L. 97.  >
À Charles Spon, le 16 novembre 1643

Monsieur, [a][1]

Je vous prie de croire que si vous êtes bien aise de recevoir mes lettres, que je suis encore tout autrement joyeux de recevoir les vôtres. Je sais bien que vous m’aimez, et tout autrement que je ne mérite : votre amitié m’est un insigne bonheur et mon peu de mérite est mon malheur ; je me tiendrais bien heureux si je le pouvais amender. Le bon M. de Saumaise [2] est parti le 4e de ce mois pour < la > Hollande, utinam felici cursu naviget ; [1] c’est le grand bien de la république littéraire qu’il soit là afin qu’il nous y fasse imprimer tant de beaux livres qu’il a tous prêts. Tandis qu’il est en chemin, je l’accompagne de mes vœux, comme fit Horace [3] le bon Virgile [4] qui s’en allait d’Italie à Athènes : Navis quæ tibi creditum Debes Salmasium, finibus Atticis, Reddas incolumem precor, Et serves animæ dimidium meæ[2] On lui a offert ici des pensions, mais je pense qu’il a fort bien fait de ne pas s’y arrêter ; si Casaubon [5] s’en est autrefois plaint, ce serait bien pis maintenant : les financiers étaient des saints en ce temps-là au prix de ceux d’aujourd’hui, quoi qu’en dise Joseph Scaliger [6] en ses Épîtres, epistola 58, que je pense vous avoir indiquée par ci-devant[3] Je pense que le zucharum Nabeth [4] des Arabes [7] est quelque espèce de sucre [8] qui ne se voit point de deçà ; nous verrons ce qu’en dira M. de Saumaise en son traité. Si vous n’avez pas à vous les Épîtres de Casaubon in‑4o, mandez-le moi, je puis aisément vous en envoyer de deçà. Pour le Gronovius, [9] je l’ai vu ici. [5] La semaine passée, j’eus le bonheur de consulter [10][11] ici pour votre ancien ministre, et presque le pape de toute la Réforme, M. Du Moulin. [12] Je fus tout réjoui de voir ce bonhomme encore gai en son âge. Ce fut M. Guénault le jeune [13] qui m’y mena. Il est fort âgé, sed cruda viro viridisque senectus[6][14] On imprime ici sa Physique, qui est toute nouvelle, sa Morale, qui est toute autre que celle qui est imprimée, et sa Logique, qui est corrigée. Quand ces trois livres seront imprimés en français, on les imprimera en latin. Je suis ravi de ce que vous me mandez de M. Petit [15] et souhaite fort qu’il soit ravi, tanto enim doctori impense faveo. [7] M. Du Moulin revient des eaux de Saint-Myon [16] où il s’est gouverné, à ce que j’apprends, par le conseil d’un médecin de Lyon nommé M. Le Gras. [8][17] Dieu le conserve puisque par son bon conseil, il nous a conservé un si digne personnage. Il parle de s’en retourner à Sedan [18] au plus tôt, mais tout le monde le retient ici et ne sait pas quand il partira. Je vous prie de me conserver aux bonnes grâces de M. Ravaud. [9][19] Je lui ai beaucoup d’obligation, et à vous aussi ; néanmoins, si j’eusse pensé que c’eût été tout de bon, je vous eusse fourni quelque mémoire pour mon épître, quandoquidem licet viro bono habere rationem suæ famæ, quam nullo pretio debet negligere ; [10] mais puisque c’en est fait, il n’y faut plus penser. [20] Le docteur anonyme de notre Corps est le jeune Yvelin [21] qui est embarrassé dans la démonomanie de Louviers ; [22] il médite encore quelque chose de nouveau sur ce sujet. [11] Pour les énergumènes, [12][23][24] je croirais volontiers que c’est une fable que tout ce qu’on en dit. L’autorité et la sainteté du Nouveau Testament me révoquent de cette croyance ; [13] je crois ce qu’en dit la Sainte Écriture, mais je ne crois rien de ce qu’en disent les moines d’aujourd’hui. Nous sommes en un siècle fort superstitieux et tout plein de forfanteries. En toutes les possessions modernes, il n’y a jamais que des femmes ou filles, des bigotes ou des religieuses, et des prêtres ou des moines après ; de sorte que ce n’est point tant un diable d’enfer qu’un diable de chair, que le saint et sacré célibat [25][26] a engendré. C’est plutôt une métromanie ou hystéromanie [27] qu’une vraie démonomanie. [14] On ne parlait pas autrefois de cette diablerie, ç’ont été les moines qui l’ont mise en crédit depuis cent ans ou environ afin de faire valoir leur eau bénite, laquelle autrement aurait pu s’éventer par les écrits de Luther [28] et de Calvin. [15][29][30] Je ne croirai ni homme, ni femme démoniaque si je ne les vois, mais je me doute qu’il n’en est guère. La démonomanie de Loudun [31] a été une des fourberies du cardinal [32] tyran (et plût à Dieu qu’il n’eût fait que celle-là) pour faire brûler un pauvre prêtre qui [valait] mieux que lui, nommé Grandier, [33] qui avait autrefois écrit un libelle [diffamatoire, intitulé] La Cordonnière, duquel ce tyran se trouva fort offensé et [qui est le premier] qui fût jamais fait contre lui. [16] Pour celle de Louviers, je tiens pour [certain que c’est] encore quelque autre sottise, sed nondum liquet de specie, quamvis [certo mihi constet] de genere[17] Vous ne voyez que prêtres et moines s’en mêler sous ombre d’Évangile, mais tout ce qu’ils en font est à cause de la fillette qui est au bout et qui les fait enrager. Ce qui me fait soupçonner que toute cette prétendue diablerie ne provient que de l’artifice des moines, c’est que ce diable ne se montre ou ne se fait entendre qu’aux pays où il est trop de moines : il ne se voit rien de pareil en Angleterre, en Hollande, ni en Allemagne ; il a fait autrefois quelque bruit à Rome, mais le pape [34] d’aujourd’hui, qui est un fin et rusé politique, y a tant apporté de précaution et tant de règles que, si le diable d’enfer a peur de ses exorcismes et de son eau bénite, ce diable supposé n’a pas moins peur du barisel et du bourreau de Rome. [18] Pour les auteurs qui en ont traité, il me semble que le mieux de tous, ç’a été Ioannes Wierus, libro de præstigiis dæmonum ; [35] il est en latin et en français, mais la meilleure édition est latine, in‑4o[19] Voyez ce que dit M. de Thou [36] de Marthe Brossier, [37][38][39] l’an 1599, et le cardinal d’Ossat [40] en ses belles lettres. [20] Il me semble qu’entre les Dialogues de Vanini, [41] il y en a de Dæmoniacis ; [21] au moins en est-il parlé quelque part, et y en a de fort bonnes choses. [42][43] Il s’est autrefois ici fait un petit traité touchant cette Marthe Brossier par un de nos médecins (c’était le Grand Piètre, [44] maître Simon, qui mourut l’an 1618). [22] Je vous envoie le mien que voilà que je mets en votre paquet, j’en recouvrerai un autre. Votre célèbre ministre de quo supra[23] M. Du Moulin, réfutant les miracles de la papauté, a dit que nos moines ne savaient faire que ce miracle, [45] de chasser ces prétendus diables ; c’est en son livre de l’Accomplissement des prophéties[24] La Démonomanie de Bodin [46] ne vaut rien du tout : il n’y croyait point lui-même ; il ne fit ce livre qu’afin qu’on crût qu’il y croyait, d’autant que, pour quelques opinions un peu libres, il fut soupçonné d’athéisme, puis il favorisa les huguenots ; [47] depuis, il se fit ligueur [48] de peur de perdre son office, et enfin mourut de la peste à Laon [49] où il était procureur du roi ; juif et non chrétien, [50] il croyait que celui qui avait passé 60 ans ne pouvait mourir de ce mal, et lui-même en mourut l’an 1596. [25] Pline [51] Pline [52] avait eu la même opinion. Il y a aussi quelque chose de gaillard de cette démonomanie dans le Baron de Fæneste[53] première ou deuxième partie, où se lisent des vers qui commencent ainsi : Notre curé la baille belle aux huguenots de La Rochelle, etc. [26] Et néanmoins, il y a bien encore de bonnes choses à dire sur cette matière qui n’ont pas été dites. Voyez le deuxième tome des Diverses leçons de Louis Guyon, [54] sieur de la Nauche, où il parle de certaines filles de Rome en grand nombre qui furent rudement fessées par le commandement du pape Paul iv[55] et cetera quæ memoriæ non succurunt[27] Je vous remercie de ce que vous m’avez appris de la pharmacie des loyolites. [56] Ces bourreaux feront à la fin tous les métiers imaginables pourvu qu’il y ait à gagner. Cela servira au chapitre de la médecine qui sera dans le quatrième livre que fait imprimer le bon M. Hermant contre eux, [57][58] qui est une réfutation de la réponse qu’ils ont faite à son Apologie[28] Pour le docteur Meyssonnier, [59] longtemps y a que je le connais, et son mérite particulier, pour la reconnaissance duquel je lui souhaite de bon cœur une place aux Petites-Maisons, [60] qu’il mérite fort bien ; [29] ou bien, comme disait cet avocat de Nîmes [61] d’un mineur débauché qui plaidait contre son tuteur, je demande qu’il soit fait moine, vu qu’il s’amendera là-dedans ou qu’il n’amendera jamais ailleurs. Il y eut autrefois un pendard d’Italien qui osa bien faire des vers contre Marc-Antoine Muret ; [30][62] mais parce qu’il y avait des fautes, ce grand homme ne daigna lui faire réponse, il envoya seulement ce distique à ce Brescian pour lui faire peur : [63]

Brixia, vestrates quæ condunt carmina vates,
Non sunt nostrates tergere digna nates
[31]

J’en dis de même des écrits de Meyssonnier. Quand il tombait entre les mains de Joseph Scaliger [64] quelque ridicule pièce de quelque loyolite, il la déchirait et disait ces mots de mépris : Charta ad spurcos usus asservenda[32] N’y aurait-il pas raison d’en dire autant de l’affiche que j’ai reçue, laquelle je ne garderai que parce que vous avez pris la peine de me l’envoyer ? Je souhaite que Dieu veuille bien inspirer M. Huguetan [65] afin qu’il commence bientôt l’impression des Institutions de C. Hofmannus. [66] Pour votre Sinibaldus, [67] c’est celui que je ne vis jamais : est-ce un nouveau livre, qui genus, unde domo ? [33] Il a quelque air d’Allemagne, mandez-moi s’il vous plaît le lieu et l’an de son impression.

Je souhaite au P. Fabri [68] meliorem mentem[34] ces gens sont-ils pas enragés de médire publiquement d’un des savants hommes qui furent jamais, 35 ans après sa mort ? Et hoc est loyoloticum : [35][69] si ce grand homme vivait, toute cette troupe furieuse n’oserait l’avoir regardé ; a cuius conspectu fugerunt ut a vento concussa folia[36] La braguette de Scaliger valait mieux que toute force armée qui serait composée de carabins du P. Ignace, [70] qui ne sont au monde que tanquam cimices et pulices, nulli bono, multorum incommodo[37] Mais encore pourquoi lui en voulait tant le P. Fabri, que lui a-t-il fait ? Scaliger ne peut-il pas dire à ces bons pères ce que dit Catulle [71] aux poètes de son temps qui faisaient de mauvais vers contre lui :

Quid feci ego, quidve sum loqutus ?
Cur me tot malis perderent libellis ?
 [38]

Ce 12e de novembre. Mais enfin, voilà que j’ai répondu à la vôtre que j’ai reçue ce matin, adeo mihi suave est tecum agere per literas animi mei interpretes, quia aliter non datur[39][72] Il faut maintenant que je vous dise quelque chose du pays de deçà. La reine [73] continue d’être libérale et de prier Dieu, ut moris est devoto fœmineo sexui[40] Le cardinal Mazarin [74] est summus nostrarum rerum præfectus[41] Les loyolites voudraient bien que M. de Noyers, [75] qui est leur grand arc-boutant, pût être raccroché au gouvernement, mais le peu de crédit qu’a le P. Ignace en notre ciel ne lui saurait donner cette faveur. On imprime ici un livre de M. de Saumaise, en latin, pour M. de Balzac, [76] adversus Dan. Heinsium[42][77] sur sa tragédie de Herodes Infanticida. Ne vous mettez pas en peine de votre paquet, il est céans et n’empire pas. Vous y trouverez une Rome ridicule[43][78] Le libraire qui l’a imprimée en a été mis en prison aujourd’hui au matin. On dit ici qu’il court un procès-verbal de l’exécution faite à Lyon le 12e de septembre l’an passé ; que c’est une pièce latine bien faite, intitulée Litis Lugdunensis interpuncio[44] J’en ai seulement ouï parler, mais je n’ai encore vu personne qui l’ait vue ; si vous en savez quelque chose, faites-moi le bien de m’en avertir ; on m’a dit que le rouge tyran [79] y est dépeint de vives couleurs. [45] J’oubliais à vous dire que, touchant les démoniaques, vous pouvez voir un livre in‑4o imprimé à Genève l’an 1612 intitulé Iac. Fontani Aquensis, Professoris regii, Opera omnia in quatuor partes distincta ; [80] il y en a là dedans un petit traité, pag. 532. [46] Levius Lemmius [ille est optimus] in lib. de occultis naturæ miraculis ; [47][81] il fera encore meilleur de voir ce qu’en a dit et écrit M. Riolan [82] le père en son commentaire in libros Fernelii de abditis rerum causis[48] et principalement en ce beau chapitre qui est intitulé De spiritibus, quorum gubernaculis tradunt mundum administrari[49] Aussi prendrez-vous grand plaisir de lire le petit livret que M. Duncan, [83] médecin de Saumur, [84][85] écrivit il y a sept ou huit ans sur le fait des religieuses de Loudun ; [50] ce livret a toujours été fort rare et ne s’est jamais vendu, j’en ai pourtant un céans, lequel je vous offre, comme aussi tout ce que dessus. Jacobus Carpentarius, [86][87] qui fut autrefois recteur de l’Université [88] et professeur du roi, puis docteur et doyen de notre Compagnie, et qui mourut l’an 1574, a fait aussi un commentaire in Alcinoum Platonis, in quo multa habentur de Dæmonibus[51][89][90] Il y suit particulièrement la piste et les opinions de Fernel [91] qui, en ce cas-là, a été grand platonicien [92] et qui a bien plus fort cru que moi en la démonomanie. [52] Un certain Thyræus, [93] loyolite allemand, a beaucoup écrit sur cette marchandise, [53] mais il n’y a rien qui vaille en tout ce qu’il a fait ; vous diriez que ces maîtres moines ont pris à tâche de faire connaître le diable et de faire voir ses griffes au monde afin qu’on ait recours à leurs fanfreluches spirituelles et à leurs grains bénits. Delrio [94] en a fait aussi un volume tout plein in‑fo, intitulé Disquisitiones magicæ[54] qui est un livre tout plein de sottises ; je pense qu’il n’a écrit ce livre que pour faire savoir à la postérité qu’il était fort savant en diablerie. Andræas Cesalpinus [95][96] a fait aussi un traité intitulé Investigatio dæmonum peripatetica, qui est un petit in‑4o de Venise ; [55] mais il y a de bonnes choses dans un tout petit in‑8o intitulé Raguseiius de divinatione[56][97] pour un certain miracle prétendu par quelques moines d’Italie. Et à tant de la diablerie ! Je vous prie de m’excuser de ma longueur et de mon importunité, et vous baise très humblement les mains avec dessein d’être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 16e de novembre 1643.


1.

« Dieu fasse qu’il ait une heureuse traversée ». On embarquait ordinairement à Rouen ou au Havre pour se rendre en Hollande.

2.

« Tu as l’honneur qu’on te confie Saumaise, je t’en prie, navire, rends-le sain et sauf aux rives attiques, et tu préserveras la moitié de mon âme » (Horace, Odes, livre i, iii, vers 6‑8, avec Salmasium au lieu de Vergilium).

3.

V note [3], lettre 95, pour cette lettre lviii de Scaliger à Casaubon en 1601.

Paul Triaire a cité ici ce que Balzac, aussi sceptique que Guy Patin, écrivait à Jean Chapelain (v. note [15], lettre 349) :

« Je n’ai point assez de foi pour croire les six mille francs de pension. On peut les faire espérer, on peut les promettre, on peut les payer la première année ; mais sans doute, le publicain {a} ne persévérera pas dans cette belle chaleur pour les Muses, et ce docteur {b} sera mal conseillé s’il quitte la place de Scaliger {c} pour celle de Casaubon. » {d}


  1. Mazarin.

  2. Saumaise.

  3. À Leyde.

  4. À Paris.

4.

« sucre de Nabeth », v. note [16], lettre 95.

5.

Johann Friedrich Gronovius (Gronov en allemand, Hambourg 1611, Leyde 28 décembre 1671) avait consacré les trente premières années de sa vie aux études, aux voyages studieux et aux relations avec les grands érudits de son époque (Saumaise, Grotius, Vossius, etc.). En 1643, il venait de se fixer à Deventer (province d’Overijssel aux Pays-Bas) comme professeur d’histoire et de littérature à l’athénée, lycée supérieur qui acquit bientôt plus de célébrité que mainte université. En 1653, Gronovius obtint la chaire de grec de l’Université de Leyde, dont il devint aussi le bibliothécaire en chef à la mort de Daniel Heinsius en 1655, et y resta jusqu’à sa mort.

Gronovius a publié un très grand nombre de livres principalement consacrés à l’histoire et au commentaire des auteurs classiques, et notamment Pline : Naturalis historiæ tomus primus [-tertius]… cum commentariis et annotationibus Hermolai Barbari, Pintiani, Rhenani, Gelenii, Dalechampi, Scaligeri, Salmasii, Is. Vossii… [L’Histoire naturelle en trois tomes… avec les commentaires d’Ermolao Barbaro, (Fredenandus) Pintianus, (Beatus) Rhenanus, (Sigismundus) Gelenius, Daléchamps, Scaliger, Saumaise, Isaac Vossius…] (Leyde et Rotterdam, Franciscus Hackius, 1663, 3 volumes in‑8o).

Guy Patin évoquait ici son De Sestertiis Commentarius. In quo post maximos viros, inprimis Budæum, Agricolam, Hotmannum, Ciaconium, Scaligerum, res nummaria veterum hac parte illustratur : et Varro, Cicero, Cæsar, Livius, Seneca, aliique optimi auctores, necnon Iursiconsulti in Digestis, compluribus locis aut corruptis emendatur aut male intellectis explanantur [Commentaire sur les Sesterces. Où, après de très grands hommes, en tout premier Budé, Agricola, Hotmann, Chacon, Scaliger, est éclairée le système monétaire des anciens concernant cette partie ; et où de nombreux passages de Varron, de Cicéron, de César, de Tite-Live, de Sénèque et d’autres excellents auteurs, ainsi que des digestes des jurisconsultes, sont soit purgés de leurs erreurs, soit expliqués là où on les a mal compris] (Deventer, C. Thomæus, 1643, in‑16o) ; augmenté sous le titre de De Sestertiis, seu subsecivorum pecuniæ veteris Græcæ et Romanæ libri iv. Accesserunt L. Volusius Mæcianus JC. et Balbus Mensor de Asse ; item Pascasii Grosippi Tabulæ Nummariæ [Quatre livres sur les Sesterces, ou les monnaies d’échange de la Grèce et de la Rome antiques. On y a ajouté Lucius Volusius Mæcianus, jurisconsulte, et Balbus Mensor sur l’As, ainsi que les Tables de monnaies de Pascasius Grosippus] (Amsterdam, Louis et Daniel Elsevier, 1656, in‑8o).

6.

« mais de la vive et verte vieillesse d’un homme » (Virgile, Énéide, chant vi, vers 304, parlant de Charon, le nautonier des Enfers [v. note [3], lettre 975] ; où Guy Patin a remplacé deo [d’un dieu] par viro).

Le théologien protestant Pierre i Du Moulin (v. note [9], lettre 29) était alors âgé de 75 ans ; v. note [14], lettre 96, pour les éditions française et latine de sa Philosophie.

Pierre Guénault le jeune, était le neveu de François Guénault l’ancien (avec qui les biographes l’ont en partie confondu, v. note [21], lettre 80). Natif d’Orléans (vers 1605), Pierre avait été reçu second de la licence (sur neuf admis) de 1628, sous le décanat de Nicolas Piètre, c’est-à-dire dans la promotion qui suivit celle de Patin. L’éloge de Gabriel Naudé (De Antiquitate et dignitate Scholæ Medicæ Parisiensis Panegyris, pages 109‑114 ; v. note [9], lettre 3), dans le style habituel des paranymphes, éclaire les ascendances de Pierre Guénault et de son oncle, François :

Parum tibi fortasse videretur, Doctissime Guenalde, veræ laudis amorem, et ardentissimum erga Medicinam studium hæreditarium, ac veluti per manus accepisse ; parum inter præstantissimos Asclepiadas, patrem, avos, et fratres velut inter Cimelia fulgentes lapillos recensere ; parum Henrici Magni Archiatrorum principem Antonium Petiteum, ex parentibus tuis unum obtinuisse ; nisi et hæreditariæ virtutis cumulum egregiis tuis moribus auctiorem fecisses, et amoris paterni votum incredibili studiorum conatu longe prævertisses ; et quod majoris miraculi speciem obtinet, concitatæ ex tot stimulis ad gloriam, et incentivis ad laborem de te opinioni, hoc primo, hoc ineunte, hoc novo ætatis tuæ vere, cumulatissime satisfecisses. At mihi, si quidquam aliud, hoc certe magnum videtur, ex ea gente nasci, in qua tot viri celebres alter alterum æmulatus, unus post alium floruere ; majus tamen Archiatrorum Maximi Regis Comites, in avorum censu numerare ; maximum autem, quod perraro ætate provectis vix contingit, ut optimorum Medicorum nomen mereantur, id in ipso ætatis flore assecutum esse. Quamobrem hoc me tibi gratulari convenit, quod patrem istius saluberrimæ celeberrimæque Facultatis symmistam dignissimum habueris : nam si pullulantium arborum, et patulis hinc et inde comis in avito fundo luxuriantium, cum senescere eas videmus, usque adeo traduces et propagines desideramus, atque per oculationes, et incisionis fœdera, velut de novo succrescentes, diligenter colimus ; quo studio, qua tandem animi propensione hos omnes meritissimos purpuratosque Senatus jatrici principes in te esse oportet, in quo non solum vident expressam effigiem integritatis, doctrinæ et sapientiæ tui parentis ; sed extemporaneam illam dicendi vim, eloquentiæ copiam, summamque Philosophiæ cognitionem, et maturum in medendo judicium : quæ ut pridem ipsi in duobus tuis avunculis Guenaldo et Blacvodeo serenissimorum Principum Archiatris mirati sunt ; ita etiam summopere gaudent, in te velut uberiori cultu denuo renasci, et florere.

[Peut-être ne te semble-t-il pas suffisant, très docte Guénault, d’avoir reçu, comme de mains en mains, l’amour de la véritable gloire et une très ardente passion héréditaire pour la médecine ; pas suffisant d’avoir un père, des aïeuls et leurs frères parmi les plus éminents asclépiades {a}, comme autant de diamants brillant dans un trésor ; pas suffisant d’y compter Antoine Petit, premier médecin d’Henri le Grand. {b} Et quand tu n’aurais pas enrichi ton atavique vertu par la bonté de tes mœurs, ni rempli le vœu d’un père aimant, tu devancerais de loin tous les autres par ton incroyable ardeur à étudier. Voici maintenant qu’en ce premier, cet initial, ce nouveau printemps de ton âge, tu as pleinement satisfait à l’estime que tu as de toi : tant de stimulations la poussent à la gloire et tant d’incitations l’excitent au travail que c’en est une espèce de grand émerveillement. Outre tout le reste, il me semble remarquable que tu sois issu d’une famille où tant d’hommes célèbres ont fleuri l’un après l’autre, l’un ayant rivalisé avec l’autre ; et par-dessus tout, des archiatres du très Grand roi se comptent parmi tes ancêtres ; {c} surtout aussi, ce qui arrive très rarement à ceux qui sont à peine sortis de l’enfance, ils se sont acharnés à mériter le nom d’excellents médecins une fois arrivés à l’âge mûr. Il convient donc de te complimenter d’avoir eu un père parfaitement digne d’être compagnon de cette très salubre et très célèbre Faculté : {d} quand la sénescence frappe les arbres féconds, dont les frondaisons luxuriantes ont couvert le fonds de nos ancêtres, si nous désirons des boutures et des rejetons, alors nous les cultivons avec soin, en les greffant et les croisant, de manière qu’il en repousse de nouveaux. Par cette même application et par ce penchant de l’esprit tous ces princes et hauts dignitaires grandement méritants du sénat médical doivent revivre en toi, de manière que s’y retrouve l’image de ton père : non seulement son intégrité, sa science et sa sagesse, mais aussi sa capacité à enseigner sur le vif, sa riche éloquence, sa profonde connaissance de la philosophie et la maturité de son discernement en l’art de remédier, telles qu’on les admire depuis longtemps déjà chez tes deux oncles, Guénault et Blacvod, premiers médecins de princes sérénissimes ; {d} aussi se réjouissent-ils déjà de te voir être régénéré et refleurir par le culte ancestral]. {e}


  1. Fils d’Esculape (Asklêpios, v. note [4], lettre 551).

  2. Antoine Petit exerçait à Gien quand, en 1609, Henri iv le choisit pour remplacer le défunt André Du Laurens (v. note [3], lettre 13) dans la charge de premier médecin ; peu enclin à se plier aux mœurs de la cour, Petit démissionna au bout de six semaines, cédant la place à son ami Pierre Milon, et s’en retourna dans sa patrie bien-aimée ; mais il n’en continua pas moins à partager avec son successeur le titre et les gages d’archiatre (Achille Chéreau, L’Union médicale, no 50, 26 avril 1864, page 181).

    Le grand-père paternel de Pierre Guénault, prénommé Thomas, aurait été apothicaire et distillateur d’Henri iv quand il était roi de Navarre, ayant son trône à Pau) ; il avait épousé Anne Petit, fille d’Antoine. Sans doute était-il originaire de Gien.

  3. Le pluriel de Gabriel Naudé (Archiatrorum Comites) mène à croire que plusieurs premiers médecins d’Henri iv (Maximus Rex) ont figuré parmi les ancêtres de Pierre Guénault, mais je n’en ai trouvé qu’un, l’éphémère Antoine Petit, sauf à tenir l’apothicaire Thomas Guénault pour un archiatre.

  4. Le père de Pierre Guénault (de prénom inconnu, frère de François) devait donc être médecin, mais gradué d’une autre faculté que celle de Paris.

  5. François Guénault était alors médecin du prince Henri ii de Condé. V. note [29], lettre 390, pour Henri ii Blacvod, qui avait quitté sa chaire royale de médecine (ou de chirurgie, selon les sources) en 1627 pour s’en aller à Rome auprès du pape Urbain viii, Maffeo Barberini, que son père (Henri i Blacvod) avait soigné pendant sa nonciature à Paris (en 1601, au moment de la naissance de Louis xiii). Je n’ai pas élucidé le lien de parenté exact entre Blacvod et les Guénault, mais estime Naudé digne de confiance.

  6. Je me suis échiné à traduire ces louanges assez absconses de Naudé parce qu’elles jettent un rai de lumière sur les origines et la famille de François Guénault, l’un des personnages importants de la Correspondance de Guy Patin : sa naissance à Pau, plutôt qu’à Gien, semble s’expliquer par les fonctions que son père, Thomas Guénault, occupait auprès du roi de Navarre.

Docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en janvier 1629, Pierre Guénault mourut en octobre ou novembre 1648 et Patin, qui l’aimait bien, a accusé son oncle de l’avoir poussé dans la tombe avec son antimoine (v. note [13], lettre 164). Dans ses Historiettes, Tallemant des Réaux parle à plusieurs reprises d’un « petit (ou jeune) Guénault », son propre médecin.

7.

« j’ai en effet énormément d’intérêt pour un si grand savant. » V. note [17], lettre 95, pour Samuel Petit.

8.

Saint-Myon, dans l’arrondissement de Riom (Puy-de-Dôme), possède des sources d’eaux minérales qui avaient la réputation d’être stomachiques, tempérantes, diurétiques, diaphorétiques, vulnéraires, antiscorbutiques et antispasmodiques.

9.

Pierre Ravaud (1576-25 novembre 1651), imprimeur-libraire lyonnais calviniste d’origine genevoise, fut suivi dans la carrière, en 1649, par son fils Marc-Antoine (v. note [107], lettre 166). Il était établi rue Mercière, à l’enseigne de Saint-Pierre.

10.

« puisqu’il convient à l’homme de bien de ménager sa réputation, qu’il ne doit négliger à aucun prix » (pensée inspirée de saint Augustin, v. note [38], lettre 514).

Il s’agit de l’épître dédicatoire de la Medicina pauperum… de Johann Prevost (v. note [11], lettre 81). Le privilège est daté du 17 août 1643 ; il n’y a pas d’achevé d’imprimer. L’épître (non datée) de Pierre Ravaud, Tuæ claritud. studiosissimus cultor [Adorateur très assidu de votre distinction] est adressée clarissimo viro D. Guidoni Patino, doctori medico Parisiensi, longe florentissimo, ac plurimum honorando [à Guy Patin, homme très brillant, docteur en médecine de Paris, de loin le plus étincelant et le plus honorable]. Le libraire y remercie nommément Charles Spon de lui avoir fait connaître un médecin aussi éminent que Patin. L’abus des superlatifs louangeurs semblait mettre Patin mal à l’aise, mais il se résignait à n’avoir pas eu son mot à dire.

11.

Pierre Yvelin (Paris 1610-1670) avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1635 après avoir été mêlé, comme bachelier, à la querelle de 1633-1634 sur les eaux de Forges, entre Charles i Bouvard et la Faculté (v. note [15], lettre 17). Il était le fils de Guillaume Yvelin, médecin « spagirique et distillateur » de Louis xiii. Il hérita de ces charges auprès du roi avec en outre, celles de médecin de la duchesse d’Orléans (Triaire, Baron et Adam). À Mardyck en 1658, au chevet de Louis xiv, Yvelin s’opposa à l’emploi de vin émétique (v. note [7], lettre 122) que proposaient Esprit et Du Sausoy, tandis que Guénault hésitait (v. lettre à André Falconet du 24 septembre 1658). Yvelin fit partie des médecins qui assistèrent impuissants Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans dans sa brève et dernière maladie (v. note [12], lettre 990).

Louviers (Eure) fut après Loudun le théâtre d’une épouvantable affaire de possession, dont Madeleine Bavent, religieuse née en 1607, fut l’héroïne. Sous ombre d’assujettissement au diable, un franciscain dénommé David avait transformé le couvent de Louviers en un lieu de débauches inouïes. Comme toutes ses sœurs, la pure Madeleine tomba sous sa coupe. Après la mort de David, Madeleine devint l’âme damnée du prêtre, dénommé Picart, qui succéda au moine débauché, et de son vicaire, Bouillé. Le dénouement tragique de l’affaire de Loudun inspira Madeleine, qui se déclara possédée du démon ; elle fut emprisonnée et une longue enquête commença. Yvelin plaida la supercherie :

« Sur 52 religieuses, il y en avait six possédées qui eussent mérité correction ; 17 autres, les charmées, étaient des victimes, un troupeau de filles agitées du mal du cloître ; elles sont réglées, mais hystériques, gonflées d’orages à la matrice, lunatiques surtout et déréglées d’esprit. La contagion nerveuse les a perdues. La première chose à faire est de les séparer ».

Yvelin rédigea deux mémoires : l’un, signé, Examen de la possession des religieuses de Louviers (Paris, sans nom, 1643, in‑8o) ; et l’autre, anonyme, Apologie pour l’auteur de l’Examen de la possession des religieuses de Louviers. À Messieurs L’Empérière et Magnart, médecins à Rouen (Rouen, sans nom, 1643, in‑4o).

La mort de Richelieu avait mis l’enquête en sommeil. Elle ne se dénoua qu’en 1647, quand le Parlement ordonna : « 1o qu’on détruisît la Sodome de Louviers ; 2o que les filles fussent rendues à leurs parents ; 3o que désormais les évêques de la province envoyassent quatre fois par an des confesseurs extraordinaires aux maisons religieuses pour rechercher si ces abus immondes ne se renouvelaient point. » Le corps de Picart, mort dans l’intervalle, fut déterré et brûlé ; Boullé fit amende honorable, puis monta sur le bûcher ; Madeleine finit ses jours au fond d’un cachot (G.D.U. xixe s.).

12.

Énergumène : « terme dogmatique dont se servent les ecclésiastiques pour signifier un possédé du diable qu’ils exorcisent. Papias dit que ce sont des furieux qui contrefont les actions du diable et font des choses qu’on croit être surnaturelles. Ce mot vient du grec energesthai, qui signifie agi [être mû] ou agitari [être agité] a dæmonio sive bono, sive malo [par un démon, ou bon, ou mauvais] » (Furetière).

13.

Révoquent est à prendre dans le sens de dissuadent. On a peine à comprendre la nuance qui autorisait Guy Patin à nier les diableries sans récuser le Nouveau Testament. La guérison miraculeuse de l’énergumène de Gérase en Palestine, rapportée dans les évangiles de Luc (8:26-39) et de Marc (5:1-20), atteste que Jésus croyait en la possession démoniaque et savait y apporter remède :

« Car Jésus commandait à l’esprit impur de sortir de cet homme, dont il s’était emparé depuis longtemps ; on le gardait lié de chaînes et les fers aux pieds, mais il rompait les liens et il était entraîné par le démon dans les déserts. Jésus lui demanda : “ Quel est ton nom ? – Légion ”, répondit-il. Car plusieurs démons étaient entrés en lui. Et ils priaient instamment Jésus de ne pas leur ordonner d’aller dans l’abîme. Il y avait là, dans la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. Et les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans ces pourceaux. Il le leur permit. Les démons sortirent de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita des pentes escarpées dans le lac et se noya. Ceux qui les faisaient paître, voyant ce qui était arrivé, s’enfuirent, et répandirent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes. Les gens allèrent voir ce qui était arrivé. Ils vinrent auprès de Jésus et ils trouvèrent l’homme de qui étaient sortis les démons, assis à ses pieds, vêtu et dans son bon sens ; et ils furent saisis de frayeur. Ceux qui avaient vu ce qui s’était passé leur racontèrent comment le démoniaque avait été guéri. Tous les habitants du pays des Géraséniens prièrent Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient saisis d’une grande crainte. Jésus monta dans la barque et s’en retourna. L’homme de qui étaient sortis les démons lui demandait la permission de rester avec lui ; mais Jésus le renvoya, en disant : “ Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu t’a fait. ” Il s’en alla et publia par toute la ville tout ce que Jésus avait fait pour lui. »

14.

Métromanie et hystéromanie sont synonymes et à prendre dans leur sens étymologique de folie (mania) provenant de la matrice (mêtra) ou utérus (hustera) ; l’hystérie en a été l’héritière (v. note [10], lettre 490).

Le chapitre v, livre vi, du traité de Galien « Sur les lieux affectés » porte sur l’hystérie. Excellemment traduit en français par Charles Daremberg (volume 2, pages 698), il est précieux pour comprendre exactement l’ancienne conception de cette maladie qui a aujourd’hui presque entièrement disparu de la pathologie (v. note [2], chapitre viii du Traité de la conservation de santé).

15.

Martin Luther (Eisleben, Thuringe 1483-ibid. 1546) et Jean Calvin (Noyon 1509-Genève 1564) ont été les deux théologiens réformateurs qui ont créé le protestantisme et fondé ses deux doctrines principales : luthéranisme, alors prédominant en Allemagne, et calvinisme, en France. Ce passage, comme bien d’autres dans les lettres, atteste d’une complaisance de Guy Patin pour le protestantisme, mais on ne l’a jamais senti prêt à abandonner le catholicisme. Charles Spon, correspondant à qui il réservait exclusivement cette sorte de confidences, était calviniste. S’il était sincère, Patin a été trop timoré pour affronter les tracas que lui aurait valus une conversion à la Réforme.

16.

La Lettre de la cordonnière écrite à M. de Barradas (sans lieu ni nom, 1627, in‑4o de 29 pages) est un libelle virulent attribué (sans doute injustement) à Urbain Grandier (v. note [1], lettre 18), contre la fougue belliqueuse et le train de vie dispendieux de Louis xiii, et aussi contre la cupidité de ses officiers qui provoquaient une pression fiscale inconnue jusqu’alors. Richelieu n’est nulle part nommé dans ce pamphlet, mais sa conclusion est éloquente (pages 27‑29) :

« Sire, il {a} ne suffit pas pour répondre aux belles espérances que ce généreux commencement {b} nous a fait concevoir de Votre Majesté, pour rendre l’ouvrage parfait et mériter ce saint et auguste titre de Juste. Il faut que vous chassiez de votre État ce démon de procès et de chicanerie, ce vautour affamé qui ronge les entrailles de vos sujets. Comme nous vous devons absolument et sans condition toute sorte de fidélité et d’obéissance, vous nous devez aussi la justice. C’est une relation nécessaire que Dieu a mise entre les princes et leurs sujets, dont il s’est rendu lui-même non seulement juge et arbitre, mais aussi garant et vengeur. Ce serait tromper Votre Majesté que de lui celer que les rois sont responsables devant Dieu de ce qui s’est fait et de ce qui se fait en leur présence par leur Conseil, et en leur absence par leurs officiers. Voilà pourquoi ce roi prophète {c} demandait pardon des péchés mêmes qu’il n’avait pas commis, jugeant bien qu’il devait rendre compte de ce que ses ministres avaient forfait sous son autorité et sans son su. […] La vérité ne frappe jamais à la porte du cabinet des rois : ceux qui y font la presse n’y viennent pas pour donner de bons conseils ni de salutaires avis. Chacun entrant dans le Louvre, fait réflexion sur son intérêt, et compose ses actions et ses paroles à la complaisance et à la flatterie. […] Si donc, Sire, ce discours est plus libre que celui des courtisans ordinaires, ne condamnez pas pourtant la fidélité ou l’affection de son auteur : leur dessein n’est autre que de faire leurs affaires ; le mien de vous servir, au péril même de ruiner ma fortune. Fin ».


  1. Cela.

  2. De votre règne.

  3. David.

17.

« mais tout n’est pas encore clair pour ce cas particulier, quoique pour moi ça le soit tout à fait pour le cas général. » Une déchirure du manuscrit oblige ici à se fier aux précédentes éditions pour les passages mis entre crochets.

18.

Barisel ou barigel : « nom du chef des sbires dans plusieurs villes d’Italie » (Littré DLF).

19.

Ioannis Vvieri De Praestigiis Dæmonum, et incantationibus, ac veneficiis, Libri sex, postrema editione quinta aucti et recogniti. Accessit Liber apologeticus, et pseudomonarchia dæmonum. Cum rerum ac verborum copioso indice [Six livres de Johann Wier, revus et augmentés pour cette cinquième et dernière édition, sur les Fantasmagories et enchantements des démons, et leurs sortilèges. On y a ajouté un live apologétique et une pseudomonarchie des démons. Avec un copieux index des matières et des mots] (Bâle, Ioannes Oporinus, 1577, in‑4o, Bayerische StaatsBibliothek digital ; première édition ibid. 1563, nombreuses rééditions ultérieures) ; paru en français sous le titre de Cinq livres de l’imposture et tromperie des diables, des enchantements et sorcelleries (Paris, Jacques Du Puy, 1567, in‑8o, Gallica, traduit par Jacques Grévin, v. note [5], lettre 359).

Johann Wier (Wierus en latin, aussi appelé Weyer ou Piscinarius ; Grave, Brabant 1515-Tecklenburg, Westphalie 1586) commença ses études en Allemagne, sous Henri-Corneille Agrippa (v. note [13], lettre 126) et les poursuivit à Paris pour s’orienter vers la médecine et prendre ailleurs le grade de docteur vers 1544. Il voyagea ensuite en Tunisie d’où il passa dans l’île de Candie (Crète), et revint au bout de quelques mois en Allemagne. Wier remplit la charge de médecin du duc de Clèves pendant 30 ans et fut même consulté souvent par plusieurs empereurs. Son grand mérite est d’avoir combattu avec les armes de la raison les mensonges qu’on débitait sur les prétendus sorciers, et montré l’horrible cruauté des traitements qu’on leur faisait endurer (A.-J.-L. J. in Panckoucke).

20.

Au livre ccxxiii (Henri iv, 1599) des Histoires de son temps (Thou b, tome xv, pages 392‑407), Jacques-Auguste i de Thou raconte comment la prétendue possession satanique de Marthe Brossier (v. note [10], lettre 37) déchira la Faculté de médecine de Paris. Michel i Marescot (v. note [14], lettre 98) et Jean i Riolan plaidaient la supercherie, tandis que Louis Duret et Nicolas Ellain croyaient à l’authenticité des faits. Le cinquième expert, Jean Haultin, quant à lui, demeura longtemps indécis :

« il demanda encore trois mois pour la faire observer avec plus de soin. “ C’est, disait-il, le sentiment de Fernel qui, dans son livre des Causes secrètes, {a} rapporte qu’il n’avait pu décider qu’au bout de trois mois de l’état d’un homme de qualité qui était tourmenté par l’esprit. ” […] Il est incroyable combien cette dispute échauffait les esprits, quelle division elle causa dans Paris ; en sorte qu’il était à craindre qu’elle n’y excitât peut-être un soulèvement général. En effet, les gens sages regardaient le zèle et la vivacité que quelques-uns témoignaient dans cette affaire comme l’effet d’un dessein formé pour anéantir l’édit {b} que le roi venait de donner, et rendre à cette occasion ce prince odieux dans l’esprit du peuple. […] Ainsi il manda au Parlement de prendre connaissance de cette affaire et d’arrêter de bonne heure ces assemblées qui approchaient fort de la sédition. En conséquence, le Parlement ordonna que Marthe serait remise entre les mains du magistrat pour la faire examiner en présence des médecins et des personnes les plus habiles, et qu’il en ferait son rapport à la Cour dans un mois. On chargea de ce soin Lugoli, lieutenant criminel, et Villemonte, procureur du roi au Châtelet, qui la tinrent enfermée pendant 40 jours. Au bout de ce temps-là, Nicolas de La Rivière, premier médecin du roi, André Du Laurens aussi, premier médecin de la reine, Pierre Lafilé, doyen de la Faculté de médecine, Albert Le Fèvre, Marescot, Ellain, Haultin, Lusson, Piètre, Renard, Héroard, Cousinot, d’Amboise, Le Paulmier, Marcés, tous docteurs de la même Faculté, après l’avoir bien examinée, déclarèrent par écrit qu’ils n’avaient rien remarqué que de très naturel dans cette fille. Aussi communia-t-elle tranquillement aux fêtes de Pâques ; et depuis qu’on l’eut changée de prison, on vit cesser peu à peu ces agitations violentes qui d’abord avaient fait tant de bruit. »


  1. De abditis rerum Causis, v. note [48], lettre 97.

  2. L’édit de Nantes.

L’histoire n’en était pas pour autant terminée : v. note [11], lettre 37, pour la relation de la suite par le cardinal d’Ossat.

Le récit complet de Thou a été traduit et repris dans les 15 premières pages de l’Histoire de Marthe Brossier prétendue possédée, tirée du latin de Messire Jacques Auguste de Thou, président au Parlement de Paris. Avec quelques remarques et considérations générales sur cette matière, tirées pour la plupart aussi du latin de Bartholomæus Perdulcis, célèbre médecin de la Faculté de Paris. Le tout pour servir d’appendice et de plus ample éclaircissement au sujet d’un livre intitulé La Piété affligée ou Discours historique et théologique de la possession des religieuses dites de Sainte-Élisabeth de Louviers, etc. par le Sr Congnard D.M. (Rouen, Jacques Hérault, 1652, petit in‑fo de 39 pages). La suite de cet opuscule, jusqu’à la fin, est composée des Remarques et considérations générales sur le sujet de la possession, suivant notamment ce qu’en a écrit Perdulcis au livre intitulé De Morb. animi (1639, ch. 7 et 8).

21.

« sur les démoniaques » : Iulii Cæsaris Vanini Neapolitani, theologi, philosophi, et iuris utriusque doctoris, De admirandis naturæ reginæ deæque mortalium Arcanis libri quatuor [Quatre livres de Giulio Cesare Vanini de Naples, théologien, philosophe, et docteur en l’un et l’autre droits, sur les admirables Secrets de la nature, reine et déesse des mortels] (Paris, Adrien Périer, 1616, in‑8o).

L’ouvrage, dédié au maréchal de Bassompierre, est composé de 60 dialogues entre Alex. et I.C. [Iulius Cæsar Vaninus]. Le 54e, De Dæmoniacis (pages 404‑409), est le commentaire d’un texte de Jérôme Cardan, avec ces quelques conclusions :

  • je me soumets à la Église sainte et sacrée de Rome, mais suis d’avis que la possession est un dérangement du cerveau lié à un excès d’humeur mélancolique ;

  • elle frappe surtout des jeunes filles nubiles et des veuves, mais n’affecte ni les philosophes, ni les théologiens ;

  • les énergumènes sont les fruits la religion catholique, il n’en existe ni en Allemagne, ni en Angleterre, il y en a quelques-uns en France mais beaucoup en Italie et en Espagne ;

  • la raison permet d’expliquer toutes les supercheries démoniaques, et les médicaments purgatifs les guérissent.

Giulio Cesare, Vanini (Taurisano, Pouilles 1584-Toulouse 1619), médecin, philosophe, théologien, juriste en droit civil et canonique, astrologue et enfin prêtre, a été l’un des fondateurs du libertinage érudit en Italie. Son premier livre fut l’Amphitheatrum æternæ providentiæ divino-magicum, christiano-physicum, necnon astrologo-catholicum. Adversus veteres philosophos, atheos, epicureos, peripateticos et stoicos [Amphithéâtre de l’éternelle providence, magico-divin, physico-chrétien et aussi astrologo-catholique. Contre les anciens philosophes, athées, épicuriens, péripatéticiens et stoïciens] (Lyon, Antoine de Harsy, 1615, in‑8o). Peu après, Vanini se rendit à Paris où il se fit un grand nombre de disciples, devint aumônier du maréchal de Bassompierre et publia ses De admirandis… La Sorbonne censura cet ouvrage fort imprégné d’athéisme et Vanini s’en alla à Toulouse (1617), où ses idées jugées subversives le menèrent au supplice : on le condamna à avoir la langue coupée avant d’être brûlé, ce qui fut exécuté avec grande cruauté le 9 février 1619 (v. note [3], lettre latine 27).

22.

Discours véritable sur le fait de Marthe Brossier…, v. note [10], lettre 37.

23.

« dont j’ai parlé plus haut ».

24.

Accomplissement des prophètes, où est montré que les prophéties de saint Paul, et de l’Apocalypse et de Daniel touchant les combats de l’Église sont accomplies. Par Pierre Du Moulin, ministre de la Parole de Dieu en l’Église de Paris. Édition dernière, revue et augmentée par l’auteur (Sedan, Abdias Buyzard, 1624, in‑8o) :

« Les miracles qui se font aujourd’hui ne valent pas mieux <que ceux du Moyen Âge>. Ils ne se font qu’aux lieux où l’Écriture Sainte est cachée au peuple, comme en Italie, où on ne parle que des miracles de saint Charles Borromée ; car ces choses tiennent la place de la parole de Dieu. Item, les miracles sont aujourd’hui quasi réduits à une seule sorte de miracles, qui est de chasser les diables ; lesquels font mine de craindre l’eau bénite et les signes de croix, pour entretenir le peuple en erreur. Ils se laissent lier par des syllabes pour lier les esprits de superstition. Et comme les voleurs sont estimés donner la vie quand ils ne l’ôtent pas, ainsi les diables donnent la santé quand ils cessent de nuire » (page 166).

Avec, à la page 359, cette prédiction :

« Or avons-nous montré en l’exposition du 13e chapitre de l’Apocalypse que l’Esprit de Dieu fait durer l’Empire du pape jusques à l’an du Seigneur 2015. »

25.

Jean Bodin (Angers 1530-Laon 1596) fut d’abord avocat au Parlement de Paris avant de se mettre en 1571 au service du duc François d’Alençon. Lieutenant général au bailliage de Laon (1585-1588), il y devint ensuite procureur du roi. Élevé dans la religion protestante, il se convertit au catholicisme en 1589 en engageant Laon dans le parti de la Ligue.

Bodin reste surtout connu pour ses Six livres de la République (1576) où il défend la monarchie comme étant le régime le plus conforme à la nature et à ses lois.

Guy Patin évoquait ici son De la Démonomanie des sorciers (Paris, J. du Puys, 1580, in‑4o, pour la première de très nombreuses éditions) où il décrit avec grand sérieux et grande application toutes les manifestations de sorcellerie avec les moyens de l’exorciser.

Borboniana (article xiv, page 258) :

« Jean Bodin mourut de la peste à Laon en 1596, assez vieil, et ne dit pas un mot, en mourant, de Jésus-Christ. Il avait écrit et croyait que ceux qui avaient passé 60 ans ne pouvaient plus mourir de la peste. Cette opinion est bien fausse. »

Pour le judaïsme de Bodin, Guy Patin s’en référait sans doute au jugement que Gabriel Naudé (cité par Bayle) faisait dans un ouvrage qu’il publia en 1625 :

« Ce premier homme de France, Jean Bodin […], après avoir, par une merveilleuse vivacité d’esprit, accompagnée d’un jugement solide, traité toutes les choses divines, naturelles et civiles, se fût peut-être méconnu pour homme et eût été pris infailliblement de nous pour quelque intelligence, s’il n’eût laissé des marques et vestiges de son humanité dans cette Démonomanie, qui a été fort bien jugée par le défunt et sérénissime roi de la Grande-Bretagne, maiori collecta studio quam scripta iudicio ; {a} ce qui peut être arrivé parce que ce grand esprit, qui entendait fort bien la langue sainte, s’est amusé plus qu’il n’est à propos à la doctrine des rabins et talmudistes, quibus, comme remarque le jésuite Possevin, hoc libro tam videtur addictus, ut ad eos sæpius recurrat quam ad Evangelium. » {b}


  1. « plutôt colligée avec application que rédigée avec jugement ».

  2. « auxquels il semble avoir été si fort asservi par ce livre qu’il recourt plus souvent à eux qu’à l’Évangile. »

Plus loin, Bayle cite encore une lettre de Jacques Gillot à Joseph Scaliger, datée de Paris le 9 février 1607 :

« Ceux qui montent en chaire ici font des contes, déclament contre Bodin tout un sermon et le déchirent, sans se souvenir que le vilain a été de la Ligue et est mort juif, sans parler de Jésus-Christ par les dernières paroles que j’ai en vers de lui. »

26.

Guy Patin citait Théodore Agrippa d’Aubigné (v. note [26], lettre 342), Les Aventures du baron de Fæneste, comprises en quatre parties… (Au Désert, aux dépens de l’auteur, 1630, in‑8o, pour la première édition complète), livre ii, chapitre vi, Miracles de La Rochelle, de sainte Leurine, de saint homme de Billouet, et de la mer rouge : « […] c’est du curé de La Rochelle, qui avait empli une garce instruite à faire la démoniaque ; mais l’incrédulité des Rochelais ne lui permit pas de faire miracle, et voici ce qu’ils en disent :

Notre curé la bailla belle
Aux huguenots de La Rochelle ;
Il mit un diable dans un corps,
Et lui-même le mit dehors.
Elle défigurait sa face,
Faisait grimace sur grimace,

Et pour miracle plus nouveau,
Trouva bien la fève au gâteau.
Nul ne peut guérir cette garce,
Sinon le curé ; c’était parce
Que pour chasser tels ennemis,
Il faut celui qui les a mis. »

Le héros éponyme du roman comique d’Agrippa d’Aubigné n’est autre que le baron de l’Apparence. Fæneste, c’est l’homme qui paraît, phainestai. L’auteur lui oppose l’homme des réalités, M. Éné, einai, être. Au fond, ce roman n’est qu’une satire dirigée contre les catholiques, attaqués par un rusé et spirituel huguenot, et maladroitement défendus par le baron de Fæneste, gentillâtre ridicule des bords de la Garonne (G.D.U. xixe s.).

27.

« et d’autres encore dont le souvenir ne me vient pas à l’esprit. »

Louis Guyon, sieur de la Nauche (originaire de Dole où il mourut vers 1630), médecin et érudit, fit de longs voyages en Italie, en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Espagne, avant de s’établir à Uzerche dans le Limousin et acheter une charge de conseiller royal. Il connaissait un grand nombre de langues anciennes et modernes, et possédait une grande érudition (G.D.U. xixe s.).

Guy Patin citait ici les Diverses leçons de Louis Guyon, Dolois, sieur de la Nauche, conseiller du roi en ses finances au Limousin, suivant celles de Pierre Messie et du sieur de Vauprivaz. Divisées en cinq livres, contenant plusieurs histoires, discours, et faits mémorables, recueillis des auteurs grecs, latins, français, italiens, espagnols, allemands et arabes. Revues, corrigées et augmentées par l’auteur en cette seconde édition, avec deux indices, l’un des chapitres, et l’autre des matières (Lyon, Claude Morillon, 1610, in‑8o). Malgré les deux index on n’est pas parvenu à trouver le passage auquel Patin faisait allusion dans ce curieux ouvrage qui est une collection de faits divers, toujours curieux mais souvent fantaisistes, ramassés chez une foule d’auteurs de tous pays.

V. note [5], lettre 132, pour le pape Paul iv.

28.

Godefroi Hermant : Seconde Apologie pour l’Université de Paris, imprimée par le mandement de M. le recteur, donné en Sorbonne le 6e d’octobre 1643, contre le livre fait par les jésuites pour réponse à la première Apologie, publié par eux dedans et dehors le royaume, et vendu chez Sonnius à la rue Saint Jacques, au Compas d’or (Paris, sans nom, 1643, in‑8o). Elle suivait l’Apologie du même Godefroi Hermant (v. note [12], lettre 79) et la Réponse au livre intitulé Apologie pour l’Université de Paris, contre le discours d’un jésuite (Paris, sans nom, 1643, in‑8o), du P. Jacques de La Haye, s.j. Le début de la préface donne le ton :

« Mon cher lecteur, l’Université de Paris aurait pu se dispenser de repartir au libelle que les jésuites viennent d’enfanter avec des tranchées si douloureuses, et qui est autant un effet de leur colère qu’un témoignage de leur faiblesse. Véritablement, on ne peut s’étonner assez comment cette Compagnie, qui fait gloire d’obscurcir par sa prudence l’adresse des politiques les plus subtils, a fait voir le jour à un ouvrage qui ne semble être composé que pour faire paraître plus vivement la force de nos preuves par l’opposition de son débile raisonnement ; et pour faire éclater davantage la sincérité de notre modération par la comparaison de sa violence que tant de faussetés, d’injures et de calomnies rendent odieuses à toutes les personnes désintéressées. etc. »

Dans ses Mémoires, Hermant (tome i, chapitre xxii, pages 195‑199, Entreprise des jésuites sur les privilèges de l’Université de Paris. Elle se défend par une apologie) a exposé, beaucoup mieux que bien d’autres, les motifs de la querelle entre la Sorbonne et les jésuites :

« Dans le temps même que M. Habert causait un si grand scandale par ses prédications, {a} les jésuites, qui voulaient profiter de l’occasion et du crédit qu’ils avaient à la cour, formèrent une entreprise beaucoup plus hardie que tout ce qu’ils avaient fait depuis longtemps, mais qui, ne leur ayant pas réussi, n’a servi qu’à irriter un Corps célèbre dont ils avaient juré la perte. Leur Collège de Clermont avait été jusqu’alors comme une place frontière au milieu de l’Université de Paris, à qui il n’était presque plus resté que la seule jouissance de ses privilèges et de ses degrés depuis l’institution de leur Compagnie. Elle n’était plus en état de compter jusqu’à près de quatre-vingt mille écoliers, comme elle faisait au milieu du dernier siècle. {b} Car, comme ils avaient obtenu de temps en temps un très grand nombre de collèges dans la plupart des bonnes villes du royaume sous prétexte d’enseigner gratuitement la jeunesse, ils avaient empêché par ce moyen les petits ruisseaux de se réunir à la source, et les provinciaux avaient cessé pour la plupart d’envoyer leurs enfants étudier à l’Université de Paris, par la commodité qu’ils avaient de les faire instruire chez eux sans s’engager dans une grande dépense. On avait aussi cessé d’y voir depuis ce temps-là cet incroyable concours de toutes sortes de nations étrangères qui y venaient autrefois de tous les endroits de l’Europe parce que les jésuites s’étaient emparés de la plupart des universités catholiques, particulièrement en Allemagne et en Pologne. Ils avaient retenu par leurs intrigues les étrangers que l’hospitalité française avait attirés en foule dans la capitale de ce royaume jusqu’au temps de leur établissement. Car on sait que l’accroissement de Paris doit être principalement attribué à l’éclat que son Université a conservé depuis plusieurs siècles […].
C’est ce qui avait obligé souvent les suppôts de cette fameuse Université de faire des remontrances pour empêcher la multiplication des collèges des jésuites ; mais leurs intrigues {c} à la cour les {d} avaient mis hors d’état d’être écoutés favorablement, et les peuples, qui se laissent éblouir par la nouveauté, s’étaient eux-mêmes imposé le joug de la domination de ces pères en les demandant pour l’instruction de la jeunesse. Leur retour dans le Collège de Clermont y avait attiré par la suite de leurs intrigues un si grand nombre d’écoliers qu’après avoir étendu et élevé leurs bâtiments, ils se trouvaient encore renfermés dans des bornes trop étroites. C’est ce qui les avait portés à entreprendre sur les collèges du voisinage pour les réunir au leur. »


  1. En 1643, contre l’Augustinus de Jansenius, v. note [50], lettre 101.

  2. Le xvie s.

  3. Les intrigues des jésuites.

  4. Les suppôts de l’Université.

Tel fut le germe qui mena à la rédaction de l’Apologie de Godefroi Hermant :

« L’on y fit voir que l’entreprise des jésuites pour l’usurpation de ses privilèges était dangereuse à la religion, qu’elle était préjudiciable à l’État et qu’elle tendait à l’entière ruine de l’Université de Paris. Ce petit écrit fit un grand effet. L’importance de la matière fit ouvrir les yeux à des personnes de toutes sortes de conditions, et les jésuites en eurent un si grand dépit qu’ils cherchèrent toutes les occasions de se venger de l’auteur, après avoir voulu déchirer sa réputation par leurs injures » (ibid. page 199).

29.

Les Petites Maisons étaient un hôpital du faubourg Saint-Germain, situé à l’angle de la rue de Sèvres et de la rue de la Chaise (sur l’emplacement du square Boucicaut, devant les actuels magasins du Bon Marché), construit en 1557 à la place d’une maladrerie, la léproserie de Saint-Germain. Composé de loges ou de petits pavillons, il était surtout destiné à recevoir les aliénés : « les Petites-Maisons c’est l’hôpital des fous » (Furetière).

L’« affiche » dont parlait ensuite Guy Patin était sans doute un prospectus vantant les cours ou les ouvrages de Lazare Meyssonnier, médecin de Lyon qu’il tenait pour un délirant.

30.

Dans son édition critique des œuvres de Rabelais (Amsterdam, Jean Frédéric Bernard, 1741), Jacob Le Duchat a utilisé cette anecdote de Guy Patin pour illustrer une phrase du Pantagruel (livre v, chapitre xxi), « Et m’affermait [m’assurait] que si en l’état monacal ils [les malades cachectiques] n’engraissaient, ne [ni] par art, ne par nature, jamais n’engraisseraient » (tome 2, pages 238‑239), avec ce commentaire :

« Ce conte que G. Patin faisait à Charles Spon, dans une lettre du 16 novembre 1643, suppose, à mon avis, que l’avocat qui osa conclure ainsi était huguenot. » {a}


  1. Ce qu’ont repris Esmangart et Johanneau dans leur Rabelais de 1823 (tome 8, page 52), mais en prénommant Patin Guillaume.

31.

« À Brescia, les chants que composent les poètes ne sont pas dignes de torcher le cul aux gens de chez nous. »

Gilles Ménage cite ces deux vers léonins (v. note [4], lettre 58) dans son Anti-Baillet, ou Critique du livre de M. Baillet intitulé “ Jugemens des savans ” (dont la première édition date de 1688), parlant du poète brescian Lorenzo Gambara (mort à Rome en 1586) :

« Ce sont des vers de Muret, écrits de sa main à la tête de son exemplaire des Poésies de Gambara, qui est dans la bibliothèque des jésuites de Rome ; ce qui m’a été dit par le P. Sirmond, lequel avait vu cet exemplaire dans cette bibliothèque » {a}


  1. Guy Patin pouvait directement tenir l’anecdote du P. Jacques Sirmond (v. note [7], lettre 37).

Marc-Antoine Muret (Muret près de Limoges 1526-Rome 1585) professa les humanités dès l’âge de 18 ans au collège d’Auch, puis à Poitiers, à Bordeaux, où il fut le précepteur de Montaigne, et enfin à Paris. Au milieu de succès éclatants, Muret fut accusé de mœurs dépravées et enfermé au Châtelet. Rendu à la liberté, il se retira à Toulouse où il fut poursuivi par les mêmes accusations. Condamné au bûcher (1554), il s’enfuit en Italie, gagna Venise où il fut bien accueilli des savants ; et sur la réputation de son savoir, il fut appelé en 1560 à Rome par le cardinal et prince de Ferrare, Hippolyte d’Este. À partir de ce moment, Muret mena l’existence la plus heureuse et se vit recherché des princes et des grands. En 1561, il accompagna son prince protecteur au colloque de Poissy. De retour à Rome (1563), il fit avec un grand éclat des cours d’éloquence, de philosophie et de droit civil. Le pape Grégoire xiii l’appela le Flambeau et la Colonne de l’École romaine, et lui accorda le droit de cité, ce qui fit dire à Théodore de Bèze (v. note [28], lettre 176) : « Pour un penchant contre nature, Muret a été chassé de France et de Venise, et pour le même penchant, il a été fait citoyen romain. » Muret entra dans les ordres en 1576, refusa en 1578 les offres brillantes que lui fit Étienne Bathori, roi de Pologne, pour l’attirer dans ses États, reçut cette même année de Grégoire xiii mille écus d’or pour être resté à Rome et put, grâce à ses puissants protecteurs, braver les flétrissantes imputations que lui attiraient ses mœurs. On a de lui de nombreux écrits, mais son mérite le plus grand est d’avoir édité et commenté les œuvres de Pierre Ronsard (G.D.U. xixe s.).

Borboniana (article vii, pages 252‑253) :

« Comme Muret était fort malade dans l’hôpital de Venise, deux médecins contestant d’un remède pour lui donner, le lendemain l’un d’eux dit Faciamus periculum in vili anima. {a} Muret l’ayant entendu, lui dit en colère Etiam ne vilem animam quam Christus Sanguine suo redemit ? {b} On dit qu’il était si dévot qu’il pleurait toujours en disant la messe »


  1. « Faisons-en l’expérience sur une âme vile. »
  2. « Y a-t-il même une seule âme vile que le Christ n’ait pas rachetée par son sang ? »

32.

« Du papier à garder pour des emplois malpropres » ; soit, plus prosaïquement, du torche-cul, « méchant papier ou linge dont on s’essuie le derrière » (Furetière). L’expression se trouve deux fois dans les lettres latines (Ép. lat.) de Scaliger.

  • Livre iv, letre cccxxxii, à Charles Labbé [v. note [5], lettre 487], de Leyde, le 25 octobre 1604 [julien] (pages 646‑647) :

    Apage monachalem grammaticum poëtam, quem ad me misisti. Ad spurcos usus eum serva.

    [Foin de ce poète moine et grammairien que vous m’avez envoyé. Gardez-le pour des emplois malpropres].

  • Livre iv, letre ccccxv, à Janus Grüter [v. note [9], lettre 117], de Leyde, le 13 août [julien] sans année (pages 770‑771) :

    Duo supersunt, quæ te rogatum velim ; prius, ut nobis Indicem librorum Bibliothecæ Palatinæ omnium, tam Græcorum, quam Latinorum, Hebraicorum, Arabicorum communices. Alterum, ut ad id, quod a te postremis meis literis sciscitabar, respondeas ; hoc est, an te volente iterum hic recudi Martialis tuus possit. Ita enim mendis deformatus est, idque in ea charta, quæ ad spurcos usus potius dicanda erat, ut neminem putem esse, quem non turpitudo illa a lectione illius editionis tam deterrere, quam diligentia tua et eruditio invitare possit.

    [Il me reste deux choses à vous demander. La première est que vous nous communiquiez le catalogue de tous les livres de la Bibliothèque Palatine, tant grecs que latins, hébreux ou arabes. La seconde est que vous répondiez à ce que je vous avais demandé dans mes dernières lettres, savoir si vous permettriez que votre Martial puisse être ici réimprimé. C’est en effet qu’il est enlaidi de fautes, comme il y avait dans ces papiers qu’on devait plutôt dédier à des emplois malpropres, de sorte que je crois n’exister personne que cette laideur ne pourrait détourner de la lecture de cette édition, bien plus que votre diligence et votre érudition ne pourraient l’y inviter].

33.

« de quel genre, de quel endroit ? »

Joannes-Benedictus Sinibaldus, médecin de Rome (mort en 1658) a laissé quelques ouvrages dont une Geneanthropeia, sive de hominis generatione Decatheucon… adiecta est historia fœtus Mussipontani [Généanthropie, ou Décateuque (10 livres) sur la génération de l’homme… avec l’histoire du fœtus de Pont-à-Mousson (v. note [7], lettre 662)] (Francfort, J.P. Subrodt, 1640, in‑4o, pour la première édition) (Éloy).

V. note [12], lettre 92, pour les Institutiones de Caspar Hofmann (Lyon, 1645).

34.

« plus de bon sens ».

Le P. Honoré Fabri (Belley 1607-Rome 1688) était entré dans la Compagnie de Jésus en 1626, en Avignon. Il consacra sa vie aux sciences et aux controverses religieuses de son temps. Il enseignait alors à Lyon, avant de devenir grand pénitencier de Rome. Comme physicien et mathématicien, il s’opposa aux idées novatrices de Copernic, de Galilée et de Pascal. Comme anatomiste, il prétendit curieusement avoir eu l’idée de la circulation du sang avant Harvey. Sommervogel n’a recensé aucun livre de lui imprimé avant 1646, ni aucun titre évoquant Joseph Scaliger.

35.

« Et cela est bien jésuite ».

Guy Patin s’est ici trompé de Fabri. Il voulait parler non pas d’Honoré Fabri, s.j., mais de Johann Fabri, médecin allemand originaire de Bamberg qui se fixa en Italie où il devint professeur de médecine à Rome puis botaniste du pape Urbain viii de 1623 à 1644 (Éloy). Parmi ses écrits, on trouve en effet un traité intitulé Ioannis Fabri Bambergensis, medici Romani, de nardo et epithymo adversus Iosephum Scaligerum Disputatio. Qua plantarum istarum vera descriptio continetur ; Dioscoridis et Ovidii loca declarantur, et a corruptela defenduntur ; medicorum denique et pharmacopœorum honos a Scaligeri calumniis vindicatur… [Dispute de Johann Fabri, natif de Bamberg, médecin de Rome, contre Joseph Scaliger au sujet du nard (v. note [8] de l’observation vii) et de l’épithyme (filament rougeâtre qui vient sur le thym). Où se trouve la véritable description de ces plantes ; où des passages d’Aristote et d’Ovide sont mis en avant et défendus contre la corruption ; et où enfin, l’honneur des médecins et des pharmaciens est vengé des calomnies de Scaliger…] (Rome, Gullielmi Facciotti, 1607, in‑4o).

En échantillon des propos de Fabri contre Scaliger, cet extrait de l’épître dédicatoire à Victorio Mervilli, protonotaire apostolique et premier médecin du pape :

Videmus etiam grammaticos, qui fere ne duo quidem verba dextre possunt contexere, velle unumquemq. ex antiquis, qui dicendi facultate, et Græci sermonis proprietate plurimum valuerunt, ut Thucydidem, Platonem, Demosthenem, tanquam barbaros arguere.
Atque hanc non magis Philosophi sententiam esse, quam Delphicam dictionem et oraculum ex tripode profectum, cum multorum aliorum ætatis nostræ Grammaticorum ac Criticorum, tum eius, qui dictatuam inter eos gerit, Iosephi sive Scaligeri, sive Burdonis exemplo satis fuit, ceteris quasi monibus scientiis ac disciplinis se immiscere, hominesq. plurimum, maximaq. cum omnium gratulatione ac gloria in iisdem versatos arrogantissime in ordinem redigere, nisi Medicos quoque, et ριζοτομιας peritos (quorum complures ætas nostra vidit) censoria animadversione hotaret, gravissimamq. periculosæ ingorantiæ culpam promiscue omnibus impingeret. Sed habemus nos Medici, et Botanicis addicti, quod gratulemur acumini Viri Clarissimi Gasperis Scioppii nostri. Hic enim cum in Iosephi Castigationes Propertianas incidisset, quo loco de Nardo et epithymo disputat, deque restituto Dioscoride insolentissime gloriatur, quod longo librorum eius usu doctus, nullam ipsius ostentationem, non cum insigni et propudioso aliquo errore, ac flagitio conjunctam sciret, maximas hoc quoque loco frustrationes eum dedisse et ludibrium doctis debere statim suspicatus est.
Veruntamen quoniam longissime a criticorum istorum abest insania, et plurimum in sua cuique artifici professionne deferre ac credere didicit : recte atque ordine facere se iudicavit, si mihi iudicium de Iosephi Conatu et successu potissimum deferret. Rescripsi itaque festinanter nonnulla, ne scilicet solus mutus essem in hoc loquaci, scribaci, ac strepero sæculo (Nam si unquam, hoc certe tempore verissimum est illud Iuvenalis :

Laqueo tenet ambitiosi
Consuetudo mali, tenet insanabile multos
Scribendi cacoethes, et ægro in corde senescit).

Respondi, inquam, paucula, quæ ipse postea libro suo, quo Iosephum L. Cornelia de falsis reum peragit, et furtim in Scaligerorum Veronæ, et Vicetiæ principum familiam irrepsisse coarguit, appingendum et typis æneis in Germania describendum curavit. Sed quoniam eius libri perpauca huc afferuntur exemplaria, complures autem amici videndæ meæ cum Iosepho disceptationis desiderio teneri se oftendunt.

[Nous voyons même des grammairiens, à peine capables d’aligner correctement deux mots, vouloir dénoncer comme barbares chacun des anciens, comme Thucydide, Platon ou Démosthène, qui ont tant mérité par leur faculté d’enseigner et par la pureté de leur langue grecque.
Mais cela n’est pas tant un avis de philosophe qu’une prédiction de Delphes et un oracle prononcé depuis le trépied de la Pythie. En attestent à l’envi tant l’exemple de maints autres grammairiens et critiques de notre siècle, que celui du dictateur qui règne sur eux, savoir Joseph Scaliger, autrement dit Burdon. Et il n’a pas suffi à cet homme de se mêler de presque toutes les sciences et disciplines, et surtout de rappeler à l’ordre avec la plus extrême arrogance ceux qui s’y sont appliqués avec la plus grande gloire et les félicitations de tous ; il a aussi flétri d’un châtiment censorial les médecins et les botanistes (dont plusieurs de notre temps) ; et sur tous indistinctement, il a jeté l’accusation gravissime de dangereuse ignorance. Mais nous, médecins et botanistes, tenons bon, ce dont nous sommes gré à la plume de notre Caspar Scioppius. {a} En effet, cet homme très illustre était tombé sur le passage des Castigations de Joseph contre Properce, où l’auteur disserte sur le nard et l’épithyme et tire fort insolemment gloire de ce que Dioscoride a rétabli ; {b} alors, parce qu’un usage assidu des livres de Scaliger l’avait instruit, Scioppius n’y a reconnu que de l’ostentation de soi-même mêlée d’infamie, non sans quelque duperie insigne et éhontée ; on a aussitôt accusé Scioppius d’avoir prétendu de très grandes tromperies sur ce passage et de s’être moqué des savants.
Mais pourtant, parce que Scioppius est fort étranger à l’extravagance de ces critiques, chacune de ses habiles déclarations a beaucoup servi à révéler et dénoncer Scaliger : il s’est résolu à le faire méticuleusement et point par point, principalement à mon avis quand il s’est prononcé contre le dessein et la réussite de Joseph. J’ai donc écrit à la hâte quelques mots de réponse, pour évidemment ne pas rester muet en ce siècle bavard, scribouillard et bruyant ; car ces vers de Juvénal n’ont jamais été aussi vrai qu’à présent :

Laqueo tenet ambitiosi
Consuetudo mali, tenet insanabile multos
Scribendi cacoethes, et ægro in corde senescit
. {c}

J’ai ensuite répondu, dis-je, en fort peu de mots, que le livre de Scioppius met Joseph sous le coup de la loi Cornelia sur les faux, {d} montrant qu’il s’est furtivement glissé dans la famille des Scaliger de Vérone et des princes de Vicence. Voilà ce que Scioppius a pris le soin d’écrire et de faire imprimer en Allemagne. Mais étant donné que fort peu d’exemplaires de son livre ont été divulgués ici, quantité d’amis ont manifesté le désir de voir ma contestation de Joseph].


  1. V. note [10], lettre 104.

  2. Iosephi Scaligeri Iul. Cæs. fili Castigationes in Catullum, Tibullum, Propertium [Castigations de Joseph Scaliger, fils de Jules-César, sur Catulle, Tibulle, Properce] (Paris, Mamert Patisson, 1577, in‑8o).

    Ce commentaire porte sur le vers 74, chant vi, livre iv des Élégies de Properce, Terque lavet nostras spica Cilissa comas [Que l’épine de Cilicie me lave trois fois la chevelure]. Il occupe les pages 227‑230 des Castigationes dans l’édition de 1582 (v. note [2], lettre latine 426) ; Scaliger y disserte sur la nature de cette épine : Properce voulait-il parler du nard (v. notule {f}, note [29], lettre latine 351), de l’épithyme (fleur médicinale parasite du thym), du crocus (safran, v. note [52], même lettre, hypothèse finalement retenue, contre l’opinion d’autres interprètes) ? Et fidèle à sa solide habitude, il se plaît à mordre :

    In quo multum decepti sunt isti immanium Commentariorum consarcinatores, qui maluerunt pertinaciter pensitare. Sed quid pensitassent homines et Latine, et Græce ignari ? Quibus id facile ignosco, quia et nemo hactenus errorem insignem in Dioscoridis verbis non deprehendit.

    [En quoi se sont grandement trompés ces compilateurs de recueils qui ont préféré s’obstiner à argumenter ; mais quel prix donner aux arguties de gens qui ignorent le latin comme le grec ? Je le leur pardonne aisément parce que l’énorme erreur qui se lit dans Dioscoride avait jusqu’ici échappé à tout le monde].

  3. « L’habitude de flatter bassement étreint beaucoup de gens, l’incurable vice d’écrire les tient et rancit en leur cœur aigri » ( Satire vii, vers 50‑52).

  4. « La loi Cornelia sur les faux, nommée aussi testamentaire, punit celui qui aurait écrit, scellé, lu, représenté un testament ou tout autre acte faux ; et celui qui aurait fait, gravé ou apposé un faux cachet, sciemment et à mauvaise intention. La peine est, contre les esclaves, le dernier supplice, de même que dans la loi sur les sicaires et les empoisonneurs ; et contre les hommes libres, la déportation » (Institutes de Justinien, iv, 18).

36.

« ils ont fui à sa vue comme feuilles balayées par le vent. »

37.

« autant de punaises et de puces, qui ne font de bien à personne et en incommodent beaucoup. »

38.

« Qu’ai-je fait, moi, qu’ai-je dit, pour qu’ils m’accablent de tant de méchants opuscules ? » ; les vers exacts de Catulle (Poémes, xiv, vers 4‑5) sont :

nam quid feci ego quidue sum locutus,
cur me tot male perderes poetis ?

[Qu’ai-je fait, moi, qu’ai-je dit, pour que tu m’accables de tant de mauvais poètes ?].

39.

« il m’est tellement agréable de commercer avec vous par des lettres qui sont les interprètes de mon esprit, car autrement il ne se confie pas. »

40.

« comme c’est habituel au dévot sexe féminin » :

Sancta Maria, succure miseris, iuva pusillanimes, refove flebiles, ora pro populo, interveni pro clero, intercede pro devoto fœmineo sexu. Sentiant omnes tuum iuvamen, quicumque celebrant tuam sanctam commemorationem.

[Sainte Marie, viens au secours des pauvres, aide ceux qui ont peur, rends la ferveur aux faibles, prie pour le peuple, interviens pour ceux qui servent les autres, intercède pour le dévot sexe des femmes ; que tous se sachent aidés quand ils se souviennent de toi avec ferveur]. {a}


  1. Ce Sancta Maria est une antienne de l’office de la Sainte Vierge composée par saint Augustin d’Hippone (sermon 18, De Sanctis).

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 110) :

« Le mardi 22 septembre, […] M. Pichotel et M. de Vilsavin, officier de la reine, me dirent que la reine était indisposée ; qu’elle avait grande impatience d’aller loger au Palais-Cardinal, que l’on appelle Palais-Royal. Ils se plaignaient de son gouvernement. Ils disaient qu’elle donnait tout, tandis qu’on ne pouvait trouver d’argent pour l’armée ; qu’elle ne se souvenait plus de ses anciens serviteurs et que le peuple commençait à murmurer ; que le duc d’Enghien s’en retournerait à son armée avec le colonel Rantzau, pourvu qu’on lui baillât de l’argent pour lui faire faire deux montres, {a} et qu’ils passeraient le Rhin. L’on disait parlant du temps présent :

“ La reine donne tout,
Monsieur joue tout,
M. le Prince prend tout,
Le cardinal Mazarin fait tout,
Le chancelier scelle tout. ” » {b}


  1. Revues des troupes.

  2. V. note [28], lettre 86.

41.

« est le chef suprême de nos affaires. »

42.

« contre Daniel Heinsius ». V. notes [20], lettre 88, pour les liens entre François Sublet de Noyers et les jésuites, et [4], lettre 96, pour les disputes autour de la pièce de Daniel Heinsius, Herodes Infaticida.

43.

Poème de Saint-Amant : v. note [2], lettre 91.

44.

« narration du procès de Lyon » (en interprétant l’interpuncio du manuscrit comme interpunctio). La relation du procès de Cinq-Mars et de Thou qu’on trouve publiée en 1643 n’est pas latine, mais française : Histoire véritable de tout ce qui s’est fait et passé dans la ville de Lyon en la mort de Messieurs de Cinq-Mars et de Thou. ensemble les interrogations qui leur ont été faites et réponses à icelles (sans lieu ni nom, 1643, in‑4o).

45.

Richelieu : les éditions antérieures à Triaire avaient, comme ailleurs dans cette lettre, substitué ministre ou prélat à tyran.

46.

Jacques Fontaine (Fontanus, natif de Saint-Maximin, mort en 1621), conseiller médecin de Louis xiii, premier régent de la Faculté de médecine en l’Université d’Aix-en-Provence a laissé quelques ouvrages, dont ces Iacobi Fontani Sammaximitani primarii medici et in Academia Aquensi Borbonia Professorii Regii Opera : in quibus universæ artis medicæ secundum Hippocratis et Galeni doctrinam partes quatuor methodice explicantur. Præponuntur libri duo de demonstratione medica, ad artem medicinæ comparandam penitus necessarii. Accesserunt commentaria in omnes Hippocratis aphorismos absolutissima, et crisium doctrina : Nec non consilia medica eiusdem autoris accuratissima. Cum indicibus librorum, rerum item et verbum [Œuvres de Jacques Fontaine de Saint-Maximin, premier médecin et professeur royal en l’Académie bourbonne d’Aix, où sont méthodiquement expliquées les quatre parties de l’art médical universel selon la doctrine d’Hippocrate et de Galien. Sont placés devant deux livres sur la preuve médicale, nécessaires pour posséder entièrement l’art de médecine. On y a ajouté des commentaires très parfaits sur tous les aphorismes d’Hippocrate et sur la doctrine des crises ; ainsi que, du même auteur, des conseils médicaux très soigneux. Avec des index des livres, des sujets et des mots] (Genève, Pierre et Jacques Chouët, 1613, in‑8o).

Le petit traité évoqué par Guy Patin (pages 532‑536, à la fin de la 2e des 3 parties de l’ouvrage) porte le titre Dæmoniaca ad medicum pertinentia [Affaires démoniaques concernant le médecin]. C’est principalement un commentaire sur le chapitre 2, livre 2, du De occultis Naturæ miraculis de Levinus Lemnius (v. infra note [47]). Il commence par ces mots (traduits du latin) :

« Par la volonté divine les hommes sont soumis à la puissance des diables, tout le temps qu’ils sont manipulés par le recours à cette lumière <dum huius lucis usura struuntur> : de fait, les diables les investissent, les possèdent, les infestent d’un très grand nombre de maladies. Quand les possédés sont menés aux saints ecclésiastiques pour être exorcisés, les prêtres les renvoient vers les médecins parce qu’ils croient que ce qui les tourmente provient de quelque maladie du corps plutôt que d’un pouvoir démoniaque ».

Les sections du traité s’intitulent :

  • De Morbis a Dæmone inflictis [Les Maladies infligées par le démon] ;

  • Utrum melancholici, maniaci, phrenitici, et furibundi possint loqui alieno idiomate quod non didicerint sine ope Dæmonis [Décider si, sans l’intervention du démon, les mélancoliques, les maniaques, les frénétiques et les furibonds pourraient parler une langue qu’ils n’ont jamais apprise] ;

  • Utrum Platonis sententia quam hoc loco amplexari videtur Levinus Lemnius, vera sit, nimirum scire nostrum nihil aliud esse quam reminisci [Décider si la phrase de Platon, qu’à cet endroit Levinus Lemnius paraît embrasser étroitement, est vraie : “ Notre savoir n’est-il rien d’autre que de la souvenance ? ”].

Le tout s’achève sur ces trois phrases, sans doute rassurantes quant à l’emprise du pouvoir diabolique sur les humains :

« Voilà pourquoi les aristotéliciens appellent lumière de l’intelligence agissante cette faculté par laquelle l’intelligence agissante comprend. Notre savoir n’est donc pas une réminiscence, mais bien une connaissance nouvellement acquise. Et la véritable philosophie consiste en la compréhension des Écritures Saintes. »

47.

« Livin Lemmens [celui-là est le meilleur (note ajoutée par Guy Patin dans la marge)] dans le livre sur les prodiges cachés de la nature. »

Livin Lemmens (Levinus Lemmius, Ziriczee 1505-ibid. 1568), philosophe hollandais et médecin érudit : Occulta Naturæ miracula, ac varia rerum documenta, probabili ratione atque artifici coniectura duobus libris explicata… Elenchus operis, horum omnium gustum exhibebit [Merveilles secrètes de la Nature et divers enseignements des choses, expliqués en deux livres par un raisonnement plausible et une conjecture habile…] (Anvers, Guillaume Simon, 1559, in‑8o).

48.

« sur les livres de Fernel au sujet des causes cachées des choses ».

Les Io. Fernelii Ambiani de abditis rerum causis libri duo [Deux livres de Jean Fernel d’Amiens, sur les causes cachées des choses] (Paris, 1548, Christian Wechel, in‑fo ; réédition à Paris, André Wechel, in‑8o, 1560, Gallica) ont été commentés par Jean i Riolan : Ad libros Fernelii de abditis rerum causis Commentarii [Commentaires sur les livres de Fernel au sujet des causes cachées des choses] (Paris, Hadrien Périer, 1598, in‑12o).

49.

Le titre exact du chapitre xi (et dernier) du livre i des De abditis rerum Causis est De Spiritibus quorum gubernaculis mundum administrari tradunt [Les Esprits, qui président à l’administration du monde] ; il y est beaucoup question de démons.

50.

Saumur (Maine-et-Loire), au confluent de la Loire et du Thouet, était un grand centre religieux. Du côté catholique, le sanctuaire de Notre-Dame-des-Ardilliers attirait de nombreux pèlerins (v. note [19], lettre 535). Du côté calviniste, l’Académie était une Université protestante fondée par Philippe Duplessis-Mornay en 1593, qui rayonna sur toute l’Europe de son ouverture en 1600 jusqu’à sa suppression en janvier 1685, neuf mois avant la révocation de l’édit de Nantes.

Marc Duncan, gentilhomme et médecin écossais, était venu s’y établir comme professeur de philosophie, puis principal du Collège des calvinistes. Les fonctions qu’il avait à remplir dans ces deux places ne l’empêchèrent pas d’exercer la médecine, et son habileté lui fit acquérir une si grande réputation que Jacques ier, roi d’Angleterre, le nomma son médecin ordinaire ; mais Duncan s’était marié en France, il ne voulut pas quitter sa patrie adoptive et passa le restant de ses jours à Saumur où il mourut en 1640. Le livre dont parlait ici Guy Patin s’intitule Discours sur la possession des religieuses ursulines de Loudun (Paris, 1634, in‑8o) : Duncan eut le courage de dire que cette prétendue possession n’était qu’un effet de l’hystérie et d’une imagination déréglée ; l’ouvrage fit tant de bruit que Laubardemont, commissaire pour examiner cette affaire, lui en eût cherché bien des tracas si Duncan n’avait été protégé par la maréchale de Brézé dont il était médecin (J. in Panckoucke et Éloy).

51.

« de Platon dans Alcinoüs, où se trouvent beaucoup de choses sur les démons. »

Jacques Charpentier (Beauvais 1524-1574), philosophe et mathématicien, a été docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1560, puis son doyen de 1568 à 1570. Médecin du roi Charles ix et professeur de mathématiques au Collège de France en 1556, il se fit l’un des derniers champions aveugles de la scolastique aristotélicienne, ce qui le mena à engager une lutte acharnée contre Ramus (Pierre La Ramée) qui était entré en compétition avec lui pour une chaire de mathématiques, mais plus encore, pour leurs points de vue opposés sur la philosophie et son enseignement. Charpentier poussa l’infamie jusqu’à favoriser le meurtre de son ennemi, converti à la Réforme, lors de la Saint-Barthélemy (v. note [7], lettre 264).

Guy Patin évoquait ici l’un des livres les plus connus de Charpentier : Platonis cum Aristotele in universam philosophiam comparatio quae hoc commentario in Alcinoi institutionem ad eiusdem Platonis doctrinam explicatur [Comparaison de Platon avec Aristote sur la philosophie universelle, qui est expliquée par ce commentaire sur l’enseignement d’Alcinoüs concernant la doctrine de ce même Platon] (Paris, J. Dupuis, 1573 in‑4o). Alcinoüs est un philosophe du iie s., auteur d’une Introduction à la philosophie de Platon.

52.

« Les sectateurs de Platon s’appelèrent d’abord académiciens, du nom de l’Académie, qui était le lieu où ce philosophe enseignait à Athènes. Ce ne fut que longtemps après la mort de leur maître qu’ils s’appelèrent platoniciens. On croit que c’est à Alexandrie en Égypte qu’ils le portérent d’abord, après qu’ils y eurent renouvelé l’ancienne Académie et fait revivre ses sentiments. […] Les platoniciens étaient fort adonnés à la théurgie [magie blanche]. […] Les platoniciens entreprirent dans les premiers siècles de l’Église de faire des miracles pour les opposer à ceux des chrétiens. Ils empruntèrent beaucoup d’autres choses de la religion chrétienne et autant qu’ils ont pu, ils ont été les singes des chrétiens » (Trévoux).

53.

Petrus Thyræus, jésuite allemand (Neuss 1546-Würzburg 1601), a laissé une vingtaine d’ouvrages imprimés (Sommervogel), dont plusieurs traitent de démonomanie, parmi lesquels :

  • Loca infesta, hoc est de infestis ob molestantes dæmoniorum et defunctorum hominum spiritus locis, liber unus… Accessit eiusdem libellus de terriculamentis nocturnis [Les lieux hostiles, c’est-à-dire un livre sur les lieux rendus hostiles par les esprits déplaisants des démons et des hommes défunts… Avec un opuscule du même sur les fantômes nocturnes] (Cologne, 1598 ; Lyon, 1599) ;

  • Dæmoniaci, hoc est de obsessis a spiritibus dæmoniorum hominibus, liber unus [Les possédés, un livre sur les hommes envoûtés par les esprits des démons] (Cologne, 1598 ; Lyon, 1603) ;

  • De Dæmoniacis liber unus, in quo dæmonum obsidentium conditio, obsessorum hominum status, rationes item et modi quibus ab obsessis dæmones exiguntur, discutiuntur et explicantur [Un livre sur les Possédés, où sont jugés, enseignés et expliqués la création des démons obsédants, l’état des hommes envoûtés, de même que les raisons et manières de se libérer des démons] (Cologne, 1594) ;

  • De variis tam spirituum quam vivorum hominum prodigiosis apparitionibus et nocturnis infestationibus libri tres : primus disputat de apparitionibus omnis generis spirituum, Dei, angelorum, dæmonum et animarum humanorum, cum appendice de spirituum imaginibus et earumdem cultu ; secundus de prodigiosis apparitionibus hominum vivorum ; tertius de tumultibus et terrificationibus nocturnis [Trois livres sur les attaques nocturnes et les apparitions prodigieuses des esprits comme des hommes vivants : le premier traite des apparitions en tout genre des esprits, de Dieu, des anges, des démons et des âmes humaines, avec un appendice sur les images des esprits et les soins qu’on leur porte ; le deuxième, des apparitions prodigieuses des hommes vivants ; le troisième, des tumultes et des épouvantes nocturnes] (Cologne, 1594).

54.

Martin Anton Delrio (Anvers 1551-Louvain 1608) étudia la philosophie à Paris, le droit à Douai et à Louvain. Il fut pendant dix ans sénateur au Conseil du Brabant et vice-chancelier ; puis dégoûté des affaires, il retourna en Espagne, où il avait déjà été se faire recevoir docteur en 1574, et entra dans l’Ordre des jésuites en 1580. Depuis lors il professa successivement la philosophie, la théologie et l’Écriture Sainte à Salamanque, à Douai, à Liège, où il prononça ses vœux, puis en Styrie, une fois encore à Salamanque, et enfin à Louvain (G.D.U. xixe s.).

Guy Patin citait ici ses Disquisitionum magicarum libri sex in tres tomos partiti [Six livres de recherches magiques, répartis en trois tomes] (Lyon, 1604, in‑4o) ; traduit en français par André Du Chesne sous le titre de Controverses et recherches magiques de Martin Delrio… divisées en six livres, auxquels sont exactement et doctement confutées [réfutées] les sciences curieuses, les vanités et superstitions de toute la magie, avec la manière de procéder en justice contre les magiciens et sorciers, accommodée à l’instruction des confesseurs (Paris, 1616, in‑8o).

55.

Dæmonum investigatio peripatetica, in qua explicatur locus Hippocratis in Prognos., si quid divinum in morbis [Investigation péripatétique des démons, où est expliqué le passage d’Hippocrate dans le Pronostic, se demandant s’il y a quelque chose de divin dans les maladies] (Florence, Juntas, 1580, in‑4o ; 2e édition, Venise, Juntas, 1593, in‑4o) d’Andrea Cesalpino (Arezzo, Toscane 1519-Rome 1603), premier médecin du pape Urbain viii, professeur de médecine au Collège de la Sapienza à Rome. « Raisonnant d’après les principes de son péripatétisme travesti, et partant surtout de l’étrange principe qu’on peut connaître les objets par le secours du sens interne seul et sans la coopération des organes extérieurs des sens, Cesalpino conclut non seulement qu’il peut exister des démons dans le monde sublunaire, mais encore que ces démons n’ont pas besoin d’un corps susceptible de frapper nos sens pour connaître et agir. Il leur accorde en outre la faculté d’agir sur les hommes, mais seulement par des moyens naturels et corporels ; d’où il conclut encore que la médecine ayant à sa disposition d’autres moyens également naturels, dont l’action est contraire, elle a le pouvoir de guérir les maladies causées par les démons. Cependant, il convient que c’est une matière dans laquelle il se glisse beaucoup de fourberies et de jongleries. Ce traité fut écrit au sujet d’une prétendue possession par le diable des religieuses d’un couvent de Pise, à l’occasion de laquelle l’archevêque de la ville, Borboni, avait consulté l’Université, demandant surtout que l’on décidât si la cause de ce phénomène était naturelle ou surnaturelle » (A.‑J.‑L. Jourdan, in Panckoucke).

Au delà de ses fumeuses analyses, Cesalpino doit une juste célébrité à ses Peripateticarum quæstionum libi quinque [Cinq livres de questions péripatétiques] (Venise, Juntas, 1571, in‑4o, Internet Archive) où la petite circulation du sang (dite pulmonaire) est explicitement décrite pour l’une des premières fois, et ce plus de quarante ans avant William Harvey (v. note [12], lettre 177). L’exactitude de son propos est à tout jamais admirable (livre v, question iv, fo 111 vo, E‑F) :

Idcirco Pulmo per venam arterijs similem ex dextro cordis ventriculo revidum hauriens sanguinem, eumque per anastomosim arteiæ venali reddens, quæ in sinistrum cordis ventriculum tendit, transmisso interim aere frigido per asperæ arteriæ canales, qui iuxta arteriam venalem protenduntur, non tamen osculis communicantes, ut putavit Galenus, solo tactu temperat. Huic sanguinis circulationi ex dextro cordis ventriculo per pulmones in sinistrum eiusdem ventriculum optime respondent ea quæ ex dissectione apparent. Nam duo sunt vasa in dextrum ventriculum desinentia, duo etiam in sinistrum : Duorum autem unum intromittit tantum, alterum educit, membranis eo ingenio constitutis.

[Par conséquent le poumon puise le sang chaud dans le ventricule droit du cœur par une veine semblable aux artères {a} et le rend par un réseau d’anastomoses {b} à l’artère veineuse {c} pénètre dans le ventricule gauche du cœur ; dans l’intervalle, il a été rafraîchi par l’air froid, non pas en passant par des orifices qui font communiquer les deux ventricules, comme le pensait Galien, mais par le seul contact avec les canaux {d} émanant de la trachée-artère, qui s’étendent le long de l’artère veineuse. Ces structures que révèle la dissection correspondent exactement à cette circulation qui va, au travers des poumons, depuis le ventricule droit du cœur jusqu’à son ventricule gauche. Il y a de fait deux vaisseaux qui s’abouchent dans le ventricule droit, {e} comme il y en a deux dans le ventricule gauche : {f} des deux, l’un {g} fait exclusivement entrer le sang, et l’autre l’en fait sortir, {h} à l’aide de membranes {i} agencées pour remplir cet office]. {j}


  1. L’artère pulmonaire.

  2. Les capillaires pulmonaires (v. note [19] de Thomas Diafoirus et sa thèse).

  3. Les veines pulmonaires et l’oreillette gauche.

  4. Les bronches et leurs plus fins rameaux.

  5. L’oreillette droite (qui recueille le sang des deux veines caves, supérieure et inférieure) y entre; et l’artère pulmonaire en sort.

  6. L’oreillette gauche (qui recueille le sang venu des poumons) y entre, et l’aorte en sort.

  7. L’oreillette.

  8. L’artère pulmonaire à droite, l’aorte à gauche.

  9. Les valves du cœur qui imposent un sens unique au sang pour passer de l’oreillette dans le ventricule (valve tricuspide à droite, et mitrale à gauche), et du ventricule dans sa voie d’éjection (valve pulmonaire à droite, et aortique à gauche).

  10. VLa Circulation du sang expliquée à Mazarin, pour une description complète (incluant la grande circulation), et note [49] du Procès opposant Jean Chartier à Guy Patin, pour les autres découvreurs de la petite circulation (Ibn Nafis au xiiie s., puis Michel Servet et Realdo Colombo au xvie s.).

56.

Georgius Raguseius (Georgio Raguseo, vers 1579-1622), professeur de philosophie à Padoue, philologue, mathématicien et médecin : Georgii Ragusei Veneti theologi, medici, et Patavinæ Scholæ philosophi ordinarii, Epistolarum mathematicarum, seu de divinatione libri duo, quibus non solum divinatrix astrologia, verum etiam chiromantia, physiognomia, geomantia, nomantia, cabala, magia, ceteræque huius generis superstitiosæ disciplinæ tanquam inanes exploduntur, et naturalibus rationibus a fundamentis penitus evertuntur [Deux livres de lettres mathématiques de Georgio Raguseo, théologie et médecin vénitien, et philosophe ordinaire de l’Université de Padoue, ou de la divination ; où non seulement l’astrologie divinatoire, mais aussi la chiromancie, la physiognomonie, la géomancie, la nomancie, la cabale, la magie et les autres disciplines superstitieuses de cette sorte sont rejetées comme autant de sottises, et entièrement renversées de leurs bases sur des raisons naturelles] (Paris, Nicolas Buon, 1623, in‑8o).

a.

Ms BnF no 9357, fos 9‑10 (fo 9 fort endommagé) ; Triaire no xcix (pages 342‑351) ; Reveillé-Parise no clxxi (tome i, pages 302‑306). Au revers, de la main de Charles Spon : « 1643, Paris 16 novembre ; Lyon, 21 dudit ; Risposta, adi, 1er décembre. » Lettre entièrement tronquée dans les éditions antérieures : les premières lignes sont supprimées ; on compte jusqu’à 17 importants passages retranchés dans le cours de la lettre (Triaire).

Apparaissent ici pour la première fois avec netteté les annotations que des éditeurs ont directement portées sur le manuscrit, à la plume et sans le moindre scrupule, pour marquer les passages à retrancher, à conserver, et à modifier.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 16 novembre 1643.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0097
(Consulté le 11.07.2020)

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