L. 104.  >
À Charles Spon, le 29 avril 1644

Monsieur, [a][1]

Avant que de parler d’autre chose, je vous donne premièrement avis que j’ai reçu par votre coche le paquet que vous m’avez adressé avec tout ce que m’aviez indiqué. Il me semble que vous m’aviez promis une copie française du Divorcio celeste[1][2] que je n’y trouve point et que je n’ai jamais vue ; si cela se peut faire, vous me ferez faveur et je vous en prie. Dans le paquet que je recommence pour vous, outre quelques thèses, [3] j’y ai mis un livre très rare et duquel on fait ici fort grand état, qui est une requête que le recteur de l’Université [4] a présentée au Parlement touchant la doctrine du P. Ayrault, [5] qui permet les homicides et les massacres, etc. [2] Il y a aussi quelques avertissements sur le même sujet, c’est un livre in‑8o d’environ 22 feuilles d’impression. Pour cette doctrine du P. Ayrault, vous la verrez particulièrement exprimée dans le petit livret intitulé Théologie morale des jésuites, etc[6] que je vous ai envoyé. [3][7] On m’a dit ici que depuis quelques années les jésuites de Lyon ont enseigné la même doctrine. Je vous prie de vous en enquérir sourdement et si vous en découvrez quelque chose, de m’en donner avis, si cela peut arriver à votre connaissance. Je le ménagerai si prudemment que personne n’aura occasion de s’en plaindre. Pour votre Parfait joaillier[8] j’ai vu ce livre en latin, que j’ai céans, mais je ne le pensais pas traduit ; aussi crois-je bien que c’est une nouvelle traduction. Je vous prie de me mander qui en est le traducteur et si M. Huguetan [9] l’a imprimé sur le manuscrit. [4] Le livre est dédié à M. de Monconys de Liergues, [10] lieutenant criminel de Lyon. [5] Je sais bien qui il est, il a un fort beau cabinet et bien curieux. Il y a environ 22 ans qu’il eut ici un horrible procès contre des conseillers de Lyon qui s’opposaient à sa réception en l’office de son père. [11] C’était une grande affaire en laquelle feu M. d’Alincourt [12][13] lui aida fort. [6] Il eut arrêt en sa faveur. Il en fut fait un grand factum in‑4o, gros comme un livre, que j’ai quelque part céans et que je vous offre si vous en êtes curieux. J’ai ouï parler de cette accusation qui fut horrible, et à des gens du Palais qui la savaient bien, et à des Lyonnais ; mais tous n’étaient pas de même avis. Ledit factum a été fait par M. Rouillard, [14] avocat très savant ; le rapporteur était un conseiller de la Grand’Chambre nommé, ce me semble, M. des Croisettes. [7][15] Si vous n’êtes amplement informé de ce procès et du pourquoi, interroga seniores tuos[8] apprenez-le de Monsieur votre père ; [16] et si vous n’avez vu le factum, je vous l’enverrai. [9] Il est pour M. de Liergues, mais tout à fait admirable, comme le fait en était fort étrange et presque aussi embrouillé que fut jamais la querelle de Scioppius [17] contre Scaliger [18] touchant sa noblesse. [10]

Vous me faites trop d’honneur quand vous me dites que je vous ai satisfait sur les points de ma thèse. [19] Je le souhaite bien, mais je ne le crois pas. J’ai un peu travaillé à en ramasser les preuves et ne s’en faut 20 passages que je n’aie tout trouvé et coté, ex proprio loco, unde memineram me desumpsisse ; [11] j’espère quelque jour de les achever et de vous en faire part. Pour le Gazetier[20] je vous prie de croire que c’est un moqueur et que le bruit qu’on vous a donné d’un arrêt par lui obtenu au Conseil est faux. Je ne doute pas qu’il n’y ait fait ce qu’il pouvait, et même M. le chancelier [21] l’a dit à quelqu’un ; mais il n’en a pu venir à bout. L’arrêt de la Cour [22] que nous avons obtenu contre lui subsiste et subsistera. [12] Je vous assure qu’il ne pense plus à la médecine ; mais il a bien envie de faire autoriser un nouveau mont-de-piété, en récompense que son Bureau d’adresse [23] est à bas, aussi bien que sa juiverie, [24] etc. Et même quelques-uns de ses adhérents ont déjà quitté Paris, dont l’un est allé demeurer à Amboise, [13][25] l’autre à Senlis, un autre en Normandie, un autre à Troyes. [26] Nous voyons l’accomplissement du passage de la passion, Percutiam pastorem, et dispergentur oves[14][27] Nous avons l’arrêt entre nos mains en vertu duquel on poursuit le Gazetier pour le paiement des dépens, tant de sa sentence que de l’arrêt, auxquels il est condamné. C’est un coquin et un infâme scélérat qui s’est en ce procès joué de l’honneur de la Faculté de Montpellier, [28] comme un chat fait d’une souris, ou comme fait le singe de la patte du chat à tirer les marrons du feu. [15] S’il eût gagné son procès (ce qu’il ne pouvait jamais obtenir) il eût empli, et par son avarice, et pour nous faire dépit, tout Paris de force charlatans [29] auxquels il eût communiqué son pouvoir, qu’il eût fait ici passer pour des docteurs de Montpellier dont l’ignorance toute claire et bien avérée eût fait grand tort à cette fameuse Université. Notre arrêt n’est pas encore imprimé, mais il le sera et en aurez des premiers ; et par provision, je vous avertis que le pauvre diable est bien humilié. Il voudrait seulement bien que nous voulussions pardonner à ses deux fils et leur donner le bonnet après lequel ils attendent depuis quatre ans et attendront encore. [16][30][31][32] Il y a ici plusieurs personnes qui le menacent de nouveau et qui sont de profession différente, [17] qui lui feront encore bien de la peine si son crédit ne se relève. J’ai vu le livre que vous citez de Chiffletius, [33][34] mais je ne l’ai pas. [18] Pour l’apoplexie, [35] plusieurs l’appellent ictus sanguinis ; [19] mais le premier et le plus ancien de tous qui lui a donné ce nom est Aurelius Victor, ubi de Vero imperatore, quem Aurelius Antoninus imperii consortem sibi fecerat[20][36][37] C’est chose certaine que venæ sectio summum est præsidium in apoplexia sanguinea[21][38] mais je ne vous saurais dire pourquoi ce bon remède a été omis par Chifflet.

Je vous prie de dire à M. Ravaud [39] que je lui baise les mains et que la copie qu’il a de l’Épitomé des Institutions de Sennertus, [40] impression de Wittemberg, [22][41] est fort bonne ; qu’il n’a que faire d’en choisir d’autre, celle de Paris n’étant pas fort bonne et n’étant que postérieure. Pourvu que son édition soit correcte, je pense que cela sera bon. Je vous offre les Institutions de médecine de Petrus Servius, [42] que j’ai céans, combien que ce ne soit pas grand’chose. J’ai mandé à Rome son autre livre De unguento armario, que j’ai vu chez M. de Thou, [43] combien que je croie qu’il ne vaille guère. L’impression de l’Épitomé des Institutions de Sennertus, de Paris, n’a point de privilège[23] M. Huguetan devrait faire imprimer les Institutions de Hofmannus, [44] ne forte superveniant Iudæi, intelligo ipsam Epitomem quam Auctor habet penes se ; [24] et le tout pour les bonnes et judicieuses raisons que vous m’alléguez. Toute la relation historique et anatomique du petit Marion est aussi élégamment par vous décrite qu’elle est étrange et remarquable. [25] C’est, ce me semble, cette espèce de fièvre hectique [45] décrite par notre Fernel, [46] lib. 4, Pathol., quam constituit ex prava visceris alicuius diathesi natam[26] On parle fort ici du duc de Lorraine [47][48] et de son accord ; et même, dit-on, qu’il sera bientôt ici. [27][49] M. le duc de Bouillon, [50] voyant qu’on ne lui voulait pas rendre Sedan, [51] s’est retiré malcontent en Suisse, [52] < et > M. de Vendôme [53] à Annecy [54] en Savoie. On craint aussi que M. d’Épernon [55] ne brasse quelque chose en Guyenne. [56] Les curieux disent que sans doute il y aura du remuement et qu’il y a plusieurs choses qui se brassent in occulto ; [28] cela peut bien être, mais on ne saurait moins dire. Ils disent que le roi d’Espagne [57] ne manquera pas de faire tout ce qu’il pourra, more suo[29] pour nous brouiller et exciter en France quelque guerre civile ; ce qui est assez malaisé néanmoins, vu qu’il n’y a guère qu’un homme en France qui puisse autoriser un parti de cette sorte, et partant j’espère que cela n’arrivera point. [30][58] On dit ici que les princes d’Italie sont d’accord avec le pape, [59] duquel les neveux ont plus facilement et plus tôt transigé, ayant compris le déclin beaucoup plus évident et plus grand que de coutume de sa santé et de sa vie. [31] M. d’Avaux, [60] notre principal ambassadeur, est arrivé il y a déjà longtemps à Münster où étaient déjà trois députés d’Espagne, l’ambassadeur de Venise et le nonce du pape. Dieu leur fasse la grâce de nous y obtenir une bonne paix, ferme et stable, et qui dure longtemps. [32][61][62] Mme de Hautefort, [63] dame d’atour de la reine [64] qui était en fort grand crédit par ci-devant, a été pleinement disgraciée de la reine avec commandement de sortir de la cour bien vite, ce qui a été exécuté. Quoi qu’il en soit, les degrés du Palais-Royal [65] sont aussi glissants qu’aient jamais été ceux du Louvre : [66] c’est un étrange pays où les gens de bien n’ont guère que faire ; exeat aula, qui vult esse pius[33][67] M. le Mazarin [68] est le grand gouverneur, tout le reste tremble ou plie sous sa grandeur cardinalesque. On tient pour certain que la reine partira dans un mois tout au plus tard pour aller à Fontainebleau [69] y passer une partie de l’été. Après avoir bien cherché, enfin j’ai trouvé l’Épitomé des Institutions de Sennertus. Elles sont in‑12o de l’an 1631 chez P. Billaine, [70] il n’y a aucun privilège. [34] Si M. Ravaud [71] se délibère de l’imprimer, je souhaite fort qu’il en ait bon débit, mais je vous dirai librement qu’il y a des livres de notre métier dont le débit serait bien plus assuré que cela. Je m’en vais par exemple vous en citer quelques-uns : Io. Riolani Patris Commentarii in libris physiologicos et de abditis rerum causis Io. Fernelii, cum nonullis opusculis ; [35][72][73] il y a plus de cinq ans qu’il ne s’en trouve aucun ici à vendre, ni relié, ni en blanc ; et néanmoins, tous nos écoliers le demandent tous les jours ; il est très excellent, et pour les maîtres et pour tous ceux qui commencent ; c’est un in‑8o qui peut tenir en moins de 40 feuilles de cicéro, qui vaut mieux que le Perdulcis [74] même, dont on s’en va faire ici une nouvelle et troisième édition. [36] Si M. Ravaud y veut penser, je lui en enverrai une copie ; je tiens pour très certain que ce livre serait de bon débit. Il y a 22 ans que fut ici imprimée in‑4oPharmacia Renodæi [75] en latin que M. de Serres, [76] votre collègue, a traduite in‑fo[37] On n’en trouve plus du tout il y a plus de six ans. Ce livre mérite bien fort une nouvelle impression et serait bien reçu. Je pourrais à cet effet fournir une copie où il y a horriblement des corrections très utiles. J’en dirai de même des Œuvres de M. Du Laurens [77] in‑4o en latin et tout au moins, de l’Anatomie qui est aussi nécessaire qu’elle est rare. [38] Fernel tout entier serait aussi fort bon, mais in‑fo de beau papier, car tous les curieux et bibliothécaires, qui sont dorénavant ici en grand nombre, le cherchent partout sans le pouvoir trouver. [39] Le petit livret in‑8o de M. Saumaise [78] de Calculo serait aussi fort bon, [40] comme le livre qu’a fait Primerosius[79] médecin de Bordeaux qui est de présent en Angleterre, de vulgi erroribus in medicina ; ce n’est qu’un petit in‑12o[41] Les œuvres chirurgicales de Gourmelen [80][81] en deux parties, in‑8o en français, sont aussi très excellentes ; [42] ou bien un certain Trésor de chirurgie, qui est le livre d’Hippocrate de Vulneribus Capitis traduit et illustré de fort bons commentaires par M. Dissaudeau, [82] médecin de Paris qui est mort à Saumur, [83] comme le livre y a été imprimé. [43] Si en tout ce que dessus il y a quelque chose à votre souhait, je vous l’offre, et à M. Ravaud ; mais je suis certain qu’il n’y a rien que de bon. Les compagnons chirurgiens [84] sont gens fort avides de nouveaux livres, et s’en débitent ici plusieurs en grand nombre. Que si tout ce que dessus ne vous semble pas bon, faites lui avoir quelque manuscrit de quelque professeur de Montpellier qui soit bon, tant pour sa doctrine que pour sa nouveauté, à laquelle tout le monde court ; et nova cuncta placent[44] La Pratique de M. Rivière [85] se débite ici fort bien et fort heureusement au profit du libraire. M. Rivière peut dire de son livre ce que Martial [86] a dit quelque part de sa poésie :

Sunt quidam qui me dicunt non esse poetam,
Sed qui me vendit bibliopola putat
[45]

Tous les opuscules d’Erastus [87] seraient aussi fort bons in‑4o ramassés tout en un volume si on les imprimait de cicéro. Je pense que le tout ne passerait point 80 feuilles, mais ce serait un livre optimæ frugis[46] il a du suc et de la chair, du sang et de l’esprit par-dessus tous les modernes. Leonardus Botallus de sanguinis missione [88][89] est aussi fort bon, tant à cause qu’il est rarissime qu’à cause que la sainte et salutaire saignée commence à s’épandre heureusement par toute la France plus aisément et plus favorablement que jamais. [47] Tous nos libraires sont tellement embarrassés de deçà en l’impression des livres nouveaux qui portent privilège, ou en l’édition des romans, ou des livres de dévotion (j’eusse mieux fait si j’eusse écrit de superstition) [48][90] ou de controverse, ou de commentaires sur la Bible, ou de quelques jésuites, qu’ils n’ont pas le loisir de penser à aucun de ce que dessus ; auxquels néanmoins, avec votre bon plaisir, j’ajouterai la Chirurgie française de Daléchamps [91] qui est très rare et très bonne ; la dernière édition, qui est la meilleure, est in‑4o avec les nouvelles annotations de feu M. Simon Piètre, [92] qui a été un très grand et très digne personnage, et vraiment incomparable. [49] Il y a aussi deux grands livres in‑fo qui seraient bons à réimprimer et que l’on ne trouve plus ici, savoir Duret [93] sur les Coaques [94] et Definitiones Medicæ Gorræi[50][95][96][97][98] Un autre petit in‑4o serait aussi fort bon à imprimer, savoir Roderici a Castro Medicus politicus ; [51][99] comme aussi Gulielmus Puteanus de purgantium medicamentorum facultatibus[100][101] lequel a autrefois été imprimé à Lyon apud Matthiam Bonhomme, in‑4o, l’an 1552. [52][102] Si ce livre était réimprimé in‑8o de cicéro, il ne ferait guère que douze feuilles, qui serait fort bon, combien que peu connu ; mais une nouvelle édition le ferait connaître et serait tout autrement meilleure, propter novitatem sententiæ[53] que l’Épitomé des Institutions de Sennertus. Mais s’il m’est permis de sortir des limites de la médecine, un fort bon livre à réimprimer serait à mon avis Iosephi Scaligeri Epistolæ imprimées en premier à Leyde, [103] en second à Hanovre, combien qu’on ne trouve ici ni l’un, ni l’autre pour de l’argent. [104] J’ajouterais à Scaliger Orationes Dan. Heinsii[105] prises sur la dernière édition qui est in‑12o en Hollande. [54] Mais en voilà trop, je vous demande pardon de vous avoir si mal entretenu de tant de livres, et peut-être mal à propos. Parce que je ne vous vois point, je cherche à me désennuyer en causant ainsi librement et familièrement avec vous.

Il est ici nouvellement arrivé un ambassadeur de Portugal que le peuple de Paris dit être envoyé pour demander en mariage la fille [106] de M. le duc d’Orléans [107] pour le fils aîné de leur roi. [55][108] Je ne pense pas que telle soit la cause de son arrivée, mais si le royaume de Portugal n’était litigieux et si près du roi d’Espagne, ce ne serait pas une mauvaise affaire pour elle. Les sages disent qu’il ne vient que pour la mort du feu roi, [109] d’autres pour aller avec les autres députés des princes à Münster y traiter de la paix générale, où des trois députés d’Espagne qui y étaient arrivés, le second est mort, nommé Zapata. [56][110] L’accord du duc de Lorraine [111] est rompu, il demande des choses qu’on ne lui peut accorder. J’avais oublié à vous dire qu’un bon livre à imprimer, et qui serait de très bon débit, serait le Falcon [112] sur le Guidon, ou Guy de Chauliac. [113] C’est un in‑4o que tous les chirurgiens cherchent avidement sans le pouvoir trouver. [57] Ces deux auteurs sont deux médecins de Montpellier, vous avez intérêt de leur procurer honneur et réputation comme j’ai fait de deçà à feu M. Du Laurens. [38] M. le maréchal de Gassion [114] a pensé épouser la fille de M. le maréchal de Châtillon, [115] mais tout est rompu. [58] L’édition nouvelle de la Logique, Éthique et Physique de M. Du Moulin [116] est achevée, et y en a une copie de chacune dans votre paquet ; et pendant peu de jours, y aura aussi une copie de notre arrêt contre le Gazetier avec les deux harangues que notre doyen [117] a prononcées dans le Châtelet [118] lorsque nous eûmes sentence contre lui, et dans la Grand’Chambre le jour que nous obtînmes cet authentique et solennel arrêt. [59] Le recteur de l’Université a aussi de nouveau présenté une nouvelle et seconde requête contre les jésuites touchant de nouveaux livres qu’ils ont faits et de pernicieuses doctrines qu’ils y ont prêchées, laquelle vous recevrez aussitôt que la première. [60] Il n’y a de deçà rien autre chose de nouveau. Je vous baise très humblement les mains et suis de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 29e d’avril 1644.


1.

V. note [16], lettre 98, pour le Divorce céleste de Ferrante Pallavacino.

2.

René Ayrault (Paris 1567-La Flèche 1644) était le fils aîné de Pierre Ayrault (1536-1601), lieutenant criminel au présidial d’Angers puis avocat au Parlement de Paris, auteur de plusieurs traités de droit, de politique et de morale.

La biographie de René Ayrault par Bayle met en lumière les vives contestations qui s’élevèrent, aux temps troublés de la Ligue, sur la place des jésuites dans l’éducation des enfants :

« <René> causa un très grand chagrin à son père. Il […] fut donné à instruire aux pères jésuites. Pierre Ayrault les estimait alors et les aimait, et n’aurait pas accepté de plaider contre eux pour les curés de Paris, comme il l’avait accepté en l’année 1564. Ayant vu dans son fils aîné un esprit fort vif, beaucoup de mémoire et plusieurs qualités aimables, il pria très instamment le provincial des jésuites et le recteur du Collège de Clermont, lorsqu’il leur mit cet enfant entre les mains, qu’on ne le sollicitât en aucune manière à entrer dans leur Religion : il leur dit qu’il avait d’autres enfants à consacrer à l’Église, mais qu’il destinait celui-là à remplir sa charge et qu’il en voulait faire le soutien de sa famille. On lui promit tout ce qu’il voulut. Néanmoins, les grands talents de ce jeune homme firent souhaiter aux jésuites d’avoir un sujet de cette importance dans leur Société ; de sorte qu’après qu’il eut étudié deux années en rhétorique sous le P. Jacques Sirmond, ils lui donnèrent l’habit de leur Ordre en 1586. Son père, sans l’avis duquel cela s’était exécuté, fait beaucoup de bruit. Il les accuse de plagiat {a} et les somme de lui rendre son enfant. Ils répondent qu’ils ne savent ce qu’il est devenu. Ayrault impètre {b} chefs de monitoire et obtient un arrêt du Parlement qui ordonne aux jésuites du Collège de Clermont de ne point recevoir dans leur Ordre René Ayrault et de notifier aux autres collèges cette défense. On n’obéit pas à cet arrêt : on transporte le jeune homme de lieu en lieu, on lui change le nom, on l’envoie en Lorraine, en Allemagne, en Italie. Henri iii fait agir auprès du pape son ambassadeur et le protecteur de ses affaires ; Ayrault en écrit à Sa Sainteté ; le pape se fait montrer le rôle de tous les jésuites du monde ; René Ayrault, revêtu d’un autre nom, ne paraît pas dans ce rôle. Trois ans de peines et de recherches n’ayant rien produit, le père recourt à sa plume, fait un livre de la Puissance paternelle {c} et l’adresse {d} à René, son fils. René y fit une réponse, mais ses supérieurs ne trouvèrent pas à propos de la publier. On aima mieux que Richeome, {e} provincial des jésuites de Paris, réfutât l’ouvrage de Pierre Ayrault.
Voici les aventures de René : il entra dans l’Ordre à Trèves le 12 juin 1586 ; il passa ensuite à Fulde où il répéta ses études de rhétorique ; il parcourut l’Allemagne et y fut pris par les protestants ; il alla à Rome et y étudia un an en philosophie sous Mutius Vitelleschi ; {f} il continua cette étude l’année suivante à Milan et vint l’achever à Dijon. Ayant régenté les classes dans la même ville pendant quatre ans avec beaucoup de succès, il en sortit lorsque les jésuites furent bannis de plusieurs villes du royaume, l’an 1594, et s’en alla en Piémont, où il régenta deux ans. Il vint ensuite à Avignon et y étudia pendant quatre ans en théologie. Après quoi, il retourna à Rome, d’où il fut envoyé à Milan pour y enseigner la rhétorique. Il le fit pendant quelques années, et puis il revint en France ; il y passa par les plus illustres emplois de son Ordre : il régenta la philosophie, il prêcha, il fut préfet de collège ; il fut recteur à Reims, à Dijon, à Sens, à Dole, à Besançon ; il fut assistant du provincial et procureur de la province de Champagne, et puis de celle de Lyon à Rome. Enfin, il mourut à La Flèche le 18e de décembre 1644. Son père, par acte passé devant notaire et témoins, le priva de sa bénédiction l’an 1593 ; mais il ne persévéra pas dans sa colère jusques à sa mort car on trouva parmi ses papiers un écrit où il lui donnait sa bénédiction. »


  1. Action de disposer d’une personne libre en la vendant ou l’achetant comme esclave (Littré DLF).

  2. Requiert.

  3. contre l’invention de ceux qui, sous le titre de jésuites, retiraient les enfants de l’obéissance de leurs pères et mères, et ruinaient leurs familles (Paris, Jamet Mettayer, 1595, in‑8o).

  4. Le dédie.

  5. V. notule {a} de la note [15], lettre 79, pour le R.P. Louis Richeome.

  6. Vitelleschi devint plus tard général des jésuites.

René Ayrault n’a pas publié de livres, mais son enseignement casuistique l’a placé au cœur d’une très vive polémique universitaire dont l’Apologie de tous les jugements rendus par les tribunaux séculiers en France contre le schisme… (sans lieu ni nom, 1752, in‑12o, tome i, pages 370-371) fournit cette explication :

« En 1643, l’Université de Paris {a} déféra au Parlement la doctrine enseignée par le P. Ayrault, jésuite au Collège de Clermont, comme contraire à la parole de Dieu, aux saints décrets et canons, aux ordonnances des rois et de la Cour, pernicieuse et préjudiciable à la vie des rois et princes souverains, périlleuse à toute la noblesse, et même à toute la société humaine. […]
La doctrine déférée au Parlement et mise sous les yeux dans les procès-verbaux annexés à la requête ne concernait presque que la morale. Le casuiste jésuite enseignait qu’il est permis de tuer celui qui calomnie, pourvu qu’on le fasse en secret ; qu’on peut accepter le duel pour ne pas s’exposer au reproche de lâcheté ; qu’une fille peut se procurer l’avortement pour conserver sa réputation ; qu’une femme peut se rendre stérile pour éviter un accouchement qui mettrait sa vie en danger ; et plusieurs autres propositions aussi condamnables sur l’homicide, le suicide, et le meurtre des tyrans. {b} Telles étaient les maximes que l’Université dénoncait aux magistrats, persuadée qu’il étaient en droit d’en défendre l’enseignement.
L’attente de cette Compagnie ne fut pas totalement frustrée. Le roi prit connaissance de cette affaire par lui-même ; et sur ce qui lui fut représenté “ que le P. Ayrault avait traité en public diverses propositions et maximes dont la connaissance était très dangereuse et pouvait faire de très mauvais effets ”, par arrêt rendu en son Conseil le 3 mai 1644, il fit “ très expresses inhibitions et défenses auxdits pères de la Compagnie de Jésus, et à tous les autres, de <ne> plus à l’avenir traiter, dans les leçons publiques ou autrement, pareilles propositions ; enjoignit aux supérieurs de ladite Société de veiller exactement à ce qu’en toutes leurs maisons, on ne traitât telles matières, soit dans les leçons ou dans les livres ; ordonna que le P. Ayrault demeurerait en arrêt dans la maison du Collège de Clermont jusques à ce qu’il en eût été autrement ordonné. ” »


  1. C’est-à-dire la Sorbonne.

  2. Souvenir encore vivace des jésuites qui auraient guidé le poignard de Ravaillac dans l’assassinat d’Henri iv en 1610 (v. note [4], lettre 166).

3.

Renvoi aux articles vii et viii (pages 13‑14) de la 2e partie de la Théologie morale des jésuites… (v. note [3], lettre 98), intitulée Contre les commandements de Dieu :

« “ Le P. Herault <sic> dans ses écrits que l’on a et dont on a dressé procès-verbal par devant un commissaire ”. {a}

vii. C’est une chose horrible que ce qu’ils ont enseigné depuis peu d’années publiquement dans leurs écoles contre le sixième commandement de ne point tuer ; savoir qu’on peut tuer, pourvu que ce soit en cachette et sans scandale, ceux qui médisent de nous, si l’on ne peut autrement arrêter la médisance, quand la même chose dont on nous accuserait serait vraie, pourvu qu’elle fût cachée. Et ils rapportent pour raison de cette abominable doctrine une maxime générale la plus pernicieuse et la plus contraire à l’Évangile qui se puisse imaginer, savoir Que le droit naturel que nous avons à nous défendre s’étend généralement à tout ce qui est nécessaire pour se préserver de toute injure.

viii. Et le même professeur en théologie morale a dit dans les mêmes écrits qu’une fille qui aurait été forcée peut se procurer la perte de son fruit avant qu’il soit animé. »


  1. Phrase imprimée dans la marge. V. supra note [2], pour le P. René Ayrault, s.j.

Ces assertions et d’autres faisaient alors l’objet de la Requête, procès-verbaux et avertissements faits à la diligence de M. le recteur et par l’ordre de l’Université, pour faire condamner une doctrine pernicieuse et préjudiciable à la société humaine, et particulièrement à la vie des rois, enseignée au Collège de Clermont, détenu par les jésuites à Paris (Paris, Julian Jacquin, 1644, in‑8o), signée François Du Monstier (v. note [25], lettre 207).

Je n’ai pas trouvé de deuxième requête imprimée, mais l’Université publia une Troisième Requête de l’Université de Paris, présentée à la cour de parlement, le 7e de décembre 1644, contre les libelles que les jésuites ont publiés sous les titres d’Apologie, par le P. Caussin, et de Manifeste apologique, par le P. Le Moine, et autres semblables ; avec les répliques qu’icelle Université emploie pour lui servir tant au jugement de cette requête que des deux précédentes. Imprimées par l’ordre de l’Université (Paris, sans nom, 1644, in‑8o).

Godefroi Hermant (v. note [12], lettre 79), sous le pseudonyme d’Arturus à Monasterio, poursuivit la dispute avec une Réponse de l’Université de Paris, à l’Apologie pour les jésuites, qu’ils ont mise au jour sous le nom du P. Caussin [v. note [8], lettre 107]. Imprimée par ordre de l’Université, pour servir au jugement tant de la Requête présentée à la Cour le 7 décembre 1644 que des deux précédentes (Paris, sans nom, 1644).

En 1660 (v. note [8], lettre 620), la doctrine enseignée par le P. Ayrault au Collège de Clermont en 1643 fut la cible de vives attaques à l’occasion d’un scandale provoqué par une affaire d’avortement criminel.

4.

La Gemmarum et lapidum historia, qua non solum ortus, natura, vis et pretium, sed etiam modus, quo ex illis olea, salia, tincturæ, essentiæ, arcana et magisteria arte chymica confici possunt, ostenditur [Histoire des gemmes et des pierreries, où sont non seulement décrits leur origine, nature, force et prix, mais aussi comment l’art chimique peut en extraire huiles, sels, teintures, essences, secrets et enseignements] (Hanovre, 1609, in‑4o ; Leyde, 1647, in‑8o) d’Anselme de Boodt (Boëtius, Bruges 1550-1632, médecin flamand) a été traduite en français par Jean Bachou : Le Parfait joaillier ou Histoire des pierreries, où sont amplement décrites leur naissance, juste prix, moyen de les connaître, et se garder des contrefaites, facultés médicinales et propriétés curieuses ; composé par Anselme Boëce de Boodt, médecin de l’empereur Rodolphe ii, et de nouveau enrichi de belles annotations, indices et figures par André Toll, doct. méd. de Leyde (Lyon, Jean-Antoine i Huguetan, 1644, in‑8o ; Gallica) ; ouvrage dédié par Jean-Antoine i Huguetan à « Monsieur Gaspard de Monconys, seigneur de Liergues, Polly le Monial et La Bruyère, conseiller du roi et lieutenant général criminel en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon ».

5.

Gaspard Monconys, seigneur de Liergues, était frère du voyageur et littérateur lyonnais Balthazar de Monconys (v. note [52], lettre 420). En 1617, Gaspard de Monconys avait achevé ses études de droit à Orléans et s’était fait recevoir avocat à la Cour avec intention de prendre la succession de son père, Pierre de Monconys, à la lieutenance générale de police de Lyon, quand éclata le scandale dont Guy Patin allait ensuite parler. Une fois l’affaire arrangée, Gaspard devint lieutenant général, et même plus tard (1651) prévôt de Lyon.

6.

Charles de Neufville, seigneur de Villeroy, marquis d’Alincourt (1566-1642), fils aîné de Nicolas i de Villeroy, était le père du maréchal de Villeroy, Nicolas ii (v. note [5], lettre 133). Chevalier des Ordres du roi, il avait été gouverneur de Lyon, ambassadeur à Rome, grand maréchal des logis de la Maison du roi (Triaire).
Le marquisat d’Alincourt devint duché en 1729. Son château est toujours debout, dans la commune de Parnes (Oise).

7.

Sébastien Rouillard (né à Melun, mort en 1639), avocat au Parlement de Paris, a laissé divers ouvrages d’érudition curieuse, dont une Histoire de la ville de Melun… (Paris, Philippe Gaultier, 1628, in‑4o) et un livre des Gymnopodes (v. note [4], lettre 792).

Pierre des Croisettes avait été reçu en 1583 conseiller au Parlement de Paris en la troisième Chambre des enquêtes (Popoff, no 1052).

8.

« interrogez vos anciens ».

9.

Dicæologie, ou défense justificative pour Me Gaspard de Monconys, pourvu de l’office de lieutenant criminel en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon, par la résignation de Me Pierre de Monconys, son père, sieur de Liergues, contre l’étrange, horrible et prodigieuse calomnie de Mes Claude Bernard, assesseur, Nicolas de Masso, Claude Terrat, conseillers, et Jacques d’Aveyne, substitut de M. le procureur général audit siège. Par Me Sébastien Roulliard, de Melun, avocat en Parlement (Paris, sans nom, 1620, in‑4o, 154 pages). Dicæologie est un latinisme (dicæologia, du grec dikaiologia) : figure de rhétorique par laquelle on fait ressortir la justice (dikaios) d’une chose.

En 1619, des concurrents jaloux avaient accusé Gaspard de Monconys d’avoir commis sous un nom d’emprunt un crime ignominieux pour lequel on l’avait lourdement condamné :

« Aussi tous les esprits qui, parmi l’obscurité de la calomnieuse accusation dont il s’agit à présent, ont entendu parler de l’effroyable vacarme divulgué çà et là d’un Gaspard de Monconys, travesti sous le nom d’un supposé François Louis, accusé l’an 1612, vers le mois de juillet, pour sacrilège commis en l’abbaye de Saint-Denis-en-France et condamné premièrement à mort puis par appel, à neuf ans de galères ; qui se sont en outre laissé dire que furtivement on l’ait soustrait d’icelles par l’artifice de même pseudonymie ou emprunt de faux nom ; bref qui ont ouï raconter au long cette fable et imposture ».

L’affaire avait été déterrée en 1617 quand Pierre de Monconys décida de démissionner de sa charge pour la transmettre à son fils Gaspard :

« Donc le fils ainsi pourvu s’étant mis sur les termes de se présenter et faire recevoir en la Cour, et le bruit en étant venu aux oreilles de Mes Claude Terrat, Nicolas Masso, et Claude Bernard, qui lors séjournaient en cette ville, {a} plutôt par contrainte d’affaires que de leur volonté, aussitôt ils conjurèrent d’y mettre empêchement, poussés à ce de la malignité de leur naturel et de cette envie canine quæ impedit, non ut ipsa fruatur, sed ne quis alius. » {b}


  1. Paris.

  2. « qui fait obstacle non pour en jouir elle-même, mais pour que nul autre n’en jouisse » (Pline le Jeune, Panégyrique de Trajan, chapitre l).

Un dénommé Jacques d’Aveyne s’étant joint aux autres accusateurs :

« La propre fête de l’Assomption de Notre-Dame en août 1617, au lieu d’élever leurs esprits au ciel pour méditer sur la candeur et pureté de celle qui avait si hautement frayé les voies de salut, tout à rebours {a} venant à s’enfondrer {b} aux abîmes de leur perdition, ils s’en vont en hâte à Saint-Denis vers le bailli, le trouvent opportunément en son hôtel, là lui remémorent ce qu’ils disent avoir entendu s’être passé en juillet et août 1612 au fait de l’accusation et condamnation de ce François Louis, de son appel, de sa conduite, et écroué aux prisons de la Conciergerie de Palais ; et comme, par arrêt subséquent du 7e de septembre, la Cour, infirmant la sentence d’icelui bailli de Saint-Denis, aurait converti la peine de mort en neuf ans de galères. Lui remontrent que ce François Louis qui s’était dit natif de Vuarmes {c} près Nevers, était Gaspard de Monconys, fils du lieutenant criminel de Lyon, qui avait eu la ruse de changer son nom pour ne point déshonorer sa gent et sa famille ; qu’icelui bailli le pouvait bien croire par l’adoucissement de la peine d’icelui, attendu que sans de grandes et puissantes recommandations la Cour vraisemblablement n’eût sauvé la vie au coupable d’un sacrilège si exorbitant et si qualifié […] ; enfin lui proposent que si venant par eux à lui livrer ce vrai Monconys entre mains, il voulait entendre à lui faire son procès tant pour avoir supposé son nom que rompu le ban de sa cadène, {d} dont les neuf ans n’étaient encore échus ni expirés ; outre l’obligation qu’ils lui en auraient, l’or ni l’argent ne lui manqueraient de leur part. »


  1. Au contraire.

  2. Se briser.

  3. Sic.

  4. Chaîne attachant un galérien.

D’Aveyne avait alors abusé de la confiance de Monconys pour l’emmener à Saint-Denis, où le bailli prévenu s’était saisi de lui, qui éprouva toutes les peines du monde à se disculper. Sans avoir nulle part révélé la nature du sacrilège commis à Saint-Denis en 1612, la diatribe s’achève sur quatre vers :

« Fausse et horrible calomnie,
Je t’ai fait ici avorter,
Afin de pouvoir conforter
L’innocent te voyant punie. »

10.

Gasp. Scioppii Scaliger hypobolimæus, hoc est Elenchus Epistolæ Iosephi Burdonis, Pseudoscaligeri, de vetustate ac splendore gentis Scaligeræ, quo præter crimen falsi et corruptarum litterarum regiarum… instar quingenta eiusdem mendacia deteguntur et coarguuntur [Scaliger le faussaire, par Caspar Scioppius (v. note [14], lettre 79), qui est un appendice à la lettre de Joseph Burdon, faussement dénommé Scaliger, sur l’ancienneté et la splendeur de la famille Scaliger, où, outre l’accusation de duperie et de falsification de lettres royales… sont mis à nu et démontrés cinq cents de ses mensonges] (Mayence, J. Albinus, 1607, in‑4o).

Dans une fameuse lettre écrite en 1594 à son ami Janus Douza (v. note [20], lettre 99), Joseph Scaliger (Ép. lat., livre i, i, De Vetustate gentis Scaligeræ, in qua et de Vita utriusque Scaligeri [L’Ancienneté de la famille Scaliger, ainsi que la Vie des deux Scaliger]) avait vanté les origines extravagantes de sa famille ; il prétendait, dit Nisard (Joseph Scaliger, chapitre xi, page 258), qu’elle remontait :

« jusqu’à Alanus, prince souverain de la Carniole, du Tyrol etc., contemporain et vainqueur d’Attila. […] Depuis lors, pendant que les branches détachées de cette famille régnaient sans conteste dans les autres parties de l’Europe, la tige déshéritée, proscrite, et l’éternel objet de la jalousie et de la haine des Vénitiens, languissait dans l’exil ou sous la protection suspecte de souverains étrangers. Elle allait périr enfin dans la personne de son dernier survivant, Joseph Scaliger. »

Le premier écrivain à la solde des jésuites qui attaqua Scaliger sur cette vanité généalogique, fut Charles Scribani, s.j., qui sous le pseudonyme de Clarus Bonarscius fit paraître en 1606 l’Amphitheatrum honoris (ibid., pages 259‑260) :

« On est pénétré de dégoût à l’aspect de cet amas d’ordures et de turpitudes, fruits d’une imagination en délire, et qui se dédommage, en se prostituant, de la compression que le respect des vœux monastiques a imposée à la matière et aux sens. »

Dans son Scaliger Hypobolimæus, Scioppius accusait Scaliger, entre bien d’autres vilenies, d’avoir volé son nom : Benedict Burdon, maître d’école à Vérone, ayant été obligé de fermer sa classe à cause du mépris où il était tombé aux yeux de ses écoliers, s’était retiré à Padoue où il avait épousé la fille d’un tailleur, son parent ; de Padoue, il était allé à Venise, y avait ouvert une boutique de bric-à-brac près de l’escalier (scala) de l’église Saint-Marc, avait fait peindre cet escalier sur son enseigne et finalement, s’était fait appeler messer Benedetto della Scala ; le fils de ce Benedict fut Jules-César, le père de Joseph Scaliger (ibid., page 269‑270).

Ce fut pour Scaliger l’occasion de proférer ses plus virulentes insultes contre les jésuites : « suppôts de Sodome et disciples d’Onan, lesquels ont apporté leur tribut d’ordures à ce cloaque » (ibid., page 272). On pense au Guy Patin des mauvais jours en lisant quelques invectives contre Scioppius dont Scaliger a farci ses lettres du temps :

  • Ép. fr., cxviii (pages 358‑359, à Jacques-Auguste i de Thou, 13 octobre 1607) :

    « Il y en a déjà quelques-uns qui ont mis la main à la plume pour écrire contre ce monstre, duquel ils savent la vie et la race. Il a fait tant de larcins et de méchancetés que s’il était aux lieux où il a laissé de si bonnes enseignes {a} de sa prud’homie, {b} piéça il eût été {c} traité comme il mérite. Il est fils d’une p… publique qui ne fut jamais mariée. Sa sœur etiam hodie est publicarum libidinum victima, {d} et tient le berlan {e} publiquement. Vous ne sauriez croire le nombre de gens de bien allemands qui sont estomaqués d’une si furieuse entreprise. Les chapeaux rouges {f} qui l’ont poussé à ce faire ne le garantiront pas de tant et si énormes et vilains reproches. Puis on parlera peut-être aux chapeaux rouges. »


    1. Marques.

    2. Probité (v. note [12], lettre 384).

    3. Il y a longtemps qu’il eût été.

    4. « est même aujourd’hui la proie des débauches publiques ».

    5. Tripot.

    6. Cardinaux.

  • Ép. fr., cxxi (pages 367‑368, à Jacques-Auguste i de Thou, 20 mai 1608) :

    « Ce maraud chassé de Rome, non de son gré mais par la faim, avait impétré du pape des indulgences, pensant en faire trafic en Allemagne où, pour toute récompense, il n’a gagné que la moquerie, qu’il lui a fallu boire tout du long en pleine diète de Ratisbonne, tellement que ce malotru cherche quelque cuisine pour y lécher les plats, comme il faisait à Rome. Autrement il lui faut mourir de faim s’il ne trouve quelque cardinal qui lui jette des os, comme à un chien qu’il est. »

  • Et encore ce passage latin auquel Guy Patin a plusieurs fois emprunté (Ép. lat., livre ii, cxxii, pages 290‑291, à Isaac Casaubon, 26 juin 1606) :

    Incidit in manus meas scelestum opus Apostatæ Schioppii adversus gentem nostram, in quo parasitus ille Cardinalitius a plusquam quinquaginta Sodomitis adiutus est, qui in illam conviciorum cloacam operas contulerunt. Cardinales, quorum bascaudas lingit, ad illud nefarium inceptum hominem perpulerunt. Unus ex illis Annalium conditor ; de Peronato natus patre, alter agyrta aulæ Gallicanæ, qui mulieribus aulicis, quoties sui admirationem movere vellet, disputationes de ente, de æstu maris, de calido et frigido solebat. Nam satis commendatur, quod aulicis, et præsertim mulieribus, placet. Alii præterea galerati, una nocturna Vaticana pluvia, tanquam fungi nati, famelicum tenebriorem e patinis culinarum suarum ad id incenderunt. Si nondum vidisti, ingens, operis moles est ; neque mirum, tot nebulonum centonibus farcta. An tantus futurus sit ille liber quem in te promittit, et qui, ut audio, adhuc sub prælo est, nescio.

    [L’ouvrage scélérat de l’apostat Scioppius contre notre famille m’est passé entre les mains. Ce parasite du cardinalat a été aidé par plus de cinquante sodomites, qui ont alimenté cet égout d’invectives. Les cardinaux, dont il lèche les plats, ont poussé ce vaurien à l’entreprendre. L’un d’eux est l’auteur des Annales ; {a} l’autre, dénommé Duperron, {b} est un charlatan de courtisan français, qui, voulant assidûment se faire admirer des dames, avait coutume de leur tenir des discours sur l’être et le non-être, le flux et le reflux de la mer, le froid et le chaud. Plaire en cour, et principalement aux femmes, voilà qui le recommande assez. Quant au reste, ce sont des porte-chapeaux, nés comme champignons, en une nuit, d’une pluie vaticane ; ils ont allumé pour ça un famélique ami des ténèbres, tout droit sorti des marmites de leurs cuisines. Si vous ne l’avez pas encore vu, c’est une monstruosité, et il n’y a pas de quoi s’étonner si les centons de tant de vauriens la réduisent au néant. J’ignore quand vous parviendra ce livre qui, à ce que j’entends, est encore sous la presse].


    1. Baronius (v. note [6], lettre 119).

    2. V. note [20], lettre 146.

C’est aussi de Scioppius que Scaliger a dit (Secunda Scaligerana, page 565) :

« Il veut monter trop haut, il est ridicule comme le singe qui tant plus monte-t-il haut, tant plus montre-t-il le derrière. »

Daniel Heinsius se chargea de laver l’outrage fait à son bien-aimé maître, en publiant Satiræ duæ : Hercules tuam fidem, sive Munsterus hypobolimæus, quarto iam editus ac emendatior, et Virgula divina, cum brevioribus annotatiunculis, quibus nonnulla in rudiorum gratiam illustrantur. Accessit his accurata Burdonum fabulæ Confutatio [Deux satires : Hercules tuam fidem (titre du chapitre xxxix de la Satire ménippée de Varron), ou le faussaire de Münster, publiée pour la quatrième fois et enrichie, et Virgula divina (ibid. chapitre xc), avec de très courtes annotations pour expliquer quelques passages aux plus ignorants. S’y ajoute la Réfutation soigneuse de la fable des Burdon] (Leyde, J. Patius, 1609, in‑12o).

Sous le pseudonyme de Iohannes Rutgersius, la Confutatio finale était de la plume de Scaliger ; ce fut la dernière de ses œuvres et, dit Tamizey de Larroque, elle lui fit plus de mal qu’elle n’en fit à Scioppius.

11.

« suivant le passage exact d’où je me souviendrai l’avoir tiré ».

Patin s’échinait alors à retrouver toutes les sources (« les preuves ») où il avait puisé pour la rédiger sa quodlibétaire de 1643. On en a lu plusieurs exemples dans sa lettre à Charles Spon, datée du 18 janvier 1644. Une thèse de Guy Patin, « L’homme n’est que maladie », en donne le texte intégral et la traduction commentée recensant toutes celles que j’y ai trouvées.

12.

V. note [56], lettre 101, pour l’arrêt du Parlement contre Théophraste Renaudot, le 1er mars 1644.

13.

Amboise en Touraine (Indre-et-Loire), sur la rive sud de la Loire à 25 kilomètres en amont de Tours, appartenait à la Couronne de France depuis le milieu du xve s. et faisait partie de l’apanage des ducs d’Orléans, frères puînés du roi. V. note [13], lettre 113, pour la conjuration qui y enflamma les guerres de Religion en 1560.

14.

« Je frapperai le pasteur et les brebis du troupeau seront dispersées » (Matthieu, 26:31).

15.

« On dit, quand on se sert du secours d’autrui pour quelque chose qu’on a peur de faire soi-même, qu’on fait comme le singe, qui tire les marrons du feu avec la patte du chat » (Furetière).

16.

De son mariage avec Marthe Dumoustier (v. note [6], lettre 57) Théophraste Renaudot eut neuf enfants, quatre garçons et cinq filles. Deux des fils étudièrent la médecine : l’aîné, Isaac (Loudun 1610-Paris 1680), et le troisième, Eusèbe (Loudun 1613-Paris 1679).

Guy Patin a souvent reparlé d’Eusèbe dans la suite de sa correspondance car il fut l’un des piliers du parti antimonial à Paris. À la mort de son père (1653), Eusèbe devint l’un des rédacteurs de la Gazette sous la direction de son frère Théophraste ii, le puîné d’Isaac. Intimement lié à son collègue et « patron » François Guénault, Eusèbe mena une carrière médicale brillante : le 18 avril 1672 (trois semaines après la mort de Patin), Louis xiv le nomma premier médecin du dauphin. Eusèbe a laissé quelques ouvrages de médecine, dont le fameux Antimoine triomphant (1653, v. note [21], lettre 312, avec dédicace à Guénault) et un court mais fort instructif Journal des principales affaires de ma famille (publié par Trochon en 1880). On y lit notamment (à l’année 1678, page 269) cette déclaration qui résume son existence :

« J’ai trouvé dans mes papiers que moi, Eusèbe Renaudot, premier médecin de Mgr le dauphin, suis né à Loudun le 21 février 1613 à six heures du matin, et que j’ai été baptisé le matin au Temple dudit lieu par un ministre de la religion huguenote que mon père professait et que nous avons renoncée en 1629 par la grâce de Dieu. »

Des 14 enfants qui naquirent du mariage d’Eusèbe avec Marie d’Aicqs en 1646, l’aîné, Eusèbe ii (1648-1720), père de l’Oratoire et janséniste convaincu, héritier de la Gazette, s’est acquis la réputation d’un grand érudit, membre de l’Académie française. On doit à la justice de convenir qu’Eusèbe Renaudot, tout comme son père, surpassait de beaucoup le portrait de lui que Patin a haineusement brossé dans ses lettres.

Le cours des études médicales d’Isaac et Eusèbe Renaudot est exemplaire des rapports tourmentés qui pouvaient exister entre la Faculté de médecine de Paris et le plus haut niveau du pouvoir politique. Ils avaient tous deux été reçus au baccalauréat de médecine de 1638 par un jury de quatre examinateurs dont Guy Patin était l’un, et sur l’engagement, pris devant notaire, qu’ils n’exerceraient plus aucune fonction au Bureau d’adresse de leur père (v. note [3], lettre 39). Comme de juste, ils avaient tous deux été admis à la licence en juin 1640, en compagnie de sept autres bacheliers, sous le décanat de Simon Bazin (novembre 1638 à novembre 1640). Bien que cette liste ne soit pas transcrite dans les Comment. F.M.P., des recroisements d’informations suggèrent qu’Isaac et Eusèbe furent classés 6e et 7e des neuf, devant Pierre Bourdelot (8e) et Étienne Le Gagneur (9e), et derrière Jean de Montreuil (1er), Toussaint Fontaine (2e), Claude Perrault (3e), Charles Le Breton (4e), et Quentin Thévenin (5e).

Une lettre du cardinal Richelieu, transcrite dans les Comment. F.M.P., en date du 5 avril 1642 (tome xiii, fo 140 ro), attire l’attention ; elle est adressée au doyen Guillaume Du Val :

« Monsieur, le sieur Renaudot, {a} médecin de votre Faculté, n’ayant pu recevoir le bonnet avant que partir de Paris, quelque diligence qu’il ait apportée à cette fin, je vous fais cette lettre pour vous prier de tenir la main à ce que suivant l’ordre de vos statuts, qui ne veut pas que l’on perde le rang de sa licence lorsque l’on est employé pour le service du roi, comme il est en ce voyage, le sien lui soit conservé, laissant passer ceux qui sont après lui sans préjudice du lieu {a} qu’il a devant eux. Le pouvoir que vous avez sur votre Compagnie, à laquelle vous communiquerez, s’il vous plaît, cette lettre, et la confiance que j’ai en vous et en ceux qui la composent, me font croire que vous ne dénierez pas à celui pour qui je vous écris l’effet qu’il attend de vous, puisqu’il est fondé en justice, et en la recommandation d’une personne qui sera très aise de vous témoigner à tous qu’elle est,
Monsieur,
votre plus affectionnée à vous servir.

D’Agde, ce 13 mars 1642.

Le card. de Richelieu
[de la main dudit seigneur]. »


  1. Eusèbe Renaudot.

  2. Rang de classement.

Suivant leur lieu de licence (v. note [8], lettre 3), les frères Renaudot auraient dû disputer leurs actes de vesperie entre le 13 février (vespérie de Quentin Thévenin) et le 10 mai 1642 (vespérie de Pierre Bourdelot). La Faculté avait donc profité d’un voyage d’Eusèbe aux côtés de Richelieu, dont il était médecin ordinaire, pour lui faire sauter son tour de vespérie, ce qui revenait à l’ajourner d’une année pour le doctorat. Par une rouerie dont on n’a pas démonté toute la mécanique, Isaac dut subir le même sort. L’Assemblée convint que le doyen répondrait à l’« Éminentissime seigneur cardinal » pour le remercier de sa lettre et lui dire qu’il allait consulter la Faculté. Cela, on s’en doute, ne satisfit pas Isaac, qui haussa le ton (ibid., fo 142 ro) :

Anno Domini 1642. Die sabbathi xvii. Maij. post sacrum Habita fuere Comitia ordinaria Sabbathina in quibus conquestus fuit M. Hugo Chasles Doctor Medicus de iniurijs sibi illatis a M. Isaaco Renaudot Licentiato se ad vesperias suas celebrandas et Doctoratum comparante. Sed audita expostulatione prædicti Doctoris decretum fuit, differendas esse Vesperias et Doctoratum Licentiati prædicti, donec satisfecerit accusatus, et quia nondum probatæ fuerant iniuriæ ; statim Facultas differendam esse Rem sane ad maiora comitia, præsertim cum esset magni momenti. Interim significandum Decretum hoc Sabbathinum M. Isaaco Renaudot per bidellum.

[Le samedi 17e de mai 1642, après la messe, s’est tenue l’assemblée sabbatine {a} ordinaire, où M. Hugues Chasles, {b} docteur en médecine, s’est plaint des insultes qu’avait proférées contre lui M. Isaac Renaudot, licencié, exigeant de disputer ses vespéries et d’obtenir son doctorat. Sur la demande dudit docteur, décret fut pris pour retarder les vespéries et le doctorat dudit licencié jusqu’à ce que l’accusé se soit excusé ; mais parce que les insultes n’avaient pas encore été prouvées, la Faculté a décidé que cette affaire, comme étant de grande conséquence, devait être reportée à une assemblée plus importante. En attendant, le bedeau {c} a signifié ce décret de sabbatine à M. Isaac Renaudot].


  1. Assemblée du samedi.

  2. V. note [25], lettre 417.

  3. V. note [1] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris), pour la définition de bedeau.

Le 14 août suivant, la Faculté avait fêté la victoire de Guy Patin dans son procès contre Théophraste Renaudot (v. note [3], lettre 90) ; le 13 septembre (ibid., fo 145 vo), lors de sa réunion ordinaire, le doyen donna lecture alta voce [à haute voix] d’un arrêt de la Cour :

« Entre MM. Isaac et Eusèbe Renaudot licenciés, et notaires, demandeurs, d’une part ; et Me Guillaume Du Val, doyen de la Faculté de médecine, René Chartier, censeur de ladite Faculté, Pierre Bourdelot, Étienne Le Gagneur, défendeurs d’autre part. Vu par la Cour et notaires : dit a été que la Cour ordonne que dans quinzaine le bonnet de docteur sera donné aux demandeurs, en la manière accoutumée, par les docteurs de ladite Faculté qui sont en ordre de ce faire ; sinon et à faute de ce faire ledit temps passé, ce présent arrêt leur servira de titre doctoral ; et ce faisant, procéderont lesdits Bourdelot et Le Gagneur en toutes assemblées publiques et particulières sans dépens. Prononcé ce 6e septembre 1642. Signé Guyet. »

La Compagnie jugea prudent de se soumettre en admettant de recevoir, ex vi senatusconsulti [sous la contrainte de l’arrêt], Isaac et Eusèbe Renaudot parmi ses docteurs régents. Réunie le lundi 20 octobre 1642, « après la messe (célébrée le lendemain de la Saint-Luc qui tombait un dimanche) », elle arrêta qu’elle enverrait sous peu une délégation auprès du cardinal de Richelieu (de retour à Paris le 17) pour l’aviser respectueusement qu’elle permettrait aux frères Renaudot d’accéder aux examens du doctorat si Son Éminence elle-même « impose le silence à leur père, Théophraste Renaudot, impudent calomniateur des docteurs régents de Paris, et interdit de toute son autorité à ce Gazetier de continuer à offenser la très florissante Faculté ou l’un quelconque de ses docteurs, que ce soit par parole, par écrit ou par action » (fo 142 ro).

Le 23 octobre, le cardinal avait reçu les représentants de la Faculté : Guillaume Du Val, doyen, René Chartier, censeur, Gabriel Hardouin de Saint-Jacques, Maurice de Montreuil, et Jean Bourgeois ; Maître François Citois, médecin de Son Éminence, les conduisait. En enveloppant leur discours de tous les respects et obséquiosités de rigueur, les députés de la Faculté dirent au cardinal leur souhait de recevoir en leur Compagnie Eusèbe Renaudot, son médecin traitant et domestique (clinicus ac domesticus), ainsi que son frère Isaac, sous condition que le cardinal donne à leur père l’ordre de ne plus molester leur Corps. Le 27 octobre, le doyen convoquait tous les docteurs de la Faculté pour leur annoncer que Son Éminence avait reçu favorablement leur décision et leur requête.

Enfin, le 2 décembre 1642, Isaac disputait son acte de vespérie sur la question An a morsu canis rabidi phlebotomia ? [Faut-il saigner pour la morsure d’un chien enragé ?]. Deux jours plus tard, le 4 décembre 1642 (fo 165 ro), le doyen consignait la mort de Richelieu en termes respectueux et affligés ; et dès le samedi 6 décembre, « après la messe, en conseil privé », la Faculté réitérait ses griefs contre Théophraste Renaudot et ajournait sine die les doctorats de ses deux fils (165 vo).

Près de quatre ans et demi plus tard, les Comment. F.M.P. reparlent d’eux, sous le décanat de Jacques Perreau, avec la transcription d’une Requête de l’École de médecine contre les Renaudot frères, présentée le 1er avril 1647 (tome xiii, fo 352 vo‑353 vo) visant à leur refuser de nouveau le bonnet en raison des injures et calomnies qu’ils avaient proférées contre la Faculté. Et puis les blocages se sont levés, et les actes des Renaudot se sont succédé :

  • doctorat d’Isaac le 23 décembre 1647, sous la présidence du doyen Perreau (fo 362 ro), An vinum/ Rubrum ταις δυσκοιλιαις/ Album rheumaticis affectionibus/ magis noxium ? [Le vin rouge est-il plus nuisible pour les bilieux/ le blanc, pour les goutteux ?] ; et pastillaire, 18 novembre 1648, Est-ne/ Bilis ceteris humoribus/ Gallia ceteris regionibus/ Heroum feracior ? [La bile n’est-elle pas plus féconde en héros que les autres humeurs/ la France, que les autres pays ?] ;

  • vespérie d’Eusèbe le 9 janvier 1648, An Medico Barba/Toga ? [La barbe/ la toge sied-elle au médecin ?] ; doctorat le 6 février, An Exanthematis/ Hæmorrhoidibus/ Venæ sectio ? [Convient-il de saigner dans les exanthèmes (éruptions cutanées, v. note [6] de la Consultation 19)/ dans les hémorroïdes ?] ; et pastillaire le 2 décembre 1648, An/ Ægris/ Sanis/ Somnia purgatiora ? [Les rêves sont-ils plus purs chez les gens malades/ chez les gens en bonne santé ?].

Sans qu’on en ait trouvé la justification dans les Comment. F.M.P., Baron a reclassé Isaac et Eusèbe derniers des 11 licenciés de juin 1646.

17.

Qui ne sont pas de même conviction, c’est-à-dire qui ne sont pas d’anciens protégés de Richelieu, ou, plus probablement, qui ne sont pas des protestants convertis au catholicisme.

18.

Jean-Jacques Chifflet (Besançon 1588-Bruxelles 1660), fils de Jean, médecin de Besançon, était allé suivre les cours des facultés de médecine de Paris, de Montpellier et de Padoue. En 1614, revenu en Franche-Comté, alors espagnole, il s’était mis à exercer la médecine à Besançon. Fort estimé de ses compatriotes pour tous ses talents, on le chargea d’une mission politique auprès de la gouvernante des Pays-Bas espagnols, Isabelle-Claire-Eugénie d’Autriche (fille de Philippe ii, roi d’Espagne), qui le retint auprès d’elle en qualité de premier médecin. Elle l’envoya même au bout de quelque temps à la cour de son neveu, le roi Philippe iv, qui l’attacha aussi à sa personne. Revenu aux Pays-Bas, Chifflet avait assisté sa bienfaitrice dans sa dernière maladie, qui la fit passer de vie à trépas le 1er décembre 1633 ; il resta premier médecin de ses successeurs, le cardinal infant, l’archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg, puis Don Juan d’Autriche. Chifflet a partagé ses talents entre l’historiographie, avec un parti pris outré en faveur de ses protecteurs espagnols, et la médecine, où il brilla surtout par son opposition au quinquina (v. note [9], lettre 309).

Guy Patin venait de voir les Ioannis Chiffletii, philosophi ac medici Vesontini, singulares tam ex curationibus, quam ex cadaverum sectionibus observationes [Observations singulières tirées tant des guérisons que des autopsies, de Jean Chifflet, philosophe et médecin originaire de Besançon] (Paris, Jean Richer, 1612, in‑8o). Les observations 4 à 6 (fos 3 vo à 5 vo) en sont consacrées à l’apoplexie sanguine (De Apoplexia a sanguine ; v. note [7], lettre 639). La première des trois donne une bonne idée du tout :

Domina Ioanna de Corbesain Domina a Lessey die 27. Iun 1600. mane surrexerat sana, et citra querelas, sacrum adierat, et sperabat post cœnam obambulare per civitatem, sed vespere dolores atroces capitis sensit, et paulo ante cœnam circa collum eruperunt pustulæ rubentes, ac postmodum mansit attonita ; vocatus statim imperavi cucurbitulas in scapulis valde scarificatas, frictiones, ligaturas, essentias chymicas, et alia, omnia frustra, post quatuor horas expiravit. Prædixi apoplexiam a sanguine esse, quia aliquot ante diebus sanguis per nares sponte, et sæpe eruperat, etiam interdum per os : hanc ante quindecim dies invitatam ad sanguinem e brachio educendum nullis verbis potui inducere, considerabam menses iam ab anno suppressos (erat enim ætatis 45. annorum circiter) vultum rubentem, sitim continuam, et quo anno 1598 recte habuisset ex sectione venæ. Aperto cadavere omnia erant satis bene disposita in imo ventre, renes parvi, lien parvum, hepar mediocre, venæ mesariacæ nigræ, et tumidæ, et colum inferius sub umbilico omento alligatum (quod hactenus non videram) pulmones ampli pro pectoris angustia, pleni muco : Cor dextra parte sanguine multo farctum, cranium crassum, et durissimum, cerebri substantia exterius non niveo colore, ut ad solet candens, sed colore quodammodo cineritio, ventriculus uterque cerebri copioso sanguine non plenus simpliciter, sed turgens, ita ut aperto altero statim sanguis emanarit niger, concretus, et multus, hinc mortis origo : si meis iussis obtemperasset, poterat multos annos supervivere : erat natura sua melancholica et cholerica, sanguine subtili, et quæ facile in iram movebatur : Vere iam opplebantur illi ventriculi, quia erat somniculosa et veternosa, iam ante biennium, paralysim sinistri brachii metuebat, cui sæpe inerat stupor quidam, credo quia ventriculus cerebri sinister iam paulatim opplebatur, donec uterque turgens movit apoplexiam.

[Le matin du 27 juin 1600, Jeanne de Corbesain, dame de Lessey, s’était éveillée en bonne santé et sans se plaindre de rien, et était allée à la messe. Elle prévoyait d’aller se promener par la ville après dîner, mais sur le soir, elle fut prise d’atroces maux de tête et peu avant l’heure du repas, des pustules rouges lui sortirent sur le cou et peu après, elle perdit conscience. Aussitôt appelé, j’ordonnai de scarifier et de poser force ventouses aux épaules, des frictions, des amulettes, des essences chimiques et autres remèdes ; mais rien n’y fit, et elle expira au bout de quatre heures. J’ai annoncé qu’il s’agissait d’une apoplexie sanguine car dans les quelques jours précédents elle avait souvent et spontanément perdu du sang par le nez, et même de temps en temps par la bouche. Quinze jours auparavant, je l’avais invitée à se saigner du bras, mais sans trouver les mots pour l’en convaincre. J’avais aussi prêté grande attention au fait qu’elle n’était plus réglée depuis déjà un an (elle était en effet âgée d’environ quarante-cinq ans), qu’elle avait le visage rouge, une soif permanente, et qu’en 1598 une saignée lui avait fait beaucoup de bien. À l’ouverture du cadavre tout était en assez bonne condition dans le bas-ventre, la rate et les reins petits, le foie de taille ordinaire, les veines du mésentère noires et gonflées, le côlon inférieur, sous l’ombilic, attaché à l’épiploon (ce que je n’avais encore jamais vu), les poumons de grande taille par rapport à l’étroitesse du poitrail et pleins de mucus, les cavités droites du cœur engorgées d’une grande quantité de sang ; le crâne était épais et très dur, la superficie du cerveau n’avait pas sa couleur ordinaire, blanc comme neige, mais tirait vers celle de la cendre ; les deux ventricules latéraux du cerveau n’étaient pas simplement emplis, mais enflés d’une grande abondance de sang, à tel point que si on les avait complètement ouverts, quantité de sang noir et coagulé s’en serait écoulée ; et là était l’origine de la mort. Si elle avait suivi mes conseils, elle aurait pu vivre encore bien des années : elle était de nature mélancolique et bilieuse, d’un sang délié, ce qui la poussait facilement à se mettre en colère. En vérité, ces ventricules avaient déjà dû s’emplir parce que, depuis bien deux ans, elle était volontiers somnolente et engourdie, et avait redouté une paralysie du bras gauche car elle y avait souvent ressenti une certaine insensibilité. Je crois que du sang s’était déjà un peu épanché dans le ventricule latéral gauche du cerveau, et que l’apoplexie et survenue quand il a brutalement empli les deux ventricules].

La précision des observations cliniques et anatomiques de Chifflet est admirable. Elles permettent aujourd’hui de déduire qu’il s’agissait d’une succession d’attaques cérébrales survenant sur une durée de deux ans (avec déclin vraisemblable des capacités intellectuelles) chez une femme probablement hypertendue : les premières s’étaient manifestées par une paralysie régressive du membre supérieur gauche (en remarquant que l’interprétation de l’auteur ignorait le croisement des voies fonctionnelles du cerveau, l’hémisphère droit gouvernant la moitié gauche du corps et réciproquement) ; la dernière fut une hémorragie de grande abondance avec inondation bilatérale des ventricules cérébraux, qui provoqua la mort. L’âge de la patiente et la fixité du symptôme prémonitoire (paralysie du bras gauche) peut faire penser qu’il existait une malformation vasculaire cérébrale (anévrisme, angiome) dont la rupture provoqua le décès de la patiente.

19.

« coup de sang », dénomination vulgaire de l’apoplexie (v. note [5], lettre 45).

20.

« là où il parle de l’empereur Verus, que Marc Aurèle avait fait consort de son pouvoir » ; Epitome de Cæsaribus [Abrégé des Césars, tiré des livres d’Aurelius Victor] (chapitre 16, § 5)  :

Is propinquum suum Lucium Annium Verum ad imperii partem novo benivolentiae genere ascivit. Qui Verus, inter Altinum atque Concordiam iter faciens, ictu sanguinis, quem morbum Graeci αποπληξιν vocant, undecimo imperii anno exstinctus est.

[En un genre nouveau de bienveillance, il {a} a invité Lucius Annius Verus à partager l’empire avec lui. Dans la onzième année de son règne, Verus, voyageant entre Altinum et Concordia, {b} est mort d’un coup de sang, maladie que les Grecs appellent apoplexie].


  1. Marc-Aurèle.

  2. En Vénétie.

Lucius Aurelius Verus (130-169) était fils d’Ælius Cæsar, lui-même fils adoptif d’Hadrien. Par un jeu compliqué de successions, Verus se trouva être frère adoptif de Marc-Aurèle (121-180) qui, devenu empereur en 161, le fit régner à ses côtés.

Sextus Aurelius Victor, historien latin, a écrit en 360 une histoire abrégée des empereurs, d’Auguste à Julien, le Liber de Cæsaribus. On lui attribue trois ouvrages anonymes : l’Origo gentis Romanæ [Origine du peuple romain], le Liber de viris illustribus [Livre sur les hommes illustres], et l’Epitome, auquel empruntait ici Guy Patin.

21.

« la saignée est le traitement le plus efficace de l’apoplexie sanguine ».

Contrairement à ce que disait Guy Patin, Jean Chifflet a signalé la saignée comme au moins préventive dans ses trois observations d’apoplexie sanguine (v. supra note [18]).

22.

Wittemberg (en allemand Lutherstadt Wittenberg), ville de Saxe sur la rive de l’Elbe, était célèbre pour son université, fondée en 1502, où Martin Luther et Philipp Melanchthon avaient enseigné et fondé la Réforme protestante allemande.

23.

Les épitomés (abrégés) médicaux de Daniel Sennert ont connu de nombreuses éditions avec des variantes de titre :

  • Epitome naturalis scientiæ, comprehensa disputationibus viginti sex, in… Academia Witebergensi privati Collegii examini propositis [Épitomé de la science naturelle, composé de 26 disputes soumises à l’examen du Collège privé en… l’Académie de Wittemberg] (Wittemberg, S. Gronenberg, 1600, in‑4o) ;

  • Epitome naturalis scientiæ [Abrégé de la science naturelle] (Wittemberg, Caspar Heiden, 1618, in‑8o ; 2e édition, ibid. 1624 ; 3e édition, Wittemberg, J. Helwig, in‑8o, et Paris, Société, 1633, in‑4o) ;

  • Epitome librorum de febribus [Abrégé des livres sur les fièvres] (Wittemberg, Z. Schurer, 1634, in‑12o, et Lyon, Pierre Ravaud 1635, in‑12o) ;

  • Epitome Institutionum medicinæ et librorum de febribus [Abrégé des Institutions de médecine et des livres sur les fièvres] (Amsterdam, Jan Jansson, in‑12o ; Padoue, Paolo Frambotti, 1644, in‑12o).

L’édition alors en préparation était l’Epitome Institutionum medicinæ (Lyon, Pierre Ravaud, 1645, in‑12o). V. note [42], lettre 101, pour les Institutions de médecine et l’Armoire à onguents de Petrus Servius.

24.

« pour que d’aventure les juifs ne s’en mêlent pas, j’entends l’Épitomé lui-même, que l’auteur a entre les mains ».

Ce passage latin est de signification improbable : des libraires juifs de Bavière, où vivait Caspar Hofmann, avaient-ils le dessein de publier l’épitomé de ses Institutions (Lyon, 1645, v. note [12], lettre 92) qui allait être imprimé à Paris en 1648 (v. note [26], lettre 150) ?

25.

Observation d’un enfant mort de maladie, sans doute apparenté à Charles Spon dont un beau-frère s’appelait Marion.

26.

« au livre 4 de sa Pathologie, que provient de la mauvaise diathèse [disposition, v. note [4], lettre latine 17] de quelque viscère. »

Le chapitre xvi du livre iv de la Pathologie de Fernel (v. note [1], lettre 36) s’intitule Les degrés, causes et signes de la fièvre hectique et commence par cette définition (page 280) :

« La fièvre hectique est une chaleur outre nature, laquelle est premièrement et de soi attachée et résidente en la substance du cœur. Or ayant d’abord attaqué la substance du cœur, qui est le principe de la vie, elle se jette pareillement aussitôt sur la substance des autres parties similaires parce que toute intempérie du cœur se communique aussitôt facilement à tout le reste du corps. »

La fièvre hectique (v. note [8], lettre 98) est continue, sans durée déterminée, caractérisée par des exacerbations qui se manifestent tous les soirs et surtout après les repas ; elle est accompagnée de démangeaisons sur tout le corps et d’un épuisement remarquable des forces (Fournier et Vaidy in Panckoucke).

« Elle a trois degrés : le premier est quand elle consume l’humidité des parties solides ; le second, quand elle dévore leur substance charneuse ; le troisième, quand elle s’attache aux os et les détruit, et alors elle est incurable. Elle fait comme la flamme qui consume d’abord l’huile d’une lampe, puis l’humidité du lumignon, et enfin le lumignon même » (Furetière).

27.

Au début de la campagne d’Allemagne de 1644, Mazarin négociait avec le duc de Lorraine dans l’espérance de lui faire livrer les places qu’il occupait dans le Palatinat, ce qui aurait donné à la France la clef du passage du Rhin ; mais Charles iv préféra s’entendre avec l’Espagne (Triaire).

28.

« en coulisse ». Avec la guerre qui n’en finissait pas, la dispersion des Importants (v. notes [14] et [15], lettre 93) sous les coups de Mazarin créait une forte tension politique.

29.

« comme à son habitude ».

30.

Le seul alors capable d’allumer une guerre civile était le prince de Condé (Montglat, Mémoires, page 148) :

« L’hiver {a} rassembla tout le monde à Paris, et ceux qui avaient été employés dans les armées durant l’été {b} revinrent à la cour pour voir l’état du gouvernement, qui avait eu tant de faces différentes. Ils trouvèrent le cardinal Mazarin maître des affaires, et que la reine se reposait entièrement sur lui de l’administration du royaume ; mais comme les minorités {c} ne sont pas absolues, à cause des princes qui ont part à la régence, le cardinal, qui était adroit et insinuant quand il voulait, avait toutes les complaisances imaginables pour M. le duc d’Orléans et pour le prince de Condé, desquels les talents étaient bien différents ; car le premier était d’un esprit docile, bien intentionné, peu agissant de lui-même, et qui se laissait gouverner par l’abbé de La Rivière, homme de la lie du peuple qui se laissa aisément gagner par le cardinal, qui lui promit de faire sa fortune ; mais le dernier {d} était bien d’une autre humeur, car il ne se laissait gouverner par personne et il agissait de lui-même, étant très habile et entendu au maniement des affaires publiques, c’est-à-dire dans le cabinet, car pour la guerre, il avait toujours mal réussi ; tout au contraire du duc d’Enghien, son fils, qui s’y attacha tellement qu’il se rendit un des plus grands capitaines de son temps. Le cardinal les ménagea tous deux différemment, gagnant le père par l’intérêt, auquel il était fort attaché, et le fils par de grands emplois, pour lui donner matière d’acquérir de la gloire, qui était le seul objet de ses désirs. Par ce moyen, il ne trouva rien dans le cabinet qui lui fût contraire et il tint les rênes de l’État avec un pouvoir absolu, sans aucun obstacle. »


  1. 1643-1644.

  2. 1643.

  3. Des rois.

  4. Le prince Henri ii de Condé, père de Louis ii, duc d’Enghien et futur Grand Condé.

31.

Le pape Urbain viii allait mourir le 29 juillet. Sentant leur soutien s’affaiblir, ses neveux, les Barberini, renonçaient à prendre au duc de Parme les duchés de Castro et Ronciglione, après des années de vain acharnement.

32.

Combinaison des traités de Münster (entre la France, l’empereur d’Allemagne et les catholiques de l’Empire) et d’Osnabrück (entre la Suède, l’empereur et les protestants de l’Empire), les traités de Westphalie, qui mirent fin à la guerre de Trente Ans, ne furent signés (simultanément à Münster et à Osnabrück) que le 24 octobre 1648. Présentes à Münster au début des négociations, l’Espagne et les Provinces-Unies s’en retirèrent avant leur conclusion.

33.

« que celui qui veut rester honnête quitte la cour », extrait de La Pharsale (Bellum civile, livre viii, vers 493‑494), seul ouvrage qui ait subsisté du poète latin Lucain (Marcus Annæus Lucanus, Cordoue 39-65) ; c’est un poème en dix livres, consacré à la guerre civile de Rome qui opposa César à Pompée, au ier s. av. J.‑C., et qui se conclut par la bataille de Pharsale.

La prévention de Guy Patin contre la cour et les grands est restée constante durant toute sa vie. La déception jalouse y avait fort peu de part ; ce qui dominait était le refus orgueilleux d’avoir à courber très bas l’échine pour un soupçon d’influence, et souvent moins d’argent qu’on en méritait vraiment avec en prime, la menace d’être durement tancé, voire remercié au moindre faux pas. Le tempérament de Patin n’était tout simplement pas compatible avec la médecine de cour. La bourgeoisie, le clergé et la petite noblesse formaient l’essentiel de sa clientèle.

Achevé en 1639, le Palais-Cardinal servit d’abord de demeure à Richelieu, qui le légua au roi. Peu après la mort de Louis xiii (mai 1643), Anne d’Autriche s’y était installée avec ses enfants (novembre 1643). Dès lors, sur le fronton, l’inscription Palais-Royal remplaça celle de Palais-Cardinal qui y figurait primitivement. En 1652, la somptueuse demeure fut mise à la disposition d’Henriette-Marie d’Angleterre (fille d’Henri iv). En 1672, Louis xiv la donna en apanage à son frère Philippe d’Orléans.

Mme de Motteville (Mémoires, pages 64‑66) :

« Voyons accomplir en la personne de Mme de Hautefort la destinée de toute la troupe des Importants. {a} La reine avait quitté le Louvre à cause que son appartement ne lui plaisait pas et avait pris pour sa demeure le Palais-Royal, que le cardinal de Richelieu en mourant avait laissée au feu roi. Dans le commencement qu’elle occupa ce logis, elle fut fort malade d’une jaunisse effroyable qui fut jugée par les médecins ne provenir que de chagrins et de tristesse. Les chagrins qu’elle avait reçus de tant de plaintes qui se faisaient contre son gouvernement, lui avaient donné de la peine. L’occupation des affaires lui causa beaucoup d’embarras ; et la douleur qu’elle sentit, se voyant forcée de faire des malheureux, lui fit une si grande impression que son corps participant aux souffrances, en eut une trop grande part. Sa tristesse s’étant dissipée, et la maladie aussi, elle se résolut de ne plus penser qu’à jouir du repos qu’elle se donnait en se déchargeant sur son ministre des soins des affaires de l’État, et crut alors pouvoir être toujours aussi heureuse qu’elle était impuissante. Mme de Hautefort, qui n’avait pu se vaincre {b} sur la haine qu’elle portait au cardinal Mazarin, était la seule qui lui causait encore de l’inquiétude : non seulement parce qu’elle ne pouvait souffrir ce ministre, mais parce que son esprit commençait à prendre, par beaucoup de dévotion, des sentiments qui la rendaient sévère, un peu contrariante et trop critique ; tout ce que la reine faisait lui était à dégoût, et l’ancienne familiarité qu’elle avait eue avec elle lui donnait la liberté de lui dire quelquefois des choses qui marquaient qu’elle n’approuvait nullement sa conduite. La reine ne pouvait souffrir cette manière d’agir ; et le cardinal, qui souhaitait la perte de cette dame, ne manquait pas d’aigrir l’esprit de la reine contre elle. Ses sermons sur sa générosité passaient pour des reproches tacites ; et sa conduite enfin manquant de prudence, fut cause qu’elle perdit les bonnes grâces de celle qui auparavant l’avait traitée de chère amie. Un jour donc de l’année 1644, qu’à notre ordinaire, nous avions eu l’honneur de passer le soir jusqu’à minuit auprès de la reine, nous laissâmes Mme de Hautefort causer avec cette princesse en toute liberté, et avec le plaisir que sa présence et la grâce qu’elle nous faisait de nous souffrir nous donnait. La reine était prête de se mettre au lit ; elle n’avait plus que sa dernière prière à faire quand nous la quittâmes, et que Mlle de Beaumont, le commandeur de Jars, ma sœur et moi sortîmes pour nous retirer. Dans ce moment, il arriva que Mme de Hautefort, toujours occupée à bien faire, en déchaussant la reine, appuya la recommandation d’une de ses femmes qui parlait en faveur d’un vieux gentilhomme servant, qui depuis longtemps était son domestique et qui lui demandait quelque grâce ; et Mme de Hautefort ne trouvant pas dans la reine trop bonne volonté pour lui, elle lui dit et lui fit entendre par des sourires dédaigneux qu’il ne fallait pas oublier ses anciens domestiques. La reine, qui n’attendait qu’une occasion pour se défaire d’elle, contre sa douceur ordinaire, ne manqua pas de prendre feu là-dessus, et lui dit avec chagrin qu’enfin elle était lasse de ses réprimandes et qu’elle était fort mal satisfaite de la manière dont elle vivait avec elle. En prononçant ces importantes paroles, elle se jeta dans son lit, et lui commanda de fermer son rideau et de ne lui plus parler de rien. Mme de Hautefort, étonnée de ce coup de foudre, se jeta à genoux et joignant les mains, appela Dieu à témoin de son innocence et de la sincérité de ses intentions, protestant à la reine qu’elle croyait n’avoir jamais manqué à son service ni à ce qu’elle lui devait. Elle s’en alla ensuite dans sa chambre, sensiblement touchée de cette aventure, et je puis dire fort affligée. Le lendemain, la reine lui envoya dire de sortir d’auprès d’elle et d’emmener avec elle Mlle d’Escars, sa sœur, qui avait toujours été avec elle.
[…] Nous la consolâmes le mieux que nous pûmes. Nous aurions fort souhaité que la reine eût été capable de s’adoucir et de lui pardonner ; mais le lendemain, étant un peu remise et même soulagée par deux saignées qu’il lui fallut faire la nuit, elle sortit du Palais-Royal, regrettée de tout le monde. […] Cette illustre malheureuse alla s’enfermer dans une religion {c} où elle demeura quelque temps ; puis elle en sortit et vécut fort retirée, ne voyant que ses amis particuliers. »


  1. V. notes [8], lettre 84, pour Mlle de Hautefort, et [15], lettre 93, pour les Importants.

  2. Modérer.

  3. Un couvent.

34.

Compendium Institutionum medicarum D. Sennerti [Abrégé des institutions médicales de D. Sennert] (Paris, Pierre Billaine, 1631, in‑12o) est donc à ajouter à la liste donnée plus haut (note [23]).

Pierre Billaine, libraire de la rue Saint-Jacques, installé vers 1614, était mort en 1639 (Renouard). Son frère Jean était père de Louis (v. note [20], lettre 398).

35.

« les commentaires de Jean Riolan le père sur les livres physiologiques de Jean Fernel et sur les causes cachées des choses, avec quelques opuscules ». Jean i Riolan a publié deux commentaires des œuvres de Jean Fernel :

  • v. note [48], lettre 97, pour le premier (De abditis rerum Causis) ;

  • le second, dont parlait ici Guy Patin, est une extension du premier, intitulée Ioannis Riolani Prælectiones in libros physiologicos et de abditis rerum caussis cum brevibus scholiis eiusdem auctoris. Accesserunt opuscula quædam philosophica : De primis rerum naturalium Principis libri tres ; De Anima mundi ; De Fato ; De Libero arbitrio ; De utraque Dei Providentia ; De Idæis et universis ; An Deus et Natura unum sint ; An Deus sit primus motor ; Ubi de ortu et interitu mundi ; An potentia sit prior actu ; An Deus sit actus purus [Leçons de Jean Riolan sur les livres physiologiques et sur les causes cachées des choses, avec de courtes annotations du même auteur. S’y ajoutent certains opuscules philosophiques : Trois livres sur les premiers principes des choses naturelles ; L’Âme du monde ; Le Destin ; Le libre Arbitre ; Les deux Providences de Dieu ; Les Idées et les univers ; Dieu et la Nature sont-ils une seule et même chose ? Dieu est-il le premier moteur ? L’Origine et la destruction du monde ; La puissance vient-elle en premier de l’action ? Dieu est-il une pure action ?] (Paris, Hadrien Périer, 1601, 4 volumes in‑8o ; réédité en 1620 à Paris chez Jérémie Périer, in‑8o).

36.

La troisième édition de l’Universa medica… de Barthélemy Pardoux (v. note [5], lettre 47), préparée par Guillaume Sauvageon, n’allait paraître qu’en 1649 (v. note [49], lettre 166).

37.

V. note [16], lettre 15, pour la « Pharmacie de Jean de Renou ».

Guy Patin recommandait Les Œuvres pharmaceutiques du sieur Jean de Renou, conseiller et médecin du roi à Paris. Augmentées d’un tiers en cette seconde édition par l’auteur, puis traduites embellies de plusieurs figures nécessaires à la connaissance de la médecine et pharmacie, et mises en lumières par M. Louis de Serres, natif du Dauphiné, docteur en médecine et agrégé de Lyon (Lyon, Antoine Chard, 1626, in‑4o ; réédité en 1637, v. note [13] de la Leçon de Guy Patin sur le laudanum et l’opium). La toute première édition de cette traduction (Lyon, P. Rigaud, 1624, in‑4o) était intitulée Le grand Dispensaire médicinal contenant cinq livres des institutions pharmaceutiques. Ensemble trois livres de la matière médicinale. Avec une pharmacopée ou antidotaire fort accompli…

Louis i de Serres (1588-1656), originaire de Nyons dans le Dauphiné, était membre du Collège des médecins de Lyon (Mollière). Il a aussi publié un Discours de la nature, causes, signes et curation des empêchements de la conception et de la stérilité des femmes, mis en lumière en faveur des jeunes dames auxquelles Dieu ne donne point d’enfants en premières années de leur mariage (Lyon, 1625, in‑8o).

38.

Guy Patin avait lui-même édité les Opera omnia [Œuvres complètes] d’André Du Laurens (Paris, 1628, v. note [3], lettre 13).

39.

Les œuvres complètes de Jean Fernel n’avaient pas encore été réunies en un seul ouvrage (et ne l’ont jamais été).

40.

V. note [9], lettre 76, pour le traité de Claude i Saumaise « sur le calcul urinaire ».

41.

Jacques ou James Primerose (Bordeaux ou Saint-Jean-d’Angély 1598-Kingston upon Hull, Yorkshire 1659), fils de Gilbert, réformé écossais établi en France (v. note [9], lettre 490), avait dû à la libéralité de Jacques ier de s’initier à la médecine à Paris. Bachelier puis licencié en médecine de l’Université de Montpellier en 1616, il s’y était fait recevoir docteur l’année suivante. Il s’était aussitôt rendu en Angleterre pour se faire agréger au Collège d’Oxford et s’établir dans le comté d’York. Dans ses écrits, presque tous polémiques et dirigés contre William Harvey et Vopiscus Fortunatus Plempius, il s’est opiniâtrement refusé, en bon disciple de Jean ii Riolan, à admettre la circulation du sang et l’existence des vaisseaux chylifères (J. in Panckoucke).

Guy Patin citait ici ses De vulgi Erroribus in medicina libri iv : i. De Erroribus circa medicos ; ii. De Erroribus circa morbos quosdam, et eorum cognitionem ; iii. De Erroribus circa victus rationem sanorum et ægrorum ; iv. De Erroribus circa remediorum usum [Quatre livres sur les Erreurs du peuple en médecine : i. Erreurs sur les médecins ; ii. Erreurs sur certaines maladies et sur leur reconnaissance ; iii. Erreurs sur le régime des gens sains et des gens malades ; iv. Erreurs sur l’emploi des médicaments] (Amsterdam, Jan Jansson, 1639, in‑16o, pour la première de nombreuses éditions) ; traduit en français sous le titre de Traité de Primerose sur les erreurs vulgaires de la médecine, avec des additions très curieuses, par M. de Rostagny (Lyon, J. Certe, 1689, in‑8o).

42.

Étienne Gourmelen (Quimper 1538-Paris 1594) vint jeune à Paris où il se consacra d’abord à l’étude puis à la pratique de la chirurgie, pour ensuite aborder celles de la médecine. Reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1561, il en fut doyen de 1574 à 1576. En 1578, il remplaça Martin ii Akakia (v. note [12], lettre 128) dans la chaire de chirurgie du Collège royal. Pendant la peste qui ravagea Paris en 1580, Gourmelen se signala hautement par son zèle et son dévouement.

Guy Patin signalait ici Le Sommaire de toute la chirurgie, contenant six livres. Composés en latin par M. Étienne Gourmelen, docteur en médecine, et traduits en français par M. André Malesieu, chirurgien à Paris (Paris, Nicolas Chesneau, 1571, in‑8o).

43.

Le Livre du grand et divin Hippocrate des plaies de tête, Trésor de chirurgie, traduit du grec, corrigé et commenté par François Dissaudeau (Saumur, T. Portau, 1612, in‑12o) ; traité hippocratique dont a déjà parlé à propos de Joseph-Juste Scaliger (v. note [3], lettre 34). François Dissaudeau, natif du Poitou, avait été reçu licencié de la Faculté de médecine de Paris en 1600, mais Baron ne mentionne pas son doctorat.

44.

« et toutes les nouveautés plaisent. » La plupart des livres médicaux que Guy Patin recommandait à Charles Spon, à l’intention du libraire lyonnais Pierre Ravaud, étaient des traductions en français propres à séduire les chirurgiens, qui prisaient la nouveauté, mais ne lisaient guère le latin, et encore moins le grec.

45.

« D’aucuns disent que je ne suis pas poète, mais le libraire qui me vend pense que je le suis » (Martial, Épigrammes, livre xiv, épigramme 194 complète ; n’y manque que le nom du dédicataire, Lucain).

V. note [5], lettre 49, pour la Pratique médicale de Lazare Rivière, dont c’était la seconde édition (Paris, Olivier Varennes, 1644, in‑8o).

46.

« du meilleur cru » ; v. note [31], lettre 6, pour Erastus.

47.

Botal (Leonardo Botallo ; Asti, Piémont 1519-Chenonceaux ou Blois 1587 ou 1588) reçut le titre de docteur en médecine à Pavie. Il vint ensuite en France et fut médecin du roi Charles ix, puis du duc de Brabant (François de France, duc d’Alençon, d’Anjou, etc., dernier fils d’Henri ii et de Catherine de Médicis, duc contesté de Brabant de 1582 à sa mort en 1584). On lui doit la popularité de la saignée en France, où jusqu’alors les purgatifs régnaient presque seuls sur la thérapeutique. Botal érigea la saignée en panacée, autour du principe fameux que « Plus on tire de l’eau croupie d’un puits, plus il en vient de la bonne ; plus la nourrice est tétée, plus elle a du lait ; le semblable en est du sang et de la saignée » (Étienne Pasquier, v. note [1], lettre latine 55).

Malgré la vive opposition des médecins de la Faculté de Paris, les idées de Botal prévalurent. Hippocrate et Galien lui fournirent les armes dont il fit usage contre ses adversaires avec succès ; il profitait avec habileté de la discordance si fréquente de ces deux grands hommes, et toujours il se rangeait du parti de celui des deux qui avait préconisé l’emploi de la saignée. S’il s’était borné à conseiller l’usage de ce traitement, alors trop négligé, il n’aurait mérité que des éloges ; mais il osa recommander de tirer des quantités effrayantes de sang, et ce sur l’autorité très peu compétente des Arabes. De ce qu’Avicenne avait dit que le corps humain contenait, en moyenne, environ 25 livres de sang, il conclut qu’on pouvait en soustraire 17 (soit autour de huit litres, alors que le volume sanguin normal se situe autour de cinq). Ce fut sans doute lui qui fit connaître en France l’ouverture de la cloison des oreillettes chez le fœtus, car elle porte encore son nom aujourd’hui (trou de Botal) quoiqu’elle ait été connue de Galien (S. in Panckoucke).

Guy Patin, qui fut un des disciples zélés de Botal, citait ici son De Curatione per sanguinis missionem. De incidendæ venæ, cutis scarificandae, et huridinum applicandarum modo [Le traitement par la soustraction de sang (saignée) : la manière dont il faut inciser la veine, scarifier la peau et appliquer les sangsues] (Lyon, Jean Huguetan, 1577, in‑8o ; rééditions à Lyon en 1580 et 1655, et à Anvers en 1583) : l’auteur (que Patin a dit être non pas Botal, mais Michel i Marescot, v. note [5], lettre latine 17) « y combat l’opinion de ceux qui admettent la révulsion [v. note [8], lettre 673], la dérivation et le choix des veines, et il soutient qu’il est indifférent de piquer telle ou telle veine, pourvu qu’on réfère [distingue] les grosses aux [des] petites. Il s’étend assez au long sur le mécanisme de la saignée et il la conseille dans presque toutes les maladies » (Éloy).

48.

Sulfureuse parenthèse supprimée dans les éditions antérieures à celles de Triaire.

49.

La première édition de la Chirurgie française, recueillie par M. Jacques Daléchamps [v. note [2], lettre 71], docteur médecin et lecteur ordinaire de cette profession à Lyon, avec plusieurs figures des instruments nécessaires pour l’opération manuelle… est datée de 1569 (Lyon, Guillaume Rouillé [ou Roville, v. note [5], lettre de Charles spon, datée du 5 mars 1658], in‑8o, Medic@).

Cet ouvrage, largement inspiré d’Ambroise Paré et contenant une traduction du 6e livre de Paul d’Égine, fut de nouveau publiée à Lyon en 1573 (mêmes titre, éditeur et format).

V. note [13], lettre 153, pour la 3e édition (Paris, 1610), dont Guy Patin parlait ici, avec des annotations anonymes qu’il attribuait à Simon ii Piètre (mort en 1618).

50.

V. note [10], lettre 33, pour les Prénotions coaques d’Hippocrate commentées par Louis Duret. Definitionum medicarum libri xxiv. Accesserunt : Nicandri Theriaca et Alexipharmaca ; Hippocratis libelli de Genitura, de Natura pueri, Iusiurandum, de Arte in prisca medicina, de Medico ; Formulæ remediorum [Vingt-quatre livres de Définitions médicales. Y ont été ajoutés : la Thériaque et l’Alexipharmaque de Nicandre (de Colophon, médecin, poète et grammairien grec du iie s. av. J.‑C.) ; les opuscules d’Hippocrate de la Semence, de la Nature de l’enfant, le Serment, de l’Art dans la médecine antique, du Médecin ; les Formules des remèdes (de Pierre Des Gorris)] (Paris, 1564 ; Francfort, 1578 et 1601, in‑fo ; Paris, 1622, in‑fo, v. note [4], lettre 409) est le principal ouvrage de Jean i Des Gorris (Gorræus, 1505-1577). Fils de Pierre et grand-père de Jean iii, Jean i fut doyen de la Faculté de médecine de Paris de 1548 à 1550. Jacques-Auguste i de Thou a parlé de lui (Henri iii, 1577, Thou b, tome v, pages 398‑399, livre lxiv) :

« C’était un homme enfin né pour faire l’ornement de son siècle, et pour le bien de la société, généreux, désintéressé, ne le cédant à personne dans Paris pour l’érudition, pour un goût exquis, pour la politesse et l’heureux succès de ses cures. Un accident malheureux changea entièrement ce génie admirable et priva le public de ses soins. Il allait voir Guillaume Viole, évêque de Paris qui était de ses amis et qu’une maladie retenait au lit, lorsque sa chaise fut environnée d’archers. Comme c’était dans le temps de nos troubles, Des Gorris prit ces gens armés pour des assassins ; et il en fut si vivement frappé que, de ce moment même jusqu’à celui où il mourut âgé de 72 ans, il devint absolument méconnaissable et ne fit plus que baisser insensiblement. »

Le protestantisme de Des Gorris revêt un intérêt historique tout particulier. Le 6 novembre 1562, à la rentrée de la Faculté, sous la présidence du doyen Jacques Charpentier (v. note [51], lettre 97), Des Gorris fut radié en même temps que plusieurs autres pour avoir refusé de se convertir au catholicisme, ainsi que l’exigeait désormais l’Université. Tous furent réhabilités par lettres patentes du 17 mai 1571, mais en étant « dispensés » de l’enseignement. Jean ii, le fils de Jean i, dont Guy Patin n’a parlé qu’une fois dans ses lettres (v. note [4], lettre 409), fut pourtant le héros malgré lui d’une affaire qui en dit long sur les mentalités de l’époque. S’étant présenté le 15 mars 1572 pour être admis à la Faculté de médecine de Paris, il fut rejeté à la majorité de deux voix sur 29 opinants pour avoir refusé de prêter un serment rédigé par le légat du pape, que l’on exigeait depuis peu de temps de tous les membres de l’Université (transcrit par R. Desgenettes in Panckoucke, tome 4, pages 486‑487) ; « Ce morceau fort rare, dit Desgenettes, appartient à l’histoire » :

Ego N. credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, et in Jesum Christum, Filium ejus unicum, Dominum nostrum, qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine, et in Spiritum Sanctum qui ex Patro Filioque procedit.

Certa quoque et firma fide credo Unam, Sanctam, Catholicam et Apostolicam Ecclesiam in terris, quæ in fide et mores errare non potest, cui omnes obedire tenentur, cujus Summus Pontifex Romanus est caput visibile et Christi Vicarius, qui potestatem habet ligandi, solvendi, excommunicandi et indulgentias conferendi, extra quam non est salus.

Ecclesiæ præcepta de audienda missa diebus dominicis et festis et horum dierum observatione, et confessione vocali sacerdoti facienda, de corporis Christi perceptione, semel saltem in anno ; de jejuniis Quadragesimæ et aliorum dierum, de ciborum delectu et abstinentia, et quæcumque ab eadem sunt tradita et sacro-sanctis Conciliis de finita esse observando su peccati pœna ingenui confiteor.

Credo humiliter et ore profiteor septem esse Sacramenta ad nostram salutem a Christo instituta : Baptismum qui unus est et parvulis ad peccati delectionem et spiritualem regenerationem necessarius ; Confirmationem quam soli Episcopi administrantad fidei robur et gratiæ augmentum ; Penitentiam quæ in contritione peccatorum, confessione Sacramentorum et satisfactione consistit ; Eucharistiam cujus perceptio sub utraque specie lacis non est necessaria, et sub integrum ut verum Christi Corpus et Sanguinem contineat ; Sacrum Ordinem ; Matrimonium ; et Extremam Unctionem.

Firmiter etiam credo nos Sanctorum auxillio juvari, quos non solum imitari, sed et venerandi atque orare valde est utile. Neque minus fide teneo missæ sacrificium, piorum videntium supplicationes, orationes, elemosinas, ad sanctas peregrinationes, ac cœtera pietatis opera, tam nobis quam mortuorum animabus, in Purgatorio plurimum prodesse. Sicut non dubito sed constanti fide affirmo statum illud vitæ quem Religionem monasticam professi sequuntur Deo gratam esse. Detestor denique omnem hæresim, præcipue Lutheranorum et Calvinistarum, quos et illorum sectatores externo anathemate dignos esse credo et illa per hoc sacrosanctum Christi Evangelium quod manu tango juro.

[Moi, N., je crois en un seul Dieu, Père tout-puissant, et en Jésus-Christ son fils unique, Notre Seigneur, conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie, et en l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils.

Je crois aussi, d’une foi sûre et solide, en une Église unique sur cette Terre, sainte, catholique et apostolique, qui ne peut se tromper en matière de foi et de mœurs, à laquelle tous sont tenus d’obéir, en dehors de laquelle il n’y a pas de salut, dont la tête visible est le Souverain Pontife romain, vicaire du Christ, qui a le pouvoir de lier, de dissoudre, d’excommunier et d’accorder des indulgences.

Je reconnais les commandements de l’Église d’assister à la messe les dimanches et jours de fête, et de porter du respect à ces jours, de me confesser oralement à un prêtre et de recevoir le corps du Christ au moins une fois par an, d’observer les jeûnes du carême et des autres jours, l’abstinence et le choix des aliments, et, de la même manière tout ce qui est prescrit et fixé par les saints et sacrés conciles, sous peine de péché délibéré.

Je crois humblement et je proclame à haute voix que le Christ a institué sept sacrements pour notre salut : le baptême qui est unique et nécessaire aux petits enfants pour la destruction du péché et la résurrection de l’esprit ; la confirmation, que seuls administrent les évêques, pour la consolidation de la foi et l’augmentation de la grâce ; la pénitence qui consiste dans la contrition des péchés, la confession et l’aveu des engagements sacrés ; l’eucharistie dont la réception sous les deux espèces n’est pas nécessaire aux laïques, et qui contient, véritablement et entièrement sous une seule forme, le corps et le sang du Christ ; l’ordination sacerdotale ; le mariage ; et l’extrême-onction.

Je crois aussi fermement que le secours des saints nous procure de l’aide, qu’il est utile non seulement de les imiter, mais surtout de les vénérer et prier assidûment. Je ne tiendrai pas dans une moindre foi le sacrifice de la messe, les prières des premiers prophètes, les oraisons, miséricordieuses pour les saints pèlerinages et autres actes de piété, tant pour nous que pour les âmes des morts, qui sont salutaires à la purification d’un très grand nombre. Pareillement, je ne mets pas en doute, mais j’affirme avec une ferme foi que la manière de vivre que suivent ceux qui ont professé la dévotion monastique est agréable à Dieu. Enfin, je maudis toutes les hérésies, et principalement celle des luthériens et des calvinistes, que je crois, ainsi que leurs sectateurs, être dignes d’excommunication. Et je jure cela sur l’Évangile saint et sacré du Christ que je tiens en main].

Des Gorris le père se présenta, assisté de deux notaires, dans une assemblée de la Faculté et obtint, sur le rejet de son fils, une déclaration motivée. Il appela de suite du décret de la Faculté devant les délégués du roi, pour l’exécution de l’édit de pacification (paix de Saint-Germain, le 8 août 1570, qui avait mis fin à la troisième guerre de Religion). François de Montmorency, pair et maréchal, gouverneur de Paris, et lieutenant général de l’Île-de-France, ainsi que Simon Roger, conseiller au Parlement de Paris, président aux Enquêtes, reçurent ses réclamations, ordonnèrent au doyen de se rendre, seul et sans suite, devant eux pour être entendu, et enjoignirent peu de jours après à la Faculté de procéder à la réception de Jean ii Des Gorris (édit de Charles ix daté du 17 mai 1572) : le requérant devait être reçu « sans être contraint de faire aucun serment concernant la religion ». Le procureur de l’Université, fortement appuyé par les facultés, intervint et forma une opposition régulière. Le 24 août, la Saint-Barthélemy dispensait les Écoles d’obéir. Après la mort de Jean i en 1577, et de guerre lasse, Jean ii prêta le serment exigé : il fut enfin reçu bachelier en 1578 après avoir déclaré non mente, sed ore [en parole, mais non en pensée] qu’il n’avait embrassé la Réforme que par obéissance à son père, et que dès lors, il ne faisait plus de difficulté à se dire catholique romain. L’édit de Nantes ne mit fin à cet ostracisme qu’en 1598 (R. Desgenettes in Panckoucke, Jestaz et P. Delaunay).

Jean iii Des Gorris, fils de Jean ii, eut pourtant encore à souffrir de sa fidélité au calvinisme : en 1660, la Faculté lui refusa le titre et les prérogatives d’ancien maître (v. note [1], lettre 596).

51.

Roderiquez de Castro (Rodericus à Castro, Portugal vers 1557-Hambourg 1637) étudia d’abord à Salamanque puis se rendit à Hambourg en 1596, où il exerça dès lors la médecine. Guy Patin citait ici son plus célèbre ouvrage : Medicus politicus, sive de officiis medico-politicis tractatus, quatuor distinctus libris ; in quibus non solum bonorum medicorum mores ac virtutes exprimuntur, malorum vero fraudes et imposturæ deteguntur ; verum etiam pleraque alia circa novum hoc argumentum utilia atque iucunda exactissime proponuntur. Opus admodum utile medicis, ægrotis, ægrotorum assistentibus, et cunctis aliis litterarum, atque adeo politicæ disiplinæ cultoribus. Cum duplici indice, uno capitum, altero rerum præcipuarum [Le Médecin politique, ou traité des charges médico-politiques, réparti en quatre livres ; où non seulement sont exposées les mœurs et vertus des bons médecins, mais aussi sont véritablement mises au jour les fraudes et les impostures des mauvais médecins ; mais où sont aussi très soigneusement présentées plusieurs choses utiles et heureuses sur ce sujet. Ouvrage extrêmement utile aux médecins, aux malades, à ceux qui s’occupent des malades, et à tous les autres qui cultivent les lettres et l’art politique. Avec deux index, l’un des chapitres et l’autre des principaux sujets] (Hambourg, Froben, 1614, in‑4o) (T. in Panckoucke).

Il ne faut confondre Roderiquez de Castro ni avec Estevan Roderigo de Castro (Rodericus Castrensis, v. note [1], lettre 116), ni avec Petrus à Castro (Pietro de Castro, médecin de Vérone, v. note [15], lettre 338).

52.

Le titre complet de cet ouvrage de Guillaume Dupuis (v. note [3], lettre 6) est : De medicamentorum quomodocumque purgantium Facultatibus, nusquam antea neque dictis, neque per ordinem digestis, libri duo [Deux livres sur les Facultés des médicaments purgatifs de quelque genre qu’ils soient, et qui n’ont jusqu’ici jamais été dites ni classées par ordre] (Lyon, Matthieu Bonhomme, 1552, in‑4o).

53.

« en raison de l’originalité de sa pensée ».

54.

V. notes :

  • [5], lettre 34, pour les Epistolæ [Épîtres latines] de Joseph Scaliger publiées à Leyde (1627) et Francfort (1628) par Daniel Heinsius, et [23], lettre latine 106, pour leur réédition en 2012 dans sa Correspondance complète ;

  • [4], lettre 53, pour l’Orationum editio nova… [Nouvelle édition des discours… (de Daniel Heinsius)] (Leyde, Elsevier, 1642, in‑12o).

55.

Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d’Orléans, espérait en vain un mariage royal (v. note [18], lettre 77), mais ne dit mot de ce parti dans ses Mémoires.

Le fils aîné de Jean iv, roi du Portugal (v. note [27], lettre 86), était Théodose de Portugal (1634-1652), duc de Bragance et premier prince du Brésil ; il mourut avant son père et sans descendance.

56.

Une lettre du comte d’Avaux au cardinal Mazarin, datée de Münster le 16 avril 1644, annonce ce décès (Négociations secrètes touchant la paix de Münster et d’Osnabruck… Tome premier, La Haye, Jean Neaulme, 1725, page 19) :

« La mort de M. Zapata invalide encore davantage le pouvoir de Dom Diego Saavedra et du conseiller Brun. Item la nomination du marquis de Castel Rodrigo, laquelle est publique, et pour lequel même il y a ici une maison arrêtée ; enfin les Espagnols se moquent de l’Assemblée et de la paix, le pouvoir qu’ils ont donné à leurs ambassadeurs est relatif à d’autres, dont ils ne disent ni le nombre, ni les noms. »

57.

Guy de Chauliac (vers 1300-1368) tenait son nom du lieu de sa naissance, Chauliac (Ardèche) entre Privas et Aubenas. Après avoir étudié la médecine à Montpellier puis à Bologne, il alla exercer à Lyon puis en Avignon, où il fut le médecin de trois papes, Clément vi, Innocent vi et Urbain v. Il tira la chirurgie des mains des barbiers et remit en honneur une foule d’opérations tombées en désuétude, en fondant son art sur l’observation anatomique soigneuse. Le fameux ouvrage qu’il a laissé était surnommé le Guidon, par jeu de mot affectueux entre le prénom de l’auteur (Guidus en latin) et l’étendard destiné à mener la troupe des chirurgiens ressourcés par ses enseignements. Publié pour la première fois en 1470 (Venise, in‑fo), il portait le titre complet de Chirurgiæ tractatus septem, cum antidotario [Sept traités de Chirurgie, avec un antidotaire].

Un de ses nombreux commentateurs fut Jean Falcon (ou Faucon, natif de Sarinena en Aragon, mort en 1532), docteur et professeur de l’Université de médecine de Montpellier, qui a laissé deux ouvrages sur le sujet :

  • Le Guidon en français nouvellement imprimé. Avec les gloses de très excellent docteur en médecine Maître Jehan Falcon, conseiller du roi notre sire et lisant ordinaire en la très famée Université de Montpellier. Et spécialement sur le traité des plaies et ulcères. Et sont ordonnées après un chacun traité au chapitre ensuivant le texte ; et aussi les additions de Maître Simphorien Champier, avec les additions de Maître Antoine Romeri docteur lisant en ladite Universite sur l’antidotaire, très utiles mises a la fin (Paris, Jehan Masse, 1537, in‑fo) ;
  • Notabilia supra Guidonem scripta, aucta, recognita, ab excellenti Medicinæ dilucidatore Domino Joanne Falcone, Montispessulanæ Academiæ decano. Quæ cum a multis antehac et typographis, et invidis depravata fuerint, ita ut falsa pro veris supposita, sed vera pro falsis, et utilia pro inutilibus perniciose substracta sint : nunc tamem ab omni labe repurgata, nec mediocri adhibita diligentia pristino nitori ac integritati restituta : imo vero additis duorum medicinæ luminum Hippocratis et Galeni, necnon Avicennæ, Rhasis, Avenzoar, Mesuæ, aliorumque insignium medicorum autoritatibus illustrata sic recens in lucem emissa proferuntur [Écrits remarquables sur le Guidon, augmentés, révisés par l’éminent éclaireur Me Jean Faucon, doyen de l’Université de Montpellier. Comme beaucoup d’imprimeurs et d’envieux les ont dépravés, de sorte qu’on y a supposé le faux pour le vrai, mais qu’on en a pernicieusement ôté le vrai pour le faux et l’utile pour l’inutile, les voici maintenant purgés de toute faute, et restaurés en leurs primitives splendeur et intégrité, non sans y avoir consacré un soin remarquable ; mais surtout, ainsi récemment remis en lumière, ils paraissent éclairés par les autorités complémentaires des deux flambeaux de la médecine, Hippocrate et Galien, et aussi d’Avicenne, Rhazès, Avenzoar, Mésué et autres médecins illustres] (Lyon, J. de Tournes, 1559, in‑4o, latin et français ; réédité en français à Lyon, J. Ardisson, 1649, in‑8o).

Ce dernier est le livre dont Parlait Guy Patin ; « Il est écrit moitié en latin et moitié en français, et forme un volume aussi gros que le traité de Guy de Chauliac, mais il est encore plus obscur » (Éloy).

58.

Le fougueux maréchal de Gassion (v. note [7], lettre 31) n’épousa pas Anne de Coligny, fille du maréchal de Châtillon, Gaspard iii de Coligny. Elle se maria en 1648 avec Georges, duc de Wurtemberg, comte de Montbéliard.

59.

V. notes [14], lettre 96, pour les œuvres philosophiques de Pierre i Du Moulin, et [56], lettre 101, pour l’arrêt du Parlement contre Théophraste Renaudot.

Guy Patin envoyait à Charles Spon les Magistri Michaelis de La Vigne, Vernonæi, doctoris medici, et Medicæ Facultatis Parisiensis Decani, Orationes duæ ; quarum prior habita est apud Dom. Proprætorem Urbanum, die ix Decembris, m.dc.xliii. Posterior in frequenti Senatu Calendis Martiis, anno Domini m.dc.xliv ; adversus Theophrastum Renaudot, Gazetarium, Medicum Monspeliensem, et omnes medicos extraneos, Lutetiæ Parisiorum Medicinam illicite factitantes [Deux discours de Me Michel de La Vigne, natif de Vernon, docteur régent et doyen de la Faculté de médecine de Paris : le premier a été prononcé devant le lieutenant civil du Châtelet, le 9 décembre 1643, et le second devant la Grand’Chambre, le 1er mars 1644, contre Théophraste Renaudot, Gazetier, médecin de Montpellier, et tous les médecins étrangers qui exercent illégalement la médecine à Paris] (Paris, Claude Morlot, 1644, in‑fo de 20 pages).

60.

Vsupra notes [2] et [3], pour le P. René Ayrault, s.j., ses pernicieuses doctrines et leur poursuite devant le Parlement.

a.

Ms BnF no 9357, fos 18‑20 ; Triaire no cvii (pages 387‑398) ; Reveillé-Parise no clxxvi (tome i, pages 325‑331). Au revers, de la main de Charles Spon : « 1664, Paris 29 avril ; Lyon, 3 mai ; Risposta, adi 20 mai. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 29 avril 1644.
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(Consulté le 29.11.2020)

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