L. 1019.  >
À Gilles Ménage, le 20 juillet 1651

[…] [a][1][2]

Page 86, versu x, je voudrais dire Pithou in suis Adversariis[1][3] vu que le français n’est point intelligible. J’ai vu de savants hommes se moquer de celui qui avait dit Turnèbe en ses Adversaires. [2][4] Il est encore en la page 95, 193, 196, etc. [3]

Page 104, sur le mot Beanus. J’ai un traité grotesque en latin, fait par un Allemand, de Beanis[4]

Page 111, vers. antepenult. lege Bauhinus[5] et mettez après le mot de Commentateur [5] que personne n’a mieux parlé du bézoar que M. Guillemeau, médecin ordinaire du roi, et de la Faculté de Paris, dans ses observations françaises qu’il a faites sur sa belle thèse l’an 1648. [6][6]

Page 134, vers. 17, il faut mettre le sieur d’Aubigné[7][7]

Page 177, à la fin du mot Caniculares, on pourrait ajouter que le Père Petau a remarqué quelque chose de beau de cette Canicule, dans ses livres de Doctrina temporum, et qu’elle n’est pas comme le peuple pense au mois de juillet. [8][8] Houllier, Comment in aphorismos Hipp., dit que le peuple se trompe au fait de la canicule, et qu’elle est passée quand elle semble commencer. [9][9][10]

Page 180, sur le mot de Carême[10] M. Rigault en son Commentaire sur Tertullien, libro de jejunio, raconte diverses espèces de Carême. [11][11][12]

Page 189, Cerevisia quod cerebrum visat, ou quasi cerebris vis[12][13]

Page 294, vers. 8 après médecine, ajoutez : [13] où sur la fin de l’examen rigoureux qui dure une semaine entière, pour faire des nombreux bacheliers, l’examen finissant sur les six heures du soir, les anciens ont droit d’une légère collation, qu’on appelle vinum et species, qui sont des échaudés, des raisins, de l’eau et du vin. [14][14]

Page 337, sur la fin de la diction Galets, Rabelais a parlé de Ulrich Galet, de Chinon, comme d’un homme illustre. [15][15][16]

Page 345, à Gazette[16] J’apprends que Gazetta en italien signifie une pie, qui est un animal babillard, comme notre Gazette est babillarde. [17][17]

Page 376, Gesner [18] appelle en latin le hareng harengus : [18][19] les anciens n’ont point connu ce poisson ; est species thrissæ ; [19] il ne se pêche que par delà la Hollande vers la mer Baltique, qui étaient des pays presque inhabités à cause de la grande barbarie de ces pays septentrionaux. Le mot de hallex chez les anciens non est nomen piscis, sed condimenti piscium, aliud a muria[20] Le hareng ne se pêche aujourd’hui que vers la mer Baltique, et en nul autre endroit de l’Europe.

Page 450, Aquarioli dicebantur olim famuli prostibulares, qui mulieribus suppeditabant aquam et subministrabant, ut pudenda sua lavarent post coïtum[21] Quelque interprète l’a dit ainsi, en expliquant ces vers d’Ovide,

Ne ve suæ possent intactam scire ministræ
Dedecus injecta dissimulavit aqua
[22][20]

Page 482, tout en haut, moutons à la grande laine sont ainsi appelés de vieux écus d’or qui ont un agneau pascal d’un côté. J’en ai céans un à votre service ; et ai toujours ouï expliquer de la sorte les moutons à la grande laine de Rabelais. [23][21]

Page 488, Nicotiana vocatur à nonnullis Catharimaria ; à barbaris Petun : [24][22][23] c’est une espèce de hyoscyame du Pérou ; c’est ainsi que l’appelle Dodoens. [25][24] C’est une herbe narcotique qui a de la malignité ; les Indiens l’appellent Tabaco. Neander librum scripsit de Tabacologia[26][25] J’ai céans une belle thèse en médecine, qui a été soutenue l’an 1626 et en laquelle je me souviens d’avoir disputé, laquelle conclut ainsi : Ergo nulli bono tabaccocapnia per nares et os[27][26] Cette fumée est maligne, ennemie du cerveau et des viscères, surtout du poumon, du cœur et de l’estomac. Barclay en son Euphormion sur la fin a fait de fort beaux vers contre cette plante et contre la tabacocapnie, [28][27] que l’on pourrait aussi appeler tobacomanie[29] pour le grand nombre des fous qui s’y amusent. Le Mascardi, savant Italien, a fait une dissertation contre cet abus ; [30][28] et Raphael Thorius en a fait un grand poème, imprimé en Hollande, tout exprès. Le poème est latin, il était anglais, ut revocaret ab usu istius venenatæ tabacocapniæ suos populares[31][29] J’ai céans tous ces livres à votre service.

Scorbut, page 599, [32] morbus est lienis, Galeno incognitus, quem tamen videbat Hippocrates. Ejusmodi affectus non est dicendus stomacace, ut vulgo enuntiatur, sed stomacacce : κακκη enim apud Aristophanem in Nubibus est merda ; et est ni fallor a Latino caco, ut est alioqui mirus in his nequam poeta. Ideo στομακακκη est oris fœtor. [33][30][31][32][33][34][35] Plusieurs modernes en ont parlé et traité expressément, comme Wierus, Martinus, Eugalenus, Horstius, Sennertus, Reusnerus et alii multi, quos possem adfere[34][36][37][38][39][40][41] Cette maladie est rare partout, hormis vers la mer Baltique, où les mauvaises eaux, faute de bonnes, gâtent la rate et corrompent les autres viscères : témoin la corruption des gencives, la puanteur de la bouche, l’obstruction de rate, les ulcères des jambes, le ventre durci et constipé.

Page 654, [35] le mot de variola[42] est fort ancien : outre ce qu’en a dit M. de Saumaise, [43] un certain Marius Episcopus Aventicensis, qui vivait il y a près de mille ans, en a parlé. C’était l’évêque d’Avenches, dont l’évêché a été transféré à Lausanne, qui appartient aujourd’hui à Messieurs de Berne. [44] Le passage en est beau : c’est dans le tome ier du recueil des histoires de feu M. du Chesne, page 215, in medio, anno 4. consul. Iustini, ind. 3[36][45]

Page 714, vers. 7, la rue près des Innocents, où sont les marchands de soie, doit être nommée la rue aux fers[37][46]

Page 775, au milieu de la page, Bru n’est pas une épousée, mais la femme de mon fils. [38]

Page 811, [39] Ange Politien præfatione in Menæchmos a dit en parlant des moines, pavidamque plebem teritant minaciis[40][47][48][49]

Page 838, Sirop [41] est plutôt dit à συραω, id est traho. [42][50]

Page 839, Spagirique [43] est dit de, Zwingero in Examine principorum chymicorum, cap. i, page. 11, απο του σπαν, quod vellere, divellere, et αγειρειν quod congregare significat : ibi quidem heterogenea, hic homogenea[44][51][52][53]

Iohannes de Hortis, alias des Jardins, Medicus Paris. et regius, obiit ultima die Ianuarii, 1548. Factus fuerat Doctor in nostra Facultate anno 1523[45][54][55]

C’est de la part de votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

Le 20e de juillet 1651.


1.

Page 86, 10e ligne (au mot Ban) : « En effet, il se prend souvent en cette signification d’amende dans les lois des Lombards, comme l’a observé Pierre Pithou, liv. ii de ses Adversaires, chap. 20. »

Adversaria (nom neutre pluriel) est un faux ami latin car il n’est pas à prendre au sens d’adversaire, antagoniste ou contradicteur (adversarius, adjectif et substantif) ; mais de cahier qu’une personne a toujours devant les yeux (sous la main) et qu’on peut appeler brouillon, notes, registre ou main courante. Telle est l’acception qu’il convient en effet de donner au mot adversariorum dans les Petri Pithœi I.C. Adversariorum subsecivorum libri ii. Auctorum Veterum loci qui in iis libris aut explicantur aut emendantur, proxime indice notati sunt [Deux livres de notes occasionnelles de Pierre i Pithou, jurisconsulte (v. note [4], lettre 45). Citations des anciens auteurs que ces deux livres expliquent ou amendent, et dont les noms sont consignés dans l’index qui suit] (Paris, Jean Borellus, 1565, in‑4o).

Ménage n’a pas tenu compte de la faute que lui signalait Guy Patin : on la retrouve intacte dans son Dictionnaire de 1694.

2.

V. note [20], lettre 392, pour Turnèbe (Adrien Tournebœuf) et ses Adversariorum tomi iii. Autorum loci, qui in his sine certa nota appellabantur, suis locis inserti, auctoribusque suis adscripti sunt… [Trois tomes de cahiers. On donne la source et l’auteur des citations que les écrivains ont faites sans référence certaine…] (Bâle, Thomas Guarinus, 1581, in‑fo).

3.

Le même contresens (tout de même assez grossier pour un linguiste tel que Ménage) sur les Adversaires de Pierre i Pithou se lit en effet pages 95 (pour le mot Baron) et 193 (Champagne) ; mais non page 196 (Chapeler), où François Pihou, frère de Pierre i, est cité sans employer le mot Adversaires.

4.

Page 104, au mot Béjaune, qui est une corruption de « bec jaune », pour dire niais, inexpérimenté et, à présent, blanc-bec :

« Les Allemands […] appellent aussi un niais gelbsnabel, c’est-à-dire mot pour mot jaune bec. Dans leurs universités, on appelle pareillement Beanus l’écolier qui n’a pas encore déposé, pour user de leurs termes, c’est-à-dire qui n’a pas encore souffert les avanies que le dépositeur, qui est une personne publique et à gages, fait aux écoliers nouvellement arrivés des basses écoles aux écoles de droit. […] Chaque lettre de ce mot Beanus en fait cette définition : Beanus est asinus nesciens vitam studiosorum. {a} Je ne doute point que beanus n’ait été dit par corruption pour bejanus, et que bejanus ne vienne du français béjaune. »


  1. « est un âne qui ne connaît pas les manières des étudiants. »

Le traité grotesque dont parlait Guy Patin était peut-être la parodie de thèse latine intitulée : Themata Medica de Beanorum, archibeanorum, beanulorum et cornutorum quorumcunque affectibus et curatione. Ad quæ, Præsidente admodum præcellenti et exquisito Cornelio Cerasto Cornano, Medico et Cheirurgo Regio Beanorum, respondebit Cariollinus Tevetio Crufenas [Thèse médicale sur les affections et le traitement des niais, des archiniais, des petits niais et des cornus (cocus ?). À laquelle répondra Cariollinus Tevetio Crufenas, sous la présidence du fort excellent et distingué Cornelius Cerastus Cornanus, médecin et chirurgien royal des niais] (Cornanæ, Wolphgangus Blass ins Horn, sans date, in‑4o de 16 pages ; les catalogues modernes datent cette thèse de 1626 environ, mais on lit à la 4e page une épitaphe grotesque, datée du 6 juillet 1651).

5.

Page 111, au mot Bézoar, « antépénultième ligne, lisez Bauhinus » :

« Voyez […] Gaspar Bauchinus, {a} médecin de Bâle, au livre qu’il a fait de lapide Bezaar, Pancirolle tit. iii de sa 2e partie, et Salmuth son commentateur. » {b}


  1. Sic pour Bauhinus, Caspar Bauhin (v. note [7], lettre 159), dont le traité « sur la Pierre de bézoard » a été publié à Bâle en 1613.

  2. Les Antiquités perdues et les choses nouvellement inventées, traduit de l’italien de Guy Panciroli, sur la version latine d’Henri Salmuth, de 1599, par Pierre de La Noue (Lyon, 1617) ; Guido Pancirole (1523-1599) est un jurisconsulte et antiquaire italien.


6.

V. note [2], lettre 158, pour la thèse de Charles Guillemeau sur la Méthode d’Hippocrate, enrichie de onze observations en français, écrites avec Guy Patin, dont la septième était consacrée au bézoard.

7.

Page 134, ligne 17 (au mot Bourdon), « Daubigny dans son Baron de Fæneste… » : v. note [26], lettre 97, pour cet ouvrage de Théodore Agrippa d’Aubigné.

8.

Page 177 (sic pour 176), avec cette définition de Caniculaires :

« Ces jours-là ont été ainsi appelés par les Latins, du lever Heliaque, c’est-à-dire de la première apparition de la Canicule, qui arrivait il y a environ deux mille ans vers le 20 juillet ; duquel temps ils commencent et durent selon l’opinion de quelques-uns trente jours, et quarante ou cinquante selon l’opinion des autres. À présent, la Canicule ne se lève que vers la mi-août. »

V. note [4], lettre 119, pour l’ouvrage du P. Denis Petau « sur la science des temps ».

9.

V. note [12], lettre 503, pour les « Sept commentaires de Jacques Houllier sur les aphorismes d’Hippocrate ». Guy Patin y renvoyait sans doute au commentaire de l’aphorisme no 5, 4e section (pages 170‑171 vo, édition de 1620) : Sub canicula et ante caniculam difficiles ac molestæ sunt purgationes [Pendant la canicule et avant la canicule, les évacuations sont laborieuses] ; mais on n’y pas trouvé le propos qu’il prêtait ici à Houllier.

10.

Page 180, Ménage donne quadragesima [espace de quarante jours, en latin] pour origine du mot Caresme, « à cause des quarante jours de jeûne qui précédaient la fête de Pâques ».

11.

V. note [12], lettre 195, pour les observations de Nicolas Rigault « sur les neuf livres de Tertullien », publiées en 1628. Guy Patin renvoyait à l’Observatio vo ad lib. de Oratione [ve Observation sur le livre de l’Oraison dominicale] (pages 27‑42) :

Osculum pacis post orationem. Jejunii celandi studium. Jejunia communia sive publica, et propria sive privata. Jejunia solida. Semijejuni. Stationes. Eucharistia reservata.

[Baiser de paix après l’oraison ; Observation du précepte qui commande de cacher son jeûne ; Jeûnes communs ou publics, et personnels ou privés ; Jeûnes complets ; Demi-jeunes ; Stations ; {a} Eucharistie reportée]. {b}


  1. Jours de jeûne prolongés jusqu’au coucher du soleil (comme la station du soldat).

  2. Pour cause de jeûne.

12.

Page 189, au mot Cervoise, à l’érudite dissertation de Ménage sur l’étymologie du mot, Guy Patin propose d’ajouter sa facétie latine : « Cervoise parce qu’elle visite le cerveau, ou qu’elle est comme la vigueur du cerveau ».

13.

Page 294, au mot Épices, « ligne 8 », le propos de Ménage que Guy Patin offre d’allonger est : « ce mot d’épices est encore en usage en la signification de dragées et de confitures aux festins solennels des Écoles de théologie de Paris, où l’on a accoutumé de demander sur le dessert le vin et les épices ; la même chose se pratique dans les Écoles de médecine. »

14.

On appelait échaudé un « gâteau fait en forme de triangle ou de cœur avec de la pâte échaudée, de l’eau, du sel, et quelquefois avec du beurre et des œufs » (Furetière).

L’examen du baccalauréat (v. note [2], lettre 39) occupait toute la Semaine sainte, la dernière du carême. La collation des examinateurs respectait la règle de l’abstinence alimentaire catholique. « On appelle fruits de carême, les fruits secs et réservés pour le carême, comme raisins, figues, pruneaux, brignoles, etc. » (ibid.). L’abstinence du vin n’était de mise que le Vendredi saint (jour où les examinateurs ne siégeaient que brièvement, se contentant de donner à chaque candidat un aphorisme d’Hippocrate à commenter le lendemain).

15.

Page 337, la définition du mot Galets se termine par : « Il y a une famille à Chinon qui s’appelle Galet. »

Le chapitre xxx du Gargantua de Rabelais, intitulé Comment Ulrich Gallet fut envoyé devers Picrochole, commence par ce paragraphe :

« Les lettres dictées et signées, Grandgousier ordonna que Ulrich Gallet, {a} maître de ses requêtes, {b} homme sage et discret, duquel en divers et contentieux affaires il avait éprouvé la vertu et bons avis, allât devers Picrochole {c} pour lui remontrer ce que par eux avait été décrété. »


  1. « Jean Gallet, avocat du roi à Chinon, parent d’Antoine Rabelais [père de François], défendit les intérêts des marchands de la Loire contre Gaucher de Sainte-Marthe » (note Mireille Huchon).

  2. « Magistrat dont le rôle est de rapporter les requêtes des particuliers dans le conseil du roi » (ibid.).

  3. V. notes [101], lettre 166, et [10], lettre 435.


16.

Page 345, Ménage donne cette définition du mot Gazette :

« De l’italien Gazetta, qui signifie proprement une espèce de monnaie de Venise, et pour laquelle on avait le cahier des nouvelles courantes. Depuis on a transporté ce nom au cahier même. »

17.

En italien, pie se dit gazza, et la gazzetta, piécette de monnaie, devait en effet son nom à la petite pie qui était frappée dessus.

V. note [3], lettre 90, pour la manière dont Guy Patin avait traité Théophraste Renaudot de babillard (blatero) en 1641, puis devant le Parlement un an plus tard.

18.

Page 376, au mot Haran :

« De l’allemand Haring qui signifie la même chose. Haring, hareng, haran. Arentia pour haran se trouve dans les anciens statuts de Saint-Benoît-sur-Loire. L’allemand haring peut avoir été fait du latin halec. »

V. note [7], lettre 7, pour le naturaliste allemand Conrad Gesner et le quatrième livre de son Historia animalium, consacré aux poissons.

19.

« c’est une espèce d’alose ».

L’alose est une « sorte de poisson de mer ressemblant à la sardine, mais bien plus grosse, qui monte au printemps par les rivières, et surtout par les graveleuses, où elle devient fort grasse. On fait grand trafic d’œufs d’alose dans les Indes, où on en voit plusieurs grands navires tout chargés. En Latin alausa, d’où on a fait le mot français. Quelques-uns dérivent ce mot du Grec hals, qui signifie sel : car en effet l’alose aime tant le sel qu’elle suit les bateaux qui en sont chargés plus de trois cents lieues en terre. On l’a aussi appelée en latin clupea, et en grec thrilla » (Furetière).

Le hareng est présent dans presque toutes les mers froides du globe, et pas seulement en mer Baltique.

20.

« n’est pas le nom d’un poisson, mais d’un condiment à base de poissons, différent de la saumure ».

Du grec alukos, salé, allec (hallec, allex, hallex) est un mot latin, sans équivalent français, désignant une « préparation culinaire à base de poisson décomposé » (Gaffiot), dont les Romains agrémentaient leurs plats. C’était la partie la moins prisée du garum, « assaisonnement liquide obtenu après décomposition de poissons gras dans du sel et des herbes aromatiques » (ibid.). Furetière a assimilé le garum à la saumure : « Liqueur qui se fait du sel fondu, quand on a salé des viandes, du beurre ou autres choses. Les Latins l’ont appelée garum, les Grecs et Arabes muria, qui est la saumure de chair ou poisson salé ; quoique Pline dise que les anciens appelaient garum, la composition qui se faisait des intestins d’un poisson particulier nommé garum, qu’ils faisaient résoudre en sel. »

21.

« On appelait jadis porteurs d’eau les esclaves des prostituées, qui portaient de l’eau en abondance aux femmes pour qu’elles lavent leurs parties intimes après le coït » ; sur le mot Maquereau, pages 450‑451, avec ce propos de Ménage :

« Tripault dans son Celthellenisme, {a} et Savaron sur l’épître vi du livre ix de Sidonius Apollinaris, {b} le dérivent de aquariolus, qui dans Festus, Apulée et Tertullien, se prend pour un homme qui sollicite la pudicité des filles, et croient que nous avons ajouté une m à ce mot, comme à Mars de Αρης, etc. »


  1. Celt’-hellénisme, ou Étymologique des mots français tirés du grec. Plus Preuves générales de la descente de notre langue. Par Léon Trippault, sieur de Bardis, conseiller du roi au siège présidial d’Orléans (Orléans, Éloy Gibier, 1581, in‑4o) : « Mais pourquoi macquereau ne serait étymologisé de aquariolus, la lettre de m étant mise devant, et aussi macquerelle ? » (page 196).

  2. Caii Sollii Apollinaris Sidonii Arvenorum episcopi Opera. Io. Savaro Claromontensis, Regis Christianiss. Consiliarius, Præses et præfectus Arveniæ, multo quam castigatius recognovit, et librum commentarium adjecit… [Œuvres de Caius Solius Apollinaris Sidonius, évêque d’Auvergne (v. note [28], lettre 282) ; Jean Savaron, natif de Clermont-Ferrand (1566-1622), conseiller du roi très-chrétien, président et lieutenant général d’Auvergne, les a très abondamment corrigées et y a ajouté un commentaire…] (Paris, Hadrianus Perrier, 1609, in‑4o, seconde édition, pages 572‑573) ; commentaire des mots meretricii blandimenta naufragii [les séductions du naufrage entre les bras d’une sirène], implorant la clémence du pape envers un de leurs amis communs qui avait renoncé à se débaucher avec une servante lubrique, semblable aux sirènes qui voulurent séduire Ulysse :

    Recte, nam in mythologicis Syrenum nomine meretrices intelliguntur, quæ in acta Siculi maris merebant, olimque meretrices in acta littoris cellas suas collocabant, unde expositis Romani imperii auctoribus in Tiberino littore meretrix ubera admovit, Livius, Florus, et reliqui, quæ Lupa dica est, à qua Lupanaria. […] Suetonius in Nerone c. 27 Quotiens Ostiam Tiberi deflueret, aut Baianum sinum præternavigaret, dispositæ per littora et ripas diversoriæ tabernæ parabantur insignes ganea matronarum institorio copas imitantium atque hinc inde hortantium ut appelleret, ex Seneca clarum est, Controver. 2 lib. i unde aquarii, et aquarioli, Festo, Apuleio in Apolog. et Tertull. oxinde Gallis adjecta m litera, maquereau, et bordeau.

    [Le mot est correct, car dans les écrits mythologiques, le mot sirènes est à entendre comme voulant dire prostituées ; elles sévissaient sur le rivage de la mer de Sicile et jadis, les prostituées installaient leurs cabanes sur les plages de la côte. De là est venu ce qu’on conté des auteurs de l’Empire romain comme Tite-Live, Florus et d’autres, d’une opulente courtisane qui s’installa sur la rive du Tibre ; dénommée Lupa, elle a donné le mot lupanar. {i} (…) Suétone, au chapitre 27 de la Vie de Néron : « Chaque fois qu’il descendait le Tibre pour se rendre à Ostie ou dans l’anse de Baïes, on disposait, le long du rivage, des guinguettes et d’insignes bouges pour le commerce des matrones ; de là, elles s’exhibaient et l’incitaient à accoster. » {ii}. Il est clair que les mots aquarii et aquarioli viennent de Sénèque, Controverse 2, livre i, {iii} de Festus, d’Apulée en son Apologie, et de Tertullien, pour ensuite donner en français maquereau, après addition d’une lettre m, et bordel. {iv} »

    1. V. note [7], lettre 580, pour Lupa, la Louve, la putain, et pour son lupanar.

    2. Avec correction des coquilles que Savaron avait glissées dans le latin de Suétone. Ostie se situe à l’embouchure du Tibre et l’anse de Baïes, plus au sud, dans le golfe de Naples.

    3. Cette 2e controverse du livre i des Lucii Annæi Senecæ Controversiarum libri x [Dix livres de Controverses de Sénèque l’Ancien] discute le cas d’une prêtresse qu’on a prostituée de force.

    4. Assimilation de bordel, bordeau, à « bord de l’eau ».

.
22.

« Et pour que ses servantes ne pussent savoir que je ne l’avais pas touchée, elle a dissimulé son déshonneur en s’aspergeant d’eau » (Ovide, Les Amours, livre iii, élégie vii, vers 83‑84, concluant la mésaventure d’une femme qui, en dépit de toutes ses caresses, n’était pas parvenue à mettre le narrateur en capacité de l’honorer).

23.

Le haut de la page 482 correspond à la fin de la définition de Moutons à la grande laine, que voici en entier :

« Espèce de monnaie de France. Rabelais au Prologue du Quart Livre. En Chinon il change sa coingnée d’argent en beaux testons et autre monnaie blanche, sa coingnée d’or en beaux saluts, beaux moutons à la grande laine, belles riddes, <beaux royaux,> beaux écus au Soleil. {a} À cause qu’elle avait d’un côté saint Jean-Baptiste, et de l’autre un mouton avec toute sa toison, dans la gueule duquel était une banderole avec ces mots, Ecce Agnus Dei. {b} On en voit encore dans les cabinets des curieux. »


  1. Histoire de Couillatris, « abatteur et fendeur de bois » qui, ayant perdu sa cognée, implora si bien les cieux que Jupiter ordonna qu’on lui rendît celle qu’il avait perdue et qu’on lui en donnât aussi deux autres, l’une en or, l’autre en argent.
    « Le teston, frappé à l’effigie des rois de France, était la principale monnaie d’argent. Les saluts portaient sur une de leurs faces la salutation angélique, les moutons à grande laine un Agnus Dei, les riddes (monnaie hollandaise) un chevalier en armes (ridder), les royaux l’effigie du souverain, les écus au Soleil l’écu de France avec les fleurs de lys, surmonté d’une couronne et d’un petit soleil » (note de Mireille Huchon).

  2. « Voici l’Agneau de Dieu ».


24.

« Certains appellent catharma la nicotiane, petun pour les indigènes » : v. note [18], lettre 822, pour les différentes dénominations du tabac ; en l’appelant catharimaria au lieu de catharma, Guy Patin s’est perdu entre le prénom de Catherine de Médicis et le surnom qu’on lui donnait.

En 1559, le roi François ii, fils aîné d’Henri ii et de Catherine de Médicis, avait nommé Jean Nicot (Nîmes 1530-1604) ambassadeur de France au Portugal. Là-bas, le diplomate cultiva des plants de tabac dans ses jardins et en envoya des feuilles à la reine, qui en apprécia les vertus médicinales. La nicotaine doit son nom à Nicot, mais il doit aussi sa célébrité à ses travaux philologiques, réunis dans le Trésor de la langue française, tant ancienne que moderne. Auquel entre autres choses sont les noms propres de marine, vénerie et fauconnerie, ci-devant ramassés par Aimar de Ranconnet, vivant conseiller et président des Enquêtes en Parlement. Revu et augmenté, en cette dernière impression, de plus de la moitié par Jean Nicot, vivant conseiller du roi et maître des requêtes extraordinaires de son Hôtel. Avec une grammaire française et latine, et le recueil des vieux proverbes de la France. Ensemble le Nomenclator de Junius, mis par ordre alphabétique, et crû d’une table particulière de toutes les dictions (Paris, David Douceur, 1606, in‑4o).

Ménage définit le mot Nicotiane à la page 488 des Origines de la langue française, en insistant surtout sur ses liens avec la reine Catherine.

25.

À la suite d’une erreur commise, en 1554, par le botaniste et médecin flamand Rembert Dodoens (Malines 1517-Leyde 1585 ; Dodonæus, écrit Dodones par Guy Patin), professeur de médecine à Leyde en 1582, on a longtemps assimilé le tabac à la jusquiame jaune (Hyoscyamus lutea) ; il lui en est resté cet autre nom de hyoscyame du Pérou.

La jusquiame véritable est une herbe qui « cause une aliénation d’esprit pareille à celle des gens ivres, et fait que les malades se détordent leurs membres avec des grands tremblements, et brayent comme des ânes, ou hennissent comme des chevaux. Avicenne écrit qu’un des symptômes qu’elle cause, c’est que le malade croit qu’on le fouette par tout le corps, bégayant, brayant et hennissant comme un âne et un cheval ; les pistaches sont son contrepoison » (Furetière). « Galien dit en parlant du jusquiame que celui qui a la graine noire provoque à dormir et trouble l’entendement ; que celui qui a la graine un peu rousse, a presque la même proprieté que l’autre ; que l’un et l’autre sont dangereux et venimeux, mais que celui qui a la fleur et la graine blanches est fort bon en médecine, et réfrigératif au troisième degré » (Thomas Corneille).

26.

« Neander a écrit un livre de la Tabacologie » : Tabacologia : hoc est Tabaci, seu Nicotianæ descriptio medico-chirurgico-phamaceutica vel ejus præparatio et usus in omnibus ferme corporis humani incommodis. Per Johannem Neandrum Bremanum, Philosophum et Medicum [Tabacologie, qui est la description médico-chirurgico-pharmaceutique du tabac ou nicotiane, avec sa préparation et son usage, ainsi que toutes ses nuisances ordinaires pour le corps humain. Par Johann Neander, médecin et philosophe natif de Brême (1596-1632)] (Leyde, Isaac Elsevier, 1626, in‑4o).

27.

« Il n’y a donc rien de bon à la tabacocapnie par nez et par bouche » : conclusion négative de la thèse cardinale portant sur la question An cui bono tabaccocapnia per nares et os ? [Y a-t-il quelque chose de bon à la tabacocapnie par nez et par bouche ?], disputée le 2 avril 1626 par le bachelier Urbain Bodineau (v. note [2], lettre 12) sous la présidence de Jacobus Letus (docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, natif d’Aberdeen en Écosse) (Baron).

La tabacocapnie est le nom qu’on donnait alors à l’inhalation du tabac, sous forme de fumée ou de prise.

28.

V. note [3], lettre 220, pour ce passage de l’Euphormion de Jean Barclay.

Ménage, quant à lui, cite cette épigramme de George Buchanan (v. note [11], lettre 65), intitulée De Nicotiana falso nomine Medicæa appellata [De la Nicotiane, affublée du faux nom de Medicæa] (Miscellaneorum Liber [Livre de vers mêlés]) :

Doctus ab Hesperiis rediens Nicotius oris
Nicotianam rettulit ;
Nempe salutiferam cunctis languoribus herbam
Prodesse cupidus patriæ.
At Medice Catharina,
καθαρμα luesque suorum,
Medæa sæculi sui,
Ambitione ardens, Mediceæ nomine plantam
Nicotianam adulterat :
Utque bonis cives prius exuit, exuere herbæ
Honore vult Nicotium.
At vos auxilium membris qui quæritis ægris,
Abominandi nominis
A planta cohibete manus, os claudite, et aures
A peste tetra occludite.
Nectar enim virus fiet, Panacea venenum
Medicea si vocabitur
.

[Revenant du pays des hespérides {a} et désirant rendre service à sa patrie, le savant Nicot a rapporté la nicotiane, herbe salutaire en toutes maladies ; mais Catherine de Médicis, Catharma {b} et calamité de ses sujets, Médée de son siècle, {c} brûlante d’ambition, corrompit en médicée le nom de la plante de Nicot. Tout comme elle avait d’abord dépouillé les Français de leurs biens, elle veut dérober à Nicot la gloire de son herbe. Mais vous qui cherchez un secours à vos maux, tenez vos mains loin d’une plante qui porte ce détestable nom, gardez-vous de le prononcer et de l’entendre, c’est celui d’une horrible peste ; car si vous l’appelez Médicée, vous transformerez un nectar en poison, et une panacée en venin]. {d}


  1. Le Portugal, où Jean Nicot fit son ambassade (v. infra note [24]) : on donnait le nom d’Hespérie à la péninsule ibérique, partie la plus occidentale de l’Europe, à cause d’Hesper, autre nom de Vénus, planète qui paraît le soir à l’ouest. Dans la mythologie, Hesper, frère d’Atlas et père des Hespérides, fut changé en étoile.

  2. Mot grec pour désigner l’objet qu’on rejetait comme impur dans les lustrations (rites de purification).

  3. V. note [13], lettre 695, pour Médée la magicienne.

  4. Buchanan ne s’en prenait donc pas au tabac, mais à la reine Catherine de Médicis.

29.

Dans ses lettres françaises, Guy Patin a parlé de quatre manies : sa propre bibliomanie, la métromanie ou hystéromanie (passion utérine), la démonomanie et ici la tabacomanie.

30.

La diatribe de l’écrivain et historien italien Agostino Mascardi (Sarzana 1590-ibid. 1640) contre le tabac se lit dans le cinquième de ses Ethicæ prolusiones [Préludes éthiques] (Paris, Sébastien Cramoisy, 1639, in‑4o), intitulé De nimio in valetudine curanda studio [Du soin extrême qu’il faut mettre à préserver la santé] (pages 67‑87), dont voici le passage le plus expressif (page 84) :

Ab ea Indiæ parte, quæ solem occidentem excipit, non multis ab hinc annis in Europam herba cum mercibus navigavit. Tabaccum vulgus appellat ab insulæ nomine, illius uberrime feraci. Huiusce igitur graminis, vel ambusti fumus, vel contusi pulvisculus a recte valentibus ad tutelam sanitatis adhibetur. Nasus utriusque curationis non testis modo, sed vias est. Quemadmodum enim Rolandus (Orlandum dicunt), apud nostratem, sed primi nominis poetam furiose delirans, epoto per nares cerebro ad ingenium rediit ; ita qui sanitatem sagaci nare venantur, peregrino vel fumo, vel pulvere nasum vexant, atque ita valetudinem per nasum imbibere se constanter argutantur. Et fumosæ quidem, ac nigræ animæ fistula in os inserta ad lucernam stolide lucubrantes, fumum hauriunt, quem paulo post faucibus regerant, et per nares ejectent. Parum esset si oleum atque operam perderent ; verum tanta totius oris turpitudine fumum efflant, ut mihi videar in Aventino versipellem alieni pectoris abactorem Cacum in spelunca cum Hercule decernentem intueri.

Ille autem (neque enim fuga iam super ulla pericli est)
Faucibus in gentem fumum, mirabile dictu,
Evomit, involvitque domum caligine cæca.

Alii vero pulverem (utique non olympicum) colligentes, parvas ex ebore, vel e peregrino cortice pyxides, argento, auroque vermiculatas ambitiose circumferunt ; ex quibus deprompto pulvisculo nares identidem vellicant, et sternuamentum a cerebo, iniectu pulveris extorquent.

[Il y a peu d’années, une herbe a traversé les mers avec les marchands depuis cette partie de l’Inde où le soleil couchant termine sa course. On l’appelle communément tabacco, d’après le nom de l’île où elle pousse en grande abondance. {a} Des gens en excellente santé, afin de la conserver, emploient donc cette plante, soit en la brûlant pour en faire de la fumée, soit en l’écrasant pour en faire une fine poudre. Dans ces deux manières de faire, le nez n’est pas simplement le dépôt du tabac, mais bien sa voie de pénétration. C’est ainsi qu’en notre pays, Rolandus (qu’on appelle Orlandus), {b} qui délirait furieusement en se croyant un poète de premier renom, revint à la raison après s’être épuisé le cerveau par les narines ; et ainsi, ceux qui chassent la bonne santé avec un flair subtil se tourmentent-ils le nez avec une fumée ou une poudre étrangère, et expliquent-ils invariablement qu’ils s’imprègnent de bonne santé par ce canal. Ces esprits fumeux et noirs passent stupidement leurs nuits auprès de la lampe, une pipe plantée dans la bouche, aspirant une fumée qu’ils s’envoient peu après dans la gorge, puis rejettent par les narines. Ce ne serait pas bien grave s’ils ne faisaient que gaspiller leur huile et leur temps ; {c} mais ils exhalent leur fumée en se gâtant si fort toute la bouche qu’il me semble voir le rusé brigand Cacus en sa grotte de l’Aventin, décidant avec Hercule de qui aura la peau de l’autre.

Ille autem (neque enim fuga iam super ulla pericli)
Faucibus ingentem fumum, mirabile dictu,
Evomit involvitque domum caligine cæca.
 {d}

Mais d’autres recueillent la poussière (qui n’a rien d’olympique), {e} ils portent avec eux de petites boîtes en ivoire ou en bois exotique complaisamment incrustées d’argent et d’or ; après en avoir tiré une fine poudre, ils s’en agacent sans cesse le nez, et le jet de poudre provoque un éternuement qui leur vient du cerveau].


  1. L’île de Tobago, au sud des Antilles ; mais une étymologie plus assurée est tabaco, mot que donnaient les Arawak de ces contrées à la sorte de pipe qu’ils utilisaient pour fumer le tabac.

  2. Roland de Lassus (Orlando di Lasso, Mons 1532-Munich 1594), poète et musicien flamand, considéré comme le plus grand compositeur du xvie s., a vécu en Italie de 1545 à 1555. Il y retourna à plusieurs reprises après s’être établi en Bavière.

  3. Plaute, v. note [12], lettre 139.

  4. « Quant à lui (qui n’a plus d’autre issue au péril), il vomit à plein gosier, ô prodige ! un nuage de fumée et enveloppe sa demeure dans un noir brouillard » (Virgile, Énéide, chant viii, vers 251‑253).
    Brigand mythique, Cacus, fils de Vulcain, habitait les environs du mont Aventin. Il déroba des bœufs à Hercule (v. note [3], lettre de Reiner von Neuhaus, le 21 octobre 1663) et les fit entrer dans sa caverne à reculons, afin que les traces de leurs sabots ne permissent pas à leur propriétaire de les retrouver ; mais un d’entre eux s’étant mis à mugir lorsque le reste du troupeau passa, Hercule enfonça la porte de l’antre et assomma Cacus.

  5. Horace, Odes, livre i, i, vers 3‑4 :

    Sunt quos curriculo pulverem Olympicum
    collegisse juvat metaque fervidis

    [Il en est qui ont recueilli la poussière olympique en courant, et la ligne d’arrivée stimule les plus ardents].


31.

« pour dissuader ses compatriotes de s’adonner à cette vénéneuse tabacocapnie ».

Raphael Thorius, médecin d’origine flamande émigré à Londres, mort en 1625, a laissé plusieurs ouvrages en vers latins, dont un Hymnus tabaci [Hymne du tabac] (Leyde, Isaac Elsevier, 1628, in‑4o, 55 pages ; première édition ibid., 1622).

32.

Page 599, au mot Scorbuth, Ménage ne double pas le second kappa de στομακακη ; il se réfère au livre d’André Falconet sur le sujet (v. note [4], lettre 981) pour étymologiser sur le mot scorbut.

33.

« Le scorbut est une maladie de la rate ; Galien ne l’a pas connue, mais Hippocrate l’a décrite. Il ne faut pas l’appeler stomacacé, comme on fait communément, mais stomacaccé : en effet, dans les Nuées d’Aristophane, kakké veut dire merde ; et si je ne me trompe, donne en latin caco, sans du tout qu’on ait à s’étonner de ses emplois par un poète. Stomacaccé est donc une puanteur de bouche. »

Pour justifier le doublement du c qu’il réclame dans le mot stomacacé, qui est un signe de scorbut avéré (v. note [5], lettre 427), Guy Patin en appelle aux deux kappa du mot grec κακκη (kakkê, la merde) ; il renvoie à son emploi par Aristophane dans sa pièce intitulée Les Nuées. On y lit en effet cette mésaventure de Socrate (v. note [4], lettre 500) : « Il observait le cours de la lune et ses révolutions, la tête en l’air, la bouche ouverte ; un lézard, du haut du toit, pendant la nuit, lui envoya sa fiente » ; mais Aristophane la raconte sans utiliser le mot kakkê.

Caco, en latin, signifie « je chie ». Martial est le poète qui a le plus employé ce verbe et ses dérivés : on le lit dans sept de ses épigrammes.

34.

« et quantité d’autres que je pourrais vous procurer » V. notes [6] et [8], lettre 427, pour ces auteurs allemands, médecins ou philologues, et une demi-douzaine d’autres.

35.

Page 654, Ménage écrivait de vérole, au sens de variole (petite vérole, v. note [4], lettre 81), et non de syphilis (grande vérole) :

« De variola, à cause qu’elle varie et diversifie par des taches la couleur du visage. C’est pourquoi, dit le président Fauchet au livre de l’Origine des armoiries, il faudrait écrire vairole. {a} Turnèbe sur ce mot de Cicéron contre Isoricus, rapporté par Quintilien au chap. de risu : {b} Miror quid sit quod pater tuus homo constantissimus te nobis varium reliquit. Vari (dit-il) appellantur pustulæ quæ toto corpore, præsertimque facie nasci solent, quasdamque in vultus cavitates facere, verolas vulgo vocant. Inde varius homo dicitur per ambiguitatem vel inconstans, vel illis cavitatibus deformis. {c} Voyez vair et rougeole. Voyez aussi M. de Saumaise en son livre des Années climatériques, page 726, où il montre que cette maladie a été connue des Anciens. » {d}


  1. Origines des chevaliers, armoiries et hérauts. Ensemble de l’ordonnance, armes et instruments desquels les Français ont anciennement usé dans les guerres. Recueillies par Claude Fauchet [président en la Cour des monnaies] (Paris, Jérémie Périer, 1600, in‑4o, page 22) : « Quant au mot de vair, il vient de variare, puisque les médecins appellent variola la maladie des petits enfants, qu’on doit écrire vairolle, pource qu’elle tache et varie et diversifie la couleur du visage. »
    L’hermine et le vair sont les deux fourrures qu’on emploie dans les blasons ; le vair est fait « de plusieurs petites pièces d’argent et d’azur, à peu près comme une cloche de melon ; les vairs ont la pointe d’azur opposée à celle d’argent, et la base d’argent opposée à celle d’azur » (Thomas Corneille).

  2. « Du rire » ; v. supra note [2], pour les Adversaria de Turnèbe, et note [4], lettre 244, pour l’Institution oratoire de Quintilien.

  3. « Je m’étonne que ton père, qui était le plus constant des hommes, nous ait laissé quelqu’un d’aussi changeant que toi. On donne le nom de vari aux pustules qui naissent communément par tout le corps, et principalement au visage, pour y creuser des cavités ; c’est ce qu’on appelle vulgairement verolæ. Il y a donc ambiguïté quand on dit d’un homme qu’il est varius : soit il est de caractère changeant ; soit il est défiguré par ces cavités. »

  4. V. note [27], lettre 146, pour ce traité de Claude i Saumaise de Annis climactericis (1648). Le précepte qu’il y défendait, page 726, sur l’ancienneté de la variole, était que :

    Quæ dicuntur hodie variolæ et morbillis, rubiolas nos vocamus, non nemo credit hodiernorum medicorum antiquo ævo fuisse incognitas.

    [Plus aucun médecin moderne ne croit que les maladies qu’on appelle varioles et rougeoles, et que nous regroupons sous le nom d’érythèmes, aient été inconnues dans l’Antiquité].

36.

Historiæ Francorum scriprores coætanei, ab ipsius gentis origine, ad Pipinum usque Regem. Quorum plurimi nunc primum ex variis Codicibus mss. in lucem prodeunt : alii vero auctiores et emendatiores. Cum epistolis Regum, Reginarum, Pontificum, Ducum, Comitum, Abbatum et aliis veteribus Rerum Francicarum Monumentis. Opera ac studio Andreæ Du Chesne Geographi Regii. Tomus i [Les écrivains contemporains de l’Histoire des Francs, depuis l’origine de ce peuple jusqu’au roi Pépin (dit le Bref, qui régna de 751 à 768). Les écrits de nombre d’entre eux, tirés des manuscrits, paraissent pour la première fois ; ceux des autres sont fort corrigés et augmentés. Avec les lettres de rois, de reines, de papes, de ducs, de comtes, d’abbés et avec d’autres mémoires anciens sur l’Histoire des Francs. Par les soins et les travaux d’André Du Chesne (Andreas Chesneus ou Querneus, L’Île-Bouchard 1584-Paris 1640, géographe et historien). Tome i] (Paris, Sébastien Cramoisy, 1636, in‑4o, page 215) :

Anno iv Cons. Iustini Iun. Aug. Ind. iii.
Hoc anno morbus validus, cum profluvio ventris, et variola, Italiam, Galliamque valde afflixit ; et animalia bubula per loca suprascipta maxime interierunt. Eo anno mortuus est Celsus Patricius.

[En la quatrième année du règne de Justinus Junior, mois d’août, 3e inscription. {a}
En cette année, une forte maladie a gravement affligé l’Italie et la France, avec flux de ventre et variole ; et les bovins périrent en grand nombre dans les susdits pays]. {b}


  1. Justinus Junior est un empereur byzantin qui régna sous le nom de Justin ii de 565 à 578 ; ce qui date ce passage de l’an 569.

  2. La source indiquée dans la table qui se trouve au début de l’ouvrage est l’Appendice de la Marii Aventicensis seu Lausanensis episcopi Chronicon. A tempore, quo Prosper Aquitanus desinit, usque ad annum vulgaris Æræ dlxxxi. Ex pervetusto Cod. Ms. Petri Francisci Chiffletii Societatis Iesu nunc primum in lucem editum [Chronique de Marius, évêque d’Avenches, autrement dit Lausanne. Depuis la mort de Prosper d’Aquitaine à l’an 581 de notre ère. Provenant d’un très vieux manuscrit de Pierre-François Chifflet, de la Société de Jésus, ici mis en lumière pour la première fois].
    Avenches est une ville du canton de Vaud, proche du lac de Morat, une centaine de kilomètres au nord-est de Lausanne. Marius d’Avenches en fut le dernier évêque, de 573 à sa mort, en 593. Natif d’Autun, il est surtout connu pour sa Chronique qui prolongeait celle de Prosper d’Aquitaine (Prosper Tiro, mort vers 390), disciple d’Augustin d’Hippone et lui-même continuateur de la Chronique universelle de saint Jérôme.


37.

La page 714 correspond à la fin d’un copieux complément au mot Four<r>age (défini pages 324‑326). On y lit aux 5e à « 7e lignes » : « Il y a à Paris une autre rue au Feurre, qui est proche le cimetière Saint-Innocent, et où demeurent les marchands de soie. » V. note [44], lettre 485, pour la rue aux Fers.

38.

Page 775, Ménage commence en effet curieusement son complément à la définition de Bru par une espousée.

39.

Définition du mot Menace, page 811 :

« De minaciæ, qui se trouve dans Plaute in Milite glorioso, acte 2, scène 4 : Non possunt mihi minaciis tuis hisce, oculi fodiri. {a} »


  1. « Tes menaces ne peuvent m’ôter les yeux de la tête », réplique (vers 374) de l’esclave Sceledrus à la courtisane Philocomasie dans le Miles gloriosus [Le Soldat fanfaron] (v. note [10], lettre 541).

40.

« ils terrifient le peuple avec leurs menaces ».

Le Prologus in Plauti comœdiam Menæchmos [Prologue aux Ménechmes de Plaute (v. note [9], lettre 75)] d’Ange Politien (v. note [7], lettre 855) se trouve aux pages 95-96 de ses Opera omnia [Œuvres complètes] (Bâle, Nicolas Episcopius junior, 1553, in‑6o) ; il est composé de 48 vers, dont l’avant-dernière strophe s’attaque aux moines :

Sed qui nos damnant, histriones sunt maxumi.
Nam Curios simulant, vivunt bacchanalia.
Hi sunt præcipue, quidam clamosi, leves,
Cucullati, lignipedes, cincti funibus,
Superciliosum, incurvicervicum pecus.
Qui quod ab aliis et habitu et cultu dissentiunt,
Tristesque vultu vendunt sanctimonias,
Censuram sibi quandam, et tyrannidem occupant.
Pavidamque plebem territant minaciis
.

[Mais ceux qui nous {a} blâment sont de parfaits bouffons. Ils feignent d’être des Curius, {b} mais mènent une vie de débauche. Ce sont surtout des braillards, inconsistants, encapuchonnés, portant galoches, ceinturés de cordes ; un troupeau renfrogné qui va la tête courbée. Comme ils se distinguent des autres par l’habit et la manière de faire, sinistres de mine, ils vendent des indulgences, ils s’arrogent le droit de censurer et de tyranniser, et ils terrifient le peuple avec leurs menaces].


  1. Nous les poètes.

  2. Marcus Curius Dentatus est un consul romain du iiie s. av. J.‑C. tenu pour un parangon de frugalité et de désintéressement. Qui Curios simulant et Bacchanalia vivunt est un vers de Juvénal (Satire ii, vers 3) que Rabelais a aussi repris dans son Pantagruel (livre ii, chapitre xxxiv).

41.

Page 838, dans son addition à la définition du mot Sirop, Ménage écrit : « Quelqu’un dit que le sirop est ainsi appelé, comme si c’était Συριας οπος, Syriæ succus [suc de Syrie], mais cela est ridicule. »

Dans sa définition première (page 609), Ménage tirait le mot sirop de l’arabe schirab, potion ; pour la même raison et par le verbe scharab, boire, Littré (DLF) rapproche sirop de sorbet.

42.

« suraô, c’est-à-dire je tire »

Guy Patin était si sûr de son fait qu’il écrivait ici sirop (comme plusieurs autres ailleurs) avec un y (upsilon), syrop ; suraô n’étant attesté dans aucun dictionnaire de grec ancien, sans doute voulait-il écrire συρω et rejoindre l’étymologie que Furetière a ajoutée à celle de Ménage :

« D’autres le dérivent du grec syrô, qui signifie je tire, et de opos, qui signifie suc. »

43.

Page 839, Ménage dit de Spagirique :

« C’est ainsi que Paracelse appelle un alchimiste ; et Vossius de vitiis sermonis, page 606, {a} tient que ce mot est formé de σπαν, trahere, extrahere, et d’αγειρειν, congregare, {b} c’est-à-dire des deux principales fonctions de l’art, dont ceux qui en font profession enseignent comment il faut composita resolvere et resoluta componere. » {c}


  1. V. notule {c} de la note [7], lettre 203, pour le livre de Gerardus Johannes Vossius « sur les vices du discours » (1645), dont Ménage a strictement repris l’étymologie (comme a plus tard fait Littré DLF).

  2. « tirer, extraire […] et rassembler ». Σπαν (span) est l’infinitif contracté de σπαδονιζειν, arracher (précision aimablement fournie par le Pr Sophie Minon, v. note [1], lettre 115).

  3. « dissocier ce qui est composé et composer ce qui est dissocié » ; ce qu’on désigne aujourd’hui en chimie sous les noms d’analyse et de synthèse. V. note [1], lettre 824, pour le sens péjoratif de chimiste que le mot spagirique avait pris sous la plume de Guy Patin.

44.

« selon Zwinger en son Examen des principes chimiques, chapitre i, page 11, apo tou span qui signifie arracher, déchirer, et ageinein, rassembler : ce qui s’applique d’un côté aux substances hétérogènes, de l’autre aux substances homogènes. »

Jakob Zwinger (Bâle 1569-ibid. 1610), fils de Theodor (v. note [34], lettre 297), exerça la médecine en sa ville natale et y tint la chaire de langue grecque. Il a été le maître et l’ami de Caspar Hofmann (v. note [20], lettre 407).

Dans son Principorum chymicorum Examen ad generalem Hippocratis, Galeni, cæterorumque Græcorum et Arabum consensum institutum : Elegantibus nonnullorum remediorum præparationibus exornatum. Cum Indice locupl. [Examen des principes chimiques, en vue d’établir un accord général entre Hippocrate, Galien, d’autres auteurs grecs et des Arabes ; enrichi des préparations correctes de quelques remèdes. Avec un très riche index] (Bâle, Henricpetrus Sebastianus, 1606, in‑8o), Zwinger procurait en effet l’étymologie précise (paracelsiste) que Vossius avait reprise 35 ans plus tard, précédent que Guy Patin signalait ici à Gilles Ménage :

Spagyricam primus Theophrastus Paracelsus Helvetius : etymo forsan non penitus inepto, απο του σπαν, quod vellere, divellere, et αγειρειν quod congregare significat.

[Le Suisse Théophraste Paracelse a inventé la Spagirique, avec une étymologie qui n’est peut-être pas tout à fait déraisonnable, faite à partir de span…].

45.

« Iohannes de Hortis, autrement nommé Des Jardins, médecin de Paris et du roi, mourut le dernier jour de janvier 1548. Il avait été reçu docteur de notre Faculté en l’an 1523. »

Ce ne sont pourtant pas les indications chronologiques que Ménage a retenues dans sa Vita Johannis Hortensii, Medici Parisiensis. Scriptore Ægidio Menagio ad Petrum Guillelmum Menagium, Fratris filium [Vie de Jean Des Jardins, médecin de Paris. Par Gilles Ménage à l’intention de Pierre Guillaume Ménage, fils de son frère] qui apparaît dans les Preuves de ses Vitæ Petri Ærodii, quæsitoris regii Andegavensis, et Guillelmi Menagii, advocati regis Andegavensis. Scriptore Ægidio Menagio [Vies de Pierre Ayrault, lieutenant criminel du roi à Angers (grand-père maternel de Gilles Ménage), et de Guillaume Ménage, avocat du roi à Angers (son père)] (Paris, Christophe Journel, 1675, in‑4o, pages 511‑517).

En voici quelques extraits :

Johannes de Hortis, proavus meus, atavus tuus, Petre Guillelme Menagi ; sive potius Johannes Hortensius ; nam ita se appellari voluit ; mutas quidem agitavit artes, sed non, ut Virgilianus ille Iapis, inglorius : fuit enim Francisci i. Regis Galliæ, Medicus celeberrimus. […] Anno Christianorum m. iɔ. ix. factus Magister in Artibus […]. Humaniorum litterarum in Schola Cardinalicia Professorem tunc fuisse […]. Ad Medicinæ studium cum se postea contulisset, Baccalarius factus anno m. iɔ. xiv. anno m. iɔ. xvii. sub Decanatu Ludovici Brallonis, Medici celeberrimi, popularis sui ; erant enim ambo Laudunenses ; secundum locum, qui priori honoratior haberi solet, in Licentiatorum ordine consequutus est. Anno vero m. iɔ. xix. (quod a Jacobo Mentello, Medico Parisiensi, talium rerum non incurioso, accepi) Doctor Medicus declaratur a Ludovico Burgensi, Medico illo præstantissimo, qui Archiatrorum Comes cum esset, Francisco Primo apud Hispanos captivo, adfuit. […] Anno m. iɔ. xxiv. et insequenti, Decanatum gessit : ex quo facile judicare potes quanti a Collegis, etiam juvenis, fieret. Altero Decanatus anno, dono dedit Bibliothecæ Facultatis Opera Galeni Græce edita, ut ad ea, quoties opus esset, Medicinæ studiosi confugerent : nam Græcæ linguæ ut doctissimus, ita amatissimus fuit ; docuit autem diutissime ; Discipulos continuo hortabatur : ut quos sine Græcarum litterarum cognitione in Medicos eximios evadere posse, non existimaret. […]
Anno m. iɔ. xlviii. mortuus est ictu sanguinis, dum suos, die natali, convivio exciperet. Quæ mors repentina atque improvisa occasionem dedit Philippo Portæo in ejus obitum Carmen scribendi […].
Ipse quoque hos versus scripsi in idem argumentum
 :

Magnus in exigua situs hic Hortensius urna,
Quem stupuit Medicum Principis Aula suum.
Natali, de more, die, sanusque valensque,
Dum læto natos excipit ille epulo,
Percutit incautum Mors scævo sanguinis ictu,
Et sternit tacitis insidiosa dolis :
Quippe timens, ne si secum certaret aperto
Marte, daret victas turpiter ipsa manus.

[…] Quin etiam tanti ipsum faciebant cives Parisienses, ut cum significatum vellent, nulla medicorum ope mortem vitari posse, hunc tritum ore vulgi versiculum ; ad cognomen ejus rescipientes ; subinde usurparent ;

Contra vim mortis, non est medicamentum in Hortis.

[Johannes de Hortis, mon ancêtre {a} et votre quadrisaïeul, Pierre-Guillaume Ménage, ou plutôt Johannes Hortensis, car c’est ainsi qu’il a voulu qu’on l’appelât, a certes exercé un métier silencieux, mais non sans gloire, comme fit le Iapyx de Virgile ; {b} car il fut le plus honoré médecin de François ier, roi de France. (…) Reçu maître ès arts en 1509 (…), il professa alors les humanités au Collège du Cardinal Lemoine. (…) S’étant plus tard tourné vers l’étude de la médecine, il fut reçu bachelier en 1514, 1517, pendant le décanat de Louis Braillon, très célèbre médecin et son compatriote, tous deux étant natifs de Laon. Il obtint le second lieu de la licence, qu’on a coutume de tenir pour plus honorable que le premier. {c} En 1519 (à ce que j’ai appris de Jacques Mentel, médecin de Paris qui ne manque pas de curiosité pour de tels sujets), {d} il fut admis au doctorat par Louis de Bourges, ce très éminent médecin qui, étant premier médecin du roi, fut aux côtés de François ier pendant sa captivité en Espagne. {e} (…) En 1524 et l’année suivante, il assura la charge de doyen ; ce qui vous permet aisément de juger quel cas ses collègues faisaient de lui, en dépit de son jeune âge. Dans la seconde année de son décanat, il fit don à la bibliothèque de la Faculté d’une édition grecque des œuvres de Galien afin que les étudiants de médecine pussent y recourir chaque fois que nécessaire ; car outre qu’il était très savant en langue grecque, il l’affectionnait énormément. Il l’enseignait même très souvent, encourageant continuellement ses élèves, estimant qu’on ne pouvait pas former d’excellents médecins sans connaissance de la littérature grecque. (…) {f}
Il périt d’un coup de sang {g} le jour de Noël 1548, alors qu’il recevait les siens à dîner. Cette mort subite et imprévue donna occasion à Philippe Desportes d’écrire un poème sur son décès (…). {h}
J’ai moi-même écrit ces vers sur le même argument :

Ici en cette urne exiguë gît le grand Hortensius,
lui que la cour admira, comme médecin de son roi.
Sain et fort, le jour de Noël, comme, suivant la coutume,
il reçoit ses enfants pour un joyeux repas,
sans prévenir, la Mort le frappe d’un sinistre coup de sang,
et la perfide le terrasse par ses secrètes ruses,
craignant bien que si elle engageait avec lui un combat loyal,
elle tendrait ses mains vaincues pour qu’il les enchaînât
.

(…) Bien mieux, les Parisiens faisaient si grand cas de lui que, quand ils voulaient dire que la mort est inévitable, quoi que fassent les médecins, souhaitant honorer son nom de famille, ils utilisaient souvent ce vers fort populaire :

Contre la puissance de la mort, il n’y a pas de médicament dans les jardins]. {i}


  1. « Pierre Ayrault, aïeul maternel de M. Ménage, épousa Anne Des Jardins, fille de notre Hortensius, et de Marie Le Tellier, sa seconde femme, qui était de la même famille dont M. le chancelier Le Tellier descendait » (note de Bayle).

  2. Virgile raconte (Énéide, chant xii, vers 395-397) qu’Apollon (v. note [8], lettre 997), pris d’un grand amour pour Iapyx, fils d’Iasus, s’était plu à lui offrir ses arts et offices, l’art augural, la cithère, les flèches rapides ; mais que Iapyx :

    ille, ut depositi proferret fata parentis,
    scire potestates herbarum usumque medendi
    maluit et mutas agitare inglorius artis
    .

    [pour prolonger la destinée de son père qui était sur son lit de mort, préféra connaître les vertus des herbes et la manière de remédier, pour exercer sans gloire un métier silencieux].

  3. V. note [8], lettre 3, pour les lieux de licence.

    Le catalogue de Baron confirme que Des Jardins (Joannes de Hortis Laudunensis, alias Hortensius) fut reçu bachelier sous le décanat de Louis Braillon (novembre 1516-novembre 1518) ; ce qui veut dire qu’il obtint son baccalauréat de médecine au printemps de 1518. Ménage est resté dans le vague avec ses deux dates (1514, 1517), ignorant sans doute que l’examen des candidats n’avait lieu que les années paires. Des Jardins obtint sa licence à la fin du printemps 1519, et sa régence à la fin de cette même année (mais sans pouvoir en donner la date précise car Baron n’a recensé les thèses qu’à partir de 1539).

  4. Ménage n’a pas suivi l’avis de Guy Patin qui donnait 1523 pour date du doctorat de Des Jardins.

  5. Capturé pendant la bataille de Pavie (24 février 1525), François ier fut détenu pendant un an à Madrid.

  6. En dépit de ses grands talents littéraires, Des Jardins n’a écrit aucun livre.

  7. Une attaque cérébrale (apoplexie, v. note [5], lettre 45).

  8. Ménage a ici donné la traduction latine, par François Vavasseur, s.j. (v. note [17], lettre 195), de ces vers de Philippe Desportes (1546-1606), abbé de Tiron, surnommé le Tibulle français :

    « Après avoir sauvé par mon art secourable,
    Tant de corps languissants que la mort menaçait,
    Et chassé la rigueur du mal qui les pressait,
    Gagnant comme Esculape * un nom toujours durable.

    Cette fatale Sœur, cruelle, inexorable,
    Voyant que mon pouvoir le sien amoindrissait,
    Un jour que son courroux contre moi la poussait,
    Finit quant et ** mes jours mon labeur profitable.

    Passant, moi qui pouvais les autres secourir,
    Ne dis point qu’au besoin je ne pus me guérir ;
    Car la mort qui doutait l’effort de ma science,

    Ainsi que je prenais librement mon repas,
    Me prit en trahison, sain et sans défiance,
    Ne me donnant loisir de penser au trépas. »

    v. note [4], lettre 551.
    ** Avec.

  9. V. note [2], lettre 140, pour ce dicton tiré de la Schola Salernitana [L’École de Salerne], dont le dernier mot, hortis, était ici paré d’une majuscule et détourné à la gloire de Des Jardins.


Ce post-scriptum de Guy Patin dissipe les derniers doutes qu’on pourrait avoir sur l’identité du destinataire de sa lettre.

a.

Le 27 avril 2016, en réponse à l’appel que M. Guy Cobolet, directeur de la BIU Santé, a lancé à ses collègues du monde entier (vActualité du site, en date du 2 mai 2016), MmeCaroline Chevallier, bibliothécaire chargée des manuscrits et de la musique à la Bibliothèque universitaire d’Uppasala, nous a très obligeamment communiqué le lien à cette précieuse feuille isolée d’une lettre conservée à l’Uppsala universitetsbibliotek, sous la cote Waller Ms fr-07023, provenant de la collection d’autographes du médecin suédois Erik Waller (1875-1955).

Datée du 20 juillet 1651, sa première feuille (sans doute une page et l’adresse) fait défaut et son destinataire n’est pas identifié ; mais sa lecture montre bien qu’il s’agit de Gilles Ménage, car c’est une suite de remarques critiques, page à page, de ses Origines de la langue française (Paris, Augustin Courbé, 1650, in‑4o).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Gilles Ménage à Guy Patin, le 20 juillet 1651.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1019
(Consulté le 15.10.2019)

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