L. 99.  >
À Charles Spon, le 18 janvier 1644

Monsieur, [a][1]

Le paquet que je vous ai envoyé ne mérite pas vos remerciements, il ne peut être en votre endroit qu’une marque de ma reconnaissance ; et comme j’ai grande envie de m’acquitter de tout ce que je vous dois, voilà pourquoi non est quod mihi grates agas, quuum longe plura tibi debeam[1] À mesure que j’aurai le moyen et l’occasion de faire mieux et davantage, toto animo totisque viribus perficiam[2] Pour ma thèse, [2] à ce que je reconnais par la vôtre, elle a été aussi bien reçue à Lyon qu’à Paris. Les douze cents de mon bachelier [3] ont été distribuées ici en 15 jours, de sorte qu’il m’en a fallu faire une nouvelle édition à laquelle j’ai changé et ajouté simplement quelques mots sans grand dessein. J’eusse bien pu y en ajouter d’autres, mais je garde ces pensées pour quelque autre fin, de peur que cela ne paraisse trop affecté. On en a fait ici beaucoup plus d’état que je ne mérite. Dans le premier paquet de M. Jost [4] qui partira pour Lyon, vous y en trouverez une in‑fo qui est dédiée, et quatre de la deuxième édition afin que vous en puissiez faire part à vos amis ; et si par ci-après vous en avez besoin, vous n’en sauriez manquer. Il est vrai que Pline [5] et Sénèque [6] m’ont bien servi, mais je n’en ai pris que le moins que j’ai pu, de peur de trop moraliser. J’ai dessein de faire et de rédiger par ordre toutes les preuves et les autorités de chaque mot de ma thèse ; ce que je ferai dès que j’en aurai le loisir, mais ce ne peut être qu’après Pâques à cause des empêchements que notre École nous fournit de jour en jour, et nous fournira jusqu’en ce temps-là ; et néanmoins, en l’attendant, je tâcherai de vous répondre en bref sur ce que vous m’en avez proposé. L’opinion de nos anciens que j’ai vus et pratiqués, et le commun sentiment de nos Écoles est que la fièvre de la petite vérole [7] nil est aliud quam synochus summe putris a multa materia crassa et sordida, in qua et ex qua papulæ emergunt tamquam symptomata morbi magnitudinem et cacoethiam adaugentia[3] et qu’il faut traiter comme une fièvre continue, [8] habita semper ratione excellentis et sordidæ illius putredinis, a qua pendet morbi malitia et tot symptomatum quæ ab ea emergunt ; [4] sans nous arrêter à l’opinion des Arabes, [9] de Fernel [10] ni de Mercurial, [11] de chacune desquelles j’ai dit un mot. C’est chose certaine qu’Hippocrate [12] et Galien [13][13a] n’ont jamais vu cette maladie. Il y a bien dans iceux quelques papules et quelques taches, mais il n’y en a en aucun endroit talis congeries symptomatum qualis est in nostris variolis ; [5] bref, là comme ailleurs, multa sunt similia, paucissima sunt eadem, imo nulla[6] Je tiens l’opinion des Arabes fausse, quod sit a sanguine menstruo[7][14] parce qu’en ce cas-là nul n’en serait exempt ; or est-il que plusieurs ne l’ont jamais eue et j’en ai vu en ma vie une infinité, et ceux qui n’ont jamais mangé de bouillie [15] en sont beaucoup plus exempts. Je crois que c’est aussi une des raisons qui m’en a exempté, feu ma mère ne m’ayant jamais nourri que de ses mamelles, [16] la bouillie étant un aliment grossier qui fait beaucoup de colle et d’obstructions dans l’estomac et dans le ventre, et qui fournit beaucoup de disposition à une maladie de pourriture. Mes enfants n’y ont point été sujets aussi, quia eos a pulticulæ usu substractos volui, etiam invitis nutricibus, et interdum reclamantibus ; [8] mais j’en ai été le maître, idque prospero successu[9][17] Balneaum aquæ egelidæ est un bain d’eau tiède, [18] duquel je me suis quelquefois servi ; M. Bouvard [19] m’a dit il y a plus de 18 ans qu’il s’en était heureusement servi autrefois en plusieurs, et même en sa fille, [20][21] laquelle est aujourd’hui femme de M. Cousinot, [22] premier médecin du roi. Pline a dit quelque part fontes egelidos pour tepidos ; [10] je ne sais si ce mot est équivoque, mais je l’ai toujours vu prendre pro tepido ; [11] en ce sens il est usurpé par Suétone, [12][23] par Cornelius Celsus, [13][24] et autres. Catullus ver vocavit egelidum propter tepiditatem : Nunc ver egelidum, nunc est mollissimus annus[14][25] Lapidem Bezoar, nauci non habeo : est figmentum pharmacopœorum credulos ægros ludentium[15][26] Il ne faut être ni chrétien, ni philosophe, ni médecin pour ordonner cette bagatelle, quæ nulla fulcitur authoritate, nulla ratione, nullo experimento[16] Pour les deux eaux distillées, si retineant naturam suæ herbæ, sunt calidæ, ideoque noxiæ in variolis, in quibus summa semper adest intemperies, et profunda putredo ; saltem habent in se quoddam empyreuma, ægris et nativo calori inimicum. Decoctum lentium est astringens, tantum abest ut possit iuvare eruptionem variolarum, quæ solis evacuantibus perficitur, v. gratia venæ sectione et catharsi tempore et loco celebratis. Adde quod nullum esse puto in rerum natura præsidium, quod proprie et per se variolas intra foris expellat. Confect. alkermes et de hyacintho plurimum calent alieno calore et extraneo, quo iam abundant corpora eorum qui variolis laborant, et a quo calore extraneo suffocatur atque strangulatur calor nativus tunc infirmus propter putredinem, et naturæ conatum. Sunt Arabica remedia, Arabum inventa, neutiquam cardiaca ; ea sola sunt cardiaca quæ sanguinem et spiritus Cordi subministrant : sola alimenta illud præstant, ergo sola alimenta sunt cardiaca. Imo ex Gal. comm. in Hipp. de ratione victus in acutis, Aqua non roborat, quia non nutrit, etc. [17][27][28]  Gemursa est tumor pedum, qui olim Romæ apparuit, et postea evanuit ; [18][29] ce que vous appelez le fourchon à Lyon est phlegmone carbunculosa[19] qu’on appelle ici le fourchet, qui vient assez souvent aux mains, mais je ne l’ai jamais vu aux pieds. Pedes pulmonei, id est tumidi : frequentissimum symptoma in hydrope pulmonis. Plautus pulmoneos pedes, dixit tumidos ; sicut Plinius pulmonea quædam poma vocata ait, id est stolide tumentia. Vide Ios. Scalig. epistolarum, pag. 44, edit. Leyd. [20][30][31] Cor lienosum est de Plaute, [21][32] et est melancholicorum, qui palpitationi cordis sunt obnoxii. Per urethram intelligimus ductum urinæ, quem inepti quidam magicis artibus frustra alligant atque subiiciunt cum sit merum vitium læsæ imaginationis[22] Montaigne [33][34] en a parlé en ses Essais et s’en est moqué sagement : le peuple, qui est sot et impertinent, croit des merveilles sur ce qu’on dit de cheviller, [23] de nouer l’aiguillette, [24][35][36] etc. quæ omnia rideo. Per dracunculos intelligo vermiculos pedibus præditos, qui nascuntur in venis, auctore Galeno ; cuius locum alias indicabo[25] M. de Baillou [37] a fort parlé en ses Épidémies d’une certaine toux à laquelle sont sujets les petits enfants, que les Parisiens appellent une quinte ; [38][39] quod quinta quaque hora fere videatur recurrere[26] Un de mes petits garçons âgé de 3 mois ayant été mal à propos porté dans la rue durant le grand froid par sa nourrice, [40] en prit un tel rhume [41] et une telle toux que cinq semaines durant il en pensa étouffer. [27] Quand la toux lui prenait, c’était un accès à supporter de demi-heure ou de trois quarts d’heure, en toussant perpétuellement, sans aucune relâche ; il me semblait à toute heure qu’il s’en allait étouffer. Deux saignées et force lavements [42] le garantirent ; il est aujourd’hui un des plus forts de mes cinq petits garçons, [43] sine ulla noxa pulmonis[28][44] Ce mal est ici assez commun, je l’ai vu mille fois ; fit a decubitu serosi, tenuis et crudi humoris in pulmonem defluentis atque depluentis tum a cerebro, tum a venis thoraciis, quæ feruntur ad eum[29] La saignée, [45] les lavements, la bonne mamelle, l’abstinence de la bouillie et les tenir chaudement en sont les grands remèdes. Peut-être que ce mal n’est pas commun à Lyon, Dieu en préserve vos petits quand il vous en aura donné, c’est un cruel mal pour les enfants et pour les parents qui les aiment. Le mot de παναγρα est du bon Érasme, [46] en ses Épîtres, où il se plaint que la goutte [47] ne le tient plus seulement aux pieds et aux mains, mais aussi par tout le corps. [30][48] Artes Dardaniæ sunt artes magicæ[31][49] Cette façon de parler est tirée de Columella [50] qui a dit ces mots : Quod si nulla valet medicina repellere pestem Dardaniæ veniant artes, etc. ; [32] joint que Dardanus inter Magiæ principes annumeratur ab Apuleio in Apologia pro se[33][51] Voilà ce que je sais sur vos questions, je souhaite que ces miennes réponses vous puissent contenter. Pour ma thèse, je ne la tiens pas si bonne que vous la faites ; c’est que vous me voulez flatter, mais au moins elle est divertissante. En l’édition qui est in‑4o, j’y ai ajouté, page 3, paulo post medium[34] un petit mot du scorbut, [52] de quo multi multa scripsere[35] À la quatrième page j’y ai transposé une ligne en parlant du nez du Gazetier[36][53] Page 5, paulo post medium, après ce mot heroes, j’y ai ajouté une ligne et demie, laquelle est tirée d’Aristote, [54] Problem. i sect. 30, où il est parlé de Lysander, [55] général d’armée des Lacédémoniens, qui était un grand esprit d’homme, mais un grand fourbe et grand tyran, [37] et duquel on pourrait tirer de beaux parallèles avec le cardinal de Richelieu [56] qui fuit crudellissimus tyrannus Empiricus in arte regnandi, et vere nebulo politicus. Infelix et insanus prædo Galliarum hoc unum satagebat, ut nimirum posset per fas et nefas ditescere, nec tam exercebat artem regendi, quam fallendi homines[38][57][58] Page 6, paulo post medium, j’y ai ajouté un mot de la fièvre quarte, [39][59][60] qui est d’A. Gellius [61] in Noctib. Atticis lib. 17, cap. 12. J’y ai cité le mot de Favorin [62] exprès, qui était un brave Gaulois, en la cour de l’empereur Hadrien, [40][63] de quo multa leguntur apud Diog. Lærtium, passim ; et apud Philostratum, de vitis Sophistarum. Plura scripserat quam Plutarchus eaque optima[41][64][65][66] Page 7, paulo ante finem[42] j’y ai ajouté un passage de la mort qui est tiré de Sénèque, [67] in Consolatione ad Marciam[43] Multa alia succurrebant, quæ facile potuissent subiungi, a quibus tamen data opera abstinui, ne nimius viderer, et ut cum Iul. Cæsare Scaligero dicam, mere intempestus[44][68] Pour la deuxième Apologie[45][69] ne craignez rien, la noire et forte machine qui étend ses bras jusqu’à la Chine [70] a bien d’autres empêchements : [46][71] son fauteur, M. de Noyers, [72] ne peut rentrer en crédit ; ils ne sont aimés ni de la reine, [73] ni du Mazarin. [74] Pour les Institutions de C. Hofmannus, [75] ce sera quand il plaira à Dieu et selon que je comprends, à M. Huguetan ; [76] puisse-t-il être bientôt inspiré. J’ai su au bout de huit jours la nouvelle de la mort de M. Petit, [77] dont je suis fort dolent ; ces gens-là ne devraient jamais mourir. Vous me mandez qu’il est mort le 12e de décembre et on m’a mandé de Montpellier le 22e, auquel dois-je croire ? Est-ce qu’il y a distinction in stylo novo et veteri ? Si placet, solve nodum[47][78]  Habeo iamdudum Epistolas obscurorum virorum, quarum auctor est Ioannes Reuchlinus dictus Capnio[48][79] qui a été un excellent homme et grand ami d’Érasme, [80] et duquel il a fait un chapitre exprès dans ses Colloques ; mais mon livre est d’impression d’Allemagne, de Bâle [81] ou de Strasbourg, ante annos 60[49] Levinum Warnerum nunquam vidi, neque Stockeri praxim auream ; cetera habeo[50][82][83]  Populari vestro Meyssonnier meliorem mentem exopto : ne tandem fiat consors ad vincula Divi Pietri, aut saltem indigeat vinculis Hippocratis et veratro ad saniorem mentem recuperandam[51][84][85] Le livre des professeurs du roi par M. Du Val [86] n’est pas encore achevé ; il sera curieux, sed erit opus vere pædagogicum[52] La Physique de M. Du Moulin [87] n’est pas encore sur la presse, mais on dit que ce sera bientôt. [53] On ne fait ici que des livres de forfanterie et de dévotion monacale. Le livre de M. de Saumaise [88] contre Heinsius, [89] sur son Herodes Infanticida, est achevé, mais ils n’en ont pas encore le privilège et ne vous puis dire quand ils le pourront avoir ; est enim lentum negotium[54] Le pape [90] a augmenté son Collège de deux suppôts, savoir d’un jésuite qui s’appelle Lugo, [91] alias Nugo[55] et d’un chevalier de Malte [92] qui est le commandeur de Valençay, [93] qui est frère aîné de celui qui est aujourd’hui archevêque de Reims. [56][94] Les Suédois et le roi de Danemark [95] sont ensemble en grosse guerre. On a mis aujourd’hui dans la Bastille [96] deux prisonniers qui ont, à ce que porte le bruit commun, conspiré quelque chose contre le cardinal Mazarin. Je vous souhaite bonne et heureuse année, et à toute votre famille, et vous prie de croire que je suis de cœur et d’affection, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 18e de janvier 1644.

Ne vous étonnez pas si cette lettre écrite dès il y a huit jours ne vous a été rendue en son temps, elle fut oubliée par celui qui avait charge de la porter à la poste et m’a depuis été rendue. Notre nombre est diminué d’un : Pierre Richer [97] est ici mort de la même maladie que le dernier roi, [98] le 24e de janvier ; [57] vous trouverez son nom dans la quatrième page du catalogue de M. Du Val, duquel le livre des professeurs du roi n’est pas encore achevé. M. Richer était un habile homme, savant et bon médecin, combien qu’il n’eût que 34 ans.

Ce 26e de janvier 1644. [58]


1.

« vous n’avez pas de raison de me remercier, puisque je vous dois encore beaucoup plus. »

2.

« je l’accomplirai de toute mon âme et de toutes mes forces. »

3.

« n’est rien d’autre qu’une accumulation extrêmement corrompue d’une abondance de matières épaisses et sales, dans laquelle et de laquelle sortent les pustules, comme si les symptômes augmentaient la force et la perniciosité de la maladie » : pour Guy Patin, il convenait donc de respecter la fièvre qui traduit un bon mouvement de la Nature, c’est-à-dire l’annonce d’une crise salutaire, marquée par la survenue de l’éruption.

4.

« toujours en raison de cette putréfaction sale et extrême, dont dépend la malignité de la maladie et de tous les symptômes qui en découlent ».

5.

« une accumulation de symptômes telle que dans notre variole ».

6.

« il y a beaucoup de ressemblances, mais très peu d’exactes identités, voire aucune. »

7.

« qu’elle [la variole] vienne du sang menstruel ».

Le sang menstruel est à comprendre comme l’ovule, le gamète féminin, porteur de l’hérédité maternelle. Dans tout ce passage, et la suite, Guy Patin faisait allusion à la fin du deuxième article de sa thèse Estne totus homo a natura morbus ? [Par nature, l’homme n’est-il pas tout entier maladie ?] (1643, v. note [19] de L’homme n’est que maladie), dont le contenu (traduit du latin) éclaire relativement son propos :

« Hippocrate et Galien n’ont ni décrit ni connu les papules {a} qui sont si communes chez les femmes et les enfants ; ne rapportez leur origine à aucune composante du sang menstruel, ni à la qualité néfaste de l’air, ni à quelque vice du ciel ou de la saison qui s’acharne contre l’espèce humaine ou s’y est propagée : de fait, c’est une putréfaction remarquable des humeurs qui engendre ces pustules ; elle leur permet de diffuser dans la peau, y dessinant des macules ou y soulevant des papules ; le mal siège néanmoins dans la profondeur des viscères. En sont épargnés non pas ceux qui ont perdu beaucoup de sang à la section du cordon ombilical, mais plutôt ceux à qui on a interdit l’usage de la bouillie {b} pendant les deux premières années de la vie. Le principal espoir de guérison réside en la saignée, qui emporte tous les suffrages si elle est exécutée avec rapidité, sûreté et hardiesse : soit au début de la maladie, même pendant l’allaitement, même et surtout en l’âge le plus tendre, tous les deux ou trois mois ; soit après l’éruption (qui, si elle est laborieuse, justifiera avant tout le bain d’eau tiède). {c} Vous prescrirez en vain la pierre de bézoard, {d} qui est un scandale tant pour la médecine que pour le médecin ; en vain aussi, ces distillations d’ulmaire et de chardon bénit, car ce qu’on en dit n’est que sornettes et verbiage ; en vain aussi, la décoction de lentilles ou l’hidrotique ; {e} en vain encore, ces fameuses confections d’écarlate {f} et d’hyacinthe qui n’ont pas été inventées pour rétablir la santé, mais qu’on a conçues pour la parade (comme si la médecine, le plus éminent des arts, avait besoin de ce lustre frelaté qui lui est étranger), qui ne sont cardiaques {g} à aucun titre, dont l’étiquette peut éblouir mais sans qu’elles aient d’effet, ni plus de valeur pour traiter les malades que n’en ont les nénies {h} de la pleureuse pour réveiller les morts. {i} Je tiens pour de l’or cette idée que d’être cordial ne tient à nulle autre qualité que d’égayer l’esprit. »


  1. De la variole.

  2. pulticulæ usus.

  3. egelidæ aquæ balneum.

  4. lapidem bezoardicum.

  5. Sudorifique (classe de médicaments dont le plus puissant était le mercure), v. note [1], lettre Consultation 14. V. note [7], lettre 99, pour le chardon bénit.

  6. Alkermès.

  7. Cordiales, v. note [28], lettre 101.

  8. Chants funèbres.

  9. Marc-Antoine Muret, v. note [19] d’ Une thèse de Guy Patin : « L’homme n’est que maladie ».

L’ulmaire ou reine-des-près est une plante qui croît près des fosses pleines d’eau, dans les près humides et sur le bord des rivières. Elle est sudorifique, cordiale, vulnéraire et propre pour la dysenterie et le crachement de sang (Académie).

Le chardon bénit est « une espèce de carthame ou de cnicus [v. notule {b}, note [10], lettre de Caspar Hofmann au printemps 1646] sauvage qui produit de petites branches molles et pliantes, et qui sont couchées sur terre. Toute la plante est extrêmement amère, et à cause de plusieurs vertus qu’elle a dans la médecine, on l’a nommée en latin Carduus benedictus. Le chardon bénit est cordial et sudorifique. Il apaise les douleurs de reins et de côté, tue les vers, résiste aux venins, et est un fort bon remède pour les maladies pestilentielles. Sa graine sert à désopiler [désobstruer] le foie. On trouve de l’eau de chardon bénit chez tous les apothicaires ; elle est sudorifique, et l’une des quatre eaux cordiales communes » (Thomas Corneille).

8.

« parce que j’ai voulu qu’ils fussent soustraits à l’usage de la bouillie, même contre des nourrices qui insistaient et quelquefois se récriaient ».

9.

« et ce avec heureux succès. » Il était exact que certaines personnes échappaient alors à la variole, mais attribuer le fait à l’abstention de la bouillie dans le jeune âge est à prendre aujourd’hui pour tout à fait fantaisiste. Guy Patin pouvait le croire à une époque où les théories humorales prédominaient et où la contagion microbienne n’avait été que pressentie par l’Italien Fracastor (v. note [2], lettre 6), mais ne fut définitivement prouvée par Louis Pasteur qu’au xixe s., à l’issue d’une longue querelle. Les sujets naturellement « immunisés » contre la variole le devaient alors à l’existence de formes muettes de la maladie ou au fait qu’ils avaient bénéficié d’une vaccine protectrice, variole de la vache qui devint la base du premier vaccin inventé au xviiie s. : on enviait leur teint aux vachères qui trayaient les vaches car leur visage n’était pas grêlé de petite vérole. Un fait n’a guère changé avec le temps, c’est qu’on s’égare volontiers en déduisant des observations d’un seul médecin, tant ses propres préjugés les ont généralement déformées.

10.

« Sources tièdes » : argument sur la synonymie latine entre egelidus (du verbe egelare, dégeler, avec le double sens de tiède et frais) et tepidus (de tepere, être tiède, sans ambiguïté).

L’adjectif egelidus se lit deux fois dans le livre xxxi de l’Histoire naturelle de Pline, à la louange des sources (fontes) thermales (Littré Pli, volume 2, pages 348‑349).

  • Au chapitre ii :

    Emicant benigne passimque in plurimis terris alibi frigidæ, alibi calidæ, alibi junctæ, sicut in Tarbellis Aquitanica gente et in Pyrenæis montibus, tenui intervallo discernente. Alibi tepidæ, egelidæque auxillia morborum profitentes et e cunctis animalium hominum tantum causa erumpentes.

    [Les eaux sortent salutaires de tous côtés dans mille pays, là froides, ici chaudes, ailleurs chaudes et froides, comme à Tarbelles (Dax) d’Aquitaine et dans les Pyrénées, où elles ne sont séparées que par un petit intervalle, ou bien encore tièdes et simplement dégourdies, {a} annonçant les secours qu’elles donnent aux malades, et be sortant de terre que pour l’homme seul, entre tous les animaux].

  • Au chapitre vi :

    Juxta Romam Albulæ aquæ vulneribus medentur : egelidæ hæ.

    [Auprès de Rome, les eaux de l’Albula {b} guérissent des plaies ; elles sont dégourdies]. {a}


    1. Littré traduisait egelidus par dégourdi, mot qu’il a défini en ces termes dans son DLF : « qui a perdu l’âpreté du froid, en parlant d’un liquide. De l’eau dégourdie. » Guy Patin n’avait pas tort de remarquer que dégelé n’est pas synonyme de tiède, surtout quand il s’agit de prendre un bain.

    2. Traduction contestable : pour Gaffiot, Albula est un autre nom du Tibre ; mais Albulæ aquæ désigne des eaux sulfureuses qui sortent de terre près de Tibur, aujourd’hui Tivoli, 44 kilomètres au nord-est de Rome.

11.

« pour tiède ».

12.

Suétone a en effet employé (usurpé) egelida au moins une fois dans ses Vies des douze Césars (Vie d’Auguste, chapitre 82) :

Unguebatur enim sæpius aut sudabat ad flammam, deinde perfundebatur egelida aqua vel sole multo tepefacta.

[Il se faisait souvent frictionner et transpirait auprès du feu ; ensuite il se lavait avec de l’eau tiède ou chauffée au soleil].

Dans sa thèse Guy Patin avait préféré l’adjectif egelidus à tepidus : egelidæ aquæ balneum (v. supra note [7]) ; et Charles Spon avait dû le critiquer sur ce choix.

13.

Celse (Cornelius Aulus Celsus), érudit latin, serait né à Vérone et fut un contemporain d’Auguste (63 av. J.‑C.-14 apr. J.‑C.). Rien de plus assuré n’est connu sur sa vie, pas même s’il fut médecin (ce qui le rendait suspect aux yeux de Guy Patin, qui a fort peu parlé de lui), bien que l’ouvrage qui perpétue son renom soit intitulé De Medicina libri octo [Huit livres sur la Médecine]. C’est un tableau très précis de la médecine du temps de Celse et avant lui. La partie concernant l’hygiène est particulièrement originale, et nous devons à Celse de connaître l’histoire de la chimie grecque et romaine depuis Hippocrate. Les très nombreux commentateurs de Celse l’ont, entre autres, surnommé le Cicéron de la médecine et l’Hippocrate latin (G.D.E.L.). On trouve egelida en plusieurs endroits de ses livres de médecine.

14.

« Catulle a appelé le printemps tiède à cause de sa tépidité [tiédeur] : quand le printemps est tiède, alors c’est une année très douce. » Iam ver egelidos refert tepores,/ iam cæli furor æquinoctialis/ iucundis Zephyri silescit aureis [Déjà le printemps ramène les tièdes chaleurs ; déjà la fureur du ciel équinoxial s’apaise aux souffles agréables du Zéphyr] (Catulle, Poèmes, xlvi, vers 1‑3).

15.

« Je ne fais pas le moindre cas de la pierre de bézoard : c’est une création des pharmaciens pour se jouer des malades crédules. »

16.

« qui n’est soutenue par aucune autorité, aucune raison, aucune expérience. »

17.

Les deux eaux distillées citées dans la thèse (v. supra note [7]) sont celles d’ulmaire (reine-des-prés) et de chardon bénit (v. note [7], lettre 99) :

« si elles conservent la nature de l’herbe qu’on y a mise, elles sont chaudes, c’est-à-dire nuisibles dans la variole où l’acmé va toujours vers l’intempérie des humeurs et la putréfaction profonde ; à tout le moins, elles portent en elles un certain pouvoir pyrétique, ennemi des malades et de la chaleur innée. La décoction de lentilles {a} est un astringent bien incapable d’aider l’éruption de la variole à sortir, ce qui n’est à obtenir que par les seuls évacuants, en un mot, grâce à la saignée et à la purge, célébrées en tous temps et en tous lieux. De plus, à mon avis, il n’y a nulle défense contre la nature des choses qui, proprement et en soi, tire la variole de l’intérieur vers l’extérieur. Les confections d’alkermès et d’hyacinthe ajoutent en abondance une chaleur étrangère et extérieure à une chaleur dont déjà abondent les corps de ceux que la variole affecte, et leur chaleur innée, alors impuissante à cause de la putréfaction et la nature de l’effort, est suffoquée et étranglée par cette chaleur extérieure. Ce sont des remèdes arabes ; les inventions des Arabes ne sont en aucune façon cardiaques. {b} Seul est cardiaque ce qui procure le sang et l’air au cœur : les aliments seuls garantissent cela, et donc seuls les aliments sont cardiaques. C’est tout le contraire pour l’emploi des bains. Au contraire, d’après le commentaire de Galien sur Hippocrate, La Raison des aliments dans les maladies aiguës, l’eau ne fortifie pas car elle ne nourrit pas, etc. »


  1. V. le Traité de la conservation de santé (chapitre ii).

  2. V. note [28], lettre 101.

18.

« Le gemursa est une tumeur des pieds qui apparut un jour à Rome, puis disparut ensuite. »

Guy Patin avait exprimé la même idée dans le 3e paragraphe de sa thèse (v. supra note [7]) :

Nonnulli certis cæculis prodeunt, occidunt, ut Gemursa.

[Certaines <maladies>, comme le gemursa, apparaissent pendant certaines périodes, puis disparaissent].

Gemursa est morbi species inter pedis digitos, quæ ita olim Antiquis dicebatur [Gemursa est un genre de mal qui survient entre les doigts de pied et que les anciens appelaient ainsi jadis] (Blancard, 1735). Gaffiot traduit gemursa par durillon, mais Nysten (1824) dit que c’est un « mot latin qui dérive du verbe gemere, gémir. Les Anciens donnaient ce nom à une espèce de tubercule douloureux développé entre les orteils et dont la nature nous est inconnue. »

19.

« est le phlegmon charbonneux ».

Charles Spon avait dû proposer à Guy Patin d’assimiler le gemursa au Fourchet : « apostume, furoncle qui vient entre deux doigts de la main, où il se fait comme une fourchette » (Furetière).

20.

« Pieds spongieux, c’est-à-dire tuméfiés : symptôme très fréquent dans l’hydropisie du poumon. Plaute a appelé tuméfiés les pieds spongieux ; de même Pline a dit qu’on dénomme spongieux certains fruits, c’est-à-dire qu’ils enflent de manière déraisonnable. Voyez Joseph-Juste Scaliger, page 44 [pour 144] des lettres, dans l’édition de Leyde [1627]. »

Toujours dans le 3e article de sa thèse (Estne totus homo a natura morbus ? vUne thèse de Guy Patin : « L’homme n’est que maladie »), Patin écrivait :

e tot affectibus qui thoracis ambitu continentur, cave ab hæmoptysis et inflammatione pulmonis ; nec minus lethales sunt hydrops thoracicus (quem pulmonei pedes demonstrant, quémque hydragogωn usu tollere qui nitur, tortorem agit non medicum) angina vera, pleuroperipneumonia, empyema, nisi statim fiat sectio.

[Parmi toutes les maladies qui siègent dans la cavité du thorax, prenez garde à l’hémoptysie et à l’inflammation du poumon ; et l’hydropisie thoracique (qui se révèle pas les pieds tuméfiés, et où celui qui s’appuie sur l’emploi des hydragogues <diurétiques> pour la résoudre agit en bourreau et non pas en médecin), l’angine véritable, la pleuropéripneumonie, l’empyème ne sont pas moins mortels si on ne saigne pas immédiatement].

Bien qu’obscurcie par une mauvaise indication de page, la référence que donnait Patin renvoie à la lettre xxxiv (Ép. lat. livre i) de Joseph Scaliger à Pierre Pithou, datée du château de Chantemille en Limousin [Castromilani in Marca Lemovicensi], datée d’un 6 mai, sans indication d’année. Scaliger travaillait à la révision de son premier livre, Coniectanea in M. Terentium Varronem de Lingua latina [Conjectures sur le La Langue latine de Varron] (1565) :

Porro in iambo illo, Iacere me, quod alta non possim, etc. ubi admonui apud Plautum pulmoneos pedes pro panticosis posse sumi, addes: “ Vel Plautus pulmoneos pedes dixit, tumidos : sicuti Plinius pulmonea quædam poma vocata ait, id est, ut ipse interpretatur, stolide tumentia. ”

[Plus loin, dans cet iambe, Iacere me quod alta non possim putas, etc., {a} là où j’ai rappelé que chez Plaute on peut prendre pulmoneos pedes {b} pour panticosis, {c} vous ajouterez : « Plaute a appelé tumidos pulmoneos pedes ; {d} de même Pline a dit qu’on dénomme pulmonea quædam poma, {e} c’est-à-dire, comme lui-même l’explique, qu’elles enflent de manière déraisonnable. »]


  1. Iacere me quod alta non possim putas,/ ut ante, vectari freta [Je suis à bas, penses-tu, parce que je ne puis plus courir les mers comme jadis] (Épigrammes attribuées à Virgile, xiii, vers 1‑2).

  2. « les pieds spongieux ».

  3. Mot latin impur, probablement dérivé de pantices, la panse (pour dire pansu, ventru, ventripotent ?). Je n’ai pas trouvé panticosis dans Plaute.

  4. « tuméfiés, les pieds spongieux ».

  5. « spongieuses, certaines pommes ». Scaliger renvoyait à Pline (Histoire naturelle, livre xv, chapitre xv, § 52), à propos des diverses sortes de pommes, Stolide tument pulmonea [les pulmonées sont d’une grosseur déraisonnable] (Littré Pli, volume 1, page 552).

21.

Ubi sim nescio, perii ; cor lienosum, opinor, habeo ; iamdudum salit ; de labore pectus tundit [Je ne sais plus où je suis, je suis mort ; j’ai, je crois, le cœur gonflé (splénétique) ; il palpite sans cesse et me bat douloureusement la poitrine] (Plaute, Casina, acte ii, scène 6).

Guy Patin s’en était inspiré dans sa thèse : Cor quibus lienosum est, salit sæpe, et momento interimit [Chez ceux qui ont le cœur gonflé, souvent il y a palpitation (v. note [5] de l’observation viii) et mort subite].

22.

« et c’est le propre des mélancoliques, qui sont sujets aux palpitations de cœur [v. note [5] de l’observation viii]. Par urètre, nous entendons le conduit de l’urine, que certains sots rattachent et assujettissent sans raison aux arts magiques, quoique ce soit pure dépravation d’une imagination pervertie ».

Dans la thèse de Guy Patin :

Pudendarum partium magis pudendos morbos, pudor hic non sinit adscribere ; vel ipsa urethra, si fascini, sane non est morborum expers : adstitæ glandulæ gonorrhœam fundunt virulentam, ubi tetri virus afflatu inflammantur ; ut ea de causa huic etiam inveteratæ, pulchre medeatur venæ sectio e brachio, quæ luem veneream nunquam excitavit, quidquid garriant imperiti medicelli.

[La pudeur ne permet pas de décrire ici les maladies des parties honteuses qui doivent faire grandement honte ; l’urètre lui-même, si c’est la verge qu’on entend par là, n’est vraiment pas exempt de maladies : quand le souffle d’une humeur néfaste les irrite, les glandes adjacentes répandent la gonorrhée virulente ; {a} de sorte que, pour cette raison, la saignée du bras les soigne de belle façon, même quand elles sont invétérées ; jamais elle n’a excité la maladie vénérienne, quoique dégoisent de petits médecins ignorants].


  1. Chaude-pisse (v. note [14], lettre 514).

23.

« Depuis que je suis médecin, je n’ai appris que d’aujourd’hui ce que c’est que cheviller : on prétend que c’est une espèce de sortilège par lequel on empêche quelqu’un de faire son eau [pisser], ou l’on fait clocher [boiter] les chevaux, ou l’on retient une liqueur dans un vaisseau [récipient] malgré tous les trous que l’on y fait. Pour moi, je crois qu’un habile médecin, un expérimenté maréchal [ferrant] et un bon tonnelier pourraient beaucoup pour ôter la vertu de ce maléfice » (L’Esprit de Guy Patin, page 105).

24.

« Nouer l’aiguillette, se dit d’un prétendu maléfice qui empêche qu’on ne consomme le mariage » (Furetière). Trois nœuds formés à une bandelette, en récitant certaines formules, constituaient cette opération magique à laquelle avaient recours les jaloux et les amantes délaissées. On appelait noueurs et noueuses d’aiguillettes ceux et celles qui passaient pour avoir ce pouvoir. On comprend qu’à une époque où l’on portait des braguettes fermées au moyen d’aiguillettes, dire d’un jeune marié qu’il avait l’aiguillette nouée était une façon très naturelle d’exprimer l’état d’impuissance où il se trouvait ; de là le rapport entre nouer l’aiguillette et rendre impuissant (G.D.U. xixe s.).

Le chapitre xx (De la Force de l’imagination) du livre i des Essais de Michel de Montaigne (1533-1592) contient un long développement sur l’impuissance sexuelle et les prétendus sortilèges qui en seraient la cause. La thèse de Guy Patin ne contient pas d’allusion aux aiguillettes nouées.

Louis Servin (v. note [20], lettre 79) a relaté un cas criminel de cette sorte dans son plaidoyer cxviii (livre iii, pages 931‑933), Plaidoyer et arrêt fait au Parlement séant à Tours, sur la condamnation poursuivie de la mémoire d’un homicide de soi-même prétendu furieux, à cause du nouement d’aiguillette, lequel avait tué sa femme en la baisant, en l’an 1592. En février 1592, un dénommé Guillaume Caussin avait épousé une certaine Michelle Gaillard, « laquelle demeura avec lui chez son père jusqu’au milieu d’avril, qu’elle se retira. Depuis, étant venue en la maison de son beau-père, le 8 mai ensuivant au matin, son mari la salua, et en la baisant pour la tuer, lui bailla un coup de couteau dans la gorge ; à l’instant de quoi étant pris et interrogé, a répondu qu’il avait fait un grand crime et que le mauvais esprit l’avait séduit. N’a parlé de ce que son père a fait plaider présentement touchant le nouement d’esguillette. Bien le père l’a voulu excuser de fureur, et depuis l’instruction de [son crime], Guillaume Caussin jeune s’est précipité dans un puits, dont est mort. Aujourd’hui, l’aïeul[e] de Michelle Gaillard poursuit le jugement du procès et veut faire condamner la mémoire de Caussin, mari, comme ayant fait un assassinat de sa petite-fille, et à cette fin elle a présenté la requête, de l’enrichissement de laquelle est question. Contre cette requête, le père de Caussin dit que son fils était furieux, ayant été empêché d’accomplir son mariage par enchantement et sortilèges. » Le reste du plaidoyer est consacré au suicide de Caussin (« le second crime qu’il a commis en se précipitant ») pour savoir s’il exonère le père du premier crime de son fils.

25.

« je ris de tout cela. Par petits serpents, j’entends des vermisseaux pourvus de pieds, qui naissent dans les veines, dont parle Galien en un lieu que j’indiquerai une autre fois. »

Au sujet des divers animaux qui s’attaquent à l’homme, Guy Patin a écrit dans sa thèse :

quippe nascuntur in venis dracunculi, fere ubivis vermes, qui et eminguntur et emunguntur.

[des petits serpents naissent de fait en ses veines, et presque partout des vers qui sont et pissés et mouchés].

26.

« parce qu’on la voit habituellement se reproduire chaque cinquième heure » (phrase citée par Littré DLF pour définir la quinte de toux).

La quinte est caractéristique de la coqueluche. Guillaume de Baillou est le premier à en avoir clairement décrit les symptômes, dans ses Epidemiorum et Ephemeridum libri duo… [Deux livres des Épidémies et des Éphémérides…] (1640, v. note [3], lettre 48), qui ont été traduits en français : Épidémies et éphémérides traduites du latin de Guillaume de Baillou…, avec une introduction et des notes par Prosper Yvaren, docteur en médecine de la Faculté de Paris… (Paris, J.‑B. Baillière et fils, 1858, in‑8o). Le passage signalé par Guy Patin se trouve à l’année 1578.

  • Printemps et commencement de l’été de l’année 1578 (page 402) :

    « L’hiver ne fut pas très insalubre, quoiqu’il n’eût pas tout à fait conservé la température qui lui est propre. Mais le vent du Midi ayant soufflé vers la fin de l’hiver, et celui du Nord ayant ensuite dominé durant quelques jours au commencement du printemps, il se déclara des maladies de mauvais caractère, et surtout des douleurs de tête très aiguës. Je ne sais comment, sous l’influence du vent du Sud, ou sous toute autre influence atmosphérique, une sérosité maligne et dépravée s’était engendrée dans la tête, qui donnait des marques de sa virulence, sur quelque organe qu’elle se portât, sur quelque partie qu’elle se fixât. Fluxionnait-elle la gorge et la trachée-artère, elle provoquait une toux violente, un certain chatouillement dans la poitrine et un besoin de tousser sans expectoration. {a} En voyant la violence de cette affection épidémique, les médecins la regardaient comme étant la même maladie qu’autrefois on avait appelée la coqueluche. Il y avait du moins entre elles la plus grande affinité. La toux résistait à tous les remèdes. »


    1. Note de Baillou : « Ces affections fluxionnaires, qui régnaient en si grand nombre, s’accompagnaient de fièvre, et d’une fièvre intense. Une toux fatigante donnait lieu à de violents efforts, n’amenait pas l’expectoration, mais bouleversait l’estomac et amenait le vomissement ; ou bien, elle ébranlait les veines du cerveau, en faisant jaillir le sang, et donnait lieu à des hémorragies. Ces accidents cessèrent pendant quelques jours ; mais vers le mois de juillet et vers le mois d’août, ils reparurent plus violents et attaquèrent de préférence les enfants. Qu’était-ce que cela. »

  • Constitution de l’été de l’année 1578 (pages 419‑422) :

    « Il vient d’être question du commencement de cet été. Il régna sur la fin à peu près les mêmes maladies qu’au commencement de cette saison, qui fut chaude, brûlante dans toute sa durée. Les enfants de quatre à dix mois, et même d’un âge un peu plus avancé, furent attaqués de fièvres qui en firent périr un grand nombre, et surtout de cette toux violente dont j’ai parlé et qui est connue sous le nom vulgaire de quinte, de quintane, et dont les symptômes sont les plus graves. Le poumon est si irrité que, dans les efforts qu’il fait pour détacher ce qui l’incommode, il ne peut inspirer l’air et l’expirer qu’avec difficulté. On dirait qu’il se gonfle ; et le malade, près de suffoquer, sent son souffle arrêté au milieu de son gosier. {a} Il est assez difficile de savoir d’où lui vient le nom de quinte. Les uns croient que ce nom a été fabriqué par onomatopée, d’après le son et le bruit que font les malades en toussant ; d’autres rejettent cette étymologie et veulent que l’on ait donné à cette toux le nom latin de quintane parce qu’elle ne revient qu’à certaines heures, ce qui est un fait d’expérience. Car ce tourment de la toux est quelquefois suspendu pendant quatre ou cinq heures, après quoi revient un paroxysme, souvent si violent qu’il fait jaillir le sang du nez et de la bouche, et que très fréquemment il soulève l’estomac et fait vomir. Je n’ai encore pu trouver aucun auteur qui fasse mention de cette espèce de toux. On ne sait si la cause de cette maladie, sérum, ichor, {b} ou flux malin, dérive de la tête, du corps du poumon ou d’ailleurs. Il semble que c’est du poumon lui-même, car nous avons vu la plupart des malades affectés de cette toux, après des efforts longtemps inutiles, rendre enfin une incroyable quantité d’une matière à demi purulente ; ce qui donne à croire que cette matière, stagnante et ramassée dans cet organe, est la cause de la toux. […] car si cette pénible toux que l’on appelle quinte ne provenait que d’une fluxion maligne, elle ne s’accompagnerait pas de l’expectoration d’une incroyable quantité de matière ; quoique je sois loin de nier qu’il ne puisse descendre de la tête quelque flux irritant. » {c}


    1. Latin original : et quasi stragulabundus æger mediis faucibus hærentes spiritus habet.

    2. Ichor : synonyme de sanie (v. note [11], lettre de François Rassyne, datée du
    3. ), sérosité purulente et putride qui s’écoule d’une plaie ou d’un orifice naturel.

    4. Note de Baillou : « Quelqu’un affirme avoir lu dans un auteur le nom de quinte de toux ou de toux quintane, dont il est bien difficile de trouver la raison. Les uns veulent qu’on l’appelle quinte, parce que la toux se reproduit toutes les cinq heures ou à peu près (ce nombre précis ne devant s’entendre que dans un sens approximatif). C’est de là qu’est venue l’expression d’hommes quinteux, appliquée à ceux qui sont par moments désagréables et insupportables à autrui. D’autres veulent que ce terme ait été emprunté aux musiciens. Et de même qu’il existe entre l’octave et la quinte une certaine proportion, un certain rapport, malgré la différence des degrés et des nombres ; de même, chez ceux qui souffrent de cette toux, il se forme dans le larynx un son qui répond à un autre son, parti de la profondeur des poumons. Que d’autres que moi décident. »

À l’exception de la fièvre intense (mais, au xviie s., fièvre n’avait pas le sens de température mesurée), la description correspond à la coqueluche d’aujourd’hui : infection contagieuse due au bacille de Bordet et Gengou (Bordetella, Bacillus ou Hæmophilus pertussis) qui survient principalement durant l’enfance (deux premières années de vie dans 40 pour cent des cas), la quinte en est la caractéristique la plus frappante ; c’est une toux impressionnante qui survient par accès, s’accompagnant d’un crachement de mucus purulent, et parfois de vomissements et d’hémorragies (nasales, oculaires, bronchiques). La maladie était rarement mortelle, on en protège désormais les enfants à l’aide d’un vaccin. Pour le mot coqueluche, « Ménage croit qu’il vient de ce que ceux qui étaient malades de ce mal portaient une coqueluche ou capuchon de moine pour se tenir chaudement » (Furetière) ; mais il existe d’autres explications et il est sage de conclure, à la manière de Baillou pour le mot quinte, par un prudent « Que d’autres que moi décident ». Dans sa thèse, Estne totus homo a natura morbus ? (vUne thèse de Guy Patin : « L’homme n’est que maladie »), Guy Patin a fait allusion à la quinte :

Nondum firmum cibis os aphthis scatet ; pulmo quintana tussi, ferina et contumaci, a sero maligno et ατεραμνω, e venis exudante ; ventriculus vomitu rumpitur ; alvum vexant tormina, umbilicum inflammatio, mentem vigiliæ et pavores.

[Encore incapable de mâcher les aliments solides, la bouche est en proie aux aphtes ; et le poumon, à la toux quinteuse, rauque et rebelle, due à une sérosité maligne et crue qui suinte des veines ; le vomissement brise l’estomac ; les coliques sont un tourment pour le ventre, comme l’inflammation pour l’ombilic, et les insomnies et les terreurs pour l’esprit].

27.

Rhume : « pituite [humeur claire] qui tombe du cerveau, qui fait moucher et cracher, qui fait tousser et qui altère la parole. Les rhumes qui tombent sur la poitrine sont dangereux. Les autres rhumes qui ne sont pas violents servent à décharger le cerveau » (Furetière).

28.

« sans aucun dommage du poumon ». Jean-Baptiste était alors le plus jeune des cinq fils vivants de Guy Patin (v. note [4], lettre 11) : baptisé le 14 juin 1643, c’est sans doute de lui qu’il était question ici ; malgré le tendre optimisme de son père, la coqueluche dut rapidement avoir raison de lui car Patin n’a plus parlé que de ses quatre fils dans sa lettre du 13 juin suivant (v. note [29], lettre 106).

29.

« il survient par la sédimentation d’une humeur séreuse, crue et déliée s’écoulant et pleuvant dans le poumon, tantôt depuis le cerveau, tantôt depuis les veines thoraciques qui se portent vers lui. »

30.

Allusion à un passage de la lettre qu’Érasme, âgé de 65 ans, a envoyée de Fribourg, le 13 mars 1534 (deux ans avant sa mort), à Cornelius Grapheus :

Me discruciat novum malum podagra, seu panagra verius. Adeo pertentat omnes artus, aliunde alio migrans, ut vix unquam detur respirare. Negant esse podagram, sed sui generis esse malum, quo nunc hic laborent complures. Vulgo Souch appellant. Tot cruciatibus, tot modis fractum senile corpusculum non poterit diu esse par.

[Un mal nouveau me torture ; c’est la podagre, ou plus véritablement la panagre. Elle affecte tous les membres, migrant d’un endroit à l’autre, à tel point qu’il ne m’est presque jamais donné de reprendre haleine. Ils disent que ça n’est pas la podagre, mais quelque maladie particulière dont beaucoup souffriraient ici maintenant. Ils l’appellent Souch en allemand. Mon vieux petit corps, brisé par tant de supplices et de tant de façons, ne pourra pas résister longtemps].

Le mot goutte a servi à qualifier toutes les inflammations aiguës des articulations (arthrites) ; son emploi remonte à l’écrit d’un certain Radulfe, au xiiie s. On considérait la goutte comme résultant de l’afflux d’un liquide, distillé goutte à goutte sur le lieu malade. À présent on n’appelle plus goutte que les arthrites spécifiquement dues à une précipitation cristalline d’acide urique. Son lieu le plus commun est la racine du gros orteil (goutte podagre, du pied) ; l’atteinte du genou valait à la maladie le surnom de mal Saint-Genou (Antoine Oudin, Curiosités françaises pour supplément aux dictionnaires) ; on parlait au xviie s. de chiragre pour la goutte des mains, et de panagre (παναγρα) pour celle qui touche tout le corps (cas d’Érasme). La cible viscérale la plus redoutée de la goutte proprement dite est l’appareil urinaire, par la formation de calculs (lithiase urique) qui peuvent obstruer les reins.

À l’époque de Guy Patin et jusqu’au xixe s., on attribuait à la goutte une constellation de manifestations extra-articulaires, pouvant toucher à peu près tous les organes du corps humain : « mutations et conversions dans lesquelles la goutte, comme affection essentiellement arthritique, semble se transformer en toute autre maladie » (Guilbert in Panckoucke). La foule immense des manifestations qu’on décrivait alors appartenait, selon les circonstances de leur survenue, au cadre de la goutte rétrocédée, remontée, rentrée, masquée, larvée ou supprimée. Suppression signifie ici rétention : « se dit des humeurs qui sont retenues dans le corps, qui causent des obstructions, des maladies » (Furetière).

On a abandonné ces vocables, mais on reconnaît toujours aux rhumatismes chroniques (polyarthrite rhumatoïde, lupus, etc.) la capacité d’affecter les autres parties du corps, ce qui aboutit au cadre, encore bien flou, des maladies inflammatoires multisystémiques (faute d’en avoir identifié les causes). Patin a souvent évoqué la goutte dans ses lettres, et sa victime la plus célèbre y a été le cardinal Mazarin qui mourut d’une insuffisance rénale consécutive à sa maladie (v. note [6], lettre 687).

31.

« Les arts de Dardanus sont les arts magiques. »

Dardanus était un magicien de Phénicie (Pline, Histoire naturelle, livre xxx, chapitre ii ; Littré Pli, volume 2, page 322) :

Certe Pythagoras, Empedocles, Democritus, Plato, ad hanc discendam navigavere, exsiliis verius, quam preregrinationibus, susceptis. Hanc reversi prædicavere : hanc in arcanis habuere. Democritus Apollobechen Coptiten, et Dardanum e Phœnice illustravit, voluminibus Dardani in sepulcrum ejus petitis : suis vero ex disciplina eorum editis : quæ recepta ab aliis hominum, atque transiisse per memoriam, æque ac nihil in vita mirandum est.

[Pythagore, Empédocle, Démocrite, Platon, pour s’y instruire, traversèrent les mers, exilés à vrai dire plutôt que voyageurs. Revenus dans leur patrie, ils vantèrent la magie, ils la tinrent en arcane. Démocrite {a} a fait connaître Apollobèches de Coptos et Dardanus de Phénicie. Il alla chercher les écrits de Dardanus dans le tombeau de ce personnage ; quant aux siens, ils ont été composés d’après la doctrine de ces deux hommes. Que tout cela ait été reçu par d’autres et se soit conservé dans la mémoire, c’est ce qui m’étonne le plus au monde].


  1. V. note [9], lettre 455.

L’allusion aux arts de Dardanus se trouve dans le dernier article de la thèse de Guy Patin, Estne totus homo a natura morbus ? (vUne thèse de Guy Patin : « L’homme n’est que maladie ») :

Si copiosus sanguis Cor obruat, sive ille concreverit, necne, cardiaca Syncope statim suboritur, a qua subito suffocatur animal, eodem modo quo apoplectici : istam nulla valet Medicina repellere pestem, nequidem ipsæ artes Dardaniæ : imo nec ipsa Salus si cupiat.

[Si le sang afflue au cœur en très grande quantité, qu’il s’y soit ou non figé, survient sur-le-champ une syncope cardiaque, dont la victime suffoque subitement, de la même manière qu’un apoplectique ; nulle médecine n’a le pouvoir d’écarter ce fléau, non plus que les arts de Dardanus eux-mêmes ; quand bien même Salus en personne le désirerait]. {a}


  1. Ipsa si cupiat Salus,
    servare prorsus non potest hanc familiam
    .

    [Quand bien même Salus en personne le désirerait, elle ne pourrait absolument pas préserver cette famille] (Térence, Adelphes, acte iv, scène 7, vers 765‑766). Déesse de la santé, Salus était fille d’Esculape (v. note [4], lettre 551).

32.

Lucius Junius Moderatus Columella (Columelle) est un agronome latin du ier s., connu pour son traité De Re rustica [L’Économie agricole] où se trouvent les vers cités par Patin (livre x, De Cultu hortorum [La Culture des jardins], vers 357‑362) :

At si nulla valet medicina repellere pestem,
Dardaniæ veniant artes nudataque plantas
femina, quæ iustis tum demum operata iuvencæ
legibus obsceno manat pudibunda cruore,
sed resoluta sinus, resoluto mæsta capillo,
ter circum areolas et sæpem ducitur horti
.

[Mais si nulle médecine n’a le pouvoir d’écarter ce fléau, on aura recours aux arts de Dardanus, et on fera tourner trois fois autour de la haie du jardin une femme, les pieds nus, le sein découvert, les cheveux épars en signe de tristesse, dans la période où, soumise aux lois ordinaires de la jeunesse, elle perdra avec pudeur un sang impur].

33.

« Apulée, en son Apologie de lui-même, comptait Dardanus parmi les princes de la magie. »

Apulée (Lucius Apuleus) est un écrivain latin du iie s., auteur d’une Apologie (Apologia sive pro se de Magia), de Florides, et d’une Métamorphose (l’Âne d’or). Sa référence à Dardanus dans l’Apologie se trouve au chapitre 90 :

vel ipse Dardanus vel quicumque alius post Zoroastren et Hostanen inter magos celebratus est.

[ou Dardanus lui-même, ou qui que ce soit d’autre est célébré parmi les mages après Zoroastre et Hostan].

34.

« un peu après le milieu ».

Guy Patin a ajouté tout ce qui suit le mot plica dans ce passage de sa thèse Estne totus homo a natura morbus ? (7e édition, Paris, Nicolas Boisset, in‑4o, bas de la page 3) :

sic Hispaniam infestat struma, Poloniam plica, Parisinos catarrhus πνευμονος, tussis, et calculus, Anglos, Lusitanos et Bearnenses ανιαντη, sive morbus exsiccans, qui prorsus idem est cum phthisi, nec est aliud quam morbus materiæ Fernelii, et marcor pulmonis : sic Balthici maris accolas scorbutus, sic Narbonenses, carbunculi frequentes Romanis consulibus ac purpuratis æque fatales.

[ainsi l’Espagne est-elle infestée par les écrouelles, et la Pologne par la plique ; {a} les Parisiens sont-ils affligés par le catarrhe de poumon, la toux et la lithiase, et les Anglais, les Portugais ou les Béarnais par l’incurable, ou mal desséchant, qui n’est autre que la phtisie, {b} la maladie de la matière de Fernel et la corruption du poumon ; ainsi les riverains de la mer Baltique souffrent-ils du scorbut, tout comme les Narbonnais de charbons fréquents, qui furent fatals aux consuls romain comme aux cardinaux].


  1. V. note [2], lettre latine 224, pour la plique (plica ou trichoma), agglutination inextricable des cheveux (par la crasse).

  2. V. notes [9], lettre 93, et [6], lettre 463.

35.

« sur lequel beaucoup ont beaucoup écrit » ; v. note [4], lettre 427, pour le scorbut.

36.

Pour conclure au lieu de commencer l’allusion à Renaudot (son acrostiche, v. note [32], lettre 98), Guy Patin a déplacé la phrase parlant de ceux qui ont le nez puant :

Utut sit, miseri homuli medicina indigent, sed violenta, ferro et flamma.

[Quoi qu’il en soit, ces misérables petits hommes n’ont d’autre recours que les remèdes violents, le fer et le feu].

37.

Guy Patin a changé his principiis nascuntur heroës, en his principiis nascuntur et Tyranni et Heroës ab illis nihil dissimiles, quibus interdum ante mortem erumpunt ulcera, qualia olim Lysandro Laconi, a nigræ bilis dominatu [c’est ainsi que naissent et les tyrans et les héros, qui leur sont semblables en tout, dont le corps se couvre parfois d’ulcères avant de mourir, par une prédominance de bile noire, comme il est arrivé jadis à Lysandre de Laconie].

Lysandre, général lacédémonien mort en 395 av. J.‑C., joua un grand rôle dans les luttes de Sparte contre Athènes connues sous le nom de guerre du Péloponèse. C’était un homme féroce, rusé, despote, parjure, mais un général habile (G.D.U. xixe s.).

Aristote (Problèmes, section xxx, 1, De la réflexion, de l’intelligence et de la sagesse ; traduction de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, 1891) :

« Pourquoi tous les hommes qui se sont illustrés en philosophie, en politique, en poésie, dans les arts, étaient-ils bilieux, et bilieux à ce point de souffrir de maladies qui viennent de la bile noire, comme par exemple, on cite Hercule parmi les héros ? {a} Il semble qu’en effet Hercule avait ce tempérament ; et c’est aussi en songeant à lui que les Anciens ont appelé mal sacré les accès des épileptiques. Ce qui prouve cette disposition chez Hercule, c’est sa fureur contre ses propres enfants et la violence avec laquelle il déchira ses plaies avant sa disparition sur l’Oéta. Ce sont là des emportements que cause fréquemment la bile noire. Ce sont aussi des blessures de ce genre que se fit Lysandre, le Lacédémonien, avant de mourir. On en dit autant d’Ajax et de Bellérophon : l’un en devint tout à fait fou et l’autre ne recherchait que les solitudes. Voilà comment Homère a pu dire de lui : “ Comme il était en horreur à tous les dieux, il parcourait seul les plaines de l’Alée, dévorant son propre cœur et évitant la rencontre des humains. ” Bon nombre de héros semblent avoir souffert des mêmes affections que ceux-là. Parmi les Modernes, Empédocle, Platon, Socrate et une foule de personnages illustres en étaient là. Il en est de même de la plupart des poètes. C’est cette espèce de tempérament qui a causé les maladies réelles d’un certain nombre d’entre eux ; et chez les autres, leur disposition naturelle avait évidemment tendance à ces affections. C’était là, ainsi qu’on vient de le dire, le tempérament particulier de tous ces personnages. »


  1. V. note [3], lettre de Reiner von Neuhaus, le 21 octobre 1663.

38.

« qui fut le tyran empirique le plus cruel en l’art de régner, et vraiment un vaurien de la politique. Misérable et insensé pillard des Français, il s’était seul évertué à s’enrichir certainement par tous les moyens, bons comme mauvais [de façon licite et illicite] ; lui qui n’exerçait pas tant l’art de diriger que celui de tromper les hommes. » Guy Patin empruntait à Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, la fin de sa diatribe contre Richelieu.

39.

Une quarte est une fièvre intermittente qui survient tous les quatrièmes jours, en laissant deux jours francs entre deux accès. Le paludisme (malaria) en était une cause commune. On appelait quartanaire le malade qui en était atteint.

Jean Fernel, Des causes et des signes de la quarte intermittente (Pathologie [Paris, 1655, v. note [1], lettre 36], livre iv, pages 272‑276 :

« La mélancolie corrompue et pourrie est réputée contenante de la fièvre quarte car, venant par ses propres causes à s’amasser en telle abondance qu’elle ne puisse être conduite à gouverne par le bénéfice de la nature, elle se putréfie et allume cette sorte de fièvre. Or, il y a deux espèces de mélancolies : l’une naturelle, qui est comme la lie et le limon du sang ; l’autre brûlée, laquelle est comme la cendre de chacune des humeurs trop desséchées ; et cette-ci procède tantôt de bile jaune brûlée, tantôt d’une aride mélancolie, et quelque fois, mais plus rarement, de pituite ou de sang brûlé. D’où vient qu’entre les fièvres quartes, l’une prend son origine de soi-même, et non d’aucune autre fièvre qui ait précédé, et cette-ci s’ensuit ordinairement d’une tumeur de rate causée par un excès de mélancolie naturelle ; l’autre est une production des autres fièvres, ou continues, ou intermittentes erratiques, de laquelle Hippocrate a dit que quand la fièvre intermittente est erratique, elle se tournera en fièvre quarte si, principalement, on est proche de l’automne. […] {a} L’accès commence par un grand froid qui s’accroît peu à peu jusqu’à donner des frémissements véhéments, non toutefois poignants et tiraillants comme ceux de la fièvre tierce, mais du tout assommants, {b} par lesquels tout le corps tremble, les dents claquettent, et les jointures et les os craquent comme s’ils étaient chargés de quelque contrepoids. Après que le froid est passé, l’on a des vomissements fort amers, lors principalement que l’humeur trouve des passages pour se glisser en l’estomac. Il s’excite lors une chaleur, non si véhémente qu’en la fièvre tierce, mais plus ardente que celle quotidienne ; laquelle n’est pas égale par tout le corps, mais mêlée d’une certaine froideur, et accompagnée de quelque reste de douleur aux os et aux jointures. La soif, les veilles, {c} la douleur de tête et les autres symptômes sont bien plus fâcheux que dans la quotidienne, mais plus doux que dans la tierce. L’accès est plus long que celui des autres fièvres intermittentes et se termine par une sueur plus abondante que dans la fièvre quotidienne.

Le pouls est au commencement de l’accès beaucoup plus languide, moindre, tardif {d} et rare que le naturel ; puis il devient grand, fort, fréquent et vite, et plus inégal {e} qu’en toutes les autres fièvres.


  1. La mélancolie (atrabile ou bile noire, v. note [5], lettre 53) était une chimère, héritée d’Hippocrate : prétendument élaborée par les capsules surrénales, elle s’accumulait dans la rate. Je n’ai transcrit cette explication liminaire que pour montrer les égarements des plus fins médecins du xvie s. sur le mécanisme humoral des maladies.

  2. Extrêmement violents. V. notule {b}, note [4], lettre 69, pour la description de la tierce par Fernel.

  3. L’insomnie.

  4. Lent.

  5. Non pas de cadence, mais d’amplitude inégale.

La double-quarte donne deux accès chaque quatrième jour, ou revient deux fois en quatre jours, n’en laissant qu’un de franc entre deux accès, ce qui correspond à un rythme de tierce (v. note [3], lettre 43), mais avec des accès beaucoup plus inégaux que dans la tierce : la double-quarte alterne un accès fort et un accès faible. V. note [30], lettre 342, pour la triple-quarte.

40.

Toujours à l’affût d’une fioriture érudite, Guy Patin a ajouté les mots compris entre quartana et iuvenibus dans cette phrase :

Inclinante ætate bilis atræ sit proventus ; unde quartana non minus infortunata, quia biduo medio intervallatur, et in qua μια μητρια, δυο μητερες, ex Favorino, cum sit iuvenibus tormentum, senibus mors, eoque citius si continua fuerit.

[La production de bile noire proviendrait du déclin de l’âge ; ainsi la quarte n’est pas la moins infortunée des fièvres, sous prétexte qu’elle est entrecoupée par deux jours de rémission ; ce qui, comme a dit Favorinus, lui fait donner deux mères pour une marâtre ; tourment des jeunes gen, elle provoque la mort des vieillards, et ce plus vite que la fièvre continue].

Ouvrage unique d’Aulu-Gelle (Aulus Gellius ou Agellius, grammairien et critique latin du iie s.), les Nuits attiques [Noctes Atticæ] sont un recueil d’extraits divisé en 20 livres. Le court chapitre xii du livre xvii est intitulé De Materiis infamibus, quas Græci αδοξους appellant, a Favorino exercendi gratia disputatis [Dissertation de Favorinus sur les Objets peu dignes d’attention, que les Grecs appellent ignobles], et se termine par la phrase dont Patin s’est inspiré :

Quod cum ita sit, inquit, ut in rebus humanis bene aut male vice alterna sit, hæc biduo medio intervalla febris quanto est fortunatior, in qua est μια μητρυια, δυο μητερες ?

[La chose étant ainsi, dit Favorinus, et comme, dans la carrière de la vie, le bon et le mauvais se succèdent continuellement, que peut-il y avoir de plus heureux pour le malade que cette fièvre qui ne s’allume que tous les trois jours, ce qui fait deux mères et une seule marâtre ?]

Favorinus, natif d’Arles, est un philosophe sophiste latin du iie s. qui fut à Rome l’un des maîtres d’Aulu-Gelle. Il ne subsiste que des fragments de ses œuvres (Traité des tropes pyrrhoniens, Histoire universelle). « Il devint, sous le règne d’Hadrien, un courtisan de ce prince éclairé, qui aimait à se distraire des soucis du pouvoir dans la compagnie de Favorinus, dont il avait fait un personnage considéré à la cour. On raconte qu’après avoir longuement argumenté, Favorinus donnait toujours raison à l’empereur, pour ce motif qu’un homme qui commande à 30 légions est un homme qui ne saurait avoir tort » (G.D.U. xixe s.).

41.

« sur qui il y a beaucoup à lire chez Diogène Laërce en bien des endroits ; et chez Philostratus, sur les vies des sophistes. Il en avait écrit plus que Plutarque [v. note [9], lettre 101], celles-là étant meilleures. » Diogène Laërce a cité L’Histoire variée de Favorinus (v. supra note [40]) dans huit des dix livres de ses Vies et doctrines des philosophes illustres (v. note [3], lettre 147).

Lucius Flavius Philostratus, dit Philostrate d’Athènes, orateur et sophiste romain d’origine grecque au iiie s. apr. J.‑C., est auteur des Vies des sophistes et d’une Vie d’Apollonius de Tyrane (v. note [4], lettre 486).

Hadrien (Traianus Hadrianus Augustus, 76-138), 14e empereur romain qui régna de 117 à sa mort, successeur de Trajan, a laissé l’image d’un souverain pacifiste, lettré, amoureux des arts et de la philosophie.

42.

« un peu avant la fin ».

43.

« dans la Consolation à Marcia ». Le cinquième et dernier paragraphe de la thèse est presque entièrement consacré à la vieillesse et à la mort. L’addition que Guy Patin a empruntée à Sénèque, peu avant la fin, est Mors, omnium dolorum exsolutio et finis, ultra quem mala nostra non exeunt [La mort est la délivrance et la fin de toutes les douleurs, que nos misères n’outrepassent pas] (Ad Marciam de consolatione, chapitre xix, § 5).

44.

« Beaucoup d’autres citations me venaient à l’esprit, que j’aurais facilement pu ajouter, mais je m’en suis abstenu à dessein, pour ne pas être considéré comme excessif et pour dire avec Jules-César Scaliger, comme franchement importun. » Guy Patin était en effet loin d’avoir dit toutes les retouches qu’il avait apportées à sa thèse chérie.

45.

Seconde Apologie de Godefroi Hermant : v. note [28], lettre 97.

46.

Guy Patin a emprunté à Théophile de Viau cette façon d’appeler la Compagnie de Jésus, et l’a utilisée plusieurs fois dans ses lettres :

« Tout le monde disait de moi
Que je n’avais ni foi ni loi,
Qu’on ne connaissait point de vice
Où mon âme ne s’adonnât,
Et quelque trait que j’écrivisse,
C’était pis qu’un assassinat ;
Qu’un saint homme de grand esprit,
Enfant du bienheureux Ignace,
Disait en chaire et par écrit
Que j’étais mort par contumace,
Que je ne m’étais absenté
Que de peur d’être exécuté
Aussi bien que mon effigie ;
Que je n’étais qu’un suborneur,
Et que j’enseignais la magie
Dedans les cabarets d’honneur ;
Qu’on avait bandé les ressorts
De la noire et forte machine
Dont le souple et vaste corps
Étend ses bras jusqu’à la Chine. »

(Requête de Théophile au roi, v. note [7], lettre de Charles Spon, le 28 décembre 1657).

47.

« entre le style nouveau et l’ancien ? Tranchez, s’il vous plaît, le nœud. »

Guy Patin suspectait que la discordance était due aux dix jours de décalage existant entre les calendriers grégorien (nouveau, des catholiques) et julien (ancien, des protestants) : v. note [12], lettre 440.

48.

« J’ai depuis longtemps les Lettres des hommes obscurs, dont l’auteur est Jean Reuchlin, dit Capnion ».

Johann Reuchlin (1455-1522), humaniste allemand ami des plus grands savants de son temps, se faisait appeler Capnion (de καπνιος, fuligineux) en grécisant son nom (Rauch, fumée en allemand). En écho à ses Clarorum virorum epistolæ Latinæ, Græcæ et Hebraicæ variis temporibus missæ ad Ioannem Reuchlin… [Lettres en latin, en grec et en hébreu que des hommes illustres ont écrites en divers temps à Johann Reuchlin…] (Tübingen, Thomas Anshelmus, 1514, in‑4o), reparaissaient alors ses Epistolæ obscurorum Virorum… [Lettres d’hommes obscurs…] (Francfort, sans nom, 1643, in‑12o ; première édition à Venise vers 1516). Reuchlin y imitait le style des théologiens scolastiques, ses adversaires, pour les tourner en dérision. Il était en querelle avec les dominicains de Cologne sur l’interprétation de certains textes hébraïques. Les prédications de Martin Luther et les tensions créées en Allemagne par l’imminence de la Réforme inquiétèrent Reuchlin et déterminèrent sa soumission au pape (Triaire). Reuchlin fut l’initiateur des études hébraïques en Allemagne, ce qui le mena à une étude approfondie de la Kabbale, dont il devint adepte et fervent promoteur (Alexandrian, pages 111‑112).

49.

« il y a bien 60 ans ».

L’exemplaire des Epistolæ obscurorum virorum… que possédait Guy Patin était l’une des rééditions du xvie s. ; les catalogues recensent celles de Francfort en 1543 et 1599.

Le viiie colloque d’Érasme s’intitule l’Apothéose de Capnion (Develay, tome 1, pages 145‑155) : Brassican, désolé, annonce à Pompilius, que « Ce grand savant dans les trois langues, ce phénix d’érudition, Jean Reuchlin, est décédé », puis il lui raconte le rêve d’un franciscain qui a vu Reuchlin entrer au paradis aux côtés de saint Jérôme ; Brassican achève son récit sur ces paroles :

« Ce que Satan fit autrefois par les scribes et les pharisiens contre le Seigneur Jésus, il le fait encore aujourd’hui à l’aide de nouveaux pharisiens contre des hommes infiniment respectables qui par leurs veilles ont bien mérité du genre humain. Maintenant Reuchlin récolte amplement ce qu’il a semé. C’est à nous qu’il appartient de sanctifier sa mémoire, de célébrer ses louanges et de l’invoquer de temps en temps par ces paroles : Ô âme sainte, soyez propice aux langues, soyez propice à ceux qui les cultivent ; protégez les langues pures, confondez les mauvaises langues qu’infecte le poison de l’enfer. »

50.

« Je n’ai jamais vu d’ouvrage de Levinus Warnerus, ni la Pratique dorée de Stokerus ; j’ai les autres [livres dont vous me parlez] ».

Levinus Warnerus (Levin Warner, 1619-1665) a représenté durant de nombreuses années les Provinces-Unies en Turquie, ce qui lui a permis d’acquérir une grande érudition dans les langues orientales et de constituer une très riche collection de manuscrits qu’il a laissée à l’Université de Leyde (Legatum Warnerianum) ; il est l’auteur d’un Compendium historicum eorum quæ Mahumedani de Christo et præcipuis aliquot religionis christianæ capitibus tradiderunt [Abrégé historique de ce que les mahométans ont transmis sur le Christ et sur quelques chefs particuliers de la religion chrétienne] (Leyde, Jean Maire, 1643, in‑4o).

La Praxis aurea de Iohannes Stocker (médecin allemand mort en 1513) a été publiée sous le titre complet de Praxis aurea, ad corporis humani morbos omnes, tum internos, tum externos, quam recensuit, a mendis repurgavit, et commentariis ad obscuriora loca illustravit, opusque novum fecit, Adrianus Toll… [Pratique dorée, à propos de toutes les maladies du corps humain, tant internes qu’externes, qu’Adrian Toll a éditée, corrigée, enrichie de commentaires sur les passages obscurs, et dont il a fait un ouvrage nouveau…] (Leyde, Jean Maire, 1634, in‑12o). De Stocker, Tobias Dornkrell (1571-1605) a aussi édité les Empirica, sive medicamenta varia, experientia diuturna comprobata… [Empiriques, ou divers médicaments éprouvés par une longue expérience…] (Francfort, Melchior Hartmann, 1601, in‑8o).

51.

« Je souhaite plus de plomb dans la cervelle à votre congénère Meyssonnier : non pour qu’il établisse enfin un lien d’égalité avec le divin Piètre, mais au moins pour qu’il ne manque ni d’entraves d’Hippocrate, ni d’ellébore afin de recouvrer une meilleure santé mentale. »

Vinculis Hippocratis adligere [Lier avec les entraves d’Hippocrate] est une locution tirée de saint Jérôme (Lettres, cix, écrite en 404 au prêtre Riparius, à propos de Vigilantius, prêtre de Barcelonne) :

« Oh comme les médecins devraient lui couper la langue et soigner sa tête sans cervelle, pour lui apprendre un jour à se taire puisqu’il ne sait parler. J’ai vu autrefois cette monstruosité et j’ai voulu lier ce furieux avec les témoignages des Écritures, comme avec autant d’entraves d’Hippocrate ; {a} mais il se retira, il s’éloigna, il s’enfuit, il courut avec impétuosité, et s’étant retiré entre la mer Adriatique et les Alpes Cottiennes, il se mit à crier et à déclamer contre moi, car tout ce qu’un fou peut dire se réduit à des criailleries et à des invectives. »


  1. quasi vinculis Hippocraticis. Les entraves d’Hippocrate étaient les sangles qui servaient à contenir les furieux.

52.

« mais ce sera une œuvre vraiment érudite. »

V. note [5], lettre 98, pour le Collège royal de France… de Guillaume Du Val.

53.

Petri Molinæi physicorum seu scientiæ naturalis libri novem [Neuf livres des physiques ou de la science naturelle de Pierre i Du Moulin] (Amsterdam, 1645, Jan Blaeu, in‑8o).

54.

« c’est en effet une affaire qui avance lentement » ; v. note [4], lettre 96, pour l’Herodes infanticida de Daniel Heinsius.

55.

Nugo (nugator, le diseur de balivernes, le débauché, en latin) est un jeu de mots sur le nom de Juan de Lugo y de Quiroga (Madrid 1583-Rome 20 août 1660). Membre d’une famille noble originaire de Séville, il avait étudié les lettres à Séville puis la philosophie à Salamanque, avant d’entrer chez les jésuites en 1603 malgré l’opposition de sa famille ; il fit don à la Compagnie du patrimoine considérable qu’il avait recueilli à la mort de son père. Appelé à Rome en 1623 par le général de son Ordre, il professa pendant vingt ans au Collegio Romano. Nommé cardinal le 14 décembre 1643, il reçut le chapeau le 2 mai suivant. Il intervint pour l’introduction du quinquina (Cortex peruvianus, écorce du Pérou, v. note [7], lettre 309) comme remède en Europe, ce qui valut à ce médicament le surnom de poudre du cardinal de Lugo. Théologien fort estimé, il écrivit de nombreux ouvrages consacrés à la morale, à la dogmatique, et aux relations entre le droit et la justice. Contrairement à ce que Guy Patin a dit de lui, son train de vie était humble, avec beaucoup d’attachement pour le soulagement de la pauvreté.

56.

Guy Patin se trompait ici sur l’ordre des fils de Jean d’Estampes, seigneur de Valençay : Achille d’Étampes, commandeur de Valençay (Tours 1589-Rome 1646) était le quatrième ; l’archevêque de Reims, Léonor (né en 1585), était le deuxième (Popoff, no 1142).

Achille était entré comme chevalier de minorité dans l’Ordre de Malte à l’âge de 8 ans, avait guerroyé d’abord sur les galères de Malte, puis participé au siège de Montauban (1621) où il s’était fait remarquer ; en 1627-1628, il s’était distingué au siège de La Rochelle (v. note [27], lettre 183) et avait été nommé maréchal de camp. Étant ensuite retourné à Malte, il s’était signalé de nouveau par son intrépidité à la prise de l’île ionienne de Sainte-Maure (Leucade) sur les Turcs, puis le pape Urbain viii l’avait appelé à commander les troupes qu’il avait levées contre le duc de Parme. Pour le récompenser de la façon brillante avec laquelle il avait conduit cette campagne, le pape l’avait nommé cardinal le 14 décembre 1643 (chapeau reçu le 2 mai suivant) sans qu’il eût cessé d’être homme de guerre (G.D.U. xixe s.). Tallemant des Réaux lui a consacré une historiette (tome i, pages 432‑437).

57.

Pierre Richer (né à Paris en 1609) avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en janvier 1636 (Baron) ; Guy Patin a plus loin donné quelques détails sur sa mort (v. note [8], lettre 100).

58.

Ce post-scriptum est écrit sur un billet joint à la lettre.

a.

Ms BnF no 9357, fos 15‑16 ; Triaire no ci (pages 358‑365) ; Reveillé-Parise no clxxiv (tome i, pages 310‑316). Au revers, de la main de Charles Spon : « 1644, Paris 26 janvier ; Lyon, 31 dudit ; Risposta, 5 février. Et le 6 part d’ici par le coche un paquet de livres pour M. Patin. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 18 janvier 1644.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0099
(Consulté le 18.09.2019)

Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.