthieu Baschi, {i} religieux observantin du couvent de Montefalconi, {ii} qui, averti plusieurs fois d’une manière miraculeuse de pratiquer la règle de saint François à la lettre, et une pauvreté plus étroite, alla en 1525 à Rome ; c’était l’année du jubilé. Clément vii l’y reçut bien, lui donna la permission de se retirer dans des solitudes, et non seulement à lui, mais à tous ceux qui voudraient embrasser l’étroite observance. Quelques-uns l’embrassèrent en effet. En 1528. ils obtinrent du pape une bulle : ils s’établirent d’abord à Camerino, où le duc, et surtout la duchesse Catherine Cibo, les favorisaient ; {iii} et c’est cette année 1528 qu’ils regardent comme la première de leur Ordre. Louis de Fossombrone, qui s’était joint à Matthieu, fut celui qui contribua le plus à la réforme ; il fallut le chasser ensuite à cause de son ambition. {iv} En 1529, l’Ordre prit une forme parfaite : Matthieu fut élu général, et le chapitre fit des constitutions. En 1536, Paul iii (v. note [45] du Naudæana 3) confirma cette congrégation nouvelle, et tous les priviléges des capucins, par une bulle du 25e d’août. »

    1. Matteo de Baschio (1495-1552) ;

    2. Sic pour Montefiorentino, dans les Marches.

    3. Camerino était un petit duché des États pontificaux. Marié à Caterina Cybo, le duc Giovanni Maria Da Varano y régna de 1515 à 1527.

    4. Ludovico da Fossombrone (vers 1490-vers 1560) mourut de sa belle mort et ne peut être confondu avec le très improbable Godefridus Veraglius.

  2. Guy Patin a remplacé capa dolosa [fourbe capuchon] par lingua dolosa [langue fourbe].

47.

La veille, devant le notaire Charles Dupuis, Guy Patin avait remis à la veuve de Jean ii Riolan, dame Élisabeth Simon, les 4 000 livres qu’il s’était engagé à lui verser dans les six mois suivant le décès de son mari. Patin pouvait ainsi entrer en pleine jouissance de la chaire royale dont Riolan lui avait cédé la survivance par acte du 23 juillet 1654 (v. note [29], lettre 372). Riolan avait demandé que cette somme fût donnée à une de ses petites-filles, Marie de Procé (v. note [2] des Leçons au Collège de France), dont il était tuteur. La quittance de ce paiement et son transfert sont portés dans la marge des minutes correspondantes (an mc liasse et/xxiv/439).

a.

Ms BnF no 9357, fos 258‑259 (sans la fin) ; Reveillé-Parise, nos cccxi (tome ii, pages 325‑331, prétendue du 13 juillet) et cccxii (tome ii, 331‑334, du 17 juillet). Guy Patin dans la lettre suivante (10 août) a parlé à Charles Spon de sa lettre du 17 jullet « de six grandes pages » ; il convient donc de réunir les deux lettres susdites de Reveillé‑Parise en une seule dont le début seulement nous est parvenu sous forme manuscrite.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 17 juillet 1657.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0487
(Consulté le 12.05.2021)

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