Annexe
Déboires de Carolus

De nombreuses pièces, en partie inédites, permettent d’éclaircir les causes et les suites de la sévère sentence qui fut prononcée contre Charles Patin le 28 février 1668. [1] Le second fils médecin de Guy préféra s’enfuir définitivement de Paris à la mi-novembre 1667. [1]

Saisie de livres de septembre 1666

Le premier document en date est le Procès-verbal de saisie des livres de contrebande, sur les sieurs Guy et Charles Patain [sic], docteurs en médecine de la Faculté de Paris (sans lieu ni nom, ni date, in‑4o de 3 pages) : [2][3]

« L’an 1666, le 15e jour de septembre, environ les huit heures du soir, ce requérant Denis Thierry [4] et Frédéric Léonard, [2][5] marchands libraires à Paris et adjoints de la Communauté : Nous, Jean de La Vaigne, commissaire et examinateur au Châtelet de Paris, [6] < nous > sommes transportés en la maison de la douane, sise rue Saint-Martin, où étant, lesdits adjoints nous ont dit que présentement ils viennent d’avoir avis que, dans ladite maison de la Douane, on y a déchargé plusieurs livres défendus ; c’est pourquoi ils nous requièrent à leur requête de saisir et arrêter lesdits livres, même interroger ceux qui s’en trouveront saisis ; et à l’effet du présent et à leur requête, ont élu leur domicile en la maison du dit Thierry sise rue Saint-Jacques. [7]

Et étant nous, commissaire susdit, entré, y avons trouvé sur une table du dit bureau et dans deux emballages décousus les livres qui ensuivent :

Premièrement, 73 Restitution des grands, non reliés, [3][8]
Item, 18 Lettres provinciales[9]
Item, 24 Journaux des Sçavans[10]
Item, 12 Relation de la cour de Rome[4]
Item, 12 Histoire des amours de Henri iv[5][11]
Item, 1 Œuvres de Corneille en 25 [sic] vol., [6][12]
Item, 1 Œuvres de Quinault, 4 vol., [7][13]
Item, 80 Rabelais, sans relier, 2 vol. in‑12, [8][14]
Item, 12 Mémorial de l’évêque de Paraguay, non reliés, [9]
Item, 100 Rome pleuranteen blanc[10][15]
Item, 100 Rome pleurante, en blanc,
Item, 100 Rome pleurante, en blanc,
Item, 68 Relation et voyage d’Espagne, en blanc, [11]
Item, 1 Œuvre<s> de La Chambre, en 5 vol. reliés, [12][16]
Item, 20 Intérêts et maximes des princes et des États souverains, reliés, [13]
Item, 12 Rabelais en 2 vol. reliés.

Ce fait, sur ce que lesdits Thierry et Léonard ont eu avis qu’aucuns [que certain] de ceux qui ont conduit [transporté] lesdits livres ont été aux lieux latrines qui sont dans la cour de ladite maison, ils nous ont requis d’y faire regarder pour voir s’ils n’y avaient point jeté aucuns livres ; et y ayant été jeté du papier allumé, s’est trouvé sur la matière des dits lieux des commencements d’un livre en taille-douce.

Et à l’instant le sieur Guy Patin, docteur en la Faculté de médecine à Paris, nous a dit qu’il s’est allé promener ce jourd’hui de relevée dans un carrosse, au lieu du Bourget, [17] avec son fils, sa bru, [18] le sieur Le Blond et le sieur Roynette ; où étant, on leur a présenté des livres que l’on savait bien qui étaient dans une maison au dit Bourget ; et que, revenant du dit Bourget dans ledit carrosse, ils ont été arrêtés et amenés dans le bureau de ladite Douane ; et que, quant aux feuilles qui sont dans lesdits lieux, il demeure d’accord que c’est lui qui les y a jetées, que ce sont des commencements ou titres de l’Histoire amoureuse des Gaules[14] au nombre d’environ 50, lesquels il a jetés ayant eu peur que ce fût quelque chose de suspect ; et a signé.

Ce fait, avons enquis ledit [demandé au dit] sieur Patin qui a reçu lesdits livres. A dit que c’est son fils qui les a reçus et qui avait eu avis que lesdits livres étaient dans la maison du Bourget, dans une balle qui a été défaite dans ladite maison ; et a derechef signé.

Comme aussi s’est trouvé en possession de Jacques Le Blond, demeurant à la rue Saint-Denis, [19][20] à la Table de plomb, un tome relié en veau intitulé le Théâtre de Corneille où est, au bas de la page, suivant la copie imprimée à Paris ; lequel livre ledit sieur Le Blond dit qu’il y a plus de deux mois qu’il a acheté à Rouen. [21]

Comme pareillement, avons trouvé Jacques Romaville, dit la Fleur, cocher du nommé Champagne, loueur de carrosses, demeurant rue Bétisy ; [15][22] lequel dit avoir mené ledit sieur Patin, son fils et autres au village du Bourget, en un cabaret où ledit sieur Patin fils a mis ès mains du dit Romaville les livres ci-dessus spécifiés, qu’il a aidé à mettre dans ledit carrosse ; et a déclaré ne savoir écrire ni signer.

Pareillement, avons trouvé Étienne Roynette, médecin, [16][23] demeurant rue Saint-Jacques chez un mercier nommé Constant, en chambre garnie au-dessus des Jésuites ; [24] lequel a dit qu’après avoir dîné avec ledit sieur Patin père, icelui sieur Patin lui aurait demandé d’aller promener dans un carrosse et qu’ils ont été au dit lieu du Bourget dans un cabaret où ledit sieur Patin fils a mis aux mains du dit Roynette les livres ci-dessus spécifiés, qu’il a aidé à mettre dans ledit carrosse ; et a signé.

Et ayant fait entrer dans ladite maison des gens des basses œuvres, [17] ils ont tiré des dits lieux plusieurs commencements en taille-douce, où est imprimé Histoire amoureuse des Gaules, la plus grande partie pleins d’ordure, dont nous en avons serré six entiers que ledit sieur Patin a dit être les mêmes qu’il a jetés, lesquels nous avons paraphés, requérant lesdits adjoints ; et a ledit sieur Patin derechef signé.

Ce fait, nous avons, ce requérant lesdits sieurs Thierry et Léonard, adjoints, fait saisir par Alexandre Moreau les susdits livres écrits qui sont demeurés en la garde de Jean Deu, contrôleur et visiteur du dit Bureau, qui s’en est chargé et a signé avec lesdits sieurs Thierry et Léonard.

Signé de La Vaigne. » [18]

Les Amours de Madame

Cette affaire de contrebande où Charles Patin a pu jouer le premier rôle n’a pas causé la lourde condamnation qui le frappa au début de 1668, mais elle n’a pas manqué d’envenimer ses mauvaises relations avec le syndicat des libraires de Paris. Un autre événement est survenu en 1667, dont Daniel de Cosnac [25] a témoigné dans ses Mémoires : [19]

« L’Assemblée finie, [20][26] je pris la résolution d’aller dans mon diocèse. Avant mon départ, j’appris de Mme de Saint-Chaumont [21][27] qu’un manuscrit portant pour titre Amours de Madame et du comte de Guiche courait par Paris et s’imprimait en Hollande. Madame [28] appréhendait que ce livre, plein de faussetés et de médisances grossières, ne vînt à la connaissance de Monsieur [29] par quelque maladroit ou malintentionné, qui peut-être envenimerait la chose. Elle me choisit pour lui en porter la nouvelle. Elle en écrivit à Mme de Saint-Chaumont, qui était à Saint-Cloud, et à moi, à Paris. J’allai à Fontainebleau. D’abord, je vis Madame pour m’instruire plus amplement. Elle me dit que Boisfranc [22] avait déjà dit la chose à Monsieur, sans sa participation ; [23] mais que ce qui la touchait davantage, c’était l’impression de ce manuscrit. J’envoyai exprès en Hollande un homme intelligent (ce fut M. < Charles > Patin) pour s’informer de tous les libraires entre les mains de qui ce libelle était tombé. Il s’acquitta si bien de sa commission qu’il fit faire par les États des défenses de l’imprimer, retira dix-huit cents exemplaires déjà tirés et me les apporta à Paris ; et je les remis, par ordre de Monsieur, entre les mains de Mérille. [24] Cette affaire me coûta beaucoup de peine et d’argent ; mais bien loin d’y avoir regret, je m’en tins trop payé par le gré que Madame me témoigna. »

L’abbé de Choisy [30] a raconté la même histoire, [25] mais en disant que Louvois [31] fut celui qui remit le livre à Louis xiv [32] « qui crut que Madame en devait être informée afin de prendre quelques mesures avec Monsieur » ; que Cosnac se rendit lui-même en Hollande sans l’entremise d’un tiers ; [26] « que deux exemplaires seulement ne pouvaient se rattraper, l’un envoyé à M. de Louvois et l’autre au roi d’Angleterre [frère de Madame] ». [33]

« L’évêque de Valence [Cosnac], [34] conclut Choisy, m’a montré, quinze ans après la mort de Madame, un seul exemplaire de cette histoire, qu’il avait gardé pour sa curiosité : il ne ressemble en rien à celui qui a couru depuis sous le même titre, lequel ne contient pas un seul mot de vérité ; et jamais l’on a rien su de cette histoire, Madame ayant brûlé l’exemplaire que le roi lui remit ; le roi d’Angleterre, son frère, lui ayant pareillement remis celui qu’il avait reçu, qu’elle brûla ; et l’évêque de Valence ayant vraisemblablement tenu le serment qu’il me fit qu’avant de mourir il brûlerait ce seul exemplaire qui lui restait, dont je lus dans ce temps-là plus de la moitié. »

Antoine-Alexandre Barbier a commenté ces deux relations : [27]

« L’opuscule intitulé tantôt les Amours du Palais royal, tantôt la Princesse ou les amours de Madame, tantôt enfin Histoire galante de M. le comte de Guiche et de Madame, a donné lieu en 1665 à des bruits qui semblent contradictoires. [28] On assure qu’il fut cause de l’exil de Charles Patin, fils du célèbre Guy Patin. Il avait été envoyé en Hollande pour acheter tous les exemplaires de ce roman satirique, mais on l’accusa d’en avoir conservé plusieurs et de les avoir distribués à des amis infidèles. Cela fut su et Charles Patin se vit obligé de sortir du royaume. […]

Il ne paraît pas certain que l’exil de Charles Patin ait eu pour cause la conservation de quelques exemplaires du libelle qu’il avait été chercher en Hollande. Les lettres de Guy Patin ne parlent de la disgrâce de Charles qu’au commencement de l’année 1668. [29] Le père en ignorait le véritable motif puisqu’il cite, avec l’Histoire galante de la cour, deux autres ouvrages trouvés chez son fils, et qu’il ajoute que ces trois livres ne sont qu’un prétexte. »

Saisie de livres de novembre 1667

En lien avec cette intrigue de cour, une autre saisie de livres défendus et de contrebande, représentant une véritable librairie clandestine, avait eu lieu en novembre 1667 au domicile de Charles. [30]

« L’an 1667, le vendredi 11e de novembre sur les huit heures du matin, nous, Jean de La Vaigne et Sauveur Camin, commissaires enquêteurs examinateurs pour le roi au Châtelet de Paris, suivant et en conséquence de l’ordre de M. le lieutenant général de la police, [35] à la requête de M. le procureur du roi, [31] nous sommes transportés, assistés du Sr Denis Thierry, marchand libraire et adjoint de ladite communauté, en la maison du Sr Patin fils sise rue de la Tisseranderie ; [32][36] et étant montés en la chambre du dit Sr Patin au premier étage, attenant une salle, y avons trouvé la damoiselle Patin, sa femme, couchée, à laquelle avons fait entendre le sujet de notre transport et icelle interpellée de nous faire ouverture du cabinet du dit Sr Patin son mari et des autres lieux qu’ils occupent dans ladite maison pour faire recherche des livres défendus et de contrebande que ledit Sr Patin fait venir pour son compte ; laquelle nous a dit qu’elle ne peut le faire parce que ledit Sr Patin est sorti, qui a emporté les clés de son cabinet et dans lequel sont enfermées les autres clés des autres lieux qu’ils occupent ; et s’étant levée et habillée, elle a pris la clé d’un cabinet ou buffet qui est dans ladite chambre, qu’elle a serrée ; pour quoi l’avons interpellée de faire ouverture du dit cabinet, elle nous a fait réponse qu’il n’y a dedans que les hardes et qu’elle n’en fera point ouverture qu’en [sauf en] la présence de son mari.

Dans laquelle chambre avons trouvé en sa présence sur la table d’icelle : un livre in‑12 intitulé La Ménagerie par M. l’abbé Cotin, [37] imprimé à La Haye, [33][38] Le Journal des Sçavans in‑12 par le Sr d’Hédouville, [4][39] imprimé à Cologne, [40] Le Voyage d’Espagne et la relation de l’état et voyage d’Espagne in‑12, [11] Recueil de diverses pièces servant à l’histoire de Henri iii avec la confession de M. de Sancy, à Cologne, [34][41][42][43] Mémoires et instructions pour servir dans les négociations et affaires concernant les droits du roi de France, à Amsterdam, [35] L’Histoire amoureuse des Gaules, à Liège, [14] Il Decameron de Boccaci[44] Amsterdam, [36] Codicille d’or ou petit recueil tiré de l’Institution du prince chrétien, 1665, [37][45] La Production, inventaire et autres pièces servant à la justification du procès de M. Fouquet en cinq volumes, [46] 1666, [38] Psaumes de David, traduction nouvelle selon l’hébreu et la Vulgate[47] suivant la copie à Paris chez Pierre Le Petit, imprimeur et libraire ordinaire du roi, [48] rue Saint-Jacques,  À la Croix d’or[39] Histoire du cardinal Richelieu par le Sr Aubery, à Cologne chez Pierre Marteau en cinq volumes, [40][49][50] Recueil de diverses pièces choisies par M. le président Nicole[51] jouxte la copie à Paris chez Charles Sercy, [41] Traité de la restitution des grands[3] les Caractères des passions par le Sr de La Chambre, à Amsterdam chez Antoine Michel en cinq volumes, L’Art de connaître les hommes par le Sr de La Chambre, à Amsterdam par le Sr Le Jeune, [12] Journal de M. le cardinal de Richelieu, à Amsterdam ; [42] sur le ciel du lit de la même chambre, trois comédies de Polyeucte par M. de Corneille, suivant la copie imprimée à Paris, deux Sertorius, tragédie par M. de Corneille suivant la copie à Paris, deux Amours d’Ovide par M. Gilbert, [52] suivant la copie imprimée à Paris ; [43][53] plus dans ladite chambre, six Institutions de Cassien, à Paris chez Charles Savreux in‑8o[44][54][55] douze Francisci Dulaurens Specimina mathematica, Parisiis, apud Carolum Savreux, un aussi relié en veau, [45][56] 24 Dissertations sur l’hémine de vin[46][57][58]

Dans la salle, un Aldrovandi Historia naturalis, in‑fo, 13 volumes en blanc. [47][59]

Dans une autre petite chambre à côté de ladite salle, où sont deux pensionnaires du dit Sr Patin, se sont trouvés : L’Ordonnance de Louis xiv du mois d’avril, jouxte la copie imprimée à Paris in‑4o, relié en vélin, [48][60] Intérêts et maximes des princes, à Cologne, relié en veau, [13] Mémoires et instructions pour servir dans les négociations et affaires concernant les droits du roi et affaires, à Amsterdam, [35] Relation de la conduite présente de la cour de France, à Leyde, [49] Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes, à Cologne, [50] Ius Belgarum circa bullarum pontificiarum receptionem, Leodii[51][61] L’Histoire amoureuse des Gaules, à Liège, en parchemin, [14][62] L’Esprit de cour, à Amsterdam, [52][63] Deductio contra devolutionem in ducatum Brabantiæ, en trois cahiers in‑4o[53][64] en blanc, Catalogus librorum Frederici Leonard, Catalogus librorum Aureliæ Germanicæ Nationis, Catalogus librorum Theodori Graswinckel, un catalogue de livres reliés à vendre. [54]

Dans un autre petit cabinet, au derrière et attenant la chambre du dit Sr Patin : deux cents ou environ de la comédie intitulée Dom Japhet d’Arménie par M. Scarron, [65] à Leyde chez Jean Sambix, 1655, le tout en feuilles séparées et non assemblées, [55] 18 livres en blanc intitulés Histoire amoureuse des Gaules, à Liège, [14] trois Discours des dames de Brantôme, [56][66] une Négociation de paix entre le royaume de France et la République d’Angleterre[57] un Recueil de diverses pièces pour servir à l’Histoire, Cologne, [58][67] trois Recueil historique contenant diverses pièces curieuses de ce temps, à Cologne, [59][68] deux Essais de Michel de Montaigne [69] in‑12 en trois volumes, à Amsterdam, [60] quatorze Ménagerie par M. l’abbé Cotin, à La Haye, [33] trente-deux Codicille d’or de l’Institution du prince chrétien, 1665, [37] quatre Restitution des grands[3] une partie de l’Histoire des amours du grand Alcandre[34] deux Voyages et relations d’Espagne[11] l’Histoire du traité de paix, à Cologne, [61][70] Schelii Libertas publica, trois, à Amsterdam, [62][71] Ius Belgarum, quatre Leodii[51] De Iure ecclesiasticorum[63]

Ce fait, nous sommes transportés au haut de la montée à la porte d’un grenier sur le devant et d’un autre grenier sur le derrière, dont nous avons trouvé les portes fermées, et avons aperçu au travers de quelques trous et jointures de l’une desdites portes plusieurs livres en blanc dans lesdits greniers, sur le derrière même sur la montée et près ledit grenier, une presse d’imprimerie en taille-douce ; [64] et ensuite, avons interpellé ladite damoiselle Patin de nous faire ouverture des portes des dits greniers et du dit cabinet sur la table duquel, au travers des vitres, nous avons vu qu’il y a quelques livres en blanc ; laquelle dit encore que son mari a emporté lesdites clés, dont et tout que dessus avons dressé le présent procès-verbal.

de La Vaigne, Camin.

Et depuis et à l’instant, avons encore sommé ladite damoiselle Patin de nous faire ouverture d’une grande armoire à quatre guichets étant dans ladite petite chambre à côté de ladite salle, de laquelle armoire elle avait en notre présence fait ouverture. Dans les deux guichets d’en haut se sont trouvés :

quatre Kircherii China illustrata in‑fo, Amstellodami, 1667, en blanc, [65][72] neuf Pisonus Historia naturalis in‑fo, Amstellodami[66][73] quatre Schotti Physica curiosa in‑4o, trois volumes, [67][74] un Lexicon Scapula in‑fo, Amstellodami[68][75] un Schrevelius in‑4o, deux volumes, Amstellodami[69][76] un Veslingii Anatomia in‑4o, Amstellodami[70][77] un Suetonius variorum in‑8o[71][78] deux Iuvenalis variorum in‑8o, Lugduni Batavorum[72][79] un Sallustius[80] un Virgilius[81] un Lactantius Firmianus[82] un Claudianus[83] un Barclaii Argenis[84] un Titus Livius[85] trois volumes, trois Velleius Paterculus[86] deux Florus[87] un Martialis[88] deux Quintus Curcius[89] trois Sulpicius Severus[90] deux Plauti Comediæ[91] deux Terentius[92] trois Historiæ Augustæ scriptores[93] deux Valerius Maximus[94] deux Commentaria Cæsaris[95] deux Ovidius, trois volumes, deux Lucanus[96] deux Senecæ Tragediæ[97] cinq Aulus Gellius[98] tous in‑8ocum notis variorum, imprimés à Leyde, [73] quatre Ogeri Ephemerides[74][99]

Plus s’est trouvé dans ledit petit cabinet treize factums entiers de M. Fouquet en cinq volumes in‑12, [38] trois Factum pour servir de réponse aux objections de fait et de droit par M. Fouquet[75] trois Observations sur un manuscrit intitulé Traité du péculat[76] cinq Boyle Tentamina physiologica, Amstellodami[77][100] trois Projet pour l’entreprise d’Alger[78] trois Œuvres de Balzac in‑12, [101] six volumes, Amsterdam. [79]

[Madeleine Patin ayant refusé d’ouvrir les cabinets et greniers, le lieutenant général de police, Nicolas La Reynie, intervient personnellement en se transportant sur les lieux.]

Et à l’instant, mondit sieur le lieutenant général de la police s’est transporté dans le logis du dit Sr Patin où, étant présente ladite damoiselle Patin, a fait ouverture d’un petit cabinet ou buffet étant dans sa chambre, dans lequel s’est trouvé : un Bouclier d’État in‑12 en veau, 1667, [80] une Histoire amoureuse des Gaules avec la figure, en vélin, in‑12, [14] autre Histoire amoureuse des Gaules relié en papier marbré [un mot illisible] des feux, un autre en blanc avec la figure, un Intérêts des princes in‑12, à Cologne, en veau, [81][102] Affaires de France et d’Autriche, 1662, en veau in‑12, [82] Histoire de l’empereur Charles v, à Bruxelles en veau in‑12, [83][103] cinq volumes de Brantôme en veau in‑12, [56] une Conjuration du comte de Fiesque, à Cologne, [84][104] un Laurenzo Gracian[85][105] un Journal des Sçavans, à Cologne in‑12 en veau, [4] un Ius Belgarum in‑12 en veau, [51] Les Œuvres de Corneille en vers, en veau in‑12 en sept volumes, à Anvers suivant la copie imprimée à Paris, [86] Il Trattato di pace[87] Antistius de Iure ecclesiasticorum[63] Les Œuvres de Balzac in‑12 en sept volumes, à Amsterdam, [79] deux Parnasse satirique en blanc, 1660, [88][106] deux Mémoires de M. de La Rochefoucauld en blanc, [89][107] Vindiciæ contra tyrannos Iunii Bruti, Amstellodami, en blanc, [90][108] Suite des factums de M. Fouquet, en sept parties, en blanc, [38] trois Il Nipotismo di Roma en deux parties, 1667, en blanc, [91] quatre Nouveau Testament selon l’édition Vulgate imprimée à Mons, en blanc, [92][109] trois Histoire du cardinal de Richelieu en blanc, in‑12, [40] les 3e, 4e et 5e tomes des Mémoires pour l’histoire du cardinal de Richelieu, à Cologne in‑12 en blanc. [93]

Item, ouverture a été faite, en présence de mondit Sr le lieutenant général de la police et de ladite damoiselle Patin, d’un tiroir au-dessous d’un clavecin par Jean Foret, serrurier mandé par ladite damoiselle Patin, dans lequel s’est trouvé : cinq Amours de Charles de Gonzague, 1666, in‑12 en vélin, [94][110] huit Recueil d’histoire de Gigeri, à Cologne in‑12 en vélin. [95]

Item, a été faite ouverture d’un bas d’armoire ou cabinet étant dans la salle, en présence de mondit Sr le lieutenant et de ladite damoiselle Patin, dans laquelle s’est trouvé : six Nouveau Testament, en blanc, de la tradition Vulgate, [39] quatre Vindiciæ contra tyrannos Iunii Bruti en blanc, Amstellodami[90] deux Réponse d’un soldat d’Estrémadure, 1665, en blanc, [96] Jonathas ou le vrai ami par le Sr de Ceriziers, [111] à Bruxelles, en blanc in‑12, [97] un Traité politique d’Espagne en blanc, [98] deux Recueil de pièces choisies, jouxte la copie à Paris, en blanc, [41] une Œuvres de Molière in‑12 en 16 volumes, suivant la copie imprimée à Paris, en blanc, [99] douze Journal des Sçavans, tomes trois et quatre en blanc, à Cologne, [4] six Lettres et poésies de Mme la comtesse de B., à Leyde, en blanc, 1666, [100][112] deux Parnasse satirique, 1666, en blanc, [101] deux Cabinet satirique[102] en blanc, 1666, neuf Pharamond ou Histoire de France, en blanc, jouxte la copie imprimée à Paris, 2 volumes. [103][113]

Item, en la présence de mondit Sr le lieutenant général de la police et de ladite damoiselle Patin, ouverture a été faite par ledit serrurier de la porte du grenier sur le devant, dans lequel mondit Sr le lieutenant étant entré, il s’est trouvé dans un gros méchant coffre de bois : quatre Histoire, etc. [raturé : du Palais royal en blanc], [104] 45 Bouclier d’État in‑12 en blanc, [80] six Comédie de M. de Bussy en blanc, [105][114] six Histoire [raturé : de M. le comte de Guiche et de Madame, jouxte] la copie imprimée à Paris, [28][115] deux École des filles en blanc, [106][116] cinq Relation de la cour de Savoie [raturé : ou les amours de Madame Royale] en blanc, [107][117] La Déroute et l’adieu des filles de joie [raturé : avec la Requête à M.D.L.V.], au nombre de cinq en blanc, [108][118] dix Histoire de la vie de la reine de Suède en blanc, [109][119] plus six autres Histoire [raturé : du Palais royal], plus une École des filles, en blanc.

Item, a pareillement été faite ouverture, en présence de mondit Sr le lieutenant général de la police et de ladite damoiselle Patin, de la porte du cabinet ou bibliothèque étant en bas, par ledit serrurier qui y est entré par la fenêtre et ensuite a ouvert ladite porte ; dans lequel cabinet s’est trouvé au-dedans de la cheminée : treize Ordonnance de Louis xiv du mois d’avril, en blanc, in‑24, jouxte la copie à Paris, [48] quatorze Satire Ménippée ou Catholicon d’Espagne[120] en blanc, in‑12, [110] Pharamond ou l’Histoire de France, in‑8o, en neuf volumes en blanc, jouxte la copie imprimée à Paris, [103] plus, sur les tablettes pour les livres, trois Ordonnance de Louis xiv du mois d’avril, en blanc, in‑24, en blanc, sur la copie à Paris, encore deux Bouclier d’État en blanc [80] plus, dans deux différents endroits, deux Boucliers d’État en blanc, deux Apocalypse de Méliton en blanc, [111][121][122] plus Les Amours de Charles de Gonzague en blanc, [94] six Projet pour l’entreprise d’Alger en blanc, [78] un Histoire amoureuse de France en blanc, [14] quatre tomes 3e et trois 4e du Journal des Sçavans en blanc, à Cologne, [4] Vindiciæ contra tyrannos Bruti [90] en blanc, un Parnasse satirique en blanc, [88] plus un Journal des Sçavans tome 4e en blanc, [4] un Codicille d’or en blanc, [37] un Voyage d’Espagne en blanc, [11] Ius Belgarum en blanc, [51] un Ménagerie de Cotin en blanc, [33] un Recueil pour servir à l’histoire en blanc, L’Histoire de donna Olympia en blanc, [112][123] deux Satire Ménippée en blanc, un Constitutiones Societatis Iesu, in‑8 cinq volumes, [113]o[124] un Jonathas ou le vrai ami, à Bruxelles, en blanc, [97] une Restitution des grands[3] Mémoires pour servir à l’histoire du cardinal de Richelieu en cinq volumes in‑12, à Cologne, en blanc, [93] six De la Grâce victorieuse, 1666 en blanc, [114][125] 63 Conjuration du comte de Fiesque[84] à Cologne, en blanc, un Journal de M. le cardinal de Richelieu, à Amsterdam, en blanc, [42] Recueil d’histoire de Henri iii, avec la confession de Sancy, en blanc, Discours merveilleux de Catherine de Médicis en blanc, [34][126] Psaumes de David, traduction nouvelle selon l’hébreu et la Vulgate, suivant la copie à Paris chez Pierre Le Petit, en blanc. [39][127]

[La nuit ayant interrompu l’inventaire, les livres restant à décrire sont placés sous scellés. La procédure reprend le lendemain en présence du lieutenant général de police de Paris.]

Item, sept volumes in‑12 reliés en veau des Défenses de M. Fouquet, un Préadamites [128][129] en veau in‑12, [115] un Satire Ménippée ou Catholicon d’Espagne in‑12 en veau, un Journal de Henri iii en veau in‑12, un Bussy en maroquin rouge, un Mémoire de Montrésor in‑12, [130] deux volumes en veau, [116] un idem en maroquin en un volume, un Journal de Henri iii en maroquin rouge, un autre Mémoire de Montrésor en maroquin rouge, deux volumes in‑12, deux Mémoires de Bassompierre in‑12, [131] deux volumes en veau, [117] un idem tome 2d relié en maroquin rouge, un Ministre d’État in‑12 trois volumes en veau, à Amsterdam, un 6e tome des Défenses de M. Fouquet en veau, un 7e tome des Défenses de M. Fouquet en veau in‑12, deux volumes de Brantôme in‑12, [56] maroquin rouge, deux Œuvres de Corneille in‑12 en veau, dont l’un en trois volumes et l’autre en quatre volumes, un Histoire du cardinal de Richelieu in‑12, deux volumes, à Cologne, en veau, [40] un Mémoires de Richelieu par M. Aubery, à Cologne, in‑12, cinq volumes, [93] un Œuvres de Balzac in‑12 sept volumes à Amsterdam, en veau, deux livres du duc de Mantoue en vélin, [94] trois Histoire de Gigeri, deux en vélin et un en veau, à Cologne, Relation d’un voyage d’Angleterre, à Cologne en veau in‑12, par M. de Sorbière, [118][132] une Conjuration du comte de Fiesque, à Cologne en veau, Histoire de Charles v, à Bruxelles, en maroquin in‑12, [83]Trattato di pace di Gualdo in‑12 en veau, [61] deux Traité de paix in‑12 en veau, deux Relations de la Cour de Rome in‑12, [119][133] un Affaires de France et d’Autriche in‑12, [82] un Lettres provinciales in‑12 en dos sec, [4] un Codicille d’or in‑12, [37] un Instructions pour les négociations, à Amsterdam, en maroquin rouge, [35] un Vies des empereurs turcs en veau, [120][134] un Journal des Sçavans, tome 1er[4] un Schelii Libertas publica in‑12 en veau, [62] La Ménagerie de l’abbé Cotin, à La Haye, [33] un Bouclier d’État[80] deux Apocalypse de Méliton[111] deux Intérêts et maximes des princes, trois Mémoires de M. de La Châtre[121][135] deux Voyages et relations d’Espagne, à Cologne, [11] deux Maximes importantes pour l’institution du roi in‑12 en veau. » [122]

[Tous ces livres sont transportés au Palais-Royal.] [136]

Cet inventaire représente 136 titres différents et quelque 1 100 volumes. Le plus remarquable est la présence de six exemplaires de l’Histoire galante de M. le comte de Guiche et de Madame (et dix de l’Histoire du Palais royal), dont Charles était censé n’avoir gardé aucun. Dans sa lettre du 7 mars 1668 à André Falconet, Guy Patin avait très largement sous-estimé l’ampleur de cette saisie.

Le Factum pour Maître Charles Patin, docteur en médecine, accusé, contre ses accusateurs ([1668], in‑4o de 4 pages) [123] fournit, malgré sa partialité, quelques précieux éclaircissements complémentaires :

« Quoique l’on ne soit pas assuré des chefs de l’accusation formée contre ledit Patin, néanmoins une partie des livres qui ont été saisis dans sa maison et le bruit commun en donnent assez d’éclaircissement pour faire penser que son crime prétendu est un commerce supposé de livres défendus qui sont de trois sortes : 1. du livre intitulé Histoire galante[14] ensemble d’une autre satire ; 2. Du Bouclier d’État ; [80] 3. De la nouvelle Ordonnance[48] et quelques autres contrefaits contre les privilèges accordés par le roi. [124]

De la justification du premier dépendra celle des deux autres chefs de cette accusation. Et avouant que ledit Patin a été saisi de ces trois sortes de livres, il sera juste toutefois de confesser qu’il n’en est pas plus coupable, pource qu’il a eu les premiers par un ordre souverain < et > les autres par occasion. Voici comment.

Ledit Patin ayant appris au mois de juin 1666 qu’on imprimait en Flandre le livre de L’Histoire galante, en fit donner avis à Leurs Altesses Royales, [125] à qui ce livre ne plaisait pas. Il eut ordre de chercher les moyens d’en faire supprimer les exemplaires ; il y travailla avec succès et en recouvra six cents, lesquels il fit venir et les mit entre les mains de ceux de qui il avait reçu cette commission. Et depuis, le même livre ayant été imprimé en Hollande, il en donna un second avis, il eut un second ordre de veiller à la même suppression, et par ses soins et ses intelligences, il découvrit qu’il en avait été imprimé trois mille. On en surprit deux mille sept cents qui furent portés par ordre du bourgmestre dans l’hôtel de ville d’Amsterdam où ils furent brûlés. Il en restait encore trois cents dispersés, pour le recouvrement desquels on jugea à propos que ledit Patin fît un voyage en Hollande ; ce qu’il exécuta pour le service de Leurs Altesses Royales avec toute la diligence et la fidélité qu’il leur doit, et avec tant de succès qu’il mit en sa possession deux cent cinquante des dits exemplaires, dont à son retour il rendit compte à Leurs Altesses Royales qui en demeurèrent très satisfaites, et même des cinquante exemplaires restants de toute cette édition qui, étant entre les mains de quelques particuliers, ne pouvaient être sitôt recouvrés ; mais ledit Patin laissa ordre à plusieurs de ses amis de les faire chercher à quelque prix que ce fût et de lui envoyer ce qu’ils en pourraient recouvrer, feignant toutefois que c’était par pure curiosité, et dissimulant le secret de l’ordre et de la commission qu’il en avait.

Un de ces amis ayant par une diligente recherche ramassé dix des dits exemplaires, il les envoya au dit Patin ; et pour donner quelque chose de nouveau à sa curiosité feinte, mais crue, il y joignit les autres satires, une douzaine d’exemplaires de La nouvelle Ordonnance et quelques-uns du Bouclier d’État, récemment imprimés en Hollande et jusqu’alors inconnus au dit Patin ; de qui, par conséquent, on ne peut présumer avoir été donné aucun ordre de les envoyer. Et ainsi, il paraît qu’il ne les a eus que par l’occasion de celui de Leurs Altesses Royales pour recouvrer le livre de l’Histoire galante.

Il n’est pas difficile d’avoir des preuves de cet ordre souverain. Il n’est pas non plus malaisé de faire voir que cet ordre a été l’occasion de l’envoi des autres livres, d’autant que la lettre de celui qui les a envoyés marque précisément que c’était par curiosité. Cela étant, il n’est pas possible de déclarer ledit Patin aussi coupable que le publient ses accusateurs, et qui ne le publient que parce qu’ils le souhaitent.

Si l’on accuse ledit Patin d’avoir été trouvé saisi des dits livres, on ne peut que calomnieusement lui imputer d’en avoir fait un mauvais usage, pource qu’il en reçut le paquet le 10e de novembre dernier [1667] et le lendemain 11e à huit heures du matin, il en fut dépouillé par la saisie qui en fut faite sur la dénonciation de Thierry, [2] adjoint du syndic des libraires ; laquelle serait sans doute demeurée inutile si la recherche eût été retardée une heure seulement, d’autant que ledit Patin se préparait d’aller faire une offrande de ces livres à ceux qui y avaient intérêt ; et elle aurait été faite dès le jour même qu’il les reçut si un prompt secours qu’il devait à quelques malades ne l’eût obligé de différer au lendemain.

Mais on dit que quelques-uns de ces livres ont cours dans Paris et on conclut que le débit en a été fait par ledit Patin.

Il y a grande apparence, ou plutôt il est de nécessité que le débit soit coulé d’une autre source. Le peu de temps que lesdits livres ont séjourné chez ledit Patin et le petit nombre qui en a été envoyé, justifié par la lettre d’envoi qu’il en peut produire, le déchargent suffisamment de cette imputation [126] procédée de l’artificieuse malice du dit Thierry et de quelques libraires ses confrères, lesquels accusent ledit Patin d’un crime dont eux seuls se trouveraient les coupables s’il en était fait une due information.

Que cette imputation vienne de la part du dit Thierry, les différends survenus par le passé entre ledit Patin et lui en peuvent établir suffisamment la présomption et faire tomber sur lui le soupçon de cette malice, dont voici la cause et l’origine, qui peut justifier ledit Patin de quelques livres de contrebande trouvés dans sa maison et saisis.

Ledit Patin a fait imprimer plusieurs de ses censures à ses dépens, entre autres le livre intitulé Familiæ Romanæ[137] qu’il a dédié au roi. La difficulté de traiter avec les libraires de Paris et la nécessité de retirer les frais de cette impression, qui étaient grands, l’obligèrent d’avoir recours aux étrangers, parmi lesquels ce livre s’était acquis beaucoup de réputation, quoique les libraires de Paris eussent fait tous leurs efforts pour le décrier[127] Il fut contraint, pour la facilité de ce débit, de tirer quantité de leurs marchandises en échange, dont lesdits libraires de Paris, possédés de jalousie, étant bien avertis et ayant mis des espions sur les avenues, ils interceptèrent l’année dernière quelques ballots de livres envoyés de Hollande au dit Patin et lui firent quelques instances en justice, deux desquelles il a gagnées au Châtelet, et une troisième est demeurée indécise au Conseil privé. Ledit Thierry fut condamné par corps à lui rendre lesdits livres par lui saisis, qui ne voulant acquiescer à la sentence, les fit porter chez M. Colbert ; [138] lequel ayant daigné prendre connaissance de l’affaire, ordonna qu’ils fussent renvoyés au dit Patin ; [128] ce qui a été fait et qui a causé dans l’esprit de Thierry tant de haine et d’envie contre ledit Patin qu’ayant pareillement intercepté l’avis de l’envoi des livres dont il s’agit aujourd’hui, il en a fait la matière de sa vengeance ; et par un effet de son ressentiment, il en a fait une dénonciation aussi indigne que le procédé qu’il a tenu dans ce qui l’a suivie, ayant lui-même, en personne, aidé à l’éclat et au scandale qui fut fait par les commissaires et sergents par lui employés en la maison du dit Patin lors de la saisie des dits livres, que l’on pourrait plutôt nommer un pillage exercé par ledit Thierry puisque ne s’agissant que de saisir (selon l’ordre qu’ils disaient en avoir de M. de La Reynie) les livres prétendus défendus, ils étendirent leur saisie à grand nombre de ceux qui sont permis et y comprirent un Aldrovandus [47] qui ne traite que de chose naturelle.

De ce véritable et sincère récit, il est évident que l’accusation intentée contre ledit Patin ne procède point du prétendu crime qu’on lui impute, mais de l’envie et de la haine du dit Thierry seulement, dont la malice a jeté une noirceur sur un œuvre qui, autrement et considéré en soi-même, aurait eu quelque mérite, puisqu’il est une suite et comme un effet des ordres de Leurs Altesses Royales, sur lesquels ledit Patin a lieu d’espérer que ses juges feront la réflexion nécessaire pour sa décharge et sa justification ; à laquelle il travaillerait lui-même en personne et se mettrait en état de confondre ses accusateurs si les témoignages de sa conscience et les preuves dont il peut les fortifier pour faire connaître son innocence avaient été capables de vaincre les prières de sa famille, qui a mieux aimé le voir exposé à toute la sévérité d’une contumace qu’à l’incertitude des autres événements ; qui néanmoins ne seraient pas à craindre si on ne produisait au procès que les livres portés par le procès-verbal de la saisie qui en fut faite ledit jour 11e de novembre, signé de la femme du dit Patin et des gardiens établis à ladite saisie, par lequel procès-verbal ledit Patin ne ferait aucune difficulté de prendre droit s’il se défendait en personne. Mais il a raison de tenir pour suspecte la confiance que l’on a eue au dit Thierry, lequel on a rendu maître de tous lesdits livres par le transport qui en a été fait au Palais-Royal, et parmi lesquels il peut avoir eu la malice d’en mêler d’autres à sa poste pour faire trouver un crime au milieu de l’innocence. » [129]

Ordre d’arrestation, fuite, exclusion de la Faculté

Le trafic illicite de livres imprimés dans les Provinces-Unies, interdits ou contrefaits, avait donc creusé un profond passif entre Charles Patin et les libraires de Paris. On comprend la lourde condamnation qui s’est ensuivie si on y ajoute le soupçon de manquement grave dans la mission que la famille royale avait confiée à Charles. Sa culpabilité se résumait alors à une question : avait-il ou non abusé de la confiance de la duchesse d’Orléans en faisant circuler quelques exemplaires de l’Histoire galante qu’elle lui avait fait demander de récupérer pour les détruire ? [130] Seule certitude, Guy Patin n’apparaît que comme un complice dans la contrebande de son fils, accusation qui ne lui valut aucune peine sérieuse. [131]

La Vie de G.P. (fo 59 ro et vo) n’a pas laissé planer de doute sur la « mauvaise conduite » de Charles Patin :

« L’habileté que Charles Patin s’était acquise dans les médailles, les estampes, les tableaux, les livres et toutes les choses de littérature engagea M. Colbert de l’envoyer en Hollande pour supprimer un livre qui y était imprimé contre la cour de France : c’était Les Amours du Palais royal. Charles Patin supprima en effet tous les exemplaires, mais les vendit en secret à Paris. On le sut. Cependant, l’affaire s’apaisa. Dans le même temps, il s’avisa de vendre aussi en secret Le Code de Louis xiv, en petit in‑12, contrefait, mais très portatif et parfaitement bien imprimé. [48] Il vendait l’un et l’autre chacun un louis d’or. On savait d’ailleurs qu’il était en relation avec Louis Elsevier, [139] illustre imprimeur, dont il vendait les livres à Paris. Les libraires de Paris, irrités contre Charles Patin, ne négligèrent rien pour le perdre. Ils sollicitèrent et la cour et la ville avec tant de chaleur que Charles Patin fut obligé de quitter Paris avec précipitation, car il se sauva par-dessus les toits. On lui fit son procès dans toutes les formes, quoiqu’absent. J’écris ce détail sur le récit de M. Charles Thuillier, [132][140] ami de Guy Patin, qui m’a fait lui-même ce récit. »

Charles Patin a fui Paris peu après la saisie du 11 novembre 1667 : dans sa lettre à Johann Georg Volckamer, [141] datée de Paris, le 29 décembre suivant, Guy Patin écrit que son fils devait être arrivé à Heidelberg [142] et se rendrait bientôt à Nuremberg [143] pour saluer Volckamer. [133]

Le 28 février 1668, Charles Patin fut condamné par contumace à l’amende honorable [144] et aux galères [145] à perpétuité. En son absence, il fut pendu en effigie sur la place de Grève [146][147] le 15 mars suivant.

Ce châtiment était infamant, mais la Faculté de médecine fut longue à rayer le nom de Carolus dans la liste de ses docteurs régents, comme en a témoigné Jean Garbe [134][148] dans le commentaire de sa première année de décanat (1668‑1669, Comment. F.M.P. tome xv, pages 336‑337), sous le titre marginal de Judicium adversus M. Carolum Patin [Jugement contre M. Charles Patin], en date du 9 février 1669 :

Die 9 mensis februarij exporrectum fuit decano atque significatum judicium per apparitores Regios adversus M. Carolus Patin seu sententia a D.D. de la Reynie politicæ administrationis Parisiensis præposito seu præfecto generali prolata, qua expungeretur ipse Carolus Patin doctor Medicus Parisiensis e Medicorum Facultatis catalogo et omnibus juribus et emolumentis Facultatis privaretur ; hæc autem sententia his verbis fuit expressa.

[Le 9e de février, des huissiers à la chaîne [149] ont présenté et signifié au doyen un jugement contre M. Charles Patin, soit la sentence prononcée par M. de La Reynie, chef ou lieutenant général de la police de Paris, qui raie ledit Charles Patin, docteur en médecine de Paris, du catalogue des médecins de la Faculté, [135][150] et le prive de tous ses droits et émoluments. Ce jugement a été rédigé dans les termes qui suivent].

Copie de la sentence de Monsieur de La Reynie, lieutenant général de la police de Paris contre Maître Charles Patin.

« Sur ce qui nous a été représenté par le procureur du roi qu’encore que Charles Patin, docteur en médecine de la Faculté de Paris, par sentence de nous rendue par délibération du Conseil et jugement dernier, ait été condamné le 28e février dernier, [136] pour les cas mentionnés en son procès, à faire amende honorable au-devant de la principale porte de l’église de Paris, [137] et aux galères à perpétuité, si pris et appréhendé pouvait être ; sinon, par effigie, en un tableau attaché en une potence qui serait plantée en la place de Grève, avec confiscation de tous ses biens ; laquelle sentence avait été prononcée et exécutée le 15e jour de mars ensuivant. Néanmoins il [138] aurait appris que, par surprise ou autrement, on avait compris ledit Charles Patin dans le catalogue de tous les docteurs de ladite Faculté, qui se lit au premier acte, à l’ouverture des Écoles de médecine tous les ans, quoique cette condamnation rendue contre lui soit une mort civile, qu’il est privé de tous les honneurs et émoluments dont jouissent les autres docteurs de ladite Faculté, comme il s’était toujours pratiqué dans toutes les autres compagnies en semblables rencontres, où les noms de ceux qui étaient attrits et convaincus, [139] et contre lesquels il y aurait eu de semblables condamnations, étaient ôtés du tableau et catalogue des noms de leurs confrères, et privés de tous honneurs et droits appartenant à leur charge, afin de conserver l’honneur aux autres. Par quoi, requérant qu’il y fût pourvu, nous, faisant droit sur ce réquisitoire du dit procureur du roi, avons ordonné que le nom du dit Charles Patin sera rayé et ôté du catalogue des docteurs de ladite Faculté de médecine, sans qu’il y puisse être compris à l’avenir, et sur la présente ordonnance, signifié au doyen de ladite Faculté et exécuté ; nonobstant oppositions et appellations quelconques, et sans préjudice d’icelles.

Signé de La Reynie, de Ryantes.

Signifié à noble homme Me Jean Garbe, doyen de la Faculté de médecine, parlant à sa personne en son domicile, le 9e jour de février 1669 par moi, sergent à verge au Châtelet de Paris, et a signé Caul. » [140][151]

Suit cette conclusion du doyen, intitulée Deletus M. Carolus Patin e Catalogo doctorum [M. Charles Patin supprimé du catalogue] :

His præstitis decanus etsi in ipsum M. Carolum Patin bene animatus fuerit, ipsumque omnibus fructibus et emolumentis Facultatis fruentem in Catalogo doctorum ad illum usque diem conservaverit ; tamen domini de La Reynie judicio et sententiæ obsequens (sed non nisi invitus) alium catalogum doctorum, a quo M. Carolus Patin expungeratur omnibus fructibus et emolumentis Facultatis privatus diligenter (ex doctorum consilio) typis mandari curavit die x Februarii 1669.

[Sur ces arguments, le doyen, bien qu’il eût été bien disposé à l’égard du dit Charles Patin et l’eût conservé jusqu’à ce jour sur le catalogue des docteurs, en pleine jouissance des privilèges et émoluments de la Faculté, le doyen, se pliant (mais non sans regret) à la sentence et au jugement de M.  de La Reynie, a pris soin (après consultation des docteurs), le 10e de février 1669, de faire imprimer un autre catalogue des docteurs, d’où M. Charles Patin a été rayé, avec privation de tous les privilèges et émoluments de la Faculté]. [141]

En 1676, Charles Patin a fait paraître une édition de l’Éloge de la folie d’Érasme, [152] avec une flatteuse dédicace à Jean-Baptiste Colbert, datée de Bâle le 15 octobre 1675. Dans le flot de compliments adressés au puissant ministre de Louis xiv, Carolus lui dit n’avoir toujours pas compris les raisons de sa condamnation, mais se réfugie noblement dans le stoïcisme qui le caractérisait :

Verum in hoc rerum mearum naufragio mentem semper servavi incolumem et adversus gravissimos fortunæ insultus egregie munitam. Virtutis certe et elegantioris litteraturæ studia, a quibus equidem fateor nullum ætatis meæ tempus abhorruisse, tantum abest ut cum Patria reliquerim, ut majori etiam incremento aucta palmarum instar sub pondere magis viguisse videri possint. Nihil enim usquam terrarum neglexi eorum, quæ usui quondam patriæ amicisque vel rei litterariæ ornamento futura credidi. Quibus modis in Anglia, Belgio, Germania, Italia medicina exerceatur, sedulo inquisivi. Antiquitatis vero reique nummariæ studia, quibus secundas dicaveram curas, tandem ob feliciores progressus potiorem penes me locum occupaverunt. Etenim quascunque regiones abidam, in iis quidquid rari, quidquid præclari ac notatu digni occurrebat, depingere mihi atque in schedas meas redigere, mira quadam felicitate contigit. Unde factum est, ut præter veterum lapidum et aliorum monumentorum non penitendum numerum, ultra septem millia nummorum antiquorum singulari raritate ac elegantia, qui in hoc usque tempus lucem non aspexerunt, ex archetypis descripserim, suo, si Deo visum fuerit, tempore in publicum mittenda. Neque tamen his studis intentus aliarum rerum, quæ ad politiores artes, naturæque et morum disciplinas exornandas spectant, curam abjeci. Igitur cum in bibliotheca Academiæ Basiliensis, Encomium Moriæ ab Erasmo olim A.S. cIɔ Iɔ XIV. typis Frobentaniis vulgatum, atque Holbenii, celeberrimi pictoris, manu tribus et octoginta picturis, calamo juxta libelli verba in margine notatis, illustratum conspexissem, operæ pretium me facturum existimavi, si opus hoc duplici, Auctoris nempe et Pictoris nomine insigne in lucem producerem.

[Dans ce naufrage de mes affaires, j’ai pourtant toujours conservé une force morale intacte et parfaitement protégée contre les plus sévères coups du sort. Mon goût pour la vertu et les belles-lettres, que j’avoue n’avoir jamais détestées depuis mon plus jeune âge, s’est à tel point développé depuis que j’ai quitté ma patrie qu’il ressemble à une branche de palmier ployant sous le poids de ses fruits, car jamais je n’ai négligé la moindre production terrestre dont j’ai cru qu’elle pourrait un jour être utile à mon ancien pays, à mes amis ou à l’embellissement du savoir. J’ai consciencieusement exploré les manières dont on exerce la médecine en Angleterre, en Flandre, en Allemagne, en Italie. En second lieu, l’étude de la numismatique antique, à laquelle je me suis aussi consacré, m’a permis de très heureux progrès. Partout où je suis allé, j’ai trouvé quelque chose de rare, remarquable et digne d’intérêt, et j’ai eu l’insigne bonheur de la dessiner et consigner dans mes cahiers. Le résultat en est que, outre un nombre non négligeable de pierres et de monuments, j’ai dessiné plus de sept mille médailles antiques, de singulière rareté et de grande beauté, que nul n’a jusqu’ici révélées ; et si Dieu me le permet, je les metrait au jour le moment venu. Pour autant, je n’ai pas négligé de travailler sur d’autres matières, me consacrant aux arts plus raffinés, qui regardent l’embellissement de la nature humaine et des bonnes mœurs. Quand, à la bibliothèque de l’Université de Bâle, [153] j’ai contemplé l’exemplaire de l’Éloge de la folie, publié par Érasme chez Froben [154] en 1514, embelli de quatre-vingt-trois dessins qu’Holbein [155] a tracés dans les marges, en regard du texte, j’ai estimé qu’il valait la peine de publier cette œuvre, en raison de la double célébrité de son auteur et de son illustrateur]. [142]

Dans son autobiographie, Charles a évoqué sa condamnation, mais seulement en termes allusifs et mélancoliques, puis raconté ses errances en Europe (1667-1676). [143]

Exil à Padoue, amnistie royale

Charles Patin obtint à Padoue [156] en 1676 la chaire destinée à expliquer Avicenne [157] [cathedram Avicennæ interpretando destinatam] avec un honoraire annuel de 300 ducats, [158] fut honoré de la dignité de chevalier de Saint-Marc [159] en 1679, puis obtint la chaire de chirurgie en 1681. [144]

La Correspondance administrative sous le règne de Louis xiv contient la copie de cette amnistie : [145]

« Lettres de rémission en faveur de Charles Patin, médecin.

À Versailles, au mois de juin 1681,

Louis, [160] etc. à tous présents et à venir, salut. Nous avons reçu l’humble supplication de Charles Patin, docteur en médecine de la Faculté de Paris, contenant qu’en l’année 1667, il aurait été envoyé par nos ordres en Flandres et Hollande pour faire supprimer les planches et les exemplaires de plusieurs libelles défendus et préjudiciables au bien de notre service, ce qu’il aurait exécuté avec beaucoup de soin, ayant fait casser les planches et fait supprimer tous les exemplaires qui se seraient alors trouvés ; et avant que de sortir du dit pays, il aurait donné charge à quelques particuliers en qui il prenait confiance d’acheter les exemplaires qui s’en pourraient rencontrer dans la suite et de les lui envoyer, ce qu’ils auraient fait ; et un des dits particuliers lui ayant envoyé six des dits exemplaires, avec d’autres livres qu’il faisait venir de Hollande, les syndics des libraires de notredite ville de Paris, ses ennemis secrets, à cause de plusieurs livres qu’il avait fait imprimer ailleurs qu’en notredite ville de Paris, auraient, sur l’avis qui leur fut donné de l’envoi des dits livres, fait saisir le ballot à lui adressé et rendu leur plainte, sur laquelle il aurait été procédé extraordinairement contre lui, à la requête de notre procureur au Châtelet de notredite ville ; et quoique le suppliant eût pu se justifier de l’accusation qui était faite pour lors contre lui, parce qu’il n’avait fait venir lesdits livres que pour les ôter des mains des étrangers et qu’il n’avait intention d’en faire aucun mauvais usage, les poursuites de notredit procureur et des dits libraires auraient été si rigoureuses qu’il aurait été obligé de s’absenter ; de quoi lesdits libraires prenant avantage, ils l’auraient fait condamner par défaut, par jugement dernier contre lui rendu le 28 février 1668, à faire amende honorable et aux galères à perpétuité ; depuis lequel temps,  le suppliant, qui s’est retiré à Mantoue, [146] y a professé la médecine avec quelque succès, et d’autant que ledit jugement a été rendu par défaut et que, quand même il serait coupable du crime dont il a été accusé, il a déjà supporté la peine par le long temps qu’il a été absent de son pays et de sa famille, sans aucun secours, il nous a très humblement fait supplier de le décharger de la peine portée par ledit jugement.

À ces causes, voulant préférer miséricorde à rigueur de justice, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous avons ledit Charles Patin déchargé et déchargeons de l’amende honorable et peine de galères à perpétuité et autres condamnations portées par ledit jugement ci-attaché sous le contrescel de notre chancellerie, [147] et icelui remis et restitué, remettons et restituons en sa bonne fame [148] et renommée et en ses biens non d’ailleurs confisqués, imposons, sur ce, silence perpétuel à notre procureur général, < à > ses substituts et à tous autres ; si [149] donnons en mandement à notre prévôt de Paris [161] ou son lieutenant et gens tenant le siège présidial du dit Châtelet, que ces présentes ils aient à faire registrer, et du contenu en icelles jouir et user ledit Patin pleinement et paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements. Car tel est, etc. »

Vains efforts pour une réhabilitation académique à Paris

Le tome xvi des Comment. F.M.P. retrace les pathétiques efforts que Carolus a entrepris pour retrouver son rang sur les bancs de la Faculté de médecine de Paris.

Jamais Charles Patin ne revint à Paris pour satisfaire la demande de la Faculté. Il ne retrouva donc pas la place qu’il lui était permis d’occuper de nouveau sur ses bancs. [162]

Mauvaise santé

L’Uppsala universitetsbibliotek conserve un curieux mémoire manuscrit, où un étudiant anonyme, germanophone et piètre latiniste, mais fin observateur médical, a livré un saisissant portrait de Charles Patin, pris sur le vif, à l’âge de 52 ans. [163]

Nota de Clarissimi Viri D.D. Caroli Patini, Eq. D. Marci, etc. constitutione, etc.

  1. Iam anno 1685 quo per 8 menses ipsius tam privatus, quam publicus auditor fui, observavi, quod nisi necessitas urgebat, contra morem gentis, raro in publicum prodierit, sed post tot itinerum labores, sedentariam vitam elegerit.

  2. Toto die Musis litabat, parum temporis epulis dabat. Itaque cibum potumque pro more gentis avide sumebat : de eorum qualitatibus et quantitate, ut audivi, haud adeo semper solicitus.

  3. Cæterum in omnibus actionibus, loquela, gestibus, gravis, nec tumultuarius.

  4. Erat blæsus, et quodammodo anhelosus ; statura longa, oculis cæsiis.

  5. Corpus amplum et fartum, non tam obesitatem quam distensionem cachecticam (dass er nur also aufgeblaasen) notabat.

  6. Colore enim faciei manuumque sublucidus erat.

  7. Exscreatio sputi viscidi jam tum ipsi haud rara.

  8. Ut erat facetus, poligamia se partes tenere, sæpius jocabatur, id est, se magis Musarum quam Veneris illecebris mentem semper dedisse. Erat enim tantum, si recte reminiscor, duarum filiarum, et quidem, quod undique innotuit, doctissimarum parens.

  9. Ex quibus omnibus facile collegi potest, quod abundans phlegma in corpore suo primas tenuerit.

  10. De Viri famigeratissimi propensionibus ac indole, plura suppeditare poterit, propriæ vitæ descriptio, in suo Lyceo Patavino. Cujus exemplar, ex liberalitate clarissimi auctoris, hac die mihi non ad manus est.

[Note sur la complexion, etc. du très distigué M. Charles Patin, chevalier de Saint-Marc, etc.

  1. Durant les huit mois de l’année 1685 où je fus son élève, tant en privé qu’à la Faculté, j’ai observé que, contrairement à l’habitude des Français, il se montrait peu en public, sauf nécessité pressante ; après avoir tant voyagé, il avait choisi une vie sédentaire.

  2. Il consacrait toute sa journée aux études, accordant peu de temps aux festivités. Comme font les Français, il mangeait et buvait avec avidité, sans trop se soucier de la qualité et quantité de ce qu’il ingurgitait.

  3. Autrement, en tout ses comportements, discours ou mimiques, il était grave et lent.

  4. Bègue et avec en quelque façon le souffle court, il était de grande taille et avait les yeux bleus.

  5. Il avait le corps volumineux et bouffi, ce qui résultait moins d’une obésité que d’une distension cachectique (dass er nur aufgeblaasen). [164]

  6. Ses mains et son visage avaient un teint cireux.

  7. Il avait assez souvent des crachats visqueux.

  8. Bien qu’il fût séduisant, il se tenait à l’écart des aventures galantes, disant toujours en plaisantant qu’il avait l’esprit plus occupé par les charmes des Muses que par ceux de Vénus. En effet, si je me rappelle bien, il était seulement père de deux filles, dont il vantait partout la très grande érudition. [165][176][177]

  9. De tout cela, on peut aisément déduire qu’il avait surtout le corps imprégné de flegme. [166][178][179]

  10. Dans son Lyceum Patavinum, où cet homme très célébré a écrit son autobiographie, [143] on pourra puiser quantité d’autres détails sur ses penchants et sur son caractère. Il m’en a lui-même généreusement donné un exemplaire, mais je ne l’ai plus aujourd’hui].

Mort et autopsie [180]

Très peu de temps après le décès de Charles [167] a paru une fort curieuse :

De Aortæ Polypo Epistola Medica præclarissimo, ac eruditissimo Viro Carolo Patino Equiti Divi Marci et in Lyceo Pat. Medicinæ Paracticæ Professori celeb. Qua ejudem abditissimum morbum a polypo arteriam magnam insidente dependere demonstratur. Ac de ejus Natura, dignotione, et curatione disseritur. Cum ejusdem cadaveris historia anatomica eventum comprobante. Edita ab Alexandro Knips-Macoppe Philosopho, et Medico

[Lettre médicale sur le polype de l’aorte [181] au très brillant et sévant M. Charles Patin chevalier de Saint-Marc et célèbre professeur de pratique médicale à l’Université de Padoue. Il y est démontré que sa maladie entièrement cachée était due à un polype siégeant dans la grande artère, dont la nature, le diagnostic et le traitement sont aussi discutés. Avec la description de son autopsie qui procure la preuve du cas. Mise au jour par Alexander Knips-Macoppe, [168][182] philosophe et médecin]. [169]

Anomalies du cœur et le la racine aortique observées à l’autopsie [173]
Dans : Knips-Macoppe, Alessandro. De aortae polypo epistola medica praeclarissimo, ac eruditissimo viro Carolo Patino... Brescia: sumptibus Caroli Gromi, 1731. - Cote BIU Santé Médecine : 30230. – (Licence ouverte).


1.

La note [32] de la lettre 146 et son Autobiographie présentent Charles Patin (que son père surnommait Carolus, 1633-1693) ; v. note [131] infra pour les incertitudes sur la date où il s’enfuit de Paris.

2.

V. note [17], lettre 411, pour Frédéric Léonard (adjoint du syndic des libraires en 1666).

Denis Thierry, libraire-imprimeur reçu en 1652, avait succédé à son père (même prénom) vers 1660. Adjoint en 1665, syndic en 1671, il fut nommé consul en 1676 puis juge-consul en 1689 (Renouard). Comme on va voir, Thierry fut le principal antagoniste de Charles Patin dans son différend avec la librairie parisienne.

3.

Ouvrage anonyme attribué au curé janséniste Claude Joly :{a}

Traité des Restitutions {b} des grands, précédé d’une lettre touchant quelques points de la Morale chrétienne. {c}


  1. V. note [14], lettre 678.

  2. Rétablissement du salut chrétien de l’âme.

  3. Sans lieu ni nom [sphère armillaire des Elsevier] 1665, in‑12 de 228 pages, en deux parties :

    • « Lettre d’un prêtre du diocèse de Paris, docteur ès droits, à un autre prêtre ey confesseur de la communauté de S. Nicolas du Chardonnet [v. note [29] des Affaires univeristaires de 1651-1652 dans les Comment. F.M.P.] sur quelques points de la Morale chrétienne à l’occasion du présent jubilé », datée d’avril 1653 ;

    • « Lettre d’un prêtre docteur ès droits à un confesseur sur la matière des Restitutions des grands » datée de décembre 1658.

4.

V. notes : [23], lettre 446, pour les Lettres provinciales de Blaise Pascal, [6], lettre 814, pour le Journal des Sçavans et [9], lettre 759, pour la Relation de la cour de Rome.

5.

Ouvrage anonyme attribué à Louise-Marguerite de Lorraine : {a}

Histoire des Amours de Henri iv. Avec diverses Lettres écrites à ses maîtresses, et autres pièces curieuses. {b}


  1. Louise-Marguerite de Lorraine (1588-1631), fille de Henri ier de Guise, le Balafré, {i} était devenue princesse de Conti par son mariage, en 1605, à François de Bourbon ; {ii} après son veuvage (1614), elle avait secrètement épousé le maréchal de Bassompierre ; {iii} elle n’a pas laissé de descendance.

    1. V. note [1], lettre 463.

    2. V. note [64] du Traité de la Conservation de santé, chapitre ii.

    3. V. note [10], lettre 85.

  2. Leyde, Jean Sambix (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1665, in‑12 de 142 pages.

6.

Le Théâtre de P. Corneille, revu et corrigé, et augmenté de diverses pièces nouvelles (Suivant la copie imprimée à Paris [Amsterdam], sans nom, 1664, 4 volumes in‑12).

7.

Œuvres de M. Quinault (Paris, Guillaume de Luynes, 1659, cinq tomes in‑12, sans doute ici dans une édition hollandaise contrefaite). Philippe Quinault (Paris 1635-ibid. 1688), auteur de théâtre et d’opéra, fut aussi auditeur de la Cour des comptes.

8.

V. note [4], lettre 574, pour cette édition parue à Amsterdam en 1663.

9.

Mémorial présenté au roi d’Espagne, pour la défense de la réputation, de la dignité et de la personne de l’Illustrissime et Révérendissime Dom Bernardino de Cardenas, évêque de Paraguay dans les Indes, conseiller au Conseil de Sa Majesté, et religieux de l’Ordre de S. François. Contre les religieux de la Compagnie de Jésus. Et pour répondre aux Mémoriaux présentés à Sa dite Majesté, par le P. Julien de Pedraça, procureur général des jésuites dans les Indes. Traduit fidèlement sur l’imprimé espagnol. {a}


  1. Sans lieu ni nom (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1662, in‑12 de 322 pages.

10.

Ouvrage anonyme : {a}

Rome pleurante, ou Dialogue entre le Tibre et Rome. {b}


  1. L’épître dédicatoire au pape Alexandre vii l’invite à imposer plus de dévotion et de piété en son Église romaine. Elle est signée par « celui qui, vous disant adieu, vous assure que pour ses plus beaux titres, il n’en veut point d’autres que d’être chrétien, mais chrétien catholique. Christianus mihi nomen est, Catholicus vero cognomen [Chrétien est mon nom, et Catholique mon surnom].

    En dépit d’une si nette profession, ce livre est attribué au protestant Gregorio Leti (v. note [1], lettre 943). La conclusion de l’échange entre Rome [R.] et le Tibre [T.] est plus dans le ton du jansénisme que de la Réforme :

    « R. […] faites-moi cette grâce de me laisser pleurer amèrement tant que Dieu, lassé de supporter tant d’indignités qui se commettent tous les jours dans mon enceinte, tire quelque jour le glaive de la Justice pour réprimer tant d’abus qui s’y couvent, et servent à fomenter les hérésies qui sont déjà établies, et Dieu veuille que quelque jour il ne s’en suscite de nouvelles.

    T. Si cela n’arrive pas, nous en devons rendre grâces à Dieu qui, par sa miséricorde infinie, en préserve le troupeau catholique et tient les mains de sa paternelle bonté étendue<s> sur ce qui en reste encore : car je puis dire en toute vérité, sans y être poussé par aucun ressentiment, que si tout le monde suivait le bon exemple que donne cette cour, toute le monde aussi deviendrait athée ; enfin l’athéisme serait en honneur. Adieu Rome, ma chère Reine ! souffrez s’il vous plaît que je prenne congé de vous.

    R. Adieu Tibre pitoyable compatissant de mes misères ! je te prie que tu n’oublies pas de me laver parfois de tes eaux puisque, comme tu vois, je suis maintenant réduite à être le réceptacle et l’égout de toutes les sortes d’immondices et de vilenies ; enfin, je ne suis plus qu’un cloaque.

    T. Je vous ai nettoyée et éprouvée plusieurs fois, et cependant il ne vous a de rien servi ; c’est pourquoi je voudrais de grand cœur devenir feu. À Dieu. »

  2. Avignon sans nom (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1666, in‑12 de 124 pages.

11.

Au moins deux ouvrages politiques anonymes de contenus différents peuvent correspondre à ce titre :

12.

Les Œuvres françaises de Marin Cureau de La Chambre (v. note [23], lettre 226) n’ont jamais été réunies. Ces « 5 volumes reliés » devaient être des rééditions clandestines séparées de ses ouvrages parus avant 1666 ; pour ceux que cite notre édition, v. notes :

13.

Ouvrage politique anonyme : {a}

Intérêts et maximes des princes et des états souverains. {b}


  1. Les bibliographes attribuent ce livre au duc de Rohan (mort en 1655, v. note [37], lettre 208), car la seconde partie contient une Préface de M. de Rohan, sur les Intérêts des princes, qu’il a composés, et à Gatien Courtilz de Sandras (v. notule {a}, note [19] du Faux Patiniana II‑6).

  2. Cologne, Jean du Païs (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1666, in‑12 en deux parties de 248 pages (Intérêts réciproques…) et 245 pages (Maximes…).

14.

Cette première édition, en 1666, de l’Histoire amoureuse des Gaules (v. note [9], lettre 930) ne contenait pas Les Amours du Palais royal. La saisie de novembre 1667, au domicile de Charles Patin, inventoriée plus bas dans la présente annexe, comptait une vingtaine d’autres exemplaires de ce livre qui, eux, incluaient Les Amours, libelle strictement interdit car il racontait la liaison de Louis xiv avec Madame de Lavallière et l’Histoire de l’amour feinte du roi pour Madame [sa belle-sœur]. Son auteur présumé, Roger de Bussy-Rabutin (v. note [9], lettre 822), payait cher son audace : libéré de la Bastille en avril 1666, il fut ensuite banni dans ses terres de Bourgogne.

Le Bourget, à 10 kilomètre au nord du centre de Paris (aujourd’hui dans le département de Seine-Saint-Denis), était alors un village situé sur la route des Flandres (d’où venaient l’essentiel des livres de contrebande).

15.

Aujourd’hui disparue, la rue Bétisy (ou Béthizy) allait de la rue de l’Arbre sec à la rue des Deux-Boules dans le ier arrondissement de Paris, sur le trajet de l’actuelle rue de Rivoli, dans le quartier de Saint-Germain-l’Auxerrois, non loin du domicile de Guy Patin.

V. note [28] de l’Autobiographie de Charles Patin pour mes spéculations sur les Le Blond, marchands de Paris.

16.

Étienne Roynette ne figure pas dans la liste des docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris établie par Baron. Le Minutier central des Archives nationales (mc/et/cv/791) conserve un contrat de Mise en apprentissage par Jacques Roynette, prêtre demeurant rue Saint-Jacques, pour 6 ans, d’Étienne Roynette, son cousin germain, âgé de 19 ans, chez Chuillaume Benard, libraire relieur de livres dite rue, sans aucun débours, daté du 6 avril 1647.

17.

Le maître des basses œuvres est celui qui cure les retraits (fosses d’aisance) (Furetière).

18.

Ce procès-verbal a aussi été transcrit par Édouard Rahir (Saisie de livres prohibés au xviie siècle sur Guy Patin et Charles Patin, son fils, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire…, Paris, Henri Leclerc, L. Giraud-Badin, 1924, pages 198-202).

Cette mainmise du 15 septembre 1666 n’aboutit pas à une condamnation dont j’aie su trouver la trace. Elle plaça néanmoins Charles et Guy Patin sous l’étroite surveillance du syndic des libraires parisiens, avec deux conséquences.

19.

Daniel de Cosnac (alors évêque de Valence en Dauphiné, v. note [1], lettre 972) : Mémoires, tome 1, page 317.

20.

L’Assemblée du Clergé de 1665-1666.

21.

Suzanne-Charlotte de Gramont, sœur du maréchal Armand de Gramont, comte de Guiche (v. note [14], lettre 39), morte en 1688, avait épousé Henri Mitte de Miolans, marquis de Saint-Chaumont (ou Chamond). Tallemant des Réaux a écrit une historiette à leur sujet (tome i, pages 533‑534). La marquise était la gouvernante des deux filles de Madame (Henriette-Anne d’Angleterre, duchesse d’Orléans), Marie-Louise et Anne-Marie.

22.

Trésorier de Monsieur (Philippe d’Orléans).

23.

Sans avoir demandé à Monsieur l’avis de Madame (Henriette-Anne d’Angleterre).

24.

Premier valet de chambre de Monsieur.

25.

François-Timoléon de Choisy (1644-1724), abbé de Saint-Seine en Bourgogne, quatrième et dernier fils de Jean de Choisy (v. note [21], lettre 533) : Mémoires pour servir à l’histoire de Louis xiv (livre viii, pages 63‑66).

26.

On préfère tout de même croire là-dessus ce que Cosnac a lui-même écrit.

27.

Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes… (Paris, Paul Daffis, 1874, in‑8o, tome ii, colonnes 640‑641), notice consacrée à l’Histoire amoureuse des Gaules par Bussy-Rabutin (Liège, 1666, in‑12).

28.

Ce fut en fait en 1667, selon les autres sources produites plus bas. Le Factum pour Maître Charles Patin (v. infra note [123]) a donné le titre exclusif d’Histoire galante au livre prohibé qu’on lui avait demandé de supprimer : il correspond à l’Histoire galante de Monsieur le comte de Guiche et Madame (Jouxte la copie à Paris, 1667, in‑12 de 60 pages), qui est intitulée La Princesse ou les amours de Madame dans la réédition de 1677 (tome 2 de, pages 99‑147, v. note [9], lettre 930) ; v. note [24], lettre 478, pour Guy-Armand de Gramont, comte de Guiche et fameux libertin.

Guy Patin a mentionné le voyage de Charles en Flandres dans sa lettre du 28 mars 1667 à Vopiscus Fortunatus Plempius (v. sa note [1]).

29.

V. lettre du 7 mars 1668 à André Falconet.

30.

Procès-verbal conservé aux Archives nationales (Y 15128), transcrit par Françoise Waquet (Guy et Charles Patin, père et fils, et la contrebande du livre à Paris au xviie siècle, Journal des savants, 1979, no 2, pages 125‑148).

Une partie du récit est rédigée au conditionnel ; mais pour plus de clarté, j’ai mis les verbes au passé composé.

31.

Le lieutenant général de police, alors Gabriel-Nicolas de La Reynie (v. note [5], lettre 907), agissait sur la requête d’un des douze procureurs du roi au Parlement de Paris, substituts du procureur général, qui devaient intervenir dans toute affaire civile intéressant le roi, l’Église, le public, ou les mœurs.

32.

La rue de la Tisseranderie correspondait à peu près à la partie est de la rue de Rivoli qui, dans le ive arrondissement de Paris, mène de la rue Saint-Antoine à l’Hôtel de Ville.

33.

La Ménagerie par Monsieur l’abbé Cotin, {a} et quelques autres pièces curieuses. {b}


  1. Charles Cotin (Paris vers 1604-1682), prêtre et littérateur, avait été reçu à l’Académie française en 1655. Molière l’a caricaturé en Trissotin dans ses Précieuses ridicules.

  2. La Haye, Pierre du Bois (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1666, in‑12 de 65 pages

Ce distrayant petit livre est adressé à Son Altesse Royale, la Grande Mademoiselle, {a} avec cette explication du titre :

« J’appelle ainsi un petit recueil de vers que mes amis et moi avons fait en faveur de M. Ménage, lequel a cherché querelle avec moi et l’a trouvée. Ce grand homme a fait contre moi un épigramme de dix-huit vers, qu’à cause de sa bigarrure et latin et de grec je nomme un épigramme à la Suisse, où il lui a plu de me traiter obligeamment de brutal et d’insensé, comme ayant attenté à l’honneur de la divine mademoiselle de Scudéry : et cela pour avoir tourné à la gloire de son esprit un défaut purement du corps, pour avoir plaint sa surdité. » {b}

Souvent citée par les critiques littéraires, mais rarement transcrite, il s’agit de l’épigramme lx (pages 89) des Ægidii Menagii Poemata, {c} intitulée In Cottam [Contre Cotin] :

Ecce iterum insanis sollemnia ; nec tibi, Cotta
Quod dedit agnatus profuit elleborum.
Nam, nisi mente furens, nemo læsisse Puellam
Gestiat, Aonidum quam stupet ipse Chorus.
Proh scelus ! insontem carpis, malesane, Puellam :
Nec pudet : et surdam surdior ipse vocas.
Auriculas hebetes, stolidas aut gestat aselli,
Quem non Scuderidos plectra canora movent.
Sic licet hæ surda : et Phœbi Ronsardus amores
Surdus erat ; cæcus, magnus Homerus erat.
Audiit ille tamen Phœbi dictata magistri ;
Vidit et hic toto quidquid in orbe latet.
Vivimus ingenio : mens audit, Cotta ; videt mens.
Ingenii demas munia, corpus hebet.
Et surdam appellas, nostri modulamina Phœbi
Quæ regit, argutos quæ probat aure sonos.
Vivet opus, quod tam purgata probaverit auris ;
Ed quod damnarit, mox libitina feret
. {d}

[Et voici que les insensés qui reprennent leurs habitudes ; et à toi, Cotin, l’ellébore {e} qu’un ancêtre t’a donné ne t’a pas été utile car, à moins d’être dément, nul n’exulterait pour avoir blessé une jeune fille sur qui s’extasie le chœur même des Muses. Ah le crime ! dans ta folie, tu déchires une innocente demoiselle, et sans honte, tu la dis sourde, toi qui l’es plus qu’elle. Il porte les oreilles bouchées ou niaises d’un ânon celui que les mélodieux chants Scudériens n’émeuvent point. Admettons donc qu’elle soit sourde, mais, parmi deux amoureux de Phébus, {f} Ronsard était sourd, et Homère était aveugle ; et pourtant, l’un a entendu les dictées du maître Phébus, et l’autre a vu tout ce qui se montre à la surface du monde. L’intelligence nous fait vivre : l’esprit écoute, Cotin ; l’esprit voit. Délivre ton génie de ses charges, ton corps est engourdi. {g} Tu dis sourde celle qui dirige les harmonies de notre cher Phébus, elle dont l’oreille prise les pénétrantes sonorités. Vivra l’œuvre que les oreilles d’une femme si pure aura signée ; mais la Libitine {h} emportera bientôt qui l’aura blâmée].


  1. La duchesse Anne-Marie-Louise d’Orléans, v. note [18], lettre 77.

  2. Cotin a transcrit son quatrain métaphorique sur Madeleine de Scudéry (v. note [69], lettre 336), qu’il surnommait Sappho, à la page 3 de sa Ménagerie. Il est intitulé Pour un mal d’oreille :

    « Suivre la Muse est une erreur bien lourde, De ces faveurs voyez le fruit. Les écrits de Sappho menèrent tant de bruit ; Que cette Nymphe en devint sourde. »

  3. « Poèmes de Gilles Ménage », Amsterdam, Elsevier, 1663, in‑12 de 325 pages, quatrième édition.

  4. Sans être du grec ni du suisse (comme disait Cotin), le latin de Ménage présente des curiosités syntaxiques dont ma traduction a peiné à s’affranchir.

  5. V. note [30], lettre 156.

  6. Apollon, le Soleil, v. note [8], lettre 997.

  7. Cotin a interprété ces deux vers à la page 26 de sa Ménagerie :

    « L’esprit seul a le don et de voir et d’ouïr
    Mais le corps ne voit rien, et n’entend rien sans l’âme. »

  8. La mort, v. note [23], lettre 426.

34.

Recueil de diverses pièces servant à l’histoire de Henri iii, roi de France et de Pologne, augmenté en cette nouvelle édition suivant les titres qui se trouvent à la page suivante ; {a} cet ouvrage anonyme contient :

  1. le Journal du règne de Henri iii composé par M. S. A.G.A.P.D.P. ; {b}

  2. Le Divorce satirique ou les amours de la reine Marguerite de Valois, sous le nom D.R.H.Q.M. ; {c}

  3. L’Alcandre, ou les amours du roi Henri le Grand, par M.L.P.D.C. sur l’impression de Paris, 1651 ; {d}

  4. l’Apologie pour le roi Henri quatre par Madame la duchesse de Rohan ; {e}

  5. La Confession de M. de Sancy par L.S.D.A. auteur du Baron de Feneste ;  ; {f}

  6. Discours merveilleux de la vie de Catherine de Médicis. {g}

    1. Cologne, Pierre du Marteau (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1666, in‑12 de 600 pages.
    2. Extrait, par Louis Servin (v. note [20], lettre 79) des Mémoires-journaux de Pierre de L’Estoile (v. note [95] des Deux Vies latines de Jean Héroard).

    3. Attribué à Pierre-Victor Palma-Cayet (1525-1610).

    4. Par la princesse de Conti, v. supra note [5].

    5. Marguerite de Béthune, v. note [2], lettre 646.

    6. Agrippa d’Aubigné, v. note [38] du Faux Patiniana II‑6.

    7. Ouvrage attribué à Henri ii Estienne, v. note [31], lettre 406.

35.

Contrefaçon {a} des :

Mémoires et Instructions, pour servir dans les négociations et affaires concernant les droits du roi de France. {b}


  1. Amsterdam, Antoine Michel (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1665, in‑12 de 388 pages.

  2. Paris, Sébarstien Cramoisy et Sébastien Marbre-Cramoisy, 1665, in‑4o de 233 pages ; attribué à Hugues de Lionne (v. note [9], lettre 188) ou à Denis Godefroy (v. notule {b}, note [13], lettre 209).

36.

V. note [11] du Naudæana 3, pour le Décaméron de Boccace, dont je n’ai pas trouvé cette édition clandestine.

37.

Codicille d’or, ou petit Recueil tiré de l’Institution du prince chrétien composé par Érasme. Mis premièrement en français sous le roi François ier ; et à présent pour la seconde fois. Avec d’autres pièces énoncées en la page suivante. {a}


  1. Sans lieu ni nom (avec la sphère armillaire des Elsevier], 1665, in‑12 de 189 pages. Ce recueil anonyme a été compilé le chanoine Claude Joly (v. note [3], lettre 91) et contient :

    • Préface dans laquelle sont rapportés divers traités d’Institutions faites par les rois de France ;

    • Épître d’Érasme à Charles, archiduc d’Autriche et depuis empereur sous le nom de Charles v ;

    • Codicille d’or, ou petit Recueil, tiré de l’Institution du prince chrétien composé par Érasme, mis en français ;

    • Épithètes du bon et mauvais roi, tirées de Julius Pollux, précepteur de l’empereur Commode, mis en français ;

    • Chapitre xviiie du livre ve des Mémoires de Philippe de Comines, contenant une excellente instruction pour les princes.

38.

Recueil des défenses de M. Fouquet, en 13 volumes in‑12, parus entre 1665 et 1668 : v. note [4], lettre 930.

39.

Contrefaçon de l’édition janséniste où la traduction de l’hébreu est d’Antoine Le Maistre (v. note [8], lettre 453) et celle de la Vulgate (latine, v. note [6], lettre 183), de son frère, Isaac Le Maistre de Sacy (v. note [5], lettre 867).

40.

V. note [6], lettre de Charles Spon, le 15 mars 1657, pour l’Histoire du cardinal de Richelieu d’Antoine Aubery.

Pierre Marteau ou du Marteau (Cologne) est l’un des noms d’imprimeur fictif que plusieurs libraires hollandais (dont les Elsevier et Adriaan Vlacq) ont utilisé pour signer leurs contrefaçons.

41.

Conrefaçon du :

Recueil de diverses pièces choisies, traduites en vers français, d’Horace, Ovide, Sénèque, Martial et Catule, et autres poésies. Par M. le président Nicole. {a}


  1. Paris, Charles de Sercy, 1657, petit in‑fo en deux volumes. V. note [3], lettre 511, pour le président Claude Nicole.

42.

Journal de Monsieur le cardinal-duc de Richelieu, qu’il a fait durant le grand orage de la cour, ès années 1630 et 1631 ; tiré des mémoires écrits de sa main : avec diverses autres pièces remarquables, concernant les affaires arrivées en son temps ; divisé en deux parties. {a}


  1. Amsterdam, Abraham Wolfgank, 1664, in‑12, première partie (264 pages) et seconde partie (290 pages) ; premières éditions, sans lieu ni nom, 1649, v. note [87] des Deux Vies latines de Jean Héroard).

    Ce journal imaginaire est une suite de rudes pièces anonymes à la charge du cardinal et à la gloire de ses opposants, Marie de Médicis et plusieurs de ceux qu’il a condamnés à mort.


43.

Contrefaçon des :

Amours d’Ovide. Pastorale héroïque, par Monsieur Gilbert, {a} secrétaire des Commandements de la reine de Suède et son résident en France. {b}


  1. Gabriel Gilbert (vers 1620-vers 1680).

  2. Paris, Étienne Loyson, 1663, petit in‑fo de 112 pages.

44.

Institutions de Cassien, {a} traduites en français par le Sieur de Saligny, docteur en théologie. {b}


  1. Jean Cassien, moine chrétien d’Orient au ve s., a fondé le semi-pélagianisme (v. note [7], lettre 96) et l’abbaye Saint-Victor de Marseille.

  2. Paris, Charles Savreux, 1667, in‑8o de 436 pages.

    Charles Savreux, libraire-imprimeur parisien, a exercé entre 1642 et 1669, année de sa mort. Attaché à servir l’archevêché de Paris et la cause de Port-Royal, il fut embastillé quinze jours en 1656 pour avoir publié et distribué la première Provinciale de Pascal (v. note [28], lettre 480).


45.

Francisci Dulaurens Specimina mathematica duobus libris comprehensa. Quorum primus syntheticus agit de genuinis matheseos principiis in genere, in specie autem de veris geometriæ elementis huc usque nondum traditis. Secundus vero de methodo compositionis, atque resolutionis fuse disserit, et multa nova complectitur quæ subtilissimam analyseos artem mirum in modum promovent.

[Exemples mathématiques de François Dulaurens {a} en deux livres. Le premier, synthétique, concerne les principes originaux de la connaissance en général, et aussi en particulier, de véritables éléments de la géométrie qui jusqu’ici n’ont pas été livrés. Le second traite véritablement et abondamment de la méthode de l’agencement et de la résolution, et contient beaucoup de nouveautés qui font avancer de manière remarquable l’art très subtil de l’analyse]. {b}


  1. François Dulaurens, mathématicien français mort en 1670.

  2. Paris, Caroluss Savreux, 1667, in‑4o de 255 pages.

46.

Dissertation sur l’Hémine de vin, et sur la livre de pain de S. Benoît, et des autres anciens religieux. Où l’on fait voir que cette hémine n’était que le demi-setier et que cette livre n’était que de douze onces : {a} Où l’on représente l’esprit des Pères et des saints fondateurs d’ordres, touchant le jeûne et la tempérance : Où l’on éclaircit quelques points remarquables de l’Antiquité : Et où l’on recherche la juste proportion des poids et des mesures des Anciens avec les nôtres. {b}


  1. Hémine (Fureière) : « vaisseau servant de mesure chez les Anciens, qui était la moitié du setier romain. {i} M. Arnauld a fait une petite dissertation sur l’hémine fort curieuse. {ii} Ce mot vient du grec signifiant moitié. {iii} Saint Benoît a établi l’hémine pour la portion de vin qu’on devait donner aux religieux de son Ordre à chaque repas ; sur quoi a écrit aussi le Père Mabillon, {iv} qui a fait voir que c’était une mesure particulière à l’Ordre de saint Benoît ; de même que la livre de pain qui leur était accordée était de 15 onces. »

    1. Littré DLF donne à l’hémine la valeur approximative de 27 centilitres et au demi-setier, au quart de pinte celle de 23 centilitres.

    2. Le présent livre est anonyme, attribué soit à Claude Lancelot (v. note [4], lettre 389), soit à Antoine ii Arnauld (v. note [46], lettre 101).

    3. L’hémine est la moitié d’une mine (demi-setier).

    4. Jean Mabillon, v. note [2], lettre de Hugues ii de Salins datée du 3 mars 1657.

  2. Paris, Charles Savreux, 1667, in‑12 de 350 pages.

47.

Titre abrégé probable (mais postdaté) des :

Ulyssis Aldrovandi Patricii Bononiensis Dendrologiæ naturalis scilicet Arborum Historiæ Libri duo sylva glandaria, acinosumque pomarium ubi eruditiones omnium generum una cum botanicis doctrinis ingenia quæcunque non parum iuvant et oblectant. Ovidus Montalbanus utriusque Collegii Philosophiæ, et Med. Bononien. Decanus Legumque Doctor, atque in patrio Archigymnasio Professor emeritus Opus summo labore collegit, ingessit, concinnavit…

Deux livres de la Dendrologie d’Ulisse Aldrovandi, {a} gentilhomme de Bologne, ou Histoire naturelle des Arbres : forêt productrice de glands et verger fruitier, où toutes sortes de connaissances et de sciences botaniques aident et distraient abondamment tous les esprits. Ovidus Montalbanus, {b} doyen des collèges de philosophie et de médecine, docteur en droit et professeur émérite de l’Université de Bologne a mis toutes ses forces à colliger, éditer et agencer cet ouvrage…]. {c}


  1. Mort en 1605, v. note [13], lettre 9.

  2. Ovidio Montalbano (1601-1671).

  3. Bologne, Io. Babtista Ferronius, 1668, in‑fo illustré de 660 pages.

48.

Contrefaçon de l’Ordonnance de Louis xiv, donnée à Saint-Germain-en-Laye au mois d’avril 1667 (Paris, 1667, v. note [1], lettre 928).

49.

Relation de la Conduite présente de la cour de France. Adressée à un cardinal à Rome, par un seigneur romain de la suite de Son Éminence Monseigneur le cardinal Flavio Chigi, {a} légat du Saint-Siège vers le roi très-chrétien. Traduite d’italien en français. {b}


  1. V. note [1], lettre 735.

  2. Leyde, Antoine du Val (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1665, in‑12 de 95 pages ; relation datée de Paris, le 24 novembre 1664.

50.

Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes tant en prose qu’en vers ; dont les titres se trouveront après la préface.


  1. Cologne, Pierre du Marteau (avec la sphère armillaire des Elservier), 1663, in‑12 de 182 pages ; la Table des pièces de ce recueil contient 34 titres.

51.

Quatre exemplaires de l’édition « de Liège » des :

Ius Belgarum circa bullarum pontificiarum receptionem, editio altera, auctior et correctior.

[Le Droit des Flamands sur la réception des bulles pontificales. Seconde édition corrigée et augmentée]. {a}


  1. Liège, Sebastianus Creel, 1665, in‑12 de 168 pages, auteur inconnu.

52.

L’Esprit de cour, ou les conversations galantes. Divisées en cent dialogues. Par René Bary, {a} conseiller et historiographe de Sa Majesté. {b}


  1. V. note [11], lettre 399.

  2. Bruxelles, jouxte la copie de Paris, Balthazar Vivien, 1664, in‑12 de 371 pages.

53.

Deductio ex qua probatur clarissimis Argumentis, non esse Ius Devulitionis in Ducatu Brabantiæ, nec in aliis Belgii Provinciis, ratione Principum earum, prout quidam conati sunt asserere.

[Démonstration dont les très clairs arguments prouvent qu’il n’y a pas droit de dévolution sur le duché de Brabant, ni sur les autres provinces flamandes, en raison de leurs souverains, dans la mesure où certains ont entrepris de le prétendre]. {a}


  1. Sans lieu ni nom, ni date [1666], in‑4o de 24 pages, attribué à Pierre Stockmans (v. notule {c}, note [3], lettre 883).

54.

Ces catalogues sont ceux des livres vendus par le libraire parisien Frédéric Léonard (v. supra note [2]) :

55.

Contrefaçon {a} de :

Dom Iaphet d’Arménie. Comédie de Monsieur Scarron. {b}


  1. Leyde, Jean Sambix, sans date, petit in‑fo de 87 pages.

  2. La première édition de cette comédie en vers de avait été publiée à Paris, Augustin Courbé, 1654, in‑4o de 136 pages. V. note [29], lettre 642, pour Paul ii Scarron ; le personnage de Dom Japhet d’Arménie y est un fou du roi Charles Quint.

56.

Ce discours fait partie des Mémoires de Brantôme (v. note [3], lettre 820) dans une édition contrefaite de Leyde (Jean Sambix, 1665-1666).

57.

Peut-être une contrefaçon des Négociations de paix faites à Francfort. Remarques sur la reddition de Dunkerque entre les mains des Anglais. Traité de paix entre de royaume de France et la République d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande (Paris, Sébastien Cramoisy, 1659, in‑12).

58.

Recueil de diverses pièces curieuses pour servir à l’Histoire. Voyez la page suivante. {a}


  1. Cologne, Jean du Castel (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1664, in‑12, de 297 pages, contenant :

    1. Réponse faite aux Mémoires de Monsieur le comte de la Chastre, par Monsieur le comte de Brienne, ministre et secrétaire d’État ;

    2. Conjuration de la Donna Hyppolite d’Aragon, baronne d’Alby, sur la ville de Barcelone, en faveur du roi catholique ;

    3. Relation de la mort du marquis Monaldeschi, grand écuyer de la reine Christine de Suède, faite par le Révérend Père le Bel, ministre de l’Ordre de la Sainte-Trinité, du couvent de Fontainebleau, le 6 novembre 1657 (v. note [39], lettre 503) ;

    4. Motifs de la France, pour la guerre d’Allemagne et quelle y a été sa conduite ;

    5. Lettre au nom d’un étranger, au sujet de la paix entre la France et l’Espagne.

59.

Recueil historique contenant diverses pièces curieuses de ce temps (Cologne, Christophe van Dyck (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1666, in‑12 de 350 pages) ; avec notamment (pages 26‑59) une Relation contenant diverses particularités de l’expédition de Gigeri de l’année 1664 (v. note [2], lettre 799).

60.

Montaigne : Les Essais… (Amsterdam, Antoine Michels, 1659, 3 volumes in‑12).

61.

Histoire du traité de la paix conclue à Saint-Jean-de-Luz entre les deux couronnes, en mil six cent cinquante-neuf. {a} Où l’on voit les conférences entre les deux ministres et ce qui s’y est passé de plus remarquable. Écrite en italien par le comte Galeazzo Gualdo Priorato et traduite en français. {b}


  1. Paix des Pyrénées.

  2. Cologne, Thomas Bruggen, 1665, in‑12 de 156 pages.

62.

Nobilissimi atque illustrissimi Rabodi Hermanni Schelii Domini Venebruggæ et Welbergii, Iselmudani Transisulaniæ agri Præsidis Libertas Publica. Liber posthumus. Accedit Theophili Hogersii oratio C. Iulium Cæsarem tyrannum fuisse. In qua adhortationes et monita ad cives de Libertate tuenda. Et eiusdem threnus in obitum magni Schelii.

[La Liberté publique, livre posthume du très noble et très illustre Rabodus Hermannus Schelius, {a} seigneur de Venbrugge et de Welbergen, gouverneur d’Ijsselmuiden en Overijssel. Avec le discours de Theophilus Hogersius {b} disant que Jules César a été un tyran, où sont des exhortations et des avertissement sur la nécessité de protéger la liberté, et la thrène {c} du même auteur sur la mort du grand Schelius].


  1. Rabod Hermann Schele (1622-1642), historien et politique néerlandais.

  2. Theophile Hogers (1636-1676).

  3. Poème de lamentation funèbre.

  4. Amsterdam, Ludovicus Pluymerus, 1666, in‑12 en deux parties de 106 et 47 pages.

63.

Lucii Antistii Constantis de Iure ecclesiasticorum liber singularis. Quo docetur : quodcumque divini humanique iuris ecclesiasticis tribuitur, vel ipsi sibi tribuunt, hoc, aut falso impieque illis tribui, aut non aliunde, quam a suis, hoc est, eius reipublicæ sive civitatis Prodiis, in qua sunt constituti, accepisse.

[Livre unique de Lucius Antistius Constans {a} sur le droit des ecclésiastiques. Où est enseigné : tout ce qu’on attribue de droit divin et humain aux ecclésiastiques, ou ce qu’ils s’en attribuent eux-mêmes, ce qui leur a été attribué soit à tort et de manière impie, soit pas autrement que par les leurs, c’est-à-dire qu’ils les ont reçus des Gouverneurs de la république ou de la cité, où ils ont été établis]. {b}


  1. Pseudonyme que nul n’est encore parvenu à identifier ; Pierre Bayle a suspecté le philosophe Baruch Spinoza, mais sans preuve solide.

  2. Alethopolis, Cajus Valerius Pennatus, 1665, in‑8o de 162 pages.

64.

Une presse d’imprimerie en taille-douce était un mécanisme relativement simple à deux rouleaux qui servait à reproduire sur une feuille de papier des images (dessins, textes brefs) gravées sur une plaque de cuivre ou une planche de bois taillée au burin : elle permettait d’imprimer des estampes, mais non des livres (dont la production requérait une presse à caractères amovibles, beaucoup plus encombrante).

65.

Athanasii Kircheri, e Soc. Iesu, China Monumentis, qua Sacris qua Profanis, nec non variis naturæ et artis spectaculis, aliarumque rerum memorabilium argumentis illustrata, auspiciis Leopoldi primi, Roman. imper. semper augusti, munificentissimi mecænatis.

[La Chine mise en lumière par ses monuments, tant sacrés que profanes, ainsi que par ses merveilles de la nature et de l’art, et par les descriptions d’autres choses mémorables ; par Athanasius Kircherus {a} de la Compagnie de Jésus, sous les auspices de l’empereur Léopold ier, très munificent et à jamais auguste mécène]. {b}


  1. Athanasius Kircher (Geisa, Thuringe 1601-Rome 1680), érudit, théologien et orientaliste, était entré dans la Compagnie de Jésus en 1618. De 1635 à sa mort, il enseigna la physique, les mathématiques et les langues orientales au Collège romain. Il a publié de nombreux ouvrages encyclopédiques, dont un traité de médecine consacré à la peste (v. note [18] de Noël Falconet, 60 ans après).

  2. Amsterdam, Jacobus a Meurs, 1667, in‑4o richement illustré de 237 pages.

66.

V. note [6], lettre 543, pour ce livre de Willem Piso (Amsterdam, 1658).

67.

P. Gasparis Schotti Regis Curiani e Societate Iesu, olim in Panormitano Siciliæ, nunc in Herbipolitano Franconiæ Gymnasio eiusdem Societatis Iesu matheseos professoris, Physica curiosa, sive Mirabilia naturæ et artis, libris xii comprehensa, quibus pleraque, quæ de angelis, dæmonibus, hominibus, spectris, energumenis, monstris, portentis, animalibus, meteoris, etc. rara, arcana, curiosaque circumferuntur, ad veritatis trutinam expenduntur, variis ex historia ac philosophia petitis disquisitionibus excutiuntur, et innumeris exemplis illustrantur. Ad serinissimum ac potentissimum principem Carolum Ludodovicum, S.R.I. electorem, etc. Cum figuris æri incisis, et privilegio.

[Physique curieuse du P. Gaspar Schottus, {a} de la Compagnie de Jésus, natif de Königshofen, jadis professeur de mathématiques dans le collège jésuite de Palerme et maintenant dans celui de Wurtzbourg, ou les Merveilles de la nature et de l’art en 12 livres, où sont pesés avec soin, sur la balance de la vérité, de nombreux faits rares, secrets et curieux concernant les anges, les démons, les hommes, les spectres, les énergumènes, les monstres, les prodiges, les animaux, les météores, {b} etc. ; diverses enquêtes fondées sur l’histoire et la philosophie les ébranlent et d’innombrables exemples les illustrent. Au sérénissime et très puissant prince Karl Ludwig, électeur du Saint-Empire romain, etc. Avec privilège et figures gravées dans le bronze]. {c}


  1. Caspar Schott (Königshofen, Bavière 1608-Wurtzbourg 1666).

  2. Mot à prendre dans son ancien sens de phénomène atmosphérique, v. note [20] de la Leçon sur la Manne.

  3. Wurtzbourg, Jobus Hertz, 1662, premier de 2 volumes in‑4o, réédition ibid. en 1667.

68.

V. note [17], lettre 279, pour le « Lexique grec-latin » de Johann Scapula (Amsterdam, 1652).

69.

V. note [1], lettre 662, pour le Cicéron de Cornelius Schrevelius (Amsterdam, 1661).

70.

Réédition du Syntagma anatomicum de Johann Vesling (v. note [28], lettre 206) : Amsterdam, 1666, v. note [6], lettre latine 154.

71.

« Suétone [avec les commentaires] de divers auteurs » : je n’ai pas trouvé de titre qui corresponde, paru dans les années 1660.

72.

D. Junii Juvenalis, et Auli Persii Flacci Satyræ : cum Veteris Scholiastæ, et Variorum Commentariis. Accurante Cornelio Schrevelio.

[Les Satires de Juvénal et de Perse, avec les commentaires de l’ancienne école et de divers auteurs. Cornelius Schrevelius {a} les a éditées avec soin]. {b}


  1. V. note [18], lettre 345.

  2. Leyde, Officina Hackiana, 1664, in‑8o de 604 pages.

73.

Ces vingt ouvrages « avec notes de divers auteurs », sont :

  1. C. Sallustii Crispi quæ extant, ex recensione I.F. Gronovii, cum variorum observationibus… [Tout ce qui existe de Salluste (v. note [136], lettre 166), dans l’édition de Johann Friedrich Gronovius (v. note [5], lettre 97), avec les observations de divers auteurs…] (Leyde, Franciscus Hackius, 1665, in‑8o) ;

  2. Pub. Virgilii Maronis Opera, cum notis variorum, edente Corn. Schrevelio [Œuvres de Virgile (v. note [33], lettre 7), avec les notes de divers auteurs, dans l’édition de Cornelius Schrevelius (v. note [18], lettre 345)] (Leyde et Rotterdam, Franciscus Hackius, 1666, in‑8o) ;

  3. Lucii Cœli Lactantii Firmiani, opera quæ extant, cum selectis variorum commentariis, opera et studio Servatii Gallæi [Œuvres complètes de Lactance (v. note [16], lettre de Charles Spon le 28 août 1657), avec les commentaires choisis de divers auteurs, par les soins de Servatius Gallæus (Gervais Gallais, 1627-1689, prédicateur protestant hollandais)] (Leyde, Franciscus Hackius et Peter Leffen, 1660, in‑8o) ;

  4. Cl. Claudiani Opera. Nic. Heinsius Dan. fil. recensuit ac notas addidit… Accedunt selecta variorum commentaria accurante Corn. Schrevelio… [Œuvres de Claudien (v. note [10], lettre 138). Nicolas Heinsius, fils de Daniel, l’a édité et y a ajouté des notes… Avec les commentaires choisis de divers auteurs recueillis par les soins de Cornelius Schrevelius] (Leyde, Louis et Daniel Elsevier, 1665, in‑8o) ;

  5. Io. Barclaii Argenis, nunc primum illustrata [L’Argenis de Jean Barclay (v. note [20], lettre 80), illustrée pour la première fois] (Leyde, et RotterdamFranciscus Hackius, 1664-1669, 2 volumes in‑8o) ;

  6. Titi Livii Historiarum quod extat, cum perpetuis Gronovii et variorum notis [Histoires complètes de Tite-Live (v. note [2], lettre 127), avec des notes continues de Johann Friedrich Gronovius et de divers auteurs ] (Amsterdam, Louis et Daniel Elsevier, 1665, 3 volumes in‑8o ; sans édition de Leyde répertoriée) ;

  7. C. Velleius Paterculus cum notis Gerardi Vossii [Velleius Paterculus (v. note [3], lettre latine 350) avec les notes de Gerardus Johannes Vossius (v. note [3], lettre 53)] (Amsterdam, Elsevier, 1664, in‑12 ; sans édition de Leyde in‑8o répertoriée) ;

  8. L. Annæi Flori Histor. Rom. libri iv cum notis integris Cl. Salmasii… [Quatre livres de l’Histoire romaine de Florus (v. note [4], lettre 435) avec les notes complètes de Claude i Saumaise (v. note [11], lettre 51)…] (Leyde, Elsevier, 1660, in‑8o) ;

  9. M. Valerii Martialis Epigrammata, cum notis Farnabii et variorum, accurante Corn. Schrevelio [Épigrammes de Martial (v. note [17], lettre 75), avec les notes de Thomas Farnaby (1575-1647, philologue anglais) et de divers auteurs, par les soins de Cornelius Schrevelius] (Leyde, Franciscus Hackius, 1661, in‑8o) ;

  10. Q. Curtii Rufi, Historia Alexandri Magni. Cum notis selectiss. variorum Raderi, Freinshemii, Loccenii, Blancardi, etc. Editio accuratissima… [L’Histoire d’Alexandre le Grand par Quinte Curce (v. note [18], lettre 197). Avec les notes très choisies de divers auteurs, Matthæus Rader (v. note [28], lettre 197), Johann Freinsheim (1608-1660, philologue allemand), Iohannes Loccenius (v. note [4], lettre latine 346), Nicolaas Blanckaert (1625-1703, médecin et historien hollandais), etc.] (Amsterdam et Leyde, Elsevier, 1664, in‑8o) ;

  11. Sulpicii Severi presbyteri Opera omnia, cum lectissimis commentariis, accurante Georgio Hornio [Œuvres complètes du prêtre Sulpice-Sévère (v. note [53] du Patiniana I‑4) avec commentaires très choisis, par les soins de Georg Horn (v. note [6], lettre 354)] (Leyde, Franciscus et Jacobus Hackius, 1665, in‑8o) ;

  12. M. Acci Plauti Comœdiæ. Accedit commentarius ex variorum notis et observationibus, quarum plurimæ nunc primum eduntur. Ex recensione Ioh. Frederici Gronovii [Comédies de Plaute (v. note [11], lettre 6). Avec un commentaire tiré des notes et observations de divers auteurs, dont plusieurs sont inédites. D’après la recension de Johann Friedrich Gronovius] (Leyde, Franciscus Hackius, 1664, in‑8o) ;

  13. Publii Terentii Comœdiæ sex… accedunt Ælii Donati commentarius integer… indices… accurante Corn. Schrevelio [Six comédies de Térence (v. note [1], lettre 56)… avec le commentaire complet d’Ælius Donatus (grammairien du ive s.)… par les soins de Cornelius Schrevelius] (Leyde, Franciscus Hackius, 1662, in‑8o) ;

  14. Historiæ Augustæ scriptores sex… cum notis selectis Isaaci Casauboni, Cl. Salmasii et Iani Gruteri… accurante Cornelio Schrevelio… [Les six écrivains de l’Histoire auguste… avec les notes choisies d’Isaac Casaubon et Claude i Saumaise (v. note [32], lettre 503) et Janus Gruter (v. note [9], lettre 117)… par les soins de Cornelius Schrevelius…] (Leyde, Franciscus Hackius, 1661, in‑8o) ;

  15. Valerius Maximus cum selectis variorum observat. et nova recensione A. Thysii… [Valère Maxime (v. note [7], lettre 41) avec les observations choisies de divers auteurs et la recension nouvelle d’Anton Thys (v. note [8], lettre 443)…] (Leyde, Franciscus Hackius, 1660, in‑8o) ;

  16. Iulii Cæsaris quæ exstant cum selectis variorum commentariis, quorum plerique novi opera et studio Arnoldi Montani. Accedunt notitia Galliæ et notæ auctiores ex autographo Iosephi Scaligeri [Œuvres complètes de Jules César (v. note [18], lettre 34) avec les commentaires choisis de divers auteurs, dont plusieurs sont nouveaux, par les soins d’Arnoldus Montanus (naturaliste et historien hollandais mort en 1683). Avec une notice de la Gaule et les notes augmentées tirées d’un autographe de Joseph Scaliger (v. note [5], lettre 34)] (Amsterdam, Elsevier, 1661, in‑8o ; sans édition répertoriée à Leyde) ;

  17. Pub. Ovidii Nasonis Opera cum notis selectiss. variorum accurante Cornel. Schrevelio [Œuvres d’Ovide (v. note [46] de L’ultime procès de Théophraste Renaudot…) avec les notes très choisies de divers auteurs, par les soins de Cornelius Schrevelius] (Leyde, Petrus Leffen, 1662, in‑8o) ;

  18. M. Annæi Lucani Pharsalia, sive de Bello civili Cæsaris et Pompeii lib. x. Hugonis Grotii et Thomæ Farnabii notæ [La Pharsale de Lucain, (v. note [33], lettre 104) ou dix livres de la Guerre civile de César et Pompée. Notes de Hugo Grotius (v. note [2], lettre 53) et Thomas Farnaby] (Amsterdam, Jan Blaeu, 1665, in‑12 ; v. note [40], lettre 549, pour l’édition d’Amsterdam, 1658 ; sans édition répertoriée de Leyde in‑8o) ;

  19. L. Annæi Senecæ Tragediæ. Cura Ioan Frid. Gronovii [Tragédies de Sénèque. Par les soins de Johann Friedrich Gronovius] (Leyde, sans nom, 1661, in‑8o), v. note [7], lettre d’Adolf Vorst datée du 4 septembre 1661, pour l’édition non contrefaite ;

  20. Auli Gelii Noctes Atticæ [Nuits attique d’Aulu-Gelle] éditées par Anton Thys et Jacques Oisel (Leyde, 1666, v. note [10], lettre 760).

74.

Contrefaçon probable des Ephemerides de Charles Ogier (Paris, 1656, v. note [6], lettre 378).

75.

Factum de M. Fouquet pour servir de réponse aux objections de fait et de droit que l’on a formées contre l’écrit du dit sieur. Divisé en deux parties (sans lieu ni nom, 1666, in‑12 de 532 pages).

76.
Observations sur un manuscrit intitulé Traité du péculat (sans lieu ni nom, 1666, in‑12 de 288 pages), attribué à Nicolas Fouquet et Roland Le Vayer de Boutigny (1627-1685), avocat puis maître des requêtes, neveu de François i de La Mothe Le Vayer.

77.

Tentamina quædam physiologica diversis temporibus et occasionibus conscripta a Rob. Boyle, cum eiusdem Historia fluiditatis et firmitatis ex angl. in lat. sermon. translata.

[Certains essais physiologiques écrits en divers temps et occasions par Robert Boyle, {a} avec son Histoire de la fluidité et de la solidité, traduite de l’anglais en latin]. {b}


  1. Robert Boyle (1627-1691), théologien, physicien et chimiste irlandais.

  2. Amsterdam, Daniel Elsevier, 1667, in‑12 de 424 pages.

78.

Ce Projet pour l’entreprise d’Alger est imprimé dans le Recueil historique (Cologne, 1666, pages 1‑13) cité plus haut (v. supra note [29]) : c’est une courte pièce anonyme expliquant à Sa Majesté la manière de prendre Alger sûrement et facilement en l’attaquant au mois de juillet.

79.

Les Œuvres diverses du sieur de Balzac. Augmentées en cette édition, de plusieurs pièces nouvelles (Amsterdam, Daniel Elsevier, 1664, in‑12) ne forment qu’un volume de 388 pages ; v. note [9], lettre 675, pour les Œuvres complètes de Jean-Louis Guez de Balzac en 3 volumes in‑fo.

80.

V. note [8], lettre 930, pour le Bouclier d’État (sans lieu, 1667).

81.

V. supra note [13] pour cet ouvrage (Cologne, 1666), dont les premières éditions ont paru en 1638.

82.

Les Affaires qui sont aujourd’hui entre les Maisons de France et d’Autriche (sans lieu ni nom, avec la sphère armillaire des Elsevier, 1662, in‑12 de 384 pages, précédentes éditions en 1648 et 1649).

83.

Histoire de l’empereur Charles v. Par Don Jean Antoine de Vera et Figueroa, comte de la Roca, etc. Traduite d’espagnol en français par le sieur Duperron le Hayer, etc. Revue et corrigée par A.F., D. en M., et Ch. de Wal (Bruxelles, François Foppens, 1663, in‑12 de 355 pages).

84.

Contrefaçon {a} de :

La Conjuration du comte Jean-Louis de Fiesque. {b}


  1. Cologne, sans nom (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1665, in‑12 de 136 pages.

  2. Paris, Claude Barbin, 1665, in‑8o de 208 pages.

Dans ses Mémoires, Jean-François-Paul de Gondi, cardinal de Retz (v. note [18], lettre 186), a reconnu être l’auteur de cet ouvrage, en disant l’avoir écrit en 1631, à l’âge de 18 ans, inspiré par La Congiura del conte Giov. Luig. de Fieschi d’Agostino Mascardi (v. note [30], lettre 1019), parue à Venise en 1629. Ce sont les mésaventures de Gian Luigi Fieschi, gentilhomme génois mort en 1547, auteur d’une conspiration contre le condottiere génois Andrea Doria ; Bertière a (Introduction, page 34) :

« Qu’il est sérieux, ce jeune aristocrate génois de vingt-deux ans, subordonnant à ses desseins secrets libéralités et caresses ! qu’il est sérieux ce jeune abbé de Retz, qui n’a pas encore appris à sourire des faiblesses humaines ou des caprices de la fortune, et regrette de ne pouvoir offrir à la statue de son héros le piédestal d’un échafaud ! et qu’il se prend au sérieux, quand il pèse à la double balance de l’efficacité et de l’honneur, de la politique et de la morale, les comportements ambigus du conspirateur malchanceux ! Ils sont mortellement sérieux tous les deux et l’on se prend à déplorer chez l’infortuné Fiesque, si maître de lui, l’absence de ces emportements de la chair ou de l’esprit qui nuisirent tant à la réputation du coadjuteur et lui firent tant d’ennemis ! Sérieux et un peu ennuyeux, d’un style uniformément relevé, très rhétorique, le Fiesque n’est pas un chef d’œuvre, il faut bien le dire, et seule la notoriété de son auteur lui vaut aujourd’hui quelque intérêt. »

85.
El Discreto de Lorenzo Gracian. Que publica Don Vincencio Juan de Lastanosa.

[L’Homme d’esprit {a} de Lorenzo Gracián. {a} Ouvrage que Don Vincencio Juan de Lastanosa {b} a publié]. {c}


  1. « L’Homme universel » dans la traduction française de Joseph de Courbeville (Paris, Noël Pissot, 1723, in‑8o de 312 pages).

  2. Frère fictif du prédicateur et écrivain jésuite espagnol Baltazar Gracián y Morales (1601-1658)

  3. Ami et mécène de Gracián.

  4. Amsterdam, Pedro le Grand, 1665, in‑12 de 184 pages ; première édition à Huesca, 1646.

86.

Contrefaçon des Œuvres de Pierre Corneille dont je n’ai pas trouvé la référence exacte.

87.

Il Trattato della pace conclusa frà le due corone nell’anno 1659. Con quanto ha havuto connessione con la medesima. Discritta del conte Galeazzo Gualdo Priorato.

[Le Traité de la paix conclue entre les deux couronnes en l’an 1659. {a} Avec ce qui s’y rapporte. Description du comte Galeazzo Gualdo Priorato]. {b}


  1. Paix des Pyrénées entre l’Espagne et la France.

  2. Brême, Nicolas Kork, 1664, in‑8o de 128 pages ; Gualdo Priorato (Vicence 1606-1678) est un diplomate, homme de guerre et historien italien qui a servi plusieurs souverains d’Europe.

88.
Le Parnasse satirique du sieur Théophile (sans lieu ni nom, 1660, in‑12 de 321 pages) : anthologie de pièces licencieuses de Théophile de Viau, sous-titrée Le Parnasse des poètes satiriques ou dernier Recueil des vers piquants et gaillards de notre temps par le sieur Théophile ; l’édition originale avait valu à son auteur d’être brûlé en effigie en 1623, v. note [7], lettre de Charles Spon, datée du 28 décembre 1657.

89.

V. note [8], lettre 675, pour ces Mémoires (Cologne, 1662).

90.

Vindiciæ contra Tyrannos : sive de Principis in Populum, Populique in Principem, legitima potestate, Stephano Iunio Bruto, Celta, auctore.

[Réquisitoire contre les Tyrans, ou du Pouvoir légitime du Prince sur le Peuple et du Peuple sur le prince, par le Celte Stephanus Junius Brutus]. {b}


  1. Amsterdam, E. Valckenier, 1660, in‑12

  2. première édition à Édimbourg, sans nom, 1579, in‑8o de 236 pages : pamphlet publié en réaction au massacre de la Saint-Barthélemy (1572, v. note [30], lettre 211), traduit sous le titre De la Puissance légitime du Prince sur le peuple et du peuple sur le Prince. Traité très utile et digne de lecture en ce temps, écrit en latin par Étienne Iunius Brutus, et nouvellement traduit en français (sans lieu ni nom, 1581, in‑8o de 264 pages).

    L’auteur n’en est pas identifié avec certitude : Théodore de Bèze, Philippe Duplessis-Mornay ou Hubert Languet : v. note [5], lettre latine 136.


91.

Histoire de donna Olimpia Maldalchini {a}, traduite de l’italien de l’abbé Gualdi. {b}


  1. Olimpia Maidalchini, belle-sœur du pape Innocent x : v. note [4], lettre 127.

  2. Leyde, Jean Du Val, avec la sphère armillaire des Elsevier, 1666, in‑12 de 213 pages ; Gualdi est un pseudonyme de Gregorio Leti (v. supra notule {a}, note [10]).

92.

V. note [3], lettre 915 pour le Nouveau Testament janséniste de Mons (1667).

93.

Mémoires pour l’histoire du cardinal-duc de Richelieu. Recueillis par le Sieur Aubery (Cologne, Pierre Marteau, 1667, 7 volumes in‑12) : v. note [6], lettre de Charles Spon, datée du 15 mai 1657, pour l’édition originale (Paris, 1660).

94.

Les Amours de Charles de Gonzague, duc de Mantoue, {a} et de Marguerite, comtesse de Rovere. Écrites en italien par le Sieur Giulio Capocoda, {b} et traduites en français. {c}


  1. V. note [8], lettre 414.

  2. Gregorio Leti, v. supra notule {a}, note [10].

  3. Cologne, Melchior Frank, avec la sphère armillaire des Elsevier, 1666, in‑12 de 214 pages.

95.

Variante du titre référencé dans la note [59] supra.

96.

Réponse faite par un Soldat de l’armée de l’Estrémadure à une lettre d’un Ministre de Madrid, qui lui demandait son sentiment sur un certain traité qui censurait la conduite de Monsieur le marquis de Caracène, {a} touchant son entrée dans le Portugal, l’année 1665. {b}


  1. V. note [17], lettre 419.

  2. Sans lieu ni nom, 1665, in‑12 de 100 pages.

97.

Jonathas, ou le vrai ami, par le Sr. de Ceriziers, {a} aumônier du roi. Nouvelle édition. {b}


  1. V. note [14], lettre 361, pour le R.P. René Cerisiers (ou Ceriziers), de la Compagnie de Jésus.

  2. Bruxelles, François Foppens, 1667, in‑12 de 276 pages : dissertation sur l’amitié entre les hommes et sur l’amour de Dieu pour eux, à partir de l’exemple biblique de David et Jonathan ; elle avait été publiée pour la première fois à Paris en 1645 avec dédicace au cardinal Mazarin.

98.
Traité politique concernant l’importance du choix exact d’Ambassadeurs habiles, avec l’utilité des Ligues, et du rétablissement des Ordres militaires en Espagne, par une déduction curieuse des Princes qui s’en servirent judicieusement, avec les événements touchant une maxime si consommée. Par le Sr de Galardi, capitaine de cavalerie entretenu au sercie de Sa Majesté Catholique (Cologne, Pierre de la Place, avec la sphère armillaire des Elsevier, 1666, in‑12 de 231 pages), épître signée P. Ferdinand de Galardi.

99.

Contrefaçon hollandaise des Œuvres de Molière dont je n’ai pas trouvé la référence exacte.

100.

Les Lettres et Poésies de Madame la comtesse de B. {a}


  1. Leyde, Antoine du Val, 1666, in‑12 de 119 pages

    Leur auteur est Charlotte Saumaise de Chasan, comtesse de Brégy (1619-1693), dame d’honneur d’Anne d’Autriche, épouse de Pierre Saumaise de Chasan (v. note [11], lettre de Claude ii Belin, datée du 31 janvier 1657), neveu de Claude i Saumaise.


101.

Édition du Parnasse satirique (1660, v. supra note [88]) non répertoriée dans les catalogues que j’ai consultés.

102.

Le Cabinet satirique, ou Recueil parfait des vers piquants et gaillards de ce temps. Tiré des secrets cabinets des sieurs de Sigognes, Regnier, Motin, Berthelot, Maynard, et autres des plus signalés poètes de ce siècle. Dernière édition, revue, corrigée, et de beaucoup augmentée (sans lieu ni nom, avec la sphère armillaire des Elsevier, 1666, in‑12 de 351 pages, pour le premier de deux tomes) ; v. notule {a}, note [38] du Borboniana 1 manuscrit, pour une édition non clandestine (Paris, 1620).

103.

Contrefaçon non répertoriée du Pharamond de Gautier des Costes de La Calprenède (Paris, 1661, v. note [2], lettre 850).

104.

Roger de Bussy-Rabutin : Histoire du Palais royal (sans lieu ni nom, 1667, in‑12), v. supra note [14].

105.

Roger de Bussy-Rabutin : Comédie galante de M. de B. (Paris, sans nom, 1667, in‑12 de 34 pages).

106.

V. note [10], lettre 411, pour les éditions de ce roman licencieux.

107.

Relation de la cour de Savoie, ou les amours de Madame Royale (Paris, sans nom, 1667, in‑12) ; v. note [10], lettre 45, pour Madame Royale, Christine-Marie de France, duchesse de Savoie.

108.

La Déroute et l’Adieu des filles de joie de la ville et faubourgs de Paris. Avec leur nom, leur nombre, les particularités de leur prise et de leur emprisonnement et Requête à M.D.L.V. {a}


  1. Sans lieu ni nom, jouxte la copie à Paris, 1667, in‑12 de 33 pages.

    « M.D.L.V. » est Mlle de La Vallière (v. note [12], lettre 735). Ce sont deux poèmes satiriques sur les prostituées de Paris avec ces deux vers à l’adresse de la maîtresse du roi :

    « Nous vous reconnaissons pour notre impératrice ;
    Montrez-vous digne enfin d’en être protectrice. »


109.

Histoire de la vie de la reine de Suède {a} est un étonnant tombereau d’ordures contre la scandaleuse Christine, dont cet extrait donne une idée (pages 7‑9) :

« Les qualités de son esprit ne méritent pas plus de louanges que le reste de sa personne, elle s’est étudiée à apprendre de méchantes qualités, et de misérables pointes de vendeur de baume, {b} dont elle a fait des lieux communs, {c} et quand elle a dit une extravagance, elle rit la première et applaudit à soi-même comme si elle avait dit un bon mot ; mais malheureusement pour elle, les gens bien sensés ne sont pas de son avis. Elle sait par cœur les passages de Petronius Arbiter, et les vers les plus dissolus de Martialis. Elle parle de la sodomie avec plus d’effronterie que si elle en avait fait leçon dans la Colisée à Rome : et tous les Italiens qui l’entendent sur ce chapitre-là disent qu’elle a eu raison de quitter la couronne de Suède, où les habitants sont trop grossiers pour chercher et goûter toutes les délicateses de la chair, et qu’il faut qu’elle aille se faire couronner dans Sodome. »


  1. Fribourg, sans nom, 1667, petit in‑fo de 30 pages.

  2. Charlatan (Furetière).

  3. Des citations qu’elle répète à l’envi.

110.

Satire Ménippée de la vertu du Catholicon d’Espagne ; {a} et de la tenue des États de Paris. À laquelle est ajouté un Discours sur l’interprétation de mot de Higuiero d’Infierno, {b} et qui en est l’auteur. Plus le regret sur la mort de l’äne ligueur s’une Damoiselle qui mourut durant le Siège de Paris. Avec des remarques et des explications des endroits difficiles. {c}


  1. V. note [18], lettre 310.

  2. V. note [48] du Borbonniana 8 manuscrit.

  3. Ratisbonne, Mathias Kerner, avec la sphère armillaire des Elsevier, 1664, in‑12 de 336 pages. Le sagace commentateur de cette édition est malheureusement resté anonyme.

111.

L’Apocalypse de Méliton, {a} ou Révélation des mystères cénobitiques {b} par Méliton.


  1. Pseudonyme de Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, mort en 1652 : v. notes [9], lettre 72, et [8] (seconde notule {a}), lettre 626.

  2. Monastiques.

  3. À Saint Léger, Noël et Jacques Chartier, 1662, in‑12 de 259 pages.

Cette puissante charge contre les moines se conclut sur cette rêverie drôlatique :

« Mais si d’un seul des 98 ordres de cénobites qui sont de l’Église catholique, apostolique et romaine, Sa Sainteté en peut tirer trente mille soldats pour la guerre, sans que les couvents en soient incommodés, qui sera le monarque qui ne redoutera la puissance temporelle, aussi bien que la spirituelle, de ce se souverain monarque de la hiérarchie ecclésiastique et de tous les ordres cénobitiques, voire de toute l’Église de Dieu ? Mais comment souffre-t-on que l’ennemi juré du christianisme nous détienne tant de belles provinces depuis si longtemps puisque, par un seul commandement d’autorité apostolique, Sa Sainteté peut avoir six armées, chacune de cent mille combattants en fort peu de temps, et dont les officiers et les soldats pourraient être entretenus par les couvents mêmes d’où ils seraient sortis. Le Dieu des armées sait quelle jalousie il y aurait dans les cloîtres pour être du nombre de ces soldats cénobitiques défroqués, et avec quelle allégresse ces misérables renfermés endosseraient le harnais militaire pour secouer le joug du cloître et se faire quittes du capuchon. »


  1. Le Grand Turc.

112.

Histoire de donna Olimpia Maidalchini [v. note [4], lettre 127], traduite de l’italien de l’abbé Gualdi (Leyde, Jean Du Val, 1666, in‑12) ; Gualdi est un pseudonyme de Gregorio Leti (v. note [1], lettre 943).

113.

Édition clandestine non identifiée des Constitutiones Societatis Iesu, et Examen cum declarationibus [Constitutions de la Compagnie de Jésus, et examen avec démonstrations] (Anvers, Ioannes Meursius, 1635, in‑8o de 368 pages).

114.

V. première notule {b}, note [3], lettre 435, pour ce livre contre les jésuites (Paris, 1651), seconde édition sans lieu ni nom, 1666, petit in‑fo de 540 pages.

Son auteur, le Sieur de Bonlieu, docteur en théologie, était le janséniste Noël de Lalane (Paris 1618-ibid. 1673), abbé de Valcroissant, docteur en théologie de Sorbonne. Il a aussi publié, en collaboration avec Toussaint Desmares et peut-être Antoine ii Arnauld, la Défense de la constitution du pape Innocent x et de la foi de l’Église… (1655, v. note [8], lettre 415) et contribué à plusieurs autres ouvrages en faveur du jansénisme. Le Dictionnaire de Port-Royal lui a consacré une longue notice biographique (pages 571‑574).

115.

V. note [3], lettre 93, pour les Præadamitæ [Préadamites] d’Isaac de La Peyrère (sans lieu, 1665), ouvrage strictement prohibé dont je n’ai pas trouvé de réédition dans les années 1660.

116.

V. note [20], lettre 760, pour les Mémoires du comte de Montrésor (Cologne, 1663), ici réédités à Leyde (Jean Sambix le Jeune avec la sphère armillaire des Elsevier, 1665, 2 volumes in‑12).

117.

V. note [10], lettre 803, pour les Mémoires du maréchal de Bassompierre (1665, 2 ou 3 volumes in‑12).

118.

Réédition (Cologne, Pierre Michel, avec la sphère armillaire des Elsevier, 1667, in‑12 de 167 pages) de la Relation d’un voyage en Angleterre… de Samuel Sorbière (Paris, 1664, v. note [3], lettre 788).

119.

V. note [9], lettre 759 pour cette édition (Leyde, avec la sphère armillaire des Elsevier, 1663) et son auteur, Charles de Ferrare du Tot.

120.

L’Othoman, ou l’Abrégé des vies des empereurs turcs, depuis Othoman ier, jusques à Mahomet ive à présent régnant. {a} Par Vincent de Stochove, {b} écuyer, sieur de S. Catharine. {c}


  1. Ce premier empereur ottoman a régné de 1300 à 1328 ; V. note [12], lettre 0184, pour Mehmed iv, qui régnait depuis 1648.

  2. Vincent de Stochove (1610-1679) est un voyageur flamand qui a aussi laissé un ouvrage intitulé Voyage [du Levant] fait ès années 1630, 1631, 1632, 1633 (Bruxelles, Hubert Antoine Velpius, 1643 pour la première de nombreuses éditions).

  3. Amsterdam, Jean Schipper, 1665, in‑12 de 149 pages.

121.

Mémoires publiés avec ceux de La Rochefoucauld, v. note [8], lettre 675 (Cologne, 1662).

122.

Recueil de Maximes véritables et importantes pour l’Institution du roi. Contre la fausse et pernicieuse Politique du cardinal Mazarin, prétendu surintendant de l’éducation de Sa Majesté. Avec deux Lettres apologétiques pour ledit Recueil contre l’extrait du S. N. {a} avocat du roi au Châtelet. {b}


  1. Sieur N., non identifiable.

  2. Paris, sans nom, 1663, in‑12
  3. en deux parties de 584 et de 65 pages ; v. note [3], lettre 91, pour la précédente édition (sans les lettres aoplogétiques, Paris, sans nom, 1652) et pour le chanoine Claude Joly, son auteur (déjà mentionné dans la note [37] supra).

123.

Fos 276 et 277 du Recueil de pièces imprimées et manuscrites concernant l’Université ; tome 7e, Médecine, BnF, cote Z Thoisy-326.

124.

Le défenseur de Charles Patin taisait le fait que, quand il ne s’agissait pas de livres contrefaits (littéraires ou scientifiques) qui violaient les droits concédés par privilège royal, presque tous les ouvrages saisis étaient frappés de censure car ils touchaient de manière tenue pour subversive aux domaines de la politique, de la morale ou de la religion. Il ne faisait absolument aucun doute que Carolus se livrait à la librairie clandestine, et ce à grande échelle.

125.

Monsieur et Madame, le duc Philippe d’Orléans et son épouse Henriette-Anne d’Angleterre.

126.

Imputation : « accusation qu’on fait par soupçon de quelque faute à quelqu’un » (Furetière).

127.

V. note [11], lettre 736, pour l’édition par Charles Patin des « Familles Romaines » de Fulvio Orsini. Ce livre avait été imprimé à Paris en 1663, mais Carolus disait avoir dû faire appel aux libraires hollandais pour en assurer le débit.

128.

Tout cela regarde la saisie de livres relatée dans le procès-verbal du 15 septembre 1666.

129.

« À sa poste » : à sa convenance. L’Anatomie de la messe de Pierre Du Moulin, pièce à charge dont a parlé Guy Patin dans sa lettre du 7 mars 1668 (v. sa note [7]), ne figure pas dans l’inventaire de la saisie faite en novembre 1667, ce qui pourrait être une preuve de la malveillance de Thierry.

130.

Les Archives de la Bastille (volume 7, page 202‑203) reproduisent deux pièces sur ce sujet.

131.

V. note [6], lettre latine 466, pour la faible peine infligée à Guy Patin, au début de 1669, à l’issue du procés que le syndicat des imprimeurs parisiens avait intenté contre lui pour pratique illicite du métier de libraire : un tonnelet contenant 50 exemplaires licites des Opuscula medica de Caspar Hofmann, provenant d’Allemagne, saisi au début de septembre 1667 (v. note [1], lettre latine 436). Cette affaire a néanmoins pu le pousser à se séparer de sa chère bibliothèque, en la donnant à son fils Robert en décembre 1667 (vLa bibliothèque de Guy Patin et sa dispersion), afin de la protéger contre les saisies punitives de ses livres.

Nul n’a clairement expliqué pourquoi la cour avait choisi Charles Patin pour aller récupérer en Hollande toutes les copies des Amours de Madame qu’on y avait imprimés et vendus. Il me semble permis de supposer qu’il s’agissait de le mettre à l’épreuve, en punition de sa contrebande de septembre 1666, où il avait été pris la main dans le sac. La cour avait besoin d’un agent pour tirer Madame et Monsieur d’embarras. Daniel de Cosnac (semble-t-il) choisit Charles car il connaissait fort bien les libraires bataves, mais il avait aussi à se faire pardonner. Peut-être lui tendait-on ainsi le piège qui aboutit à sa perte : comme on pouvait l’attendre d’un bibliophile fils de bibliomane, Charles eut apparemment la faiblesse de vouloir conserver subrepticement quelques exemplaires du livre interdit ; il devenait alors facile de le confondre, de l’accuser d’avoir failli à sa souveraine commission et de le condamner durement.

Pierre Pic (Introduction, pages liiiliv) a fourni quelques éclaircissements sur la date et la sentence (rétrospective) de cet autre procès contre les Patin :

« Charles Patin avait quitté la France en février 1668. {a} La sentence du Châtelet qui le condamna ne sortit définitivement que le 14 août ; mais elle confirmait la condamnation du 25 mars 1668. {b}

Mon ancien confrère, Paul Delalain, {c} qui dirige avec tant de zèle et d’érudition la Bibliothèque technique du Cercle de la Librairie, a eu l’obligeance de me communiquer les extraits d’un dossier de la Bibliothèque nationale. La pièce 177 du dossier Ms. fr. 22087 est la Sentence de la Police du Châtelet contre le Sieur Patin ; sans surcharger notre texte du libellé de cet arrêt dont la plus grande partie est de forme, signalons que “ Charles Patin y est déclaré dûment atteint et convaincu d’avoir fait venir des pays étrangers et fait commerce de plusieurs exemplaires de livres, aucuns contrefaits, {d} d’autres défendus, et d’autres qui sont libelles diffamatoires contre les intérêts du roi et de l’État. Pour réparation de quoi il a été condamné à faire amende honorable au devant de la principale porte de l’Église de Paris ; {e} ce fait, mené et conduit à la chaîne pour y être attaché et servir le roi comme forçat en ses galères à perpétuité si pris et appréhendé peut être ; sinon par effigie attaché à une potence qui, pour cet effet, sera plantée en la place de Grève ; tous ses biens acquis et confisqués à qui il appartiendra. ” »


  1. Plus vraisemblablement en novembre 1667 (v. note [7], lettre 928).

  2. Suivant la sentence de La Reynie datée du 9 février 1669 (reproduite plus bas), la condamnation fut prononcée le 28 février 1668 et exécutée le 15 mars suivant.

  3. Paul Delalain (1840-1924), bibliographe, éditeur et historien du livre.

  4. Certains.

  5. Notre-Dame de Paris.

132.

Probablement un parent de Matthieu Thuillier, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris (v. note [1], lettre 954).

133.

V. note [2], lettre latine du 29 décembre 1667 à Johann Georg Volckamer.

Avant de se mettre en route pour l’Allemagne, Charles Patin avait fait un aller-retour entre Paris et Le Havre (v. notes [30][31] de son Autobiographie). Dans des conditions normales, c’est-à-dire en voyageant librement, sans avoir à se cacher de la police royale, il fallait alors une bonne dizaine de jours pour parcourir, en voiture à cheval et en suivant le droit chemin, les quelque 550 kilomètres qui séparent Paris de Heidelberg. V. note [7], lettre 928, pour les témoignages apparemment contradictoires sur le calendrier de la fuite de Charles : son père le disait présent à la réunion de l’académie Lamoignon tenue le lundi 28 novembre, mais pour Olivier Le Fèvre d’Ormesson, il aurait fui Paris dès les jours précédant le 15 du même mois.

Conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal (Fonds Bastille, Prisonniers : dossiers individuels, no 10334, 1667), l’ordre d’inculper Charles Patin est daté du 24 novembre 1667 :

« Commission au prévôt de Paris ou au S. de La Reynie, {a} son lieutenant pour la police, conseiller au Conseil d’État, maître des requêtes, pour faire le procès à Me Patin fils, docteur en médecine, trouvé saisi de livres défendus et contrefaits et de libelles diffamatoires qu’il a fait venir de pays étrangers.

Cette commission signée Le Tellier. {b}
Sagot, greffier de la Chambre civile de police du Châtelet, greffier de la Commission. (Gabriel Nicolas de La Reynie). » {c}


  1. V. note [5], lettre 907.

  2. Michel Le Tellier, secrétaire d’État à la Guerre, mais plus probablement son fils François-Michel, marquis de Louvois, qui avait la survivance de cette charge et l’exerçait par provisions depuis 1661 (v. note [5], lettre 728).

  3. Pièce reproduite par Christian E. Dekesel, Charles Patin in Paris (1663-1667) from fame to misfortune [Charles patin à Paris (1663-1667), de la gloire à l’infortune], in : Celebrazioni Patiniane (4 maggio 1994), Centro per la Storia dell’Università di Padova, Quaderni per la Storia dell’Università di Padova, 29, 1996, pages 19‑31) ; référence aimablement communiquée le 17 mai 2016 par Mme Mariacecilia Ghetti (Biblioteca Civica, Commune di Padova).


134.

V. note [46], lettre 442, pour Jean Garbe, docteur régent et doyen de la Faculté de médecine de Paris.

135.

Tableau des docteurs régents rituellement dressé par le doyen et lu à haute voix par le grand bedeau le 15 novembre 1668, après la dispute de la première thèse quodlibétaire de l’année académique (Comment. F.M.P., tome xv, pages 319‑322) : le nom de Charles Patin est à la 6e ligne de la page 321, bien que la justice du roi l’eût condamné à en être radié 9 mois auparavant.

136.

1668.

137.

Le grand porche de la cathédrale Notre-Dame de Paris, était le lieu solennel d’expiation publique pour les condamnés avant de subir leur peine en place de Grève (v. note [3], lettre 33).

138.

Le procureur du roi au Châtelet.

139.

Pénétrés de regret et reconnus coupables.

140.

Ryantes était sans doute Charles de Ryantes (ou Riants), comte de Regmalart (ou Rémalard), maître des requêtes. V. supra note [31] pour Gabriel-Nicolas de La Reynie.

Outre la masse (v. note [8] des Décrets et assemblées de 1651‑1652, dans les Commentaires de la Faculté de médecine rédigés par Guy Patin), un attribut des sergents était la verge (baguette ou canne) : « baguette que portent les huissiers, sergents et bedeaux, pour faire faire silence aux audiences et faire passage aux magistrats qu’ils conduisent. Les sergents à verge du Châtelet étaient autrefois des huissiers comme ceux qui servent à l’audience, qu’on a multipliés selon la nécessité. L’ordonnance d’Orléans de 1560 veut que quiconque sera touché de la verge du sergent le suive en prison. On appelle aujourd’hui les bedeaux des paroisses, porte-verges. C’étaient autrefois des sergents des justices subalternes, qui servaient à la justice et à l’église de la seigneurie » (Furetière).

141.

Rien ne permet de savoir si Guy Patin a subi la honte et le chagrin d’être présent lors de cette réunion de la Faculté, le 9 février 1669 ; mais le même jour, il écrivait une lettre latine à Gottlieb Breüning, médecin de Stuttgart, pour le remercier chaleureusement du « somptueux et généreux accueil » qu’il avait réservé à son « fils C.P. ».

142.

V. note [32], lettre 146, pour cette splendide édition illustrée du Stultitiæ laus (Μωριας Εγκωμιον) d’Érasme (Bâle, 1676).

Johann Froben (Hammelburg, Franconie 1460-Bâle 1527), très célèbre imprimeur de Bâle, a notamment été l’éditeur et l’ami d’Érasme. Son fils Jérôme (v. notule {a}, note [18], lettre 152) et ses petits-fils ont poursuivi la haute tradition typographique des Froben.

Hans Holbein (Johannes Holbenius, Augsbourg vers 1460-Issenheim, Alsace 1524), dit l’Ancien, pour le distinguer de son fils (1497-1543), a dû une grande part de son renom posthume à ses illustrations manuscrites de l’Éloge de la folie que Charles Patin a fait reproduire et imprimer pour la première fois dans son édition de 1676.

Ce premier extrait (Dedicatio, pages a 3 vo‑a 4 vo) donne une première idée du latin de Carolus. Les suivants (ainsi que son Autobiographie publiée en 1682) confirment son tour précieux, sinon prétentieux, qui oblige le traducteur à la simplification et à quelques interprétations plus au moins hasardeuses, en faisant le sacrifice de quelques-unes de ses subtilités.

143.

Autobiographie de Charles Patin : v. ses notes [30][50].

144.

Autobiographie de Charles Patin : v. ses notes [51][54].

145.

Correspondance administrative sous le règne de Louis xiv : entre le cabinet du roi, les secrétaires d’État, le chancelier de France, et les intendants et gouverneurs des provinces, les présidents, procureurs et avocats généraux des parlements et autres corps de justice, le gouverneur de la Bastille, les évêques, les corps municipaux, etc., etc., recueillie et mise en ordre par G.P. Depping (Paris, Imprimerie nationale, 1851, in‑4o), tome ii, Administration de la justice, police, galères, pages 235‑237.

146.

Sic pour Padoue.

147.

Contrescel (Furetière) :

« espèce de sceau qu’on applique à gauche des lettres scellées sur un titre qui attache les pièces qui ont servi de fondement pour les faire passer au sceau, afin d’empêcher qu’on ne les détache. Les commissions qu’on obtient pour l’exécution des arrêts y sont attachées sous le contrescel. […] On commença d’ajouter le contrescel, qu’on appelait d’abord le sceau du secret, du temps de Louis le Jeune, {a} auquel les armoiries commencèrent d’être en vogue. D’abord ce n’était qu’une simple figure d’une aigle, d’un lion, d’une fleur ou de quelque tête humaine, appliquée sur le derrière du sceau, ce qui lui a donné le nom de contrescel. Depuis on y a mis des écussons. »


  1. Louis vii, roi de France de 1137 à 1180.

148.

Réputation.

149.

Aussi.

150.

L’amnistie royale de 1681 (v. supra note [145]) lavait entièrement Charles Patin de sa condamnation et imposait, « sur ce, silence perpétuel à notre procureur général, à ses subsitituts et à tous autres ».

151.

V. note [7] des Décrets et assemblées de 1651‑1652, dans les Commentaires de Guy Patin, pour la coutume qu’avait la Faculté de médecine de se réunir à trois reprises avant de statuer sur une question épineuse.

152.

Lettres choisies de feu Monsieur Guy Patin, docteur en médecine de la Faculté de Paris, et professeur au Collège de France. Dans lesquelles sont contenues, plusieurs particularités historiques sur la vie et la mort des savants de ce siècle, sur leurs écrits, et sur plusieurs choses curieuses, depuis l’an 1645 jusqu’en 1672 (Francfort [Genève], Jean-Louis Du Four, et La Haye, Adrian Moetjens, 1683, in‑12 de 522 pages), éditées par Jacob Spon et Charles Patin.

Cette édition contient 193 lettres écrites entre 1645 et 1672, numérotées de i à cxcvi, mais trois font défaut, nos cxxxi, cxxxii et clxxiii, dont :

Les plus curieux pourront utiliser les liens qui mènent à cette édition, car ils figurent dans les notes [a] de ses 193 lettres.

La Faculté de Paris fut profondément heurtée par ce recueil, et ce à juste titre (bien qu’elle fût encore très loin d’avoir tout vu).

153.

Le mot Ibis surprend, mais c’est, sans l’ombre d’un doute, celui qu’a transcrit le doyen Dieuxivoye. L’ibis des anciens Égyptiens, oiseau sacré qui était réputé se nourrir principalement de serpents, ne correspond à rien de compréhensible.

La majuscule initiale du manuscrit oriente plutôt vers les imprécations d’Ovide In Ibin [Contre Ibis] (v. notule {a}, note [51] du Borbonniana 7 manuscrit) : cet énigmatique Ibis avait gravement offensé le poète, alors exilé à Tomis (aujourd’hui Constanza en Roumanie), comme l’était Charles Patin à Padoue, mais l’allusion ne m’a pas tout à fait convaincu.

154.

L’allusion visait Denis Thierry, adjoint au syndic des libraires parisiens et dénonciateur de Charles Patin en 1666-1667 (v. supra. note [2]).

155.

Seniota, l’adjectif transcrit par le doyen, ne correspondant à aucune forme latine identifiable, je me suis fié au contexte pour le remplacer par senta, répugnante.

156.

Le latin compliqué de Charles Patin fait comprendre qu’il prétendait jouir des avantages que la Faculté de médecine de Paris réservait à ses docteurs, tout en continuant à professer et à exercer à Padoue, pour la gloire de la République de Venise, en menaçant tout de même, pour parvenir à ses fins, d’aller jusqu’à entamer un procès contre la Compagnie dont il sollicitait la bienveillance. Il pouvait difficilement se montrer plus maladroit.

157.

La suite est en français dans le manuscrit.

158.

Claude Puilon, fils de Gilbert (v. note [30], lettre 399) et frère puîné de Denis (v. note [16] du Diafoirus et sa thèse), avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1670 et en fut doyen de 1684 à 1686.

159.

« Je n’étais pas même né » : réponse de l’agneau au loup qui l’accuse d’avoir médit de lui six mois plus tôt dans Le loup et l’agneau (Lupus et agnus) de Phèdre. Charles Patin sous-entendait la suite :

“ Pater hercle tuus, ille inquit, male dixit mihi ” ;
atque ita correptum lacerat iniusta nece.
Hæc propter illos scripta est homines fabula
qui fictis causis innocentes opprimunt
.

[« Ma foi, dit le loup, c’est ton père qui a médit de moi. » Et là-dessus il saisit l’agneau, le déchire et le tue au mépris de la justice. Cette fable est pour certaines gens qui, sous de faux prétextes, accablent les innocents].

Carolus avait beau faire bêler l’agneau de Phèdre, son larmoyant désaveu est repris dans la conclusion de Jacob Spon et Charles Patin, premiers éditeurs des Lettres choisies de feu M. Guy Patin, qui prouve son lamentable parjure.

160.

« Qui peut entendre de telles choses sans retenir une larme ? » (Virgile, Énéide, chant ii, vers 6‑8) :

Quis talia fando
Myrmidonum Dolopumve aut duri miles Vlixi
temperet a lacrimis ?

[Devant de tels récits, qui parmi les Myrmidons ou les Dolopes, quel soldat du cruel Ulysse pourrait contenir ses larmes ?]

161.

Ancre de miséricorde ou planche de salut, v. note [9], lettre latine 88.

162.

La Faculté avait confirmé la contrainte qu’elle imposait à Carolus : pour retrouver son rang sur le tableau des docteurs, il lui fallait revenir à Paris pour présider la thèse quolibétaire d’un bachelier, et ce « à son tour ordinaire » (suo ordine, v. note [18], lettre 459). Pour comprendre exactement cette exigence, il convient d’y regarder de plus près :

La pièce suivante peut donner une explication médicale au fait qu’il ait abandonné la partie, alors qu’il était en passe de la gagner.

163.

Waller Ms fr-07021, référence que nous a très obligeamment communiquée Mme Caroline Chevallier, bilbiothécaire à l’Université d’Uppsala, en charge des manuscrits et de la musique.

164.

« car il était [war sous-entendu] en fait surtout boursoufflé » : avec remerciements à Mme Caroline Chevallier pour son aide à la transcription de cette parenthèse allemande.

165.

Marié en février 1663 avec Madeleine Hommetz (v. note [1], lettre 744), Charles Patin avait eu deux filles qui ont brillé parmi les savantes femmes de leur siècle : Gabrielle-Charlotte (Gabrielis Carola, Paris 1664 ou 1665-Padoue 1751) a excellé dans la numismatique, et Charlotte-Catherine (Carola Caterina, Paris 1666-dans un couvent italien, après 1700), dans la critique d’art ; toutes deux ont, comme leur mère, appartenu à l’Académie des Ricovrati de Padoue.

Fondée à Padoue en 1599, l’Académie des Ricovrati [Protégés ou Recouverts] avait pour symbole une caverne ouverte à ses deux extrémités et ces mots de Boèce (v. note [3], lettre latine 198) pour devise : Bipatens animis asylum [Un refuge pous les esprits, ouvert des deux côtés]. Galilée (v. note [19], lettre 226) et Cremonini (v. note [28], lettre 291) avaient été les plus prestigieux membres de cette assemblée savante, fondée en 1599, qui avait la particularité, alors unique en Europe, d’accueillir des femmes. Toujours en activité, elle a pris depuis 1779 le nom d’Accademia Galileiana di Scienze Lettere ed Arti in Padova [Académie galiléenne des sciences, de la littérature et des arts à Padoue].

166.

Toute cette description physique et morale suggère fortement que Charles Patin était atteint d’hypothyroïdie (production hormonale insuffisante de la glande thyroïde) : ralentissement physique et intellectuel, pâleur cutanée, infiltration (pléthore) des parties molles par ce qu’on appelait du flegme ou de la pituite (v. note [15], lettre 260) ; ce syndrome porte à présent le nom de myxœdème (gonflement, oïdêma en grec, par la morve, muxa).

Le portrait de Charles, premier professeur de chirurgie à Padoue (nommé en octobre 1681), qui illustre aussi son Autobiographie (1682), ne contredit pas ce diagnostic si on le compare à :

167.

À Padoue, le 10 octobre 1693 : v. son marbre commémoratif transcrit à la fin de la note [59] de son Autobiographie.

168.

Alessandro Knips-Macoppe (Padoue 1662-ibid. 1744), médecin issu d’une famille allemande, docteur de Padoue en 1681, y a occupé, à partir de 1727, la même chaire que son vénéré maître, Charles Patin.

169.

Lyon, Cadorinus, 1693, in‑4o de 31 pages ; v. infra note [175] pour la réimpression de 1694 dans les Ephemerides de l’Academia Leopoldina

170.

Mort moins de deux mois plus tard, Charles Patin, se sentant approcher du trépas, aurait sollicité l’avis épistolaire d’un collègue allemand, et montré à son élève Alessandro Knips-Macoppe (qui en était peut-être l’auteur caché) la surprenante réponse qu’il avait reçue.

171.

La préface se pousuit sur une page qui vante les mérites de l’ouverture des cadavres dans le progrès des connaissances médicales. Elle n’est ni datée ni signée, mais suivie de cinq pièces en vers latins qui font l’éloge de Charles, dont j’ai transcrit et traduit les deux brèves épigrammes, qui présument que son anévrisme avait été la cause de sa mort.

172.

Charles était né le 23 février 1633, Charles était alors dans sa 61e année. V. notes [35], lettre 216, pour l’orthopnée, et [10], lettre 725, pour la thrombose, décrite à propos de l’embolie pulmonaire, qui est une autre de ses manifestations.

Un anévrisme peut intéresser toutes les portions de l’aorte (v. notule {c}, note [10], lettre 725). Il intéressait ici son premier segment, ascendant, immédiatement à la sortie du ventricule cardiaque gauche (v. l’illustration qui suit). Comme c’est aujourd’hui connu pour ordinaire, l’anévrisme que l’autopsie a mis au jour dépassait la taille d’un œuf d’oie (autour de 8 x 6 centimètes) et était entièrement occupé par un trhombus (dit pariétal), traversé par un chenal permettant le passage du sang, mais sans rupture de l’aorte.

La syphilis tertiaire était alors la cause la plus fréquente des anévrismes thoraciques de l’aorte (v. note [9], lettre 122). Sans affirmer que Carolus en était atteint, ses longs voyages loin de sa chère épouse avaient pu lui donner quelques occasions d’attraper la vérole.

173.

Légende de l’illustration (page 26). {a}

174.

Cette description correpond indubitablement à une insuffisance cardiaque terminale avec œdème pulmonaire {a} et hydropisie, {b} et hélas ! les dérisoires traitements qu’on lui opposait alors : oxymél, {c} casse, {d} huile d’amandes douces. {e}


  1. V. notule {g}, note [8], lettre 725, pour le cas d’infarctus du myocarde rapporté par William Harvey en 1649.

  2. V. note [8], lettre 8.

  3. V. note [24] du Traité de la Conservation de santé, chapitre iii.

  4. V. note [13], lettre 15.

  5. V. note [25], lettre 242.

L’autopsie n’a constaté aucune lésion dans les poumons, mais du « sang condensé » (condensatum cruorem) s’en écoulait à la pression. {a} La paroi aortique, outre sa dilatation, était très indurée, quasi cartilaginea, « quasi cartilagineuse ». Le cœur était ainsi décrit à la fin du § lvi (page 25) :

Hinc apertis cordis sinibus dexter inanis erat, sinister, grumis sanguinis infarciebatur, polyposis rudimentis intra columnas tendinosis radicibus insertis, a quibus haud sine laceratione divellebantur. Sinistra auricula ita coagulato sanguine replebatur, ut serositas ipsa immixta secederet. Pericardium nec flatu, nec aqua distentum erat, imo exhaustum conspeximus.

[À l’ouverture des cavités cadiaques, {b} les droites étaient vides ; les gauches étaient bourrées de grumeaux sanguins, reliquats thrombotiques qui étaient insérés entre les piliers par des racines tendineuses, dont on ne les détachait pas sans provoquer de déchirure. {c} L’oreillette gauche était si pleine de sang coagulé, que la sérosité qui y était mêlée s’en séparait. {d} Le péricarde n'était enflé ni d’air ni de liquide, nous n’y avons observé que du vide]. {e}


  1. Témoin possible d’œdème pulmonaire (alvéolaire).

  2. Oreillettes et ventricules droits et gauches.

  3. Fort bien dessinés dans la figure 1, les thrombus du ventricule gauche, solidement accrochés à sa paroi (qui est tapissée d’éminences charnues, appelées piliers) sont un témoin très sûr de nécrose (infarctus) myocardique sous-jacent.

  4. Je n’ai pas compris le sens de la dernière proposition, mais la présence d’un thrombus dans l’oreillette gauche est le témoin d’une fibrillation atriale, responsable de palpitations (v. notes [5] du Observation viii contre les us et abus des apothicaires et note [12], notule {g}, lettre 725).

  5. État normal du péricarde.

Il est raisonnable aujourd’hui de conclure que Charles Patin n’est pas mort de son anévrisme aortique, mais d’une insuffisance cardiaque grave due à une fibrillation auriculaire et surtout à un large infarctus du myocarde. L’autopsie n’a pas décrit les artères coronaires, mais elles devaient être atteintes soit d’une athérosclérose (v. note [7], lettre 610), soit d’une coronarite (inflammation coronaire) syphilitique ; mais l’absence de douleurs thoraciques (angine de poitrine) est surprenante. Ce diagnostic n’est en rien incompatible avec celui d’une hypothyroïdie préexistante (v. supra note [166]).

175.

L’Epistola d’Alessandro Knips-Macoppe a surtout été diffusée (sans sa figure) dans l’Appendix (pages 85‑123) des :

Miscellanea Curiosa sive Ephemeridum Medico-Physicarum Germanicarum Academiæ Cæsareo-Leopoldinæ Naturæ-Curiosorum Decuriæ iii. Annus Primus, Anni m. dc. xciv. continens Celeberrimorum Virorum tum Medicorum, tum aliorum Eruditorum in Germania et extra eam Observationes Medico-Physico-Chymico-Astronomicas cum Appendice.

[Mélanges curieux ou première année des Éphémérides médico-physiques germaniques de la troisième décurie {a} de l’Académie césaro-léopoldine des Curieux de la Nature, {b} contenant les Observations médicales, physiques, chimiques et astronomiques des plus célèbres médecins et autres savants d’Allemagne et hors d’Allemagne, pour l’année 1694, avec un appendice]. {c}


  1. Section de l’Académie, comptant initialement un nombre de membres égal aux dix soldats qui composaient les antiques décuries romaines.

  2. V. note [1] de la biographie de Philipp Jakob Sachs von Lewenhaimb pour l’Academia Leopoldina des « Curieux de la Nature ». Cette édition contient le Catalogus des membres de la décurie dans leur ordre de réception, allant de 1652 à 1694. Charles avait été reçu en 1678 sous le surnom de Galenus i.

  3. Leipzig, Thomas Fritschius, et Francfort, Joh. Philippus Andreas, sans date, in‑4o ; réédition à Brescia, Carolus Gromi, 1731, in‑8o de 88 pages, avec une préface différente, signée par l’imprimeur.

    Les Ephemerides sont à tenir pour le plus ancien journal européen entièrement consacré à la médecine. Leur premier numéro a paru à Leipzig, Johannes Bauerus, 1670, in‑4o de 344 pages avec un Appendix de 35 pages ; il couvrait ladite année sans distinction de décurie et s’ouvrait sur une egageante :

    Epistola Invitatoria ad Celeberrimos Europæ Medicos. Viri Magnifici, Amplissimi, Nobilissimi, Excellentissimi, Experientissimi Medicinæ Antistites scrutatores naturalium Arcanorum Solertissimi.

    {Lettre d’invitation adressée aux plus célèbres médecins d’Europe, généreux, très éminents, nobles, illustres et aguerris champions, qui scrutent avec extrême adresse les secrets de la Nature].


176.

La conclusion (§ lxix, page 31) d’Alexander Knips-Macoppe était pour le moins optimiste :

Quod si in hoc casu tunc tantum polypus detectus fuerit, cum jam altioribus actis radicibus nulla arte deturbari poterat, haud deerat tamen alicujus tentaminis opportunitas, a specificis dissolventibus in epistola enucleatis dessumpta, quibus saltem ejusdem porrectio ad totalem arteriæ obstructionem, vel sanguinis successiva concretio, aut recens polyporum soboles in sinistro ventriculo inhiberetur ; a quibus fortasse magis intercepto sanguinis commeatu, quam ab Aortæ polypo, qui canali per medium aperto, sat olei, ad vitæ flammam adhuc perennandam, trajiciebat ; immatura suffocatio prævaluit.

[Si dans ce cas le thrombus n’a été détecté qu’au moment où nul effet de l’art ne pouvait plus le déloger des très profondes racines qu’il s’était formées, la lettre ne manquait pourtant pas d’offir l’occasion de tenter l’administration de dissolvants spécifiques soigneusement choisis. {a} Ils auraient du moins empêché sa progression jusqu’à l’occlusion totale de l’artère, la concrétion en cascade du sang ou la formation de thrombus dans le ventricule gauche. Plus de sang parvenant ainsi à passer que par le chenal creusé dans le thrombus, suffisamment d’huile pouvait alimenter la flamme de la vie ; {b} mais une mort prématurée a prévalu]. {c}


  1. Le § xlv de la lettre (page 24) recommande l’utilisation de remèdes alcalins qui permettraient de résoudre la thrombose, puisque les substances acides étaient réputées la favoriser.

  2. Ce raisonnement intuitif est faux, car le thrombus qui se forme dans un anévrisme est une défense naturelle : il recrée un canal sans rétrécir sensiblement la lumière de l’artère, et il renforce la paroi artérielle défaillante et en retarde la rupture.

  3. Le latin d’Alessandro Knips-Macoppe se dégradait à mesure qu’il noircissait les pages ; ma version française est une interprétation plausible et non pas une traduction littérale de son propos, rendue impossible par une syntaxe fort malmenée.

Du vivant d’un malade, seule une tuméfaction battante de la poitrine permettait le diagnostic d’une anévrisme aortique de très grande taille, proche de la rupture. Celui de Charles Patin en était encore loin. Le dépistage plus précoce n’en a été rendu possible qu’au xxe s., avec les progrès de la radiologie, puis l’utilisation des ultrasons (échographie) et de la résonance magnétique (I.R.M.). Le traitement requiert une lourde intervention chirurgicale.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe. Déboires de Carolus

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(Consulté le 12/06/2024)

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